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qu'on a faits avec eux. On ne peut donc point compter sur le dernier traité; ils y ont été for-
jour en jour les accroissemens du pouvoir de la France, et ils abandonneront à la fin une que-
cés par la nécessité des conjonctures présentes ; | relle qu'ils soutiennent avec des forces aussi inéils l’observeront avec négligence; ils le rompront |
sur les prétextes les plus frivoles. La France aura bientôt repris son ancien état d'opulence: elle est actuellement épuisée d'hommes et d’argent par une guerre longue et malheureuse; mois elle se relèvera en peu de temps de ses pe tes , elle se trouvera bientôt en état d'agir, et action lui deviendra nécessaire pour donner de a pâture à l'esprit inquiet et guerrier de ses peuples. Les princes lorrains, qui ont actuellement en France toute la direction des affaires, nourrissent la haine la plus envenimée contre la nation anglaise, Ils révoquent hautement en doute la légitimité de la naissance de la reine, et, en soutenant le titre et les prétentions de la reine d'Écosse, leur nièce, ils aspirent ouvertement à dépouiller Élisabeth de la couronne d’Angleterre. Ils ont dans cette vue travaillé à exclure les Anglais du traité de Cateau-Cambresis, et entrepris de faire séparément la paix avec l'Espagne. Ils ont engagé Henri Il à permettre à la reine d'Écosse, sa belle-fille, de prendre le titre et les armes de reine d'Angleterre. Ils ont sollicité et obtenu à Rome, même depuis la conclusion de la paix entre les deux royaumes, une bulle du pape qui déclare illégitime la naissance d'Élisabeth. Leurs entreprises ont été néanmoins pendant quelque temps suspendues par la sagesse du connétable de Montmorency ; mais aujourd'hui que la mort de Henri FF et la disgrave du connétable leur a laissé le champ libre, on doit s'attendre qu'ils se porteront aux plus grands excès, et l'on a tout à craindre de la fureur de ces ambitieux, armés du pouvoir souverain.
L'Écosse est le côté par lequel ils peuvent attaquer l'Angleterre avec le plus d'avantage. Une guerre sur les frontières de ce pays ne peut exposer la France à aucun danger : une bataille malheureuse peut mettre au hasard la couronne d'Angleterre et bouleverser le gouvernement de ce royaume. En fait de politique, il est puéril d'attendre que les desseins de l'ennemi soient parvenus an degré de maturité pour l’exécu'ion. Les nobles d'Écosse, après avoir fait les derniers efforts, ont été obligés de battre la retraite, et, bien loin d’être en état de chasser ces hôtes dangereux qui envahissent leur liberté, ils voient de
gales. L'invasion de l’Anpleterre suivra immédiatement la réduction des mécontens d'Écossr Élisabeth, en les abandonnant à la merci des Français, ouvre à ses ennemis le chemin dans le cœur de son royaume: elle l'expose aux calamités de la guerre; elle le met en danger de devenir la conquête de la France. Dans ces circonstances, le seul parti qu'on ait à prendre est donc d'aller au-devant de l'ennemi pendant qu'il est encore à quelque distance de l'Angleterre, de soutenir la congrégation avec une forte armée, de rendre l'Écosse le théâtre de la guerre, d'étouffer dans leur enfance les projets des princes lorrains, et, par un effort soudain et imprévu, de chasser les Français de la Bretagne avant qu'ils y aient pris racine, et qu'ils aient eu le temps d'élever leur puissance à un degré formidable, Cependant, comme cette affaire est infiniment importante, et qu'elle mérite la plus grande attention, elle doit être mûrement examinée; la sagesse doit présider aux délibérations, mais elles doivent être suivies d’une exécution prompte et courageuse ; le danger est pressant, un moment de perdu le rendrait inévitable !.
Cesraisonnemens solides firent tout leur effet sur l'esprit de la reine d'Angleterre, également jalouse de s'opposer à tous ceux qui pouvaient prétendre à sa couronne, et de procurer le bonheur et la tranquillité de ses sujets. Ces motifs l'avaient déterminée à envoyer fort à propos à la congrégation un secours d'argent : elle se détermina par les mêmes considérations à lui donner alors une assistance bien plus réelle et proportionnée au besoin présent. Un homme de la suite de Maitland fut aussitôt dépêché en Écosse avec les plus fortes assurances de la protection de la reine, et on manda aux lords de la congrégation d'envoyer des députés en Angleterre pour y conclure un traité, et pour concerter avec le duc de Norfolk les opérations de la cam pagne .
Cependant la reine régente, instruite des |
1 Les raisons que les Écossais employèrent pour obtenir le secours d'Élisabeth, sont exposées avec beaucoup de force dans un des papiers de Maitland. 4ppend., n° Il, p. 6 et suiv.
L Keith , 114.
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mployèrent pour obtexposées avec beaucoup le Maitlana. 4ppend.,
démarches de la congrégation, qui ne pouvaient pas rester long-temps cachées, craignait les suites, de ces négociations à la cour d'Angleterre, et prévoyait qu'il lui serait impossible de résister aux forces réunies des deux royaumes. Elle se détermina en conséquence à prévenir, :s’il était possible, la reine Élisabeth, et à hasarder, malgré la rigueur de la saison, d'attaquer les mécontens au moment où ils étaient dispersés et dans une situation désespérée. Elle espérait … ainsi mettre fin à la guerre avant l’arrivée des secours de l'Angleterre.
Un corps considérable de troupes françaises - qui venait encore d'être renforcé par l'arrivée du comte de Martigues, avec mille soldats vélérane et quelques escadrons de cavalerie, fut L. commandé pour marcher à Stirling, Ces troupes “passèrent le Forth, et avancèrent le long des côtes du comté de Fife, Pillant et ravageant vec fureur les terres et les maisons de ceux | “qu'ils regardaient comme leurs ennemis. Fife ! Était un des comtés. des plus peuplés et des plus Apuissans du royaume. Il était dévoué à la con- Grégation, qui en avait jusque-là tiré de grands “secours d'hommes et de provisions. Les Fran- | Mgais, en pillant le Pays pour punir les habitans “de leur attachement au parti des mécontens, ‘oulaient en mème temps se rendre maîtres de rs le fortifier, et laisser une garnison “Æapable de contenir les esprits mutins de Ja pro- | Mince, et de conserver la possession d'un port Witué sur l'Océan !, … Le prieur de Saint-André, le lord Ruthven, Kirkaldi de Grange, et quelques autres chefs des plus actifs de la Congrégation, rendirent en êtte occasion au Parti un service important, | r leur bravoure et leur bonne conduite. Avec cents chevaux qu'ils avaient rassemblés, ils | uiétérent les Français par des incursions conwelles; ils erlevaient jeurs quartiers
in , ils in- Merceptaient leurs convois de provisions , ils | faillaient en pièces les partis qui s'écartaient du
} gros de leur armée, et ils les harassèrent telle- & ment par ces alarmes répétées, qu'ils furent
MTS
* Saint-André, ville de 1 ur la côte du cumté de Fi ; tte ville est assez bien bâtie, dans une belle plaine :
le a un bon port. une université et un archevéché ; elle vait autrefois une citadelle
archevêque porte le titre
| répandre la terreur
| &ation, et qu'elle serait i
pendant plus de trois semaines sans pouvoir avancer,
À la fin.le prieur de Saint-André, trop faible Pour tenir plus long-temps la campagne, ‘fut obligé de se retirer. Les Français se débarrassérent de Kirkaldy, et commencèrent à marcher
le long .des côtes Pour gagner le château de Saint-André. Ils avaient à peine fait quelques milles, lorsque d'une éminence ils aperçurent une flotte nombreuse qui faisait route vers le golfe de Forth. Comme ils savaient que le marquis d'Elbeuf se préparait alors à faire voile en Écosse avec une armée nombreuse, ils conclurent aussitôt que ces vaisseaux venaient pour eux, et ils se livrèrent à des transports de joie immodérés , à la vue de ce secours si long-temps attendu. Ils firent des décharges de leur plus grosse artillerie pour’ saluer leurs amis, et pour parmi leurs ennemis, en leur annonçant l'arrivée de ce renfort. Mais un petit bâtiment qui avait pris terre à la côte opposée fit bientôt évanouir ce triomphe et ces espérances prématurées , en leur apprenant que cette flotte qu'ils voyaient était celle d'Angleterre, qu’elle portait des secours à ja congré-
ncessamment suivie par terre d'une armée formidable.
En parcourant les événemens du règne d'Élisabeth,, on voit que cette princesse eut toujours beauconp de prudence, mais qu’elle savait se décider à propos. La promptitude qu’elle mettait dans l'exécution de ses projets, son attention à ne les adopter qu'après une mûre délibération , rendent son gouvernement remarquable, autant par la vigueur que par la sagesse des opé-
rations. Lorsqu'elle fut déterminée à accorder sa protection éprouvèrent a tendue de son pouv tait pas de mettre terre; dans la crainte que, pendant l'hiver, les Français ne reçusse Voya sur-le-champ une forte escadre de croiser dans le golfe de For les instructions qu'elle donna ter, commandant de cette escadre , qu’elle vou- ! lait conserver quelques app : avec la France 2;
aux lords de la congrégation., ils ussitÔ! toute l'activité et toute l'éoir. La saison ne lui permeten Campegne ses troupes. de
nt quelque renfort , elle en- ; AVEC ordre th. Il paraît, par à l'amiral Wins-
arences d'amitié
; mais ces démonstrations n’a-
1 Knox, 202, — » Keith, Æppendir, àg,
vaient rien de réel. Il était ordonné à l'amiral H À d'attaquer les Français s'ils voulaient aborder en j Écosse, et de les en empècher à force ouverte.
{ + : L | C'était la vue de cette escadre qui avait causé | d’abord tant de joie aux Français, qui leur ins-
des effets de leur vengeance. Craignant d’être coupés et de ne pouvoir plus joindre leurs compagnons qui étaient au rivage opposé, ils se retirèrent vers Stirling avec la plus grande précipitation, par des chemins impratieables, et malgré la rigueur de la saison ; ils arrivèrent à Leith, harassés et excédés de fatigue LE
La flotte anglaise jeta l'ancre dans la rade de 3] Leith, et elle y resta jusqu'à la conclusion de la 1 D paix. Elle empécha la garnison de Leith de recef voir des secours de toute espèce, et elle facilita
1 - beaucoup les opérations de l'armée anglaise qui fut envoyée par terre.
Aussitôt après l'arrivée de la flotte d'Angle-
1 Knox, 203.
pira ensuite tant de terreur, et qui sauva Fife |
terre, les commissaires nommés par la congrégation se rendirent à Berwick, et ils y conclurent avec le due de Norfolk le traité qui fut le lien d’union des protestans avec la reine Élisabeth , et qui procura au parti de si grands avantages. Le principal objet des parties contractantes était d'arrêter les progrès rapides et dangereux des armes françaises en Écosse. Pour y parvenir, les Écossais s’engagèrent à ne jamais souffrir que leur pays entrât dans au- [RL] cune liaison étroite avec la France, et à se dé- (ni fendre jusqu’à la dernière extrémité contre |A | toute entreprise qu'on formerait pour conquérir A l'Écosse : Élisabeth promit, de son côté, de por- I RE ter une armée puissante en Écosse, destinée [ie pour le secours de la congrégation, et que les 4 Écossais tàcheraient de joindre avec toutes leurs
forces. On convint qu'aucune place ne resterait
l entre les mains des Anglais, et que toutes celles | Lil qu'on prendrait sur l'ennemi seraient ou rasées, ou gardées par les Écossais à leur choix. Si
l'Angleterre était menacée de quelque invasion,
d'Angleterre avant que son armée se mit en marche pour l'Écosse. Enfin les Écossais termi-
D'ÉCOSSE. (1560) naient le traité par toutes sortes de protestations d'obéissance et de fidélité envers leur propre reine, dans toutes les choses qui ne seraient
. point incompatibles avec leur religion et la li- | berté de la patrie !.
L'armée anglaise, composée de six mille hommes d'infanterie et de deux mille chevaux, et | commandée par le lord Grey de Wilton, entra | en Écosse dès le premier jour du printemps. | Les membres de la congrégation se rassemblè- , rent de toutes les parties du royaume pour aller : à la rencontre de leurs nouveaux alliés. Lorsqu'ils les eurent joints avec une suite très nombreuse, ils marchèrent tous ensemble vers Leith. | Les Français n'étaient pas assez forts pour tenir la campagne devant un ennemi aussi supérieur
qu'on envoyait à leur secours ; avait été dispersé par une tempête violente ; tne partie des vaisseaux de transport avait échoué sur les côtes
de la France, et les autres avaient eu bien de la ! peine à regagner les ports de ce royaume? | Mais les Français espérèrent qu'ils pourraient {
défendre Leith, jusqu’à ce que les princes lorrains eussent réalisé les promesses magnifiques qu'ils leur avaient faites et qu'ils renouvelaient tous les jours, ou bien jusqu'à ce que les Anglais fussent obligés par la disette de provisions de se retirer dans leur pays. Pour les y forcer, ils pillèrent et ravagérent les campagnes des environs ; coutume barbare, mais autorisée par les lois de la guerre pour arrêter une incursion et couper les vivres à l'ennemi *. Cependant le zèle de la nation fit échouer leur projet. Le peuples s'empressèrent de contribuer de tou leur pouvoir à repousser l'oppression , et ils vuvrirent tous leurs magasins de réserve pour soutenir leurs défenseurs. Les comtés voisin fournirent en abondance toutes les choses nt: cessaires, et les Anglais, au lieu de manqu de subsistances, trouvèrent leur camp remf!
: | les Écossais s’obligeaient de secourir Élisabeth | ché, que depuis long-temps on ne les avait vu é | A avec une partie de leurs forces, et pour assu- à si bas prix dans cette partie du royaume 4 | 1EE) rance de leur fidélité à observer le traité, ils Aux approches de l'armée anglaise, la rein! We [TE s'engageaient à donner des otages à la reine régente se retira dans le château d'Édimbour, !
1 Knox, 217.— ? Mém. de Casteln., 450.
5 Knox, 225. — ‘ /bid,
en nombre. Un corps de troupes considérable |
de toutes sortes de provisions, et à si bon mar à È
Sa santé était dans un état déplorable; elle avai 4
l'âme abattue cès de son à gers et la fat sous la prote:
avait toujour son amour pe concilié l'esti avec tout l'h dus, mais il avec elle une ser la sûreté mandement !
Les Anglai en Écosse, fi garnison, qui » presque à mi » siéyyeans. Les pérés, et leur Les historien constances de ces auteurs n rience dans l’ sont très imp rité, que, vul tent pas assez Les França : du mont de E distance de la ” principalemer les chargea :
cette occasion “ques jours ap “gros détache
chées des Ang Qrne partie de coup de mont
és .
“avaient faite Blais ne furer ve qu'ils fr Ïs y éprouvè çais, et ils fu sidérable. Le portées par
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1 Forbe’s Co
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eau d'Édimbour !
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teln., 450.
l'âme abattne et consternéy par les mauvais succès de son administration. Pour éviter les dangers et la fatigue d’un siége, elle alla se mettre sous la protection du lord Erskine, Ce seigneur avait toujours gardé la neutralité; sa probité et son amour pour la patrie lui avaient également concilié l'estime des deux partis, Il reçut lareine avec tout l'honneur et le respect qui lui étaient dus, mais il eut soin de ne pas laisser entrer avec elle une suite assez nombreuse pour exposer la sûreté du château, dont il avait le commandement !.
Les Anglais, peu de jours après leur arrivée
* en Écosse, firent l'investissement de Leith. La
garnison, qui s'était renfermée dans la ville, était
| presque à moitié aussi forte que l'armée des as-
siégeans. Les Français se défendirent en désespérés, et leur résistance rendit le siége fort long.
* Les historiens contemporains ont écrit les cir-
constances de cette expédition, mais on voit que ces auteurs n'avaient ni connaissances ni expérience dans l’art de la guerre. Leurs relationé sont très imparfaites et mêlées de tant d’obscurité, que, vula distance des temps, elles ne méritent pas assez d'attention pour être rapportées.
Les Français essayèrent d'abord de s'emparer du mont de Hawk, colline qui s'élève à quelque
distance de la ville; mais ils en furent délogés 3 ? 2x7 » principalement par la cavalerie écossaise, qui
les chargea vigoureusement. Leur perte dans cette occasion fut très considérable; mais quelques jours après, ayant fait une sortie avec un gros détachement, ils entrèrent dans les tranichées des Anglais, les en chassèrent, enclouèrent une partie de leur canon, et leur tuèrent beaucoup de monde. La perte des Anglais se monta au moins au double de celle que les Francais avaient faite dans l'action précédente. Les Anlais ne furent pas plus heureux dans la tentalive qu'ils firent de prendre la place d'assaut.
Ds y éprouvèrent encore le courage des Fran-
çais, et ils furent repoussés avec une perte con-
portées par les historiens du temps, fait bien apercevoir le caractère différent des troupes françaises et des troupes anglaises. Les premiè-
Lres exercées aux armes sous ces règnes féconds
en événemens de François I" et d'Henri Il, se
1 Forbe’s Collect., vol. 1, 503. Keith, 122,
sidérable. Le détail de ces circonstances , rap- |
défendaient non-seulement avec bravoure, mais encore avec toute l'habileté de soldats vétérans. Les autres, plus accoutumées à vivre en paix, avaient toujours cette valeur, cette intrépidité particulières à la nation; ils se battaient en désespérés, mais ils ne donnaient guère de preuves de génie militaire ni d'expérience dans l'art de la guerre : il est évident que tous les contretemps, tous les malheurs qu'ils éprouvèrent durant le cours de ce siége, ne vinrent que de fautes grossières de leur part. Le succès des as- | Siégés dans leurs sorties doit être attribué à la : sécurité et à la négligence des Anglais. Plusieurs | de leurs officiers étaient absens : leurs soldats | avaient quitté leurs postes, et les tranchées n'é- | taient presque point gardées. Les échelles dont | on avait fait provision pour l'assaut staient beau- | COUP trop courtes, et les troupes commandées | Pour des coups de main ne furent point soute- | nues. Les tranchées avaient d'abord été ouvertes dans un endroit qui n'était pas convenable : et comme on fut obligé de changer de terrain, | tout le travail et tout le temps qu'on y avait | employés furent perdus. La faiblesse des généraux anglais ne contribua pas moins que la vigueur de la garnison française à ralentir les progrès des Anglais. Quoique la longueur du siége et un accident de feu qui brûla plusieurs magasins des assiégés aient réduit les Francais à la dernière extrémité, dans l'attente d’un ven- ! fort ils soutenaient cette situation avec une fl meté inébranlable.
Pendant que les espérances et le courage des Français prolongeaient le siége si fort au-delà du terme qu'on y avait donné, les chefs des protestans ne restaient pas dans l'inaction. Ils travaillaient à cimenter leur union et à fortifier le parti par de nouvelles confédérations. Ils ratifiérent publiquement le traité conclu à Berwick avec l'Angleterre, et ils prirent des mesures pour affermir leur alliance avec cette couronne et pour la rendre indissoluble. On trouve dans les actes faits à ce sujet la signature du comte de Huntly et celle de plusieurs autres seigneurs qui jusqu'alors n'avaient concouru à aucune des démarches de la congrégation !. Quelquesuns de ces lords, et nommément le comte de : Huntly, restaient toujours attachés à l'église ro-
| 1 Burn., vol. Ill, 287. Knox, 221,
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maine; mais dans cette occasion ils ne furent arrêtés ni par leurs sentimens sur la religion , ni par lès maximes de prudence qu'ils avaient d'äbiord adoptées; le ressentiment et l'indignation générale contre la l'rance prévalurent, et ils'se laissèrent entraîner par ce torrent f.
