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? Du Bellay, p. 222. B. 246, 6.
! abandonna l’exécution de ce projet au maréchal de Montmorency, qui en était l’auteur, et que la nature semblait avoir fait naître exprès pour l'exécuter. Hautain, sévère, inexorable , plein de confiance en ses talens et de dédain pour ceux des autres, également insensible à l'amour et à la pitié, jamais Montmorency n’abandonna la résolution qu'il avait une fois embrassée.
Le maréchal établit un camp bien fortifié sous les murs d'Avignon, au confluent du Rhône et de la Durance : l’une de ces rivières apportait à ses troupes, du sein des provinces intérieures, toutes leurs subsistances ; l’autre couvrait son camp du côté par lequel il était le plus probable que l’ennemi approcherait. Il travailla sans relâche à fortifier ce camp et à le rendre inexpugnable , et il y rassembla une armée considérable quoique fort inférieure à celle de l'ennemi. Le roi, avec un autre corps de troupes, alla camper près de Valence, plus haut en remontant le Rhône. Marseille et Arles furent les seules villes qu’il jugea à propos de défendre : la première, pour rester maître de la mer; la seconde, pour servir de barrière à la province du Languedoc ; et il mit dans ces deux villes deux garnisons nombreuses composées de ses meilleurs troupes, avec des officiers dont la fidélité et la valeur lui étaient connues. On força les habitans des autres villes ainsi que ceux des campagnes, à abandonner leurs maisons, et on les distribua en partie dans les montagnes , en partie dans le camp , ou dans l’intérieur du royaume. Les fortifications de toutes les places qui auraient pu servir de retraite uu de défense à l'ennemi, furent démolies. Les grains, les fourrages et les provisions de toute espèce furent enlevées ou détruites sur les lieux ; tous les moulins, tous les fours furent ruinés , et les puits comblés ou mis hors d'état de servir. La dévastation s’étendait depuis les Alpes jusqu'à Marseille, et du rivage de la mer jusqu'aux confins du Dauphiné. L'histoire ne fournit point d'exemple où des nations civilisées aient employé avec tant de rigueur cet expédient terrible pour assurer la
défense d’un royaume,
Cependant l’empereur arriva avec l'avantgarde de son armée sur les frontières de la Provence ; il était encore tellement enivré de l’espérance du succès que, pendant quelques jours qu'il fut obligé de faire halte pour attendre le reste
de son armée, ilcommença à distribuer à ses officiers les conquêtes qu'il allait faire, leur promettant libéralement, afin d'encourager leur zèle, les offices, les terres et les dignités de la France !. Mais, à l'aspect de la dévastation qui s'offrit à ses yeux en entrant dans le pays, ces brillantes espérances commencèrent às’évanouir; ilconçut bientôt qu'un roi qui, pour affamer ses ennemis, avait pu se résoudre à faire un désert d'une deses plus riches provinces , était bien déterminé à défendre les autres jusqu’à la dernière extremité, La flotte, de laquelle Charles attendait ses principales ressources pour se procurer des subsistances, retenue par les vents contraires et par d'autres accidens auxquels les opérations maritimes sont exposées , resta longtemps sans pouvoir approcher des côtes de France; et lorsqu'elle aborda, elle n'avait pas assez de vivres pour une armée si nombreuse ? : il n'y en avait point à espérer dans la Provence,
et l’on ne pouvait tirer de grands secours des |
états du duc de Savoie, déjà épuisés par l'entretien de deux grandes armées. L'empereur se trouvait également embarrassé et sur l'emploi qu'il devait faire de ses troupes et sur les moyens de les faire subsister ; car, quoiqu'il fütalors en possession d’une province presque entière, il ne pouvait pas s'en regarder comme le maitre, n'ayant que les villes qui étaient sans défense, tandis que les Français, retranchés dans leur camp d'Avignon, étaient toujours maitres de Marseille et d'Arles. Charles voulut d'abord attaquer le camp et tenter de finir la guerre par un coup décisif; mais d'habiles officiers, qui avaient été chargés d'aller reconnaître le terrain, déclarèrent que l'entreprise était impraticable. Il commanda donc alors qu'on envestit Arles et Marseille, espérant que pour venir au secours de ces deux villes les Français quitteraient le poste avantageux où ils étaient retranchés ; mais Montmorency, attaché à son plan, resta immobile dans le camp, et les impériaux furent reçus avec tant de vigueur par les garnisons des deux villes, qu'ils abandonnèrent leur entreprise, non sans perte et sans honte. Enfin l'empereur fit un dernier effort et s'avança encore plus près d'Avignon; mais son armée, continuellement harcelée par les incursions successives de petits ! Du Bellay, p. 226. 4.
