P. Mart., Ep
Malgré la déférence des états pour la volonté de leur souverain, ce premier usage de son pouvoir excita dans tout le royaume un mécontentement très sensible. Chièvres avait pris sur l'esprit de Charles non-seulement l'ascendant d'un gouverneur, mais encore l'autorité d'un père. Ce jeune prince semblait ne penser ct ne parler que d’après son ministre : il était sans cesse entouré de Flamands; personne ne pouvait avoir accès auprès de lui ‘sans leur permission, ni lui parler qu’en leur présence. Comme il ne possédait que très imparfaitement la langue espagnole, ses réponses étaient toujours très courtes, et souvent même il ne les prononcait qu'en hésitant. Ces circonstances faisaient croire aux Espagnols que Charles n'avait qu'un génie lent et borné. Quelques-uns prétendaient remarquer une grande ressemblance entre lui et sa mère, et l’on commençait à se dire tout bas qu'il ne serait jamais beaucoup plus en état qu'elle de gouverner le royaume. Ceux qui étaient plus à portée de connaître son caractère, assuraient à la vérité que, malgré ces apparences peu flatteuses, il avait beaucoup de connaissances et de sagacité !; mais tous s’accordaient à condamner sa partialité en faveur de ses compatriotes et son excessif attachement pour ses favoris. Malheureusement pour Charles, c'étaient des hommes indignes de sa confiance , uniquement dominés par l'amour de l'or. Comme ils avaient lieu de craindre que le bon sens de leur maitre ou l'indignation des Espagnols ne mit bientôt un terme à leur pouvoir, ils se hàtaient de profiter des momens de leur faveur ; ct leur rapacité était d'autant plus grande, qu'ils sentaient bien que leur crédit ne serait pas de longue durée. Tous les honneurs, les emplois, les bén‘fices étaient donnés aux Flemands , où publiquement vendus par eux :
Chièvres, sa femme et Sauvage, qu’à la mort de Nimenès, Charles avait imprudemment élevé à la dignité de chancelier de Castille, épuisaient à l'envi tous les moyens de multiplier les exactions et d'étendre la vénalité. Ces faits ne sont pas seulement rapportés par les historiens espagnols, que la prévention nationale peut faire soupconner d'exagération : Pierre-Martyr Angleria, qui résidait alors à la cour d'Espagne,
! Sancoval, p, 314 P, Mart., Ep, p. 655
ct qui n'avait aucun motif pour tromper ceux à qui il écrivait, a laissé dans ses lettres un détail presque incroyable de l’insatiable et insolente avidité des Flamands. Selon le calcul que cet écrivain nous à laissé, et qu’il assure être très modéré, ils firent passer dans les Pays - Bas, pendant l’espace de dix mois, onze cent mille ducats. Ce qui irrita les Espagnols plus encore que toutes les exactions, ce fut de voir nommer à l’archevèché de Tolède Guillaume de Croy, neveu de Chièvres, jeune homme qui n'avait pas encore l'âge prescrit par les canons. L'élévation d’un étranger à la première dignité de leur église et au plus riche bénéfice du royaume, leur parut non-seulement une injustice, mais encore une insulte à toute la nation: et le clergé et les laïques, l'un par intérèi, les autres par indignation, se réunirent pour blâmer hautement un choix si révoltant !.
Charles quitta la Castille dans le moment même où l'on était si mécontent de son administration, et partit pour Saragosse, dans le dessein d'assister aux états de ce royaume. Dans sa route, il prit congé de son frère Ferdinand, qu'ilenvoya en Allemagne, sous prétexte que sa présence serait agréable à Maximilien, leur grand-père. Charles dut à cette sage précaution la conservation de ses domaines d'Espagne. Au milieu des troubles violens qui s’y élevèrent bientôt après cette époque, on ne peut pas douter que les Espagnols n'eussent offert la couronne à un prince qui était l'idole de toute la nation; et Ferdinand ne manquait ni d’ambition ni de conseils qui l'auraient déterminé à accepter l'offre d'un royaume ?.
Les Arragonais n'avaient pas encore reconnu Charles pour leur roi, et les états ne s’assemblérent pas en son nom, raais au nom du /#s{i74 , à qui, pendant les interrègnes, ce privilége appartenail#, L'opposition que Charles trouva dans cette assemBiée fut plus violente et plusopiviâtre que celle des états de Castille: cependant , après beaucoup de résistance #t de longs délais . il ohtint le titre de roi conjointement avec sa mére. En même temps il s'engagea, par un serment solennel que les Arragonais exigeaient toujours
1 Sandoval, p.28, 34. P. Mart., £p., p. 608, 611, 615,
614, 622, 623, 639. Miniana, Contin., lib, à, c. au, Dix. 2 P, Mart., £p., p. 619. Ferreas, vol, VI, p. 469. SP, Mart,, Ep.,p 605.
de leur roi, à ne jamais violer aucun de leurs : au roi un exposé détaillé de l’état du royaume et de la mauvaise administration de ses favoris.
droits et priviléges. Les états furent encore plus intraitables sur la proposition d’un don gratuit. Il s’écoula plusieurs mois avant qu'ils voulussent consentir à accorder à Charles deux cent mille ducats, et ils exigèrent que cette somme fl employée à acquitter des dettes de la couronne, oubliées dès long- temps, de sorte qu'il n'en resta qu'une petite partie à la disposition du roi. Ce qui s'était passé en Castille avait appris aux Arragonais à se tenir sur leurs gardes, et ils aimèrent mieux avoir égard aux prétentions de leurs concitoyens , quelque extraordinaires qu’elles pussent être, que de fournir à des étrangers les moyens de s'er”ichir des dépouilles dela patrie !.
