‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 50 sur 132 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

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libérateurs de la patrie. L’insolence de la multitude s’accroissant avec les succès, le peuple chassa de la ville tous les nobles, confia le gouvernement à des magistrats qu’elle choisit elle-même, et forma une association, distinguée par le nom de Germanada ou Fraternité , laquelle devint la source non-seulement des plus affreux désordres, mais encore des plus grandes calamités pour le royaume de Valence !.

Dans ce mème temps celui de Castille n'était pas agité avec moins de violence. L'empereur n'eut pas plutôt fait connaître l'intention où il était de quitter l'Espagne, que plusieurs villes du premier ordre résolurent de faire des remontrances contre ce départ, et de solliciter de nouveau la réforme des abus sur lesquels elles avaient déjà porté leurs plaintes. Charles se dispensa adroitement de donner audience à leurs députés; et comme il vit, par cette démarche, combien il serait difficile de réprimer l'esprit séditieux des villes les plus considérables, il convoqua l'assemblée des états de Castille à Compostelle en Galice. Son unique motif était l'espérance d'obtenir un nouveau don gratuit ; car les richesses de ses ministres s'étaient accrues aux dépeus de son trésor, et il n'était pas en état , sans quelque nouveau secours, de paraître en Allemagne avec l'éclat qui convenait à la dignité impériale, Mais convoquer les états dans une province si éloignée, et demander un nouveau subside avant le terme fixé pour payer le précédent , c'étaient-là des innovations de la plus dangereuse conséquence, et qui ne pouvaient manquer de jeter l'alarme dans l'esprit d'un peuple jaloux de sa liberté et accoutumé à ne pourvoir qu'avec beaucoup d'économie aux besoins de ses rois. Les magistrats firent des remontrances très fortes contre la convocation des états à Compostelle et contre la demande d'un r1ouveau subside. Les habitans de Valladolid, cui avaient espéré que les états se tiendraie.it dans leur ville, irvités de voir leurs espérances trompées , s’armèrent tumultuairement ; et leur fureur alla si loin, que si Charles ne s'était échappé heureusement avec ses courtisans étrangers , à la faveur d’une violente tempète, tous les Flamands auraient été massacrés, et le roi aurait eu beaucoup de peine à continuer sa route vers Compostelle.

UP. Mari, £p., p. 651. Ferrer, vol. VIH, p. 476, 485.

Toutes les villes par lesquelles Charles passa, lui présentèrent des mémoires contre la convocation des états en Galice ; mais il fut inflexible dans sa résolution. Quoique les ministres eussent employé toutes les ressources de l'intrigue et de l'autorité pour faire choisir des représentans favorables à leurs desseins, cependant tel était l'esprit général de la nation , que dès l'ouverture de l'assemblée une grande partie des députés laissèrent entrevoir des dispositions si marquées de mécontentement , qu'on eut lieu de craindre la plus forte opposition à tous les projets de la cour. La ville de Tolède n'avait point envoyé de représentans, parce que le sort, qui, suivant un ancien usage, y décidait de l'élection, était tombé sur deux personnes venäues aux ministres flamands ; les bourgeois, ne voulant pas confier leurs intérêts à des représentans corrompus , refusèrent de leur donner une commission dans la forme ordinaire , et à leur place envoyèrent à Compostelle deux députés, autorisés à protester contre la légalité de l'assemblée des états. Les représentans de Salamanque refusérent de prêter le serment ordinaire de fidélité, à moins que Charles ne consentit à choisir un autre lieu pour tenir les états. Les députés de Toro, de Madrid , de Cordoue et de plusieurs autre: villes, déclarèrent hautement que la dersxute d'un nouveau subside était sans exemi®, sn: nécessité et contraire àlaconstitution. Cependant tous les artifices qui peuvent influc: sur des assemblées populaires, l'argent, les piaces, les promesses, les menaces, la violence même, tout fut mis en œuvre pour gagner des suffrages. Les nobles, séduits par la respectueuse assiduité avec laquelle Chièvres et les autres Flamands leur faisaient la coûr, ou voyant peut-être avec un sentiment de basse jalousie l'esprit d'indépendance qui animait les communes, favorisèrent ouvertement les prétentions de la cour, ou du moins ne sv oppostrent pas. Enfin, malgré le vœu de la na-

tion, et au mépris des anciennes formes du :

gouvernement , on accorda, à la pluralité des voit, le don gratuit que l'empereur avait de. mandé !. À la vérité les états présentèrent en mème temps à Charles des remontrances sur les griefs dont le peuple se plaignait et sur lesquels il demandait justice mais ce prince, ayant ob. tenu ce qu'il désirait, ‘eut aucun égard à cette requête tardive, 2t sentit qu'il pouvait alors la rejeter sans danger ?.

Comme rien ne retardait plus le départ de l'empereur , il fit connaître ses intentions, qu'il avait tenues cachées jusqu'alors, sur le choix des personnes qui resteraient chargées de l'administration de ses royaumes pendant son absence, 11 conféra la régence de Castille au cardinal Adrien, la vice-royauté d'Arragon à don Juan de Lanuza , et celle de Valence à don Diègue Mendoza, comte de Mélito. Le choix des derniers fut très agréable aux Castillans; mais la nomination d’Adrien, qui cependant était le seul Flamand pour qui ils eussent conservé quel. qu'estime , ne fit qu'accroître leur haine et leur jalousie contre les étrangers. Les nobles euxmêmes, qui avaient souffert si patiemment d’autres usurpations plus importantes, sentirent vivement l’affront qu'on leur faisait, et protestèrent contre ce choix qu'ils prétendirent illégal. Mais Charles avait un si grand désir d’aller en Allemagne, et ses courtisans tant d’impatience de sortir d'Espagne , que , sans avoir égard aux murmures des Castillans, sans prendre même aucune précaution contre un soulèvement qui se préparait à Tolède, et qui eut dans la suite les plus funestes conséquences, ce prince s'embarqua à la Corogne, et mit à la voile le 22 de mai. En précipitant ainsi son départ pour aller recevoir une couronne nouvelle, il s’exposa à en perdre une d’un bien plus haut prix, et dont il était déjà possesseur ?.

2P.Mavtyr, £p., p. 663. Sandoyal, p. 32, ete +: Sandoval, p. 87.

SP. Mart., Ep., p. 678. Sandoval, p. 86

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