‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 77 sur 132 · HIE · texte numérisé non relu

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contre le concile de Trente, ils proposaient, comme l'unique voie de terminer toutes les disputes, d'assembler en Allemagne un concile, soit général, soit national, dans lequel un certain nombre d'ecclésiastiques, nommés par chaque parti, examineraient et décideraient les articles de foi. Ils rappelaient ensuite les recez de plusieurs diètes, favorables à leurs propositions , et d'où ils avaient conçu l'espérance de voir terminer à l'amiable tous les différends; enfin, ils conjurèrent l’empereur de ne point violer ses promesses, parce qu'en forçant les consciences il ne ferait qu'ouvrir en Allemagne une source de calamités dont la seule idée remplissait d'horreur tous ceux qui aimaient sincèrement la patrie. Charles recut ce mémoire avec un sourire dédaigneux, et n'y eut aucun égard. Sa dernière résolution était déjà prise; convaincu que la force seule pouvait l'emporter sur les protestans, il dépècha le cardinal de Trente à Rome, pour y conclure avec le pape une alliance dont les conditions étaient d'avance arrêtées. Il fit lever dans les Pays-Bas un corps de troupes pour marcher en Allemagne, et chargea plusieurs officiers de recruter des soldats en différentes parties de l'empire; ensuite il avertit Jean et Albert de Brandebourg que le moment favorable était venu de travailler à la délivrance de leur allié, Henri de Brunswick !.

Tous ces mouvemens ne pouvaient se faire à l'insu des réformés, le secret était en trop de mains; et quoique l'empereur cachât toujours artificieusement ses desseins, ses officiers n'ayant pas la mème réserve, on en parlait ouvertement par ses alliés et ses sujets. Les députés des confédérés, alarmés de tous ces bruits et des pré- paratifs de guerre qu'ils avaient sous les yeux, sollicitèrent une audience de Charles, et lui demandèrent , au nom de leurs maîtres, si c'était par son ordre qu'on levait des troupes, à quel dessein et contre quel ennemi ? Une question si directe, dans un temps où il n'était plus possible de nier les faits, exigeait une réponse précise. Aussi l'empereur avoua-t-il que ces ordres venaient de lui; mais il protesta qu’il n’inquièterait sur l’article de la religion aucun de ceux qui se conduiraient en sujets soumis ; il déclara qu'il voulait seulement maintenir les droits et

1 Sleid., p. 374. Seck., liv. nr, p. 658.

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[1546] les prérogatives de la dignité impériale, en punissant quelques membres factieux dont la conduite irrégulière et licencieuse tendait à corrompre ou à renverser l'ancienne constitution de l'empire. Quoique Charles ne nommät pas les personnes sur qui tombaient ses accusations et ses menaces, il était facile de voir qu'il en voulait à l'électeur de Saxe et au landgrave de Hesse, Leurs députés, regardant tout ce qu'il venait de dire comme une déclaration de guerre , se retirèrent aussitôt de Ratisbonne 1.

Le cardinal de Trente ne trouva nulle diffculté à traiter avec le pape, qui, content d'avoir enfin réussi à faire adopter son plan à l’empereur, consentit de grand cœur à tout ce qu'on lui proposa de sa part. La ligue fut signée peu de jours après l'arrivée du cardinal à Rosne, Les dangereuses hérésies qui inondaient l'Allemagn’, l'obstination des protestans à ne point reconnaitre le saint concile de Trente, la nécessité de maintenir dans leur pureté la doctrine et la discipline de l'église, furent les motifs publics de cette union : on y disait qu’afin d'arrèter les progrès du mal et punir l’impiété de ceux qui avaient contribué à le répandre, l'empereur, après avoir depuis long-temps essayé sans suc. cès des remèdes plus doux, se mettrait incessamment en campagne avec une armée capable de forcer ceux qui rejetaient le concile, ou qui avaient abandonné la religion de leurs pères, à rentrer dans le sein de l'église et sous l’obéis. sance due au saint siége. Il s'obligeait aussi à ne point conclure de six mois la paix avec les héré. tiques sans le consentement du pape, et sans lui assigner une part dans les conquêtes qu'il ferait sur eux; même après ce terme, il ne pouvait entrer en aucun accommodement préjudiciable aux intérêts de l’église ou de la religion. De sou côté, le pape proposait de déposer une grosse somme à la banque de Venise pour les frais de la guerre; d'entretenir à ses dépens, durant l'epace de six mois, douze mille hommes d'infanterie et cinq cents de cavalerie; d'accorder à l'empereur, pour une année, la moitié des revenus ecclésiastiques de l'Espagne; de l'a toriser par une bulle à aliéner dans ce royaume pour cinq cent mille écus de terres appartenant aux maisons religieuses, afin d'employer non-