Pendant l'assemblée des états, les ambassadeurs de François l‘" et du jeune roi de Navarre arrivèrent à Saragosse, pour demander, en vertu du traité de Noyon, la restitution de la Navarre: mais ni Charles ni les nobles Castillans , qu'il consulta sur cet objet, ne parurent disposés à céder cette acquisition. On tint, quelque temps après, des conférences à Montpellier pour arranger cette affaire à l'amiable, mais ce fut sans succès : les Français alléguaient toujours l'injustice de l’usurpation, et les Espagnols n’en considéraient que l'importance ?.
Charles, en quittant l’Aragon, se rendit en Catalogne , où il perdit autant de temps, trouva plus d'obstacles et obtint encore moins d'argent. Les Flamands s'étaient rendus si odieux par leurs exactions dans toutes les provinces d'Espagne, que le désir de les mortifier et de frustrer leur avarice donnait un nouveau ressort à la jalousie qui anime d'ordinaire les déterminations d'un peuple libre.
Les Castillans, qui avaient senti très vivement le poids et la rigueur de l'oppression des Flamands , prirent le parti de renoncer à une docilité qui leur était funeste , et qui les rendait en même temps un objet de mépris pour les autres provinces d'Espagne. Ségovie, Tolède, Séville , et plusieurs autres villes du premier ordre , formèrent une confédération pour la défense de leurs droits et de leurs priviléges ; et malgré le silence de la noblesse, qui dans cette occasion ne montra ni l'esprit public ni le courage qu'on avait droit d'en attendre, les villes confédéré s adressèrent
1 P, Mart,, Zp., p. 615, 634 2Jbid., p.605, 633, 610
: La nomination des étrangers aux emplois, l'ex-
portation de l'argent monnayé et l'augmentation des taxes, furent les principaux griefs qu'ils
! exposèrent, et ils en demandèrent justice avec la
hardiesse naturelle à un peuple libre. Ces remon:trances furent d'abord présentées à Saragosse et renouvelées ensuite à Barcelone; mais Charles ne parut pas y faire beaucoup d'attention : cependant la confédération de ces villes fut le commencement de cette union fameuse des communesde Castille, union qui, bientôt après, jeta tout le royaume dans la plus grande confusion, ébranla le trône , et fut sur le point de détruire la constitution même !.
Il n’y avait pas long-temps que Charles était arrivé à Barcelone lorsqu'il reçut la nouvelle d’un événement qui l’intéressait beaucoup plus que les murmures des Castillans et les scrupules des états de Catalogne: c'était la mort de l'empereur Maximilien. Cette mort n'avait rien de fort important par elle-même; car Maximilien n’était recommandable ni par ses vertus, ni par son pouvoir, ni par ses talens; mais elle devint, par ses suites, un des plus mémorables événemens de l’histoire moderne : elle rompit cette paix universelle et profonde qui régnait dans le monde chrétien ; elle excita entre deux princes une rivalité qui remua toute l'Europe, et y alluma des guerres plus générales et plus longues qu'on n’en avait eu jusque là depuis la république romaine.
Les révolutions qu'avait occasionées l’expédition du roi de France Charles VIIT en Italie, avaient inspiré aux princes d'Europe de nouvelles idées sur l'importance de la dignité impériale. L'empire avait beaucoup de prétentions sur quelques états d'Italie, et sur quelques autres une juridiction fort étendue : il est vrai que sous des princes qui n'avaient que peu de talens et d'influence, ces prétentions avaient été presque abandonnées et que cette juridiction avait été rarement exercée : cependant on sentait bien qu'un empereur, qui aurait du pouvoir et du génie, s'en servirait avec succès pour étendre son doraaine sur ia plus grande partie de l'Htalie Maximilien même, quelque faible et incertaine
PO Mat, Æp ,p 590 Ferreras, vol. VIN, p. 461
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VI, p. 461
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[1519] que sa conduite ait toujours été, avait su tirer avantage de toutes les guerres et de toutes les négociations qui s'étaient faites en Italie pendant son règne. D'ailleurs, la prééminence reconnue que le chef de l'empire avait sur les princes chrétiens, les droits attachés à cette dignité, et qui pouvaient devenir très considérables dans les mains d’un prince qui saurait les faire valoir avec habileté, tout concourait à rendre plus que jamais la couronne impériale un objet digne d’exciter l'ambition et la rivalité des souverains.