2 Sandov., vol, I, p. 131.
11536] détachemens des troupes légères, et affaiblie par les maladies , perdit tout espoir de surmonter tant d'obstacles d'autant plus décourageans qu'ils étaient moins attendus.
Pendant les opérations, Montmorency eut plus à se défendre de ses propres troupes que de l’ennemi même; leur valeur inconsidérée faillit à précipiter la France dans tous les malheurs dont il cherchait à la garantir par ses soins et sa prudence. Les Français ne pouvaient s'accoutumer à voir un ennemi ravager sans résistance leur patrie sous leurs yeux; impatiens de la longue inaction où ils avaient été retenus, et ne prévoyant pas les avantages certains, mais len's et éloignés, que Montmorency devait retirer du système de défense qu'il avait adopté, ils demandaient la bataille avec autant d'ardeur que les impériaux eux-mêmes. Ils regordaient la conduite de leur général comme l'opprobre de la nation ; ils traitaient sa prudence de timidité, sa circonspection de faiblesse, et la constance avec laquelle il suivait son plan d’entètement et d’orgueil. Ces réflexions qui, d'abord, se répandirent sourdement parmi les soldats et les subalternes, furent adoptées par degrés par les officiers d’un rang plus élevé; et comme la plupart d’entre eux étaient ou jaloux de la faveur ! dont Montmorency jouissait auprès du roi, où dégoûtés de ses hauteurs et révoltés par son caractère impérieux, le mécontentement devin! | bientôt général dans tout le camp; officiers. soldats, tous commencèrent à murmurer et à se plaindre hautement de sa conduite. Montmorency ne fut pas plus ébranlé par les opinions et | l'injustice de ses troupes que par les insultes des ennemis, et n’en demeura pas moins ferme dans son plan; mais pour réconcilier les esprits avec des principes qui n'étaient pas moins contraires au génie de la nation qu'aux idées que des troupes mal disciplinées se font de l'art de la guerre, i | mit dans ses manières une affabilité qui ne lui était pas ordinaire ; il eut souvent la condescendance d'expliquer à ses officiers les motifs de si conduite, de leur faire voir les avantages qui en | étaient déjà résultés, et le succès assuré qui en | serait la suite. A la fin, François vint le joindre |
au camp d'Avignon, où l'armée reçut encort plusieurs renforts: et il la crut alors assez nom- | breuse pour être en état de faire face à celle des ennemis, Comme il avait eu besoin lui-même de
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faire violence à son caractère pour consentir à ce que ses troupes restassent si long-temps sur la défensive, il est probable que sa passion pour toutes les entreprises d'éclat et qui demandaient de la hardiesse, excitée encore par l’impatience de ses officiers et de ses soldats, l'aurait emporté sur la sage conduite de Montmorency et en aurait détruit les salutaires effets !.