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seulement les censures spirituelles, mais encore la force des armes contre tout prince qui tenterait de s'opposer à l'exécution de ce traité !,

Quoiqu'on y donnât pour motif de la guerre l'extirpation de l’hérésie, Charles voulut toujours persuader aux Allemands qu'il n’attenterait point à leur liberté de conscience, et qu'il ne pensait uniquement qu'à venger son autorité de l'insolence de certains réfractaires. Il é&rivit à la plupart des princes et des villes libres, qui avaient embrassé le protestantisme, des lettres circulaires conformes à sa réponse aux députés de Ratisbonne, déclarant encore qu'il prenait les armes non pour une querelle de religion, mais pour des dissensions civiles ; et qu'il ne confondrait point des sujets paisibles et soumis avec ces esprits séditieux qui oubliaient la subordination qu’ils lui devaient comme au chef du corps germanique. Quelque grossier que fût cet artifice, et tout facile qu'il était de le pénétrer à quiconque examinait la conduite de l’empereur, il le crut cependant néessaire, et le mit en œuvre avec assez de confiance et de dextérité pour en retirer les plus grands avantages. S'il eût avoué tout d’un coup le dessein qu'il avait formé de renverser l’église protestante, et de faire rentrer toute l'Allemagne sous l'ancien joug du saint siége, ni les villes, ni les princes qui suivaient les nouvelles opinions, neseraient demeurés neutres ; encore moins auraient-ils osé seconder l'empereur dans une pareille entreprise. Mais le déguisement ou le désaveu de ses intentions , d’une part, empêchait une ligue de tous les états protestans, dont les forces réunies auraient pu l’accabler ; de l’autre, il fournissait aux plus timides de leur parti un prétexte pour rester dans l’inaction, et aux ambitieux un motif pour se joindre à lui, sans encourir la honte ou d’avoir abandonné leurs principes, ou de prêter une main sacrilége à leur destruction. L'empereur avait bien prévu que, si par le secours des réformés il pouvait abattre l'électeur de Saxe et le landgrave, il serait ensuite le maître de prescrire telles conditions qu’il lui plairait aux faibles restes d’un parti sans union, sans chefs, et qui déplurerait alors, mais trop tard, la faute d'avoir abandonné ses associés pour se fier à lui.

! Sleid., pag. 381. Pallav., pag. 255. Dumont, Corps diplom., tom. H.

Mais il s’en fallut peu que le pape, par une ostentation précipitée de son zèle, ne déconcertât toutes les mesures que Charles avait prises avec tant d'art et de soins. Paul , aussi vain que satisfait de se voir l’auteur d'une confédération si formidable contre l’hérésie de Luther, et d'imaginer que la gloire de l'extirper était réservée à son pontificat, divulgua les articles de sa ligue avec l'empereur , comme une preuve de leurs pieuses intentions et des efforts extraordinaires qu'il allait faire lui-même pour maintenir la foi dans toute sa pureté. Bientôt aprés il publia une bulle d’indulgeuces pour tous ceux qui s’engageraient dans cette sainte entreprise, exhortant en même temps les fidèles qui ne pouvaient y concourir à redoubler la ferveur de leurs prières et l'austérité de leurs mortifications pour attirer la bénédiction du ciel sur les armes des catholiques ! ; mais en faisant des déclarations si contraires aux raisons que l'empereur donnait de son armement , Paul n’avait pas uniquement pour guide le zèle de la religion. IL était scandalisé de la dissimulation de Charles, qui, paraissant rougir de son dévouement pour l’église, s’efforçait de persuader qu’il faisait une guerre de politique, quand il aurait dû se glorifier de ne consacrer ses armes qu’à la défense de la foi. Mais plus l’empereur travaillait à déguiser l'objet réel de la confédération, plus le pape s’empressait de le mettre dans tout son jour, voulant amener ce prince à une rupture éclatante et sans retour avec les protestans, afin qu'il ne pôt être tenté de trahir les intérêts de l'église par quelque accommodement dont les avantages ne fussent que pour lui seul 2.

