‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 93 sur 132 · N #7 LYS RU · texte numérisé non relu

N #7 LYS RU

celui de chasser les Français de son voisinage. Dans ce dessein , il offrit à Charles, par un envoyé qu’il lui dépêcha, de déclarer la guerre à Henri et de réduire Sienne à ses frais, à condition que jusqu’à l’entier remboursement de ses avan : ces, on lui abandonnerait toutes les conquêtes qu'il pourrait faire. L'empereur, qui se voyait sans ressources pour soutenir tant de guerres à la fois, consentit volontiers à cette proposition ; et Côme , qui connaissait le mauvais état des finances de ce prince, espéra que, dans l’impossibilité de le payer, Charles le laisserait tranquille possesseur des villes dont il se serait emparé !.

Dans cette confiance, il fit de grands préparatifs; et sachant que le roi de France avait porté toutes ses forces dans les Pays-Bas, il se flatta de pouvoir rassembler assez de t oupes pour lui faire tête en Italie. L'assistance, ou du moins la neutralité du pape lui devenant nécessaire , il donna une de ses filles en mariage au neveu de ce pontife ; une autre fut offerte au duc des Ursins pour le détacher des Français, dont sa famille soutenait depuis long-temps le parti. Mais ce qui était encore plus important, il engagea Jean-Jacques Medecino, marquis de Marignan, à prendre la conduite de son armée ?. Cet officier, né de basse extraction, s'était élevé de grade en grade jusqu’à celui de général , et la réputation de ses talens le plaçait au rang des plus habiles capitaines de ce siècle guerrier. Cependant son ambition n'était pas encore satisfaite.Honteux deson origine obscure, il voulut, à l’aide d'une ressemblance de nom, se faire passer pour descendant des Médicis. Côme, trop heureux de trouver dans la vanité de cet homme un moyen de se l’attacher, le reconnut pour son parent et lui permit de prendre ses armes. Dès ce moment, Medecino, glorieux de servir le chef d’une famille illustre à laquelle il paraissait alors appartenir, s'occupa avec le plus grand zèle à lever des troupes ; et comme un long service lui avait acquis beaucoup de crédit parmi les officiers des bandes mercenaires qui composaient les forces d'Italie , il engagea les principaux d’entre eux à se ranger sous les étendards de Côme.

Henri crut devoir opposer à cet habile général Pierre Strozzi, gentilhomme florentin. Cet exilé

* Adriani, /storia de suoi tempi, v. 1, p. 662. 3 Adriani, /storia, v. 1, p. 663.

résidait depuis long-temps en France ; son mérite et sa renommée l'avaient élevé jusqu'au commandement des armées. Il était fils de Philippe Strozzi qui, en 1537, ayant travaillé avec la plus grande ardeur à chasser de Florence les Médicis pour y rétablir le gouvernement républicain , périt dans cette entreprise. Pierre, qui avait hérité de la haine implacable de son père pour cette famille, et de son enthousiasme pour la liberté, joignait à toutes ces passions celle de venger son sang. Henri espéra tout d’un général dont le zèle pour la France était secondé par des intérêts si puissans, et qui devant combattre dans sa patrie, y trouverait de nombreux partisans prêts à favoriser ses opérations.

Mais le choix de Henri, quoique appuyé sur des motifs si spécieux, devint pourtant funeste à la France. Dès que Côme eut appris que le mortel ennemi de sa famille était nommé pour commander en Toscane , il en conclut qu’on ne se bornerait pas à protéger les Siennois , et que lui-même avait tout à craindre pour ses propres états, s’il ne faisait les plus vigoureux efforts t,

D'un autre côté , le cardinal de Ferrare, qui avait l'entière direction des affaires de la France en Italie , ne vit dans Strozzi qu'un rival redoutable ; et pour empêcher que le succès de ses armes ne lui enlevât une autorité dont il était jaloux , il le laissa souvent manquer et de provisions et d'argent pour l'entretien de ses troupes. Strozzi lui-même , aveuglé par son ressentiment contre les Médicis, au lieu de se conduire

avec la circonspection et la prudence d’un habile

général, ne suivit dans ses opérations que les mouvemens impétueux de la vengeance.

Il débuta par attaquer plusieurs villes du territoire de Florence. Ce fut avec tant de vigueur, que Medecino, pour arrêter ses progrès, se vit forcé de retirer la plus grande partie de son armée du siége de Sienne , déjà commencé avant l'arrivée de l'ennemi. Côme , qui soutenait seul le fardeau de cette guerre, y aurait eu bientôt épuisé tous ses revenus ; ni le vice-roi de Naples ni le gouverneur de Milan , n'étaient en état de lui donner des secours, et les troupes que Medecino avait laissées devant Sienne ne pouvaient rien entreprendre en son absence. Dans ces circonstances, Strozzi devait traîner la guerre

1 Pecci, Memor'ie di Siena , v. 1V, p. 103, etc.

en longut ritoire de de ruiner gagea lui Marciano égales po lächeté d cavalerie coup de c combattu aux effort elle tint l'exemple dangereu sa cayaler de valeur côtés, fou en flanc p entraînée affaibli pe des suites peine à s’é Medeci troupes v nemi pôt.

un corps opération ragés par toute espé défendre cette vigu berté peu lution fut command Cet officie confiance voulant d son ambi se disting] prodiges miers soi rer les fo les servicé ger les fa Comme l’ de la ville la distrib son ainsi

1 Pecci, [R

rance ; Son méélevé jusqu'au tait fils de Phiit travaillé avec de Florence les rnement répurise. Pierre, qui ble de son père housiasme pour assions celle de put d’un général ait secondé par evant combattre nombreux parations.

ique appuyé sur pourtant funeste t appris que le it nommé pour onclut qu’on ne iennois , et que pour ses propres oureux efforts !, de Ferrare, qui ires de la France d'un rival redoule succès de ses rité dont il était nquer et de protien de ses troupar son ressenu de se conduire

érations que les engeance.

urs villes du tertant de vigueur, s progrès, se vit partie de son arcommencé ayant jui soutenait seul aurait eu bientôt ice-roi de Naples taient en état de troupes que Me- Sienne ne poun absence. Dans traîner la guerre

V, p. 103, etc.

lence d’un habile k

en longueur et porter tous ses efforts sur le territoire de Florence. Mais ce général, impatient de ruiner son ennemi par un coup décisif, engagea lui-même la bataille à peu de distance de Marciano. Les deux armées étaient à peu près égales pour le nombre ; mais soit trahison , soit lâcheté de la part des officiers , un corps de cavalerie italienne , en qui Strozzi avait beaucoup de confiance, s'étant mis à fuir sans avoir combattu , l’infanterie demeura seule exposée aux efforts de toute l'armée ennemie ; cependant elle tint ferme , encouragée par la présence et l'exemple du général qui, malgré une blessure dangereuse qu'il avait reçue en voulant rallier sa cavalerie , montra autant de sang-froid que de valeur. Mais ses troupes, entourées de tous côtés, foudroyées par une batterie decanon, prises en flanc par la cavalerie florentine, furent enfin entraînées dans une déroute générale. Strozzi, affaibli par la perte de son sang et désespéré des suites de son imprudence, eut beaucoup de peine à s'échapper avec une poignée d’'hommest.

Medecino ramena donc au siége de Sienne ses troupes victorieuses, sans que le général ennemi pût, malgré tous ses efforts, rassembler un corps d'armée capable de l’inquiéter dans ses opérations. Mais les Siennois, loin d'être découragés par la perte d’une bataille qui leur ôtait toute espérance de secours, se préparèrent à se défendre jusqu'à la dernière extrémité avec cette vigueur indomptable que l'amour de la liberté peut seul inspirer. Une si généreuse résolution fut vivement secondée par Montluc qui commandait la garnison française dans la ville. Cet officier, qui était parvenu à ce poste de confiance par son mérite et sa bravoure, ne voulant devoir qu'à ces titres un avancement où son ambition ne voyait aucun terme, chercha à se distinguer dans la défense de Sienne par des prodiges de valeur et de constance. Les premiers soins de son activité se portèrent à réparer les fortifications. Il exerça les citoyens à tous les services militaires , et les accoutuma à partager les fatigues et les dangers avec les soldats. Comme l'ennemi avait fermé toutes les avenues de la ville, il mit la plus étroite économie dans la distribution des vivres, et engagea la garnison ainsi que les habitans à se restreindre eux-

1 Pecci, Memorie di Siena, v. \V, p. 157.

mêmes à une modique portion pour leur subsistance journalière. Medecino, dont les troupes n'étaient pas assez nombreuses pour emporter la place de vive force, tenta deux fois de la surprendre par assaut; mais le courage qu'on lui opposa et la perte considérable qu'il y fit ne lui laissèrent d'autre espérance que de la réduire par la famine.

Il fortifia son camp avec le plus grand soin, et se saisissant des postes importans aux environs de la ville afin de couper aux assiégés toute communication au dehors, il attendit que la nécessité les forçât à lui ouvrir leurs portes. Mais le zèle ardent des citoyens pour la liberté leur fit supporter long-temps la disette des vivres, même jusqu'aux horreurs de la famine. Montluc, par son exemple et ses discours, apprit à ses soldats à imiter dans ces extrémités la constance des bourgeois. Ils soutinrent le siége pendant dix mois, et ce ne fut qu'après s'être vus réduits au dernier morceau de pain, après avoir mangé jusqu’à leurs chevaux, leurs chiens et tous les autres animaux, qu'ils demandèrent à capituler, et encore exigèrent-ils des conditions honorables; et Côme de Médicis, qui n’ignorait pas leur affreuse situation, craignant qu’elle ne les portât à quelque résolution désespérée, leur accorda une capitulation plus favorable qu’ils ne devaient l’attendre.

La capitulation se fit au nom de l’empereur.

Il s’'engagea à prendre Sienne sous la protection de l'empire. Il promit de maintenir les anciennes libertés de la république, de laisser À ses magistrats le plein exercice de leur autorité, de garantir aux citoyens la tranquille possession de leurs biens et de leurs priviléges. Il accorda une amnistie générale et sans restriction à tous ceux qui avaient porté les armes contre lui, et se réservant le droit de mettre ;:2rnison dans ja ville, il donna en mème temps sa parole de ne point rebâtir la citadelle sans le consentement des citoyens. Montluc et les Français eurent la permission de sortir de la place avec tous les honneurs de la guerre.

Medecino observa, avec toute l'exactitude qui dépendait de lui, les articles de la capitulation. Les habitans n’eurent à souffrir de sa part ni violence ni insulte, et la garnison française fut traitée avec tous les égards que méritait sa bravoure. Mais des conditions si favorables, accor-

dées avec tant de facilité, firent soupçonner à beaucoup de citoyens que l’empereur et Côme v'attendaient qu'une occasion de les enfreindre. Ainsi, dédaignant une liberté précaire, ils abandonnèrent le lieu de leur naissance et suivirent les Français à Monte-Alcino, à Porto-Ercole et en d’autres petites villes du domaine de la république. ls établirent dans la première la même forme de gouvernement dont ils jouissaient à S'enne, y nommèrent des magistrats chargés de la mème juridiction, ct se consolèrent de leurs pertes par cette image de leur ancienne liberté.

Cependant les craintes et les soupçons des Siennois ne furent que trop justifiés par la conduite des vainqueurs. À peine les troupes impériales avaient pris possession de la ville, que Côme, sans avoir égard aux articles de la capitulation , non content de déplacer les magistrats qui étaient en exercice et de leur en substituer qui étaient dévoués à son parti, commanda à tous les habitans de livrer leurs armes. Ils se soumirent à la première de ces injustices avec cette répugnance naturelle à des hommes qui n’avaient jamais reconnu de maîtres; mais quand on donna l'ordre de se désarmer, plusieurs des plus distingués s'enfuirent auprès de leurs compatriotes à Monte-Alcino, aimant mieux s’exposer aux maux et aux périls qui les attendaient dans ce dernier asile de leur liberté, que de se laisser ainsi traiter en esclaves.

Côme, redoutant le voisinage d'un si grand nombre d'ennemis implacables et désespérés qui conservaient encore un reste de pouvoir, pressa Medecino de les attaquer dans leurs différentes retraites. Quoique l’armée de ce général fût considérablement affaiblie par les fatigues du siége de Sienne, il alla pourtant investir Porte-Ercole, dont les fortifications étaient en si mauvais état, que les citoyens lui offrirent leurs portes à son arrivée. Ce fut là sa dernière expédition : un ordre imprévu de l'empereur le força de détacher la plus grande partie de ses troupes vers le Piémont, et donna quelque relâche aux réfugiés de Monte-Alcino. Cependant les malheureux habitans de Sienne n'étaient pas à la fin de leurs maux. Charles, loin de se conformer aux articles de la capitulation, donna à Philippe son fils l'investiture de cette ville et de ses dépendances. François de Tolède, au

1555] nom de ce nouveau maître, traita les Siennois comme un peuple conquis; et sans égard poux leurs priviléges ou pour leur ancienne constitution, il établit chez eux le gouvernement civil et militaire de la monarchie espagnole !,

La faiblesse où était l’armée impériale dans le Piémont, et l'inaction de ses officiers, en obligeant l'empereur de rappeler ses troupes de la Toscane au milieu de leurs conquêtes, demandaient encore qu'il mît à la tête de ses forces un général dont la réputation et l'habileté pussent contre-balancer les grands talens du maréchal de Brissac, qui commandait les troupes françaises en Italie.