La reine régente, qui devait plutôt ètre regardée comme l'instrument que comme la cause
principale des malheurs dont l'Écosse était alors |
accablée, mourut pendant lé plus fort du siége de Leith. Jamais princesse ne posséda des qualités plüs propres à illustrer une administration, et à rendre des peuplés heureux. Elle avait autant d'adresse que de pénétration; elle alliait la prudence avec un courage qui allait jusqu'à l'intrépidité; ‘elle’ était douce et humaine sans
faiblesse, zélée pour sa religion, mais ne don- | nant point dans la bigotcrie; exacte à faire ren- | dre la justice, mais éloignée de toutes les voies | derigueur. On peut néanmoins lui reprocher |
d'avoir été trop dévouée aux intérêts de la France, son pays natal, d’avoir eu pour les princes lorrains ses frères, un attachement sans réserve ; et qui était dévenu une espèce de passion. On la vit en effet sacrifier à ces deux objets de son affection, toutes les maximes dé sagesse et d'humanité que la bonté de son caractère lui aurait fait adopter. Mais ces circonstances de sa vie qui obseurcirent toutés ses grandes qualités, qui firent lé malheur de son gouvernement, et qui rendirent même son nom odieux, peuvent encore être attribuées plutôt à un excès de vertu qu'aa penchant pour le vice. Elle eut le malheur de survivre ‘rop long-temps à cette réputation, à cet amour du peuple, qui lui avaient frayé le chemin à la place du royaume la plus élevée.
Ellé déshonora 'lés dernières années de son ad-
1 La‘terreur qu'on avait conçue’ du pouvoir de la France: l’emporta; en:bien des occasions; sur'lé zèle que les nobles catholiques avaient pour leur religion. On le voit évidemment par les mémoires dont Burnet fait mention dans son Æistoire de la Réformation, vol. I, p. 281} et publiés par ce même autéur däns l'Æpp., p. 278. On aperçoit :enconeavec: plus de certitude ; dans les instructions données par la reine Élisabeth à Randolph, son agent en Écosse, que plusieurs papistes zélés pensaient que l’aHiance avec l’Anglétérre était nécessaire pour là conservation dé la ‘liberté et dé'i’indépendante du royaume, (Keith,158.) Hantly\lui-mêmeavait commencé: à lier une correspondance avec les ministres d'Élisabeth, avant que
l’armée anglaise se mit en marche pour entrer en Écosse. |
Haynes's Papers, 261, 263, Append., n° IX, p. 23, 24.
HISTOIRE D'ÉCUSSE
| ministration par’ des actes de fausseté et par |
quelques autres de sévérité, qui lui firent perdre’
| l'affection d'un peuple qui avait autrefois en | elle une confiance sans bornes. Cependant ses | ennemis mêmes attribuèrent toujours ses actions | les plus inexcusahles à son trop de facilité, et | jamais à la dépravation de son naturel. Ils accu- | sèrent les princes lorrains et les conseillers fran- | çais d’emportement et de cruauté, mais ils don: | nèrent toujours à la reine les éloges qu’elle | méritait par sa prudence et par sa modération !. | Quelques jours avant sa mort, elle demanda une entrevue avec lé prieur de Saint-André, le comte d'Argyll, et d'autres chefs de la congrégation. | Elle déplora avec eux les’ suites fâcheuses des conseils violens qu'elle avait été forcée de suivre; et, avec la franchise d’une âme généreuse, elle avoua les fautes qu'elle avait commises pendant sa régence, et elle en demanda pardon à ceux qui en avaient reçu quelque préjudice ; mais elle | donna en même témps cet avis aux chefs dé la congrégation, qu'au milieu des débats'pour la | défense de la liberté, parmi lé tumulté dés armes, ils ne devaient jamais perdre de vue la fidélité et la soumission dues à leur souverain ?, Elle se prépara ensuite à la mort par des méditations et des exercices de piété; elle demanda | même l'assistance de Willox, l’un des plus fameux prédicateurs parmi les réformés ; elle écouta ses instructions avec beaucoup de res- | pect et d'attention 3; enfin elle vit approcher le terme fatal avec une constance admirable et la plus p «faite résignation.
Il ne restait plus de ressourcés aux Français enfermés dans Leith, que la prompte conclusion d'un traité de paix, ou l’arrivée d'une forte armée du continent. Les princes lorrains promettaient depuis long-temps ces secours aux gens de leur parti en Écosse, et ils soutenaient
tion des affaires de France les: força à la fin de se prèter à des projets de pacification pour lesquels ils avaient eu jusqu'alors tant d'éloignement! et ils n’y furent engagés, ni par latterreur des armes anglaises, ni par les représentas tions des mécontens d'Écosse. Les protestant formaient alors en France un parti formidablé par le nombre et encore plus par la valéur-et le
1 Buchanan, 324. — ? Lesly, de Re. gest, Scoi., 222 5 Knox, 228.
ainsi léur courage et leurs espérances. La situa:
génie ent:
les avait ti conduite à tant la ré religion e saient. Le:
du danger doctrine , par la terr ment desi «1 se déterm “04 défendre, hardi les ils imput:
0 mesures d "2 parti prot | premières leur indigr conspiratic de la rébel
vers le roi.
prince lon:
à Ils découvr mais On af mer, prèfs
à royaume,
À désolation tances les perdre tou
4 de restrein
et la dignit d'envoyer Lils se trouv ces vieilles royaume {.
Dans de “négocier d rinces lor.
de Valence
et peut-êtr à mais occu doyen dé C négociatior règries con
1 Lesly, 22
ausseté et par ui firent perdre” it autrefois en Cependant ses jours ses actions \ de facilité, et aturel. Ils accuonseillers frañ- €, mais ils don:
éloges qu'elle a modération !.
le demanda'une André, le comte a congrégation.
s fàcheuses'des reée de suivre; généreuse, elle mmises pendänt | pardon à ceux judice ; mais elle aux chefs de la s débats'pour la le tumulte dés perdre de vue la leur souverain ?, rt par des médié; elle demanda , l'un des plus s réformés ; elle eaucoup de res-
vit approcher le PM
: admirable et la
cés aux Français >mpte conclusion ivée d'une forte es lorrains proces secours aux et ils soutenäient rances. La situa:
força à la fin de ication pour less tant d'éloignenipar la terreut les représénta Les protestan parti formidablé ar la valéur et le
ed. gest. Scci., 222
génie entreprenant de leurs chefs. François 1] les avait traités avec une extrème rigueur, et sa conduite à leur égard annonçait à chaque instant la résolution où il était de détruire leur religion et de perdre tous ceux qui la professaient. Les protestans furent alarmés à l'aspect du danger qui menaçait leurs personnes et leur doctrine, mais ils ne se laissèrent point vaincre par la terreur. Le zèle de religion , le ressentiment des injures, les anima à un tel point , qu'ils se déterminèrent à prendre des mesures pour se défendre , et mème à prévenir par quelque conp hardi les projets de leurs ennemis; et comme ils imputaient aux princes lorrains toutes les
+ mesures de violence que le roi prenait contre le M parti protestant , ils les désignèrent comme les
premières victimes qu'ils devaient sacrifier à leur indignation. Telle fut l'origine de là fameuse
conspiration d’Amboise, qui ne fut le fruit ni
de la rébellion ni d'un manque de fidélité jen-
| vers le roi. La vigilance et la bonne fortune des | prince lorrains les préservérent de ce danger. } Ils découvrirent et déconcertèrent le complot ;
mais on apercevait de nouveaux orages se former, prêts à fondre sur toutes les provinces du
à royaume, et à y porter toutes les horreurs et la
désolation d'une guerre civile. Dans ces circonstances les princes lorrains furent obligés de perdre toute idée de conquêtes étrangères, et de restreindre leur ambition à sauver l'honneur et la dignité de la couronne de France ; bien loin d'envoyer de nouveaux renforts en Écosse, ils se trouvèrent dans l'obligation d’en rappeler
ces vieilles troupes qui avaient servi dans ce royaume {,
Dans des conjonctures si délicates, et pour égotier des affaires de cette importance, les rinces lorrains firent choix de Monluc, évêque de Valence, et du sieur de Rancan. Comme ces Beux ministres, et particulièrement le premier,
aient regardés comme les plus adroits et les plus fins négociateurs de leur'temps , Élisabeth nomma de son côté Cecil, son prémier ministre, et peut-être l'homme le plus'capable qui eût jà-
Jrmais occupé uné telle place, avec Wolton,
doyen dé Canterbury, qui avait vieilli däns les négociations , et qui avait été employé sous trois règnes consécutifs. Les affaires entre les cours
1 Lesly, 224,
de France et d'Angleterre furent bientôt terminées par ces hommes d'une expérience con:
sommée. La France ne fit aucune difficulté de retirer ses troupes de l'Écosse, et comme ce point avait été le principal motif de la guerre, les autres farent bientôt décidés , et'ne dornè rent pas lieu à de longues discussions:
Les griefs de la congrégation et les demandes: que les protestans faisaient à leur souverain pour en obtenir le redressement prirent un:
temps plus considérable. La matière était délicate, les négociations’ demandaient beaucoup de dextérité. Après tant d'entreprises, crdonnées par le roi et la reine, et qui teudaient ou: vertement à renverser l’ancienne constitution et à détruire la religion réformée, les nobies d’Écosse, qui avaient embrassé cette doctrine, ne pouvaient passe croire en sûreté, si l'on ne mettait quelque barrière nouvelle pour arrêter, à l'avenir, lès usurpations de l'autorité royale. L'embarras était de procéder, en cette occasion; par des voies légitimes. Les ambassadeurs de: France pensaient qu’un traité avec des sujets, et avec des sujets rebelles, était une condescendance indigne de la majesté du trône. Leurs scrupules sur ce point auraient aussitôt rompu toutes les négotiations, si l’'empressement égal des deux partis pour la paix n'avait fait imaginer un expédient par lequel on espérait pourvoir à la sûrèté des sujets sans déroger à l'honneur du prince. Les nobles d'Écosse consentirent à ne point parler de droits ni de priviléges, et à recevoir, à titre de grâce, ce qu’ils obtiendraient du souverain. Tous lés articles nouveaux dez mandés par les nobles , tant par inquiétude pour leur sûreté personnelle que par zèle pour leur liberté, furent accordés au nom de: François et dé Marie, comme des actes d'indulgence et de munificenceroyale, Mais pour queces concessions ne parussent point précaires ni sujettes à être révoquées par la même autorité d'où elles étaient émanées , les ambässadeurs de- France jugèrent à propos de les insérer dans le:traité fait avec Élisabeth , pour obliger ainsi le roi et la reine d'Écosse à observer inviolablement l'accord fait avec leurs sujets.
Les historiens contemporains qui ont donné le détail de cette transaction confondent les
1 Keith, 134, etc.
concessions de François et de Marie à leurs sujets, avec le traité fait entre la France et l’Angleterre. Ce dernier, outre la ratification des précédens traités entre les deux royaumes, et les stipulations par rapport au temps et à la manière de retirer d'Écosse les troupes anglaises et françaises, contenait un article auquel nous aurons souvent occasion d'avoir recours, parce qu'il est la source de plusieurs événemens importans. Le droit d'Élisabeth à la couronne d'Angleterre y était reconnu dans les termes les plus forts ; Francois et Marie s'engageaient solennellement à ne jamais prendre à l'avenir le titre et les armes de roi et de reine d'Angleterre,
Si cet article fut honorabie pour Élisabeth , les conditions qu’elle obtint pour les Écossais , ses alliés , ne leur furent pas moins avantageuses. Monlue et Randan convinrent, äu nom de François et de Marie, des articles suivans : Que les troupes françaises qui étaient en Écosse en sortiraient incessamment et seraient renvoyées dans leur pays, et qu'à l'avenir on ne ferait point entrer de troupes étrangères dans le royaume sans en avoir auparavant donné connaissance au parlement . et avoir obtenu son consentement ; que les fortifications de Leith et de Dumbar seraient au plus tôt rasées, et qu'on n'en élèverait point de nouvelles sans la permission du parlement ; qu’on tiendrait un parlement le premier jour d'août , et que cette assemblée serait regardée à tous égards comme aussi légitime que si elle avait été convoquée par le commandement exprès du roi et de la reine ; que ; conformément aux anciennes lois et coutumes du pays , le roi et la reine ne pourraient , ni déclarer la guerre, ni conclure la paix sans le concours du parlement ; que, pendant les absences de la reine , l'administration du gouvernement serait commise à douze personnes qu’on choisirait sur vingt-quatre proposées par le pariement, et dont sept seraient nommées par la reine et cinq par le parlement ; qu’à l'avenir le roi et la reine n’élèveraient point d'étrangers aux places de confiance et de dignité dans le royaume, et qu'ils ne donneraient les offices de trésorier et de contrôleur des finances à aucun ecclésiastique ; qu’on passerait, dans le parlement suivant , un acte d'amnistie, portant abolition de tous crimes et de toutes offenses commis depuis le 6 mars 1658, et que cet acte serait
ratifié par le roi et la reine; que le roi et la reine ne pourraient point, sous prétexte de punir aucune offense contre leur autorité pendant cet espace de temps, chercher à priver aucun de leurs sujets des offices, bénéfices ou biens qu'ils possédaient actuellement ; et que les réparations dues aux ecclésiastiques pour les dommages et préjudices qu'ils avaient soufferts pendant les derniers soulèvemens seraient absolument du ressort du parlement. Quant aux disputes de religion, les ambassadeurs déclarèrent qu'ils ne voulaient point prendre sur eux de les décider, mais qu'ils consentaient à ce que le parlement , dans sa première assemblée, examinât les points de controverse, et en dit son avis au roi et à la reine.
Les lords de la congrégation , par leur courage et par leur persévérance, amenërent à ce point mémorable une entreprise qui dans ses commencemens annonçait une issue bien différente. Le parti, faible et mîme méprisable dans ses commencemens , s’accrut par degrés et parvint à un haut degré de puissance. Favorisé par quelques événemens heureux , il vint à bout de repousser tous les efforts de la reine, soutenue même par les forces d'un royaume encore plus puissant. L'autorité souveraine fut, par ce traité, remise entièrement entre les
mains de la congrégation; les prérogatives li- Mi
mitées que la couronne avait jusqu’alors-pos-
sédées furent totalement anéanties, et le gou- |
vernement aristocratique, qui avait toujours été le système dominant dans le gouvernement d'Écosse, devint suprême et absolu. L'influence de la France , qui avait eu pendant long-temps un si grand poids dans les affaires de l'Écosse, fut aussi considérablement affaiblie par ce même traité. On y réprimait, pour le temps présent, les
projets d’usurpation d'un allié ambitieux, et l'on À se précautionnait contre ceux qu’il pourrait 'A
former dans la suite , en se liguant avec l’Angleterre. Les points disputés en matière de religion étant soumis à l'examen du parlement,
les protestans pouvaient espérer d'obtenir les |
décisions les plus favorables aux opinions qu'ils avaient embrassées,
Peu de jours après la conclusion du traité, les troupes anglaises et françaises sortirent de l'Écosse.
Tout le royaume avait les yeux sur la pro-
chaine convoq des con des ma!
tous le avec les Suive ment d’ proprer posé de quelque blaient vaient leurs re de ce dr qui, su une sui le peu d régulier pouvoir taient à diminut extrème registre quillité de dépu lement, abandor sie, l’a ment a les cas e la libert la violer
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ambitieux, et l'on à ux qu'il pourrait à
iguant avec l’Anen matière de reen du parlement, érer d'obtenir les
ux opinions qu'ils ne
clusion du traité,
çaises sortirent de
yeux sur la pro-
chaine assemblée du parlement. Une assemblée convoquée d'une manière siextraordinaire, dans des conjonctures si critiques , pour délibérer sur des matières d'une si grande importance, tenait tous les esprits en suspens, et était attendue avec les plus grandes inquiétudes.
Suivant le génie aristocratique du gouvernement d'Écosse, le parlement de ce royaume était proprement l'assemblée des nobles. Il était composé des évêques , des abbés , des barons et de quelques députés des bourgs, qui se rassemblaient dans une maison. Les petits barons pouvaient y assister, soit en personnes, soit par leurs représentans , mais ils usaient rarement de ce droit. La dépense de cette sorte de service, qui , suivant la mode du temps, se faisait avec une suite nombreuse de vassaux et de sujets ; le peu d'attention de ce siècle pour tout système régulier de gouvernement ; et plus que tout, le pouvoir exorbitant des grands nobles, qui s'étaient arrogé toute l'autorité, avaient tellement diminué la valeur de ce privilége, qu'il était extrèmement négligé. On voit par les anciens registres, que dans des temps de paix et de tranquillité , il n'y avait qu'un très petit nombre de députés des bourgs qui se rendissent au parlement, et presque aucun des petits barons. On abandounnait alors , sans scrupule et sans jalousie, l'administration ordinaire du gouvernement au roi et aux grands barons. Mais dans les cas extraordinaires, lorsque les déb:ts pour la liberté s'échauffaient et se portaient jusqu’à la violence, lorsqu'on se trouvait en opposition
L'amour de la liberté civile et de la liberté de conscience était devenu la passion dominante de toute la nation, et ne permettait qu'à très peu de personnes de rester spectateurs désintéressés d'une assemblée dont les actes devaient , selon toutes les apparences, être décisifs par rapport à ces deux objets. Les citoyens accouraient de tous les coins du royaume, déterminés à soutenir de leurs voix dans le sénat cette même cause
: qu’ils avaient défendue les armes à la main en
pleine campagne. La cour des pairs temporels et spirituels se trouva complète , et il y vint en core desreprésentans de presque tous lesbourgs, et plus de cent barons, qui, quoique de la classe inférieure, étaient néanmoins des nobles des plus distingués dans la nation, tant par le rang que par la fortune t,
Le parlement était sur le point d'entamer ses délibérations avec tout le zèle dont ilétait animé, lorsqu'il s’éleva une difficulté au sujet de la légitimité de l'assemblée. Il n'avait point paru de commissaire de la part du roi et de la reine, et ils n'avaient point encore fait signifier leur consentement et leur approbation. Bien des gens re-
‘ gardaient ces formalités comme essentielles à
‘ avec le souverain, et que la fermentation des es- !
pritsétait portéeau plus haut point, les bourgeois et les petits barons sortaient de leur inaction, et paraissaient pour soutenir les droits de leur patrie. On voit dans le règne tumultueux de Jacques IL plusieurs exemples qui justifient cette observation !. Les projets téméraires de ce prince faible et mal conseillé excitèrent contre lui l'indignation publique, et amenérent au parlement un très grand nombre de petits barons , outre les nobles du premier ordre et les prélats qui étaient accoutumés de s’y rendre. Les mêmes raisons appelérent au parlement,
| qui se tint le 1° août , une affluence d'hommes detous les états qui n'y était point ordinaire,
1 eith, 147.
l'existence d'un parlement. Mais on opposait à cette opinion les termes exprès du traité d'Édimbourg, par lequel cette assemblée était déclarée aussi valable, à tous égards, que si elle avait été convoquée et assignée par exprès coñmandement du roi et de la reine. Comme les adhérens de la congrégation étaient en beaucoup plus grand nombre que leurs adversaires , ce dernier sentiment prévalut. Les chefs les plus audacieux du parti, et qui passaient pour avoir le plus de
! ferveur, furent choisis pour lords des articles.