L'empereur, quoique ‘ert offensé de l’indiscrétion ou de la malice dé »entife qui divulguait ses secrets, n’en suivit p:s son projet avec moins de hardiesse, et affirma toujours que ses intentions n'étaient point changées. Plusieurs des états réformés, qu'il avait déjà séduits, se crurent en droit, d’après ces protestations, de lui donner du secours.

Mais cet artifice n’en imposa point à la plus grande et la plus saine partie des confédérés protestans. Ils demeurèrent convaincus que l'empereur ne prenait les armes que contre la réformation, et que s’il pouvait être assez fort pour

‘Dumont, Corps diplom.

? Fra-Paolo, p. 188. Thuan, Aist., vol. 1, p. 61

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exécuter ses desseins dans toute leur étendue, il détruirait non-seulement leur religion, mais avec elle les libertés de l'Allemagne, Aussi se préparèrent-ils à se défendre, ne voulant renoncer ni aux vérités célestes que Dieu leur avait fait connaître par des voies si merveilleuses, ni aux droits temporels qui leur avaient été transmis par leurs ancêtres. Cependant pour prendre de justes mesures, leurs députés, après être partis brusquement de Ratisbonne , se reudirent à Ulm où les délibérations se firent avec autant de vigueur et d'unanimité que l’exigeait un danger si pressant. Le contingent de troupes que chacun devait fournir ayant été fixé dans l'origine par le traité d'union, on donna des ordres pour le mettre aussitôt en campagne.

Les confédérés s'aperçurent que les vains scrupules de quelques-uns d'entre eux, et l'imprudente sécurité des autres, leur avaient fait négliger trop long-temps de chercher de l'appui dans des alliances étrangères, et ils s'empressérent de demander du secours aux Vénitiens et aux Suisses.

Ils représentèrent au: premiers que le dessein de l'empereur étan le renverser le système actuel de l'Allemagne, et de s'y frayer un chemin au pouvoir absolu par les secours étrangers que lui fournissait le pape, le succès de cet attentat ne pouvait manquer d'être funeste à la liberté de l'Italie ; et que Charles, parvenant une fois à une autorité illimitée dans un pays, ne tardait pas à faire sentir son despotisme dans l'autre. Enfin ils suppliaient les Vénitiens de refuser du moins le passage à des troupes qu'on devait regarder comme ennemies, puisqu’en subjuguant l'Allemagne , elles préparaient des fers au reste de l’Europe. Ces réflexions n’avaient point échappé à la sagacité de ces prudens républicains. Ils avaient déjà fait leurs efforts pour dissuader le pape d’une alliance qui tendait à augmenter la puissance d'un monarque dont il connaissait trop bien l'ambition Aéinesurée !. Mais Paul était si entêté de la poursuite de ses projets, qu’il méprisa toutes leurs remontrances. Cependant la connaissance du danger ne put engager les Vénitiens à tenter de s'en garantir. Ils répondirent aux confédérés de Smalkalde qu’ils ne pouvaient empêcher les

1 Adriani, Zstoria di suoi tempi, lib. v, p. 332.

[1546] troupes du pape de passer par un pays ouvert | à moins de lever une armée assez forte pour les arrêter ; mais qu’une telle démarche les expose. rait à tout le poids de l'indignation du pontife et de l'empereur, Par la même raison, ils refu. strent de prêter une somme d'argent À l'élec. teur de Saxe et au landgrave pour le soutien de la guerre !,

A l'égard des Suisses, les protestans ne se bornérent pas à les prier de fermer l'entrée de l'Allemagne à des troupes étrangères; ils espéraient, d'un peuple qui était leur plus proche voisin et l'allié naturel de l'empire , qu’il prendrait en main, avec sa vigueur ordinaire, la cause de la liberté, et ne demeurerait pas spectateur oisif de l'oppression et des chaînes qu'on préparait à ses frères. Mais quelque disposés que fussent les cantons réformés à secourir les confédérés, le corps helvétique lui-même était si divisé sur les matières de religion que les protestans n'osaient faire un pas sans consulter les cantons catholiques. Telle était d'ailleurs l'influence des émissaires du pape et de l'empe- ! reur auprès des Suisses, que tout ce qu'on put promettre fut de garder dans cette guerre une exacte neutralité ?.