Heureusement la retraite de l'ennemi délivra le royaume du danger où pouvait l’exposer quelque résolution téméraire. L'empereur , après avoir perdu deux mois dans la Provence, où il était déjà resté long-temps pour sa gloire, fut obligé d'en sortir, sans avoir rien fait qui fût digne des vastes préparatifs de cette campagne, ni qui pôt justifier la présomption avec laquelle il s'était vanté de son pouvoir. Outre la perte d'Antoine de Léve et de plusieurs autres officiers de distinction , il vit que la moitié de ses troupes avait été détruite par les maladies ou par la famine, et que le reste n'était pas en état de lutter long-temps contre les maux qui avaient fait périr un si grand nombre d'hommes. Il obéit malgré lui à la nécessité, et donna enfin des ordres pour la retraite. Les Français ne démélèrent pas d'abord le but des mouvemens de son armée et ne songèrent pas à la poursuivre; mais un corps de troupes légères , aidé de plusieurs troupes de paysans impatiens de se venger de la dévastation de leur pays, s'attachèrent à l'arrière-garde des ennemis, et saisissant tous les momens favorables pour les attaquer, jetèrent plusieurs fois parmi eux le trouble et la confusion. Cette retraite ou plutôt cette fuite des impériaux , se fit avec tant de désordre et de précipitation , que toute leur route se trouva jonchée d'armes et de bagages abandonnés, et couverte de malades, de blessés et de morts:
cufin, Martin du Bellay qui vit de ses propres veux toutes leurs misères, ne peut en donner une idée à ses lecteurs qu'en comparant leurs désastres à ceux des Juifs accablés sous lesarmes victorieuses ? et destructives des Romains. Si dans ce moment critique Montmorency se fût avancé avec ses troupes, rien n'aurait pu sauver l'armée impériale d'une entière destruction ; mais ce général, en restant si long-temps et
, Mém. de du Bellay, p. 269, etc. 312, etc.
?bid., p. 316. Sandov., Æist. del. emper., vol. NN, p. 252
: et avec tant d'opiniâtreté sur la défensive, était devenu circonspect à l’excès. Son âme accoutumée à garder long-temps l'impulsion qu'elle avait reçue, ne pouvait changer de direction aussi promptement que les circonstances changeaient. Il continuait encorede répéter ses maximes favorites , qu'il est plus prudent de laisser échapper le lion, que de le pousser au désespoir, et qu'il faut faire un pont d’or à un ennemi qui se retire.
Lorsque l'empereur eut conduit les débris épars de ses troupes jusques aux frontières de Milan, et nommé le marquis du Guast pour succéder à Léve dans le gouvernement de ce duché, il partit pour Gênes. Après ce revers humiliant, il ne voulut pas s'exposer au mépris des Italiens, et repasser par les villes qu’il avait traversées, il y avait quelques mois, dans tout l'éclat d'un monarque triomphant et marchant à de nouvelles victoires : il prit donc le parti de s'embarquer directement pour l'Espagne !.
Ses armes n’eurent pas sur les frontières opposées de la France des succès capables de le dédommager des pertes qu’il venait d'essuyer en Provence. Du Bellay, à force d'adresse et d’intrigues, avait déterminé tant de princes allemands à rappeler le contingent de troupes qu'ils avaient fourni au roi des Romains, qu'il fut obligé de renoncer entièrement au projet de faire une irruption dans la Champagne. L'armée nombreuse des Pays-Bas était entrée dans la Picardie , et l'avait trouvée assez mal gardée, parce que toutes les forces du royaume s'étaient portées du côté du midi; mais la noblesse courut aux armes , suppléa par son courage et son activité ordinaires au défaut de préparatifs et à la négligence de son roi; elle défendit Péronne et les autres villes attaquées, avec tant de vigueur, que les ennemis furent obligés de se retirer, sans avoir pu faire aucune conquête importante ?.
Ce fut ainsi que François, par la prudence de ses mesures, par l'union et la valeur de ses sujets, fit échouer tous ces efforts extraordinaires, dans lesquels son rival épuisa ses forces. Jamais l'empereur, dans tout le cours de ses longues querelles avec le roi de France, ne reçut de mortification plus sensible; cette dis-
1 Jovius, Æist., liv. xxxv, p. 174, etc.
? Mém. de du Bellay, p. 318, cc.
