‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme] (volume 3)Chapitre 95 sur 132 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

renouvela ses sollicitations avec importunité, et

pendant tout l'été il mit en œuvre toutes sortes

de moyens et fit valoir les raisons qu'il crut les

plus puissantes pour déterminer ce prince à

céder la couronne impériale à Philippe, en re-

cevant comme un équivalent l'investiture de quelques provinces, soit en Italie, soit dans les Pays-Bas ?. Mais Ferdinand , qui s'était montré inflexible à cet égard lors même que les sollicitations de l’empereur étaient appuyées de toute l'autorité qui accompagne le pouvoir suprème, reçut avec plus d’indifférence et plus de dédain encore les ouvertures que lui faisait son frère après l'abaissement volontaire où il s'était réduit, Charles rougit lui-même d’avoir eu la faiblesse d'imaginer qu’il pourrait dans son état actuel obtenir ce qu'il avait auparavant tenté sans succès, et il renonça enfin à ce chimérique projet. Il'abandonna alors le gouvernement de l'empire; et, ayant transféré à son frère le roi des Romains tous ses droits de souveraineté sur le corps germanique, il signa pour cet effet un acte revêtu de toutes les formalités qu’exigeait une démarche de cette nature. Il remit cet acte entre les mains de Guillaume, prince d'Orange, et l'autorisa à le présenter au collége des électeurs 3.

Il ne restait plus d’obstacle qui pat différer le départ de Charles pour la retraite après laquelle il soupirait. Tout ayant été préparé pour son départ depuis quelque temps, il partit pour Zuitbourg en Séeland , où le rendez-vous de la flotte était indiqué. Il dirigea sa route par Gand : il s'y arrêta quelques jours, et s’y livra à cette douce et tendre mélancolie que tous les hommes dans le déclin de l'âge éprouvent en se retrouvant

1 Pallav., lib. xnr, p. 177. Thuan., lib. xvur, p. 588. Mém. de Ribier, vol. I, p. 664.

2 Ambassades de Noailles, tom. V, p. 356.

5 Goldast., Constitut. imp,, pars s, p. 176.

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dans le lieu de leur naissance et en revoyant les lieux et les objet: :: :! les ont intéressés dans leur jeunesse. Charles poursuivit enfin sa route, accompagné de Philippe son fils, de l’archiduchesse sa fille, de ses sœurs les reines douairières de France et de Hongrie, de Maximilien son gendre, et d’une suite nombreuse de gentilshommes flamands, Avant de s'embarquer il prit congé de tout son cortége en donnant à chacun des témoignages de son estime ct de son affection. Il embrassa Philippe avec toute la tendresse d'un père qui voit son fils pour la dernière fois, et mit à la voile le 17 septembre, sous le convoi d'une flotte considérable, composée de vaisseaux espagnols, flamands et anglais. La reine d’Angleterre l'invita d’une manière pressante à débarquer en quelque endroit de ses états pour s’y rafraichir et lui donner la consolation de le voir encore une fois. Charles se refusa constamment à cette invitation : « Ce ne peut pas être, dit-il, «une chose agréable pour une reine que de re- «cevoir la visite d’un beau-père qui n'est plus «qu'un gentilhomme privé. »

Son voyage fut heureux et agréable, et il arriva à Laredo, dans la Biscaye, le onzième jour après son départ de Séeland. Dès qu'il fut débarqué il se prosterna sur le rivage; et, se regardant déjà comme mort au monde, il baisa la terre en disant : « O mère commune des hom- «mes! je suis sorti nu du sein de ma mère, je «rentrerai nu dans ton sein. » De Laredo il se rendit à Burgos, tantôt porté par ses gens dans une chaise, tantôt traîné dans une litière, n’avançant qu'avec beaucoup de peine et souffrant à chaque pas des douleurs aiguës. Quelques nobles espagnols se rendirent à Burgos pour lui faire leur cour, mais ils étaient en petit nombre et leurs hommages furent très froids. Charles sen aperçut et sentit pour la première fois qu'il n'était plus souverain. Accoutumé dès sa tendre jeunesse à ces égards soumis et respectueux qu'inspire le pouvoir suprème, il les avait reçus avec la crédulité commune à tous les princes, et ileut la faiblesse d’être fâché de voir qu'on n'avait rendu qu’à son rang les respects qu’il croyait dus à ses qualités personnelles. Il apprit cependant bientôt à pardonner à l’inconstance de ses sujets et à mépriser leur négligence ; mais il fut profondément affligé de l’ingratitude de son fils, qui, oubliant déjà tout ce qu’il devait aux bontés

de son père, l'obligea de rester quelques semaines à Burgos avant de lui faire payer la première moitié d’une pension modique qui était tout ce que Charles s'était réservé de tant de royaumes. Comme il ne pouvait sans cette somme donner à ses domestiques les récompenses que méritaient leurs services ou que sa générosité leur avait destinées, il ne put s'empêcher de laisser éclater sa surprise et son mécontentement !. Cependant la pension fut enfin payée. Charles renvoya un grand nombre de ses domestiques dont le service lui devenait inutile ou à charge dans sa retraite’, et il passa à Valladolid. Il y fit des adieux fort tendres à ses deux sœurs; mais il ne voulut pas leur permettre de l'accompagner dans sa solitude, quoiqu'’elles l'en conjurassent les larmes aux yeux, pour avoir, disaient-elles, la consolation de contribucr par leurs soins à soulager ses souffrances, et surtout pour en recueillir de l'instruction et de l'avantage en se joignant à lui dans les pieux exercices auxquels il voulait consacrer les derniers jours de sa vie.

De Valladolià il continua sa route vers Plaisance, dans l’Estramadure. Il avait autrefois passé par cette ville, et avait été singulièrement frappé de la belle situation du monastère de Saint-Just, appartenant à l’ordre de Saint-Jérôme, et éloigné de quelques milles de Plaisance ; il avait même dit à quelques personnes de sa suite que c'était un lieu où Dioclétien aurait aimé à se retirer. Cette impression s'était gravée si profondément dans son esprit qu’il se décida à faire du couvent de Saint-Just le séjour de sa retraite. Ce couvent était situé dans une vallée peu étendue, arrosée par un petit ruisseau , environnée de collines et ombragée d'arbres élevés et touffus. Par la nature du sol et par la température du climat, c'était la situation la plus salubre et la plus délicieuse de l'Espagne. Quelques mois avant son abdication , Charles y avait envoyé un architecte pour faire construire dans le monastère un appartement à son usage. Mais il ordonna expressément que le goût de ce nouveau bâtiment fût proportionné, non à son ancienne dignité, mais à l'état simple qu'il voulait embrasser. On construisit seulement six chambres, dont quatre avaient la forme de cellules de moines, avec des murailles toutes nues; les

: Strada, de Bell. Belg., lib. 5, p. 9.

deux autres, de vingt pieds en carré, étaient tapissées d’une étoffe brune et meublées de la manière la plus shnple. Ce petit bâtiment, de niveau avec le terrain, avait d’un côté une porte sur un jardin dont Charles avait donné lui-même le plan ; et il l'avait rempli de différentes plantes qu'il voulait cultiver de ses propres mains. Il y avait de l’autre côté une communication avec la chapelle du couvent , dans laquelle il se proposait de faire ses exercices de dévotion. Ce fut dans cette humble retraite, à peine suffisante pour loger commodément un simple particulier , que Charles entra accompagné seulement de douze domestiques. Il y ensevelit, dans la solitude et le silence, sa grandeur, son ambition et tous ces vastes projets qui, pendant la moitié d’un siècle, avaient rempli l’Europe d'alarmes et d'agitation, et inspiré successivement à tous les peuples la terreur de ses armes et la crainte de se voir subjugués par sa puissance !.

Le contraste qui se trouvait alors entre Ja conduite de Charles et celle du pape était si sensible qu'il frappa même les observateurs les moins attentifs et les moins pénétrans. La comparaison in'était pas à l'avantage de Paul. On voyait dans le premier un conquérant né pour régner, accoutumé dès long-temps à l'éclat qui accompagne le pouvoir suprème, et aux grands intérêts où l'avaient engagé une ambition active , quitter tout à coup le monde dans un âge encore peu avancé, lorsqu'il pouvait passer dans la tranquillité le reste de sa vie, et se réserver quelque intervalle pour reposer son âme et recueillir ses penses. Paul, au contraire, était un prêtre qui avait consumé les premières années de sa vie dans l'ombre des écoles et l'étude des sciences spéculatives, qui avait paru si détaché du monde, qu'il s'était volontairement enfermé pendant plusieurs années dans la solitude d’un cloître, et qui n'avait été élevé au trône papal que dans une vieillesse très avancée; ce même homme avait laissé tout à coup éclater toute l'impétuosité de l'ambition du jeune âge, et s'était engagé dans de vastes entreprises pour l'exécution desquelles il ne craignait pas de répaudre les semences de la discorde et d'allumer les feux de la guerre dans toutes les parties de l'Europe. Mais Paul, sans égard pour l'opinion

