LIVRE DIXIÈME
Lorsque Jacques I", en 1606, fit ce magnifique partage , dont j'ai fait ci-dessus mention, dela vaste région de l'Amérique septentrionale . comprise entre le trente-quatrième et le quarante-cinquième degré de latitude, entre deux compagnies commerçantes formées de ses sujets, il plaça la résidence de l’une à Londres, et celle de l’autre à Plimouth. La première fut autorisée à faire ses établissemens dans la partie sud ; et la seconde , dans la partie nord de cet immense-territoire , alors appelée du nom général de 'irginie. Cette disposition semble avoir été faite d’après l'idée de quelque spéculateur qui, cherchant à répandre l'esprit d'industrie de la nation sur un espace déterminé, voulait donner deux centres au commerce qui allait s'ouvrir: l’un sur la côte orientale de notre île, l'autre sur la côte de l’ouest. Mais la situation de Londres lui donne de tels avantages, que la plus grande partie des capitaux et la plus grande activité du commerce y ont toujours été concentrées. Au commencement du dernier siècle, la supériorité de la métropole , à ces deux égards, était si marquée, que, quoique les pouvoirs et les priviléges conférés par le roi aux deux compagnies fussent exactement les mêmes, la compagnie établie à Plimouth demeura bien audessous de celle de Londres pour la vigueur de leurs efforts et le succès de leurs opérations respectives ; dans la carrière qu’elles avaient à parcourir, quoique la compagnie de Plimouth fût soutenue par le zèle patriotique de sir John Popham, premie: juge d'Angleterre; de sir Ferdinand Gorges, et de quelques autres particuliers recommandables des comtés de l'ouest, toutes ses tentatives furent faibles et Sans succès.
Le premier vaisseau armé par la compagnie fut pris par les Espagnols. En l’année 1607 , un faible établissement fut fait à Sagahadoc; mais la rigueur du climat le fit bientôt abandonner, et pendant quelque temps on ne tenta plus
.que quelques voyages qui n’eurent d'autre but
que la pèche au cap Cod, ou un misérable trafic avec les naturels de la côte, pour en avoir des pelleteries et de l'huile de poisson. L'un des vaisseaux équipés dans cette vue était com«
| mandé par le capitaine Smith, dont le nom est
souvent cité avec distinction dans l'histoire de la Virginie. Son expédition fut heureuse et pro: fitable; mais son esprit entreprenant ne pouvait se borner à des objets aussi fort au-dessous de lui que les petits détails d’un tel commerce, Il employa une partie de son temps à visiter la côte et à dessiner ses baies et ses havres ; à son retour , il mit sa carte sous les yeux du prince Charles, et, avec l'exagération familière aux voyageurs qui découvrent des pays nouveaux, il fit de ceux-là une description si séduisante, que le jeune prince, dans la chaleur de son adrhiration, lui donna le nom de Nouvelle-Angieterre 3,
Le compte favorable que Smith rendait du pays, ainsi que le succès de son voyage, semblent avoir encouragé dès lors quelques aventuriers particuliers à suivre ce commerce sur la côte de la Nouvelle-Angleterre avec assez d'activité, mais ces motifs n’inspirèrent pas à la compagnie languissante de Plymouth la volonté de faire une nouvelle tentative pour y établir
1 Chalmer’s Annals, p. 336.
3 Jbid., pag. 126.
5 Smiths, F'oyages,livre vr, p. 203, etc. Purchas, IV. p. 1837.
une colon chose que eux-mêm( pourra € hommes :
se transp braver les sont pas
vaux péni table un
forêts ou ges. Mais lité natior d’un prin bout.
Les dis donné na nation, à siblement les obstac les plans partie de compagni mens de origine à notre nai porter sut au caract institutior teinte pal server ave et ses pro
Lorsqu l'église di de l'Eurof de sa con des degré réforme f conduit p leur autor Toutes le jetées bas rent nonmais en ci fouverne:
talens, so avait acqu autorité p teur zélé universel
donnant à leur in d'occupation. A la 1abitans de la coloet dans l’espace de n se trouvait plus
| par la compagnie n l’année 1607 , un à Sagahadoc; mais entôt abandonner, on ne tenta plus eurent d'autre but un misérable trafic pour en avoir des poisson. L'un des te vue était com bh, dont le nom est \ dans l’histoire de ut heureuse et pro:
reprenant ne pouussi fort au-dessous d'un tel commerce, n temps à visiter la t ses havres ; à son les yeux du prince tion familière aux les pays nouveaux, tion si séduisante, chaleur de son ade Nouvelle-Angie-
Smith rendait du son voyage, semrs quelques aventuce commerce sur la rre avec assez d'acnspirèrent pas à la ymouth la volonté tive pour y établir
. 203, etc. Purchas, IV.
