‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 10 sur 155 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Les lords de la congrégation aperçurent bientôt que leur zèle les avait entraînés dans une entreprise, dont l’exécution était bien au-dessus de leurs forces. La garnison française, méprisant le nombre de leurs troupes indisciplinées, refusa de rendre Leith, et de soruir du royaume. Ces lords n'étaient point assez expérimentés dans l’art de la guerre pour espérer de réduire la place, et ils n'avoient d’ailleurs ni l'artillerie

ni les magasins nécessaires pour y réussir. Leurs !

vassaux étaient courageux et intrépides ; mais ils étaient accoutumés à décider toutes leurs querel'es dans une seule bataille; ils ne connaissaient point les fatigues d'une longue campagne, ils s'impatientérent bientôt de ce service régulier et assidu qu'un siége exige indispensa-

! M. de Castelnau, après avoir blâmé les conseils dansereux des princes lorrains par rapport aux affaires d'Écosse, convient, avec sa franchise ordinaire, que lors que les Écossais déclarèrent la guerre à la régente, ce fut plutôt pour soutenir leurs priviléges que par aucun tnotif de religion, Hémn. Castel., 446

, blement. Les émissaires de la reine, qui trou-

vaient aisément le moyen de se mêler parmi leurs concitoyens , mettaient tout en usage pour nourrir et augmenter leurs mécontentemens.

Les murmures, jes plaintes, amenèrent bientôt l'armée à une rébellion ouverte. parce qu'on manquait d'argent pour payer les troupes. Les

: principaux chefs eurent bien de la peine à se

1 L'acte de la déposition et la lettre des lords de la congrégalion à la reine régente, sont encore existans, et se trouvent dans Knox, p.184, On y apercoit cet esprit mâle et cette intrépidité qui furent toujours le partage des hommes capables de se porter à une entreprise si téméraire, On y remarque encore une précision et une force d'expression surprenantes dans un siècle aussi peu éclairé, On peut faire la même observation sur tous les papiers publics de ce temps-là, L’ignorance ou le mauvais goût du siècle peuvent répandre de l'obscurité, de l'affectation , de l'absurdité sur les ouvrages des auteurs de profession : mais le langaye des aflaires a presque toujours été le même dans tous les temps. Lorsqne les homes ont des idées nettes, lorsqu'ils sont renués puissaniment par leur intérêt, ils s'expriment toujours avec clarté et avec force.

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| avec plaisir que les protestans avaient recours à » Sa protection, et elle leur donna des assurances » positives d'un puissant secours, Randolphs, l'a-

: ques, fut dépéché en Écosse. I] y resta caché au

mettre à couvert de l'insolence effrénée des sol : | pour la cour de France, donna d’abord des sub. das. Les officiers d'un rang inférieur, qui eu- | sides très médiocres. La subsistance d'une armée rent la hardiesse de vouloir les contenir, devin- | et les dépenses d’un siége eurent bientôt épuisé rent la victime de leur rage, et furent mis en | ces faibles secours , auxquels les lords de la conpièces. L'irrésolution , la discorde, la consterna- grégation ne pouvaient ajouter que très peu de tion régnaient dans le camp des réformés. Le | chose de leurs propres fonds. Le parti se trouduc de Chatellerault, leur général, donna en | vait ainsi encore à la veille d'être dispersé et encette occasion de nouvelles preuves de sa timi- | tièrement ruiné. dité. Saisi de terreur aux approches du danger, Pour ffrévenir ce danger, Cockburn d'Ormisil avouait sa faute, et déplorait hautement sa té- | ton fut dépèché en grande diligence vers les mérité d’avoir embrassé une cause aussi déses- gouverneurs des ville et château de Berwick. pérée. Comme cette ville, située sur les frontières de