Cependant le choix que l'empereur fit du duc d’Albe fut plutôt l'effet d’une intrigue de cour que de l'opinion qu’il avait du mérite de ce général. Le duc, qui depuis long-temps faisait sa cour à Philippe avec la plus grande assiduité, s'était insinué dans sa confiance par toutes les souplesses auxquelles un esprit inflexible et hau- {ain avait pu s’abaisser. Les rapports de caractère qu’il avait avec ce prince lui donnaient déjà du crédit auprès de lui. Mais Ruy Gomez de Silva, favori de Philippe, craignant les progrès de ce rival sur l'esprit de son maître, eut l'adresse d'engager l'empereur à le nommer pour commander en Piémont. Quoique le duc vit bien qu’il devait cette distinction aux mauvais offices d'un ennemi qui n'avait en vue que de l'éloigner de la cour, il était trop délicat sur le point d'honneur pour refuser une commission également périlleuse et difficile; mais aussi, ne voulant l’accepter qu’à des cortions flatteuses pour sa vanité, il insista aux: : l'empereur pour ètre nommé son vicaire 4. al en ltalie, avec le titre de généralissime des armées impériales et espagnoles. Charles consentit à tout, et le duc d’Albe fut revêtu par ces dignités d'une autorité presque illuitée.

Mais un si grand pouvoir ne lui procura pas d'abord des succès qui répondissent à sa grande réputation et aux espérances de l'empereur.

L'armée que commandait Brissac pouvait compenser la supériouté du nombre par l'avantage que lui dounaient des troupes choisies, qui,

1 Sleid., p. 617. Thuan., lib. xv, p. 526, 537. Joan. Camerarii adnot. rer. prœcipuarum ab anno 1550 ad 1561, ap. Freherum, v. Wl, p. 564. Pecci, Memorie della Siena , v. AN, p. 164, etc.

accoutur un pays tant de f l'art d'y secondée échouer ajouta el toires do après sé qu'en pe du Piém quartier.

n'avoir f celte pa possessic Les of pas plus Piémont taient p:

puissant considér force pa aurait pe le siége couvent gné l'es!

son attac d'un esp utile, so courage procurar connais.

des dess ces servi départ < Villevieil neur. Ce gieux jt d'entrete voulait, Mais Léo légèreté se crût f qu'il fût impunén impériau Ile <

Hongrie

1 Thuan tom 1, p.

ita les Siennois sans égard pour cienne constituivernement civil agnole !, mpériale dans le fficiers, en obliés troupes de la iquètes, demande ses forces un habileté pussent s du maréchal de oupes françaises

pereur fit du duc intrigue de cour mérite de ce gé- -temps faisait sa srande assiduité, ce par toutes les inflexible et hauapports de caracui donnaient déjà ; Ruy Gomez de guant les progrès n maître, eut l'ale nommer pour que le duc vit bien x mauvais offices à que de l'éloigner icat sur le point ommission égaleais aussi, ne vouns flatteuses pour : l'empereur pour il en Italie, avec le ées impériales et à tout , et le duc ités d'une autorité

e lui procura pas issent à sa grande ès de l'empereur.

ssac pouvait combre par l'avantage bes choisies, qui,

, p. 526, 537. Joan.

arum ab anno 1550 564. Pecci, Memorie

accoutumées depuis long-temps à servir dans un pays où les villes et les châteaux étaient autant de forteresses, avaient parfaitement appris l'art d'y faire la guerre. Par sa bonne conduite, secondée de leur valeur, non-seulement il fit échouer toutes les entreprises des ennemis, il ajouta encore de nouvelles conquêtes aux territoires dont il s'était déjà emparé. Le duc d’Albe, après s'être vanté avec son arrogance ordinaire qu’en peu de semaines il chasserait les Français du Piémont, fut obligé de se retirer dans ses quartiers d'hiver, n’emportant que la honte de n'avoir pu conserver tout entière à l’empereur cette partie du pays dont il l'avait trouvé en possession !.

Les opérations de cette campagne ne furent pas plus décisives dans les Pays-Bas que dans le Piémont. L'empereur et le roi de France n'étaient pas en état de mettre sur pied d'assez puissantes armées pour former des entreprises considérables. Mais Charles voulut suppléer à la force par un stratagème hardi, dont le succès aurait pu lui valoir plusieurs victoires. Pendant le siége de Metz, le père Léonard, gardien d’un couvent de franciscains de cette ville, avait gagné l'estime et la faveur du duc de Guise par son attachement pour les Français. Cet homme, d'un esprit intrigant et actif, s'était rendu fort utile, soit en soutenant par ses exhortations le courage et la constance des citoyens, soit en procurant par ses intelligences secrèies une connaissance suivie et fidèle des mouvemens et des desseins de l'ennemi. En considération de ces services importans, le duc de Guise, à son départ de Metz, le recommanda fortement à Villevieille qui venait d’en être nommé gouverueur. Celui-ci porta la confiance dans ce religieux jusqu'à lui permettre de converser et d'entretenir des correspondances avec qui il voulait, sans en concevoir le moindre soupçon. Mais Léonard , par une suite de l'audace et de la légèreté naturelles aux aventuriers, soit qu’il ne se crût pas assez récompensé de la France, ou qu'il fût séduit par la facilité même de tout oser impunément, forma le projet de livrer Metz aux impériaux.

Il le communiqua à la reine douairière de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas. Cette prin-

1 Thuan., liv. xv, p. 529. Guichenon, Aist, de Savoie, tom 1, p. 670.

cesse, sans avoir aucun scrupule sur un acte dé trahison qui pouvait être avantageux à l'empereur, aida le gardien à concerter son plan de manière à en assurer le succès. Jn convint que Léonard engagerait les religietix de son couvent à entrer dans le complot, et qu'il introduirait dans cette maison, sous des habits de moines, un certain nombre de soldats choisis; que, tout étant préparé pour l'exécution, le gouverneur de Thionville s'approcherait de Metz pénidant la nuit avec un corps de troupes nombreux, tenterait d’escalader les murs; qu’en même temps que la garnison s'occuperait à repousser l’ennemi, les moines mettraient le feu en différens quartiers de la ville ; qu'enfin les soldats cachés dans le couvent en sortiraient pour attaquer par derrière ceux qui défendraient les remparts. On ne doutait point qu’au milieu de la terreur et de la confusion que causeraient des événemens si imprévus, les impériaux ne se rendissent facilement les maîtres de la ville. Il fut stipulé qu'en reconnaissance de ce service le père gardien serait nommé à l'évêché de Metz, et qu’on donnerait de grandes récompenses à tous les moines qui auraient secondé son dessein.

Léonard prit des mesures promptes et secrètes. Son autorité, ses vives instances, la perspective des richesses et des honnèurs qu'il fit entrevoir à ses religieux, les déterminèrent tous à s'engager dans la conspiration. Il introduisit dans le couvent autant de soldats qu'il le put faire sans donner d’ombrage. On avertit à temps le gouverneur de Thionville, qui, déjà prévenu de ce projet, tenait ses troupes prêtes à marcher; et le moment approchait où Henri était menacé de perdre la plus importante de ses conquêtes.

Heureusement pour la France, le jour même qu'on avait fixé pour l'exécution du complot, Villevieille, qui était un officier habile et vigilant, eut avis, par un espion qu’il entretenait à Thionville , que certains moines franciscains y allaient fréquemment , qu’on les admettait à des conférences secrètes chez le gouverneur qui, de son côté, se préparait à quelque expédition avec le plus grand mystère. Il n’en fallut pas davantage pour donner des soupçons à Villevieille. Sans les communiquer à personne, il alla aussitôt visiter le couvent des Franciscains, découvrit les soldats qui y étaient cachés, et les força de révéler tout

ce qu'ils savaient de la conspiration. Le gardien, qui était allé à Thionville pour mettre la dernière main à son ouvrage, fut arrêté aux portes de Metz à son retour, et de lui-même, sans attendre la torture, il avoua toutes les circonstances de son projet.

Mais il ne suffisait pas à Villevieille de s'être saisi des traîtres et d'avoir déconcerté leur complot, il résolut de profiter de cette découverte pour se venger des impériaux. Dans ce dessein , il sortit de la ville avec les meilleurs soldats de sa garnison, et se mettant en embuscade près du chemin par où il savait que le gouverneur de Thionville devait s'avancer, il tomba sur ses troupes qui marchaient dans une parfaite sécurité. Les impériaux, confondus de cette brusque attaque de la part d’un ennemi qu'ils comptaient surprendre, ne firent que peu de résistance. La plupart, parmi lesquels étaient beaucoup de gens de distinction , furent tués ou faits prisonniers, et Villevieille, avant le jour, retourna en triomphe à Metz.

Cependant le sort du gardien et des moines qui avaient tramé cette dangereuse conspiration resta quelque temps indécis. Sans doute leségards qu'on croyait devoir à un corps aussi nombreux et aussi respectable que celui des franciscains, et la crainte de donner un sujet de triomphe aux ennemis de l’église romaine, furent cause de ce délai. Mais comme on sentit enfin qu'il fallait un exemple de sévérité pour effrayer d’autres trattres, on ordonna d'instruire leur procès. Les preuves de leur crime étant bien avérées, on prononça la sentence de mort contre le père Léonard et vingt de ses moines. Le soir qui précéda le jour fixé pour leur supplice, le geôlier les tira des cachots où jusqu'alors ils avaient été détenus séparément, et les renferma tous dans une grande chambre pour leur donner la facilité de se confesser les uns les autres et de se préparer à la mort. Dès qu'on les eut laissés seuls, les jeunes, au lieu d'employer le temps à s’acquitter des devoirs de leur religion, s'adressant au père gardien et à quatre autres vieux moines qui les avaient séduits, leur reprochèrent une ambition qui était la cause de leur perte, et qui couvrait leur ordre d'une tache flétrissante. Des reproches ils en vinrent aux malédictions; enfin, dans un transport de rage et de désespoir, ils se jetèrent sur les vieillards avec fureur, mas-

[1655] sacrèrent le père gardien sur la place, et maltraitèrent si fort les quatre autres religieux, qu'on fut obligé, le lendemain au matin, de les transporter dans une charrette, avec le corps mort de Léonard, jusqu'au lieu de l'exécution. On fit grâce à six des plus jeunes, et le reste subit le châtiment qu'il avait mérité !,

Cependant l'empereur et le roi de France, quoique épuisés par une si longue guerre, ne montraient aucune disposition à la paix. Le cardinal de la Pole ne négligea, pour la rétablir entre ces princes chrétiens, rien de ce que pouvait lui suggérer le zèle de la religion et de l'humanité, Il engagea la reine d'Angleterre à leur offrir sa médiation , et détermina même Charles et Henri à envoyer leurs plénipotentiaires à un village entre Graveline et Ardres. Lui-même s’y rendit avec Gardiner, évèque de Winchester, l'un et l’autre pour présider, en qualité de médiateurs, aux conférences où l’on devait régler les articles contestés. Mais quoique les deux monarques eussent chargé de cette négociation les ministres en qui ils mettaient le plus de confiance, il était aisé de voir qu'on n'avait, de part ni d'autre, aucun désir sincère de faire la paix, Les conditions qu'on proposa étaient si déraisonuables, qu’il était impossible de s’y prêter. La Pole, après avoir employé inutilement son zèle et son habileté à leur persuader de renoncer à des demandes extravagantes et d'en substituer de plus équitables, voyant enfin qu'il perdait son temps à vouloir réconcilier des ennemis si obstinés, rompit les conférences et s’en retourna en Angleterre ?.

Au milieu de ces démèlés de l'Europe, l’Allelemagne jouissait d’une profonde tranquillité; c'était là le moment d'y tenir une diète où l'on pourrait délibérer sur l’objet le plus important au repos intérieur de l'empire. Par le traité de Passau de l’an 1552, on avait renvoyé à cette assemblée le soin de confirmer et de perfectionner le plan dont on était convenu pour la paix de la religion. Le trouble et la terreur que les hostilités d'Albert de Brandebourg répandirent en Allemagne, et l'attention suivie que Ferdinand fut

* Thuan., lib. xv, p. 522. Belcar. Com. rer. gal. 868. Mémoires du maréchal de Villevieille, par M. Charloix, t. 111, p. 249, etc., p. 347. Par., 1757.

2 Thuan., lib. xv, p. 523. Mémoires de Ribier,t. N, p. 613.

obligé d avaient j quoiqu'el tôt après Enfin | Ferdinan( menceme!

ces et de d l'ouvrit en que les co sionées. C important mémeavai les obstacl pour obter et les malh enfin susp:

temps étai sattendre général ser les hostilité d'un concile epéré de dans les dé dont il n'y diction ne c mes fixes e moyen de que si jusq succès , on y apportan pacifiques ; petit nomb modérés , q discuteraie À ramener sntimens, d h diversité Ce disco répandu da craintes et marquèrent avait pas fa Passau , qu’ plus sûr ga soupçons aul qu'ils receva gueur dont états hérédit des intentio

(1555 place, et malres religieux,

1 matin, de les avec le corps de l'exécution.

es. et le reste rité !, oi de France, ue guerre, ne la paix. Le carour la rétablir de ce que pougion et de l'hungleterre à leur a même Charles otentiaires à un . Lui-mème s’y de Winchester, | qualité de mén devait régler oique les deux ette négociation t le plus de conn'avait, de part de faire la paix.

étaient si déraide s’y prêter. La ilement son zèle r de renoncer à d'en substituer qu'il perdait son ennemis si obstis'en retourna en

l'Europe, l'Allede tranquillité; ne diète où l'on plus important Par le traité de nvoyé à cette asde perfectionner our la paix de la r que les hostilispandirent en Alue Ferdinand fut

om. rer. gal. 866.

jeille, par M. Chares de Ribier,t. W,

obligé de donner aux affaires de la Hongrie, avaient jusqu'alors empêché de tenir la diète, quoiqu'elle eût été indiquée à Augsbourg, aussitôt après la conclusion du traité.