* Sandov., lib. x1, p. 607. Zuinga, p. 110. Thuanus, lib. xvur, p. 61,

(1667) et les censures des hommes, suivait ses desseins avec l’arrogance naturelle de son caractère; et quoique cette arrogance parût déjà avoir passé toutes les bornes de la raison , elle se porta en. core à un plus haut degré de violence à l'arrivée du duc de Guise en Italie,

Ce que les deux princes de Lorraine avaient prévu et désiraient était arrivé. Le duc de Guise eut le commandement de l'armée destinée à marcher au secours du pape, et composée de vingt mille hommes des meilleures troupes qu'il y eût au service de France. Il jouissait de la plus grande réputation militaire, et l'on ne doutait pas qu’il ne déployât d'une manière éclatante son courage et ses talens dans une guerre où il venait de précipiter son pays, presque dans le seul dessein de s'oùvrir une carrière à la gloire; cette opinion était si générale que plusieurs gentilshommes français, qui n'avaient point de commandement à l'armée, voulurent y servir comme volontaires. Cette armée passa les Alpes dans une saison rigoureuse, et s'avança vers Rome sans trouver aucune opposition de la part des Espagnols, qui, n'étant pas assez forts pour se porter en différens endroits à la fois, avaient réuni toutes leurs forces en un seul corps sur la frontière de Naples, pour défendre ce royaume,

Enhardi par l'approche des Français, le pape laissa éclater tout son ressentiment contre Phi. lippe, ressentiment que, malgré la violence naturelle de son caractère, des raisons de prudence l'avaient obligé jusqu'alors de contenir dans de certaines bornes. Il nomma des commis. saires autorisés à prononcer un jugement dans la procédure que l'avocat du consistoiré avait commencée contre Philippe, afin de prouver qu'il avait perdu son droit à la couronne de N+ ples, en prenant les armes contre le saint siége dont il était vassal. Il rappela tous les nonces qui résidaient dans les cours de Charles-Quint, de Philippe et de leurs alliés ; cette démarche avait principalement pour but de mortifier le cardinal La Pôle, légat du pape à la cour d'Angleterre. Ni le mérite distingué de ce prélat, qui avait travaillé avec tant de succès à réconcilier l'Angleterre avec l'église romaine, ni l'espérance des services qu'il pouvait rendre encore dans li suite, ne purent le garantir du ressentiment qu'il avait encouru par son zèle et ses efforts pour rétablir la paix entre la maison d'Autriche

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et la France. Paul fit faire une addition aux anathèmes qu'on lançait tous.les ans à Rome, le jeudi saint, contre les ennemis de l'église, et dénonça la censure d'excommunication contre les auteurs de la dernière invasion qui s'était fite des territoires ecclésiastiques, quel que fût leur rang ou leur dignité; en conséquence, les prières ordinaires pour l'empereur furent supprimées le lendemain dans la chapelle papale!.

Mais tandis que le pape se livrait aux éclats bizarres et puériles de sa fureur, il négligeait, ou peut-être il n’était pas en état de prendre des mesures ‘apables de rendre son ressentiment vraiment redoutable et funeste à ses ennemis. Le duc de Guise , en entrant dans Rome, y fut reçu avec une pompe triomphale qui aurait été plus convenable au retour d'une campagne glorieuse qu'au commencement d'une guerre dont le succès était très douteux ; mais ce général ne trouva pas les préparatifs de guerre aussi avancés qu'il s'y attendait , et que Caraffe le lui sait promis. Les troupes du pape étaient de beaucoup inférieures en nombre à cé qui avait té stipulé ; il n'y avait ni des magasins suffisans pour assurer leur subsistance, ni l'argent néces- «ire pour payer leur solde. Les Vénitiens, fidèles à la prudente maxime que les malheurs de leur république leur avaient fait anciennement adopter, et qui était devenue un principe fondamental de leur politique, déclarèrent la résolution où ils étaient d'observer une exacte neutralité, et de ne prendre aucune part dans les querelles de princes si supérieurs à eux en puisance. Les autres états d'Italie ou formèrent une ligue ouverte en faveur de Philippe , ou s’intérssèrent secrètement aux succès de ses armes contre un pontife dont l'ambition inconsidérée avait fait encore une fois de l'Italie le siége de la guerre.

Le duc de Guise, voyant que tout le poids de k guerre allait tomber sur lui, sentit, mais trop lard, combien il était imprudent de compter, pour l'exécution des grandes entreprises , sur le «cours de faibles alliés. Excité cependant par l'activité impatiente du pape et par le désir d'exécuter ce qu'il avait entrepris avec tant de confiance, il marcha vers Naples et commença «s opérations. Mais le succès de ses premières

! Pallav., lib. xut, p. 180. Mém. de Ribier, vol. XI, p.78.

démarches ne répondit ni à sa réputation, ni aux espérances qu'on avait conçues de ses talens, ni à ce qu’il avait promis lui-même, Il ouvrit la campagne par le siége de Civitella , ville assez considérable sur la frontière du royaume de Naples. La vigueur opiniâtre avec laquelle le gouverneur espagnol défendit la place, fit échouer tous les efforts impétueux de la valeur française, et obligea le duc de Guise à se retirer honteusement après un siége de trois semaines. I chercha à effacer cette tache en s’avançant hardiment vers le camp du duc d'Albe, à qui il offrit la bataille; mais ce prudent général sentant combien il est avantageux de rester sur la défensive contre un ennemi qui tente une invasion, évita le combat , et se tint dans ses retranchemens; il suivit ce plan avec la constance d'un Castillan , et éluda avec beaucoup d'adresse tous les stratagèmes que Guise mit en œuvre pour l'engager dans une action générale !, Cependant la maladie détruisait l'armée française ; il s'était élevé de violentes querelles entre le général et l'officier qui commandait les troupes romaines ; les Espagnols renouvelèrent leurs incursions dans l’état ecclésiastique; le pape voyant qu'au lieu des conquêtes et des triomphes auxquels il s'était attendu , il ne pouvait pas mème mettre ses propres territoires à l'abri des déprédations de l'ennemi, commença à se plaindre et à parler de paix. Le duc de Guise, au désespoir de jouer un rôle si peu glorieux, non-seulement sollicita la cour ou de renforcer son armée ou de le rappeler , il requit encore le pape de remplir ses engagemens ; il pressa le cardinal Caraffe, tantôt en l’accablant de reproches, tantôt en le menaçant, d'accomplir ces magnifiques promesses sur la foi desquelles il avait eu l’impudence d'engager le roi son maître à rompre la trève de Vaucelles et à se liguer avec le pape ?.

Tandis que les affaires de Henri en Italie prenaient une si mauvaise tournure , il arriva dans les Pays-Bas un événement inattendu qui rappella le duc de Guise d’un poste ou il n'avait point de gloire à acquérir, pour l’élever à la place la plus importante et la plus honorable dont un sujet pôt être revêtu. Dès que les Fran-

1 Herrera, Vida de Felipe, p. 181.

2 Thuanus, lib. xxviut, p. 614. Pallav., hb. xim, p 181. Burnet, lib. xt. 4pp., p 317.

A72 çais eurent fait connaître l'intention où ils

étaient de rompre la trève de Vaucelles, non-

seulement en faisant passer une armée en Italie,

mais encore en essayant de surprendre quel-

ques-unes des villes frontières de la Flandre,

Philippe, quoique disposé à éviter une rupture,

se détermina à poursuivre la guerre avec vi-

gueur, et à faire connaître à ses ennemis que

Charles son père ne s'était pas trompé en le

jugeant digne de prendre les rênes du gouver-

nement. Îl savait que Henri avait fait de grandes

dépenses pour mettre sur pied l'armée du duc

de Guise, et que toutes les ressources de ses

finances seraient à peine suffisantes pour four-

nir aux frais énormes et continuels d'une guerre éloignée ; il prévit en conséquence que toutes les opérations des Français dans les Pays-Bas seraient nécessairement faibles, et ne seraient regardées que comme subordonnées à celles d'Italie. I prit donc la sage résolution de porter ses principaux efforts vers la partie où les Français étant plus faibles, pourraient être attaqués avec plus d'avantage. Dans ce dessein il assembla dans les Pays-Bas une armée d'environ soixante mille hommes ; les Flamands se prètèrent en cette occasion à ses vues avec ce zèle actif et empressé que témoignent ordinairement les peuples pour exécuter les volontés d'un nouveau souverain. Mais Philippe, qui, mème dans sa jeunesse, montrait déjà beaucoup de prévoyance et de sagacité, ne se reposa pas uniquement pour le succès de son plan sur la force de cette armée formidable,

Il était occupé depuis quelque temps des moyens d'engager les Anglais à embrasser sa querelle; quoique ce royaume eût un intérèt manifeste à observer une exacte neutralité; quoique la nation elle-même sentit tous les avantages qu’elle pou:‘it retirer de cette neutralité; quoique Philipye connût combien son nom était odieux aux Anglais, et combien ils auraient de répugnance à concourir avec lui à l’exécution de quelque entreprise que ce fût, il ne désespéra cependant pas de son projet. Il comptait sur la tendre affection que la reine avait pour lui, et que la froideur et la négligence de ses procédés n'avait p'! atfiiblir ; il était sûr de la confiance aveugle que cette nrincesse aurait en ses opinions, et de l'-mpressement qu’elle montrerait à le satisfaire ec tout ‘sn de .\ettre en xécu-

tion ces moyens avee plus de facilité et de succès, il partit pour l'Angleterre.