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grâce, en humiliant son orgueil , affaiblit réellement sa puissance.
Un événement imprévu vint empoisonner la joie que donnait à François le succès de cette campagne. Ce fut la mort du dauphin, son fils aîné , prince qui donnait les plus grandes espérances, et qui était singulièrement aimé du peuple à cause de sa ressemblance avec son père. Cette mort presque subite fut attribuée au poison , non-seulement par le vulgaire qui aime à imputer à des causes extraordinaires la mort des personnes illustres, mais par le roi même et par les ministres. Le comte de Montecuculli, gentilhomme italien, échanson du dauphin, fut arrêté sur quelques soupçons et appliqué à la torture. Il chargea publiquement les généraux de l'empereur, Gonzague et Léve, et les accusa de l'avoir porté à cet attentat ; il alla même jusqu'à jeter sur l'empereur des imputations indirectes et équivoques. Dans un temps où toute la France était animée d'une haine implacable contre Charles, il ne fallait pas d'autres indices pour convaincre toute la nation de la réalité de ce forfait, et l'on n'eut égard ni à l'assurance avec laquelle Charles et ses officiers protestaient de leur innocence, ni à l’indignation et à l'horreur qu'ils témoignèrent de ce qu’on pouvait les supposer capables d’une action si exécrable. Il est évident cependant que l’empereur n’avait aucun motif qui pût l’intéresser à commettre un tel crime: outre le dauphin, François avait deux fils, tous deux en âge de lui succéder , et il était lui-même dans la vigueur de son âge. Sans parler même du caractère de l'empereur , à qui l’on n’a jamais pu reprocher aucune action qui ressemblât à cette atrocité, cette seule considération est plus que suffisante pour contre-balancer le poids d’un témoignage équivoque arraché dans les tourmens de la question ! : les historiens les noins prévenus disent que la mort du dauphin fut occasionée par de l'eau froide qu’il but imprudemment après s'être fort échauffé en jouant à la paume ; et cette cause, qui est des plus simples, est aussi la plus vraisemblable. Mais s’il est vrai qu'il ait été empoisonné, l'empereur rencontra assez juste dans ses conjectures, lorsqu'il assura que le poison lui avait été donné par les ordres de Catherine de Médicis, dans la vue
1 Sandov., Æist. del. emper, vol. M, p. 231.
d'assurer la couronne au duc d'Orléans, son mari !. IL est évident qu'elle eût retiré les plus grands avantages de la mort du dauphin; et l'on sait que son ambition sans frein et sans mesure n'eut jamais aucun scrupule sur les moyens qui pouvaient la conduire à son but. ;
L'année suivante s'ouvrit par un événement fort extraordinaire , quoique peu important par lui-même; il ne mériterait pas qu'on en parlat, s’il n'était pas une preuve frappante de cette animosité personnelle qui se méla dans toutes les querelles de Charles et de François, et qui les porta l’un envers l’autre à des excès indécens et avilissans pour tous deux. François, accompagné des pairs et des princes du sang, ayant été prendre place au parlement de Paris avec les formalités usitées, l'avocat général se leva, et après avoir accusé Charles d'Autriche (c’est le nom qu’il affecta de donner à l’empereur ) d'avoir violé le traité de Cambray, qui le dispensait de l'hommage qu'il devait à la couronne de France pour les comtés de Flandre et d'Artois, il soutint que ce traité n'ayant pas eu son effet, l'empereur devait toujours être regardé comme le vassal de la couronne, et qu’il était coupable de rébellion pour avoir pris les armes contre son souverain, il conclut en conséquence à ce que Charles fût ajourné à comparaitre en personne ou par procureur, pour répondre sur cette accusation devant le parlement de Paris, comme son juge légitime. Cette étrange requête fut admise : un héraut se rendit sur les frontières de la Picardie et somma Charles, dans les formes accoutumées, de comparaître dans un délai prescrit. Ce terme étant expiré, et personne ne paraissant au nom de l'accusé, le parlement rendit un arrêt par lequel il jugea que Charles d'Autriche avait forfait et perdu ses fiefs pour cause de rébellion et de contumace, déclara la Flandre et l'Artois réunis à la couronne, et ordonna que l'arrêt serait publié à son de trompe sur les frontières de ces deux provinces 2.