Enfin la nécessité de cette assemblée engagea Ferdinand à se rendre à Augsbourg, vers le commencement de cette année. Malgré le peu de princes et de députés dont l: diète était composée, il ouvrit en proposant de terminer les dissensions que les controverses sur la religion avaient occasionées. C'était là, disait-il, la première et la plus importante affaire, celle que l'empereur et luimêémeavaient le plusà cœur.flrappelaensuitetous les obstacles que Charles avait eus à surmonter pour obtenir la convocation d’un concile général, et les malheurs qui en avaient d’abord retardé et enfin suspendu les opérations. Il observa que les temps étant à peu près les mêmes, on devait sattendre aux mêmes difficultés ; qu’un concile général serait toujours arrêté ou interrompu par les hostilités des princes chrétiens ; qu’à l'égard d'un concile national er Allemagne, où l'on avait upéré de trouver plus de facilité et de sûreté dans les délibérations, ce serait une assemblée dont il n’y avait pas d'exemple et dont la juridiction ne comportait ni des limites, ni des formes fixes et déterminées; qu'il ne voyait qu’un moyen demettre fin à ces malheureux différends; que si jusqu'alors on l'avait souvent tenté sans succès , on pouvait espérer d'y mieux réussir en y apportant des intentions plus droites et plus pacifiques; que pour cela il fallait choisir un petit nombre d'hommes savans, judicieux et modérés , qui, dans des conférences à l'amiable, discuteraient les points de doctrine de manière à ramener les deux partis, sinon à l'unité de sntimens, du moins à la tolérance mutuelle dans h diversité des opinions.

Ce discours, qui fut imprimé selon l’usage et répandu dans l'empire, fit renaître toutes les craintes et les défiances des protestans. Ils remarquèrent avec surprise que Ferdinand n'y avait pas fait la moindre mention du traité de Passau, qu'ils regardaient pourtant comme le plus sûr garant de la liberté de conscience. Leurs soupçons augmentèrent encore par les nouvelles qu'ils recevaient tous les jours de l'extrême rigueur dont on usait envers les réformés dans les états héréditaires du roi des Romains. On jugea des intentions de ce prince par sa conduite,

et l'on n'eut plus de confiance en des protestations étudiées de modération et de zèle qu'il démentait à chaque instant par ses actions.

L'arrivée du cardinal Moron, que le pape avait nommé son nonce pour présider à la diète, acheva de les convaincre qu'on ourdissait quelque trame contre la paix ou la sûreté de l'église protestante. Jules, tout fier du retour inattendu des Anglais sous le joug du saint siége, se flatta que l'esprit de révolte ayant enfin épuisé toutes ses forces, l'église triomphante allait recouvrer ses droits et son autorité sur l'obéissance des peuples. Plein de ces espérances, le pontife envoya à Augsbourg Moron, chargé d'employer toute son éloquence pour engager les Allemands à suivre l'exemple de l'Angleterre, et d'empêcher avec adresse qu'aucun décret de la diète ne fût préjudiciable à la foi catholique. Moron, qui avait les talens du fameux chancelier de Milan, son père, pour la négociation et pour l'intrigue, n'aurait pas manqué de traverser toutes les mesures des protestans.

Mais un événement imprévu les garantit de tout ce qu'ils avaient à craindre de la présence du nonce. Jules, en se livrant à des plaisirs et à des amusemens qui ne convenaient pas plus à son âge qu’à la dignité de la tiare, avait si bien contracté l'habitude de la dissipation, qu'il montrait autant d'incapacité que d'éloignement pour toute affaire sérieuse. Sollicité depuis longtemps par son neveu de tenir un consistoire , il éludait toujours ses instances par la crainte de trouver dans cette assemblée une forte opposition aux projets qu’il avait formés pour l’élévation de ce jeune homme. Cependant, après avoir épuisé tous les prétextes qu’il put imaginer, son aversion pour le travail croissant de plus en plus, il feignit une indisposition pour se débarrasser des poursuites de son neveu. Mais afin de donner à cette ruse une apparence de vérité, il se renferma dans son appartement, et changea entièrement son régime et sa manière de vivre. Sa persévérance à jouer ce rôle ridicule lui fit contracter une maladie réelle, dont il mourut en peu de jours, laissant à son infâme favori, le cardinal de Monte, un gran nom à soutenir et des dignités qu'il déshonorait par ses vices !. Dès que Moron eut appris la mort de Jules, il

1 Onuphr. Panvinius de vitiis Pontificum, p. 320. Thuan., lib. xv, p. 517.

partit brusquement d'Augsbourg, où il n'était que depuis peu de temps, pour se trouver à l'élection d'un nouveau pontife.

L’éloignement du nonce rassura les protestans quis'aperçurent bientôt que leursalarmes étaient mal fondées, et que Ferdinand n'avait pas l'intention de violer, à leur préjudice, le traité de Passau. Depuis que Maurice avait déconcerté tous les projets de l’empereur en Allemagne, et renversé le despotisme religieux et civil qu'il était près dy établir, ce monarque avait abandonné à son frère le soin de gouverner l'intérieur de l’empire. Mais Ferdinand, dont l'ambition était moins inquiète que celle de Charles, loin de reprendre un dessein que celui-ci n'avait pu exécuter avec toute sa puissance et ses ressources, ne songea qu’à attacher les princes d'Allemagne à sa famille par une administration équitable et modérée.

Cette conduite était d'autant plus sincère de sa part, qu’il avait en ce moment le plus grand intérêt à les ménager, pour s'assurer de leurs suffrages.

Charles désirait toujours avec ardeur de laisser la couronne impériale à Philippe son fils. L'opposition qui s'était d'abord élevée contre ce projet l'avait forcé de le suspendre, mais non de l’abandonner. Il pressa de nouveau son frère de céder , pour quelque dédommagement , son droit à la succession de l'empire, et d'en faire à ce prix le sacrifice à la grandeur de la maison d'Autriche. Ferdinand était aussi peu disposé que jamais à donner une preuve si extraordinaire de désintéressement ; mais comme il sentit que toute sa fermeté ne lui suffirait pas, si les princes de l'empire ne se déclaraient ouvertement en sa faveur, il chercha à les prévenir par sa déférence à toutes leurs demandes.

D'un autre côté, il avait besoin que la diète lui accordât des secours prompts et puissans pour faire tête aux Turcs qui, après l'avoir dépouillé en Hongrie de la plupart de ses territoires, menaçaient encore d'attaquer avec une armée formidable les provinces qui lui étaient restées. Mais , pour déterminer les protestans à s'engager dans une guerre étrangère qui demandait tout leur zèle, il fallait assurer la paix intérieure de l'empire sur des fondemens solides et inébranlables.

Une démarche que firent les réformés, peu de temps après l'ouverture de la diète, devait

(1556) augmenter la circonspection de Ferdinand, Dis

| que la publication de son discours eut éveillé leurs craintes et leurs soupçons, les électeurs

de Saxe et de Brandebourg et le landgrave de Hesse se rendirent à Naumbourg. Là, renou-

| velant l'ancien traité de confédération qui avait long-temps uni leurs familles , ils y ajoutérent un nouvel article , par lequel ils s'engageaient à professer la confcssion d’Augsbourg , avec le serment d'en maintenir la doctrine dans leurs états respectifs !.

Ferdinand mit donc toute son adresse à conduire les délibérations de la diète, de maniére à ne point irriter un parti dont l'amitié lui deve. nait aussi nécessaire que la haine en était dan. gereuse. Les membres de l'assemblée déférèrent à son avis , qui était de s'occuper de la religion avant toute autre affaire. Mais dès qu'on fut entré en discussion, on montra de part et d'autre toute la chaleur et l'animosité qu'engendre une matière si propre à la fermentation des esprits, et que l’aigreur des disputes , jointe à la fureur des guerres civiles , n'avait fait qu'enflammer de plus en plus.

Les réformés prétendaient que la liberté de conscience, qu’ils réclamaient en vertu du traité dePassau, devait s'étendre sans aucune exception sur tous ceux qui avaient embrassé et qui embrasseraient encore la doctrine de Luther, Les catholiques, après avoir d'abord établi que le pape devait être le seul juge en dernier ressort, dans les matières de foi, soutenaient que , si la situation où se trouvait l'empire , ainsi que l'amour de la paix, les avait fait consentir à la tolérance des nouvelles opinions, elle ne pouvait s'étendre aux villes qui s'étaient conformées à l'énterim , ni aux ecclésiastiques qui se sépare: raient à l'avenir de l'église romaine. Il n'était pas facile de concilier des prétentions si opposées, que le zèle et habileté des théologiens exercés dans la dispute, soutenaient de part et d'autre avec des argumens subtils, et avec toute l’'amertume du langage scolastique. Ferdinand ft consentir chaque parti à des concessions; il donna une interprétation favorable aux points équivoques, et tantôt représentant la nécessité et les avantages de la concorde, tantôt menaçant de rompre la diète, il vint enfin à bout d'amener

1 Chytlræi Saxonia, p. 480.

(1666) les esprits ment les « En con approuvé Les prince lsprinces la confessi professer | quiétés pa personne ; troubleraie mettaient | atholique de termine voies pacifi que leclerg droit de jui lh confessio aient en pc de l'église poursuivis s rle ; que d'établir dar q'elle juge ujets qui re

kliberté de

but où il le ou ecclésiast

hreligion r

où à son bé

ant comme bénéficier , @ tommer un connu à l’and Tels sont

et la base d lkelien d’unio mens diffère ire siècle q blérance et que les deux es voies de « louceur et à quelque natu apratique et usqu'alors , it. Si, par.

r la religio

!Sleid , p. 6:

Ferdinand. Dés

rs eut éveillé

s, les électeurs

e landgrave de rg. Là, renouration qui avait ils y ajoutérent s'engageaient À bourg , avec le trine dans leurs

n adresse à conte, de manière à amitié lui deveine en était danmblée déférèrent er de la religion s dès qu'on fut a de part et d'ausité qu'engendre mentation des esputes , jointe à la avait fait qu'en-

que la liberté de en vertu du traité

$ aucune exception brassé et qui emne de Luther. Les bord établi que le en dernier ressort, butenaient que , fi mpire , ainsi que fait consentir à la bns, elle ne pouvait aient conformées à ques qui se séparemaine. Il n'était pas tions si opposées, héologiens exercés de part et d'auire tavec toute l'amerque. Ferdinand fi bncessions; il donna eaux points équi t la nécessité et les ntôt menaçant de n à bout d'amentr

les esprits à une conclusion qui satisfit également les deux partis. | En conséquence on dressa un recez, qui fut approuvé et publié avec les formalités d'usage. Les principaux articles de cet acte furent : que les princes et les villes qui s'étaient déclarées pour l confession d'Augsbourg, seraient libres d'en professer la doctrine et le culte, sans être inquiétés par l'empereur, le roi des Romains, ni rsonne ; que les protestans de leur côté ne rroubleraient ni les princes, ni les états qui admettaient les dogmes et les cérémonies de l'église atholique; qu'à l'avenir on ne tenterait jamais de terminer les disputes de religion que par les voies pacifiques et persuasives des conférences ; que leclergé romain ne pourrait réclamer aucun droit de juridiction spirituelle dans les états de k confession d’Augsbourg ; que ceux qui se trouaient en possession des bénéfices ou des revenus de l'église les garderaient , sans pouvoir être pursuivis sur cet article par la chambre impérle ; que la puissance civile aurait le droit d'établir dans chaque état la doctrine et le culte qelle jugerait convenable, et que ceux des ujets qui refuseraient de s'y conformer, auraient kliberté de se retirer avec tous leurs effets parbut où il leur plairait; que si quelque prélat u ecclésiastique venait à quitter dans la suite hreligion romaine , il renoncerait à son diocèse ou à son bénéfice, qui serait dès lors réputé vaant comme par la translation ou la mort du bénéficier , et que le collateur aurait droit d'y wmmer un successeur d’un attachement re- «nu à l’ancienne doctrine t.

Tels sont les statuts de ce fameux recez, qui est la base de la paix religieuse d'Allemagne, et klien d'union entre les états, dont les sentimens diffèrent sur les points importans. Dans tre siècle et chez une nation où l’on connait la lolérance et ses heureux effets, on doit s'étonner que les deux partis n'aient pas embrassé plutôt es voies de conciliation, qui conviennent à la jouceur et à la charité du christianisme. Mais quelque naturel que fût un moyen si salutaire, apratique et l'opinion y avaient été si contraires usqu'alors , qu'il ne se présentait guère à l’esprit. Si, parmi les païens, la diversité d'opinions r la religion ne fut jamais une source de que-

"Sleid , p. 620. Fra-Paolo, p. 368. Pallav., t. ll, p. 161.

relles ct de discordes, c'est que, toutes leurs divinités étant locales, la vénération que chaque peuple avait pour un Dieu tutélaire, n'excluait pas l'existence ou le pouvoir des autres dieux, et le culte établi dans un pays n'était point incompatible avec celui des autres nations. Ainsi les erreurs dans leurs systèmes théologiques ne dountrent point d'atteinte à la paix des états ; et malgré le nombre prodigieux de leurs divinités et la variété infinie de leurs cérémonies religieuses, l'esprit de tolérance et de sociabilité subsista toujours parmi eux.