La reine, qui, pendant l'absence de son mari, n'avait fait que languir dans l'abattement, reprit courage en le voyant revenir, et sans consulter ni l'intérêt ni le goût de ses peuples, elle entra avec chaleur dans tous les projets qu'il lui proposa, En vain son conseil privé lui fit des repré.

‘sentations sur l'imprudence et même le danger

qu'il y aurait à engager la nation dans une nou. velle guerre; en vain on lui rappela les traités solennels qui unissaient l'Angleterre et la France, et qu'aucun prétexte d'hostilités ne permettait de violer; Marie, séduite par les caresses de Philippe, ou intimidée peut-être par les menaces que son ascendant sur elle lui permettait d'em. ployer quelquefois, ferma l'oreille à tout ce qu'on put opposer à sa résolution, et persista avec la plus grande chaleur à déclarer sur-le. champ la guerre à la France. Quoique Philippe

eût employé beaucoup d'adresse, et Marie tout: |

son autorité pour gagner le conseil privé ou pour lui en imposer, le conseil résista longtemps; et s’il céda à la fin, ce ne fut point par conviction, mais par pure déférence pour la volonté de la reine. La guerre fut donc déclarée à la France, et c'est la seule peut-être dans li quelle les Anglais soient entrés avec répugnance, Comme Marie connaissait combien la nation était opposée à cette démarche, elle n’osa pas convoquer un parlement pour obtenir des subsides, Elle y suppléa par un abus de sa prérogative, et imposa de sa propre autorité des sommes très fortes sur ses sujets. Ce secours la mit en état de rassembler un corps de troupes assez considérable , et d'envoyer huit mille hommes commandés par le comte de Pembroke pour « joindre à l’armée de Philippe !.

Philippe, qui n’était pas avide de gloire mil. taire, donna le commandement de son armée i Emmanuel Philibert, duc de Savoie, et établi sa résidence à Cambray :{in de se tenir à portée d’être promptement instruit « mens de ce général, : de l'aie es «LU ses conseih. Le duc ouvrit la campagne par un trait d'hab: leté qui justifia le choix de Philippe , et mont une telle supériorité de talent sur les généraux français, qu'on ne put guère douter de ses succès

! Carte, vol. HE, p. 337.

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dans toutes ses opérations ultérieures. 1i indiqua le rendez-vous général de ses troupes à un endroit très éloigné du pays où il se proposait d'établir le siége de la guerre ; après avoir tepu quelque temps ses ennemis incertains sur ses intentions , illes trompa à la fin si complétement par la variété de ses marches et de ses contremarches , qu'ils jugèrent que son projet était de porter tous ses efforts contre la province de Champagne et de tâcher de pénétrer dans le royaume par ce côté. En conséquence ils dirigèrent leurs forces vers cette province, ils y renforcèrent les garnisons et dégarnirent les places des autres frontières, au point de n’y pas laisser assez de troupes pour les défendre.

Emmanuci, voyant le succès de ses manœuvres, tüui ua tout : coup vers sa droite , s'avança par des marches rapides en Picardie, envoya en «ant sa cavalerie qui était forte et nombreuse , et investit Saint-Quentin. Cette place, qu'on regardait comme très forte, était d’une grande importance, parce qu'il n'y avait que très peu de villes fortifiées entre celle-là et Paris. Les fortifications en avaient cependant été fort négligées ; la garnison, dont une partie avait été détachée pour être envoyée en Champagne, n’avait pas la cinquième partie des troupes nécessaires pour souteuir un siége , et le gouverneur, quoique brave et expérimenté, n'avait ni le rang ni l'autorité qu'aurait exigé le commandement d’une ville si importante, attaquée par une armée formidable. Quelques jours auraient suffi au ducde Savoie pour se rendre maître de Saint- Quentin, si l'amiral de Coligny, qui croyait son honneur intéressé à tâcher de conserver à son pays une place de cette importance, située dans la province dont il avait le gouvernement, n'eût pris la courageuse résolution de s'y jeter luimème avec tout ce qu’il put rassembler de troupes; en effet, quoiqu'une partie de son détachement eût été interceptée, il passa à travers l'armée ennemie et entra dams la ville, L'arrivée inattendue d’un officier si distingué par son rang et sa réputation, et qui s'était exposé à un danger si imminent pour se joindre à la garnison, ne pouvait manquer de ranimer le courage des troupes qui la compesaient. Tousles moyens que purent suggérer les talews de l'amiral et son expérience dans l'art de la guerre furent mis en œuvre, soit pour incommoder les assié-

geans, soit pour mettre la place en état de faire une vigoureuse résistance, Les bourgeois se joignirent aux soldats, et, secondant avec un zèle égal les efforts de Coligny, ils paraissaient déterminés à se défendre jusqu’à la dernière extrémité , et à se sacrifier eux-mêmes pour l'honneur et le salut du royaume !,

Le duc de Savoie, ayant été joint par les Anglais sous les ordres du comte de Pembroke, continuait le siége avec la plus grande vivacité. Une armée si nombreuse et si bien pourvue de tout , poussait ses attaques avec tn grand avantage contre une garniso® trop faible pour oser même tenter de troubler ou de retarder par des sorties les opérations des assiégeans. L'amüral, qui ne pouvait se dissimuler le danger pressant qui menaçait la ville, et l'impossibilité où il était de la défendre long-temps, en donna avis au connétable de Montmorency, son onele, qui commandait l’armée française, et il lui indiqua en même temps un moyen de donner du secours aux assiégés. Le connétable , qui sentit l'importance de sauver une place dont ls perte euvrirait aux ennemis un passage dans le cœur du royaume, et qui désirait de tirer son neveu de la situation périlleuse où son zèle pour le bien public l'avait engagé, prit la résolution de tenter ce que Coligny lui proposait, quelque danger qu'il y vit. Dans ce dessein, il s'avamca de la Fère à Saint-Quentin, à la tête de son armée qui n'était pas de la moitié si nombreuse que celle des Espagnols; il donna le commandement d’un corps de troupes d'élite à d’Andelot, frère de Coligny, et colonel général de l'infanterie française, et lui ordonna de pénétrer jusqu’à la ville par un chemin que l'amiral avait représenté comme très praticable, tandis que lui-même , à la tête du gros de l'armée, attaquerait le camp des ennemis par un autre côté, et tâcherait d'y attirer toute leur attention. D'Andelet exéeuta sa commission avec beaucoup plus de courage que de prudence; ses soldats se précipitèrent avec une impétuosité aveugle sur l'ennemi ; quoiqu'’ils eussent renversé le premier corps de troupes qui s'opposa à leur passage, la confusion se mit bientôt dans leurs rangs, et de nouvelles troupes étant venues fondre sur eux et les environner de toutes parts, la plupart furent taillés

€ Thuan., lib. x1x, p. 647.

en pièces; mais d’Andelot, avec environ cinq cents des plus hardis et des plus heureux, parvint à pénétrer dans la ville.

Cependant le connétable fut obligé, pour l'exécution de son plan, d'avancer si près du camp des assiégeans, qu’il lui fut impossible de se retirer avec sûreté devant un ennemi qui lui était si fort supérieur en nombre. Le duc de Savoie aperçut bientôt la faute de Montmorency, et, avec les talens et la présence d'esprit d’un grand capitaine , il se disposa à en profiter. Îl rangea promptement son armée en ordre de bataille, et, épiant le moment où les Français commenceraient à défiler vers la Fère, il détacha toute sa cavalerie sous les ordres du comte d’'Egmont pour tomber sur leur arrière-garde, tandis qu'il s'avancerait lui-même à la tête de l’infanterie pour soutenir l'attaque. Les Français se retirérent d'abord dans le meilleur ordre et faisant bonne contenance; mais lorsqu'ils virent d'Egmont avancer sur eux avec un corps formidable de cavalerie dont il leur était impossible de soutenir le choc, la vue d’un danger si pressant, jointe au peu de confiance que leur inspirait leur général, dont l’imprudence était alors sentie du dernier des soldats, répandit une consternation générale dans l’armée : les Français commencèrent peu à peu à précipiter leurs pas, et les troupes de l’arrière-garde pressèrent si vivement celles qui les précédaient, que bientôt leur marche eut plutôt l'air d'une fuite que d’une retraite. D'Egmont, observant ce désordre, les chargea avec la plus grande impétuosité, et dans un instant toute la gendarmerie, qui faisait alors l'orgueil et la force des

armées françaises, plia et s'enfuit avec précipi- |

tation. Cependant l'infanterie, que le connétable par sa présence et son autorité retenait attachée à ses drapeaux, continuait sa retraite en assez bon ordre; mais d'Egmont, ayant fait avancer quelques pièces de canon qu'il dirigea sur le centre de cette infanterie, y porta le désordre et la confusion; la cavalerie, renouvelant alors son attaque, rompit les rangs, et la déroute devint universelle. Environ quatre mille Français restérent sur le champ de bataille, et dans ce nombre on compta le duc d'Enghien, prince du sang, et six cents gentilshommes. Le connétable, voyant qu'il n'y avait plus d'espérance de ramener la fortune, résolut de ne pas survivre à un

1657] désastre si funeste et causé par son imprudence; il se précipita dans le plus épais des bataillons ennemis pour y périr l'épée à la main; il reçut une blessure dangereuse : épuisé par la perte de son sang, il fut entouré de quelques officiers fla. mands dont il était connu ; ils le garantirent de la fureur des soldats et l’obligèrent de se rendre. Les ducs de Montpensier et de Longueville, le maréchal de Saint-André, plusieurs officiers de distinction, trois cents gentilshommes et près de quatre mille soldats furent aussi faits prison. niers. Tous les drapeaux de l'infanterie, toutes les munitions de guerre et toute l'artillerie, excepté deux pièces de canon, tombèrent entre les mains des vainqueurs, qui ne perdirent pas plus de quatre-vingts hommes !.