Maximilien avait montré, peu de temps avant sa mort, un grand désir de conserver cette dignité dans la maison d'Autriche, et de faire nommer le roi d’Espagne pour son successeur ; mais n'ayant jamais été couronné par le pape, cérémonie qu’on régardait alors comme essentielle , il n'était considéré que comme empereur élu. Quoique les historiens n'aient point rema”qué cette distinction , il est certain que les chancelleries d'Italie et d'Allemagne n'ont jamais donné à Maximilien que le titre de roi des Romains; et comme on ne trouvait dans l'histoire aucun exemple d’un roi des Romains à qui l'on eût nommé unsuccesseur de son vivant, les Allemands, toujours attachés à leurs formes , ne voulurent pas accorder à Charles un rang pour lequel il n'y avait pas même de nom dans les constitutions de l'empire, et refusèrent avec opiniâtreté de satisfaire sur ce point le désir de Maximilen !.
La mort de cet empereur leva toutes ces difficultés. Charles demanda ouvertement cette place. que son grand-père avait tenté, sans succès, de lui assurer d'avance ; François I" se mit en même temps sur les rangs pour la lui disputer. Cette rivalité, non moins éclatante par la grandeur des concurrens que par l'importance du prix auquel ils aspiraient, attira l’attention de toute l'Europe : les deux monarques déclarèrent leur prétentions avec confiance, l’un et l’autre paraissaient avoir une égale espérance de réussir. Le trône impérial était depuis si long-temps occupé par la maison d’Auiriche,que Charlesle regardait comme un héritage qui lui appartenait de droit : il savait qu'aucun prince de l'empire n'avait ni assez de pouvoir niassez de crédit pour entrer en concurrence avec lui; il se flattait qu'aucune
Guicciardini, lib. x, p. 15. Barre, ist. génér.
d'Allemagne, t. VI, part à, p. 187. P iteuter., Rer Lust, b, vu, cap. xvu, p.179, lib. vus, Con, p. 183.
considération ne pourrait déterminer les Allemands à élever un prince étranger à une dignité qui, depuis tant de siècles, était leur apanage ; et surtout à choisir François K°", souverain d’un peuple dont le caractère, le gouvernement et les mœurs étaient si différens des leurs, qu'il n'était guère possible d'établir une union sincère entre les deux nations. Charles espérait d’ailleurs que les dernières négociations avec Maximilien, quoiqu'elles n’eussent point eu de succès, auraient disposé en sa faveur l'esprit des électeurs; mais ce qui lui inspirait le plus de confiance, c'était la situation favorable des états héréditaires en Allemagne, qui formaient une barrière naturelle à l'empire contre les cntreprises de la puissance ottomane. Les conquêtes. les talens et l'ambition du sultan Sélim Il, donpaient alors à toute l'Europe des inquiétues bien fondées. En effet, ses victoires sur les Mamelucs et la destruction de ce brave peuple, en ajoutant l'Égypte et la Syrie à son erapire, en avaient si solidement affermi la tranquillité intérieure, que Sélim était ca état 2e tourner contre les prince; chrétiens toute la force de ses armes, auxquelles jusqu'alors aucune puissance n'avait pu résisier. Il n’y avait pas de moyen plus sûr pour arrêrcr le cours de ce torrent , que de lui opposer un empereur qui possédait de vastes domaines dans le pays même exposé au premier choc de l'ennemi, et qui pouvait d’ailleurs le combatire avec toutes les forces d’une puissante monarchie , et {ous les trésors que produisaient les mines du Nouveau-Monde et le commerce des Pays-Bas. Tels étaient les moyens sur tsquels Charles établissait hautement la justice de ses prétentions, et tous les esprits équitables et éclairés trouvèrent ces raisons non-seulement plausibles, mais convaincantes : cependant il ne s'en tint pas là pour assurer le succès de sa cause. 1! prodigua l'argent , mit en œuvre toutes les ressources et tous les artifices de la négociation , et prit secrètement à sa solde un corps considérable de troupes qu’avaient levé les états du cercle de Souabe.Il s'assura, par des présens, des suffrages de tons ceux qui voulurent se vendre, leva les scrupules des uns, répondit aux objections des autres, et sut, par les menaces :, en imposer aux faibles.
! Guice., lib. xu, p. 199. Sleidan, Zist, ofthe refornt., p. 4. Struvii ist. Gernr., 1, p. 971, not. 20
D'un autre côté, François [°" soutint ses prétentions avec la même ardeur et une égale confiance dans la justice de sa cause. Ses émissaires publiaient qu'il était temps de prouver aux princes de la maison d'Autriche que la couronne impériale était élective et non héréditaire, et que d'autres princes pouvaient aspirer à une dignité que leur arrogance semblait leur faire regarder comme un bien de famille : qu’il fallait un souverain d'un jugement mûr et de talens éprouvés, pour prendre les rènes du gouvernement dans un pays où les nouvelles opinions sur la religion jetaient tous les esprits dans une agitation extraordinaire, dont on avait à craindre les suites les plus funestes; qu'un jeune prince sans exp{rience et qui n'avait encore donné aucune preuve de capacité militaire n'était pas en état d'entrer en lice avec un rival tel que Sélün, vieilli dans l’art de la gucrre et enhardi par un enchaînement de victoires : au lieu qu'on pouvait opposer au conquérant d’Asie un roi qui, dès sa jeunesse, avait triomphé de la valeur et de la discipline des Suisses, regardés jusqu'alors comme invincibles : que l’ardeur et l'impétuosité de la cavalerie française , secondée par la discipline et la fermeté de l'infanterie allemande, formeraient une armée si formidable , qu'au lieu d'attendre l'approche des troupes ottomanes, elle pourrait porter les hostilités jusqu'au cœur de l'empire de Sélim : que l'élection de Charles était incompatible avec une des constitutions fondamentales de l'empire, suivant laquelle tout prince qui possédait la couronne de Naples était exelu du trône impérial, et que d'ailleurs les prétentions de Charles sur le duché de Milan, allumeraient infailliblement en Italie une guerre dont les effets se Feraient bientôt sentir à l'Allemagne, et pourraient lui devenir funestes !.