François, presque aussitôt après ce vain étalage de ressentiment plutôt que de puissance, marcha vers les Pays-Bas, comme pour exécuter l'arrêt qu'avait rendu son parlement, et pour prendre possession des territoires qui lui étaient
* Vera y Zuniga, Vida de Carla F, p. 75.
? Lettres et mémoires d'état, par Ribier, 2 tom. B'ois , 166, tom. 1, p. 1.
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ar Ribier, 2 tom.
adjugés. Comme la reine de Hongrie, à qui l'empereur, son frère, avait confié le gouvernement de cette province de ses étais, n'était pas préparée à cette invasion soudaine, François fit d’abord quelques progrès et prit quelques villes importantes. Mais forcé bientôt de quitter son armée pour aller diriger les rutres opérations de la guerre, les Flamands assemblèrent une armée nombreuse, reprirent la plupart des villes qu'ils avaient perdues, et commencèrent à faire à leur tour des conquêtes. A la fin, ils investirent Térouane ; le duc d'Orléans, alurs dauphin par la mort de son frère, et Montmorency, que François avait honoré de l'épée de connétable en récompense des grands services qu’il avait rendus dans la campagne précédente, résolurent de hasarder une bataille pour faire lever le siége de la place. Tandis qu'ils s’avançaient dans ce dessein, ils furent arrêtés à quelques milles de l'ennemi par l'arrivée d’un héraut qui venait, de la part de la reine de Hongrie, leur apprendre la conclusion d’une suspension d'armes.
On dut cette suspension imprévue au zèle et aux efforts des deux sœurs, la reine de France et celle de Hongrie, qui ne cessaient de travailler à réconcilier les deux monarques. La guerre des Pays-Bas avait ravagé les provinces frontières des deux états, sans aucun avantage réel pour les deux partis : les Français et les Flamands regrettaient également l'interruption de leur commerce, qui faisait leur bien commun ; et Charles et François , qui avaient épuisé leurs sujets pour soutenir les opérations dispendieuses de la campagne précédente, virent qu'ils ne pouvaient alors entretenir dans ce pays des armées sur pied sans affaiblir leurs opérations dans le Piémont , où ils voulaient tous deux faire les plus grands efforts. Toutes ces circonstances secondèrent les négociations des deux reines : on conclut une trève qui devait durer dix mois, mais qui n'avait lieu que pour les Pays-Bas !.
La guerre se faisait toujours avec beaucoup de vivacité dans le Piémont. Charles et François n'étaient pas, il est vrai, en état de faire des efforts proportionnés à leur animosité mutuelle ; mais ils continuaient les hostilités comme deux combattans que la haine soutient encore lorsque leurs forces sont épuisées. Les mêmes villes étaient
! Mémoires de Ribier, p. 56.
alternativement prises et reprises; ilnese passait pas de jours qu’il n’y eût quelques petits combats; on versait beaucoup de sang , sans qu'il y eût aucune action qui donnât la supériorité à l'un ou à l'autre parti. A la fin les deux reines, ne voulant pas laisser imparfaite la négociation salutaire qu'elles avaient commencée, firent tant par leurs sollicitations et leurs importunités, l'une auprès de son frère , l’autre auprès de son mari, qu’elles les déterminèrent à consentir aussi à une trève de trois mois dans le Piémont. On convint que chacun des deux rois garderait tout le pays dont il se trouvait en possession, et retirerait son armée de la province , en laissant des garnisons dans les villes, et qu'on nommerait des plénipotentiaires pour terminer toutes les contestations par un traité définitif 1.