Leurs espérances se trouvant ainsi trompées de ces deux côtés, les protestans ne tardèrent pas à recourir aux rois de France et d'Angleterre, L'approche du danger avait vaincu les scrupules de l'électeur de Saxe, et le força de céder aux importunités des confédérés. La situation des deux monarques donnait quelque espoir à k ligue. Après la paix de Crespy, les hostilités avaient continué quelque temps entre les Anglais et les Français; mais enfin, las d’une guerre dont ils ne tiraient ni profit ni gloire, ils venaient de terminer tous leurs différends par une paix conclue à Campe, auprès d'Ardres. François avait eu beaucoup de peine à faire compren dre dansle traité les Ecossais, ses alliés ; et, pour prix de cette condescendance, il s'était engagt à payer une grosse somme que Henri prétendait lui être due à plusieurs titres. Le roi de France laissa même Boulogne entre les mains des Anflais comme unecautionde cette dette. Mais quoi:

‘ Sleid., p. 881. Paruta, Zstor venet., tom. IV, p.140. Lambertus Hortentius De bello germanico, apud Scardium, vol. M, p. 547.

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que le rétablissement de la paix donnat le loisir à ces deux souverains de s'occuper des affaires d'Allemagne, les protestans ne purent tirer auun avantage de cette favorable circonstance.

Henri mettait son alliance à des conditions qui l'auraient rendu non-seulement le chef, mais le maître absolu de la ligue. On n'était point tenté de lui accorder cette prééminence : ses opinions, en matière de foi, différaient trop de celles des réformés d'Allemagne pour qu'il pût se former une union bien cimentée entre eux et ce monarque !. François, par des vues politiques, était plus disposé à secourir les protestans ; mais comme il voyait son royaume déjà épuisé par

une longue guerre, et que d'ailleurs il craignait |

d'irriter le pape en s’alliant à des hérétiques excommuniés, il n'osa risquer de protéger la ligue. Ainsi une prudence hors de saison , ou des scrupules de religion qui autrefois ne l'eussent pas arrêté, firent perdre à ce prince la plus heureuse occasion qui se fût présentée durant son règne d'embarrasser et d'humilier son rival.

Mais si les confédérés négocitrent sans succès dans les cours étrangères, au moins réussirent-ils facilement chez eux à lever une armée suffisante pour tenir la campagne. L'Allemagne était alors très peuplée ; les lois féodales, y subsistant dans toute leur force, mettaient les nobles en état de rassembler leurs nombreux vassaux et de les faire marcher au premier signal ; l'esprit guerrier des Allemands n'était point encore énervé par l'introduction du commerce et des arts; il avait mème acquis une nouvelle vieueur dansles guerres continuelles où ils avaient servi l'espace d’un demi-siècle, à la solde des empereurs ou des rois de France. Dès qu'il était question de prendre les armes, on les y voyait courir avec transport, et la vue seule d'un drapeau attirait une foule de volontaires 2. La religion secondait encore, en cette occasion, leur ardeur naturelle. Les principes de la réformation avaient fait sur eux cette vive impression que fait la vérité, dès qu'elle se montre, ct ils se préparèrent à la soutenir avec une vigueur proportionnée à leur zèle. C'eût été d’ailleurs une infamie chez un peuple guerrier que de rester oisif quand la défense de la foi faisait prendre les armes. Un événement concourut alors à iymer, vol XV, p.93. Herbert, p. 258.