Ils formèrent , suivant l’ancien usage, un comité qui eut toute l'influence qui lui appartenait autrefois dans le parlement d'Écosse. Les délibérations des lords des articles se firent avec la plus parfaite unanimité et le zèlele plusardent. L'acte d'amnistie, la nomination des vingt-quatre personnes parmi lesquelles on en devait choisir douze pour former un conseil revètu de l’autorité suprême, et toutes les autres choses prescrites par le dernier traité, ou qu'on jugea nécessaires pour en assurer l'observation, passérent sans aucun débat ni délai. L'article de
' Keith, 146.
la religion demanda plus de temps et rencontra de plus grandes difficultés. Il fut présenté au parlement par une requête au nom de ceux qui avaient adopté les principes de la réformation. Ils prétendaient que plusieurs dogmes de l'église papiste choquaient la raison et déshonoraient la religion, que la discipline de cette église était corrompue et tyrannique, et que les revenus des ecclésiastiques étaient exorbitans et mal employés. Les protestans firent sur tous ces points les représentations les plus vives, et avec tout le fiel que les absurdités et les vues pernicieuses qu'ils reprochaient à l’église romaine avaient porté dans leurs âmes. Encouragés par le nombre et par le zèle de leurs amis, ils cherchèrent à profiter d’une conjoncture aussi favorable pour renverser tout l'édifice du papisme, et ils suppliérent le parlement d'interposer son autorité pour réprimer ces abus multipliés t, Il y avait dans le parlement plusieurs prélats, partisans zélés des anciennes opinions. Mais pen- * dant que les protestans agissaient avec tant de vigueur , ces prélats restèrent confondus, étonnés, et gardèrent constamment un silence qui fut fatal à leur cause. Ils crurent qu'il était impossible d'arrêter ou de détourner ce torrent de zèle religieux pendant qu'il était encore dans tonte sa force; ils craignirent que leur opposi: tion n'irritât leurs adversaires, et n’excitât de nouveaux actes de violence; ils espéraient que le roi et la reine trouveraient bientôt l'occasion de réprimer l'insolence de leurs sujets, et qu'après les premiers éclats de cet orage, la tran: quillité et le bon ordre pourraient être rétablis dans l’église et dans le royaume. Peut-être voulaient-ils sacrifier la doctrine et même l'autorité de l'église à la sûreté de leurs personnes et à la conservation des biens qui étaient toujours entre leurs mains. Enfin, quels que fussent les motifs de leur conduite, ce silence extraordinaire fut pour les protestans un grand sujet de ‘riomphe. Ils crurent y voir le désaveu tacite d'une mauvaise cause; ils en prirent une nou: velle audace, et ils se portèrent avec plus d’ardeur et de courage que jamais à l'exécution de leurs desseins 2.
Le parlement ne crut pas devoir s’en tenir à condamner simplement les dogmes allégués
*Knox, 237, — * Zbid., 233.
dans la requête des protestans. I fit plus :il approuva par un acte la profession de foi qui ‘ui fat présentée par les ministres protestans f, et qui était composée, comme on pouvait s'y attendre en de pareilles circonstances , dans la vue de tourner en ridicule les opinions et les pratiques de l'église romaine. Par un autre acte, la juridiction des tribunaux ecclésiastiques fut abolie, et la connaissance des affaires qui étaient ci-devant portées à ces tribunaux fut attribuée aux juges séculiers 2. Un troisième statut défendait l'exercice dû culte religieux suivant les rites de l'église romaine. La rigueur des injonctions du parlement pour assurer l'observation de cette loi fait apercevoir toute la chaleur qui régnait dans cette assemblée. La première transgréssion emportait la perte des biens et une punition corporelle, la volonté du juge; le bannissement'était la peine de la récidive; le troisième violement de la loi devenait un crime capital 3, Tel était le génie des hommes de ce siècle. Ne connaissant ni les règles d'une sage tolérance ni les lois de l'humanité, ces mêmes hommes, qui venaient de se soustraire à la tyrannie ecclésiastique , se portérént avec une précipitation indécente à imiter ces exemples de sévérité qui avaient excité de leur part de si justes plaintes. La vigueur des statuts du parlement renversa en peu de jours l'ancien système de religion établi depuis tant de siècles. Les nobles se portèrent à la réforme de la doctrine et de la discipline de l'église avec une ardeur égale à celle de Knox lui-même, et ils surpassérent toutes ses espérances. Mais leurs procédés rapides et impétueux, par rapport à ces deux objets, se ralentirent sur l'examen des revenus ccclésiastiques, et on les vit affecter des délais: lorsqu'il fat question de délibérer sur ce point. Plusieurs laïques étaient déjà enrichis des dépouilles de l’église; les autres dévoraient en espérance tous les riches bénéfices auxquels on n'avait point encore touché. Les: changemens faits dans la religion procurèrent mème à plusieurs ecclésias. tiques constitués en dignité l’occasion de satisfaire leur avarice et leur ambition. La démolition des monastères avait rendu la liberté à tous: les religieux qui y étaient confinés, et presque tous avaient pris quelque emploi séculier, Les ab-
Knox , 233. — * Keith, 152. — 5 Knox, 254.
bés qu cipes d deles ; de tou avaient ception dées à prédice revenu:
nistres tien d égalèm ces-bie prévalu leur au chèrent zèle doi mé , ul bien au très sen les virer ques d' personr rement de la p des sen pour l’a neur de Il s’él parleme difficult comme gnés, ét dimbour nerait l’ ses senti Cepend:
au souv supplica autant d tement !
royaumi le systèr versé, e mateurs semblan aux acte
1 Keith, * Appei
Lit plus :il apn de foi qui ‘ui protestans !, et pouvait s’y atces, dans la vue ns et les pratiautre acte, la stiques fut aboires qui étaient x fut attribuée 1e statut défensuivant les rites des injonctions rvation de cette ur qui régnait etransgréssion et une punition e; le bannisse- ‘e; le troisième crime capital 3, le ce siècle. Ne sage tolérance mes hommes, la tyrannie ece précipitation de sévérité qui ustes plaintes.
ment renversa ie de religion nobles se pore et de la disr égale à celle ssérent toutes lés rapides et eux objets, se nus ecclésiastilélais. lorsqu'il int: Plusieurs pouilles de l’é- 'spérance tous n'avait point faits dans la eurs ecclésias::
sion de satisn. La démoliliberté à tous s, et presque ulier. Les ab-
ox, 254.
bés qui avaient embrassé par conviction les prin- ! suppléèrent au défaut de formalité , et ces nou.
cipes de la réforme, ou qui avaient eu l'adresse deles adopter par politique, s'étaient emparés de tous.les revenus de la communauté ,et les avaient appliqués à leur usage particulier, à l'ex-
dées à des moines d'un âge fort avancé !. Les prédicateurs de la réforme demandaient que ces
revenus fussent employés à l'entretien des mi-
nistres, à l'éducation de la jeunesse et au soutien des pauvres. Cette proposition effrayait également les gens de tous états qui retenaient ces-biens. Ils s'y opposèrent avec chaleur; ils prévalurent aisément par leur nombre et par leur autorité dans le parlement, et ils empéchèrent que cette demande ne fût écoutée 2. Le zèle dont les premiers réformateurs étaient animés , une noblesse de sentimens qui les mettait bien au-dessus de ce vil intérêt, les rendirent très sensibles à la bassesse de leurs adhérens. Ils les virent avec indignation débuter par ces marques d’avarice et d'attachement à leur intérêt personnel. Knox, dans ses écrits, se plaint amèrement des refus dédaigneux qu'il eut à essuyer de la part de bien des gens de qui il attendait des sentimens plus généreux, et plus de zèle pour l'avancement de la religion et pour l'honneur de ses ministres 3,
Il s’éleva une difficulté au sujet des actes du parlement qui concernaient la religion. Cette difficulté, frivole en elle-même, et regardée comme de peu d'importance dans ces temps éloignés, était fondée sur les termes du traité d'Édimbourg. Il y était dit que le parlement examinerait l'état de la religion, et qu’il exposerait ses sentimens sur ce point au roi et à la reine. Cependant, au lieu de présenter les demandes au Souverain dans la forme respectueuse d'une supplication ou adresse, le parlement en forma autant d'actes qui, sans être revêtus du consentement royal, prirent force de loi dans tout le royaume, En exécution de ce qui y était ordonné, le système établi de religion fut partout renversé, et celui qui était annoncé par les réformateurs y fut substitué. Le peuple ne fit pas semblant d'apercevoir ce qui pouvait manquer aux actes du parlement; le zèle et la partialité
! Keith, 496. 4ppend. 190, 191, * Append., n° 1V, p. 29. — 5 Knox, 239, 256.
veaux statuts furent plus généralement observés
. qu'aucun de ceux qui étaient ci-dévant émanés
des assemblées les plus régulières et les plus
. conformes aux constitutions. Cependant on est ception de quelques pensions alimentaires accor-
forcé d'avouer que , par ces procédés, le parle-
. ment, ou plutôt la nation, viola le dernier arti-
cle du traité d'Édimbourg, et qu'elle alla même beaucoup au-delà des bornes prescrites à des sujeis; mais lorsque des hommes ont une fois se-
| Coué le joug, lorsque les esprits sont échauffés
par les passions que la guerre civile inspire, il
| y aurait de l'ignorance ou de la pédanterie à
vouloir condamner une nation d'après des règles qui ne peuvent être observées que dans un gouvernement où le bon ordre est établi, et où
‘règne une parfaite tranquillité. Un peuple qui
se croit obligé à faire des efforts si extraordinaires pour la défence de sa liberté, cherche à se prévaloir de tout ce qui peut tendre à ce but, et la nécessité des circonstances, ainsi que l’importance de l'objet, paraissent le justifier en quelque manière , lorsqu'il s'écarte des formes ordinaires prescrites par la constitution.
Suivant les termes du traité d'Édimbourg , et en conséquence de la forme établie pour de pareilles affaires, on était obligé de présenter au roi et à la reine les procédures dù parlement. Le chevalier Sandilands de Calder, lord Saint- Jean , fut chargé de se rendre pour cet effet à la cour de France. Les nobles, après avoir tenu une conduite si irrégulière, ne pouvaient pas se flatter que François et Marie approuvassent leur conduite , et encore moins espérer que leurs majestés voulussent la confirmer par le consentement royal, La réception de leur ambassadeur fut telle qu'ils avaient pu s’y attendre. Le roi et la reine le reçurent très froidement, et il fut renvoyé sans avoir obtenu la ratification des Status du parlement, L'ambassadeur essuya d’ailleurs, de la part des princes lorrains ét de leurs partisans , toutes les insultes et les mépris qu'ils étaient dans l'usage de prodiguer au parti dont il était le représentant 1,
On fità la cour d'Angleterre une réception bien différente au comtes de Morton, de Glencairn , ct Maitland de Lethington, ambassadeurs du parlement vers Élisabeth, sa protectrice.
1 Knox , 255. Buchanan , 327
Cependant ils ne furent pas plus heureux dans une partie de la négociation confiée à leurs soins. Les Écossais, sensibles aux avantages qu'ils retiraient de leur union avec l’Angleterr: et à la sûreté qu'elle leur procurait, désiraient beaucoup de la rendre indissoluble, Dans cette vue, ils chargrent leurs ambassadeurs de témoigner à la reine Élisabeth leur reconnaissance pour les secours qu'elle leur avait donnés si à propos ei avec tant d'efficacité; et en même temps de la supplier de rendre perpétuelle l'union des deux nations, en consentant à épouser le comte d’Arran, qui, quoique sujet, était le plus proche allié de la famille royale d'Écosse, et après Marie, l'héritier présomptif de la couronne.
Élisabeth écouta avec beaucoup de plaisir la première parte de la commission, et elle encouragea les Écossais en les assurant de la continuation de ses bons offices dans toutes les occasions. Quant au second point, elle laissa apercevoir les sentimens auxquels elle resta attachée pendant tout le cours de son règne. Élisabeth avait beaucoup d'éloignement pour le mariage. Quelques-uns l'ont attribué à son goût particulier, d'autres, avec plusde vraisemblance, en ont donné des raisons politiques. Cette princesse ambitieuse ne voulait partager le trône avec personne; elle ne voulait s’exposer à aucune contradiction , et elle sacrifiait à la jouissance de ce pouvoir absolu les espérances de transmettre la couronne à sa postérité. Le mariage qu'on lui proposait avec le comte d’Arran ne lui présentait pas d'assez grands avantages pour l’ébranler dans sa résolution; elle s’en excusa, et elle assaisonna ce refus de beaucoup de marques d’affection pour la nation écossaise et de considération pour le comte d’Arran !.
Cette année, si féconde en révolutions extraordinaires, se termina par un événement de la plus grande importance. Le 4 décembre fut le terme fatal de la vie de François IT, prince d’une complexion faible et d’un esprit très borné, Comme il ne laissait point d’enfans de la reine, sa mort était le coup le plus heureux pour tous ceux qui avaient suivi le parti de la congrégation. Marie, par les charmes de sa personne, avait pris sur son mari le plus grand ascendant ; elle l'avait rendu entièrement soumis comme
# Burn. 3. Append., 308. Keith, 154, etc.
elle aux princes lorrains ses oncles, et le roi suivait aveuglément la route qu'ils jugeaient à propos de lui tracer. Le pouvoir de la France ainsi dirigé alarmait les mécontens d'Écosse. En effet, le péril était grand, et les craintes étaient très bien fondées. La fureur des troubles intestins qui désolaient la France, et les secours qui étaient venus si à propos d'Angleterre à la congrégation, avaient jusqu'alors empêché les princes lorrains d'exécuter les projets qu'ils avaient formés sur l'Écosse. Mais sous un gouvernement aussi ferme et aussi absolu que celui de ces princes, il était impossible que les soulèvemens de France fussent d'une longue durée ; plusieurs événemens pouvaient donner des affaires à Élisabeth et l'empêcher de porter son attention sur celles de l'Écosse. Dans l’une ou l'autre de ces circonstances, les Écossais restaient exposés à toute la vengeance que les ressentimens de la cour de France pouvaient lui inspirer. Plus le coup avait été long-temps suspendu, plus il devenait inévitable, plus il menaçait de tomber avec une force redoublée. La mort de François délivra 1'Écosse de cette perspective effrayante. L'ancienne confédération entre les royaumes de France et d'Écosse ne subsistait plus depuis quelque temps, et cet événement avait rompu le seul lien d'union qui restt. Catherine de Médicis, qui pendant la minorité de Charles IX, son second fils, avait pris la direction des affaires de France, et qui présidait.à tous les conseils, était bien éloignée de songer à soutenir l'autorité de la reine d'Écosse. Catherine et Marie avaient été rivales sous le règne de Francois Il, et s'étaient disputé le gouvernement de ce prince faible et sans expérience. Mais les attraits de l'épouse avaient aisément triomphé du crédit de la mère. Catherine n'oublia jamais qu'elle avait été traversée dans sa passion favorite, et elle vit alors avec une secrète satisfaction les peines et les embarras dont sa belle-fille allait être accablée. Marie, succombant aux chagrins qu'un revers de for-
‘tune aussi cruel pouvait lui donner, prit le parti
de la fuite, quitta la reine-mère ! et se retira à Reims, Abandonnée de cette foule de courtisans qui la suivaient dans sa prospérité, elle se livra dans la solitude à toute sa douleur. et y dévora
1 Hénault, Castelnau, 454.
son dé] obligés et de q ne s'oû de ces Grande qu'à s le nou Il se de joie excita] du mor capable tance a!
qui ven s'étonn rains S Provide sure la des circ pruden sées, el L'égl dre en princip més pai d'établi rieure | d'une s Le plan différer temps.
à ce po dévelop Les v l'indigr cherche pris qu clésiasti mêmes avoir a devait :
nement!
furent des pri magne nord. | mais ay
t Kno
cles, et le roi l'ils jugeaient à r de la France itens d'Écosse.
et les craintes ur des troubles , et les secours Angleterre à la rs empêché les projets qu'ils Is SOUS un goubsolu que celui > que les soulèlongue durée; donner des af- * de porter son Dans l’une ou s Écossais resice que les res-
pouvaient lui on{;-temps suse, plus il menaredoublée. La e de cette pers-
confédération et d'Écosse ne temps, et cet ien d'union qui qui pendant la ond fils, avait France, et qui t bien éloignée e la reine d'Éété rivales sous ient disputé le e et sans expéépouse avaient a mère, Catheit été traversée e vit alors avec et les embarras cablée. Marie, revers de forer, prit le parti let se retira à le de courtisans té, elle se livra ur. et y dévora
son dépit. Les princes lorrains furent eux-mêmes obligés de restreindre leurs vues ambitieuses et de quitter le soin des affaires du dehors pour ne s'occuper que de celles de l'intérieur. Au lieu de ces vastes projets qu'ils avaient formés sur la Grande-Bretagne, ils crurent ne devoir songer qu'à s : faire une existence et à s'accréditer sous le nouveau gouvernement.
Il serait impossible de décrire les transports de joie que ce tableau de la cour de France excita parmi les Écossais. Ils regardèrent la mort
capable de donner de la force et de la consistance au système de religion et de gouvernement qui venait d'être adopté. Ainsi l'on ne doit pas s'étonner d'entendre les historiens contemporains se récrier sur les soins immédiats de la Providence qui, par des ressorts inconnus, assure la paix et la tranquillité des états, dans des circonstances où toutes les ressources de la prudence et de l'industrie humaines sont épuisées, et où tout paraît désespéré !,
L'église protestante commençait alors à prendre en Écosse une forme plus régulière. Les principes de la réformation avaient été confirmés par l'autorité publique ; il était nécessaire d'établir quelques règles fixes de police extérieure pour le gouvernement et la conservation d’une société qui était encore dans son enfance. Le plan adopté par les réformateurs était très différent de celui qui était établi depuis si longtemps. Les motifs qui les portèrent à s'éloigner à ce point de l’ancien système méritent d'être développés.
Les vices du clergé avaient d’abord excité l'indignation publique et animé cet esprit de recherche qui devint si fatal au papisme, Le mépris qu’on avait conçu pour les défauts des ecclésiastiques se porta bientôt sur les fonctions mêmes qu'ils exerçaient. La réformation , après avoir attaqué la doctrine de l'église papiste, devait aussi renverser la forme de son gouvernement, Cependant les opérations de la réforme furent modérées, par l'autorité et la politique des princes, dans une grande partie de l’Allemagne, en Angleterre et dans les royaumes du nord. La juridiction épiscopale fut conservée, mais avec quelques restrictions, dans les églises
UKnox, 259.
du monarque français comme le seul événement ‘
de ces pays. Il paraît que la hiérarchie épiscopale était plus conforme à la pratique de l'église lorsque le christianisme devint la religion dominante dans l'empire romain. Le gouvernement ecclésiastique, modelé entièrement sur le gouvernement civil, en emprunta la forme et en tira toute son autorité. Les diocèses et les juridictions despatriarches, archevèques et évêques, répondirent à la division et à la constitution de l'empire. En Suisse et dans les Pays-Bas, où la nature-du gouvernement donnait pleine carrière au génie de la réformation, la prééminence de l'ordre ecclésiastique fut entièrement abolie, et on y établit une égalité plus analogue à l'esprit républicain, La forme de la primitive église donna l’idée, et fournit le modèle de ce dernier système qui fut depuis appelé presbyrtérien. Les premiers chrétiens, exposés à des persécutions continuelles, et obligés de tenir secrètes leurs assemblées religieuses, se contentaient d’une forme de gouvernement très simple. L'esprit de la religion et le sentiment du danger concouraient à éteindre en eux toute sorte d'ambition, à établir un esprit d'égalité, effets de leurs souffrances et source de presque toutes leurs vertus Calvin, dont les décisions furent reçues par les protestans de ce siècle avec une soumission incroyable, fut le protecteur et le restaurateur de ce système de police ecclésiastique. L'église de Genève, formée sous ses yeux et par sa direction , était regardée comme le plus parfait modèle de cette espèce de gouvernement ; et Knox, qui pendant son séjour dans cette ville, en avait fait une étude particulière et en avait été touché d'admiration, recommanda fortement à ses concitoyens de le suivre et de limiter.
Parmi les nobles d'Écosse , quelques-uns haïssaient la personne des ecclésiastiques, d’autres enviaient les richesses de ceux constitués en dignité. En abolissant cette classe d'hommes dans l'état, les uns suivaient leur ressentiment , les autres espéraigt de contenter leur avarice, Le peuple avait conçu l’aversion la plus forte contre le papisme ; il approuvait tout système qi s'écartait le plus des usages reçus dans l’église romaine, et il adoptait avec la plus grande satisfaction, un plan qui flattait si agréablement sa passion dominante. D'un autre côte, les partisans de la liberté civile voyaient avec plaisir le clergé protestant renverser de ses propres
mains cet édifice du pouvoir ecclésiastique que ses prédécesseurs avaient élevé avec tant d'art et d'industrie ; ils espéraient qu'en lui prêtant leurs secours, ils pourraient dépouiller les ecclésiastiques de leurs dignités et de leurs richesses, et délivrer entièrement la nation de leur juridiction excessive et tyrannique. La nouvelle forme de gouvernement prit aisément faveur parmi les hommes ainsi disposés à la recevoir , et par l'impulsion de leurs divers intérêts, et par le mouvement de leurs passions.