Les motifs qui détermintrent les deux rois à cet accommodement, sont les mêmes que ceux dont j'ai déjà fait mention plusieurs fois. Les dépenses de la guerre avaient excédé de beaucoup les fonds que pouvaient fournir leurs revenus, et ils n’osaient pas tenter d'ajouter de nouveaux impôts à ceux qui étaient déjà établis. Dans ce temps-là les peuples n'étaient pas encore accoutumés à porter sans murmure les fardeaux immenses dont or les a chargés depuis.
L'empereur surtout, quoiqu'il eût contracté des dettes qui paraissent énormes pour son siècle ?, ne pouvait payer les sommes considérables qui étaient dues depuis tant de temps à son armée. Il ne lui restait point d'espoir de tirer du pape ou des Vénitiens aucun secours d'hommes ou d'argent, quoiqu'il n'eût épargné pour y réussir ni promesses ni menaces. Le pape, toujours ferme dans la résolution qu'il avait prise de garder une parfaite neutralité, déclara que c'était le seul parti qui convint à son caractère. et il ne s’occupa que des moyens de rétablir la paix. Les Vénitiens suivaient toujours leur ancien système , dont le but était de tenir la halance égale entre les deux rivaux , et d'éviter de mettre d’un côté un poids trop considérable qui rompiît l'équilibre.
Mais ce qui fit sur Charles plus d'impression encore que tous ces motifs, ce fut la crainte des Turcs , que François avait encore suscités contre
1 Mémoires de Ribier, p. 62.
2 Ribier, vol 1, p. 291.
lui, en faisant un traité avec Soliman. Quoique Francois eût une guerre à soutenir contre un ennemi beaucoup plus puissant que lui, sans être secondé d'aucun allié, il avait long-temps balancé : les chrétiens avaient alors tant d'horreur pour toute espèce d'union avec les infidèles, union qu'ils regardaient comme déshonorante et comme impie, qu’il hésita beaucoup à profiter des avantages évidens que lui offrait l'alliance du sultan. A la fin cependant la nécessité fit taire ses scrupules et surmonta sa délicatesse. Vers la fin de l’année précédente, Laforèt, qui était son agent secret à la Porte-Otitomane, avait conclu avec Soliman un traité par lequel le sultan s’engageait à envahir dans la campagne suivante le royaume de Naples, et attaquer le roi des Romains en Hongrie avec une armée nombreuse, tandis que François, de son côté, se charrerait d’entrer en même temps dans le Milanais avec un corps de troupes suffisant pour s'en emparer. Soliman avait ponctuellement rempli ses engagemens. Barberousse parut avec une flotte considérable devant les côtes de Naples, jeta la consternation dans ce royaume, d’où toutes les troupes impériales étaient sorties pour passer dans le Piémont, débarqua sans obstacle près de Tarente, obligea Castres, ville assez forte, à se rendre, ravagea le pays adjacent, et se préparait déjà à assurer et à étendre ses conquêtes, lorsque l’arrivée soudaine de Doria, soutenu des galères du pape et d’un détachement de la flotte vénitienne, força le corsaire à se retirer. Les Turcs avaient fait dans la Hongrie des progrès plus redoutables. Mahmet, leur général, après plusieurs légers avantages, défit les Allemands dans une grande bataille qui se donna à Essek sur la Drave t.
Heureusement pour la chrétienté, il ne fut pas au pouvoir de François d'exécuter avec la mème exactitude la clause du traité, à laquelle il s'était engagé; il ne put alors assembler une armée assez forte pour pénétrer dans le Milanais, et il perdit par-là l'occasion de recouvrer la possession de ce duché. Ainsi son impuissance sauva l'Italie des calamités d’une nouvelle guerre et du malheur de se voir en proie, après tous les maux qu'elle avait déjà soufferts, à la fureur destructive des armées turques ?. L'empereur
1 lstnanhaffi, Æist. hung., iv. xur, p. 139.