Cette bataille, non moins fatale à la France que les anciennes victoires de Crécy et d'Azircourt, qui furent remportées par les Anglais sur le même terrain, ressemblait encore à celles-ci par la promptitude de la déroute, par l’impru. dence du général , par le grand nombre des of. ficiers de distinction tués ou faits prisonniers, par la perte légère que firent les vainqueurs, et par la consternation qu'elle répandit dans toute la France. Plusieurs habitans de Paris, aussi effrayés que si l'ennemi eût été aux portes de la ville, se retirèrent avec précipitation dans l'in. térieur du royaume. Le roi tâcha par ses exhor. tations et sa présence de consoler et de ranimer ceux qui restaient ; et, s'occupant lui-même avec la plus grande activité à faire réparer les fortifications délabrées de la ville, il se prépara à la défendre contre l'attaque à laquelle il s’attendait. Heureusement pour la France, la timidité de Philippe et l’entreprise funeste de l'amiral de Coligny concoururent non-seulement à mettre la capitale à l'abri du danger dont elle était menacée, mais encore à donner aux Français un court intervalle pendant lequel ils eurent le temps de se remettre de la frayeur et de l'abattement où les avait jetés un coup aussi funeste qu’inattendu. Henrien profita pour veiller à là sûreté de son royaume par des mesures vigoureuses et dignes du souverain d'une nation belliqueuse et puissante.

Immédiatement après la bataille, Philippe se rendit au camp sous Saint-Quentin, et y fut recu

1 Thuan., p. 650. Haræi, 4nnal. Brabant. vol. |, Herrera, p. 291.

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avec tout l'éclat d'uu triomphe militaire. Les transports de joie que fit naître en lui ce succès, qui jetait un si grand lustre sur le commencement de son règne, furent tels, qu'ils adoucirent pour quelque temps son caractère hautain et sévère, et mirent dans ses manières une politesse qui ne lui était pas naturelle. Le duc de Savoie s'étant approché de lui et voulant se mettre à ses genoux pour lui baiser les mains, Philippe le prit dans ses bras, et le serrant avec tendresse : «C'est à moi, lui dit-il, à baiser plutôt vos «mains, qui ont remporté une victoire si glo- «rieuse, et qui nous coûte si peu de sang. »

Dès que les réjouissances et les félicitations sur l’arrivée de Philippe furent terminées, on tint un conseil de guerre où l'on délibéra sur ce qu'il y avait à faire pour tirer de la victoire le plus grand avantage. Le duc de Savoie, secondé des plus habiles officiers qui s'étaient formés sous Charles V, opina pour abandonner sur-lechamp le siége de Saint-Quentin, dont la réduction n'était pas un objet digne d'occuper l’armée, et pour aller mettre le siége devant Paris ; il disait qu’il n’y avait ni corps de troupes qui pt s'opposer à leur marche, ni ville forte qui pût la retarder; qu’ils pouvaient profiter de l’étonnement et de la terreur que la déroute de l'armée française avait inspirés au peuple, pour arriver sans obstacle jusqu’à la capitale et la prendre sans résistance. Philippe, moins hardi ou plus prudent que ses généraux, préféra un avantage modéré mais certain , à une expédition plus brillante, mais d’un succès plus douteux. Il représenta à son conseil les ressources immenses d’un royaume aussi puissant que la France, le courage et l'esprit belliqueux de la noblesse française , et son attachement àses rois, l'avantage prodigieux qu'il y avait à faire la guerre dans son propre pays, et la ruine inévitable à laquelle ils s'exposeraient en s’enfonçant témérairement dans un pays ennemi avant de s'être assuré avec le leur une communication qui pôt faciliter leur retraite, si un événement malheureux les forçait de retourner en arrière. D'après ces différentes considérations, il fut d’avis de continuer le siége de Saint-Quentin , et ses généraux déférèrent d’autant plus volontiers à son sentiment, qu'ils ne doutaient pas qu'on ne fût maitre de la ville en peu de jours; ils regardèrent ce délai comme une perte de temps de peu de conséquence pour

l'exécution de leur plan, et facile à réparer par un redoublement d'activité !.

Le mauvais état des fortifications, joint au petit nombre des troupes qui composaient la garnison, et qui ne pouvaient plus espérer de secours ni de renfort, semblait justifier le calcul des généraux de Philippe; mais en faisant ce calcul, ils n'avaient pas assez fait d'attention au caractère de l'amiral de Coligny qui commandait dans la place. Un courage indomptable et tranquille au milieu des plus grands dangers, une imagination féconde en ressources, un génie qui semblait s'élever et prendre une nouvelle force à chaque revers, le talent de subjuguer les esprits et l’art de conserver son ascendant sur eux, même dans les circonstances les plus délicates et les plus fàcheuses, telles étaient les qualités qui distinguaient Coligny et le mettaient au-dessus de tous les généraux de son siècle. Ces qualités étaient particulièrement propres à la situation où il se trouvait; et comme il sentait l’importance infinie dont chaque moment était pour son pays dans des conjonctures si délicates , il s’occupa avec toute l’activité dont il était capable à chercher des moyens de prolonger le siége et d'empêcher son ennemi de former aucune entreprise plus dangereuse à la France. En effet , il défendit la place avec tant de persévérance et d'habileté , il sut inspirer à la garnison tant de patience et de courage, que le siége, quoique poussé avec la plus grande vigueur par les Espagnols, les Flamands et les Anglais réunis, dont l’ardeur était encore excitée par la jalousie nationale, dura cependant dix-sept jours. La ville fut enfin prise d’assaut ; et Coligny, accablé par le nombre, fut fait prisonnier sur la brèche.

Henri sut mettre à profit l'intervalle de temps que la défense opiniâtre de l'amiral lui donna. Il nomma des officiers pour recueillir les débris

| épars de l’armée du connétable; il expédia des

ordres pour faire des recrues dans toutes les parties du royaume; il convoqua le ban et l'arrièreban, pour armer toute la noblesse des provinces et la réunir au duc de Nevers en Picardie; il rappela la plus grade partie des vieilles troupes qui servaient en Piémont sous le maréchal de Brissac; il dépècha courrier sur courrier au du: de Guise, pour lui recommander de revenir

1 Belcar., Comment. de reb. gallic., p.91.

sur-le-champ avec" toute son armée défendre le royaume; il envoya un député au grand-seigneur pour soiliciter le secours de la flotte ottomane, et un emprunt d'argent; il en expédia un autre en Écosse, pour exciter les Écossais à faire une invasion dans le nord de l'Angleterre, afin que Marie, forcée de porter son attention de ce côté, ne pôt pas renforcer l’armée de Philippe. Henri trouva dans le zèle de ses sujets des secours pour seconder ces efforts. La ville de Paris lui accorda un don gratuit de trois cent mille livres; toutes les grandes villes du royaume imitèrent la générosité de lacapitale et contribuèrent à proportion de leurs moyens ; plusieurs gentilshommes de distinction s’engagèrent de défendre à leurs propres dépens les places qui se trouvaient le plus exposées aux insultes de l'ennemi. Ce zèle pour le bien public ne se borna pas aux corps ; il se répandit dans tous les rangs de la société, et chaque individu parut disposé à déployer la même vigueur quesi l'honneur duroi et la sûreté de l’état eussent dépendu de ses efforts personnels !,

Philippe n’ignora ni les sages mesures que le roi de France prenait pour la sûreté de ses états, ni l’ardeur que les Français témoignaient pour se bien défendre ; il s'aperçut, mais trop tard, qu'il avait perdu une occasion qui ne pouvait se retrouver, et qu'il n’était plus temps de songer à pénétrer dans le cœur du royaume. Il abandonna donc, sans beaucoup de peine, un plan trop hardi et trop hasardeux pour se concilier parfaitement avec la circonspection de son caractère ; il employa son armée, pendant le reste de la campagne, aux siéges de Ham et du Catelet, dont il se rendit bientôt maître. La réduction de ces deux petites villes et l’acquisition de Saint- Quentin furent les seuls avantages qu'il tira d'une des victoires les plus décisives qui aient été remportées dans ce siècle. Philippe continua cependant de paraitre enivré de ses succès; et comme tous ses sentimens avaient une teinte de superstition, il fit vœu,en mémoire de la bataille de Saint-Quentin qu’il avait gagnée le jour de la fête de saint Laurent, de bâtir une église, un monastère et un couvent consacrés à ce saint, Avant l'expiration de l’année, il fit faire à l'Escurial, dans le voisinage de Madrid , les fonde-

l Mémoires de Ribier, t.W, p.79, 703.

mens d’un édifice qui réunissait les trois objets de son vœu; et le même principe qui avait dicté ce vœu , présida à l'exécution ; car le bâtiment fut construit dans la forme d’un gril qui, suivant la légende, avait été l'instrument du martyre de saint Laurent. Malgré la multitude de projets vastes et dispendieux où l'ambition inquiète de ce prince l’entraîna, Philippe travailla avec tant de persévérance, pendant vingt-deux ans, à l'achèvement de cet édifice, il sacrifia tant d'argent à ce monument de sa vanité et de sa dévotion, qu’il laissa enfin aux souverains d’Espagne une maison royale qui est certainement, sinon la plus élégante, au moins la plus somptueuse et la plus magnifique qu'il y ait en Europet.