Cependant Knox jugea que dans les premiers temps de l'établissement de ce système, il n'était pas à propos de s'écarter entièrement de la forme ancienne !. Au lieu des évêques, il proposa d'établir dix ou douze surintendans répartis dans les différentes provinces du royaume. Ces officiers étaient , comme le nomle porte , autorisés pour avoir l'inspection sur la doctrine et les mœurs du reste du clergé. Ils présidaient aux tribunaux ecclésiastiques subalternes, et ils remplissaient quelques autres parties des fonctions épiscopales, Mais leur juridiction ne s'étendait que sur les choses sacrées; ils ne pouvaient avoir séance au parlement , ni prétendre aucun droit à la dignité ni aux revenus des anciens'évèques.
Le bas clergé, qui pouvait être chargé du soin des paroisses , était peu nombreux. Ceux qui le composaient avaient embrassé la réforme en différens temps et par divers motifs. Pendant les soulèvemens, ils avaient été dispersés au hasard dans les différentes provinces du royaume , et ils n'avaient formé qu’en fort peu d'endroits des classes et des sociétés régulières. La première assemblée générale de l’église qui se tint en cette année, portait toutes les marques d’une association informe et encore dans son enfance. Les membres qui la composaient étaient en petit nombre et peu considérables pour le rang , et il paraît que dans leur élection on n'avait observé aucune règle fixe et unifome. Il n’y vint point de représentans de la plus grande partie du royaume; il n'y avait qu'une seule personne pour quelques comtés tout entiers, pendant qu'en d’autres endroits, une seule ville ou église avait envoyé plusieurs députés. Une ‘assemblée aussi faible et aussi irrégulière ne pou-
Spotswood , 158.
vait pas avoir une grande autorité. Les mem.
bres qui en sentaient eux-mêmes toute l'insuffisance, mirent bientôt fin aux délibérations , sans oser risquer de donner des décisions sur aucune affaire importante !,
Knox, pour donner plus de force et de consistance au système presbytérien . composa , avec le secours de ses frères, le premier livre de discipline, qui contient le modèle ou la base de la police qu'ils avaient dessein d'établir 2. Is le présentèrent à l'assemblée des états, qui se tint au commencement de cette année, Les états auraient aisément donné leur consentement à tous les règlemens proposés par rapport à la discipline et à la juridiction ecclésiastique; mais le dessein de recouvrer le patrimoine de l'église , dorit il était fait quelque mention dans cet écrit, éprouva une réception bien différente.
Ce fut en vain que le clergé exposa les avantages que le public retirerait d'une application convenable des revenus ecclésiastiques ; qu'il proposa l'avancement de la véritable religion, l'encouragement des sciences , le soutien des pauvrés, qui résulteraient d’une distribution de ces fonds faite sans partialité; qu'il menaça même de la vengeance divine ceux qui retenaient injustement des biens destinés à de pieux usages; les nobles ne voulurent jamais lâcher la proie dont ils s'étaient saisis; ils traitérent ces propositions de dévotions fantastiques et chimériques, et ils les reçurent avec le dernier mépris à.
L'assemblée du clergé protestant députa le prieur de Saint-André à la reine, pour l'inviter à revenir dans le pays de sa naissance , et à reprendre les rênes du gouvernement qui avaient été trop long-temps en d'autres mains. Quelques-uns de ses sujets craignaient son retour, d'autres apercevaient qu'il pourrait avoir des suites dangereusesé : cependant le grand nombre le désirait avec tant d'ardeur, que l'invitation paraissait faite avec la plus grande unanimité. Mais les catholiques romains gagnèrent de vitesse le prieur de Saint-André, et arrivèrent les premiers auprès de la reine 5. Lesly, qui fut depuis évèque de Roff, et qui avait été député par les catholiques, devança le prieur à l'endroit où Marie avait établi sa résidence. Il
1 Keith, 498. — ? Spotsw., 152. — 5 Knox, 256. # Append. , n° V, p. 36 et suiv. — 5 Lesly, 227.
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Knox, 258.
Lesly, 227,
s'efforça de jeter des soupçons dans l'esprit de la reine contre ses sujets protestans, et de lui persuader de donner toute sa confiance à ceux qui étaient restés attachés à la religion romaine. Il insista en conséquence pour qu'elle vint prendre terre à Aberdeen. Il lui représenta que la doctrine des protestans n'ayant fait que très peu de progrès dans cette partie du royaume, elle était assurée d'y rassembler en peu de jours une armée de vingt mille hommes, et il la flattait qu'avec ce secours elle pourrait aisément renverser l'église réformée avant qu'elle se fût affermie sur ses fondemens.
Les princes lorrains n'étaient pas disposés à écouter ces propositions extravagantes et dangereuses. Uniquement occupés à se défendre des piéges de Catherine de Médicis, qui employait tous les ressorts de sa politique pour ruiner leur pouvoir exorbitant, ils n'avaient
cosse, et ils désiraient que leur nièce prit paisiblement possession de son royaume. Les officiers français qui avaient servi en Écosse détournaient aussi la reine de prendre un parti violent, Ils lui représentaient l'impossibilité de résister à la puissance et au nombre des protestans ; ils la déterminèrent ainsi à tâcher de les gagner par toutes sortes de voies, et à prendre pour ses ministres les chefs de ce parti, plutôt que de les irriter par des violences inutiles et de s'en faire des ennemis. De là vinrent ces marques de confiance et d'affection que la reine donna au prieur de Saint-André; le tableau qu'il fit à la reine de l'état actuel du royaume, le mit en grand crédit auprès de sa majesté ; et Lesly vit avec douleur ce nouveau canal par où il paraissait que les grâces de la cour allaient découler !.
Il se tint au mois de mai une autre assemblée
desétats du royaume, etqui fut, àce qu'il parait, |
occasionée par l'arrivée d'un ambassadeur de France. Ce ministre était chargé, par ses instructions, d'engager les Écossais à renouveler leur ancienne alliance avec la France, à rompre leur nouvelle confédération avec l'Angleterre, à remettre les écclésiastiques papistes en possession deleurs revenus, et à les rétablir dans l'exercice de leurs fonctions. 11 serait difficile de former
! Melv., 61.
aucune conjecture sur les motifs qui purent engager la cour de France à faire des propositions aussi extraordinaires et si fort à contre-temps. Elles furent rejetées avec ce mépris qu'on pouvait attendre du génie de la nation écossaise,
Le clergé protestant n'eut pas dans cette assemblée une audience plus favorable qu'il ne l'avait eue dans la précédente. Le projet de recouvrer le patrimoine de l'église resta plus que jamais dans l'éloignement et dans l'incertitude. Quant à l’autre point, on trouva dans les nobles le mème zèle et la même résolution. Le livre qu'on avait composé pour l'établissement de la discipline ecclésiastique paraissait demander que les monumens du papisme qui restaient encore dans le royaume fussent démolis2. On n'avait plus les mêmes prétextes politiques, on ne pouvait plus alléguer la rage effrénée du peu-
! ple pour justifier ou excuser ces ravages et ces pas le temps de s'occuper des affaires de l'É- |
exécutions barbares, Cependant l'assemblée considérant ces édifices religieux comme des restes d'idoltrie, rendit une sentence, les condamna par un acte en forme, et commit pour la mettre à exécution les personnes qui s'étaient le plus distinguées par leur zèle et par leur activité. Les abbayes, les cathédrales, les églises parois-
| siales, les bibliothèques, les archives, les sé- | pulcres même des morts, furent enveloppés , dans la destruction générale. Les premiers
soulèvemens du peuple avaient formé une horrible tempête, rien n'avait pu résister à son impétuosité; mais elle ne S'était étendue que dans quelques comtés, et sa fureur s'était bientôt dissipée. Mais alors un brigandage universel , entrepris avec mûre délibération, acheva la ruine totale de tous ces superbes édifices, de tous ces monumens respectables qui
| avaient échappé à la fureur des premières sédi-
tions.
Cependant Marie ne se pressait pas de retourner en Écosse. Accoutumée à l'élégance, au brillant, à l’enjouement, à la politesse de la cour de France, elle ne pouvait se résoudre à quitter ce pays de délices, et elle envisageait avec hor reur la barbarie de son pays, la turbulence et la férocité de ses sujets, qui lui présentaient un spectacle bien différent. Elle fut néanmoins obli-
!Knox, 269, 273. — * Spotswood, 153, © Spntswood , 174.
gée de céder à la fin à l'impatience de ses peuples et aux conseils de ses oncles. L'indifférence avec laquelle la reine-mère affectait de la traiter, et les mortifications qu'elle lui donnait, contribuërent aussi plus que toute autre chose à la déterminer à ce voyage qui lui était si désagréable !, Ce fut pendant qu'elle en faisait les préparatifs, qu'on commença à jeter ces semences de discorde et de jalousie entre elle et la reine Élisabeth, qui répandirent tant d'amertume dans toute la vie de la reine d'Écosse, et qui abrégèrent le cours de sa destinée.
La ratification du dernier traité d'Édimbourg, fut la cause actuelle et apparente de cette fatale animosité entre les deux reines : mais ces funestes démèlés prenaient leur source de plus loin. Presque tous les articles du traité d'Édimbourg avaient été exécutés par les deux partis avec l'exactitude la plus scrupuleuse. Les fortifications de Leith: avaient été rasées ; les armées de France et d'Angleterre étaient sorties de l'Écosse dans le temps prescrit ; les mécontens d'Écosse avaient obtenu le redressement de leurs griefs, et on leur avait d’ailleurs accordé tout ce qu'ils avaient demandé pour leur sûreté à l'avenir. Sur tous ces points Marie avait peu de raisons de refuser la ratification du traité, et Élisabeth n'en avait pas davantage pour la solliciter avec empressement.
Le sixième article souffrait plus de difficulté, et il devint en effet comme le foyer de toutes les querelles. Jamais ministre ne fut plus adroit que Cecil à pénétrer les vues de son maitre; on n'en vit jamais de plus habile ni de plus heureux dans l’exécution. Sa conduite aux négociations d'Édimbourg fit bien connaître tout l’ascendant qu'un jugement sain donnait à cet habile politique sur les intrigues et les rafinemens de Monluc, Il eut l'adresse d'engager les ambassadeurs français, non-seulement à reconnaître que les couronnes d’Angleterre et d'Irlande appartenaient de droit à Élisabeth seule, mais aussi de promettre qu’à l'avenir Marie s'abstiendrait de prendre les titres et les armes de ces royaumes.
La ratification de cet article aurait été de la plus fatale conséquence pour Marie. La couronne d'Angleterre était un objet digne de son
USpotswood, 174.
, breux et actif, adoptaient ouvertement cette opinion, et les protestans même qui soutenaient
ambition, Les prétentions qu'elle y avait lui don. naient beaucoup d'importance et de dignité aux yeux de toute l'Europe. Plusieurs même croyaient que son droit était mieux fondé que celui d'Élisabeth. En Angleterre les catholiques romains, qui formaient alors un corps nom-
Élisabeth sur le trône, ne pouvaient pas nier que la reine d'Écosse ne fût l'héritière présomptive de la couronne d'Angleterre, Suivant le cours ordinaire des choses humaines, l'occasion de se prévaloir de tous ces avantages pouvait n'être pas fort éloignée et plusieurs événemens pouvaient encore la rapprocher. Si, dans ces circirconstances, Marie avait ratifié l'article en question, elle aurait perdu le rang qu'elle avait jusqu'alors tenu parmi les princes voisins, le zèle de ses adhérens se serait peu à peu refroidi, et dès ce moment elle aurait été obligée de renoncer à toute espérance de parvenir jamais à la couronne d'Angleterre.
Toutes ces considérations qui devaient déterminer Marie à refuser sa ratification n’avaient point échappé à la pénétration d'Élisabeth. Elle eut aussi recours à tout ce qu’elle crut capable d'adoucir ou d'ébranler la reine d'Écosse; les caresses et les menaces furent successivement employées pour l’amener à ce qu'on désirait; et si cette princesse avait eu la faiblesse d’avouer
la conduite inconsidérée de ses ambassadeurs, PA
et de ratifier ce qu'ils avaient accordé, Élisabeth aurait eu sur elle un avantage considérable, et qui, ménagé par cette reine habile, pouvait avoir de grandes suites. Marie, en renonçant aux armes et aux titres des royaumes d’Angleterre et d'Irlande, affaiblissait son droit à la succession, et paraissait laisser sur ce point la question indécise. Élisabeth aurait pu ainsi tenir sa rivale dans de perpétuelles inquiétudes, dans
une continuelle dépendance ; elle pouvait encore, : avec l'autorité du parlement, interrompre l’ordre }
de succession linéale, et transmettre la couronne à d'autres descendans du sang royal. Elle suivit ce premier plan de conduite à l'égard de Jao ques VI, et pendant tout le cours de son règne, elle tint ce prince dans une sujétion et des appréhensions continuelles ; elle aurait, selon toutes \ les apparences, adopté le second et le plus ri- | goureux contre Marie qui , par bien des raisons,
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[1561] LIVRE IIL 97 était pour Élisabeth un objet de jalousie et de | à Marie que, dans tous les lemps à venir, haine,
Cetteinterruption de la succession linéale n'aurait pointexcédé le pouvoir d'Élisabeth; elle était autorisée par des exemples, et elle n'était point incompatible avec la constitution du royaume. Quoique la succession héréditaire soit tellement fondée sur les lois de la nature et sur l'affection des peuples, qu'elle est reçue chez presque toutes les nations civilisées, l'histoire d'Angleterre prouve néanmoins qu’en plusieurs occasions remarquables on a dérogé à ce droit, La couronne d'Angleterre, devenue la proie d’un conquérant, anima l'audace, encouragea les entreprises de tous ceux qui voulurent dans la suite imiter une à ambition illustrée par le succès, et éprouver les É caprices de la fortune, Depuis Guillaume, duc 7 de Normandie, on y vit rarement les règles de la descendance observées pendant trois règnes consécutifs, Les princes qui, par leurs intrigues ou par leur valeur, s'étaient frayé le chemin au trône, avaient recours à l'autorité du grand conseil de la nation, pour légitimer leurs titres incertains, Le droit parlementaire ou le droit héréditaire de succession acquirent par-là en Angleterre un égal degré deconsidération. Cette assemblée auguste réclama et posséda réellement le pouvoir de changer l'ordre de la succession royale. On vit même dans des temps plus rapprochés, sous le règne d'Henri VII, le parlement se prêter aux fantaisies de ce monarque,
} et l'autoriser à régler l'ordre de succession suivant son bon plaisir, Les Anglais, jaloux de la à liberté de religion, et qui ne pouvaient supporter la domination des étrangers, auraient aviidement adopté les passions de leur souveraine, et on leur aurait aisément persuatlé d’exclure la branche d'Écosse du droit de succéder à la cou- “tonne d'Angleterre. Telles étaient vraisemblalement les vues des deux reines, et de là vinrent difficultés qui retardèrent la ratification du lraité d'Édimbourg.
Mais si les sources de discorde entre Élisabeth et Marie n'avaient pas remonté plus haut ue le traité, un changement peu considérable Mans les mots aurait amené les choses à une omposition amiable, Les expressions vagues et ambiguës que Cecil avait insérées dans le traité auraient pu être changées en des termes plus
clairs et plus précis. Au lieu de faire promettre u
elle ne porterait point le titre de reine d'Angleterre, on aurait pu l'engager à promettre de ne point prendre ce titre du vivant d'Élisabeth, ou de ses descendans légitimes.
Cependant cet adoucissement dans les termes ‘du traité n'aurait peut-être point encore répondu aux vues des deux reines. Marie avait été obligée
de suspendre pour quelque temps ses préten-
tions au titre de reine d'Angleterre; mais elle ne les avait jamais abandonnées. Elle était bien déterminée à les faire revivre aux premières apparences de succès , et elle ne voulait point se lier ni s'engager formellement à ne point profiter des circonstances favorables qui pourraient se présenter. Le changement des termes n’aurait pas été plus agréable à Élisabeth, Si elle l'avait approuvé, elle aurait paru reconnaître tacitement les prétentions de sa rivale. Marie restait en droit de monter sur le trône d’Angleterre après la mort d'Élisabeth. Mais ni la reine d'Écosse ni la reine d'Angleterre n'osaient avouer leurs secrets sentimens. La moindre démonstration de vouloir exciter des troubles en Angleterre ou arracher le sceptre des mains d'Élisabeth , serait devenue fatale à la reine d'Écosse, aurait exposé Élisabeth à des reproches très bien fondés, et lui aurait suscité un grand nombre d’ennemis dangereux. Cependant il y a lieu de croire que ces projets que les deux reines cachaient avec tant de soin et tant d'art, étaient les véritables motifs qui engageaient l’une à sol-
liciter, et l’autre à refuser la ratification du traité dans la forme où il avait été rédigé, puisque aucune des deux n’eut recours à une explication qui aurait paru simple et naturelle à des âmes moins affectées de l'intérêt politique, et qui auraient désiré de bonne foi l'union et la bonne intelligence.
Mais si l'intérêt fut le premier motif de la
rupture entre les deux reines de la Bretagne, une rivalité d’uge autre espèce contribua à prolonger leur mésintelligence , et des Jjalousies de femme augmentèrent la violence de la haine politique. Élisabeth, douée de ces qualités extraordinaires, égales où même supérieures à celles de toutes les personnes de son sexe, et qui lui firent un si grand nom, était éprise d’une folle admiration de sa personne, et elle la poussait à un tel point, que des femmes ordinaires
sujettes à la même faiblesse, auraient cru devoir s'en guérir, ou du moins la cacher avec prudence. La recherche dans ses ajustemens, son affectation à déployer tous ses charmes !, son goût pour les adulations, étaient portés à l'excès, et ces défauts ne se bornèrent point à ce temps de la vie où ils paraissent le plus pardonnables; dans l’âge mème le plus avancé, la femme la plos sage de son temps, et peut-être de tous le: res siècles, prenait un soin particulier de sa parure, cherchait à se donner tous les agrémens dela jeunesse. Élisabeth, qui possédait bien plus que Marie la science de la politique et l'art de gouverner, lui était très inférieure pour les grâces et la beauté de la personne, et elle avait cependant la faiblesse de se comparer à la reine d'Écosse 2. Comme elle ne pouvait pas se dissimuler que dans cette comparaison tout l'avantage était du côté de Marie, elle lui portait envie, et elle la haïssait comme une rivale
ui l'éclipsait. Lorsque nous portons notre juge-
ant sur la conduite d2s princes, nous sommes
sposés à donner trop à la politique, et point assezaux passions qui leur sont communes avec le reste des hommes. Pour juger des procédés actuels d'Élisabeth envers la reine d'Écosse, et de la manière dont elle la traita dans la suite, il ne faut pas toujours la considérer comme reine, on doit quelquefois la regarder comme une femme maîtrisée par sa jalousie.
Élisabeth n'ignorait point les difficultés qui pouvaient se rencontrer dans le traité par rapport à la reine d'Écosse ; cependant elle redoublait ses instances pour l’engager à le ratifier ÿ. Marie, sous différens prétextes, éludait la demande et cherchait à gagner du temps. Mais pendant ces contestations entre les deux reines, l'une persévérant dans ses importunités , l’autre cherchant avec art à s'en garantir, elles avaient soin de conserver dans toute leur conduite un extérieur de politesse; elles se prodiguaient réciproquement des protestations d'amour fraternel, des assurances d’une estime et d'une amitié que rien ne pourrait altérer.