Mais lorsque la révélation chrétienne eut annoncé qu'il n'y avait qu'un seul Dieu et qu'un seul culte digne de cet être suprème, ceux qui en reconnurent la vérité durent regarder tout autre culte comme absurde ou impie. De là vint le zèle des premiers chrétiens pour la propagation de leur doctrine, et cette ardeur pour renverser les autres cultes. Cependant ils n'employèrent d'abord que des moyens conformes à l'esprit de la religion. Ils persuadaient les esprits par la force du raisonnement , ils gagnaient les cœurs par le charme d’une vertu sublime. Enfin, la puissance civile s'étant déclarée en faveur du christianisme , quoique le grand nombre de païens, à l'exemple des chefs, se soumit à l’église, plusieurs restèrent attachés à leurs anciennes superstitions. Irrités de cette obstination, les ministres de l'Évangile, dont le zèle ne se ralentit pas même après le relâchement de la ferveur, voulurent forcer les consciences ; et, passant les bornes de leur mission, ils armérent le pouvoir du trône contre des infortunés qu'ils n'avaient pu convaincre.

Cependant il s'éleva parmi les chrétiens des disputes sur les articles de foi , et L::0:51 ils tournèrent, les unscontreles autres, leurs mêmes armes dont ils avaient combattu les ennemis de la religion. Chaque théologien voulut intéresser le magistrat dans sa cause, et tour à tour ils employèrent le glaive temporel pour réprimer ou pour exterminer leurs antagonistes. Les évèques de Rome ne tardèrent pas à prétendre à l’infaillibilité dans l'explication des dogmes et dans la décision des points de controverse. A force d’artifices et de persévérance ils en imposèrent à la crédulité des hommes, et d’une prétention ils firent un droit. Dès que ces juges dogmatiques avaient prononcé sur un point de doctrine, s'y

Re a

EC om RE

rt ee.

EE or dd er à

opposer ou mème douter , c'était non-seulement résister à la vérité, mais se révolter contre leur autorité sacrée ; et pour venger l'une et l'autre ils employaient sans cesse le bras de la puissance temporelle, dont ils avaient eu l'art de s'emparer entièrement.

L'Europe était donc accoutumée , depuis plusieurs siècles, à voir répandre ou soutenir par la force des opinions de pure spéculation. Cette indulgence et cette charité mutuelle que le christianisme recommande avec tant de chaleur, étaient entièrement négligées; on ignorait cette liberté de conscience qui permet à chacun de suivre son jugement en matière de doctrine ; enfin l’idée de tolérance, ce mot même, dans le sens qu'on y donne aujourd'hui, était inconnu. On pensait alors qu'employer la violence contre l'erreur était une des prérogatives de ceux qui avaient la connaissance de la vérité, et comme chaque parti prétendait posséder ce trésor, ils exerçaient tous, autant qu'il était en leur pouvoir , les droits qu'ils croyaient attachés à cette possession. Les catholiques romains , guidés par les décisions d'un juge infaillible, ne doutant jamais que la vérité ne fût de leur côté, réclamèrent hautement l'autorité civile contre les novateurs. Les protestans, qui n'avaient pas moins de confiance dans la bonté de leur doctrine, sollicitèrent à leur tour les princes de leur parti de réprimer ceux qui osaient la combattre ou s'y opposer. Luther, Calvin, Cranmer, Knox, fondateurs de la réformation dans le pays, lorsqu'ils en eu: pouvoir et l’occasion, firent subir à tous ceux qui doutaient de la vérité de leur croyance, les mêmes châtimens que l’église romaine décernait contre leurs disciples. On eût cru, parmi les partisans et peut-être chez leurs adversaires, qu'ils se défiaient de la bonté de leur cause, s'ils n'eussent pas employé les moyens violens qu'on jugeait alors permis pour soutenir la vérité.

Ce ne fut que vers la fin du dix-septième siècle que la tolérance fut admise dans la république des Provinces-Unies, d'où elle passa en Angleterre. Les maux occasionés par les persécutions , l'influence de la liberté du gouverne-

ment , les sciences qui, en éclairant les hommes, les rendirent plus humains, enfin la prudence et l'autorité des magistrats, tout concourut à établir cette sage police, si contraire au zèle furieux

que toutes les sectes avaient puisé dans leurs faux principes sur la nature de la religion et les droits de la vérité, ou qu'elles avaient emprunté des maximes de l’'glise romaine.

Il est aisé de voir que, dans le recez d'Augsbourg, on n'avait pas été conduit par des idées si justes et si étendues sur la liberté de conscience et sur la nature de la tolérance, Ce n’était qu'un plan de pacification que des considérations purement politiques avaient suggéré aux deux partis, et que l'intérêt de leur sûreté et de leur tranquillité mutuelle rendait également nécessaire à l’un et à l'autre, On en trouve une forte preuve dans un article de ce même recez, qui déclare que les avantages de la pacification ne pourront s'étendre que sur les catholiques, et sur ceux qui professent la confession d'Augsbourg. Par cette restriction, les partisans de Zuingle et de Calvin se trouvèrent abandonnés à la rigueur des peines portées contre les hérétiques. Il s’écoula près d'un siècle avant qu'ils obtinssent d'être protégés par les lois; et ce ne fut qu'au traité de Westphalie qu'on les admit à partager avec les luthériens tous les priviléges de la paix de religion.

Mais si les disciples de Luther virent avec joie leur doctrine tolérée par le recez d’Augsbourg, leurs adversaires eurent tout lieu de se féliciter de l’article qui réservait au clergé catholique la disposition des bénéfices de tous ceux qui re. nonceraient par la suite à la religion romaine. Cet article, connu en Allemagne sous le nom de réserve ecclésiastique , était conforme à l'idée qu'on avait des droits d’une église établie. Il parut juste que des revenus appropriés dans l'origine à la subsistance de ceux qui professaient sa doctrine ne changeassent pas de destination.

Les protestans eux-mêmes le sentirent ; et quel: ques suites qu’ils pussent prévoir, ils se désistèrent de l'opposition qu'ils y avaient formée. Comme les princes catholiques de l'empire firent observer exactement cette convention dans toutes les occasions, elle devint en Allemagne la plus forte barrière de l'église romaine contre la réformation. Dès ce moment, les ecclésiastiques n'étant plus sollicités par l'appât de l'intérêt pour renoncer à leur croyance, il ne s’en trouva que très peu d'assez prévenus en faveur de la nouvelle doctrine pour y sacrifier les riches béné-

fices dont ils étaient en possession.

Pen vino, « après le ne chai aussi pi sait da encore romain cette cc suscept:

glemen scandale l'église indigna respecta la chaire du conc

santé; el son exal qu'exige épuisa t tomba rm et mour!

On mi tifice et « pour dor naux de tion fran gagner d de son pa que l'objé choisir Jé lége et fi mille du fluence d prétentio lui-ci, et sait le ct de voir b concouru mémoire par reco Caraffe p Le ch lier, et q rière qui de l'éplis ils avaie 1 Thuan p.321, etc.

uisé dans leurs à religion et les aient emprunté e.

e recez d’Augsit par des idées iberté de consà tolérance. Ce nm que des cones avaient sugque l'intérêt de té mutuelle ren- Let à l’autre, On s un article de ce s avantages de la ndre que sur les rofessent la cone restriction, les vin se trouvèrent s peines portées la près d'un siècle protégés par les é de Westphalie rec les luthériens de religion.

er virent avec joie ecez d'Augsbourg, lieu de se féliciter ergé catholique la tous ceux qui rereligion romaine.

ne sous le nom de conforme à l'idée glise établie. Il papropriés dans l'oriqui professaient sa s de destination.

sentirent ; et que svoir, ils se désistè.

y avaient formée.

es de l'empire firent avention dans toutes Allemagne la plus aine contre la ré- , les ecclésiastiques pât de l’intérèt pour ne s’en trouva que faveur de la noier les riches bénéession.

Pendant l'assemblée de la diète Marcel Cervino, cardinal de Sainte-Croix, fut élu pape après la mort de Jules, A l'exemple d’Adrien , il ne changea point de nom. Avec des intentions aussi pures que celles de ce pontife, il le surpassait dans la science du gouvernement et plus encore dans la connaissance du génie de la cour romaine. Îl connaissait toute la corruption de cette cour et l'espèce de réforme dont elle était susceptible, On attendait de sa sagesse des règlements qui, en corrigeant les abus les plus scandaleux, pussent ramener dans le sein de l'église ceux qui ne s'en étaient éloignés que par indignation contre les vices du clergé ; mais ce respectable pontife ne parut qu'un instant sur la chaire de saint Pierre. La rigoureuse clôture du conclave avait déjà commencé à altérer sa santé; et la fatigue des longues cérémonies de son exaltation, jointe à la contention d'esprit qu'exigeait le plan de réforme qu'il méditait, épuisa tellement sa faible constitution, qu'il tomba malade le douzième jour de son élection et mourut le vingtième !.

On mit en œuvre tous les raffinemens de l'artifice et de l'intrigue, si familiers aux conclaves, pour donner un successeur à Marcel. Les cardinaux de la faction impériale et ceux de la faction française travaillèrent d'une ardeur égale à gagner des suffrages, chacun pour un candidat de son parti. Mais, après des débats aussi vifs que l'objet en était important, on se réunit pour choisir Jean-Pierre Caraffe, doyen du sacré collége et fils du comte Montorio, d'une illustre famille du royaume de Naples. L'adresse et l’influence du cardinal Farnèse, qui favorisait les prétentions de Caraffe, le mérite mème de celui-ci, et peut-être son grand âge, qui adoucissait le chagrin des prétendans par l'espérance de voir bientôt vaquer la chaire pontificale, tout concourut à son élection. Par respect pour la mémoire de Paul IE, qui l'avait fait cardinal, et par reconnaissance pour la famille des Farnèse, Caraffe prit le nom de Paul IV.

Le choix d’un prélat d'un caractère si singulier, et qui depuis long-temps suivait une carrière qui devait l’éloigner de la première dignité de l'église, donna de l'inquiétude aux Italiens : ils avaient assez observé ses mœurs et sa con-

1 Thuan., p. 520. Fra-Paolo, p. 365. Onuph. Panvin., p. 321, etc.

espérances que la cour de Rome offrait à

duite pour être incertains sur ce qu'on devait

attendre de lui. Paul, quoique né dans un rang

qui le dispensait du mérite pour parvenir aux

plus hautes dignités ecclésiastiques, s'était dès sa jeunesse appliqué à l'étude en homme qui ne, voulait rien devoir qu'à ses qualités personnelles.

Versé dans toutes les subtilités de la théologie scolastique, il y joignait encore une grande connaissance des langues savantes et des belles-lettres, dont l'étude, ayant depuis peu repris naissance en Îtalie, était alors cultivée avec beaucoup d'ardeur. Cependant son esprit, naturellement sombre et sévère, était plus porté à l’aigreur des controverses qu’à cette élégance et cette urbanité que donne la littérature, Il avait plutôt pris les idées et les sentimens d'un moine que les talens nécessaires à la conduite des grandes affaires. Pourvu de plusieurs riches bénéfices à son entrée dans l'église, employé comme nonce en différentes cours, il se dégoûta bientôt de cette carrière, et soupira après une vie plus convenable à ses goûts et à son caractère. Dans ce dessein il résigna tout à la fois ses dignités ecclésiastiques. Après avoir institué un ordre de prêtres réguliers qu'il nomma fhéatins, du nom de l’archevèché qu'il avait occupé, il s’associa lui-même à la communauté et se conforma à toute la rigueur des règles qu'il avait prescrites.

Il préféra la solitude de la vie monastique et

l'honneur de fonder un nouvel ordre aux gran-

son ambition.

Il était depuis long-temps dans cette retraite lorsque Paul III, sur la seule réputation de sa sainteté et de sa science, l'appela à Rome pour le consulter sur les moyens de détruire l'hérésie et de rétablir l’ancienne autorité de l'église. Après l'avoir ainsi tiré de sa solitude, le pape gagna sur lui, moitié par prières, moitié par autorité, d'accepter le chapeau de cardinal, de reprendre les bénéfices qu'il avait résignés, et de rentrer dans le chemin des honneurs, auxquels il semblait avoir renoncé. Mais, pendant le règne des deux pontifes, dont l’un remplit la cour de Rome de tous les artifices de l'ambition et l’autre des plus scandaleuses débauches, Caraffe conserva toujours son austérité monastique. Ennemi déclaré de toute innovation en fait de doctrine et rigide à l'excès sur l’observation du culte, ce

| fut lui qui contribua le plus à établir dans les

états du pape le tribunal odieux et formidable de l'inquisition. Il soutint avec chaleur en toute occasion la juridiction et la discipline de l'église, et censura vivement toute démarche dictée par des vues de politique et d'intérêt plutôt que par le zèle pour l'honneur et la dignité du saint siége. Sous un pape de ce caractère, les courtisans s'attendaient à un pontificat dur et austère, où tous les principes de la saine politique seraient sacrifiés aux préjugés étroits de la dévotion, et le peuple craignait de voir la parcimonie et la rigidité des mœurs du cloître remplacer la galté et la magnificence qui avaient régné depuis quelque temps à la cour de Rome.

Mais Paul s'empressa de dissiper ces alarmes. Dès qu'il fut en possession du gouvernement il renonça tout d'un coup à cette austérité qui avait jusqu'alors distingué sa personne et sa famille; et lorsque le grand-maître de sa maison lui demanda comment il voulait vivre, « Comme il convient à un grand prince », répondit-il fièrement, La cérémonie de son couronnement se fit avec la plus grande pompe; et pour gagner l'affection des habitans de Rome, il signala son avénement par plusieurs actes de clémence et de libéralité !.