Tandis que les ambassadeurs de Francois 1°" faisaient valoir ces raisons et d'autres du même genre, dans toutes les cours d'Allemagne, ce prince, instruit des préventions qu'élevaient contre lui sa qualité d'étranger et son ignorance de la langue et des mœurs allemandes, chercha à vaincre ces obstacles et à se concilier la faveur des princes par des dons iminenses et des pro-
EGuice., Hib. vie, p. 160. Sleid., p 16, Gcor, Sabini
De eleel. Cars, His apud Seardir script res CON ITPAN S LENTES |
[1519] messes plus considérables encore. Comme la ressource prompte et commode de faire passer de l'argent par des lettres de change était encore peu connue alors, les ambassadeurs de France voyageaient avec une suite de chevaux chargés d'or: appareil de corruption peu honoable au prince à qui il appartenait, et honteux pour ceux à qui il était destiné !.
Les autres princes d'Europe ne pouvaient pas rester spectateurs indifférens d'un combat do..! l'événement les touchait de si près. Leur intérêt commun aurait dû naturellement former entre eui une ligue générale contre les deux concurrens, pour les empêcher d'obtenir l'un ou l'autre unaccroissement de puissance et de crédit qui semblait menacer la liberté de l'Europe : mais il y avait si peu de temps que les principes sur ‘a distribution et l'équilibre du pouvoir s'étaient introduits dans le système de la politique européenne, qu'on n’en sentait pas encore assez l'importance. Les passions de quelques princes et le défaut de prévoyance de quelques autres, se joignant à la crainte d'offenser les prétendans, empêchtrent cette union salutaire entre les puissances de l'Europe, et leur firent négliger entièrement la sûreté commune, ou ne leur permirent pas de la défendre avec vi. gueur.
Quoique les cantons suisses craignissent l'élévation de l'an ou de l'autre monarque au trône de l'empire, et qu'ils eussent désiré d'y voir monter quelque prince dont le pouvoir et les demaines fussent moins étendus, cependant leur haine pour la nation francaise les détermina à donn. r une préférence ouverte aux prétentions du roi d'Espagne, tandis qu'ils employèrent tout leur crédit à traverser celles de Frencois "2,
Les Vénitiens voyaient clairement au'il serait de leur intérêt de s'opposer également aux succès des deux concurrens; mais leur jalousie contre la maison d'Autriche, dont le voisinage et l'ambition avaient été si funestes à la grandeur de leur république, ne leur permit point d'agir suivant les principes de la politique; et ils se hâtèrent de se déclarer en faveur du roi de France.
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Wém. du maréchal de Fleuranges, p.296 Sahinus , pr 4
11519 d'intérê cher F1 velle di; des auti vantat lance de tion, n froid qu Cepend:
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11519) d'intérêt et plus de moyens encore pour empècher François ou Charles d'acquérir une nouvelle dignité, qui les élèverait si fort au-dessus des autres monarques; mais quoique Henri se väntât souvent de tenir dans ses mains la balance de l'Europe, il n'avait ni la suite d’attention, ni la justesse de coup d'œil, ni le sangfroid qu'aurait demandé cette délicate fonction. Cependant il sentit sa vanité si vivement blessée de se voir exclu de cette glorieuse lice où les deux concurrens fixaient les regards de toute l'Europe, qu'il prit le parti d'envoyer un ambassadeur en Allemagne et de se mettre sur lesrangs pour demander la couronne impériale. Cet ambassadeur fut comblé de caresses par les princes d'Allemagne et par le nonce du pape; mais il écrivit bientôt à son maître qu'il n'y avait aucune espérance de faire réussir une prétention qui avait été annoncée trop tard. Henri, n’attribuant qu'à cette cause l’inutilité de la démarche qu'il venait de hasarder, et content d’avoir fait ce fastueux étalage de sa propre importance, ne prit plus dès lors, à ce qu'il paraît, aucune part à cette grande querelle, ni pour traverser les deux rivaux, ni pour favoriser l’un d'eux !.