une colonie avec auelque solidité. Il faut autre chose que la perspective d'un gain à venir pour eux-mêmes, ou des avantages que leur pays pourra en retirer un jour, pour engager des hommes à quitter le sol qui les a vus naître, se transporter dans une autre partie du globe , braver les intempéries d’un climat auquel ils ne sont pas accoutumés, et se résigner aux travaux pénibles et nécessaires pour rendre habi-
table un pays sans culture, couvert d'épaisses
forêts ou occupé par des peuplades de sauvages. Mais ce que l'intérêt particulier ni l’utilité nationale ne pouvaient effectuer, l'influence d’un prince plus puissant et plus élevé en vint à bout.
Les disputes religieuses avaient par degrés donné naissance , dans une grande partie de la nation, à une sorte d'esprit qui les disposait sensiblement à braver les dangers et à surmonter les obstacles qui avaient fait échouer jusque-là les plans d'établissement de colonies dans cette partie de l'Amérique, tombée en partage à la compagnie de Plymouth. Comme les établissemens de la Nouvelle-Angleterre doivent leur origine à cet esprit, et que dans le cours de notre narration nous verrons son influeure se porter sur toutes leurs transactions , et donner au caractère de ce peuple, aussi bien qu’à ses institutions tant civiles que religieuses, une teinte particuïière, il devient nécessaire d'observer avec attention et exactitude sa naissance et ses progrès.
Lorsque les superstitions et la corruption de l'église de Rome portérent différentes nations de l'Europe à secouer son joug et à se séparer de sa communion , il y eut des différences et des degrés dans cette séparation. Partout où la réforme fut suudaine et faite par le peuple non conduit par quelques chefs , ou en opposition à leur autorité , la rupture fut violente et totale. Toutes les parties de l'ancien édifice furent jetées bas , et on établit un système tout différent non-seulement relativement à la doctrine, mais en ce qui regardait les rites religieux et le gouvernement de l'église. Calvin, qui, par ses talens, son savoir et l'austérité de ses mœurs, avait acquis une haute réputation et une grande autorité parmi les réformateurs, fut le promoteur zélé d’un plan de réformation ‘entière et universelle, 11 fournit un modèle d'une forme
simple de police ecclésiastique, dans la constitution de l'église de Genève. Cette simplicité, et encore plus le désir de s'éloigner davantage de l'église de Rome, séduisirent tellement les plus ardens des réformateurs , que les institutions de Calvin furent imitées, sauf quelques légères différences, en Écosse, dans la république des Provinces-Unies, dans les domaines de la maison de Brandebourg , dans ceux de l'électeur palatin, et dans les églises des huguenots en France.
Mais, dans les pays où cette démarche de séparation d'avec l'église de Rome s’est faite avec plus de maturité, et a été réglée par la sagesse ou la politique du suprême magistrat, la scission n’a pas été aussi entière, De toutes les églises réformées, celle d'Angleterre est celle qui s’est éloignée le moins des anciennes institutions; l'esprit violent, wais bizarre, d'Henri VIN, qui, en refusant de reconnaître la suprématie du pape, était attaché aux dogmes de l'église de Rome, empêcha durant son règne les innovations dans la doctrine et dans le culte. Quand son fils Édouard VI lui eut succédé, et que la religion protestante fut légalement établie, la prudence précautionnée de l'archevêque Crammer modéra le zèle de ceux qui avaient épousé les nouvelles opinions. Quoique les articles qui devaient composer désormais le symbole de la nation fussent conformes à la doctrine de Calvin, on n’adopta point les maximes de ce réformateur sur le gouvernement de l’église et les cérémonies du culte. La hiérarchie ecclésiastique en Angleterre était incorporée avec le gou vernement, entrait dans l’organisation de l’ordre civil, et faisait partie de la législature, D'après cet élat de choses, les archevêques, les évêques, et tout l'ordre ecclésiastique dans ses différens degrés, furent conservés selon l’ancienne forme, et avec leur dignité et leurs juridictions. Les habillemens ecclésiastiques employés dans le service de l'église, l'inclination de tête au nom de Jésus, l’agenouil.