Cependant sa sévérité naturelle aurait sans doute reprisle dessus et justifié les conjectures des courtisans, ainsi que les craintes du peuple, si, aussitôt après son élection, il n’eût appelé auprès de lui deux de ses neveux, fils du comte de Montorio son frère. L'aîné fut nommé gouverneur de Rome; le cadet, qui, jusqu'alors, avait servi comme volontaire dans les armées de France et d'Espagne, et dont le caractère et les mœurs convenaient plus à cette profession qu'à l'état ecclésiastique, fut créé cardinal, et ensuite légat de Bologne; c'était la seconde place , pour le rang et l'autorité, dont un pape pôt disposer, Ce n'était pas assez de ces marques extraordinaires de faveur, Paul y joignit une confiance et un attachement sans bornes , et il parut disposé à tout sacrifier à l'agrandissement de ses neveux. Malheureusement pour ce pontifie, leur ambition ne connaissait point de limites. Ils avaient vu les Médicis élevés en Toscane à la puissance souveraine par les papes de cette maison , et l’habileté de Paul IT assurer à la famille

1 Platina, p. 327. Castaldo, Vita di Paolo 1F, Rom. 1615, p. 70.

1666] des Farnèse les duchés de Parme et de Plaisance, D'après ces exemples, ils aspirèrent à quelque établissement qui les élevat à la même indé. pendance et au même pouvoir; mais sachant que leur oncle ne porterait pas la faiblesse jusqu'à séculariser une partie du patrimoine de l'église, ils ne virent de moyen de parvenir à leur but que par le démembrement des domai.

nes de l'empereur en Italie, Dans l'espérance d'en recueillir quelques débris, ce seul motif leur aurait sufA pour les engager à fomenter la discorde entre Charles et le pape.

Mais le cardinal Caraffe avait encore des rai. sons personnelles de haïr l'empereur. Lorsqu'il servait dans les troupes d'Espagne, il n'y avait pas été traité avec l'honneur et la distinction qu'il croyait dus à sa naissance et à son mérite, Ces dégoûts lui avaient fait quitter brusquement leservice de Charles pour s'attacher à celui de France, où l'accueil qu'il reçut, flattant sa vanité , l'engagea dans les intérêts de cette monarchie. D'un autre côté, s'étant lié d'une étroite amitié avec Strozzi, qui commandait l'armée des Français en Toscane, celui-ci lui inspira une mortelle antipathie contre l'empereur, qu'on regardait comme le plus grand ennemi de l'indépendance et de la liberté des états d'Italie. Le pape lui-même était fort disposé à prendre des impressions défavorables à ce prince. L'opposition que les cardinaux de la faction impériale avaient mise à son élection lui était toujours présente ; et son ressentiment se fortifiait encore par le souvenir d'anciennes injures qu'il avait reçues de Charles, ou de ses ministres.

Ses neveux, profitant de ces dispositions, employèrent différens artifices pour le brouiller d'une manière irréconciliable avec l'empereur. Ils exagérèrent tout ce qui pouvait indiquer le mécontentement que ce prince avait eu de l'exaltation de Caraffe; ils montrèrent à leur oncle une lettre interceptée, dans laquelle Charles taxait les cardinaux de son parti de négligence et d'incapacité, pour n'avoir pas empêché cette élection. Ils prétendirent un jour avoir découvert une conspiration tramée contre sa vie par le ministre de l'empire et Côme de Médicis. Une autre fois, ils l'alarmèrent par les détails d'un complot formé, disaient-ils, pour les assassiner eux-mêmes. C'est ainsi que, tenant dans une continuelle perplexité son esprit naturellement

(tb66

violent ( ils l'en trefois Paul IV les plus lechâte:

nière ri, romains il montr la crain et comn France, fance di C'étai voulaien leurs am cès dép oncle, d perdre u lieu de ( Rome, | personne des ouve à craindr narque d sive et de draient 1 Toscane ( étaient h ces états républica à l'un de cher un c patrimoir principau Le roi, l'accueil 1

Istor., vol.

1665) re et de Plaisance, irèrent à quelque à la mème indé.

ir, mais sachant 8 la faiblesse jusu patrimoine de en de parvenir à ment des domai.

Dans l'espérance is, ce seul motif ger à fomenter la ape.

ait encore des raiipereur. Lorsqu'il agne , il n'y avait * et la distinction e et à son mérite, itter brusquement ttacher à celui de at, flattant sa varêts de cette mont lié d’une étroite nmandait l'armée elui-ci lui inspira ntre l'empereur, grand ennemi de é des états d'Italie.

disposé à prendre à ce prince. L'opla faction impélui était toujours u se fortifiait ennes injures qu'il P ses ministres.

s dispositions, empour le brouiller avec l'empereur.

puvait indiquer le e avait eu de l'exalèrent à leur oncle laquelle Charles rti de négligence pas empêché cette jour avoir découb contre sa vie par hé de Médicis. Une r les détails d'un bour les assassiner tenant dans une rit naturellement

violent et devenu soupçonneux par la vieillesse, ls l'entralnèrent dans des démarches qu'autrefois il aurait été le premier à condamner !, Paul IV fit arrêter quelques-uns des cardinaux les plus attachés à l'empereur et les confirma dans lechâteau Saint-Ange ; il persécuta avec la deruière rigueur les Colonnes et les autres barons romains engagés dans la faction impériale ; enfin il montra en toute occasion de la défiance, de la crainte ou de la haine contre l'empereur, et commença à rechercher l'amitié du roi de France, comme s'il eût voulu mettre sa conflance dans son secours ou sa protection.

C'était là précisément le point où ses neveux voulaient l'amener, comme le plus ‘favorable à leurs ambitieux projets; mais voyant que le succs dépendait entièrement de la vie de leur oncle, dont l'âge avancé ne permettait pas de perdre un moment en négociations inutiles; au lieu de traiter avec l'ambassadeur de France à Rome, ils engagèrent le pape à dépêcher une personne de confiance à la cour de Henri, avec des ouvertures si favorables, qu'on n’eût point à craindre de refus. On proposa donc à ce monarque de faire avec le pape une alliance offensive et défensive, en vertu de laquelle ils joindraient leurs forces pour attaquer le duché de Toscane et le royaume de Naples. Si leurs armes étaient heureuses, on rendrait au premier de ces états son ancienne forme de gouvernement républicain ; on donnerait l'investiture du second à l'un des fils du roi de France, sauf à en détacher un certain territoire qui serait annexé au patrimoine de l'église, et de quoi former deux principautés pour les deux neveux du pape.

Le roi, séduit par des projets si ambitieux, fit l'accueil le plus favorable à l’'envoyé; mais lorsqu'on eut porté ces propositions au conseil, le connétable de Montmorency , naturellement ennemi des entreprises hasardeuses, et devenu plus circonspect encore par l’âge et l'expérience, sopposa fortement à cette alliance. I rappela combien toutes les expéditions en Italie avaient été funestes à la France pendant trois règnes consécutifs ; il dit que si la nation y avait échoué lorsque ses troupes et ses finances étaient dans le meilleur état, on pouvait encore moins espérer

1 Ripamontii, Æist. patria, lib. nu, p. 1146, ap. Græv.,

Thes. 11. Mém. de Ribier, vol X1, p. 615. Adriani, Islor., vol. 1, p. 906.

d'y réussir dans l'état d'épuisement où l'avaient réduite les efforts extraordinaires qu'elle avait faits pendant cinquante ans de guerres soutenues presque sans interruption. Il représenta quelle imprudence il y aurait à prendre des engagemens avec un pape âgé de quatre-vingts ans, qui n'offrait que des espérances aussi fragiles que sa vie, et dont la mort ne pouvait manquer d'occasioner une révolution subite dans les affaires d'Italie, et laisserait au roi tout le fardeau de la guerre. Il ajouta que l'empereur, ayant formé le projet de renoncer au monde, voudrait sans doute rétablir la paix dans ses états avant de les remettre à son fils, et qu'ainsi l’on devait s'attendre à un prochain accommodement avec ce monarque ; enfin qu'on attirerait infailliblement les armes de l'Angleterre sur la France, si l’on donnait lieu de penser que l'ambition de cette monarchie était le seul obstacle au rétablissement de la paix en Europe.

Des considérations si puissantes en ellesmêmes, retracées avec beaucoup de chaleur par un ministre du plus grand poids, auraient probablement détourné le roi de s'engager avec le pape ; mais le duc de Guise et son frère le cardinal de Lorraine, qui aimaient les entreprises périlleuses et hardies autant que Montmorency les redoutait, se déclarèrent pour cette alliance. Le cardinal s'attendait à être chargé des négociations à la cour de Rome, et le due, à commander l'armée qu’on destinait à l'expédition de Naples; dans cette perspective, l’un et l'autre voyaient la plus belle carrière ouverte aux vastes projets de ‘eur ambition. En effet , leur crédit, soutenu de la maîtresse du roi, la fameuse Diane de Poitiers, qui était alors entièrement dévouée aux intérêts des Guises, fut plus que suffisant pour l'emporter sur les sages conseils de Montinorency, et pour engager un prince inconsidéré à écouter les propositions de l'envoyé du pape.

Le cardinal de Lorraine, ainsi qu'il l'avait prévu, fut aussitôt envoyé à Rome, avec plein pouvoir de conclure le traité et de concerter toutes les mesures propres à en hâter l’exécution. Cependant le pape avait commencé à mettre moins d’ardeur dans ses négociations avec la France , et il montrait mème une sorte de répugnance à les continuer, soit qu'il eût réfléchi sur l'incertitude des événemens de la guerre,

are = + Rss PT

nn om e

És pcAeatpsttes Latine 2 ei

PME A2 2 rate Mer 27 CT TESTER. TE

En.

er

soit que le ministre de l'empereur eût eu l’adresse de l’adoucir. Pour le tirer de cette espèce d'irrésolution et rallumer son ressentiment , ses neveux eurent encore recours aux expédiens qui leur avaient déjà si bien réussi. Ils réveillèrent ses alarmes sur les intentions de l'empereur, parlèrent des menaces que faisaient ses ministres et de nouvelles conspirations toutes prêtes à éclater contre la vie du pontife.

Mais des artifices si souvent répétés n'avaient plus le même succès, et l'impression en aurait été sans effet si l’animosité de Paul n’eût été réveillée par un nouveau sujet d'offense qu'il était incapable de pardonner. La nouvelle du recez de la diète d’Augsbourg , et de la tolérance que cet acte garantissait aux protestans , le jeta tout à coup dans des transports si furieux de colère contre l'empereur et le roi des Romains, qu'il se porta de lui-même aux démarches violentes que voulaient lui inspirer ses neveux. Plein d'une haute idée des prérogatives du saint siége, et emporté par un zèle implacable contre l’hérésie , il ne vit dans cette diète, composée en partie de laïques qui s'arrogeaient le droit de décider des matières de foi, qu'un attentat téméraire sur une juridiction qui n’appartenait qu’à lui seul; et dans la liberté qu'on avait accordée aux protestans, que l'abus criminel d’un pouvoir usurpé. il se plaignit hautement de ces deux griefs à l'ambassadeur de l'empire. Il demanda que le recez de la diète füt promptement déclaré nul et illégal. Il menaça l'empereur et le roi des Romains des plus terribles effets de sa vengeance s'ils refusaient ou même tardaient de le satisfaire sur cet article. Enfin il prit le ton d'autorité de ces pontifes du douzième siècle, qui d’un seul décret ébranlaient ou renversaient le trône des plus grands monarques. Mais ce style n’était plus de saison , surtout avec le ministre d’un prince qui, plus d’une fois. avait fait sentir tout le poids de sa puissance à des pontifes encore plus redoutables. Cependant l'ambassadeur écouta avec beaucoup de patience ses propositions et ses menaces extravagantes. Il s’efforça de le calmer, en lui représentant l’extrème embarras où l'empereur s'était vu réduit à Inspruck , les engagemens qu'il avait été obligé de prendre avec les protestans pour en sortir, enfin la nécessité où il se trouvait de remplir ses promesses et de conformer sa con-

[1555] duite à sa situation. Mais quelque fortes que fussent ces raisons, elles ne firent aucune impression sur l'esprit d'un pontife hautain et fanatique. Il répondit que, par son autorité apostolique, il déliait l'empereur de toutes ses promesses, et il lui défendait même de les accome plir ; que dès qu'il s'agissait de la cause de Dieu et de l'église, on ne devait plus avoir égard aux maximes de la politique et de la prudence humaine ; et que l'empereur avait été visiblement puni du ciel par ses mauvais succès en Allemagne , pour avoir consulté son intérêt plus que celui de la religion. Après ce discours, il quitta brusquement l'ambassadeur , sans attendre de réponse.

Ses neveux ne manquèrent pas de lui applaudir | et de flatter les sentimens de cet esprit altier qui, toujours imbu des idées monastiques sur l'étendue de l'autorité pontificale, ne cessait de répéter qu’il était le successeur de ceux qui avaient déposé les rois et les empereurs; et qu’élevé au-dessus de tous les potentats, il foulerait aux pieds ceux qui oseraient lui résister. Telles étaient ses dispositions à l'égard de la maison d'Autriche, lorsque le cardinal de Lorraine arriva. Il ne fut pas difficile à ce négociateur d’engager le pape à signer un traité qui avait pour objet la ruine d’un prince qu'il haïssait plus que jamais. Les conditions furent les mêmes qui avaient été proposées à Paris par l’envoyé de Paul, et l'on convint de tenir cette alliance secrète jusqu’à ce que tout fût prèt de part et d'autre pour ouvrir la campagne !.