Marie ne fut pas long-temps sans s’apereevoir qu'entre les princes les expressions d'amitié s’ac-
1 Johnston, Aist, rer. Britan., 346,347. Carte, vol. 1, 690. Catalogue of Royal noble authors.
8 Melvil, 9°, art. Esseæ.
5 Keith, 152 160, ete, 4ppend., n° VI, p. 41 et suiv.
cordent rarement avec les sentimens du cœur, Pour aller de France en Écosse, il faut passer le long des côtes de l'Angleterre. Marie craignant d'être insultée par la flotte anglaise, et désirant de s'assurer une retraite dans les ports d’Angleterre en cas de tempête, envoya M. d'Oysel demander un sauf- conduit pour le temps du voyage. Cette demande usitée entre les princes. et qui ne peut pas se refuser avec bienséance, fut rejetée par Élisabeth, de manière à la faire soupçonner fortement d'avoir eu dessein ou de fermer les passages à Marie, ou de s'assurer de sa personne {.
Cette conduite peu généreuse d'Élisabeth remplit d'indignation la reine d'Écosse, qui ne voulut pas néanmoins retarder son départ de France. Elle vint s’embarquer à Calais, et y fut accompagnée convenablement à sa dignité,
comme reine de deux puissans royaumes. Six |
princes lorrains, ses oncles , et un grand nombre
de seigneurs français des plus distingués étaient ! à sa suite. Catherine, qui se réjouissait en secret #
de la voir sortir de France, employa tout pour donner à ce voyage un air de magnificence et de
respect. Marie, après avoir fait de tristes adieux À
à ses serviteurs , l'âme accablée de chagrins, les yeux baignés de larmes, quitta ce royaume, le seul théâtre où, pendant tout le cours de sa vie, la fortune l'avait favorisée d'un sourire qui ne dura qu'un instant. Elle fixa ses yeux sur les côtes de France, et elle ne cessa point d'y porter ses regards aussi long-temps qu'elle put les apercevoir. Plongée dans la mélancolie, elle méditait sur ces événemens qui la faisaient déchoir de ce haut degré de fortune; elle prévoyait peut-être cette longue suite de malheurs qu répandirent tant d'amertume sur le reste de ses jours. La voix entrecoupée de sanglots, elle s’écriait : {dieu, France ; adieu, pays chéri, que je ne reverrai jamais. Elle ne permettait pas même aux ténèbres de la nuit de lui cacher cet{*
terre de délices. Elle ne voulut point se retirer : dans sa chambre, elle refusa de prendre aucune ? nourriture, et eile ordonna qu'on portât son lit sur le tillac. Elle attendit là avec la plus grande Bu impatience le retour de la lumitre. La fortune &
en cette occasion secondases désirs. La galère où
elle était fit peu de chemin pendant la nuit. Al À
1 Keith, i71. Camden, 4ppend., n° VI, p. 41 et suiv.
point.
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dans | absenc semen Naissai Mer joie, d gnages on nes pas fai!
ception pressen leur pa peu de roodho fance à avec pa ne put :
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poids qu * ristocrat
Le roya des rég Caire, a1 pectés.
1 Brant avec la rei 2 Gooda 3 Branti
ntimens du cœur, e , il faut passer le e. Marie craignant iglaise, et désirant les ports d’Angleya M. d'Oysel dejour le temps du eentre les princes, r avec bienséance, manière à la faire reu dessein ou de ou de s'assurer de
éreuse d'Élisabeth 1e d'Écosse, qui ne ‘der son départ de r à Calais, et y fut nt à sa dignité,
ans royaumes. Six |
t un grand nombre s distingués étaient ‘éjouissait en secret
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magnificence et de
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ée de chagrins, les itta ce royaume, le t le cours de sa vie, ‘un sourire qui ne «a ses yeux sur les ssa point d'y porter ps qu'elle put les nélancolie, elle méla faisaient déchoir me; elle prévoyait e de malheurs qu : sur le reste de ses e sanglots, elle s’éu, pays chéri, que > ne permettait pas t de lui cacher cet{” lut point se retirer
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endant la nuit. Al #
L, no Vi, p. 41 et suiv.
get
pointe du jour les côtes de France s’offrirent encore à sa vue, et de si loin qu'elle put les apercevoir , l'accablemezt et, la douleur lui arrachèrent ces mêmes expressions de regrets, À la fin il s'éleva un vent frais qui se soutint pendant quelques jours : ensuite, à la faveur d'un brouillard épais, Marie échappa à la poursuite des vaisseaux anglais qui croisaient pour l'arrêter dans la traversée ? : et le 19 août, aprés une absence de treize années, elle aborda heureusement dans son royaume et dans le pays de sa naissance,
Merie fut reçue par ses sujets avec des cris de joie, des acclamations et toutes sortes de témoignages d'affection et de respeci. Mais comme on ne s'attendait point à son arrivée, on n'avait pas fait les préparatifs convez24lee pour sa réception. Ainsi les Écossais, malgré tous leurs empressemens, ne purent cacher la pauvreté de leur pays, et furent obligés de la conduire avec peu de pompe et d'appareil au palais de Holyroodhouse. La reine, accoutumée dès son enfance à l'éclat et à la magnificence, qu’elle aimait avec passion, comme il était naturel à son âge, ne put se contenir en voyant un si grand changement dans sa situation, et elle parut vivement affectée 3,
Jamais prince n'était monté sur le trône dans des circonstances plus délicates, et qui demandassent plus de sagesse dans le conseil, plus de courage et de fermeté dans l'exécution, La fureur des controverses de religion était montée au plus haut degré. Les protestans étaient aigris par le souvenir de l'oppression ; des injures plus récentes mettaient les papistes au désespoir; les deux partis étaient zélés, féroces et irréconciliables. La longue absence du souverain avait accoutumé les nobles à l'indépendance, et
| pendant les derniers soulèvemens, ils avaient Lacquis un tel accroissement de richesses , que le poids qu'ils avaient mis dans la balance de l’aristocratie n'avait plus besoin d'eugmentation.
Le royaume avait été long-temps gouverné par des régens qui, exerçant une juridiction pré- Caire, avaient peu d'autorité et étaient peu respectés. L'anarchie avait prévalu dans un état
1 Brantôme, 483, qui était lui-même dans le vaisseau
avec la reine,
2 Goodal, vol, 1, 175. Castelneau, 455, 3 Brantôme, 484.
qui depuis deux ans était sans régence, sans conseil suprême, sans puissance et même sans aucune forme de gouvernement régulier 1, Un esprit de licence, qui ne pouvait souffrir la subordination et qui dédaignait la contrainte des lois et de la justice, s'était répandu parmi les hommes de tous les ordres. Les influences de la France, cette ancienne alliée de l'Écosse, étaient ou rejetées ou méprisées. Les Anglais, d'ennemis devenus confédérés , avaient acquis toute la confiance de la nation, et avaient un ascendant marqué dans tous les conseils. Les monarques écossais ne pouvaient pas tirer un grand avantage de l'amitié de la France pour augmenter leur pouvoir et leur dignité, et ils devaient craindre de se voir insultés et rabaissés par les menées de l'Angleterre. Élisabeth, par toutes sortes de considérations, soit d'intérêt, soit de sa conservation personnelle, devait s'attacher à diminuer l'autorité royale en Écosse, et à susciter au souverain de ce pays des embarras continuels en fomentant les mécontentemens parmi le peuple.
Tel était l'état des affaires de l'Écosse, lorsque l'administration tomba entre les mains d’une jeune reine qui n'était pas encore à la dixneuvième année de son âge, qui ne connaissait ni les mœurs, ni les lois de son pays, et qui était comme étrangère au milieu de ses sujets, sans expérience, sans alliés et presque sans amis.
D'un autre côté, on aperçoit dans la position de Marie quelques circonstances qui ne pouvaient pas à la vérité contre-balancer ces désavantages, mais qui pouvaient les adoucir, et qui, ménagées avec adresse, auraient pu produire de grands effets. Ses sujets, qui n'étaient point accoutumés au long séjour de leur prince dans le royaume, étaient éblouis par l'éclat de la présence royale ; la nouveauté du spectacle leur inspirait la crainte et la vénération. Les places honorables et lucratives que le prince accorde, sa protection, sa familiarité, un souris, un regard de bienveillance, flattent les sujets et gagnent les cœurs. Les nobles étaient venus en foule de tous les coins du royaume pour rendre leurs devoirs à la reine et pour lui donner des marques de leur attache-
ment. Ils faisaient tous leurs efforts pour lui dérober le souvenir de leurs fautes passées, et
? Keith, Appendiæ, 92,
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lui présenter les espérances d’une conduite plus régulière à l'avenir. Les amusemens et l'enjouement de la cour, remplie des seigneurs de France les plus accomplis qui avaient accompagné la reine, comr.nçaient à adoucir et à civiliser les mœurs grossières de la nation. La beauté et les grâces de sa personne excitaient l'admiration ; l'élégance et la politesse de ses manières attiraient le respect. Tous les agrémens de son sexe étaient accompagnés de plusieurs talens; elle avait fait de grands progrès dans les arts et les sciences, qu’on regardait alors comme de nécessité et d'agrément, et elle les avait poussés beaucoup plus loin que ne le font ordinairement les princes. L'assemblage de toutes ces perfections devenait encore plus séduisant par une politesse et une affabilité qui, sans déroger à la majesté du trône, s’insinuent dans les cœurs des sujeis, et les entraînent par une espèce d'enchantement.
Par ces considérations, malgré l'aspect effrayant des affaires de l'Écosse à l’arrivée âc Marie, malgré les orages qui paraissaient se former de toutes parts, un politique dans ses spéculations n'aurait jamais pu prévoir le sort de son règne; et quelque penchant qu’il eût aperçu dans la nation pour les soulèvemens subits, il n'aurait pu prédire la tempête violente et destructive qui s’éleva bientôt après.
Pendant que les partis différens se disputaient à qui donnerait le plus de marques de respect et d’attachement à la reine, l'esprit de zèle et d’emportement de ce siècle éclata dans une occasion bien remarquable. Le premier dimanche après l'arrivée de la reine, elle ordonna qu'on dit la messe dans la chapelle de son palais. Au premier bruit qui s’en répandit, il s’éleva quelques murmures parmi les protestans qui étai 'nt à la cour. On en vint bientôt aux plaintes et aux menaces. Ceux qui desservaient la chapelle furent insultés et chargés d'injures; et si le prieur de Saint- André n’était pas venu interposer son autorité, les mutins se seraient portés aux plus grands excès Î.
Aujourd'hui que l'état des choses est bien différent, on a peine à concevoir le fanatisme de ces temps éloignés et ce zèle effréné de la nation contre le papisme. La moindre condescendance pour les catholiques romains était regar-
1Knox, 284.
dée comme un acte d'apostasie; la célébration d’une seule messe était un sujet d’effroi; l'entrée d’une armée de dix mille hommes dans le pays aurait répandu moins de terreur !. La plupart des protestans, entêtés de ces opinions, étaient sur le point de se porter à des extrémités dangereuses, et, sans essayer de convaincre la reine par des représentations ou de la ramener par la douceur, ils lui auraient refusé durement la liberté de rendre à Dieu le culte qu'elle regardait comme le seul qui lui fût agréable, si le prieur de Saint-André et les autres chefs du parti n’avaient arrêté la fougue des esprits. En dépit des murmures du peuple et des déclamations des prédicateurs, ils obtinrent pour la reine et pour ses domestiques le libre exercice de la religion catholique. Environ cent ans après cette époque, lorsque la violence des animosités de religion commencait à se calmer, lorsque le temps et les progrès dans les arts avaient étendu les connaissances de l'esprit humain , la chambre des communes, en Angleterre, refusa à la femme de son roi la permission de faire dire la messe dans l'intérieur de son appartement. On ne peut que donner des éloges à la sagesse et à la modération des chefs des protestans d'Écosse, qui tinrent en cette occasion une conduite bien différente. Mais en même temps, lorsqu'on fait attention à l'esprit d’usurpation et d'intolérance du papisme, on ne peut pas regarder les craintes et les précautions des réformateurs zélés comme destituées de tout fondement et purement fantastiques.
Cependant les protestans , par cette complaisance pour les préjugés de la reine, obtinrent une proclamation ! bien favorable à leur religion. La doctrine des réformés était établie par tout le royaume , mais elle n'avait point encore l'appui et la confirmation de l'autorité royale. La reine, en cette occasion, déclara que toute entreprise tendant à altérer ou détruire cette doctrine serait regardée comme un crime capital.
Marie, suivant le plan qui avait été concerté en France, confia l'entière administration des affaires aux protestans. Son conseil était rempli des personnages les plus distingués dans le parti, pas un seul papiste n'obtint auprès d'elle le
1 Knox, 287.
2 On appelle en Angleterre proclamation, ce que nous appelions en France déclaration du roi.
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moindre degré de confiance !. Le prieur de Saint-André, et Maitland de Lethington paraissaient avoir le plus de part à l'affection de la reine ; ils avaient tout le crédit et toute la considération de ministres favoris 2. Son choix ne pouvait pas tomber sur des personnes plus agréables à son peuple. Par leurs sages avis, Marie se conduisit avec tant de modération et de déférence pour les sentimens de la nation, qu’elle ne pouvait manquer de gagner le cœur de ses sujets3; fondement le plus assuré de l’autorité d’un souverain, source unique et véritable de son bonheur et de sa gloire.
Une réconciliation sincère avec Élisabeth était un autre objet de la plus grande importance pour la reine d'Écosse. Elle parut aussi la désirer avec beaucoup d'empressement dans les commencemens de son administration. Mais divers événemens contribuèrent à éloigner une réunion si désirable. Cependant comme les princes cherchent rarement à se dispenser des formalités de l'amitié, Élisabeth, qui avait entrepris si ouvertement de mettre des vbstacles au voyage de la reine en Écosse, ne manqua pas d'envoyer Randolph la complimenter sur son heureux retour. Marie, pour se tenir dans les mêmes termes vis-à-vis d'Élisabeth, envoya Maitland à la cour d'Angleterre, et le chargea de complimens très affectueux pour la reine #. Les ambassadeurs furent reçus dans les deux cours avec beaucoup de politesse, et les protestations d'amitié réciproque, faites de part et d’autre avec aussi peu de sincérité, furent reçues avec une égale indifférence.
Cependant ces ambassades ne furent pas une pure cérémonie; les deux ministresétaient chargés d’autres instructions. Rando!ph fit de nouvelles instances à Marie pour l'engager à ratifier le
traité d'Édimbourg; et Maitland essaya d'amuser
Elisabeth en faisant l'apologie de sa maîtresse et en cherchant à excuser les retardemens qu’elle apportait dans cette affaire. Ses grandes occupations depuis son arrivée en Écosse, l'importance du point sur lequel on était en contestation, l'absence de quelques nobles avec lesquels elle était obligée par bienséance de délibérer, furent les prétextes allégués pour justifier sa
Keith, 504, — 2 Enox, 285, — 5 Lesly, 235, # Keith, 181, etc,
conduite ; mais les véritables raisonsétaient celles dont nous avons déjà fait mention. Cependant pour tirer Marie des embarras où le traité d'Édimbourg la jetait, on l'avait engagée à se relàcher sur un point qu’elle paraissait auparavant déterminée à ne jamais céder. Elle chargea Maitland de déclarer qu'elleconsentait à renoncer à tout droit à la couronne d'Angleterre, du vivant d'Élisabeth et de sa postérité, pourvu que par un acte du parlement elle fût déclarée, à leur défaut, héritière présomptive de ce royaume.
Cette proposition qui paraissait raisonnable à Marie, puisqu'elle s'ôtait par-là tous les moyens de troubler la reine d'Angleterre dans la possession du trône, était néanmoins la chose la plus incompatible avec les intérêts d'Élisabeth, et la plus opposée à la passion qui dominait dans son caractère. Malgré les grandes qualités qui illustrérent le règne de cette princesse, on aperçoit qu’elle conserva toujours un fonds de jalousie sur son droit à la couronne, et cette passion l’entraîna souvent dans des passions basses et peu généreuses. Ce sentiment pouvait être entretenu et fortifié en elle par les circonstances particulières de sa situation, mais il lui venait d’une source plus éloignée. Elle le tenait d'Henri VII, son grand-père , à qui elle ressemblait parfaitement en plusieurs traits de son caractère. Comme lui elle supporta les doutes et les contestations qui s'étaient élevés au sujet du droit en vertu duquel elle possédait la couronne, plutôt que de se soumettre à l'examen du parlement, ou de tenir de cette assemblée quelque augmentation à ses droits. Comme lui elle observait tous ceux qui pouvaient prétendre à sa succession ; n0Onseulement avec les soins que la prudence exige, mais avec toute l’aversion qu'un esprit soupçonneux est capable de concevoir. L’'incertitude où l'on se trouvait alors à l'égard du droit de succession au trône de l'Angleterre, produisait pour Élisabeth les plus grands avantages, soit de la part de ses sujets, soit de celle de ses rivaux, Parmi les premiers , ceux qui avaient dans le cœur l'amour de la patrie, regardaient la vie de la reine comme le gage le plus assuré de la tranquillité de la nation; et ils aimaient mieux
| reconnaitre un titre douteux que de s'engager
dans des recherches sur un autre titre qui leur était inconnu. Les autres flottant dans une con-
tinuelle incertitude, restaient dans sa dépen- ! dance, et étaient obligés de lui faire la cour. La manière dont elle reçut la proposition indiscrète
” de la reine d'Écosse fut telle qu'on pouvait s'y attendre, Elle la rejeta d’un ton absolu, en déclarant qu'elle était dans la résolution de ne jamais permettre qu’on traitât une matière si délicate.
Vers le même temps Marie fit en grande pompe son entrée à Édimbourg. On n’y oublia rien de ce qui pouvait exprimer le respect et l'affection des citoyens envers leur souveraine, Mais, au milieu de ces démonstrations, le génie et les sentimens de la nation se manifestérent | dans une circonstance, à la vérité peu importante, mais qui mérite d’être remarquée. Il était | d'usage alors dans toutes les solennités publi- | ques de donner quelques spectacles. La plupart | de ceux qui furent représentés, ne roulaient que | sur les peines que le Tout-Puissant avait pro- | noncées contre l’idolâtrie. Pendant que les su- |
jets étaient occupés à flatter leur reine et à |
l'amuser, ils ne pouvaient s'empêcher de témoigner l'horreur qu’ils avaient pour la religion qu’elle professait. ‘
Marie porta ses premières attentions sur la | régularité de l’administration de la justice et sur la réforme de la police intérieure du royaume. Les lois qui avaient été faites pour la conservation de l'ordre public et pour la sûreté des biens des particuliers, étaient à peu près les mêmes en Écosse que dans tous les autres pays civilisés. Mais la nature de la constitution de l'Écosse, la faiblesse de l'autorité royale, le pouvoir exorbitant des nobles, la vivlence des factions et la férocité des peuples, rendaient l’exécution de ces lois faible, irrégulière et sujette à la partialité. Ce désordre était plus sensible dans ls comtés limitrophes de l'Angleterre, et les fonséquences en étaient plus dangereuses. Les fiabitans de cette partie de l'Écosse, sans industrie, sans goût pour le travail, sans aucune conmaissance des arts de la paix, ne vivaient que de larcins et de brigandages. Partagés en classes ou tribus confédérées, ils commettaient avec impunité toutes sortes d’excès, ils y attachaient même une sorte d'honneur. Les désordres qui régnaient dans le royaume depuis la mort de Jacques V avaient favorisé cette licence effrénée, et l'avaient portée au plus haut point. Les
L1561) incursions et les rapines étaient devenues aussi
| insupportables aux citoyens mêmes qu'aux An-
glais. L’humanité exigeait également dans les deux royaumes que ces outrages fussent réprimés et punis. Le prieur de Saint-André fut choisi pour cette fonction importante. On lui donna à cet effet des pouvoirs trés étendus et le titre de lieutenant de la reine.