2 Jov., Aist., liv. xxxv, p. 183.
sentit qu’il ne résisterait pas long-temps aux efforts réunis de deux alliés si puissans, et qu'il ne devait pas espérer que des hasards heureux vinssent une seconde fois délivrer Naples et sauver le Milanais; il prévit que les états d'Italie l'accuseraient hautement d’une ambition insatiable, et peut-être même tourneraient leurs armes contre lui, s’il prenait assez peu d'’intérêt au danger dont ils étaient menacés pour s’ubstiner à prolonger la guerre. Toutes ces rai. sons lui firent sentir la nécessité de consentir à une trève, pour l'intérêt de sa gloire et de sa propre sûreté. François ne voulut pas non plus se charger de tout le blâme auquel il s’exposerait en s'opposant seul au rétablissement de la paix, ni courir le danger d’être abandonné des Suisses et des autres troupes étrangères, qui étaient à son service et que son refus pourrait dégoûter. Il commençait mème à craindre que ses sujets ne le servissent avec répugnance, si, en contribuant à l'agrandissement de la puissance des infidèles, puissance que son propre devoir et l'exemple de ses ancêtres semblaient lui ordonner d’abaisser , il continuait de se cunduire d’une manière directement contraire à tous les principes qui devaient guider un monarque distingué par le nom de roi très chrétien. Ces considérations le déterminèrent ; il aima donc mieux courir le risque de désobliger son nouvelle allié, que de s’exposer à des dangers bien plus graves, par une fidélité déplacée à remplir les conditions du traité qu’il avait conclu avec le sultan.
Quoique les deux parties consentissent à une trêve; cependant lorsqu'il fut question de régler les articles d’un traité définitif, les plénipotentiaires trouvèrent des difficultés insurmontables. Chacun des deux monarques voulait prendre le ton de vainqueur , et dicter à l’autre des lois: ni l’un ni l’autre ne voulait avouer son infériorité, en faisant le sacrifice de quelque point d'honneur ou d'intérêt. En sorte que les plénipotentiaires perdirent le temps en longues et inutiles négociations, et finirent par se séparer après avoir conclu seulement une prolongation de trève pour quelques mois.
Cependant le pape, se flattant d’être plus heureux que les plénipotentiaires, prit sur lui tout le fardeau des négociations de la paix ; ses deux grands objets étaient de former une ligue
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s, et qu'il is heureux ples et sauats d'Italie ition insaaient leurs peu d’inténacés pour ates ces raiconsentir à ire et de sa pas non plus il s'exposeement de la andonné des ngères , qui fus pourrait craindre que ugnance , si, de la puise son propre es semblaient ait de se cunt contraire à uider un moroi très chréminèrent ; il de désobliger er à des dandélité déplacée qu'il avait con-
bntissent à une uestion de réitif, les plénificultés insur arques voulait dicter à l’autre lait avouer son ice de quelque in sorte que les ps en longues ent par se SÉpaune prolongais.