Mais pendant la négociation de ce traité, les alarmes qui en étaient le prétexte cessèrent tout à coup par un événement qui devait en rendre les mesures superflues. Ce fut la résignation que fit l'empereur de ses états héréditaires à Philippe son fils, et sa résolution de renoncer pour jamais aux soins du monde et de passer le reste de ses jours dans la retraite et la solitude. On n'a pas besoin de profondes réflexions ni d'un grand discernement pour sentir que la royauté n'est pas exempte de soucis et de peines, et que la plupart des hommes élevés au trône achètent chèrement cette prééminence qu’on leur envie par les inquiétudes , la satiété et les dégoûts qui

* Pallav., lib. nn, p. 263. Fra-Paolo, p. 365. Thuan.. lib. xv, p. 525, lib, xvr, p. 540. Mém. de Ribier. vol. p. 609, etc.

en sont suprèm au pou effort « l'esprit d'un ex pour fit rent ou prompt gère, o du scep gret da peut-êtr ait abdi longues sans jete de regr avait ab:

L'abdi Ses cont son siècl deviner 1 s'attendr part d'u avait tot qui, n’a précisém traite et plus d'a cette dé qui ne pe tres l'ont profond riens pl pensé qu singulier raisons $ la condu taqué de les soins de ce ma âge, les fréquens en détru avaient a dans ses affaires, qui ne | d'applica temps à

11555 lque fortes que rent aucune imtife hautain et on autorité apos- > toutes ses prome de les accoms« la cause de Dieu lus avoir égard de la prudence vait été visibleauvais SUCCÈès en son intérêt plus ss ce discours, il leur, sans atten-

1 de lui applaudir » cet esprit altier monastiques sur ale, ne cessait de eur de ceux qui npereurs ; et qu’éntats, il foulerait ui résister. Telles ard de la maison al de Lorraine arnégociateur d’enité qui avait pour L'haïssait plus que it les mêmes qui s par l’envoyé de r cette alliance set prêt de part et rne !.

n de ce traité, les xte cessèrent tout i devait en rendre la résignation que éréditaires à Phide renoncer pour de passer le reste et la solitude. On réflexions ni d'un tir que la royauté t de peines, et que au trône achètent qu'on leur envie et les dégoûts qui

Paolo, p. 365. Thuan., m. de Ribier. vol.

en sont inséparables; mais descendre du rang suprême à un état de subordination , et renoncer au pouvoir pour chercher le bouheur, c’est un effort qui n’en paraît pas moins au-dessus de l'esprit humain. L'histoire offre cependant plus d'un exemple de princes qui ont quitté le trône pour finir leur vie dans la retraite; mais ce furent ou des hommes faibles qui se repentirent promptement d’une détermination prise à la légère, ou d'illustres malheureux qui, dépouillés du sceptre par un rival, ne tombèrent qu'à regret dans une condition privée. Dioclétien est peut-être le seul monarque digne de régner, qui ait abdiqué l’empire en philosophe, et passé dé longues années dans unv retraite volontaire, sans jeter en arrière un coup d'œil ou un soupir de regret vers la grandeur et le pouvoir qu’il avait abandonnés.

L'abdication de Charles étonna toute l'Europe. Ses contemporains, ainsi que les historiens de son siècle, s'épuisérent en conjectures pour en deviner les motifs. En effet , on ne pouvait guère s'attendre à une résolution si singulière de la part d’un monarque dont la passion favorite avait toujours été l'amour de la domination, et qui, n'ayant encore que cinquante-six ans, était précisément dans l’âge où l'ambition , moins distraite et plus forte, poursuit son objet avec le plus d’ardeur. Beaucoup d'auteurs ont imputé cette démarche à des causes frivoles et bizarres qui ne peuvent influer sur le cœur humain; d’autres l'ont regardée comme le résultat de quelque profond mystère de politique. Mais des historiens plus pénétrans et mieux informés ont pensé qu'il était inutile de recourir à des caprices singuliers ou à des secrets d'état, quand des raisons simples et sensibles pouvaient expliquer la conduite de l'empereur. Charles avait été attaqué de la goutte dès sa jeunesse ; et malgré les soins des plus habiles médecins, la violence de ce mal croissant à mesure qu'il avançait en âge, les accès en devenaient chaque année plus fréquens et plus insupportables. Ses souffrances, en détruisant la vigueur de son tempérament, avaient altéré les facultés de son âme. Incapable, dans ses attaques de goutte, de vaquer aux affaires , et n'ayant que des momens de relàche qui ne lui laissaient que de courts intervalles d'application sérieuse , il passait le reste du temps à des jeux ou des amusemens propres à

reposer son esprit affaibli et comme épuisé par ses douloureuses infirmités. Dans cet état, le courant des affaires de ses royaumes était un fardeau trop pénible pour lui; encore moins pouvait-il poursuivre l'exécution des vastes projets qu'il avait formés dans la vigueur de l’âge, ou soutenir ce grand système politique, dont la chaîne embrassait toutes les nations de l'Europe et les intérêts compliqués de tant de cours différentes. Accoutumé depuis long-temps à porter ses regards vigilans sur toutes les branches de l'administration, et à décider lui seul de toutes les opérations, il voyait avec chagrin que le progrès de ses infirmités le forçait de remettre à ses ministres la conduite des affaires ; aussi ne manquait-il pas d'attribuer les malheurs ou les accidens qui lui survenaient, quels qu'ils fussent, à l'impossibilité où il était de gouverner par lui-même. Il se plaignait du sort qui, sur le déclin de sa vie, lui opposait un rival dans la vigueur de l’âge, maître de concerter et d'exécuter par lui-même ses projets, tandis qu’il se voyait réduit à se reposer sur d'autres du soin de ses desseins et de ses intérêts. Surpris avant l’âge par les incommodités de la vieillesse, il crut qu’il devait en homme sage dérober sa faiblesse aux regards du public ; et que ce serait exposer sa gloire ettrahir sa renommée que de s'obstiner à ne point quitter les rênes du gouvernement, qu'il ne pouvait plus tenir avec fermeté ni manier avec adresse {,

Mais plusieurs raisons avaient jusqu'alors empêché l’empereur de suivre son projet, quoiqu'il s’en fût occupé depuis plusieurs années et qu'il l'eût communiqué à ses sœurs, les reines douairières de France et de Hongrie, qui l'approuvèrent, et qui lui offrirent mème de l’accompa-

1 Dom Lévesque, dans ses Mémoires du cardinal de Granvelle, donne à l’abdication de l’empereur une raison dont je ne crois pas qu'aucun autre historien ait fait mention, 1 dit que ce monarque ayant cédé à son fils, lors de son mariage avec la reine d'Angleterre, le gouvernement de Naples et du duché de Milan, Philippe, malgré les conseils et les prières de son père , avait exilé tous les anciens ministres et officiers de ces deux états, pour mettre à leur place ses créatures; que ce prince sollicitait ouvertement et sans retenue une part à l’administration des affaires dans les Pays-Bas ; qu'il s’efforçait de traverser toutes les mesures de l’empereur et de mettre des bornes à son autorité; qu’enfin Charles s'étant apercu qu’il fallait ou céder à son fils, ou avoir recours à la force, et ne voulant pas en venir à des extrémités

gner dans le lieu de sa retraite. Il ne pouvait se résoudre à charger Philippe du gouvernement de ses états, avant qu'il eût l’âge et l'expérience nécessaires pour soutenir un si pesant fardeau. Mais comme ce princetavait atteint sa vingt-huitième année, et qu’habitué de bonne heure au travail, il y montrait autant d’inclination que de talent, on n'aurait pu attribuer à la prévention de la tendresse paternelle le parti qu’aurait pris Charles de résigner dès lors à son fils un trône qu’il voulait quitter. Sa mère apportait un obstacle plus réel à son abdication. Quoique cette princesse véeût renfermée depuis près de cinquante ans, dans le même état d’égarement d’esprit où l'avait jetée la mort de son mari, elle était toujours censée gouverner l'Espagne conjointement avec l’empereur. Son nom était inséré dans toutes les ordonnances à côté de celui de son fils, et ses sujets avaient un si grand atiachement pour elle, qu’ils se seraient fait scrupule de reconuaître Philippe pour leur souverain, à moins qu’elle n’eût consenti à l’associer au trône. Mais dans l'état où elle était, comment obtenir ce consentement? Sa mort mème, qui arriva dans cette année, leva toutes les difficultés, en laissant Charles seul maitre de la couronne d’Espagne, et libre d’en disposer en faveur de son fils. La guerre contre la France pouvait encore retarder cette abdication. Il devait souhaiter de terminer toutes les hostilités, pour remettre ses états en pleine paix avant de quitter le trône. Mais comme Henri ne se montrait disposé à aucun accommodement, et qu’il avait même reçu des propositions de paix justes et raisonnables d’un ton qui annonçait un dessein formé de continuer la guerre, Charles sentit qu'il serait inutile d'attendre plus long-temps un événement trop incertain.

douloureuses pour un pere, prit la résolution de lui résigner tous ses états et de se retirer du monde (vol. 1, p.24, etc.). Dom Lévesque, en rapportant très brièvement ces faits singuliers, prétend les avoir tirés des manuscrits du cardinal de Granvr'le. Mais quoique cette aombreuse collection de papiers, conservée et mise en ordre par M. l'abbé Boizot de Besançon , soit un des monumens les plus précieux de l’histoire du seizième siècle, et qu'elle doive répandre beaucoup de lumières sur les événemens du règne de Charles-Quint, cependant comme cet ouvrage n’est point encore publié, je ne puis apprécier le degré de croyance que mérite le trait qu’on vient de lire; c'est ce qui m'a empêché d'en faire usage dans mon récit de l’abdication de Charles-Quint.

Ainsi, dès qu’il crut avoir trouvé le moment favorable pour l'exécution de son grand dessein, il voulut y mettre toute la solennité convenable à l'importance de cet événement, et signaler son dernier acte de souveraineté par un éclat qui laissât une profonde impression dans l'âme de ses sujets et de son successeur. Il rappela donc Philippe de l'Angleterre, où le caractère chagrin de la reine, qui s’aigrissait encore de se voir sans postérité, le rendait très malheureux; tandis que, d'un autre côté, la jalousie des Anglais ne lui laissait aucune espérance de pouvoir les gouverner un jour. Après avoir convoqué les états des Pays-Bas à Bruxelles pour le 25 d'octobre, l’empereur vint y siéger pour la dernière fois sur son trône, ayant à l’un de ses côtés son fils, à l’autre sa sœur, reine de Hongrie et régente des Pays-Bas, et derrière lui un cortége brillant de grands d'Espagne et de princes de l'empire. Le président du conseil de Flandre expliqua en peu de mots l'intention du souverain dans la convocation extraordinaire de cette assemblée, Il lut ensuite l'acte de résignation par lequel l'empereur abandonnait à Philippe son fils tous ses domaines, sa juridiction et son autorité dans les Pays-Bas, déchargeant ses sujets de l'obéissance qu'ils lui devaient pour la transporter à Philippe, son légitime héritier, afin qu’ils le servissent avec le zèle et la fidélité qu'ils lui avaient toujours montrés à lui-même depuis tant d'années qu'il les gouvernait.

Alors Charless’appuyant sur l'épaule du prince d'Orange, à cause de sa faiblesse, se leva de son siége , et s’adressa lui-même à l'assemblée, tenant un papier à la main pour soulager sa mémoire : il rappela avec dignité, mais sans ostentation , tout ce qu'il avait entrepris et fait de grand depuis le commencement de son règne.

Il dit que, dès l’âge de dix-sept ans, s'étant dévoué tout entier au soin du gouveraement, il n'avait donné que peu de temps au repos, encore moins au plaisir; que, soit en temps de paix, soit pour faire la guerre , il avait passé neuf fois en Allemagne , six fois en Espagne, quatre fois en France, sept fois en Italie, dix fois dans les Pays-Bas, deux fois en Angleterre, autant en Afrique, et qu'il avait traversé onze fois la mer; que tant que sa santé lui avait permis de remplir ses devoirs , et que ses forces avaient pu suffire au pénible gouvernement de ses vastes états.

11566 jamais plaint € sée par incurab jour en qu'il n vouloir il ne pol à leur b.

combant de vie, i la force rité qui

cours d' mis que sous le f baient to à quelqu pardon ; connaisse ment ; qu comme s plus flatti que ses Tout-Pui

Ensuit jeté à ge «Si je ne «ce riche «devriez «lorsque (server € «plus gran wcependa (Vos Sujet «comme lé «naissancé ctraordin:

«mon affe «digne de «Servez ur «Maintene iles lois dé «tentez ni ‘sujets; e «désiriez d «d'une vid ‘qui mérit «le sceptre goûle à vd

ivé le moment grand dessein, nité convenable nt, et signaler té par un éclat sion dans l'âme .ILrappela donc ractère chagrin core de se voir alheureux; tanusie des Anglais e de pouvoir les ir convoqué les pour le 25 d'ocpour la dernière de ses côtés son e Hongrie et rére lui un cortége et de princes de eil de Flandre ention du souverdinaire de cette e de résignation nnait à Philippe juridiction et son chargeant ses sudevaient pour la gitime héritier, zèle et la fidélité ntrés à lui-mème ouvernait.

l'épaule du prince se, se leva de son h l'assemblée, tesoulager sa mé- , Mais sans 0sntrepris et fait de ent de son règne.

t ans, s'étant désouver.iement , il $ au r'epos, ericore kn temps de paix, ait passé neuf fois agne, quatre fois , dix fois dans les eterre, autant en s onze fois la mer:

permis de remplir avaient pu suffire ses vastes états.

jamais il n'avait craint le travail, ni ne s'était J

Dès que Charles eut fini ces discours, il se jeta

plaint de la fatigue; mais que sa vigueur, épui- | sur son siége, près de tomber en faiblesse de la

sée par les crises, douloureuses d'une maladie incurable, et ses infirmités qui r'aissaient de jour en jour, l’avertissaient de ‘le monde; qu'il n'était pas assez jaloux &. :‘gner pour vouloir tenir le sceptre d’une main aéhile, quand ilne pouvait plus protéger ses sujets ni veiller à leur bonheur; qu’au lieu d’un souverain succombant sous le mal, et qui n'avait qu'un resté de vie, il leur donnait un prince qui joignait à la force de la jeunesse l'expérience et la maturité qu’amènent les années; que si, durant le cours d’une longue administration, il avait commis quelque faute, ou si, dans l'embarras et sous le fardeau des grandes affaires qui absorbaient toute son attention , il avait fait injustice à quelqu'un de ses sujets , il leur en demandait pardon ; qu’il conserverait à jamais une vive reconnaissance de leur fidélité et de leur attachement ; que ce souvenir le suivrait dans sa retraite comme sa plus douce consolation et comme la plus flatteuse récompense de tous ses travaux, et que ses derniers vœux ne demanderaient au Tout-Puissant que la prospérité de ses peuples.