Le pape Léon X, que ses talens politiques autant que son goût pour les arts ont rendu si célèbre, fut le seul prince de ce siècle qui observa les mouvemens des deux prétendans avec une attention vraiment éclairée, et qui montra une juste inquiétude pour la sûreté de l'Europe. L'autorité des papes et la juridiction impériale se croisaient en tant d'occasions; les plaintes réciproques d’usurpation étaient si multipliées, et la sûreté des domaines de l'Église dépendait si fort de la faiblesse de ses voisins et si peu de ses propres forces, qu'il n’y avait rien de plus redoutable pour la cour de Rome qu'un empereur qui joindrait à une graude puissance un gcnie entreprenant. Léon frémit à la seule pensée de voir placé sur le trône de l'empire un roi d'Espagne et de Naples, maître du Nouveau- Monde. Il ne voyait pas moins de dangyer à laisser élever à ce haut rang un roi de France, duc de Milan et scigneur de Gènes, et il prédit que l'élection d'un de ces deux monarques serait funeste à l'indépendance du saint siége, à la paix
! Mém. de Fleuranges, p. 314. Herbert, Æist. of Henry, vol. VIH.
de l'Italie et peut-être à la liberté de l'Europe. Pour traverser sans risque deux rivaux si puissans et qui avaient tant de moyens de se venger, il fallait beaucoup de prudence et d'adresse : Léon employa l’une et l’autre. Il exhorta secrètement les princes d'Allemagne à choisir dans leur corps un successeur à l'empire, d'autant que plusieurs d’entre eux étaient dignes d'occuper le trône avec honneur; il leur rappela la constitution qui en excluait pour toujours les rois de Naples. Il sollicita en même temps avec vivacité le roi de France de persister dans son dessein : non que le pape désirât qu'il réussit ; mais comine il état persuadé que les Allemands donnceraient la préférence au roi d'Espagne, il espérait que François, animé par le ressentiment et l'esprit de rivalité, concourrait ensuite de tout son crédit à faire tomber sur un troisième aspirant la couronne impériale. Si d’un autre côté le roi de France trouvait plus de faciité dans ses poursuites qu’on n'avait lieu de le croire, Léon ne doutait pas que Charles , excitc par les mêmes motifs, n’eût recours aux mêmes moyens pour traverser Francois [°", Le pape crut pouvoir ainsi ménager la jalousie naturelle des deux rivaux aver assez d'art pour réussir à les écarter l’un et l’autre de leur but ; mais ce projet, le seul convenable à la situation de Léon X , fut exécuté avec aussi peu d'adresse qu'il avait été concerté avec habileté. Les ambassadeurs de France en Allemagne amusèrent leur maitre par de frivoles espérances : le nonc: gagné par eux, oublia entièrement ses instructions, et Francois persista avec tant d’ardeur et d'opiniâtreté à défendre ses prétentions, que le pape vit échouer toutes ses mesures ?,
Telles étaient les espérances des concurrens et les vues des différens princes intéressés au dénouement de cette querelle, lorsque la diète s'ouvrit, suivant l'usage, à Francfort. Le droit d'élire un empereur appartenait depuis longtemps à sept princes considérables, distingués par le titre d'électeurs. On a expliqué ailleurs l'origine de leur office, ainsi que la nature et l'étendue de leur pouvoir. Les électeurs étaient alors Albert de Brandebourg, archevèque de
1 Goldasti, Consti. impériales. Francf. 1673, vol. #, pag. 439.
? Guicciard., lib, xn, p, 161.
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Mayence; Herman, comte de Wied, archevèque de Cologne; Richard de Greiffenklau, archevêque de Trèves; Louis, roi de Bohême; Louis, comte palatin du Rhin; Frédéric, duc de Saxe; et Joachim I°", marquis de Brandebourg. Les raisonnemens spécieux des ambassadeurs des deux rois, leurs sollicitations, leurs intrigues et leurs présens, ne purent faire oublier aux électeurs la maxime fondamentale sur laquelle ils croyaient que la liberté de la constitution de l'empire était établie. Parmi les membres du corps germanique, qui forme une grande république composée d'états presque indépendans, le premier principe de patriotisme est d’abaisser et de limiter le pouvoir de l'empereur : et cefte idée, si conforme à la nature du gouvernement, est "ne règle dont un politique allemand ne s’écarte presque jamais. Pendant plusieurs siècles, on n'avait élevé à l'empire aucun prince qui jouit déjà d'une grande puissance, ou qui possédât des domaines étendus ; et c'était à cette. sage précaution que plusieurs °s grandes familles d'Allemagne devaient l’éciat et l'indépendance qu'elles avaient acquis pendant ce période dé temps. Les électeurs ne pouvaient donc donner leurs suffrages à l’un des deux monarques, sans violer évidemment cette maxime salutaire, sans vouloir donner à l'empire un maitre au lieu d'un chef, et sans se rabaisser eux-mêmes du rang d'égaux à la condition de sujets: *
Ces considérations déterminèrent les électeurs à jeter les yeux sur Frédéric, duc de Saxe, prince à qui ses talens et ses vertus avaient mérité le titre de sage ; et ils se réunirent tous pour lui offrir la couronne impériale. Frédéric ne se laissa point éblouir par l'éclat de cette couronne, que deux monarques, dont la puissance était bien supérieure à la sienne, recherchaient avec tant d’ardeur. Après avoir réfléchi quelque temps sur l'offre qu'on lui faisait, ii la rejeta avec une générosité et un désintéressement aussi étonnant que digne d'admiration. 11 sentit que rien n'était plus contraire à la bonne politique qu'un attachement inflexible à un principe qui, quoique excellent et juste en plusieurs occasions , n'était cependant pas applicable dans tous les cas. « Dans les temps de tranquillité, disait-il, nous avons besoï: d'un empereur qui n'ait pas assez de pouvoir pour empiéler sur nos privi-
léges, mais les temps de danger demandent un prince qui ait assez de forces pour. veiller à notre sûreté. Les armées turques se rassemblent sous le commandement d'un brave sultan enhardi par ses victoires. Elles sont prêtes à fondre sur l'Allemagne avec une violence dont les siècles précédens n'ont pasencore vu d'exemple. Des circonstances nouvelles exigent de nouvelles mesures : il faut remettfe le sceptre de l'empire à des mains plus puissantes que les miennes, et c'est un fardeau trop pesant aujourd'hui pour tout autre prince d’ Allemagne. Nous n'avons ni des domäines assez étendus, ni desrevenus assez considérables , mn une autorité assez grande pour être en état de tenir tête à l'ennemi formidable dont nous sommes menacés. Notre situation nous force à recourir à l’un des deux mnarques rivaux: chacun d'eux peut mettre en campagne 0 ces suffisantes pour nous défendre; mais comme le roi d'Espagne est né en Allemagne , qu'il est membre et prince de l’empire par les états dont il a hérité de son grandpère, et que ses domaines bordent la frontière la plus exposée aux incursions des Turcs, ses prétentions à la couronne impériale me paraissaient mieux fondées que celles d'un prince.