ant d'être plus es, prit sur lui « de la paix ; $€s ormer une ligue
capable de défendre la chrétienté contre les invasions formidables des Turcs , et de concerter des mesures efficaces pour l’extirpation de l’hérésie ; et il regardait l'union de l'empereur avec le roi de France comme le premier pas nécessaire pour parvenir à ce but. D'ailleurs en réconciliant par sa médiation ces deux monarques rivaux que ses prédécesseurs avaient si souvent brouillés par leurs intrigues indécentes et intéressées, cette démarche ne pouvait manquer de jeter un grand éclat sur son caractère et de faire honneur à son administration. Il pouvait encore espérer qu’en suivant des vues si louables il en retirerait des avantages pour sa propre famille dont il ne négligeait pas l'agrandissement, quoiqu'il mit dans ce projet beaucoup moins d’audace et d’ambition que n’en ont mis ordinairement les papes de ce siècle. Déterminé par tous ces motifs , il proposa une entrevue à Nice entre les deux monarques, et offrit de s'y rendre lui - même en personne, afin d'agir comme médiateur et d'accommoder leurs diffé-
rends. En voyant un pontife , vénérable par son caractère et son grand âge, se résoudre par zèle pour la paix à essuyer les fatigues d’un si long voyage, Charles ni François ne purent décem-
ment refuser l'entrevue. Ils se trouvèrent tous deux au lieu du rendez-vous ; mais il s’éleva tant
de difficultés pour le cérémonial, et il restait
encore au fond de leur cœur tant de défiance et
d'animosité , qu’ils refusèrent de se voir, et que
tout se négocia par l'entremise du pape qui al-
lait les visiter tour à tour. Malgré tout son zèle,
malgré la droiture de ses intentions et de sa
conduite, il ne put venir à bout de lever les obs-
tacles qui s’opposaient à un accommodement dé-
fiuitif, surtout ceux qui regardaient la posses-
sion du Milanais, et tout le poids de son
autorité ne put vaincre l'obstination avec la-
quelle chacun des deux rois insistait sur ses
prétentions. Enfin, pour ne pas paraître avoir
travaillé sans succès, il les fit consentir à signer
une trève de dix années , aux mêmes conditions
que la première, et par laquelle on convint que
chacun garderait ce qu’il avait en sa possession,
et que dans cet intervalle les deux rois enver-
raient à Rome des ambassadeurs pour y discu-
ter à loisir leurs prétentions respectives !.
! Recueil des Trailés, p. 210. Relatione del Nicolo
Ainsi finit une guerre qui ne fut pas de longue durée, mais qui fut très importante par la vaste étendue des opérations qu’elle embrassait , et par les efforts qu'y firent les deux rivaux. Quoique François eût manqué l'objet qu'il avait principalement en vue, et qui était de recouvrer le Milanais, il s’acquit néanmoins une grande réputation par le succès de ses armes et par la sagesse des mesures qu'il prit pour repousser une invasion formidable ; et la moitié des états du duc de Savoie , dont il s'assura la possession, ne laissa pas d’ajuuter à son royaume un domaine assez considérable. Charles, au contraire, repoussé, humilié, après s'être flatté avec tant d'arrogance d’un triomphe assuré, se voyait obligé d'acheter une trève peu honorable en sacrifiant un allié qui s'était trop reposé sur son amitié et sur sa puissance. L'infortuné duc de Savoie murmura , se plaignit, déclama contre un traité qui lui était si désavantageux ; mais ce fut en vain: trop faible pour résister aux circonstances , il fallut s’y soumettre. De tous ses états, Nice avec ses dépendances fut la seule portion dont il resta possesseur : il vit le reste partagé entre un puissant agresseur et ce même allié dont il avait imploré la protection : c’est un triste exemple de l’imprudence des princes faibles qui, ayant le malheur d’avoir des voisins puissans et de se trouver engagés dans leurs querelles, sont nécessairement écrasés dans le choc.
Quelques jours après la signature de la trève , l'empereur s’embarqua pour Barcelone ; mais les vents contraires le poussèrent vers l'ile de Sainte - Marguerite, sur les côtes de Provence. François , qui ne s'en trouvait pas fort éloigné, en ayant eu avis, se fit un devoir de lui offrir un asile dans ses états, et lui proposa une entrevue particulière à Aigues-Mortes. L'empereur ne voulut pas que son rival le surpassât en générosité, et il se rendit aussitôt au lieu indiqué. Dès qu'il eut jeté l'ancre dans la rade, François, oubliant tout cérémonial , et se reposant aveuglément de sa sûreté sur les sentimens d’'honneur de l’empereur, lui rendit visite à bord de sa galère, où Charles le reçut avec toutes les démonstrations de l'estime et de l'affection la plus sincère. Le lendemain , l'empereur donna à
Tiepolo dell’ aboccamento di Nizza. Dumont, Corps diplom., part. n, p. 177.
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