Dans cette situation critique, la congrégation | l'Écosse » était alors de la plus grande impors'adressa à la reine Élisabeth, dont la protec- | tance, on en avait donné le commandement aux tion seule pouvait leur faire concevoir des espé- | chevaliers Ralphe Sadler, et Jacques Grofts, rances raisonnables de succès. Quelques-uns des personnages (rès distingués, et on avait laissé à chefs les plus expérimentés, avaient prévu que | leur discrétion le pouvoir d'accorder des secours le parti pourrait se trouver dans des circonstan- aux mécontens d'Écosse, suivant l'exigence de res difficiles. Ils avaient travaillé à assurer une | leurs affaires. Cockburn recut de ces gouver- "eSsource pour les cas de nécessité, en entrete- | neurs quatre mille écus, somme trop peu consinant des correspondances secrètes à la cour d’An- dérable pour étre de quelque avantage au parti. Le comte de Bothwell, à l'instigation de la reine desseins dangereux que les princes lorrains | régente, dressa une embuscade, attendit Cockavaient formés contre sa Couronne , avait pres- | burn sur le chemin , Chargea sa troupe, la mit

en déroute, le blessa lui-même, et Ini enleva d'arrêter les progrès des Français en Écosse, | son argent.

et d'étendre en même temps son crédit dans le Ce contre-temps imprévu fut fatal aux protesroyaume?, Elle aperçut alors les avantages réels | tans Quelques-uns des plus zélés, par un coup qu'elle retirerait de ces soulèvemens d'Écosse , | de désespoir, donnèrent l'assaut à Leith; mais qui pourraient détruire, ou du moins retarder ils furent repoussés avec perte. Les Français les projets formés contre l'Angleterre; elle vit S'emparérent de leur canon, les poursuivirent

jusqu'aux portes d'Édimbourg , et furent sur le point d'y entrer péle-mêle avec les fuyards. La terreur et la confusion se répandirent par toute la ville, ainsi qu'il arrive toujours à l'aspect du pillage et du massacre dans une ville prise d’assaut. Les habitans coururent à la porte opposée pour échapper à la fureur de l'ennemi. Les trou-

sent le plus propre à conduire de Sourdes intri-

milieu des lords de la Congrégation; il observait leurs apitations, et il avait l'art de les encourager. Il paraît que l'argent était alors la seule

. pes de la congrégation étaient épouvantées, et . Pi qui manquât aux nobles d'Écosse, La re-

ne Savaient quel parti prendre: ceux qui, dans la ville, étaient attachés au parti de la reine, insultaient hautement les soldats et le peuple. Enfin quelques nobles hasardèrent de faire face à l'ennemi qui, après avoir brülé quelques maisons dans les faubourgs, se retira avec son butin, et délivra la ville de cette terrible alarme.

Quelques jours après, une seconde rencontre Ppendic , n°1, p 2, 8, 4. eut une réussite aussi malheureuse, Les Français 3 Keith, 4ppend,, 2, envoyèrent un détachement Pour intercepter un *nox, 214. Keith, dppend. . 44, convoi de provisions destinées pour Édimbourg.

Mise d'une $omnie, arrivée d’Angleterre4 fort à Propos, les mit en état de tenir la campagne, et de s’avancer vers Leith. Mais Élisabeth, qui se méfiait des Écossais, et qui voulait toujours

‘onserver quelques apparences de ménagement

! Burn, Aist Reform. , 3 Append., 278. Keith, #p- Vend, , 21,

Les lords de la congrégation en ayant eu avis, marchèrent à la hâte avec un gros corps de troupes, et chargèrent l'ennemi entre Restalrig et Leith, avec plus de valeur que de conduite. Ils furent aussitôt presque investis par un second parti de Français qui s’avança pour soutenir le premier. Dans cette position la retraite était la seule ressource des Écossais ; mais elle re pouvait pas se faire en bon ordre dans un drrain marécageux, devant unennemi supérieur fa nombre. Quelques troupes chargèrent leur arrière-garde, la confusion se mit dans leur infanterie et dans leur cavalerie, et ceux qui échappèrent au carnage ne durent leur salut qu'à la retenue et à la modération des Français.