étranger à notre langue, à notre sang, à notre pays. D'après ces raisons je donne ma voix à Charles. »
Une opinion, inspirée par un sentiment de générosité si peu commun, et soutenue par des raisons si plausibles, ne pouvait manquer de faire une forte impression sur les électeurs. Les ambassadeurs du roi d'Espagne sentant toute l'importance du service que Frédéric venait de rendre à leur maitre, lui envoyèrent une somm considérable d'argent, comme le premier gage de la reconnaissance de ce monarque; mais un prince qui avait eu assez de grandeur d'âme pou: refuser une couronne, ne pouvait pas s’abaisser à vendre son suffrage. Les ambassadeurs espagnols le prièrent de permettre au moins qu'ils distribuassent entre ses courtisans une partie di la somme qui lui était destinée; Frédéric leur répondit qu'il ne pouvait pas les empêcher de recevoir ce qu'on leur offrirait, mais qu'il chas cerait le lendemain quiconque aurait accepte un seul florin !.
1 Le P, Daniel, historien de réputation, semble r quer en doute la vérité de ce récit de la conduite di
[1519 Il n'; alors as de refu bles à t faire un teurs. Ji sait nait et la sit:
pas peu deurs, 1 évêque c gociatio que les :
ployèrer nal avai!
Maximil avecles / écarté d mettait monarqu dans le faction ec grés dan du pape, tion serai près du f rement, réunir la ples t.
Cet i suspens , et dix jo
Frédéric, mention d nement c peu de fon dont l’ou contient q Charles , t magne dar SCripl., W Ep. xv, et dorf (Co nismo , P ordinaire frappante l'autorité ræancfort princes , leforest. I
1 Freeh cur, Stru 11, p. 498.
nandeut un r. veiller à ‘assemblent sultan enrêtes à fonice dont les d'exemple.
de nouvelles de l'empire miennes, el rd'hui pour 5 n'aVONs ni evenus assez ssez grande nemi formi- Notre situaes deux m)it mettre cn pur nous déne est né en ince de l’eme son grandt la frontière s Turcs, ses le me paraisd'un prince.
sang, à notre ne mia Voix à
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Il n'y avait aucun prince d'Allemagne qui pôt alors aspirer à une dignité que Frédéric venait de refuser pour des raisons également applicables à tous les autres. Il ne’ restait donc qu'à faire un choix entre les deux illustres compétiteurs. Indépendamment de la prévention que faisait naître en faveur de Charles et sa naissance et la situation de ses états héréditaires , il ne dut pas peu aux talens et aux zèle de ‘es ambassadeurs, le cardinal de Gurck et Érard le la Marck, évêque de Liége, lesquels conduisirent leurs négociations avec plus d'adresse et de prudence que les ambassadeurs du roi de France n’en employèrent à négocier pour leur maître. Le cardinal avait été long-temps ministre et favori de Maximilien, et connaissait bien l’art de traiter avec les Allemands. L'évèque de Liége , ayant été écarté du cardinalat par le crédit de François, mettait en œuvre, pour traverser les vues de ce monarque, toutes les ressources que peut puiser dans le ressentiment une âme ambitieuse. La faction espag''ale faisait chaque jour des progrés dans le collége électoral : le nonce même du pape, convaincu qu’une plus longue opposition serait inutile , voulut se faire un mérite auprès du futur empereur, en lui offrant volontairement, au nom de Léon, une dispense pour réunir la couronne impériale avec celie de Naples t.