Lorsqu'on est accoutumé à un gouvernement
régulier, on ne peut pas voir sans étonnement
les préparatifs qui se firent pour exécuter cette commission. Ils furent tels, qu'on n'aurait rien
: fait de plus dans ces temps de barbarie où les
sociétés étaient encore dans toute leur imperfection. Les francs-tenanciers d'environ onze comtés furent mandés avec leurs vassaux armés de pied en cap, pour venir assister le lieutenant dans les fonctions de son office, et cet appareil avait beaucoup plus l'air d’une expédition militaire que d'un procédé d’une cour de justice !. Le prieur exécuta les ordres de la reine avec ce courage et cette prudence qui lui avaient acquis une si grande réputation parmi ses concitoyens. Un grand nombre de coupables subirent la peine due à leurs crimes, et la justice rendue avec rigueur et sans partialité, rétablit l'ordre et la tranquillité dans cette partie du royaume.
Il paraît que pendant l'absence du prieur de Saint-André, les chefs de la faction contraire avaient fait quelques démarches pour s’insinuer dans les bonnes grâces de la reine et gagner sa confiance 2, Mais l'archevêque de Saint-André, le personnage le plus expérimenté du parti, et le plus adroit en politique, fut reçu peu favorablement à la cour. Quelque partialité que la reine eût en secret pour ceux qui faisaient profession de sa religion, elle ne marqua alors aucun désir de changer l'administration des affaires et de la mettre en d’autres mains.
La froide réception de l'archevêque de Saint- André fut occasionée par ses liaisons avec la maison d'Hamilton, pour laquelle la reine avait beaucoup d'éloignement. Les princes voient rarement leurs successeurs sans défiance et sans Jalousie. De plus, ses oncles, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, »# pouvaient oublier le zèle avec lequel le duc de Chatellerault et son fils, le comte d’Arran, avaient épousé le parti de
1 Keith, 198. — ? Zbid., 198.
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la congrégation. D'un autre côté, le prieur de Saint-André craignait le duc de Chatellerault, qu'il regardait comme un rival de son autorité. Toutes ces circonstances réunies avaient inspiré à la reine une grande aversion pour cette famille. Le duc de Chatellerault se livrant à son goût pour la retraite, vivait éloigné de la cour, sans se donner aucun soin pour se mettre en faveur, et le comte d’Arran poussait l'imprudence à un point impardonnable. Il aspirait ouvertement à épouser la reine, et il fut le seul noble de distinction qui s’opposa à ce qu’on accordât à cette princesse l’exercice de sa religion. Il osa mème faire à ce sujet des protestations publiques, et il perdit ainsi tout crédit auprès.de Marie‘. Dans le mème temps le penchant de son père pour l'économie et même pour une épargne sordide, mettait le comte dans la nécessité ou de se cacher ou de se montrer dans un équipage peu convenable à ladignité depremier prince dusang, et qui s’accordait peu avec les hautes prétentions d’unhommequiadressait ses vœux àlareine*, Son amour enflamraé par les obstacles, ses empressemens aigris par l'indifférence , altérèrent peu à peu sa raison, le portètrent à mille extravagances , et le conduisirent par degrés à une véritable frénésie,
Vers la fin de cette année, on tint une assemblée des états qui avait principalement pour objet les affaires de l'église. L'assemblée du clergé, qui se tenait dans le même temps, présenta une requête contenant plusieurs demandes relatives à la destruction du papisme, à l'encouragement de la religion protestante, et aux dispositions nécessaires pour fournir à l’entretien des ecclésiastiques 3. Ce dernier point était de la plus grande importance, ét je crois devoir entrer dans le détail des mesures qu'on prit à ce sujet.
Le nombre des prédicateurs protestans était considérablement augmenté; cependant on en manquait encore dans bien des endroits du royaume. La loi n’avait rien ordonné pour leur entretien , et ils n'avaient jusqu'alors tiré qu'une subsistance modique et précaire de la bienveillance des peuples. Souffrir que les ministres d'une église établie restassent dans cet état de dépen-
! Keith, 201, 204. Knox, 286. — Keith, 196.
3 Zbid., 210.
dance et de pauvreté, aurait été une indécence qui répugnait également aux principes de la religion et aux maximes d'une saine politique. On aurait justifié par-là les imputations des ennemis de la réformation, qui taxaient les protestans d’avarice. Les revenus de l'église romaine étaient le seul fonds sur lequel on pouvait assi-
gner l'entretien des ministres de la nouvelle
religion; mais pendant les trois dernières années , l'état de ces biens avait souffert une grande altération. La plupart des abbés, des prieurs ,et autres chefs des maisons religieuses, avaient abjuré les erreurs du papisme, soit par le sentiment du devoir, soit par des vues d'intérêt ; et. malgré leur changement de doctrine, ils avaient gardé lesrevenus dont ils jouissaient auparavant. Presque tout l’ordre des évêques et plusieurs autres prélats étaient restés attachés aux superstitions romaines ; et quoiqu'ils fussent destitués de toutes fonctions, quant au spirituel , ils continuaient à jouir du temporel de leurs bénéfices. Quelques laïques , et particulièrement ceux qui avaient mis le plus d'activité dans les progrès de la réformation , s'étaient emparés , sous différens prétextes et parmi la licence des guerres civiles, des biens qui appartenaient à l'église, Ainsi, avant que d'appliquer quelque partie des anciens revenus ecclésiastiques à l'entretien des ministres protestans , il fallait concilier bien des intérêts divers, examiner bien des prétentions, ménager les passions et les préjugés des deux partis opposés, et cette affaire demandait à être maniée avec beaucoup de délicatesse.
Après bien des débats, on convint d'un plan, à la pluralité des voix, et le clergé papiste même y donna son consentement. On ordonna qu'il serait fait, dans tout le royaume , un état exact de la valeur des bénéfices ecclésiastiques ; ceux qui en étaient actuellement pourvus, furent maintenus en possession, à quelque parti qu'ils fussent attachés; on leur laissa pour leur usage les deux tiers de leurs revenus: le reste fut appliqué à la couronne, et sur cet excédant la reine se chargea d'assigner une subsistance honnète au clergé protestant !.
Comme la plus grande partie des évèques et quelques autres prélats restaient toujours fortement attachés à la religion romaine, on pouvait
®Keith, Æppend. 175. Knox, 194,
attendre du zèle des prédicateurs, et de l'esprit qui avait jusqu'alors animé la nation , qu’on se porterait plutôt à la destruction totale des catholiques qu’à un acte de tolérance si extraordipaire. Mais les opérations qui n'avaient rapport
. qu'à la religion étaient traversées par d’autres principes. Le zèle pour la liberté et l'amour des richesses , passions extrêmement opposées , concoururent à déterminer les protestans à se prèter à un arrangement, si manifestement opposé aux maximes qui avaient jusqu'alors fait la règle de leur conduite.
Si les réformes avaient continué à agir d'une manière irréprochable , et s'ils avaient voulu n'admettre dans l'église aucune distinction, les revenus immenses attachés aux dignités ecclésiastiques ne pouvaient pas avec justice être laissés entre les mains de ceux qui les possédaient ; on aurait dû , ou les distribuer au clergé protestant qui remplissait toutes les fonctions ecclésiastiques, ou les remettre à la reine, puisque la plus grande partie de ces biens venait de la libéralité de ses ancêtres. Le premier arrangement , plus analogue à l'esprit de la religion qui régnait parmi le peuple, était sujet à beaucoup d’inconvéniens. La part que les ecclésiastiques papistes avaient acquise dans les propriétés de la nation, excédait de beaucoup la proportion qui convenait à l'avantage du royaume; et les nobles s'étaient déterminés à remédier à ce mal, en empèchant que ces vastes possessions ne retournassent entre les mains de l'église. Le second expédient ne demandait pas moins de prétaution, et mettait la constitution de l’état dans un péril évident. Les prérogatives accordées aux rois d'Écosse, circonscrites dans des bornes très étroites , étaient encore pour les nobles un objet de jalousie. Si les nobles aÿaient permis à la couronne de s'emparer des dépouilles de l'église, cet accroissement de propriété aurait été accompagné d’une augmentation de pouvoir qui aurait élevé la puissance royale au point de n'écouter aucune remontrance , et qui du prince de l'Europe le plus limité en aurait fait ie monar-
que le plus absolu et le plus indépendant. Le règne d'Henri VIII en offrait un exemple tout récent et très capable d’alarmer. Les richesses que ce prince accumula, en supprimant les monastères, lui firent changer ses maximes de gouvernement, et changèrent mème le fonds de son
caractère. Il avait auparavant de la déférence pour son parlement, et il était jaloux de l'amour de son peuple; il dicta alors des lois à cette auguste assemblée avec une arrogance insoutenable; il tyrannisa ses peuples avec une dureté qu'on ne lui connaissait point ; et si les vues politiques de ce prince avaient été plus étendues, s’il n'avait point dissipé avec profusion les biens qu'il avait rassemblés avec tant d’avidité, s’il n'avait point déconcerté par-là ses projets ambitieux, il aurait introduit le despotisme en Angleterre, et il l'aurait établi sur des fondemens si solides, que ses sujets, avec tous leurs efforts, ne seraient jamais parvenus à les ébranler. En Écosse, où les biens du clergé étaient dans la même proportion avec lesrichesses duroyaume, l'acquisition des terres de l'église n'aurait pas été d’une moindre importance pour la couronne, ni moins fatale à l'aristocratie. Ce fut par cette raison que les nobles évitèrent de donner un tel accroissement à l'autorité royale, et assurèrent ainsi leur indépendance.
L'avarice eut part aussi à la conduite des nobles, et les porta à soutenir avec tant de chaleur les intérêts de leur ordre. La réunion des possessions de l’église à la couronne, ou le don qu'on en aurait fait au clergé protestant, aurait porté un coup fatal, tant au nobles qui s'étaient emparés par la fraude ou à force ouverte de ces revenus, qu'aux abbés et prieurs qui avaient absolument renoncé à leurs dignités ecclésiastiques. Mais comme le plan qui avait été proposé donnait un air de légitimité à leur usurpation, ils l’adoptérent avec empressement , et ils Le soutinrent de tout leur crédit. Les ecclésiastiques papistes, malgré le chagrin qu'ils avaient de se voir privés de leurs revenus, consentirent à sacrifier une partie de leurs possessions pour s’assurer du reste ; et après s'être vus sur le point de tout perdre, ils regardèrent comme un gain ce qu'ils purent conserver. La plupart des anciens prélats étaient de familles nobles; et comme ils avaient perdu toute espérance de relever la religion romaine, ils aimaient mieux voir leurs familles enrichies des dépouilles de l'église, que de les laisser passer à la couronne ou au clergé protestant. Ils toléraient par cette raison ces usurpations des nobles ; ils les aidaient même à satisfaire leur avidité, et ils les fävorisèrent jusque dans les voies de fait qui furent employées.
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3 Knox, 3
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Ils faisaient trafic du patrimoine de l'église et le distribuaient à leurs parens; le don qu'ils faisaient des biens ecclésiastiques, des baux à perpétuité des dîmes et des terres de l'église, paraissait justifier leur puissance excessive , et donnait un air de légitimité à leurs usurpations. On voit encore des vestiges de ces sortes d'aliénations !, Les nobles, soutenus par les prélats , faisaient tous les jours de nouvelles entreprises, et enlevaient peu à peu aux ecclésiastiques leurs revenus les plus considérables et leurs plus riches possessions. Ce tiers même qui avait été accordé pour apaiser les clameurs du clergé protestant , et pour donner à la couronne quelque équivalent de ses prétentions, fut réduit à une somme peu considérable. Les nobles les plus puissans, et particulièrement ceux qui avaient embrassé la réforme, furent presque tous déchargés de la partie de cette contribution de tiers qui leur était assignée. Les autres, en
produisant des baux falsifiés, en estimant audessous de leur valeur le blé et les autres denrées payables en nature, et en corrompant les receveurs, diminuèrent considérablement leurs Charges? Ainsi les nobles avaient grande raison | d'être satisfaits d’un expédient qui leur assurait } à si peu de frais de si vastes possessions.
Le clergé protestant ne fit pas non plus un gain fort considérable à ce nouveau règlement, IL éprouva qu'il est plus aisé d'allumer le zèle | que d’'éteindre l'avarice. Ces mêmes hommes Sur qui ils avaient autrefois une autorité absolue } et une espèce de domination étaient devenus sourds à toutes leurs remontrances. Le prieur
cosse à la plus grande partie des ministres’ pro- . testans; quelques-uns, mais en petit nombre,
en obtinrent trois cents 3, Environ vingt-quatre mille livres d'Écosse firent la totalité de la Somme accordée pour l'entretien d'une église | nationale établie par la loi, et regardée dans
tout le royaume comme la véritable église de
1 Keith » 607. Spotswood, 175, * Keith, 4ppend. , 188. Spotswood, 183, $ Knox, 30
Dieu . Cette somme fut même payée avec peu d’exactitude, et les ministres furent toujours tenus dans le même état de pauvreté et de dépendance.
La douceur de l'administration de Marie et l'élégance de sa cour avaient en quelque manière modéré la férocité des nobles, et leur avaient inspiré plus de bienséance et d'humanité, D'un
“autre côté, la présence et l'autorité de la reine
tenaient en bride les factions et l'esprit de révolte. Mais comme le bon ordre et la tranquillité ne sont pas des choses naturelles dans un royaume féodal aristocratique, ils ne furent pas de longue durée, et cette année fut remarquable par une éruption terrible de discordes et d’animosités intestines.
Au milieu d’une noblesse nombreuse et indépendante, un monarque ne pouvait avoir qu'une faible autorité, et sa juridiction ne pouvait avoir ni étendue"ni sévérité. Des intérêts opposés, l’état incertain des propriétés, des soulèvemens fréquens, la férocité des mœurs, avaient jeté parmi les familles des grands des semences de querelles et de dissensions, qui n'étaient jamais décidées par les lois, mais toujours par des voies de fait, ainsi que nous l'avons déjà observé. Un baron offensé, sans avoir recours au monarque, sans vouloir reconnaître l'autorité du souverain, assemblait ses propres vassaux , et entrait aussitôt à main armée sur les terres de son ennemi. Chaque noble, en laissant à ses descendans ses biens et ses honneurs , leur transmettait toujours quelque querelle héréditaire, et sa postérité se faisait un point d’honneur de l’adopter, de la poursuivre, et de perpétuer cette haine invétérée.
Une inimitié de cette espèce existait entre la maison d'Hamilton et le comte de Bothwell, et elle s'était considérablement accrue par des hostilités réciproques, pendant les derniers soulèvemens ?, Lorsqu'il arrivait au comte d’Arran et au comte de Bothwell de se trouver de garde en même temps, les gens de leur suite pre-
naient querelle très souvent dans les rues d'Édimbourg, et excitaient dans cette ville des séditions dangereuses. A la fin, leurs amis, et particulièrement Knox, vinrent à bout de né-
1 Keith, 4ppend., 188.
* Keith, 4ppendix, 215.
gocier une réconciliation, mais qui fut fatale à | ces deux seigneurs f.
Quelques jours après ce raccommodement, le comte d’Arran vint trouver Knox et ensuite le prieur de Saint-André, et il leur déclara, avec l’air de la confusion et du plus grand effroi, que Bothwell et les Hamilton, parens de ce comte, avaient formé le complot d’assassiner le prieur de Saint-André, Maitland et les aatres favoris de la reine, pour s'emparer ensuite de toute la direction des affaires. Le duc de Cha-
Ilerault regardait le prieur comme un rival qui l'avait supplanté auprès de la reine, qui s'était emparé du timon de l'état, et qui occupait une place que le duc croyait lui appartenir en sa qualité de premier prince du sang. Le comte de Bothwell n’était pas moins aigri contre le prieur, à l’occasion des injures qu’il en avait reçues pendant les derniers soulèvemens. Cependant la contrariété des historiens et la défectuosité des archives mettent dans l'impossibilité de déterminer si réellement Bothwell et les Hamilton voulurent cimenter leur nouvelle union par l'effusion du sang de leur ennemi commun, ou bien si cette conspiration n'existait que dans l'imagination échauffée du comte d’Arran. Au reste, des hommes aigris par leurs ressentimens, et prompts à se venger, avaient pu se permettre quelques expressions inconsidérées, proposer des moyens violens et criminels; et sur ce fondement, le comte avait peut-être fabriqué tout l'édifice de cette conspiration. Toutes les personnes accusées nièrent le crime avec la plus grande confiance; mais le caractère des hommes de ce siècle, l'esprit d'emportement qui dominait alors, donnaient un air de vérité à cette accusation, et justifiérent pleinement, la conduite du ministre de la reine, qui confina Bothwell, Arran et quelques autres de ces factieux dans des prisons séparées, et qui obligea le duc de Chatellerault de rendre la forteresse de Dunbarton, que le duc avait gardée depuis qu'il s'était démis de l'office de régent ?.
Les desseins du comte de Huntly contre le prieur de Saint-André étaient couverts d’un voile plus épais, et produisirent des événemens plus mémorables et plus tragiques. George Gordon, comte de Huntly, avait trempé dans la
3 Knox., 305. — ? Knox, 307, 308. Keith, 202.
conspiration des nobles contre Jacques IE, et comme il avait été un de ceux qui portèrent Jacques IV sur le trône, il avait eu beaucoup de part à la confiance de ce prince généreux !. La famille du comte, déjà riche et puissante, ob. tint du roi un grand accroissement de biens et d'autorité. Après la mort de ce monarque, Alexandre , comte de Huntly, successeur de George, ayant été fait lord-lieutenant dans tous les comtés au-delà du Forth, laissa les autres nobles se disputer les charges de la cour, et, se retirant dans le nord, où ses biens et son crédit se trouvaient réunis, j] y fixa sa résidence; il y tranchait du prince et y affectait l’indépendance. Les autres nobles de cette partie du royaume redoutaient la domination naissante de ce voisin dangereux, mais ils n'étaient point en état de s'opposer à ses entreprises. Il vint à bout de ruiner une partie de ses rivaux par des manœuvres sourdes, et il soumit les autres à force ouverte. Ses biens excédaient ceux de tous les autres sujets, ses juridictions s’étendaient sur plusieurs comtés du nord. Avec cette immensité
de pouvoir et de possessions, sous le gouverne- |
ment faible de deux longues minorités, pendant les désordres des guerres civiles, les comtes de Huntly auraient pu porter au plus haut point leurs vues et leurs espérances. Mais heureusement pour la couronne, l'esprit actif et entreprenant n’était pas le caractère de cette famille, et quel que fût l'objet de leur ambition, ils préféraient d'y parvenir par l'adresse et par la politique, plutôt que de s’en emparer ouvertement et par la force des armes.
Dans ce siècle où l'irrésolution, l’inconstance et la ruse étaient le génie dominant , la conduite de George, comte actuel de Huntly, pendant les derniers troubles, avait toujours été conforme à l'esprit de sa famille. Tant que le succès des lords de la congrégation fut incertain, il assista la reine régente dans les entreprises qu’elle forma pour les détruire. Lorsque les affaires des protestans prirent une tournure plus favorable, il fit semblant de se réunir avec eux, mais il ne
fut jamais attaché sincèrement à leur parti. Il
était également craint et recherché par les catholiques et les protestans. Les uns et les autres favorisaient ses usurpations dans le nord. Il sa
1 Grawf officers of State , 56,
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Le comte de Huntly voyait avec la plus grande jalousie et le plus grand chagrin les progrès de la réputation et de l'autorité du prieur de Saint-André, et il le regardait comme un rival qui avait usurpé sur l'esprit de la reine la confiance que le comte croyait lui appartenir à plus juste titre, à cause du zèle qu’il avait marqué pour la religion romaine, Des injures personnelles augmentèrent bientôt la mésintelligence occasionée par la rivalité de puissance. La reine ayant résolu de récompenser les services du prieur de Saint-André en l'élevant au rang de comte, lui assigna Mar comme le lieu dont il prendrait le titre; et pour qu’il fût plus en état de soutenir sa nouvelle dignité, elle lui donna en même temps les pays compris sous cette même dénomination. Ces pays faisaient partie des domaines de la couronne, mais on avait accordé la possession aux comtes de Huntly pour quelques années ?. Le comte se plaignit, et avec quelque raison, de la perte qu’on lui faisait souffrir , et il conçut en même temps de vives
: alarmes ct très bien fondées, de voir qu’on lui
envoyait dans le cœur de ses terres un voisin formidable qui serait en état de balancer son autorité, et d'encourager ses vassaux opprimés à secouer le joug.