lement pour recevoir l'eucharistie , le signe de la croix dans l'administration du baptème, l'usage de l’anneau dans la cérémonie du mariage, et divers autres rites religieux, auxquels un long usage avait accoutumé le peuple, et que le temps avait rendus respectables, furent conservés; mais, quoique le parlement en enjoignit
l'observation sous des peinics très sévères !, les plus zélés du clergé conservérenit des scrupules de leur complaisance à se’ soumettre à ces injonctions , et ce fut avec beaucoup de peine que lavigilance et l'autorité de Crammer ét de Ridley parvinrent à écarter de’ leur église naissante un schisme à cette occasion.
Le zèle furieux avec lequel Marie, montée sur le trône, persécuta tous ceux qui avaient adopté la doctrine des réformateurs, força beaucoup de personnes distinguées , laïques et ecclésiastiques à chercher un asile sur le continent. Ils furent reçus à Francfort , à Genève, à Bâle, à Strasbourg , avec une hospitalité bienveillante comme souffrant pour la cause de la vérité, et les magistrats leur permirent de s’assembler pour exercer leur culte religieux. Ceux de ces fugitifs qui s'étaient retirés dans les deux premières de ces villes, organisèrent leurs petites congrégations selon les idées de Calvin; et dans un esprit d'opposition naturel à des hommes placés dans une pareille situation, ils adoptèrent les: instructions qui paraissaient s'éloigner‘ des superstitions de l'église de Rome, encore plus que celle de leur première réforme. Au rétablissement de la religion protestante par'Étisabeth, ils retournèrent en Angleterre non-seutement avec une plus violente antipathie pour les opinions et les pratiques de l'église ancienne, mais avec un attachement plus fort à la forme dé culte à laquelle ils s'étaient accoutumés depuis plusieurs années. Reçus par leurs compatriotes avec la vénération due à des confesseurs, ils employèrent tout le crédit queleur donnait cette opinion, pour obtenir une réforme dans lé rituel anglais, qui le rapprochât davantage de celui’ des églises étrangères. Quelques-uns des ministres d'Élisabeth, et ceux en qui elle avait le plus de confiance, étaient disposés à seconder forte: ment ce projet ; mais Élisabeth faisait assez peu de compte des sentimens'et des idées des uns et des autres. Amoureuse dé la pompe des cérémonies, et familiarisée, selon l'esprit de ce siéele , avec l'étude des controverses théologiques, ayant comme son: père une confiance en ses propres lumières telle qu'elle se croyait en‘étatide juger et de décider toutes les questions qui pouvaient s'élever entre des sectes opposées 2, elle voulait
! Deuxième et trois. années du règne d'Édouard VlLc. r. * 1l reste un mon“ment curiéux de cette haute idée
se conduire d'après ses propres idées, qui la menaient plutôt à s'approcher de l'église romaine dans la pornpe du culte extérieur, qu'à accroftre eticore la distance qui les séparait, en abolissant aucune des cérémonies établies 1 Un acte du parlement, dans la première année de son règne , non-seulement prescrivait , sous les peines les plus sévères , l'observation exacte des formes du culte ordonnées par le rituel, mais autorisa la reine à y joindre et à faire observer de même toutes celles qui, à son jugement, pourraient contribuer à rendre le culte public plus décent et plus édifiant 2.