Cet important débat qui tenait l'Europe € suspens , fut enfin terininé le 28 juin, cinq mois et dix jours après la mort de Maximilien. Six
Frédéric, fond: 1r ce que George Sabinus n’en fait pas mention dans’son /istoire de l'élection et du couronnement de Charles F,tom. WE, p.63. Mais on doit faire peu de fonds sur une omission dans un auteur superficiel, dont l’ouvrage, quoique décoré du titre d’histoire, ne contient qu’une relation du cérémonial de l'élection de Charles , teile qu'on en publiait ordinairement en Allemagne dans de semblables occasions.(Scard., Rer'. Germ. script. Vol, H, p. 1.) Le témoignage d’Erasme, lib. xur, Ep. à1v, et celui de Sleidan, p. 18, sont positifs. Seckendorf (Commentar. histor. el apologet. de Lutherianismo , p. 121) a examiné ce fait avec son exactitude ordinaire et en a établi la vérité avec l'évidence la plus frappante. À ces témoignages qu'il a recueillis, j'ajouterai l'autorité décisive du cardinal Cajétan, légat du pape à Francfort, dans sa etre du 5 juillet 1519. (£pitres aux princes , etc., reeueilies par Nuscelli, traduites par Belleforest. Paris, 157 °, p. 60.)
1 Freehcri, Rer. Germ. scriptores . vol. NE, p. 172, eur, Struvi, Argent. 1717. Giannone, //ist. of. Naples, 1, p. 498.
des électeurs s'étaient déjà déclarés en faveur du roi d'Espagne : l'archevêque de Trèves, le seul qui fût resté constamment au parti français, s'étant enfin réuni à ses confrères, Charles se vit, par le suffrage unanime du collége électoral, élevé au trône de l'empire ?.
Mais quoique les électeurs eussent consenti, par différens motifs, à donner leur voix à ce monarque, ils montrèreut en même temps toute l'inquiétude que leur causait son excessive puissance, et ils s'occupérent sérieusement des moyens de prévenir l'abus qu’il pourrait en faire un jour pour empiéter sur les priviléges du corps germanique. Depuis long-temps ils exigeaient de chaque empereur nouvellement élu , qu’il confirmerait ses priviléges et promettrait de ne les violer en aucune circonstance, Tant qu'on ne déféra la couronne impériale qu'à des princes qui n'étaient redoutables ni par l'étendue de leurs états, ni par la supériorité de leur génie, on crut qu'une promesse verbale était un gage suffisant de leur conduite; mais le choix d’un empereur aussi puissant que Charles demandait d’autres précautions. On forma une capitulation, dans laquelle on exposa les priviléges et et immunités des électeurs, des princes de l'empire, des villes et de tous les autres membres du corps germanique. Les ambassadeurs de Charles signèrent en son nom cette capi.ulation, qu'il confirma lui-même à son couronnement de la manière la plus solennelle. Depuis cette époque, les électeurs ont prescrit à tous ses successeurs les mêmes conditions. En Allemagne la capitulation, où ce contrat mutuel entre l'empereur et ses sujets, est regardée comme une puissante barrière contre le progrès de la puissance impériale , et comme la grande charte de leurs privi léges ?.
L’importante nouvelle de l'élection arriva en neuf jours de Francfort à Barcelone , où Charles était retenu par l’obstination des états de Catalogne, qui n'avaient encore terminé aucune des affaires soumises à leu”s délibérations. Il apprit cet événement avec toute la joie que pouvait inspirer à un jeune homme ambitieux un ac-
1 Jac. Aug. Thuan., Zist. sui temporis, edit. Bulklar, lib. 1, cap. 1x.
* Pfeffel, 4brégé de l'Histoire du droit public d’Allemagne, p. 590. Linnei, Capitulat. impur. Épitres des princes, par Ruscelli, p. 60
croissement de puissance et de dignité qui l'élevait si fort au-dessus de tous les autres souverains de l'Europe. Ce fut dès ce moment qu'il conçut ces vastes projets de gloire qui séduisirent son imagination pendant tout son règne; et c’est à cette époque qu'il faut remonter pour voir naître et se développer ce grand système d'ambition qui rend si intéressante l'histoire de sa vie,
Une circonstance peu importante découvrit bientôt les effets que cette grande élévation avait produits sur l'âme de Charles. Dans tous les actes ou édits qu'il publia en qualité de roi d'Espagne, il prit le titre de majesté, et exigea que ses sujets le Jui donnassent comme une nouvelle marque de respect. Jusqu'alors les monarques d'Europe n'avaient pris que le titre d'altesse ou de grâce; mais la vanité dés autres cours leur fit bientôt imiter l'exemple de celle d'Espagne. Le titre de majesté n'est plus une marque de prééminence : Jes plus petits monarques en jouissent aujourd'hui, et l'orgucil des plus puissans n’a pas encore pu inventer une distinction plus relevée *.
ILs'en fallait bien que les Espagnols vissent l'élévation de Charles au trône impérial avec autant de joie qu'il en ressentait lui-même. Ils ne doutaient pas que cette nouvelle dignité ne les privât bientôt de la présence de leur souverain pour les livrer au gouvernement d'un viceroi et de son conseil, espèce d'administration souvent tvrannique et toujours odieuse. Ils voyaient avec douleur, comme une suite presque inévitable de cet événement , que le sang de leurs concitoyens serait versé pour des querelles où ils n'auraient aucun intérêt; que leurs trésors seraient prodigués pour soutenir l'éclat d'un titre étranger, et que toute la nation se trouverait embarrassée dans le labyrinthe de la politique italienne et allemande. Toutes ces considérations leur faisaient regarder l'élection de Charles comme un événement funeste à l'Espagne; ils se plaisaient à citer avec les plus grands éloges le courage et le patriotisme de leurs ancêtres, qui, dans l'assemblée des états de Castille, défendirent à Alphonse-le-Sage de sortir du royaume pour aller se faire couronner empe-
4 Miniana, Continuat. Mar., p. 13. Ferreras, v. VIN p. 475. Mémoires historiques de la Houssaye, tom}, p. 03, etc.
reur d'Allemagne, et cet exemple leur paraissait très digne d'être imité dans les circonstances ofi l'on se trouvait !.