La première nouvelle du revers funeste que les Français avaient éprouvé à Saint-Quentin fut portée à Rome par le courrier que Henriavait expédié pour rappeler le duc de Guise. Comme le pape , même avec le secours des troupes françaises, avait à peine été en état d'arrêter les progrès des armes espagnoles, il prévit aisément que, lorsqu'il serait privé de la protection de ses auxiliaires, ses domaines seraient envahis sur-le-champ. 11 fit donc les représentations les plus pressantes contre le départ de l’armée française , il reprocha au duc de Guise ses fautes qui le réduisaient dans une si malheureuse situation, et il se plaignit amèrement de Henri qui l’abandonnait avec si peu de générosité dans le péril où il se trouvait. Mais les ordres de Guise étaient positifs; Paul, tout inflexible qu'il était, fut obligé de conformer sa conduite à l’état de ses affaires, et d'employer, pour obtenir la paix, la médiation des Vénitiens et de Côme de Médicis. Philippe, qui avait été forcé de rompre malgré lui avec le pape, et qui, dans le temps mème où le succès couronnait ses armes, doutait si fort de la justice de sa cause qu'il avait fait de fréquentes ouvertures de paix, écouta avec empressement les premières propositions de cette nature que Paul lui fit faire, et montra dans ses demandes une modération qu'on n'avait guère lieu d'attendre d'un prince si fier de ses victoires.

Le duc d’Albe, plénipotentiaire de Philippe, et le cardinal Caraffe, chargé des pouvoirs de Paul, son oncle, s'abouchèrent à Cavi; commeils

1 Colmenar, Annales d'Espagne, LM, p. 136,

étaient la paix nèrent conditi avec la venir 1 mun d rendre ecclésia tions d autres € mises à enfin le à Rome au nom avoir en recevoir Paul, p mit fin pxjudic s'humili vaincu, trailé av Le d traité, a pliant, E de celui la dernië scrupule pontifice orgueillé enfance convint fort inti sence d’ Quoiq semblail trouvât change immédia en d’auti avait un prompte Paul, il nécessait joignant

1 Pallav rera, vol.

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ne, LM, p. 156.

[1567] LIVRE XIL 477

étaient l’un et l’autre également disposés à faire la paix, après une courte conférence, ils terminèrent la guerre par un traité qui contenait les conditions suivantes. Paul renonçait à sa ligue avec la France et s'engageait à conserver à l’avenir la neutralité qui convenait au père commun de la chrétienté; Philippe promettait de rendre sur-le-champ toutes les places de l’état ecclésiastique dont il s'était emparé; les prétentions de Caraffe au duché de Paliano et aux autres domaines des Colonnes devaient être soumises à la décision de la république de Venise ; enfin le duc d’Albe devait se rendre en personne à Rome, et après avoir demandé pardon à Paul, au nom de son maitre et au sien propre, pour avoir envahi le patrimoine de l'église, il devait recevoir du pape l'absolution de ce crime, Ainsi Paul, par la timidité scrupuleuse de Philippe, mit fin à une guerre malheureuse, sans aucun pcjudice pour le siége papal. Le conquérant shumilia et reconnut sa faute, tandis que le vaincu, conservant sa fierté accoutumée, fut

traité avec toutes les marques de la supériorité! .

Le duc d’Albe, suivant les conditions du traité, alla à Rome, et dans la posture d’un suppliant, baisa les pieds et implora la miséricorde de celui-là même que ses armes avaient réduit à la dernière extrémité. Telle était la vénération srupuleuse des Espagnols pour le caractère pontifical, que d’Albe, quoique l'homme le plus orgueilleux de son siècle , et accoutumé dès son enfance à vivre familièrement avec les princes, convint qu'en approchant du pape il se sentit sifort intimidé, que la voix lui manqua et sa présence d'esprit l’abandonna ?.

Quoique cette guerre, qui, dans son origine, semblait annoncer de grandes révolutions, se trouvât terminée sans avoir occasioné aucun changement dans les états qui en étaient l'objet immédiat , elle eut des suites très importantes en d'autres parties de l'Italie. Comme Philippe avait un grand empressement de finir le olus promptement qu'il pourrait sa querelle avec Paul, il était disposé à faire tous les sacrifices nécessaires pour gagner les princes, qui, en joignant leurs troupes à celles du pape et des

1 Pallavic., lib. xnr, p. 183. Fra-Paolo, p. 380. Herrera, vol. 1, p. 310.

? Pallavie., lib. xun, p. 185. Summonte, Zstoria di | Napoli, L AV, p. 286.

Français, auraient pu prolonger la guerre. Dans cette vue, il entama une négociation avec Octave Farnèse, duc de Parme, et afin de le détacher de son alliance avec les Français, il lui rendit la ville de Plaisance et le territoire qui en dépendait, pays dont Charles-Quint s'était emparé en 1547, qu'il avait gardé depuis ce temps-là et transmis avec ses autres possessions à son fils. Philippe, par cette démarche, laissa pénétrer son caractère et ses vues à Côme de Médicis, le plus habile et le plus fin des princes d'Italie. Côme, profitant de cette découverte, conçut l'espérance d'accomplir enfin son plan favori, celui de réunir Sienne avec son territoire aux domaines qu’il possédait en Toscane. Comme le succès de cette entreprise dépendait entièrement de l'adresse avec laquelle elle serait conduite, il employa tous les artifices de la politique dans la négociation qu’il entama pour cet objet. IL commença par solliciter Philippe , dont il savait bien que le trésor était épuisé par les dépenses de la guerre, de lui rembourser des sommes considérables qu'il avait avancées à l'empereur pendant le siége de Sienne. Philippe cherchant à éluder une demande à laquelle il n’était pas en état de satisfaire, Côme en parut fort mécontent , et ne faisant aucun mystère de son mécontentement , il envoya à son ambassadeur à Rome des instructions pour ouvrir avec le pape une négociation qui paraissait être une suite du refus de Philippe. L'ambassadeur exécuta sa commission avec tant de dextérité, que le pape, imaginant que Côme était absolument détaché des intérêts de l'Espagne, lui proposa une alliance avec la France, laquelle serait cimentée par le mariage de son fils ainé avec l’une des filles de Henri. Côme reçut cette ouverture avec les apparences d’une satisfaction si vraie et avec tant de protestations de reconnaissance pour l'honneur distingué qu'on lui offrait, que non-seulement les ministres du pape , mais mème l'envoyé de France à Rome, parlaient déjà sans aucune réserve de l'acquisition d’un allié si important, comme d’une affaire certaine et décidée. La nouvelle en parvint bientôt à Philippe; Côme, qui avait prévu combien ce monarque en serait alarmé, avait dépèché son neveu, Louis de Tolède, dans les Pays-Bas, pour qu'il y fût à portée d'observer la consternation de Philippe et d'en tirer avantage avant

que la première impression en fût affaiblie.

Côme fut encore très heureux dans le choix de l'instrument qu'il employait pour cet objet.

Louis de Tolède attendit patiemment qu'il eût des preuves assez sûres que les détails des négociations de Côme à Rome fussent arrivées; et persuadé que cet avis devait remplir de crainte et de jalousie l'âme soupçonneuse de Philippe, il demanda une audience et requit, dans les termes les plus pressans et les plus fermes, le remboursement de l'argent qui avait été prêté à l'empereur. En insistant sur cette réclamation, il laissa échapper adroitement quelques propos obscurs et des déclarations équivoques sur les extrémités auxquelles Côme pourrait se porter , si l'on joignait le refus d'une demande si juste à d’autres sujets de plaintes qu'il avait lieu de former.