Les partisans d’une réformation plus rigoureuse, quoique voyant leurs espérances si cruellement trompées, ne renoncèrent pas à l’exécution des projets avec lesquels ils étaient rentrés dans leur patrie. Ils mirent beaucoup de soinet d'adresse à répandre leurs opinions parmi le peuple ; ils vantaient la pureté de la doctrine
qu'avait Élisabeth de la supériorité de ses lumières en matière de theblogie, ainsi que. du ton impérieux avec lequei elle dictait à ses sujets ce qu’ils oevaient croire, dans son’ discours à la clôture du parlement, en 1585. «ll y a, dit-elle, un objet dont je: ne puis nmettreé de faire mention : la religion, ce fondement de toutes choses, sur lequel tout doit reposer ; ce sol où tout prend racine et qui doit être bien préparé, sans quoi l'arbre qui y est planté périra. Je dois vous dire qu'il y a quelques #ens qui se donrient la:liberté de critiquer les institutions ecclésiastiques, de manière à me gcandaliser moïet l'église que Dieu a confiée à ma charge, et dans laquelle ene serais pasexcusable de laisser entrer l’hérésie ou l'erreur. Je sais bien que, dans les grandsemplüis;onne peut pas empêcher tous les abus, et qu'il n’y a point d’emploi dans lequel on n’en laisse glisser quelques-uns. Mais, milords évêques, si vous n’y remédiez pas, je vous déclare que je vous déposerai. Prenez donc gardé à remplir vos obligations. Vous houvez apporter'lé remède an mal sans bruit et sans déclamations inutiles, Je: passe pour avoir fait de grandes éiudes, et la plupart philoso, phiques ; je dois convenir que cela est vrai; et qu'il y a peu de personnes, si on en exvepte les professeurs, qui aient lu plus que moi ; et je n'ai pas besoin de vous dire que je ne suis pas assez simple jour ne pas entendre ce que je lis, ni assez oubliguse pour ne pas m'en souvenir; et cependant, parmi le grand nombre de volumes que j'ai lus, jetme flatte que la sainte Ecriture; où nous trow vons tout ce que la raison hous enseigne et que nous devons croire, n’est pas celui que j'ai étudié le moins. Je vois beaucoup de gens, se donnant une liberté téméraire envers Dieu, soumettre à des discussions trop subtiles son divin testamens: C’est läiune présomption trop grand pour. que je puisse la souffrir, ete.» D'Ewes’s Journal, pag. 328.
1Neal's Æist. of Puritans, |, 138.
? Première année du règne d'Elisabeth, cap. 11.
es églis pratiques dans la le tème étal ces cérém tiques tot rendait r et les se l'attentiô!
fer de ser (car ce fu saient'scr mité, de]
. Soutenaie
étaient de au culte mandait c mettait à multitude valeur et terait bie de là re pratiques faut de sa tiques si manifeste pres vice:
main, de de super: église qu Le peu, controver des deux des deux superstiti sa rage pe plus favo une plus | répandit | à ce parti les autres les cérém sidérés et dé confor sonnes 5 temps, | comme le tous les j venir l’au arrêter le
pres idées , qui la her dé l'église rolte extérieur, qu’à qui les séparait, en monies établies !
la première année it prescrivait , sous observation exacte s par le rituel, mais et à faire observer à son jugement, re le culte public |
nation plus rigouespérances si cruelcèrent pas à l’exésquels ils étaient irent beaucoup de urs opinions parmi reté de la doctrine
6 de ses lumièrés.en 1 ton impérieux avec u’ils oevaient croire, parlement, en 1585.
e: ne puis mettre de fondement de toutes *; ce sol où tout prend ré, sans quoi l'arbre diréqu'il y a quelques e critiquer les'institume scandaliser moiïet arge, et dans laquelle ntrer l’hérésie ou l’er- 1dsemplôis, onne peut vil n’y a point d’emr quelques-uns, Mais, diez pas, je vous déez donc gardé à remipporter'lé remède au ns inutiles, Je. passe et la plupart philoso:
est vrai; et qu'il y a 2:les professeurs, qui besoin de vous dire ir ne pas entendre ce le pas m'en souvenir; nbre de volumes que riture, où nous tro eigne et que nous dei étudié le moins, Je une liberté téméraire ussions trop subtiles omption trop grand » D'Ewes’s Journal,
béth, cap. 11.