Charles, sans consulter les sentimens et les murmures de ses sujets espagnols, accepta l:
couronne impériale que le comte Palatin, à la tête d’une ambassade solennelle, lui offrit au nom des électeurs , et déclara l'intention où il était de passer en Aliemagne pour y aller prendre possession de sa nouvelle dignité. C'était une démarche nécessaire, parce que , suivant les formes des constitutions germaniques , il ne pouvait , avant que d'avoir été couronné publiquement , exercer aucun acte de juridiction et d'autorité ?,
Cette résolution, étant devenue publique, acheva d'indisposer les Espagnols ; un sombre mécontentement $e répandit dans tous les ordres de l’état : le pape avait accordé au roi le dixième du revenu de tous les bénéfices ecclésiastiques de Ja Castille, afin de le mettre en état de soutenir avec plus de vigueur la guerre contre les ‘Furcs ; le clergé s'étant assemblé , refusa unanimement de lever cette somme , et prétendit qu'elle ne pouvait être exigée que dans les temps où lu chrétienté serait réellement attaquée par les infidèles. Léon, déterminé à soutenir son autorité, mit le royaume en interdit; mais on eut si peu d'égard à cette censure, universellement regardée comme injuste, que Charles luimème en sollicita la révocation. Ainsi le clergé espagnol eut non-seulement la gloire de s'opposer aux usurpations du pape et de braver le pouvoir de la couronne, mais encore l'avantage de s'exempter du tribut qu'on voulait lui imposer ÿ.
Il s'éleva dans le royaume de Valence, dépendant de la couronne d’Arragon, des troubles bien plus à craindre, et dont les effets furent plus durables et plus dangereux. Un moine séditieux échauffa, par ses sermons , les habitans de Valence, capitale du royaume de ce nom, et excita la populace à prendre les armes pour punir, sans forme de procès, certains criminels. Cette populace , flattée de la découverte et de l'exercice qu’elle venait de faire de son pouvoir, refusa ensuite de mettre bas les armes, et se forma en
1 Sandoval, vol. 1, p. 32. Minian., Con£., p. 14.
2 Sabinus. P. Barre, vol. VIII, 1085.
5 P, Mart., £p., p. 462. Ferreras, vol. VIE, p. 475.
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nl, p. 14.
VI, p. #75.
(1520) compagnies militaires, qui s’assujettirent à la discipline et aux manœuvres d’une troupe réglée. Le désir de se soustraire à l'oppression des grands, fut le premier motif et le lien puissant de cette association. Comme l'indépendance et les priviléges aristocratiques étaient plus étendus à Valence que dans les autres royaumes d'Espagne , les nobles , ne reconnaissant presque aucun supérieur qui pôt leur demander compte de leur conduite, traitaient le reste des habitans non-seulement en vassaux, mais en esclaves. Cependant alarmés de ce soulèvement inattendue , ils craignirent que le peuple ne s'enhardit jusqu’à vouloir secouer entièrement le joug; mais comme ils ne pouvaient arrêter ces mouvemens sans prendre les armes, il fallut avoir recours à l'empereur et lui demander la permission d'attaquer les rebelles. Le peuple de son côté nomma des députés chargés d'aller exposer ses griefs au souverain et implorer sa protection. Ces députés arrivèrent à la cour , heureusement pour eux, dans le moment où Charles était le plus irrité contre la noblesse. L'empressement qu'il avait de passer en Allemagne , où sa présence devenait de jour en jour plus nécessaire , ct l’impatience plus grande encore de ses courtisans flamands , à qui :{ tardait d'aller porter dans leur patrie les dépouiiles de la Castille, ne permettaient pas au prince d'aller tenir lui-même les états de Valence. Il nomma le cardinal Adrien pour le représenter à cette assemblée, et l’autorisa à recevoir en son nom le serment d'obéissance des peuples , à confirmer leurs priviléges avec les solennités accoutumées et à leur demander un don gratuit. Les nobles de Valence regardèrent cet arrangement comme un affront fait à leur pays, qui n'avait pas moins de droit que les autres royaumes d'Espagne à l'honneur de jouir de la présence de son souverain : ils déclarèrent en conséquence que suivant les lois fondamentales de la censtitution , ils ne pouvaient ni reconnaître comme roi un prince absent, ni lui accorder un subside, et ils soutinrent cette résolution avec une hauteur et une obstination que rien ne put fléchir. Charles, offensé de cette conduite, se déclara en fa'/cur du peuple et l'autorisa imprudemment à rester armé. Les députés retournérent triomplans et
furent reçus par leurs concitovens comme les :