Un accident qui arriva peu de temps après,
: fortifia et confirma les soupçons du comte de : Huntly. Le chevalier Jean Gordon, son troisième
fils, et le lord Ogilvie eurent une dispute au su-
À jet de la propriété d'un bien. Ce démélé dégé- | néra bientôt en une querelle fatale. Malheureusement ces deux seigneurs, suivis l’un et l’autre
d'un nombre de gens armés, se rencontrèrent dans les rues d'Édimbourg. Le combat s’engagea, et le lord Ogilvie y fut dangereusement blessé par le chevalier Jean Gordon. Les magisrats firent arrêter les délinquans, et la reine ordonna qu'ils fussent resserrés fort étroitement.
Dans tout gouvernement régulier, une telle in-
‘raction à l'ordre et à la paix publique aurait exposé les coupables à quelque punition. 11 était alors encore plus nécessaire d'user de rigueur, our venger l'autorité de la reine de l'insulte la
1 Grawf. Peer, 297, — ? Buchan., 334,
plus odieuse qui lui eût été faite depuis son retour en Écosse, Mais dans un siècle accoutumé à la licence et à l'anarchie, cet ordre d'emprisonner les coupables, exercice d'autorité très modéré, fut regardé comme un acte de sévérité insupportable. Les amis de chaque parti commencèrent par convoquer leurs vassaux et autres gens de leur dépendance, pour suspendre ou empêcher le cours de la justice!. Cependant Gordon trouva le moyen de s'échapper de sa prison, se réfugia dans la province d’Aberdeen, et là, se répandit en plaintes amères sur l'indiguité avec laquelle il avait été traité. Comme toutes les actions de la reine étaient alors imputées au comtede Mar, cet événement fortifia considérablement la haine que Huntly avait conçue contre ce seigneur.
Dans ce même temps, où les passions fermentaient avec tant de violence dans les esprits du comte de Huntly et de sa famille, la reine se mit en chemin pour visiter les parties septentrionales du royaume, et elle y fut accompagnée par les comtes de Mar et de Morton, Maitland et les autres chefs du parti. La présence de la reine dans un pays où depuis bien des années on ne connaissait point de nom plus révéré que celui du comte de Huntlÿ, ni d'autorité supérieure à celle qu'il y exerçait, était un événement bien capable par lui-même de blesser infiniment la fierté de ce seigneur hautain, Mais de plus, tant que la reine se gouverna par les seules impulsions du comte de Mar, toutes les actions de cette princesse furent toujours mal interprétées et regardées comme autant d'injures. Mille autres circonstances pouvaient ainsi concourir à réveiller la jalousie de Huntly, à blesser son orgueil, à enflammer ses ressentimens. L'effervescence de ces passions violentes devait nécessairement produire quelque éclat.
A l'arrivée de Marie dans le nord, Huntly chargea sa femme de travailler à apaiser la reine, et d’intercéder auprès d'elle pour obtenir le pardon de leur fils. Personne n'avait plus de liant dans l'esprit, plus de dextérité que la comtesse de Huntly, et n'était plus capable de se bien acquitter de cette commission. Cependant elle ne put rien gagner sur l'esprit de la reine,
1 Keith, 223
qui répondit affirmativement qu'il fallait que Gordon se remit lui-mème entre les mains de la justice, et qu'il eût recours à sa clémence, Gor- ; don y était déterminé , et lorsqu'il reçut les ordres de la reine pour se rendre au château de Stirling, il déclara qu'il était prêt à obéir à ses commandemens. Le lordErskine, oncle du comte de Mar, était alorsgouverneurde cette forteresse. La sévérité de la reine, et la place qu'on avait choisie pour la prison de Gordon, furent interprétés par les Gordon comme de nouvelles preuves de la haine du comte de Mar, et augmentèrent encore leur aversion contre ce ministre.
Cependant le chevalier Jean Gordon se mit en marche vers Stirling; mais au lieu d'exécuter la promesse qu'ilavait faite à la reine, il s'échappa de ses gardes et alla se mettre à la tête de ses vassaux, qui avaient pris les armes dans tout le nord. Son père avait fait ces dispositions pour assurer et soutenir le coup qu’il méditait en secret pour faire tomber d'un seul coup les têtes de Mar, de Morton et de Maitland, ses principaux adversaires. Le temps et le lieu avaient souvent été désignés pour l'exécution de cet horrible forfait. Il manqua par une de ces circonstances merveilleuses, par un de ces événemens imprévus, que la Providence a tant de fois suscités pour porter l’effroi dans le cœur des assassins, et pour déconcerter leurs projets !. La maison du comte de Huntly à Strathbogie était le dernier endroit qu'on avait fixé, et le théâtre le plus commode pour donner ce spectacle d’horreur. Comme la reine s’y acheminait, elle apprit dans sa marche la fuite et la révolte du jeune Gordon. Dans les premiers transports de son indignation, elle refusa d'entrer dans la maison du père d’un rebelle, et par cet heureux essor de sonressentiment , elle garantit ses ministres de leur perte inévitable 2.
Le comte de Huntly, déchu de ses espérances, privé, par le mauvais succès de son entreprise, des moyens de se venger en secret, se précipita ouvertement dans la rébellion. Comme la reine ne se conduisait que par les conseils des rivaux du comte, il ne pouvait pas travailler à leur perte sans manquer au serment de fidélité qu'il avait fait à sa souveraine, Lorsque la reine arriva à
. 1 Keith, 230. — 2 Knox, 318.
Inverness, l'officier qui commandait dans le château lui en ferma les portes par les ordres de Huntly.Elle fut obligée de loger dansla ville, qui était ouverte et sans défense, et elle y fut bientôt entourée d’une multitude de vassaux du comte de Huntly!. La reine, qui avait une suite peu nombreuse, tomba dans la plus grande consternation. Elle s'attendait à chaque instant à voir avancer les rebelles, et il y avait déjà des vaisseaux commandés sur le riyage pour lui assurer sa retraite. La fidélité des Montrozes, des Frazers, des Mackintoshes, et de quelques autres tribus voisines qui prirent les armes pour sa défense, la tira de ce danger. Elle se trouva même en état avec leurs secours, de forcer le château de se rendre, et elle fit subir au gouverneur la peine que son insolence méritait, Get acte de désobéissance auquel Huntly s'était porté sans aucun déguisement , lui attira de la part de la reine des traitemens plus rigoureux qu'il n’en avait encore éprouvé. Le lord Erskine ayant formé des prétentions sur le comté de Mar, Stuart s'en démit en sa faveur, et la reine donna aussitôt à ce dernier le titre de comte de Murray, avec tous les biens attachés à cette dignité et qui étaient depuis l'année 1548 en la possession du comte de Huntly?. Le comte jugea par-là que sa famille était dévouée à la destruction. 11 craignit de se voir dépouillé peu à peu de ces biens qu'il avait obtenus pour récompense de ses services, et que la couronne avait accordés par reconnaissance à lui-même et à ses ancêtres. Alors il ne cacha plus ses des-
seins, et dans la crainte que la reine ne publiät : $
contre lui un édit, il prit ouvertement les armes. Au lieu de remettre les places fortes que la reine lui redemandait, les vassaux du comte disperstrent ou taillèrent en pièces tous les pare tis qu’on avait envoyés pour en prendre possession %. Huntly lui-même s'avança avec un corps de troupes considérable vers Aberdeen, où la reine était retournée, et il répandit l’effroi dans sa petite cour. Le nouveau comte de Murray n'avait qu'une poignée de monde en qui il pût avoir quelque confiance 4. Pour former une espèce d'armée, il fut obligé d’avoir recours aux barons voisins : mais comme presque tous , ou
1 Grawf. officers of State, — ? Grawf. Peer. 359, 5 Knox, 319. — ‘ Keith, 230
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F, Peer, 359,
favorisaient les desseins de Huntly, ou bien étaient dans sa dépendance, il ne pouvait en attendre ni service réel ni véritable affection,
Cependant Murray, qui n'aurait rien gagné dans le retardement, se mit à la tête de ces troupes et marcha hardiment à l'ennemi, qu'il rencontra à Corrichie dans un poste très avantageux. Il commanda à ses associés du nord de commencer sur-le-champ l'attaque. Mais au premier mouvement que fit l'ennemi, ces traîtres tournèrent lâchement le dos. Les gens du comte de Huntly jettent aussitôt leurs piques, rompent leurs rangs, mettent l'épée à la main, et s'abandonnent à la poursuite des fuyards. Ce fut alors que le comte de Murray donna des preuves et d’un courage intrépide et de la conduite la plus prudente. Iltint ferme sur untertre élevé avec un corps peu nombreux, mais composé de gens fidèles, et reçut l'ennemi avec une fermeté à laquelle il ne s'attendait point. Les épées larges des montagnards ne sont pas des armes faites pour se mesurer avec les piques des Écossais. On avait reconnu la supériorité de ces piques dans tous les temps de troubles , et elles avaient toujours décidé le sort des batailles, Dans cette occasion, l'attaque irrégulière des troupes de Huntly fut aisément repoussée par le bataillon ferme et serré du comte de Murray. Les troupes de Murray, qui avaient d’abord pris la fuite, voulant effacer leur honte aux yeux de ceux pour qui la victoire se déclarait, chargèrent les gens de Huntly sans leur donner le temps de se remettre du désordre occasioné par cette résistance imprévue , et rendirent leur déroute complète. Huntly lui-même, qui était extrèmement gros, fut renversé, foulé aux pieds , et trouvé mort dans la poursuite des fuyards. Ses fils, les chevaliers Jean et Adam furent pris, et Murray retourna triomphant à Aberdeen avec ses prisonniers.
Le procès fut bientôt fait à des rebelles pris lesarmes à la main contre leur souveraine. Trois jours après la bataille, le chevalier Jean Gordon fut décapité à Aberdeen. On pardonna à son frère Adam à cause de sa jeunesse. Le lord Gordon , qui avait eu connaissance des desseins de son père , fut pris dans la partie méridionale du royaume , jugé et déclaré coupable de trahison , et il n'échappa au supplice que par la clémence de la reine, Le premier parlement qui
se tint, procéda contre cette famille, qui était fort étendue , dans toute la rigueur des lois, et
réduisit sa puissance et sa fortune au plus bas état !.
1 La conspiration du comte de Huntly est un des faits les plus compliqués et les plus embrouillés de l'histoire d'Écosse, Comme cet événement ne regardait que l'inté. rieur de ce royaume, et que l'Angleterre y prit peu d’intérêt, on ne trouve qu’un petit nombre de papiers originaux à ce sujet dans la collection de Cecil, qui est la source où l’on peut puiser le plus de lumière et d’instruction pour les affaires de ce temps.
Buchanan prétend que Marie avait alors formé le dessein de perdre Murray, et qu’elle s'était servie, à cet effet, de la puissance du comte de Huntly. Mais la manière dont il rapporte toutes les circonstances de cet événement a si peu l'air de vérité et même de probabilité, qu’elle ne mérite pas une grande discussion, L'autorité de la reine n’était pas assez bien établie, et il ne paraît pas qu’elle fût portée à exercer aucun acte de violence contre le comte de Murray, son frère naturel,
On a formé deux conjectures pour donner 1 explication de ce fait. Mais elles me paraissent également dénuées de toute apparence de vérité.
On a dit que le voyage de Marie dans le nord était un projet concerté par Murray pour perdre le comte de Huntly. 1° Huntly avait presque toujours été à la cour depuis le retour de la reine. Keith, 198. {ppend., 175, etc. C'était le véritable endroit où l'on aurait pu aisément se saisir de sa personne, Aller l'attaquer dans la province d’Aberdeen , le siége de son autorité, et au milieu de ses vassaux, C'était un projet également insensé et périlleux. 2° Marie n'avait pas un corps de troupes assez considérable pour agir contre Huntly à force ouverte. La suite de la reine n’était pas plus nombreuse qu’à l'ordinaire dans les temps dela plus grande tranquillité. Keith, 230. 3° On a encore deux lettres originales au sujet de cette conspiration, l'une de Randolph, résident d'Angleterre, l'autre de Maitland, toutes les deux adressées à Cecil, Elles font mention des menées de Huntly comme d’une trahison notoire. Randolphe y parle de plusieurs entreprises formées par Huntiy pour assassiner Murray, etc. 1 n’y donne avis d'aucune entreprise préméditée par les ministres de Marie pour perdre Huntly et sa famille. Si ce projet avait jamais existé, il était du devoir de Randolph de le pénétrer, et Maïtland n'aurait point voulu en faire mystère au ministre d'Angleterre. Keith, 229, 232.
On a encore supposé que le comte de Huntly avait formé le projet de se saisir de la personne de la reine, et de ses ministres, mais c’est une chose qu’il n’est pas plus aisé de prouver. 1° A l’arrivée de la reine dans le nord, il travailla sincèrement à gagner les bonnes grâces de la reine et à obtenir le pardon de son fils. Ænox , 318. 2° ]l alla trouver la reine, premièrement à Aberdeen, ensuite à Rothemai ; et il n’aurait pas osé s’y risquer s’il avait tramé quelque trahison. Knox, 318. 3° Les irrésolutions de Huntly, sa conduite chancelante, marquaient plutôt un homme déconcerté par un danger imprévu qu’un homme exécutant un plan formé depuis longtemps. 4° Les personnes les plus considérables de sa tribu se soumirent à la reine, et crurent devoir, pour
Comme la chute de Huntly est un des événemens les plus importans de cette année, je n'ai pas cru devoir en interrompre la narration par le récit de faits moins considérables, et dont il est également à propos de donner actuellement le détail.
Au commencement de l'été, Marie, qui désirait de lier avec Élisabeth une correspondance et une familiarité plus étroites, chargea Maitland de lui demander une entrevue en quelque endroit du nord de l'Angleterre. Comme la proposition ne pouvait pas être rejetée avec bienséance, on convint aussitôt du temps, du lieu et des circonstances de cette visite. Mais Élisabeth avait trop de prudence pour laisser venir dans son royaume une rivale qui la ternissait par l'éclat de sa beauté, par les grâces de sa personne, et qui la surpassait d’ailleurs infiniment dans tout l'art de captiver les esprits et de gagner les cœurs. La reine d'Angleterre remit donc à un autre temps cette entrevue 1, sous prétexte des affaires importantes qui la retenaient à Londres, et de l'obligation où elle était de donner toutes ses attentions aux guerres civiles de France. Elle déroba ainsi à ses sujets la présence de la reine d'Écosse, dont elle redoutait, et avec quelque raison, les charmes et les attraits séduisans.
Le clergé s'assembla deux fois pendant cette année. On y porta chaque fois de grandes plaintes au sujet de l'état de pauvreté et de dépendance dans lequel l'église se trouvait. Il s'éleva bien des murmures contre la négligence et l'avarice de ceux qui avaient été chargés du recouvrement et de la distribution des fonds médiocres qui avaient été assignés pour l'entretien des prédicateurs 2. On présenta, mais sans aucun succès, à la reine, une requête pour demander le redressement de ces griefs. On ne devait pas
leur sûreté, obéir à ses commandemens. Keith, 226. Si k comte eût précédemment formé le projet de prendre les armes contre la reine, et de faire arrêter ses ministres, il est à présumer qu'il en aurait fait part à ses principaux vassaux, et qu’ils ne l'auraient pas abandonné comme ils le firent.
C’est par ces considérations que j'ai, d'une part, disculpé le comte de Murray d’avoir jamais eu de dessein formé de perdre la famille de Gordon; et que, d'un autre côté , j'attribue les excès du comte de Huntiy aux premiers transports de son ressentiment, sans laccuser d’avoir prémédité aucun projet de rébellion.
1 Keith, 216. — ? Kncx, 312, 223.
était veuve. La douceur de son gouvernement lui avait gagné les cœurs de tous ses sujets. Ils désiraient son mariage avec impatience, et ils formaient des vœux pour voir la couronne éta-
l'espérance d’une autre, lui attiraient les hommages de plusieurs princes qui briguaient avec ardeur une si belle alliance. La situation avantageuse de l'Écosse lui donnait un si grend poids dans la balance de l'Europe, que tous les
108 11663) non plus s'attendre que la reine marquât beau- Philipp coup d'empressement à se rendre à de telles re- pereur de présentations, Ses ministres, quoique protestans mains de zélés, s'étaient eux-mêmes enrichis des dépouilles Ferdinand de l'église, et ils étaient par cette raison peu importance sensibles à l’indigence et aux demandes de leurs surée qui frères. royaumes
Il y avait déjà près de deux ans que Marie deur à la €
lorrains e était alor immenses
pagnole
blie dans la descendance directe de leurs anciens Catheri monarques. La reine était la femme de son siècle ce que la la plus aimable et la plus accomplie. La réputa- princes a tion de ses talens, soutenue des circonstances augmente favorables de la possession d’une couronne, et de de cette r
princes lot gnement } la protecti qui aurait esprit ent
souverains observaient avec inquiétude en fa- d'attaquer veur de qui Marie se déterminerait. De tous les taient déj: événemens de ce siècle, aucun ne réveilla les que la jeu craintes et les jalousies politiques plus vivement sitions de ! que le mariage de la reine d'Écosse; aucun ne # nau en Éc remua plus fortement les passions de quelques "D duc d'Anj princes, et aucun ne donna naissance à plus d’in- mari, et trigues opposées. France sot
La maison d'Autriche se rappelait les vastes Marie d projets que la France avait fondés sur le premier tous ces } mariage de lareine d'Écosse. Ils n'avaient été dé- recomman concertés que par des circonstances imprévues : : L'exemple premièrement, par la mort de Henri VIII; en- } le frère de suite, par celle de François I. Si Marie avait en d'ailleurs core voulu s’allier à quelque prince français, les de France mêmes projets pouvaient revivre et être suivis © "avait tenu avec plus de succès. plus d'int
Pour éviter ce danger, l'empereur entra en coup d'œil négociation avec le cardinal de Lorraine, qui vastes état avait proposé le mariage de la reine d'Écosse esse faite avec l’archiduc Charles, troisitne fils de Ferdi- ; Cepend nand. L'affaire fut proposée à Mai char- rent Mari gea Melvil, qui était alors ? l cour lec- pays étra teur palatin, de prendre des informations sur » son oncle le caractère et les qualités personnelles de l'ar- fs » l'ambition chiduc {. "
? Castelna
1 Melvil, 63, 65. Keith, 239. 4ppendix, n° VI,
p.46 et suiv. * Castelna
narquât beauà de telles reque protestans des dépouilles tte raison peu andes de leurs
ans que Marie gouvernement s ses sujets. Ils patience, et ils couronne étale leurs anciens ne de son siècle lie, La réputas circonstances couronne, et de raient les hombriguaient avec situation avant un si grénd je, que tous les quiétude en faait. De tous les ne réveilla les ss plus vivement
posse ; AUCUN ne ns de quelques
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n'avaient été dénces imprévues :
Henri VIIL; en- É
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re et être suivis À
pereur entra en le Lorraine, qui a reine d'Écosse “ne fs de Ferdi- Marie: elle chara cour de l'élecinformations sur sonnelles de l'ar-
appendiæ , n° VII,
Philippe II ne craignait pas moins que l’empereur de voir Marie tomber encore entre les mains de la France; mais il enviait à son oncle Ferdinand 1°" l'acquisition d'un trésor de cette importance, Philippe avait une ambition démesurée qui lui faisait envahir en idée tous les royaumes de l'Europe. Il chargea son ambassadeur à la cour de France de solliciter les princes lorrains en faveur de son fils don Carlos, qui était alors héritier présomptif des domaines immenses qui appartenaient à la monarchie espagnole ft,
Catherine de Médicis s’opposait de son côté à ce que la reine d'Écosse épousât aucun des princes autrichiens, dans la crainte de voir augmenter par-là ie pouvoir et les prétentions de cette race ambitieuse, Sa jalousie contre les princes lorrains ne lui donnait pas moins d'éloignement pour une alliance qui leur aurait assuré la protection de l’empereur ou du roi d'Espagne, qui aurait augmenté leur audace, fortifié leur esprit entreprenant, et qui les aurait mis en état d'attaquer ouvertement l'autorité dont ils s'étaient déjà déclarés rivaux. Catherine, craignant que la jeune reine ne fût éblouie par les propositions de la maison d'Autriche, dépécha Castelnau en Écosse pour lui proposer le mariage du duc d'Anjou, frère de François Il, son premier mari, et qui monta bientôt sur le trône de France sous le nom de Henri I. *
Marie délibéra avec attention sur les offres de tous ces prétendans. L’archiduc n'était guère
| recommandable que par sa haute naissance.