es églises étrangères , et s'élevaient contre les pratiques superstitieuses qui s'étaient glissées dans la leur. inutilement les défenseurs du système établi représentaient-ils que ces formes et ces cérémonies étaient en elles-mêmes des pratiques tout-à-fait indifférentes qu'un long usage rendait respectables, ét qui , par l'imagination et les sens, tendaient non -seulément à: fixer l'attention, mais à toucher lé cœur.et à l’échauffer de sentimens pieux et louables. Les puritains
(car ce fut le nom qu'on donna à ceux qui se fai-'
saient scrupulé d’obéirà lactée appelé d'uni/ormité, de la première année du règned'Élisabeth)
, Soutenaient que les cérémonies dont il s'agissait étaient dés inventions des hommes: surajoutées:
au Culte raisonnable que la:parôle de Dieu demandait de nous ; que la grande sollicitude qu'on mettait à en exiger l'observation disposait la multitude à concevoir une si haute idée de leur valeur et de leur importance , qu’elleise contenterait bientôt d'une vaine forme et: de l'ombre
de la religion, et qu’elle: imaginerait que: les :
pratiques extérieures pouvaient suppléer au défaut de sainteté intérieure, et qu'enfin des pratiques si long - temps réçues dans une société manifestement corrompue , pour’ voiler ses|propres vices et séduire et: fasciner le genre humain , devaient être rejetées comme des restes de superstition indignes d’être adoptés par une église qui se glorifiait:du nom de ré/ormée.
Le peuple, auquel on en appelle dans toute
controverse religieuse , écoutait les argumens:
des deux partis, et il était aisé dé voir auxquels des deux des hommes qui connaissaient d'esprit superstitieux du papisme, et qui avaiént éprouvé sa rage persécutante , devaient préter'une’oréille plus favorable. Le désir de se mettré encore à une plus grande distance! de l'églisé‘de Rome se répandit parmi:la nation. Les ministres attachés
à ce parti, qui refusaient de porter lé surlis ét:
les autres vètémens ecclésiastiques, et d'observer les cérémonies prestrites par la loi, étaient con: sidérés et suivis, tandis que lés partisans dé l'acte de conformité étaient abandonnés et leurs personnes souvent insultées. Pendant quelque temps, les premiers! fürent soufferts; mais, comnie leur nombré et leur hardiesse croissaient tous les jours, on crüt nécessaire de faire intervenir l'autorité tant civile que spirituelle, pour arrêter leurs progrès. A la honte des chrétiens,
ils ne connaissaient guère en ce temps les droits sacrés de la conscience et de la liberté de penser! ainsi que les leçons de charité ét d'indulgence mutuelle qui sont l'esprit de la religion qu'ils professent. Non-seulement l'idée dé tolérance, mais cé terme lui-même dans le sens qu'on y attache aujourd'hui, n'étaient pas connus; cha: que église prétendait avoir le droit d'employer l'autorité civile à protéger la vérité et à proscrire l'erreur. Les lois du royaume armaient
Élisabeth d'un grand pouvoir en ce genre, et
elle était très disposée à en user avec la plus grande rigueur. Plusieurs ecclésiastiques puritains les plus considérés furent privés de leürs bénéfices ; d’autres emprisonnés ou soumis à des amendes, et quelques-uns mis à mort. Mais, comme il arrive ordinairement , la persécntion, au lieu d’amortir leur zèle ;.l’enflamma à un tel point , que les tribunaux ordinaires ne suffirent plus pour les réprimer, et qu'on établit un nouveau tribunal sous le titre de haute commission pour les affaires ecclésiastiques , dont le pouvoir et la manière de procéder né furent guère moins odieux ni moins ennemis des principes de la justice que ceux de l'inquisition d'Espagne. La chambre des communés:fit plusieurs tentatives pour arrêter ces procédés arbitraires, et modérer la violence de cette per: sécution. La reine imposa toujours silence à ceux qui s'avisaiént d'énoncer leur opinion sur une matière réservée à ellé seule par sa préz0gative, et s’en expliqua d’un ton aussi arrogant et aussi ihpérieux que celui qu'Henri VIN avait coutume de prénidré’avec ses parlémens. De leur côté, les gardiens des droits du peuple montrèrent une si lâche’ soumission, que non-seulement ils obéirent à des ordres inconstitutionuels, mais qu’ils donnèrent leur consentement à un acte par lequel toute personne qui passerait un mois sans s’être présentée à l'église, serait punie d'une amende et de la prison; que si, après avoir été convaincue de s’en'être éloignée parattachement aux principes des puritains, elle ne renonçait pas dans l’espace de trois mois à ses erreurs, elle serait bannie du royaume; et enfin', que si elle refusait d’obéir à son ban, ou si elle rentrait en Angleterre, elle serait mise à mort comme coupable de félonie, sans pouvoir réclamer le bénéfice du clergé t.