Philippe, étonné du ton que prenait avec lui un prince aussi peu important qu’un duc de Toscane, et comparant ce qu'il entendait avec les nouvelles qu’il avait reçues d'Italie, conclut sur-le-champ que Côme n'aurait osé hasarder une déclaration si hardie et si étrange s'il n’y avait été encouragé par la perspective de son union avec la France. Afin d'empêcher le pape et Henri d'acquérir un allié qui par ses talens et par la situation de ses états donnerait à leur confédération un surcroît de considération et de force, il offrit de donner à Côme l'investiture de Sienne s’il voulait la recevoir comme un équivalent des sommes qui lui étaient dues, et s'engager en même temps à fournir un corps de troupes pour défendre les domaines du roi d'Espagne en Italie contre toute puissance qui voudrait les attaquer. Dès que Côme eut amené Philippe à ce point important, qui était l'objet de ses intrigues et de ses artifices, il n'eut garde de prolonger la négociation par des délais inutiles ou par un excès de finesse; il accepta avec empressement la proposition de Philippe, qui, malgré les représentations de ses plus habiles conseillers, signa sur-le-champ le traité !.

Comme jamais prince ne fut plus jaloux de

ses droits que Philippe et moins disposé à re- | Ainsi, par un bonheur singulier, attaché à la for-

noncer à un territoire dont il était en possession, à quelque titre qu'il le possédât, on ne peut s'empêcher d'être étonné qu'il ait cédé ainsi

! Thuan., lib. xvus. p 624 Herrera, lib. np. 263,365. | les Calamités de la France et par la mauvait

Pallav., lib. x, p 280.

! dans leurs entreprises servit même à leur agran-

gratuitement aux ducs de Parme et de Toscane des provinces pour l'acquisition ou la conservation desquelles son père avait employé tant d'années, versé tant de sang et dépensé tant d'argent; et l'on ne peut expliquer ces concessions extraordinaires qu’en les attribuant à un désir superstitieux de se débarrasser d’une guerre qu'il ne soutenait que malgré lui contre le pape. Cependant l'équilibre de puissance entre les princes d'Italie se trouva par ces traités établi avec plus d'égalité et de solidité qu'il ne l’avait encore été depuis la violente secousse qu'il avait essuyée par l'invasion de Charles VIII. Ce fut là la période où l'Italie cessa d’être le grand théâtre sur lequel les souverains d'Espagne, de France et d'Allemagne se disputaient à l'envi la prééminence de la renommée et du pouvoir. Leurs querelles et leurs hostilités furent cependant aussi fréquentes et aussi violentes qu'auparavant ; mais, comme elles étaient excitées par des objets nouveaux, elles firent couler le sang en d’autres régions de l’Europe, qui éprouvèrent à leur tour tous les ravages et les malheurs de la guerre.

Le duc de Guise quitta Rome le jour même où son adversaire , le duc d’Albe, fit au pape ses lâches soumissions. 11 fut reçu en France comme l'ange gardien du royaume. Ses derniers revers en Italie paraissaient entièrement oubliés , tandis qu'on exagérait avec affectation ses anciens services, et particulièrement la défense de Metz. Dans toutes les villes où il passa, il fut accueilli comme le restaurateur de la sûreté publique, qui après avoir, par sa prudence et sa valeur, arrêté les armes victorieuses de Charles-Quint, revenait , à la voix de sa patrie, pour mettre des bornes aux progrès redoutables de la puissance de Philippe. Henri lui fit aussi l'accueil le plus flatteur et le plus honorable; on inventa de nouveaux titres , on créa de nouvelles dignités pour le distinguer. IL fut nommé lieutenant généril en chef, dans l’intérieur et hors du royaume, avec une autorité presque illimitée et peu inférieure à celle quele roi lui-même pouvait exercer.

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de gloire et de puissance , qu'il n'aurait pu espérer d'atteindre par la réussite la plus heureuse et la plus complète de ses projets ambitieux.

Le duc de Guise, avide de répondre par quelque action d'éclat aux grandes espérances que ses compatriotes avaient conçues de ses talens et à la confiance extraordinaire que le roi lui marquait , fit marcher à Compiègne toutes les troupes qu’il put rassembler. Quoique l'hiver fût déjà très avancé et eût commencé avec une rigueur excessive, il se mit à leur tête et entra en campagne. Henri, par son activité secondée du zèle de ses sujets , avait levé dans son royaume un assez grand nombre de recrues, et tiré de l'Allemagne et de la Suisse des renforts assez considérables pour former une armée respectable aux yeux mèmes d’un ennemi victorieux.

Philippe , alarmé de la voir se mettre en mouvement dans une saison si rigoureuse, commença àcraindre pour ses nouvelles conquêtes, surtout pour Saint-Quentin , dont les fortifications n’avaient été qu'imparfaitement réparées.

Mais le duc de Guise méditait une entreprise ous importante; après avoir amusé son ennemi par des menaces successivement dirigées contre différentes villes des frontières de Flandre, il se porta tout à coup sur sa gauche et investit Calais avec toute son armée. Calais avait été pris par les Anglais sous le règne d'Édouard IIT, après la slorieuse victoire de Crécy; c'était la seule place qu'ils eussent conservée des vastes territoires qu'ils avaient autrefois possédés en France ; elle leur ouvrait en tout temps un passage sûr et fcile dans le cœur de ce royaume ; aussi la possession de cette ville flattait-elle autant l’orgueil des Anglais qu’elle mortifiait celui des Français. Sa situation était naturellement si forte et ses fortifications étaient si généralement regardées comme inexpugnables, qu'aucun roi de France n'avait osé l’attaquer. Dans le temps même où les querelles longues et meurtrières des maisons d'Yorck et de Lancastre semblaient avoir épuisé les forces intérieures de l'Angleterre et entièrement détourné son attention de tout objet étranger, les Anglais étaient restés paisibles possesseurs de Calais. Marie et son conseil, spécialement composé d’ecclésiastiques qui ignoraient entièrement tout ce qui appartenait à la guerre, et qui n'étaient occupés qu’à extirper du royaume

l'hérésie , avaient absolument négligé de prendre |

des précautions pour la sûreté de cette place importante, persuadés que la seule réputation de sa force suffirait pour la défendre. Dans cette confiance , ils osèrent , même après la déclaration de guerre, continuer un usage que le mauvais état des finances de la reine avait introduit dans les temps de paix. Comme le pays des environs de Calais était inondé pendant l'hiver, et que les marais qui entouraient la ville devenaient impraticables , excepté par une seule avenue que dominaient les forts de Sainte-Agathe et de Newnhambridge , les Anglais étaient dans l'usage de retirer la plus grande partie de la garnison vers la fin de l'automne et de la remettre au printemps. Ce fut en vain le lord Wentworth, gouverneur de Calais, se récria contre une parcimonie si déplacée, et représenta la possibilité d’une attaque imprévue dans un moment où il n'aurait pas la quantité d'hommes suffisante pour faire le service. Le conseil privé rejeta ces remontrances avec mépris, comme si elles eussent été dictées par la timidité ou l’avidité; quelques-uns même des membres du conseil, pleins de cette confiance que l'ignorance accompagne ordinairement, se vantèrent qu'ils défendraient Calais avec leurs baguettes blanches contre un ennemi qui oserait l’attaquer pendant l'hiver !. Ce fut en vain que Philippe qui, en revenant d'Angleterre dans les Pays-Bas, avait passé par Calais, avertit la reine du danger qui menaçait cette place, et lui indiquant ce qu’il était nécessaire pour la mettre en sûreté, lui offrit de renforcer pendant l'hiver la garnison par un détachement de ses propres troupes; les conseilers de Marie , quoiques dévoués à ses volontés dans tout ce qui itéressait la religion, se défiaient, ainsi que tous les Anglais , de toute proposition qui venait de Philippe; et soupçonnant que ce pouvait être un artifice de ce prince pour s'emparer du commandement de la ville, ils dédaignèrent l'avis qu'il leur donnait, rejetérent son offre, et laissérent Calais avec le quart de ce qu'il aurait fallu de troupes pour la défendre.

Ce fut la connaissance de cet état des choses qui encouragea le duc de Guise à tenter une | entreprise qui surprit ses propres compatriotes autant que ses ennemis mêmes, Il n'ignorait pas

1 Carte, vol. I, p. 346.

que pour s'assurer du succès il devait poursuivre ses opérations avec une célérité qui ne laissât ni aux Anglais le temps de jeter du secours dans la place par mer, ni à Philippe celui de l’inquiéter par terre ; en conséquence il poussa l'attaque avec une vigueur et une impétuosité peu commune alors dans la conduite des siéges.

Dès le premier assaut il délogea les Anglais du fort Sainte-Agathe , et les obligea , après une résistance de trois jours, d'abandonner celui de Newnhambrige; il emporta de vive force le château qui commandait le port; enfin le huitième jour après son arrivée devant Calais , la garnison, qui n'était pas de cinq cents hommes, se trouva tellement affaiblie et harassée par les fatigues qu'elle avait essuyées en soutenant tant d'attaques multipliées, et en défendant tant d'ouvrages à la fois , que le gouverneur fut obligé de capituler.

Le duc de Guise ne laissa pas aux Anglais le temps de se remettre de la consternation que répandit parmi eux ce coup inattendu; il alla sur-le-champ investir Guines, dont la garnison, quoique plus nombreuse que celle de Calais , se défendit avec moins de vigueur, et se rendit après avoir soutenu un seul assaut. Les troupes qui étaient dans le château de Ham se retirèrent sans attendre l'approche des Français.