2 Seckend, Liv. ans, p. 161.

faciliter la levée des soldats pour les confédérés. Le roi de France, prêt à conclure la paix avec l'Angleterre, avait renvoyé un nombre considérable d’Allemands à sa solde; ils vinrent se réunir en un seul corps sous l'étendard des protestans!. Ce concours favorable de circonstances mit donc cette ligue en état d'assembler, dans l'espace de quelques semaînes, une armée de soixante-dix mille hommes d'infanterie et quinze mille de cavalerie, pourvue d'une artillerie de cent vingt canons, de huit cents chariots de munitions, de huit mille bètes de somme et de six mille pionniers ?, Cette armée ne fut cependant ni la plus nombreuse ni la plus formidable que ce siècle vit lever en Europe par les efforts réunis des protestans. Les seules puissances qui contribuèrent à ce grand armement furent l'électeur de Saxe, le landgrave de Hesse, le duc de Wittemberg, le prince d'Anhalt, et les ville impériales d’Augsbourg, Ulm et Strasbourg. Mais les électeurs de Cologne, de Brandebourg et le comte Palatin, intimidés par les menaces de l'empereur, ou trompés par ses protestations , demeurèrent neutres. Jean de Brandebourg-Bareuth, et Albert de Brandebourg-Anspach, quoique tous deux attachés an luthéranisme dès son origine, se mirent ouvertement au service de Charles, sous prétexte qu'il leur avait promis de ne point attenter à la sûreté de la religion réformée; Maurice de Saxe suivit aussitôt leur exemple.

L'armée formidable des confédérés , et l’étonnante rapidité avec laquelle on l'avait rassemblée, surprit l'empereur et lui donna d'autant plus d'inquiétude qu'il ne se trouvait pas en état de lui résister, Renfermé dans Ratisbonne , ville peu fortifiée et dont les habitans, la plupart luthériens, étaient plus disposés à le trahir qu’à le secourir; n'ayant d’ailleurs avec lui que trois mille hommes d'infanterie espagnole qu'il avait rappelés des frontières de la Hongrie, ct environ cinq mille Allemands arrivés de différentes parties de l'empire, il ne pouvait qu'être consterné de l'approche d'un ennemi qui ne lui laissait le choix ni du combat ni de la retraite. D'un autre.côté les troupes du pape qui venaient

1 Thuan., lib. 1, p. 68.

2 Ibid, p. 601. Ludovici ab Avila et Zunga, Con mentariorum de bel. germe. dib duo, Anti, 1550 in-12°, p. 13 A.

à son secours étaient à peine à l'entrée de l'Allemagne; celles qu'il attendait des Pays-Bas n'étaient pas même complètes !. Cependant sa position demandait une prompte assistance, et il ne pouvait guère se reposer sur l'arrivée de

ces troupesencore si éloignées et dont la jonction |

paraissait si incertaine,

Heureusement pour Charles, les confédérés ue surent pas se prévaloir de leur avantage.

Dans les guerres civiles, les premiers pas sont toujours timides et chancelans, C'est alors qu'affectant des dehors de modération et d'équité, on cherche à gagner des partisans par une apparence d'attachement aux formes établies. On ne se hasarde pas à violer tout d'un coup d'anciennes institutions qu'on révérait dans des temps de calme. Ainsi les démarches sont souvent faibles et lentes, lorsqu'elles exigeraient de la

vigueur et de la célérité. Ces considérations, qui, |

heureusement pour la paix des états, ont tant d'influence sur l'esprit humain, firent que les confédérés ne purent oublier ce qu'ils devaint au chef de l'empire, jusqu'à prendre les armes contre lui , sans en appeler solennellement à son équité et au jugement impartial de la nation. Îls adressèrent donc une lettre à l'empereur, et un manifeste à toute l'Allemagne. Ces deux pièces contenaient les mêmes motifs. Ils y protestaient de leur fidélitéet de leur soumission pour les droits temporels de la couronne impériale; ilsrappelaient l'union inviolable dans laquelle ilsavaient vécu avec leurs chefs , et les preuves récentes de bienveillance et de gratitude dont il les avait honorés. Îls assuraient que la religion était la seule Cause de la guerre qu'il méditait contre eux, et les preuves qu'ils en donnaient ne pouvaient manquer de convaincre ceux qui avaient été assez faibles pour se laisser tromper par les artifices de Charles. Enfin ils déclaraient qu'ils étaient résolus de tout risquer pour maintenir leurs droits religieux, et prédisaient la ruine entière du corps germanique, si l'empereur l'emportait sur la ligue ?.