Cette nouvelle dissrâce découragea les esprits et fit évanouir toutes les espérances de la con-

grégation, Les protestans ne se crurent point en | sûreté, même dans les retranchemens d'Édim- |

bourg. Ils se déterminèrent aussitôt à se réfugier dans quelque autre place bien plus éloignée de l'ennemi. En vain le prieur de Saint-André et quelques autres voulurent s'opposer à cette fuite honteuse qui les couvrait d'ignominie. La crainte du danger présent l'emporta sur tous les senti-

grand désordre, et marchèrent sans s'arrêter jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à Stirling. Pendant ce dernier soulèvement presque tout le corps de la noblesse d'Écosse s'était joint à la congrégation. Les lords Seton et Borthwick furent les seules personnes de marque qui prirent les armes pour la reine, et qui l'aidèrent dans la défense de Leith!. Bothwell était ouvertement attaché au parti de la reine, mais il se tenait chez lui. Le comte de Hunt!yÿ, suivant toujours un système politique de ruses et de subtilités qui faisait le fonds de son caractère, amusait par de belles promesses les chefs de la congrégation qu'il s'était engagé d'assister, mais il ne leur amena jamais un seul homme ?. Le comte îe Morton, un des membres de la congrégation , ottait dans un état d'incertitude, et ne se perta jamais avec franchise à la défense de la cause commune, Le lord Erskine, gouverneur d'Édimbeurg, quoique protestant, gardait une neutra-

1Keïth, 31. Append.

* Keith, dpremrl., 33 Kuox, 222,

lité qu'il regardait comme convenable à la dignité de son poste. Depuis que le parlement lw avait confié le commandement de la principale forteresse du royaume, il s'était déterminé à n’entrer dans aucune faction, et à ne laisser jamais entamer sur ce point.

Peu de jours avant la fuite des protestans , la reine avait fait une perte irréparable par la défection de son principal secrétaire, Guillaume Maitland de Lethington. Le zèle de Maitland pour la religion réformée, les remontrances vives qu'il faisait à la reine sur les voies de rigueur qu’elle avait adoptées, lui avaient attiré la disgrâce de cette princesse, et le resstntiment de ses conseillers français. Les choses furent même portées si loin à cet égard que, croyant sa vie en danger, il partit secrètement de Leith et vint chercher un asile près des lords de la congrégation !. Ils le reçurent à bras ouverts, comme un prosélyte qui, par l'étendue de ses connaissances, ponvait augmenter considérablement les forces et la réputation du parti. Maitland, né avec les plus grands talens pour les affaires, s'y était appliqué de bonne heure, et

| avec le secours des lettres il avait perfectionné mens d'honneur et sur le zèle qu'ils devaient au | parti. À minuit ils sortirent d'Édimbourg en

ces heureuses dispositions. Dans ce temps de la vie où la jeunesse prend l’essor, pendant que ses compatriotes du même rang que lui se livraient au plaisir de la chasse, ou bien allaient servir dans les armées de France en qualité de volontaires, il était déjà initié dans tous les secrets de l’état, etallait de pair avec les personnes de l'expérience la plus consommée dans le maniement des affaires publiques. Il avait une de ces

| àmes portées au grand, qui se plaisent à former

des projets audacieux.-Intrépide dans toutes ses entreprises , il possédait au plus haut point tout l'art, toute la dextérité nécessaire pour en assurer le succès. Mais ces grandes qualités étaient ternies par les vices qui marchent presque tour jours à leur suite. Son adresse dégéaérait sou-

| vent en fourberie : sa pénétration était accom-

pagnée d’un excès de subtilité et de raffinement :

| sonmesprit inventif, abusant de sa fertilité, était

souvemt en proie aux chimères, et l’entrainait en plusieurs occasions dans des systèmes d’une politique indiscrête et peu analogue au génie du siècle : son humeur entreprenante l'engageait

1Knox, 192.

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daus des projets vastes et brillans, mais qui dans l'exécution se trouvaient bien au-dessus de ses forces. Tous les écrivains contemporains de l'un et l’autre parti parlent de cet homme avec une adm'ration qui ne peut être excitée que par ‘a plus grande supériorité d'esprit et de talens.