Ainsi dans l’espace de quelques jours , au milieu des rigueurs de l'hiver, dans un moment où la bataille funeste de Saint-Quentin avait tellement abattu le courage des Français, que loin de songer à faire des conquêtes sur leurs ennemis, ils ne songeaient qu'a défendre leur propre pays, la valeur audacieuse d’un seul homme vint à bout de chasser de Calais les Anglais qui le possédaient depuis deux cents dix ans, et de leur enlever le seul espace de terrain qui leur restait dans un royaume où ils avaient eu autrefois des

possessions si étendues. Cette expédition brillante, en‘donnant à toute l'Europe la plus haute idée du pouvoir et des ressources de la France, éleva le duc de Guise, dans l'opinion de ses compatriotes , au-dessus de tous les généraux de son siècle. Ils exaltèrent ses triomphes avec des transports excessifs de joie, tandis que les Anglais donnèrent l'essor à tous les sentimens qui animent un peuple libre et fier, lorsqu'une grande calamité nationale leur paraît manifestement l'effet de la mauvaise conduite de ceux

qui le gouvernent. Marie et ses ministres, qui sence L n'étaient auparavant qu'odieux, devinrent mé. irrégulit prisables aux yeux de tous les Anglais; toutes prétend les terreurs de son administration arbitraire et gérant « rigoureuse ne purent les empècher de s’emporter da Bou en exécrations et en menaces contre ceux qui, juridicti après avoir engagé la nation dans une querelle siége; q où elle n’était point intéressée, l'avaient couverte, les élect par leur négligence ou leur incapacité, d’une pepe con honte irréparable, et avaient causé la perte de dait qu'a la possession la plus précieuse qui appartint àla [M 12 Mort couronne d'Angleterre. résignati Le roi de France suivit , à l'égard de Calais, un tribus l'exemple du premier vainqueur de cette place, AM Æ droit Édouard III. 11 ordonna à tous les Anglais qui Î ‘nation y résidaient de se retirer, et donna leurs mai- Ji remplir 1 sons à des Français, qu'il engagea à s'y établir JA abstractio en leur accordant différentes immunités; il D l'élection laissa en même temps pour la défense de la M arendre ville une nombreuse garnison sous les ordres M (43 avaie d'un gouverneur expérimenté. Après ces dispo- A} (tnt à la f sitions, son armée victorieuse prit des quartiers [A droit à tou pour se rafraichir, et l'inaction ordinaire de Mi rs; enfi l'hiver succéda à toutes ces opérations. «sions d Cependant Ferdinand assembla à Francfort le MN lérétiques collége des électeurs pour lui faire part de l'acte MW impériale l'église et

par lequel Charles avait résigné la couronne impériale pour la lui transmettre. Cette déclaration avait été différée jusqu'alors par quelques

exposé ave

travagante

difficultés qui s'étaient élevées sur les formalités M d2ce , que requises pour remplir une vacance occasionée spèce de 4 sur l'électiq

par un événement dont les annales de l'empire

ne fournissaient aucun exemple. Tout ayant été JR ment son

à la fin arrangé , le prince é'Orange exécuta à M ‘plier, a

commission dont Charles l'avait chargé. Les mer la rési, l'empire, il

électeurs acceptèrent la résignation , déclarérent Ferdinand légitime successeur de Charles, et le revêtirent de toutes les marques de la dignité impériale.

Le nouvel empereur députa ensuite son chancelier Gusman pour informer le pape de cet événement, pour lui témoigner son respect à l'égard du saint siège et pour lui annoncer quil enverrait bientôt , selon l'usage , un ambassadeur extraordinaire chargé de traiter de son couronnement avec sa sainteté ; mais Paul, à qui ni l'expérience ni les mauvais succès n’avaient pi apprendre à rabaisser ses idées exagérées de h prérogative papale au ton modéré qu’exigeaient les circonstances, refusa d'admettre en sa pré:

que ce pri ternelle. G revivre ces dont le dét rassé du to Aprudemme lature et l’ se bornant 4 aient déte pereur déjà les présente Plus propre qu'il ne fût intérêts, PI

ministres, qui devinrent mé- Anglais ; toutes n arbitraire et r de s'emporter ntre ceux qui, ns une querelle vaient couverte, capacité, d’une usé la perte de ai appartint à la

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sence l'envoyé de Ferdinand , et déclara nul et

irrégulier tout ce qui s'était fait à Francfort. Il

prétendait que le pape, en sa qualité de vice-

gérant de Jésus-Christ, avait le dépôt des clefs

du gouvernement céleste et terrestre; que la

juridiction impériale était émanée du saint

siége ; que si ses prédécesseurs avaient autorisé

les électeurs à nommer un empereur que le

pape confirmait ensuite, ce privilége ne s'étendait qu'au cas où la vacance était occasionée par

la mort du prince régnant ; que l'acte de la résignation de Charles avait été présenté à

un tribunal incompétent , le pape seul ayant le droit d'accepter, ou de rejeter cette résignation, et de nommer une personne pour remplir le trône vacant; qu’en faisant mème abstraction de ces objections, il y avait dans l'élection de Ferdinand deux vices suffisans pour lrendre nulle, parce que les électeurs protestans avaient été admis à voter, quoiqu’en renonçant à la foi catholique ils eussent perdu leur droit à tous les priviléges de leur rang d’électeurs ; enfin que Ferdinand , en ratifiant les con- «ssions de différentes diètes en faveur des hérétiques , s'était rendu indigne de la dignité impériale , qui avait été instituée pour protéger l'église et non pour la détruire. Mais après avoir exposé avec le plus grand éclat ces maximes extravagantes , il ajouta avec un air de condescendance , que si Ferdinand voulait renoncer à toute espèce de droit à la couronne impériale, fondé sur l'élection de Francfort , témoigner publiquement son repentir de la conduite passée, et le supplier , avec l'humilité convenable, de confirmer la résignation de Charles et son élévation à l'empire , il n'y avait point de marque de faveur que ce prince ne pôt attendre de sa bonté paternelle. Gusman ne s'attendait guère à voir revivre ces prétentions bizarres et surannées , dont le détail l'étonna si fort, qu'il fut embarrassé du ton dont il devait y répondre. Il évita prudemment d'entrer dans aucun détail sur la nature et l’étendue de la juridiction papale, et &æ bornant aux considérations politiques qui deaient déterminer le pape à reconnaître un empereur déjà en possession du trône, il tâcha de ks présenter sous le point de vue qu'il crut le plus propre à faire impression sur Paul , à moins qu'il ne fût absolument aveugle sur ses propres intérêts. Philippe fit appuyer avec force les rai-

oo ————————————————…——…—.———————

sons de Guzman, par un ambassadeur qu'il dépêcha exprès à Rome; et il conjura le pape de se désister de ses prétentions hors de saison , qui non-seulement irriteraient et alarmeraient Ferdinand , ainsi que les princes de l'empire , mais qui pourraient même fournir aux ennemis du saint siége un nouveau motif pour attaquer la juridiction papale comme incompatible avec les droits des princes et destructive de toute autorité civile. Mais Paul , qui aurait regardé comme un crime d’avoir égard à aucune considération de prudence ou de politique humaine, lorsqu'il s'agissait de défendre les prérogatives de la tiare, resta inexorable; et pendant son pontificat , Ferdinand ne fut point reconnu empereur var la cour de Rome !.

Tandis que Henri faisait ses préparatifs pour la campagne prochaine, il recevait des nouvelles du succès de ses négociations en Écosse. Une longue expérience ayant à la fin appris aux Écossais combien il était imprudent pour eux de s'engager dans toutesles querelles quis’élevaient entre la France et l’Angleterre, ni les sollicitations de l'ambassadeur de Henri, ni l'adresse et l'autorité de la reine régente, ne purent les déterminer à prendre les armes contre une puissance avec laquelle ils étaient en paix. L'ardeur d'une noblesse guerrière et d’un peuple turbulent fut en cette occasion réprimée par la considération de l'intérêt etde la tranquillité publique, considérations qui jusqu'alors avaient eu peu de poids chez un peuple toujours prêt à se jeter dans une nouvelle guerre. Mais quoique les Écossais persistassent avec fermeté dans leur système pacifique , ils se montrèrent très disposés à satisfaire le roi de France sur un autre objet, qu'ilavait chargé son ambassadeur de négocier.