Ensuite , se tournant vers Philippe , qui s'était jeté à genoux et baisait la main de son père : «Si je ne vous laissais, dit-il, que par ma mort «ce riche héritage que j'ai si fort accru, vous «devriez quelque tribut à ma mémoire ; mais «lorsque je vous résigne ce que j'aurais pu con- «server encore, j'ai droit d'attendre de vous la «plus grande reconnaissance. Je vous en dispense «cependant, et je regarderai votre amour pour «vos sujets et vos soins pour les rendre heureux «comme les plus fortes preuves de votre recon- «naissance. C'est à vous à justifier la marque ex- «traordinaire que je vous donne aujourd’hui de «mon affection paternelle , et à vous montrer «digne de la confiance que je mets en vous. Con- «servez un respect inviolable pour la religion; «maintenez la foi catholique dans sa pureté ; que iles lois de votre pays vous soient sacrées; n’at- «tentez ni aux droits ni aux priviléges de vos «sujets; et si jamais il vient un temps où vous «désiriez de jouir, comme moi, de la tranquillité «d'une vie privée, puissiez-vous avoir un fils «qui mérite par ses vertus que vous lui résigniez «de sceptre avec autant de satisfaction que j'en «goûte à vous le céder. »

fatigue d'un si grand effort. Pendant qu'il parlait, tout l'auditoire fondait en larmes, les uns d’admiration pour sa grandeur d'âme, lesautres attendris par les vives expressions de son amour pour son fils et pour ses peuples, tous avec un profond regret de perdre un souverain qui avait toujours distingué son pays natal par des marques de bienveillance particulière.

Philippe, qui était encore aux pieds de son père, se releva , et, d’une voix basse et soumise, lui rendit grâce du don qu'il recevait de sa bonté sans exemple ; puis s'adressant à l’assemblée, et lui témoignant du regret de ne pouvoir parler le flamand avec assez de facilité pour exprimer dans une occasion si intéressante tout ce qu'il croyait devoir à ses fidèles sujets des Pays-Bas, il pria qu'on permit à Granvelle, évêque d’Arras, de parler en son nom. Granvelle, dans un assez long discours, vanta le zèle de Philippe pour le bien de ses sujets, la résolution où il était de consacrer tout son temps et ses talens à faire leur bonheur et à imiter l’exemple de son père, en traitant les Flamands avec des égards distingués. Maës, homme de loi fort éloquent, répondit au nom des états par des protestations de fidélité et d’attachement pour leur nouveau souverain.

Alors Marie, reine douairière de Hongrie, résigna la régence dont elle avait été chargée par son frère pendant l’espace de vingt-cinq ans. Le jour suivant, Philippe, en présence des états, fit le serment accoutumé de maintenir les droits et les priviléges de ses sujets; et tous les menbres de l'assemblée , soit en leur propre nom, soit au nom de ceux qu’ils représentaient, lui jurèrent obéissance !.

Quelques semaines après, dans une assemblée aussi solennelle, Charles résigna à son fils les couronnes d'Espagne avec tous les territoires qui en dépendaient , soit dans l'Ancien ou dans le Nouveau-Monde. De tant de vastes possessions il ne se réserva qu’une pension annuelle de cent mille écus pour les charges de sa maison et pour des œuvres de bienfaisance et de charité 2.

1 Godleveus, Relatio abdicationis Car. F. ap. Goldast, Polit, imper., p.377. Strada , de Bello belgico, lib, 1, p. 5.

2 On devait s'attendre à la plus grande exactitude de la

Il avait choisi l'Espagne pour le lieu de sa résidence, se flattant que le bon air et la chaleur du climat calmeraient sa goutte que l'humidité et les rudes hivers des Pays-Bas avaient beaucoup augmentée, Il était d'autant plus impatient de s'embarquer qu’il sentait l'impossibilité de se débarrasser entièrement des affaires tandis qu'il demeurerait à Bruxelles. Mais ses médecins lui représentèrent si fortement le danger qu'il y aurait à se mettre en mer dans la saison la plus froide et la plus orageuse de l'année, qu'il consentit, quoiqu'à regret, à différer son voyage de quelques mois.

Il eut la satisfaction , avant de partir des Pays- Bas , de faire une démarche heureuse pour entamer la paix avec la France. C'est un événement qu’il désirait avec ardeur , non-seulement pour l'intérêt de son fils, mais encore pour avoir la gloire, en quittant le monde, de rendre à l'Europe cette tranquillité dont il l'avait privée presque dès le commencement de son règne.

Quelque temps avant son abdication, le roi de France et Charles avaient nommé des commissaires pour traiter d’un échange de prisonniers. Durant les conférences qui se tinrent à ce sujet dans l’abbaye de Vaucelles, près de Cambray, on imagina par hasard un expédient pour faire cesser les hostilités. Ce fut de proposer une longue trève pendant laquelle, sans entrer dans les prétentions des deux partis, chacun garderait cedont il étaiten possession. Charles , qui voyait

part des historiens sur la date précise d’un événement aussi mémorable et aussi important que l'abdication de l'empereur. Cependant ils diffèrent tous sur ce point d’une manière inconcevable, Tous conviennent que l'acte par lequel Charles transporta ses états des Pays-Bas à son filsest daté de Bruxelles, le 25 d'octobre. Sandoval, quiétait présent à la transaction, prétend que la cérémonie de la résignation se fit le 28 du méme mois ( vol. 11, p. 592). Godleveus, qui a publié un Traité de l'Abdication de Charles-Quint, en fixe la cérémonie publique , ainsi que la date de l’acte de résignation, au 25 d'octobre. Le père Barre, on ne sait sur quel fondement, la met au 24 novembre. { Zist. d’ Allemagne, v. VW, p.976.) Herrera est du même sentiment que Godleveus (tom. 1, p. 155), ainsi que Pallavicini, dont l'autorité est d'un grand poids sur les dates et sur toutes les choses qui demandent une exactitude scrupuleuse. (ZZis£., lib. xvr, p. 168.) Les historiens ne s'accordent pas mieux sur le jour où Charles résigna la couronne d'Espagne > son fils. Selon M. de Thou, ce fut un mois après au’il lui eut cédé ses états des Pays-Bas, c’est-à-dire vers le 25 de novembre. (Thuan., lib. xvi, p. 571.) Sandoval dit que ce fut le 16 de janvier 1556 (Sand. v. 11, p. 603). Antoine de Vera pense comme

ses royaumes épuisés par les guerres ruineuses et continuelles où son ambition l'avait engagé, sentant d’ailleurs que son fils avait besoin de la paix pour s’affermir sur le trône, se déclara for. tement en faveur de la trève, malgré les condi. tions désavantageuses et humiliantes qu'on lui faisait subir. On avait tant de respect pour sa sagesse et son expérience, que Philippe, quelque répugnance qu'il eût à acheter la paix au prix de si grandes concessions, n’osa point combattre l'avis de son père.

Henri n'aurait pas hésité un instant à accepter une trève dont les conditions le laissaient tranquille possesseur de la grande partie du duché de Savoie, et des conquêtes importantes qu'il avait faites sur les frontières de l'Allemagne: mais il n’était pas facile de concilier ce nouvel engagement avec l'alliance du pape. Cependant le connétable de Montmorency profitant de l'absence du cardinal de Lorraine, qui avait engagé Henri à se lier avec les Caraffes, repré. senta si bien au roi le danger de sacrifier les vrais intérêts du royaume à d’imprudentes promesses, que ce prince, naturellement irrésolu et prêt à suivre le dernier avis qu'on lui donnait, autorisa ses ambassadeurs à signer une trève avec l'empereur pour cinq ans, aux conditions qui avaient été proposées. Mais afin d’adoucir le pape, qu’il prévoyait devoir être offensé de cette démarche, il insista pour qu'il fàt compris expressément dans la trève !.

lui. (Epitome della vida del Car. V, p.110.) Pallavicini en fixe l’époque au 17 (Pal. lib. 39, p.168), de même que Herrera. (Vida del B. Felip.,tom.1, p. 233.) Mais Ferreras l’assigne au premier janvier. (Æist. génér.., tom.IX, p. 371.) M. de Beaucaire suppose que la résignation de à couronne d’Espagne se fit peu de jours après celle des domaines des Pays-Bas. (Com. de Reb. galt., p. 879) Quoique Charles eût cédé tous ses états à son fils quel. ques semaines avant la conclusion de la trève de Vaucelles, il est à remarquer que toutes les stipulations de ce traité sont faites au nom de l’empereur , et que Philippe y est seulement désigné roi d'Angleterre et de Napies. Il est certain que ce prince ne fut proclamé roi de Castille, etc., à Valladolid, que le 24 de mars (Sand., vol. il, p. 606), et qu'avant celte cérémonie, il ne voulut pas sans doute prendre le titre de roi de toutes les Espagnes, ni faire aucun acte C’autorité royale. Dans une pièce jointe au traité de la irève et datée du 19 avril, il prend le titre de roi de Castille, etc., dans le style accoutumé des nwnarques espagnols de ce siècle (Corps dipl. , tom. NW. Append., p. 85.) ù

1 Mém. de Ribier, vol. XXII, p. 626, Corps dipl. tom. IV. 4pp., p. 82.

tait à I

Il com] croire ( alliance de la s pas d'ir désavan ces nég boutirai politiqu n'est pa en fut b de surpr trève. Le le courr sujet de Rome; 1 d'apaiser tirent le été très temps re de son d d'Albe, relle n’ét geances Naples, 4 sur les fi cette sit France, rances do ter expos aucun all contre un Paul e

1 Un des vant à la cd passé à Brul comme un reçut l’amb d'une tapiss la manière voyage en détention à

Tres ruineuses l'avait engagé, it besoin de la , se déclara foralgré les condiantes qu'on lui respect pour sa hilippe, quelque la paix au prix point combattre

astant à accepter » laissaient tranpartie du duché mportantes qu’il de l'Allemagne; ncilier ce nouvel pape. Cependant cy profitant de ne, qui avait en- Caraffes, reprér de sacrifier les imprudentes prolement irrésolu et qu'on lui donnait, signer une trève $, aux conditions is afin d’adoucir le être offensé de r qu'il füt compris

V, p.110.) Pallavicini p-168), de même que 1, p. 233.) Mais Fer- Hist. génér., tom. x, e la résignation del jours après celle des Reb. gall., p. 879) états à son fils quel.

de la trève de Vaus les stipulations de te reur, et que Philippe eterre et de Napies. Îl proclamé roi de Cate mars (Sand., vol. il, e, il ne voulut pas Sant butes les Espagnes, ni Dans une pièce jointe avril, il prend le titre le accoutumé des Imorps dipl. , tom. IV.

, p.626. Corps dipl,

Le comte de Lalain se rendit à Blois et l’amiral de Coligny à Bruxelles, tous deux pour être présens, chacun de leur côté, à la ratification du traité, ainsi qu’au serment par lequel d’une part le roi de France, et de l’autre l'empereur et son fils s'engageaient à l’observer!. Lorsqu'on reçut à Rome le premier avis des conférences de Vaucelles et des conditions qu'on mettait à la trève, le pape n’en prit aucune alarme. Il comptait trop sur l'honneur de Henri pour le croire capable de violer les engagemens d’une alliance récente. D'ailleurs l'opinion qu’il avait de la sagesse de l’empereur ne lui permettait pas d'imaginer qu’il pôt consentir à un traité si désavantageux, et il ne balança pas à dire que ces négociations , ainsi que les précédentes, n’aboutiraient à rien. Mais c'est mal raisonner en politique que de conclure de ce qu'un événement n'est pas probable, qu’il n’arrivera pas. Le pape en fut bientôt convaincu ; il apprit, avec autant de surprise que de chagrin , la conclusion de la trève. Le cardinal de Lorraine n’osant soutenir le courroux d’un pontife altier qui avait tant de sujet de se plaindre, partit brusquement de Rome; laissant au cardinal de Tournon le soin d’apaiser cêt orage. Le pape et ses neveux sentirent le péril qui les menaçait. Philippe avait été très irrité d’une ligue qui n'avait pu longtemps rester secrète ; ils craignaient la violence de son caractère implacable. D'ailleurs le duc d'Albe, qui par ses talens et sa sévérité naturelle n'était que trop propre à exercer les vengeances de ce prince, avait marché de Milan à Naples, et commençait à assembler des troupes sur les frontières de l’état ecclésiastique. Dans cette situation, s’ils étaient abandonnés de la France, il fallait renoncer à toutes les espérances dont leur ambition s'était flattée , et rester exposé au ressentiment de Philippe, sans aucun allié qui vint à l'appui de leur faiblesse contre un ennemi si puissant.