La terreur et la confusion qui s'étaient mises dansla congrégation, lorsqu’elleavait prisle parti de se retirer précipitamment d'Édimbourg , s'étaient accrues à un tel point qu'avant d’arriver à Stirling l'armée des protestans était réduite à un très petit nombre, Mais Knox, au sein de l'adversité, conserve toujours cette fermeté d'âme que rien ne peut ébranler. Il monte en chaire , il adresse à ses auditeurs découragés une exhortation pathétique qui les relève de leur abattement, Knox nous a conservé dans son histoire les principaux points de son discours. On ÿ voit un exemple frappant des réprimandes libres et hardies qui étaient alors en usage parmi ces premiers réformateurs, On y aperçoit aussi toute l'adresse de l'orateur dans le choix des ar gumens les plus propres à subjuguer les esprits, et à tirer ses auditeurs de cette espèce de létharfie où ils étaient tombés.

On convoqua une assemblée des chefs pour délibérer sur ce qu'il convenait de faire dans un moment où toutes les ressources du parti étaient épuisées , et où sa perte entière paraissait inévitable sans quelque secours étranger. Les protestans (ournèrent encore les yeux du côté de l'Angleterre, et se déterminèrent à implorer

» l'assistance d'Élisabeth pour achever une entre- = prise dans laquelleils avaient fait une expérience si cruelle de leur propre faiblesse, et de la supé-

riorité des forces de leurs adversaires. Maitland . le plus habile négociateur du parti, fut choisi

pour cette ambassade, Les chefs convinrent que

lurant son absence, et pendant la saison de l'an-

œaient leurs troupes excédées des fatigues d'une Campagne, prolongée bien au-delà du terme du service ordinaire. Cependant pour garantir les comtés les plus attachés au parti le prieur de Saint-André, avec une partie des chefs, se retira à Fife, et le duc de Chatellerault, avec les autres chefs, fit sa résidence à Hamilton. Maitland n'eut pas bezucoup de besoin ni &e son adresse ni de son éloquence pour engager Ëk

sabeth à prendre sous sa protection les protes- Ji.

| tans d'Écosse, Cette reine voyait avec chagrin l'ascendant et les progrès des conseils et des armes des Français dans ce royaume. Elle avait prévu le but dangereux de leurs projets, et elle avait déjà déterminé le rôle qu'elle voulait jouer sur ce théâtre, si leur puissance en Écosse devenait toujours de plus en plus formidable.

Il paraît qu'il y avait alors en Angleterre un usage établi parmi les ministres. Ceux qui avaient quelque affaire de conséquence à porter devant la reine et à son conseil privé, faisaient des mémoires pour mettre l'affaire dans tout son jour ; ils y exposaient avec netteté le point sur lequel on avait à délibérer, ils y motivaient leurs avis, ils établissaient les fondemens du plan qu'on devait adopter, et ils proposaient les moyens de le mettre à exécution. On voit encore deux papiers de cette espèce !, composés par le chevalier Guillaume Ceci! , et écrits de sa main ; ils sont intitulés : Discussion sommaire de l'affaire importante concernant l'Écosse.

Ïls font honneur à l'habileté et à la pénétration

| de ce grand mimstre. Les raisons qui détermi-

nérent la reine d'Angleterre à prendre avec tant de chaleur le parti de la congrégation y sont présentées clairement et avec force. Les conséquences dangereuses de l'établissement des Franc çais en Écosse y sont prévues avec beaucoup d’exactitude et de discernement.

Cecil y prend pour base un principe également conforme an droit divin et aux lois de la nature : que toute société a le droit de se garantir non-seulement du danger présent, mais même de tous ceux qu'on peut craindre pour l'avenir avec quelque vraisemblance. 11 ajoute

que la nature et la raison enseignent à chaque prince à se servir pour sa défense des mêmes moyens que ses adversaires emploient pour lui

| susciter des embarras. Il établit sur ces fonde-

née où l'on restait dans l'inaction, ils renver- !

mens le droit qu'avait l'Angleterre de se méler des affaires de l'Écosse et de prévenir la conquête de ce royaume, qui était manifestement le but où tendaient toutes les démarches de la Brance, Les Français, dit-il, sont de tout temps les ennemis irréconciliables de l'Angleterre. Les hostilités ont continué pendant plusieurs siècles entre les deux nations, et jamais la cordialité ni la franchise n'ont présidé aux traités de paix

*Burn., vol, I}. Append., 283. Keith, 4ppendiæ,24

rom

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