Charles, dont les sentimens devaient être plus modérés dans une si périlleuse situation , parut inflexible et altier, comme s'il eût été en état de donner la loi. Son unique réponse à la lettre et au manifeste des protestans fut de pu- 1 Sleid , p. 389, Avila, p. 8, A.

2 Sleid., p. 354..

blier le ban de l'empire contre l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse, chefs de la conféde. ration, et contre tous ceux qui leur donneraient du secours. En vertu de cette sentence, la plus

| rigoureuse que le droit public d'Allemagne ait

décernée contre les traltres ou les ennemis de Ja patrie, ils furent déclarés rebelles et proscrits, dépouillés des priviléges dont ils jouissaient comme membres de l'empire; leurs biens furent confisqués , et leurs sujets absous du serment de fidélité; enfin il fut non-seulement permis, mais louable d'envabir leur territoire. Cependant la noblesse et les villes libres, à qui l'on devait la forme ou la perfection des lois du corps germanique, n'avaient pas assez négligé leur shreté pour confier à l'empereur une juridiction si formidable. 11 fallait la décision d'une diète de l'empire pour mettre au ban quelqu'un de ses membres. Mais quand Charles passa par-dessus cette formalité, il savait bien que, si la guerre lui réussissait, personne alors n'aurait assez de pouvoir ni de courage pour lui demander compte de cette violation des lois !. Cependant ce prince, loin de donner pour motif de ses procédés envers l'électeur et le landgrave leur révolte contre l'église ou leur conduite en matière de religion, affecta de n'alléguer que des raisons d'état qu'il exprimaentermes géuéraux etambigus, sans spécifier la nature ou les circonstances de leur délit : de sorte que cet acte paraissait plutôt l'effet d'une autorité despotique que d’une juridiction légale, Au reste, s'il employa des expressions équivoques, c’est qu'il n'osait motiver la sentence d'une manière trop précise, de peur que les mêmes griefs dont il eût fait un crime à l'électeur et au landgrave ne servissent à la condamnation de ceux des protestans qu’il avait intérêt de traiter en sujets fidèles pour se ménagar leur attachement ou leur neutralité,

Après avoir perdu toute espérance d’accommodement , les confédérés n'avaient plus que le choix ou de se soumettre sans réserve aux volontés de l'empereur, ou de commencer au plus tôt les hostilités. Le zèle et la résolution ne leur manquèrent pas en cette occasion. Peu de jours après la publication du ban de l'empire, ils envoyèrent un héraut, selon la coutume, au camp

! Sleid., p. 386. Dumont, Corps diplom., voi. IV. D. 11,314. Pfeffel, Æist. abrégée du droit publie de l'Allemagne.

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diplom., voi. IV.

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impérial , pour déclarer solennellement la guerre à Charles, à qui ils ne donnaient plus d'autre titre que celui de p:$tendu empereur, abjurant la soumission et la fidélité qu'ils lui avaient gardée jusqu'à ce moment. Mais avant cette forwalité, une partie de leurs troupes avait commencé d'agir. La ville d'Augsbourg ayant levé un œrps considérable , on en donna le commandement à Sébastien Schertel, officier de fortune qui avait fait un grand butin au pillage de Rome par les impériaux. Ses richesses, jointes au mérite de ses longs services, lui donnaient une auwrité qui le mettait de pair avec la principale uoblesse d'Allemagne. Ce vieux guerrier plein de courage, avant de joindre la grande armée des confédérés, voulut tenter quelque action digne de sa première renommée et de l'attente de «s compatriotes. Pendant que les troupes du pape s'avançaient en hâte vers le Tirol pour pépénétrer en Allemagne à travers cet étroit passage des Alpes, Schertel les prévint et se saisit dEhrenberg et de Kuffstein, deux châteauxforts qui dominaient les principaux défilés. Sans perdre un moment, il continua sa marche vers Inspruck. Cette place, s’il l'eût emportée, aurait arrêté les Italiens ; et, gardée par une poignée de soldats, elle eût pu résister aux plus grandes armées. Castlealto , gouverneur de Tronte, voyant tous les projets de l’empereur ruinés, si lechemin était fermé à ses troupes auxiliaires, leva promptement un petit corps et se jeta dans la ville. Cependant Schertel n'abandonna point son entreprise, et se préparait à attaquer la place, lorsque la nouvelle de l'approche des ltaliens, et les ordres de l'électeur et du landgrave l'obligèrent d'y renoncer. Par sa retraite, le passage resta libre, et les troupes du pape entrérent en Allemagne sans trouver d'autres obstacles que les garnisons placées par Schertel