Paul eut recours en cette occasion aux arti-

1 Un des gens de la suite de l’amiral de Coligny, écrivant à la cour de France des détails sur ce qui s'était passé À Bruxelles, tandis que ce ministre y résidait, cita comme un exemple de l’impolitesse de Philippe, qu’il reçut l'ambassadeur de Henri dans un appartement tendu d'une tapisserie où étaient représentés la bataille de Pavie, la manière dont François 1°" fut fait prisonnier, son voyage en Espagne, avec toutes les circonstances de sa détention à Madrid. Mém. de Ribier, vol. I, p. 631.

fices et aux intrigues que la cour de Rome sait toujours employer pour parer les coups dont elle est menacée. Il affecta d'approuver hautement la trève, comme un heureux moyen d’arrêter l'effusion du sang chrétien. IL témoigna désirer arde:1ment qu’elle fût l’avant-coureur d'une paix solide. Il exhorta les princes rivaux à profiter de ce moment de relâche pour y travailler, et s'offrit, comme leur père commun, pour servir de médiateur entre eux. Sous ce prétexte, il envoya en qualité de nonces le cardinal Rebiba, à la cour de Bruxelles, et son neveu, le cardinal Caraffe , à celle de Paris. Les instructions publiques de ces deux ministres furent les mêmes. Il leur était enjoint de faire les plus grands efforts pour engager les deux monarques à accepter la médiation du pape, afin qu'après le rétablissement de la paix on pôt prendre les mesures pour la convocation d’un concile général. Mais ces démonstrations d'un zèle qui convenaient si bien à l'importance du sujet des négociations, et au caractère sacré d'un chef de l'église, ne servait qu’à cacher des intentions bien éloignées du but qui servait de prétexte à toutes ces démarches. Caraffe était chargé secrètement d'engager le roi de France à renoncer à la trève, et de ne point épargner les prières , les promesses , les présens mêmes pour faire renouveler le traité avec le saint siége. C'était là le véritable objet de l'ambassade, tandis que les apparences servaient à amuser le vulgaire et à tromper Charles et son fils. Le cardinal partit aussitôt pour Paris, où il arriva promptement. Mais Rebiba fut retenu à Rome pendant quelques semaines. Lorsqu'on jugea convenable qu'il se mît en route, il reçut des ordres secrets de trainer son voyage en longueur, afin qu'on eût le temps d'apprendre, avant son arrivée à Bruxelles, l'issue de la négociation de Caraffe, et de lui dicter le ton qu'il devait prendre en traitant avec l’empereur et Philippe !.

Caraffe fit son entrée dans Paris avec une pompe extraordinaire. Après avoir présenté une épée bénite à Henri, comme au défenseur dont le pape espérait de l'assistance dans un pressant besoin, il le conjura de ne point rejeter les prières d'un père dans la détresse, et d'employer

1 Pallav., lib. x, p. 169. Burnet, Aist. of Reform., vol. XI, 4pp., p. 309.

ce fer à le secourir, C'était, disait-il, non-seulement un devoir de piété filiale, mais un acte de justice. Si le pape, par trop de confiance dans

replis des négociations, ne manqua pas d'expédiens pour écarter ou surmonter tous les obstacles. Il montra les pouvoirs qu'il tenait du pape

son traité avec le roi, s'était engagé dans des | pour absoudre le roi de son serment, et quant

démarches qui avaient attiré le ressentiment du roi d'Espagne sur Paul et et ses neveux, ils suppliaient Henri de ne passouffrir qu'ils devinssent les victimes de leur attachement à la France. A cet art d'intéresser la générosité du roi, Caraffe ajouta des motifs capables de réveiller sou ambition. Il l’assura que le moment était favorable pour attaquer avec succès les états de Philippe en Italie ; que l'élite des vieilles bandes espagnoles avaient péri dans les guerres de Hongrie, d’Allemagne et des Pays-Bas ; que l'empereur ne laissait à son fils que des royaumes épuisés d’hommes et d'argent ; enfin qu'il ne s'agissait plus de combattre l'habileté, l'expérience et la fortune de Cliarles, mais un prince à peine assis sur son trône , peu fait à commander, odieux à la plupart des états d'Italie et redouté de tous. Il ajouta que le pape avait déjà assez levé de soldats pour mettre en campagne une armée considérable, qui, avec un nombre suffisant de troupes françaises, pouvait, par un effort vigoureux, chasser les Espagnols de Naples, et livrer au roi de France une conquête qui avait fait pendant un demi-siècle l'ambition de ses prédécesseurs , et le principal objet de toutes leurs expéditions en Italie.

Chaque mot de Caraffe faisait une profonde impression sur Henri. Il sentait que le pape avait droit de lui reprocher d’avoir manqué aux lois de l'honneur et de la générosité, en renonçant à son alliance pour consentir à la trève de Vaucelles; d'un autre côté, il désirait ardemment de signaler son règne par une conquête que trois rois de France avaient tentée sans succès, et qui formerait un établissement considérable pour l'un de ses fils. Cependant il demeura quelque temps indécis : le souvenir du serment qui venait de confirmer son dernier traité , la vieillesse du pontife dont la mort pouvait occasioner une révolution totale dans le système politique de l'Italie, enfin les nouvelles instances de Montmorency, qui ne cessait de représenter les dangers de la ligue et les avantages de la trève, toutes ces considérations balancèrent puissamment les propositions de Caraffe. Mais celui-ci, qui connaissait tous les détours et les

au danger qui pouvait résulter de la mort de son oncle, ce pontife y pourvoirait lui-même par une nomination de cardinaux qui rendrait Henri maître absolu des suffrages dans la prochaine élection, et le mettrait en état de faire un pape entièrement dévoué à ses intérêts.

Mais pour mieux balancer le poids et l'influence des conseils du connétable , Caraffe employa l’activité du duc de Guise , l'éloquence du cardinal de Lorraine et l'adresse de la reine, appuyée des artifices plus jpuissans encore de Diane de Poitiers, qui malheureusement pour la France se trouva d'accord avec Catherine sur ce point, quoiqu'en toute autre occasion elle affectât de la traverser et de la mortifier. Les sollicitations de cette cabale n’eurent pas de peine à déterminer le roi pour un parti vers lequel il penchait déjà fortement. On n’eut plus d'égards aux remontrances de Montmorency, et le nonce , après avoir délié Henri de son serment, lui fit signer avec le pape une nouvelle ligue qui ralluma la guerre en Italie et dans les Pays-Bas.

Dès que Paul fut informé que son neveu avait les plus grandes espérances de reussir dans sa négociation , il dépêcha un exprès à Rebiba sur la route de Bruxelles, pour lui ordonner de retourner à Rome. Comme il n'avait plus besoin de garder le ton de modération qu'il avait affecté sous le caractère de médiateur, ni de contenir plus long-temps son indignation contre Philippe, il leva hardiment le masque et se porta à des violences qui rendaient la rupture inévitable. Il fit arrêter et emprisonner l'envoyé d’Espagne. Il excommunia les Colonnes, et après avoir dépossédé Marc-Antoine , chef de cette famille, du duché de Paliana, il donna cette digaité et les territoires qui en dépendaient à son neveu le conte de Montorio. Ensuite il fit intenter contre Philippe une accusation juridique en plein consistoire. Elle portait que ce prince , au mépris de la fidélité et de la soumission qu'il avait jurées au saint siége, dont il tenait l’investiture du royaume de Naples, non content d'avoir accordé une retraite dans ses états aux

Colonnes excommuniés et déclarés rebelles,

leur fo:

rait à moine dela p son sei la conf consist sance « entend que sa propor!

l'orgue si gran et com une sen clara qu les forn import:

Mais l'impét trait un une pro par les chargés qu'accre mélanco tition. E l'idée d’ caire du lui dont quelque de cette dinaire , tances, prières

vol, À, p.

[1566] ja pas d'expéous les obstalenait du pape nent, et quant de la mort de rait lui-même x qui rendrait »s dans la proétat de faire un ntérèts.

> poids et l'ine, Caraffe eml'éloquence du se de la reine, sans encore de eusement pour c Catherine sur

e occasion elle a mortifier. Les ‘eurent pas de r un parti vers t, On n'eut plus

Montmorency , enri de son serpe une nouvelle talie et dans les

> son neveu avait reussir dans sa rès à Rebiba sur ordonner de revait plus besoin n qu'il avait afteur, ni de condignation contre asque et se porta a rupture inévier l'envoyé d'Esonnes, et après chef de cette fadonna cette diépendaient à son suite il fit intenion juridique en ue ce prince , au soumission qu'il nt iltenait l’inles, non content ans ses états aux clarés rebelles,

leur fouruissait encore des armes , et se préparait à se joindre à eux pour envahir le patrimoine de saint Pierre; qu'une pareille conduite de la part d'un vassal était une trahison envers son seigneur suzerain , et devait être punie par la confiscation du fief. Sur ces griefs , l'avocat du consistoire requit le pape de prendre connaissance de cette affaire, et de fixer un jour pour entendre les preuves de l'accusation, espérant que sa sainteté ferait justice par une sentence propurtionnée à l’énormité du délit. Paul, dont l'orgueil triomphait de citer à son tribunal un si grand roi, souscrivit à la requête de l'avocat , et comme s’il lui eût été aussi facile d'exécuter une sentence pénale que de la prononcer, il déclara qu’il se concerterait avec les cardinaux sur les formes réquises pour une procédure de cette importancet.

Mais, tandis que le pape se laissait aller à l'impétuosité de sonressentiment , Philippe montrait une modération extraordinaire. Élevé dans une profonde vénération pour le saint siége, par les ecclésiastiques espagnols qui avaient été chargés de son éducation, l'âge n'avait fait qu'accroître ce sentiment dans un esprit sombre, mélancolique et porté naturellement à la superstition. Dès qu'il prévit sa rupture avec le pape, l'idée d'avoir à prendre les armes contre le vicaire du Christ et le père commun des fidèles lui donna de si violens scrupules, qu’il consulta quelques casuistes d'Espagne sur la légitimité de cette guerre. Ceux-ci, avec leur dextérité ordinaire, accommodant leur réponse aux circons-

tances, l'assurèrent qu'après avoir employé les

prières et les remontrances pour ramener le pontife à la raison il était autorisé par les lois divines et humaines non-seulement à se défendre si on l’attaquait, mais encore à commencer les hostilités, s’il n’y avait que ce moyen d'empécher les effets de la violence et de l'injustice de Paul. Mais Philippe, malgré cette décision , balançait toujours, regardant comme le plus grand des malheurs de commencer son règne par une guerre contre un pontife dont il faisait profession de révérer la dignité et le sacré caractère ?. Cependant le duc d’Albe, qui, par complaisance pour les scrupules de son maître, avait 1 Pallav., lib. xus, p.171.

* Ferrer, Æist. d'Espagne, vol. 1X, p. 273. Herrera, vol. 1, p. 308.

jusqu'alors négocié au lieu d'agir, s'apercevant enfin que Paul était inexorable, et que toutes les négociations et même les délais ne le rendaient que plus arrogant, commença les hostilités en entrant dans les terres de l’état ecclésiastique. Son armée ne montait pas à plus de douze mille hommes; mais elle était composée de vieux soldats et commandée par ces barons romains que Paul avait bannis. La valeur des troupes, jointe à l’animosité des chefs qui combattaient pour leur propre querelle et pour recouvrer leurs biens, suppléa au nombre. Aucun secours cependant n'arrivait encore de France. Quelques places se rendirent par la lâcheté des garnisons, dont les soldats manquaient de discipline et les officiers d'expérience; les habitans des autres villes en ouvtirent d'eux-mêmes les portes à leurs anciens maîtres. Ainsi d’Albe fut bientôt maître de la campagne de Rome ; mais craignant qu'on ne l'accusât d’impiété pour s'être saisi du patrimoine de l'église, il prit possession de toutes les places au nom du sacré collége, déclarant qu'il s'en dessaisirait aussitôt qu’on aurait procédé à l'élection d’un pontife.

Les progrès rapides des Espagnols , dont les troupes légères faisaient des incursions jusqu'aux portes de Rome, remplirent cette ville de consternation. Paul, tout intraitable qu'il était, fut obligé de céder aux craintes et aux importunités des cardinaux, et envoya des députés au duc d’Albe pour lui proposer une suspension d’armes. Mais en se déterminant à cette démarche ilespérait en retirer un double avantage, qui

‘ était d’apaiser d’abord la frayeur des habitans

de Rome, et de gagner du temps pour l’arrivée des secours qu'il attendait de la France. D'Albe ne se refusa point aux ouvertures du pontife. Il savait que Philippe désirait de voir terminer une guerre qu'il n'avait entreprise qu'avec répugnance; d'ailleurs son armée, affaiblie de toutes les gurnisons qu'il avait jetées dans les villes, le mettait hors d’état de tenir la campagne sans de nouvelles levées. On conclut donc une trève, d’abord pour dix jours , ensuite pour quarante; et, dans cet espace de temps, on fit des deux côtés différentes propositions de paix et des négociations continuelles , mais qui n'étaient pas sincères de la part du pape. Le retour du cardinal neveu à Rome, une somme d'argent

considérable qu'envoyait Henri, l’arrivée d'un corps de troupes françaises, et l'espérance d'être renforcé par d’autres troupes qui étaient en

Page 1