La jeune reine d'Écosse avait été fiancée au dauphin en 1548, et ayant été dès lors élevée à la cour de France, elle y était devenue la princesse la plus aimable et l’une des plus accomplies de son siècle. Henri demanda le consentement des Écossais pour la célébration du mariage ; on convoqua pour cet objet un parlement, qui nomma huit commissaires chargés de représenter à cette cérémonie tout le corps de la nation, avec pouvoir de signer tous les actes qui seraient

* Godleveus, de abdicat. Car. F. ap. Goldast. polit. impe., pb. 392. Pallavie., lib. xns. Ribier, tom. I, p. 746

} } jé A

requis avant la conclusion du mariage. Dans la disposition des articles, les Écossais prirent toutes les précautions que la prudence put leur inspirer, afin de conserver la liberté et l'indépendance de leur pays, tandis que les Français de leur côté, eurent recours à toutes sortes de moyens pour assurer au dauphin l'administration des affaires pendant la vie de la reine, et la succession à la couronne, si elle venait à mourir avant lui. Le mariage fut célébré avec toute la pompe qui convenait au rang des époux et à la magnificence d’une cour alors la plus brillante de l’Europe !. Ainsi, dans l’espace de quelques mois, Henri eut la gloire de recouvrer une possession importante qui avait anciennement appartenu à sa couronne, et d'y réunir l’acquisition d'un grand royaume. Cet événement servit aussi à donner au duc de Guise plus de considération et d'autorité ; le mariage de sa nièce avec l’héritier présomptif de la couronne, en l'élevant fort au-dessus du rang d’un simple sujet, semblait donner au crédit que luiavaient acquisses grandes actions, autant de solidité qu'il avait d'étendue. La campagne ayant été ouverte peu de temps après le mariage du dauphin, le duc de Guise fut mis à la tête de l'armée, muni de pouvoirs aussi illimités qu'auparavant; Henri avait reçu de ses sujets des subsides assez considérables pour avoir à ses ordres une armée nombreuse et bien entretenue , tandis que Philippe , épuisé par les efforts extraordinaires qu'il avait faits la campagne précédente , avait été obligé de renvoyer pendant l'hiver une partie de ses troupes , et ne pouvait pas avoir une armée en état de tenir la campagne contre celle des Français. Le duc de Guise ne laissa pas échapper l'occasion favorable que lui offrait sa supériorité. Il investit Thionville, dans le duché de Luxembourg , place très forte sur les frontières des Pays-Bas, et très importante pour la France par sa proximité avec Metz; malgré la valeur opiniâtre des assiégés, elle fut obligée de capituler après un siége de trois semaines ?.

Mais ce succès, qui semblait devoir conduire à d'autres conquêtes, fut bientôt effacé par un événement qui se passa dans une autre partie des Pays-Bas. Le maréchal de Termes, gouver-

1 Keith, Æist. of Scotland, p.73. Append. , p. 13, Corps diplom., tom, V, p. 21.

2 Thuan., lib. xx, p. 690.

neur de Calais, ayant pénétré dans la Flandre saus trouver d'opposition, investit Dunkerque avec une armée de quinze mille hommes et la prit d'assaut le cinquième jour du siége, De là il s'avança vers Nieuport, dont il se serait bientôt emparé , si l'arrivée du comte d'Egmont à la tête d’une armée supérieure ne l'avait obligé de se retirer. Les troupes françaises , embarrassées du butin qu'elles avaient fait à Dunkerque, ou en ravageant le pays , ne pouvaient se mouvoir que lentement; d'Egmont , qui avait laissé derrière lui son gros bagage et son artillerie, marchait au contraire avec tant de célérité qu'il atteignit les Français près de Gravelines et les attaqua avec la plus grande impétuosité, De Termes, qui avait eu le choix du terrain , avait posté avantageusement ses troupes dans l'angle formé par la mer et l'embouchure de la rivière d’Aa; il reçut l'ennemi avec beaucoup de vigueur. La victoire resta quelque temps indécise. Les Français, prévoyant une destruction inévitable s'ils étaient battus dans un pays ennemi, se défendaient avec une bravoure désespérée qui contre-balançait la supériorité du nombre; mais un de ces accidens que ne peut prévenir la prudence humaine décida enfin le succès en faveur des Flamands. Une escadre de vaisseaux de guerre anglais qui croisait sur la côte, ayant été attirée par le bruit de la mousqueterie, vers le lieu de l'action, jusque dans la rivière d'Aa, et dirigeant sa grosse artillerie sur l’aile droite des Français, la rompit bientôt, et porta la terreur et la confusion dans toute l’armée. Les Flamands, animés encore par un secours si puis sant et si inattendu, redoublérent leurs efforts pour ne pas perdre l'avantage que leur offrait la fortune, et ne laissèrent pas à l'ennemi ke temps de se remettre de sa première consternation. La déroute des Français fut bientôt générale: près de deux mille hommes restèrent sur le champ de bataille; il en périt encore un plus grand nombre par la main des paysans, qui, pour se venger des ravages exercés sur leur pays, poursuivaient les fuyards et les masscraient sans pitié. Tous ceux qui échappèrenti ce carnage furent faits prisonniers, avec de Termes, leur général, et plusieurs autres off ciers de distinction t.

! Thuan., ‘ib. xx, p. C9.

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d'Egmo férieure tance de deux roi troupes, de bons et d’autr cédente , la fin leq dant et « l'un et le la guerre tre uni seule ba Saint-Qu centes venir au mandées triomphe rait à ordinaire ment élo qui dema jours ve ne voulai heureux ques , co sur la dé dans leu Carmoucl ner une 4 Tandi inaction

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Cette victoire signalée, dont le comte d'Egmont fut dans la suite si mal récompensé par Philippe, obligea le duc de Guise d'abandonner ses premiers projets, et de marcher en hâte vers la frontière de Picardie pour s’y opposer aux progrès de l'ennemi. Le désastre que venaient d'éprouver les troupes françaises donna un nouvel éclat à sa réputation , et fixa encore une fois sur lui les yeux de ses compatriotes, comme sur le seul général dont les armes eussent toujours été victorieuses ; ses talens, ainsi que sa fortune , les rassuraient dans le plus grand danger. Henri renforça l’armée du duc de Guise de détachemens tirés des garnisons voisines, et elle se trouva forte de quarante mille hommes. Celle de l'ennemi, après la jonction du comte d'Egmont et du duc de Savoie , n’était pas inférieure en nombre. Elles campèrent à la distance de quelques lieues l’une de l’autre; et les deux rois étant venus se mettre à la tête de leurs troupes, on s'attendait qu'après les vicissitudes de bons et de mauvais succès éprouvés de part et d'autre dans cette campagne et dans la précédente , une bataille décisive déterminerait à la fin lequel des deux rivaux devait avoir l'ascendant et donner la loi en Europe. Mais quoique l'un et l’autre fussent maîtres de terminer ainsi la guerre, ils ne purent se résoudre à commettre un intérêt si important aux hasards d’une seule bataille. Les journées malheureuses de Saint-Quentin et de Gravelines étaient trop récentes pour être oubliées, et le danger d'en venir aux mains avec les mêmes troupes, commandées par les mêmes généraux qui avaient triomphé deux fois des armes françaises, inspirait à Henri une réserve qui ne lui était pas ordinaire. D'un autre côté Philippe , naturellement éloigné de toutes les opérations militaires qui demandaient de la hardiesse , penchait toujours vers les mesures les plus prudentes ; et il ne voulait rien hasarder contre un général aussi heureux que le duc de Guise. Les deux monarques , comme par un accord mutuel, se tinrent sur la défensive , et, se fortifiant avec activité dans leurs camps, évitèrent toute espèce d’escarmouche ou d'engagement qui aurait pu amener une action générale.

Tandis que les armées restaient dans cette inaction , on parlait de paix dans les camps; et Henri et Philippe paraissaient disposés à rece-

voir toutes les ouvertures qui tendraient à la rétablir. Les royaumes de France et d'Espagne étaient , depuis cinquante ans, engagés dans des guerres presque continuelles, qui avaient coûté des sommesimmenses sans pro ‘aucun avantage considérable à aucun des deu, partis. Après des efforts extraordinaires et continus, fort au-dessus de ceux auxquels les peuples d’Europe étaient accoutumés avant la rivalité de Charles-Quint et de François [", les deux nations épuisées sentaient vivement le besoin d’un intervalle de repos pour rétablir leurs forces , et elles ne fournissaient plus qu'avec beaucoup de peine à leurs souverains les subsides nécessaires pour continuer les hostilités. Les dispositions particulières des deux rois concouraient d’ailleurs avec celles de leurs sujets. Philippe soupirait après la paix , parce qu'il brôlait du désir de retourner en Espagne ; accoutumé dès son enfance au climat et aux mœurs de ce pays il y était attaché par une si forte prédilection , qu’il se trouvait malheureux dans toute autre partie de ses états. Mais comme ni la décence ni sa propre sûreté ne lui permettaient de quitter les Pays-Bas et de hasarder un voyage en Espagne pendant la durée de la guerre , l'idée d'une paix qui lui laisserait la facilité de satisfaire ce désir ne pouvait manquer de lui être très agréable. Henri , de son côté, n'avait pas moins d'empressement de se voir délivré du fardeau et des embarras de la guerre, afin de pouvoir porter toute son attention et employer toute la force de son gouvernement à exterminer les opinions des réformateurs , lesquelles se propageaient avec tant de rapidité à Paris et dans les autres grandes villes de France, que leurs progrès commençaient à devenir redoutables pour l'église établie.

Indépendamment de ces considérations publiques et reconnues, qui résultaient de l’état desdeux royaumes en guerre, oudes dispositions personnelles de leurs souverains respectifs , il s'était formé à la cour de Henri une intrigue secrètequi contribua autant qu'aucun autre motif à accélérer et à faciliter la négociation de la paix. Le connétable de Montmorency, pendant sa captivité , voyait avec l'inquiétude jalouse d’un rival les succès rapides et la faveur toujours croissante du duc de Guise; il regardait chaque victoire remportée par celui-ci comme

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