L L'exemple de Henri VIII la détournait d'épouser
le frère de son premier mari, et elle ne pouvait d’ailleurs supporter l'idée de paraître à la cour de France dans un rang inférieur à celui qu’elle avait tenu dans ce royaume. Elle écoutait avec
plus d'intérèt les propositions d'Espagne; le
coup d'œil de cette étendue de puissance, de ces vastes états, flattait l'ambition d’une jeune prin-
cesse faite pour aspirer au grand.
Cependant quelques circonstances détournérent Marie de penser à faire aucune alliance ‘en pays étranger : la première fut le meurtre de son oncle, le duc de Guise. L'impétuosité et l'ambition de ce seigneur avaient plongé sa pa-
! Castelnau, 461. Addit. à Le Laboureur, 501, 503, * Castelnau, 463,
trie dans une guerre civile qui s'était faite avec fureur et avec une alternative de bons et de mauvais succès. À la fin, le duc mit le siége devant Orléans, le boulevart des protestans , et il avait réduit la ville aux dernières extrémités, lorsqu'il fut assassiné par un fanatique nommé Poltrot, Cette mort porta un coup fatal à la reine d'Écosse, Le fils du feu duc était mineur, et le cardinal de Lorraine, qui avait un esprit d'intrigue et de subtilité, manquait de ce courage indomptable et entreprenant qui rendait l'ambition de son frère si redoutable. Catherine, au lieu de favoriser les desseins de sa belle-fille et de soutenir ses prétentions , se faisait un plaisir de l'humilier et de déconcerter ses projets. Marie, dans cette position, et depuis qu'elle avait perdu un protecteur tel que le duc de Guise, se trouvait dans la nécessité de restreindre ses vues, d'agir avec beaucoup de précaution, de se refuser même à l'attrait des avantages qui pouvaient se présenter, plutôt que de s'engager dans des démarches incertaines et dangereuses. Marie était encore extrêmement gênée par les sentimens de la reine d'Angleterre, Le mariage de la reine d'Écosse était un objet de spéculation plus intéressant pour Élisabeth que pour aucun autre prince; elle observait aussi les délibérations de Marie sur cet objet avec une attention mêlée d'inquiétudes. On croit qu'Élisabeth avait formé de très bonne heure la résolution de vivre dans le célibat, et il paraît qu'elle aurait bien voulu imposer la même loi à la reine d'Écosse. Élisabeth avait éprouvé qu'on pouvait envahir ses domaines et la troubler dans la possession de sa couronne, en se servant du pouvoir et des prétentions de Marie. La mort de François IT avait à la vérité délivré la reine d'Angleterre de ces appréhensions, mais elle était dans la ferme résolution de tout mettre en usage pour s’en garantir à l'avenir, L'ambition et l'ac- Livité des princes autrichiens, et la protection déclarée qu'ils accordaient à la religion romaine, lui faisaient redouter de tels voisins. Elle chargea Randolph de faire à Marieles représentations les plus fortes pour la détourner de cette alliance; de lui déclarer qu’elle regarderait ce mariage comme la rupture de la bonne amitié qui était si heureusement établie entre elle et la reine d'Écosse, et que la nation anglaise le prendrait pour une rupture ouverte de l'alliance qui sub-
sistait entre les deux royaumes ; queles Anglais, attachés à leur religion et jaloux de leur liberté, ne manqueraient pas, selon toutes ies apparences, de prendre des mesures préjudiciables aux droits de Marie à la couronne d'Angleterre; et que, comme elle le savait très bien , ils auraient assez de puissance , et qu'ils trouveraient assez de prétextes pour affaiblir et pour écarter ses prétentions. Ces menaces étaient accompagnées de delles promesses, mais conçues en termes Ccaptieux : que si Marie voulait faire choix d’un mari qui fût agréable à la nation anglaise, Élisabeth nommerait des personnes capables pour examiner les droits de succession de la reine d'Écosse, et quesion lestrouvait bien fondés, Élisabeth ordonnerait qu'ils fussent reconnus publiquement. Cependant Élisabeth affectait de ne point désigner celui auquel elle désirait que Marie donnât la préférence; elle se réservait de dévoiler ce mystère dans un autre temps, et elle voulait en faire l’objet d’une autre négociation; mais elle laissait entrevoir qu'un naturel des pays de la Bretagne, ou bien un homme qui n'aurait point le rang de prince, serait un choix bien plus sage, sujet à moins d’inconvéniens , et qui ne pourrait blesser aucune des parties intéressées !. Des conseils donnés avec cet air de commandement et de supériorité durent sans doute humilier l'orgueil de la reine d'Écosse; mais dans les circonstances où elle se trouvait , elle fut obligée de dévorer cet affront. Dénuée de tout secours étranger, tout occupée de la succession d'Angleterre, qui fasait le grand objet de ses désirs et de son ambition, elle se trouvait dans la nécessité de faire sa cour à sa rivale ; il aurait été de I: dernière imprudence de se hasarder à l'offenser. Une autre circonstance qui n'était pas moins intéressante, et à laquelle Marie fit dans cette conjoncture beaucoup d'attention, ce fut le vœu de ses propres sujets. Le premier mariage de la reine ieur faisait redouter toute alliance avec un prince puissant, dont les forces pouvaient être employées à les opprimer, à les gèner dans leurs sentimens de religion, et à éwvoiéter sur leurs priviléges ; ils en avaient fait une fatale experience. Ils étaient effrayés d’un mariage avec un étranger. Ils prévoyaient que si la couronne recevait de nouveaux ac-
UKeith, 242, 245.
PS
croissemens de domaines ou d’alliances, l'au- M torité royale serait bientôt portée au-delà des de ] bornes anciennes et marquées par la loi. Leur don ardeur à prévenir cet abus les aurait infaillible- par ment portés à réclamer le secours de l'Angleterre, men qui leur aurait tendu les bras. Élisabeth n'au- crail rait pas manqué de leur donner des secours pour loi d rompre des mesures qui lui étaient à elle-même | O0 si désagréables. Il leur aurait été très facile de tenir se saisir de la personne de leur souveraine. Ils Ÿ tend pouvaient, avec le secours d’une :. ue anglaise, tant rendre à un prince étranger les passa es très zélés difficiles pour aborder en Écosse. Les catholi- aura ques romains, qui ne formaient point alors dans dent le royaume un corps bien considérable, décou- avaie ragés par la perte du comte de Huntly, n'étaient tolér pas en état de traverser les entreprises des Écos- avai sais. L'horreur de la nation pour un joug étran- PR ©” L ger, et les extrémités auxquelles les Écossais se À cle gr porteraient pour le secouer, étaient des choses #s messe prouvées par les événemens passés, et qui se ma- tion : nifestèrent encore dans tout le cours de ce siècle. ment
Ces considérations engagèrent Marie à se dé- hs par d tacher de toute alliance étrangère, et elle parut M prote disposée à faire le sacrifice de son ambition pour : prou calmer les craintes de ses sujets, et pour ne don- À voulû ner à Élisabeth aucun sujet de jalousie. moye
Le parlement s’assembla cette année, pour la religi première fois depuis le retour de la reine en qui e Écosse. L'administration de Marie avait été jus- miner qu’alors extrêmement populaire. Ses ministres … ‘teindr avaient toute la confiance de la nation, et en accord conséquence on vit régner une parfaite unani: bn lence « mité dans les procédés de cette assemblée. La À ché. O donation du comté de Murray au prieur de À Lg Saint-André fut confirmée; le comte de Huntly #99 des de et plusieurs de ses vassaux, et gens de sa dépen- | espérai dance, furent déclarés atteints et convaincus du | projets crime de rébellion; le bill de conviction qui liers , avait passé contre Kirkaldy de la Grange et blique. quelques-uns de ses complices, à l’occasion du à Lez meurtre du cardinal Beatoun, fut annulé: Pi pa l'acte d’amnistie, mentionné au traité d'Édi- Ë politiqr bourg, eut force de loi royale. Cependant Ma- ‘spa rie, qui était déterminée à ne jamais ratifier ce B L Al traité, eut soin de prendre les précautions né: je où cessaires pour que cette légitimation ne püt rule point être regardée comme une reconnaissance de FA i
1 Knox, 330, 1 Spots
ou d’alliances, l’au- portée au-delà des ées par la loi. Leur les aurait infaillible-
ours de l'Angleterre. ment, qui la supplièrent à genoux de calmer les bras. Élisabeth n'au-: craintes et les jalousies de ses sujets par cette ner des secours pour loi de clémence t,
| étaient à elle-même it été très facile de leur souveraine. Ils d'une 1. ue anglaise, er les prssai vs très Écosse. Les catholiient point alors dans considérable, découde Huntly,n'étaient | entreprises des Écos- | pour un joug étran- PP uelles les Écossais se M r, étaient des choses 2 passés, et qui se ma- } le cours de ce siècle.
rèrent Marie à se déangère, et elle parut fs ie son ambition pour jets, et pour ne don- à de jalousie. ‘ cette année, pour la tour de la reine en » Marie avait été jusulaire. Ses ministres Ps de la nation, et en À une parfaite unanicette assemblée. La urray au prieur de !
le comte de Huntly & et gens de sa dépennts et convaincus du IL de conviction qui !
ly de la Grange et ices, à l’occasion du oun, fut annulé; »
né au traité d'Édir- b rale. Cependant Ma- à ne jamais ratifier ce b les précautions né.
légitimation ne pit > une reconnaissance
» des demandes indiscrètes, hors de saison et sans
+ espérance de succès, on aurait déconcerté des | projets utiles; on aurait fait tort aux particuà liers , et peut-être nui infiniment à la cause publique.
" Le zèle du clergé protestant ne lui permetait pas de se prêter à toutes ces considérations politiques. Son ardeur et son impatience ne pou- Vaient souffrir aucun délai Sévère et inflexible, il ne voulait se plier à aucune condescendance. Les chefs de cet ordre soutenaient qu'il ne fallait point négliger l'occasion favorable qui se présentait d'établir la nouvelle religion en forme de loi. ils appelaient apostasie la modération des
! Spotsw., 188. — * Keith, 299,
de la validité du traité d'Édimbourg; eile ne donna même son consentement sur ce point que par condescendance pour les lords du parle-
On n’entreprit point dans ce parlement d'obtenir le consentement de la reine pour des lois tendantes à l'établissement de la religion protestante. Les ministres de la reine, quoique très zélés pour la réformation, aperçurent qu'il y aurait de l'imprudence et même un danger évident à trop presser la reine sur cet article; ils avaient par leurs insinuations engagé la reine à tolérer et protéger la doctrine des réformés. Ils avrixit mème obtenu d’elle de faire poursuivre } et - nprisonner l'archevêque de Saint-André et * le grieur de Withorn, pour avoir célébré la messe malgré les ordres portés en sa proclamation ?. Cependant Marie était toujours fortement attachée à la religion romaine; et quoique par des motifs de politique elle eût accordé une protection passagère aux opinions qu’elle désapprouvait, il n’y avait pas lieu d'espérer qu’elle voulût consentir à les établir à perpétuité. Le moyen le plus sûr de réconcilier la reine avec la » religion protestante était la modération de ceux qui en faisaient profession. Le temps pouvait
miner sa bigoterie; ses préjugés pouvaient s’é- |‘ teindre par degrés; elle aurait peut-être à la fin accordé aux désirs de ses peuples ce que la violence ou l’importunité ne lui aurait jamais arraà ché. On avait plusieurs lois importantes à pro-
poser dans ce parlement. En faisant à la reine
fens de la cour, et ils taxaient de servitude criminelle la déférence dont ils usaient pour gagner la bienveillance de la reine. Knox r'enonça hautement à l'amitié du comte de Murray , qui était, disait-il, un homme vendu à la reine, aveuglément zélé pour son service ; et parvenu au point de traiter avec indifférence des objets qu'il avait jusqu'alors regardés comme sacrés. Cette rupture, qui dura plus de dix-huit mois ;
Prouve invinciblement que Murray était dans ce temps-là fortement attché à la reine 1.
Les prédicateurs, se voyant abandonnés par ceux en qui ils avaient mis la plus grande confiance, laissirent exhaler leur indignation dans les chaires. Elles retentireui vlus que jamais d’invectives contre l'idolätrie ; de sinistres présages Sur le mariage de la reine avec un étranger; de reproches amers contre ceux qui, par des motifs
d'intérêt, abandonnaient une cause qu'ils se croyaient autrefois obligés en conscience de soutenir. Le peuple, animé par la véhémence de ces déclamations, plutôt dictées par le zèle que la prudence , se porta à des actions téméraires, et à des excès inexcusables. Pendant une absence de la reine, qui voyageait dans la partie occidentale du royaume, on continuait à dire la messe dans la chapelle de son palais à Holy-
Rood. La foule de gens qui s’y trouvait offensa les habitans d'Édimbourg. N'étant point alors contenus par la présence de la reine, ils s’assemblèrent tumultuairement, interrompirent le service, et jetérent toute l'assemblée dans la plus grande consternation. Deux des mutins furent pris dens le tumulte, et le jour fut indiqué pour les juger 2.
Knox , qui approuvait le zèle de ces citoyens, et qui regardait leurs procédés comme méritoires, les honorait comme des hommes qui souffraient pour une bonne cause. Il entreprit de les tirer de cette mauvaise affaire, et il écrivit en conséquence des lettres circulaires, par lesquelles il invitait tous ceux qui professaient la véritable religion, ou qui s’intéressaient Pour sa conservation, à se rassembler à Édimbourg le jour qu'on devait procéder au jugement des rebelles, et à venir encourager et assister leurs frères dans la détresse, Une de ses lettres
| tomba entre les mains de la reine. On regarda
TKnox, 331. —1 /bid., 335, — % Jbid. , 335.
comme une trahison d'oser assembler des sujets sans l'autorité du souverain, et on prit la résolution de traduire Knox devant le conseil privé, comme coupable de ce crime. Heureusement pour
lui, ses juges étaient protestans zélés, et qui |
plus est , ces mêmes hommes qui, dans les derniers soulévemens, avaient osé provoquer l’autorité de la reine et lui résister en face. La conduite de ces conseillers avait servi comme de sauvegarde à Knox dans les émotions précédentes, ainsi il leur était difficile de trouver
dans les circonstances des temps, des différences
assez marquées pour pouvoir déclarer Knox coupable sans se condamner eux-mêmes. Après une longue audience, Knox fut absous tout d’une voix. Sinclair, évêque de Ross, et président de la cour de session, papiste des plus zélés, se porta d'affection à concourir à cette décision avec les autres conseillers, circonstance remarquable qui fait apercevoir la mauvaise forme du gouvernement d'alors, la dégradation
humiliante de l'autorité royale, l'audace encou- !
ragée par l'impunité, des sujets envahissans des droits de la couronne que nous regardons aujourd’hui comme sacrés.
Le mariage de la reine d'Écosse était toujours, pour les différentes cours de l'Europe , un objet d'attention et d’intrigues, Élisabeth, dansle temps
mème qu'elle prétendait diriger la conduite de !
la reine d'Écosse, la traitait avec une réserve
offensante, la tenait en suspens sans aucune |
nécessité, et laissait entrevoir celui qu'elle lui destinait pour mari, sans néanmoins le déclarer ouvertement ; cependant Marie mesurait toutes ses démarches, et s'attachait prudemment à donner à la reine d'Angleterre tant de marques de respect, que tousles princes étrangers commence rent à croire que Marie s'était elle-même entierement abandonnée à la direction d’Élisabeth 1. La perspective de cette union alarma Catherine de Médicis. Catherine s'était attachée depuis long-temps à rendre de mauvais offices à la reine d'Écosse : depuis la mort du duc de Guise, elle lui avait donné toutes sortes de mortifications , et l'avait même traitée d'une manière outrageante. Elle avait arrêté le paiement de son douaire; elle avait ôté au duc de Chatellerault, | son sujet, la pension qu'il avait de la France, et |
1 Keith, 248.
elle avait donné à un Français le commandement
de la garde écossaise 1, Mais dans cette occa-
sion, elle résolut d'empêcher cette union dan- | gereuse des deux reines de la Bretagne. Daus | cette vue, elle employa tout son art pour apai. | ser Marie, qu'elle avait si cruellement offensée. | Elle lui fit aussitôt payer les arrérages de son | douaire ; on lui promit des remises plus exactes | pour l'avenir; on lui.offrit de rétablir et même d'étendre les priviléges de la nation écossaise en France. Marie n'eut pas de peine à pénétrer les motifs de ce changement subit. Elle connaissait parfaitement le caractère de sa bellemère, et elle faisait peu de fonds sur les marques d'amitié d’une princesse aussi fausse qu’insensible.
Cependant ces démarches de la reine de France n'interrompirent point les négociations avec l’£agleterre au sujet du mariage de la reine d'Écosse, Marie, par complaisance pour ses su- | jets et par d’autres motifs d'intérêt très puissans, était déterminée à ne pas différer plus | long-temps à se marier. Élisabeth fut ainsi obli-
gée de rompre à la fin ce silence obstiné qu'elle
affectait de garder depuis si long-temps, Ce
grand secret fut découvert, et elle déclara que
son favori, le lor& Robert Dudley, depuis comte | de Leicester, était ce mortel heureux sur qui elle avait jeté les yeux pour être le mari d’une reine | recherchée par tant de princes.
La sagesse et la pénétration d'Élisabeth étaient remarquables dans le choix qu'elle faisait | de ses ministres, mais ses grandes qualités ne ! brillaient pas dans le même degré, lorsqu'elle
déclarait ceux en qui elle avait placé ses affec- , tions. Des talens d’une espèce toute différente | la déterminaient dans- des circonstances aussi | opposées. L'étendue des connaissances, la capa-
cité dans les affaires , une prudence consommée, décidaient entièrement du choix de ses | ministres. La beauté, les grâces de la personne, la politesse dans les manières, de l'adresse de cour, étaient les perfections qu'elle exigeait dans ses favoris. D'un côté elle se conduisait avec la sagesse d’une reine, de l’autre elle laissait apercevoir toutes les faiblesses d'une femme, et Leicester devait toute sa grandeur à ces faiblesses. Tout annonçait la partialité de la reine
t Keith, 244
vait « d'aill la ju:
Mais Leice de co:
Il y pas q:
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ordin:
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Mode dans licis en étai
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ration d’Élisabeth choix qu'elle faisait randes qualités ne degré, lorsqu'elle it placé ses affec- :e toute différente irconstances aussi aissances, la capaprudence consom- L du choix de ses es de la personne, s, de l’adresse de qu'elle exigeait lle se conduisait l'autre elle laissait es d’une femme, randeur à ces faitialité de la reine
+ dicis en était entêté
Pour ce seigneur, qui n'était Par ses vertus ni par la supériorité de ses connaissances. Elle l'éleva au plus haut degré des
$ emplois les plus a des marques de