dans Ehrenberg et Kuffstein qui, n'ayant point L d'espérance d’être secourues, ne tardèrent pas | à se rendre !.

Seckend., lib. ar, p. 70. Adriani Zstoria di suoi | temp, lib. 335.

Seckendorf, cet habile auteur du Commentarius apologeticus de lutheranismo, que j'ai suivi comme un

à guide sûr dans les affaires de l’Allemagne, était un des Ldescendans de Schertel. 1 a publié avec tout le soin et D laminutieuse exactitude d’un Allemand, qui veut prouver

M hobiesse, une longue dissertaiion sur $es ancêtres, où D ilmontre principalement comment Schertel s'était élevé,

Le rappel de Schertel ne fut pas la seule faute que firent les confédérés. Par les conventions de la ligue de Smalkalde, le commandement général de l'armée étant donné à l'électeur de Saxe et au landgrave de Hesse, on sentit bientôt tous les inconvéhiens qui résultaient de ce partage d'autorité, toujours funeste aux opérations de la guerre.

L'électeur, aussi prodigue de sa personne qu'ardent pour la cause commune, était lent à délibérer, incertain, irrésolu dans ses déterminations; préférant toujours la circonspection et la sûreté dans ses mesures, à une hardiesse tranchante et décisive. Le landgrave au contraire , d’un esprit plus actif et plus entreprenant, formait des résolutions soudaines , en poursuivait l'exécution avec chaleur, et choisissait toujours les moyens les plus expéditifs. Ainsi ces deux Généraux , qui étaient entrés dans cette guerre par des vues bien différentes, ne s'accordaient pas mieux dans leurs opérations que dans leurs motifs. Cette opposition perpétuelle de sentimens éleva insensiblement enire eux de la jalousie et de l'animosité, et les dissensions qui naissaient de l'incompatibilité de leur caractère s'accrurent de plus en plus. Cependant les autres membres de la ligue, qui n'étaient subordonnés à l'électeur et au landgrave qu'en conséquence des articles d’une confédération volontaire, cessèrent bientôt d'obéir à des chefs qui mettaient si peu de concert dans le commandement. Ainsi cette nombreuse armée de protestans, semblable à une grande machine dont les parties sont mal combinées et qui manque d’un ressort pour animer et régler ses mouvemens, n'eut plus qu'une action dénuée de vigueur et d'effet.

L'empereur , qui craignait que son séjour à Ratisbonne ne miît les troupes du pape dans l’impossibilité de le joindre, s'étant avancé hardiment jusqu'à Landshut, sur l’Iser, les confédé-

et les alliances que sa postérité avait contractées avec les plus anciennes familles de l'empire. Entre autres paticularités curieuses sur ce guerrier, il nous fait un calcul de ses richesees, dont la source venait du pillage de Rome. Ses fonds de terre furent vendus par ses petits-fils pour la somme de six cent mille florins. On peut sur cela se former une idée des richesses immenses amassées par les Condotlicri ou commandans des t'oupes mercenaires,

, dans ce siecle, À la prise de Rome, Schertel n’était que

simple capitaine. Seckend., lib. ar, p. 73.

rés perdirent quelques jours à délibérer s'ils le suivraient dans le territoire du duc de Bavière qui gardait la neutralité. Enfin ils surmontérent ce scrupule, et commencèrent à marcher vers Son camp; mais tout à coup ils abandonnérent ce projet pour aller attaquer Ratisbonne où Charles n'avait laissé qu’une petite garnison. Cependant les troupes du pape, bien complètes, gagnèrent Landshut, et furent bientôt suivies de six mille hommes des vieilles bandes espagnoles tirées de Naples. Depuis la courageuse mais inutile expédition de Schertel, on eût dit que les confédérés voulaient laisser tous ces renforts arriver tranquillement à leur rendezvous, au lieu d'attaquer séparément, ou ces corps de troupes, ou l'empereur lui-même avant leur réunion !. L'armée impériale, qui montait alors à trente-six mille hommes, était encore plus formidable par la discipline et la valeur des troupes que par leur nombre. Avila, commandeur d’Alcantara, recommandable pour s'être trouvé à toutes les guerres de Charles, et pour avoir servi dans les armées qui gagnèrent la mémorable victoire de Pavie, qui conquirent Tunis et qui envahirent la France, prétend qu'il n’en avait jamais vu d'aussi redoutable que celle qu'opposait l'empereur aux protestans d’Allemagne ?. Octave Farnèse, petit-fils du pape, secondé d’habiles officiers qui s'étaient formés dans les longues gucrres de Charles avec Francois, commandait les troupes d'Italie. Son frère, le cardinal Farnèse, l'accompagnait en qualité de légat du pape. Ce prélat, voulant faire de cette guerre une affaire de religion, proposa de marcher à la tête de l'armée, précédé d’une croix et de publier des indulgences pour tous ceux qui lui fourniraient du secours, comme on avait fait du temps des croisades ; mais Charles

s’opposa fortement à cet excès de zèle, incom- |

patible avec les promesses qu’il avait faites aux

protestans de son parti; et le légat, surpris de | voir pratiquer librement, au milieu du camp | impérial, une religion dont l'anéantissement |

paraissait être L'objet de la guerre, reprit avec | dépit la route d'Italie 5. |

L'arrivée de ces troupes mit l'empereur en état de renforcer la garnison de Ratisbonne, de

YAdriani, /storia disuoi tempi, b. 4, p. 310 ? Avila, p.18 5 Fra Paolo, p. 191

11546) manière que les confédérés, perdant toute espé-

rance de prendre cette ville, marchèrent versIn- à

golstadt sur le Danube, où Charles était alors campé. On ne cessait cependant de se récrier

contre ce prince , qui violait hautement les lois M

et les constitutions de l'empire, en appelant des étrangers pour le dévaster et pour opprimer ses libertés. Comme dans ce siècle la domination du saint siége était si odieuse aux protestans que le nom seul du pape, mêlé dans une entreprise, suffisait pour en donner de l'horreur, ils en vinrent à croire que Paul, non content de Jes attaquer à force ouverte, avait dispersé ses émissaires par toute l'Allemagne pour mettre le feu dans leurs villes et leurs magasins, pour empoisonner les puits et les fontaines. Ce bruit, dont l'extravagance ne semblait propre qu'à amuser la crédulité du vulgaire, trouva pourtant du crédit jusque dans l'esprit des chefs du

parti. Aveuglés par leurs préventions, ils pu- |

blièrent un manifeste dans lequel ils accusaient le pape d’avoir employé contre eux ces ressources infernales !. Si quelque chose eût pu justifier de pareils soupcons, c'était la conduite des troupes de Paul, qui, persuadées qu'il n’y avait point d'attrocité qui ne fût permise contre des hi. rétiques excommuniés, commettaient les plus grands excès dans les états luthériens, agoravant les calamités de la guerre par toutes les fureurs du fanatisme.

Mais les opérations des deux armées ne répondirent point à la haine violente dont les esprits étaient animés de part et d'autre. L'empereur avait pris la sage résolution d'éviter le combai avec des ennemis qui avaient sur lui l'avantar du nombre ?, prévoyant d’ailleurs qu’un corx composé de membres si mal assortis ne pourvai manquer de se dissoudre, à moins que par un:

attaque brusque et inconsidérée on n’en forcit les parties à s'unir plus fortement. Cependant. quoique les confédérés sentissent bien ce quil perdaient par chaque instant de délai, la no blesse ou la division de leurs chefs les empèchi d'agir avec la vigueur que demandaient leur stuation et l'ardeur des soldats. Arrivée à Ingol stadt, ils trouvèrent Charles dans un champ qu sans être fort avantageux par lui-même, n'étii environné que d'un léger retranthement. Dev

! Nleid., p. 909,

Aviia, p.78 A

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