1 Trénte-cinquième année du rêgne d'Élisabeth, cap. 1
À ar sm
Par cette loi inique, incompatible avec les idées de liberté, tant civile que religieuse, on fit perdre aux puritains toute espérance d'obtenir ni réformation dans l'église, ni indulgence pour eux-mêmes, Exaspérés par ce traitement rigoureux, leur antipathie s'accrut pour la religion établie; et selon la marche naturelle du progrès des passions, ils se laissèrent emporter au-delà
de leur premier but. Les premiers puritains n’a- |
vaient pas contesté la légitimité du pouvoir et du gouvernement des évèques, et n'avaient montré jusque-là aucun projet de se séparer de la communion de l’église dont ils étaient membres; mais , lorsqu'ils se virent rejetés de son sein et forcés de tenir des assemblées séparées pour exercer leculte religieux, leurs disciples n'eurent plus aucun respect ni aucune affection pour l’église qui les opprimait. Son gouvernement, sa discipline, son rituel, furent examinés avec une attention scrupuleuse et maiveillante, On en fit remarquer et on en exagéra même toutes les erreurs et tous les défauts. Plus les invectives du prècheur contre la corruption de l'église étaient âpres, et plus elles étaient approuvées et admirées, et ses auditeurs disposés à le suivre pour aller vivre loin d’une société corrompue. Par degrés aussi, des idées d’une politie ecclésiastique absolument incompatible ‘vec celle de l'église établie, se répandirent dans la nation. Les plus sages et les plus savans des puritains étaient portés à admettre la doctrine et la discipline de ceux qu'on appelle presbytériens ; mais ceux qui poussaient encore plus loin l’esprit d'innovation, quoique approuvant l'égalité que cette communion établit entre les pasteurs, blâmaient encore l'autorité qu’elle met dans les mains de plusieurs tribunaux ecclésiastiques de différens degrés de juridiction, comme contraire à la liberté chrétienne.
Ces notions bizarres se répandaient depuis quelque temps parmi le peuple, et l’amusaient de beaucoup de plans chimériques de gouvernement ecclésiastique, lorsque Robert Brown, l'un des prècheurs les plus populaires et les plus estimés, les réduisit en un corps de système qu’il fit adopter à sa congrégation. Il enseignait que l'église d'Angleterre était corrompue et antichrétienne ; que ses ministres n'étaient pas légitimement ordonnés, et que ses lois étaient sans autorité et ses sacremens invalides. Il sou-
tenait qu'une société de chrétiens unis pour adorer Dieu constituait une église ayant de droit une juridiction complète sur elle-même et dans ses propres affaires, indépendante de toute autre société ; qu’elle ne devait de compte à aucun supérieur; que la prêtrise n'était pas un ordre distinct dans l'église, et qu'elle ne donnait pas un caractère indélébile; que tout homme en état d'enseigner pouvait être destiné à cet office par le choix de ses frères et par l'imposition de leurs mains; et que, par la même raison et la même autorité, il pouvait être dépouillé de cette fonction et réduit au rang d'un simple chrétien; que toute personne admise à être membre d'une communion devait une profession publique de
sa foi qui témoignerait qu’elle était en grâce. avec Dieu, et que toutes les affaires d’une église
devaient être décidées à la majorité des voix. Cette forme démocratique de gouvernement, qui abolissait toute distinction de rangs dans l'église, et donnait une égale portion de pouvoir à chaque individu, s’accordait si bien avec l’esprit niveleur du fanatisme , qu’elle fut adoptée avec empressement, par beaucoup de gens, comme un parfait modèle de politie chrétienne. On appela ses partisans brownistes , du nom de leur fondateur; et comme leur doctrine était encore plus contraire à celle de l’église établie que celle des autres dissidens, ils furent persécutés plus vivement. Plusieurs d'entre eux furent condamnés à de grosses amendes ou emprisonnés, et quelques-uns punis de mort. Brown, par une légèreté dont il y a peu d'exemples parmi les enthousiastes dont la vanité s’est nourrie de la gloire d’être chefs de parti, abandonna ses disciples, se soumit à l’église établie et accepta un bénéfice; mais sa secte n'en subsista pas moins, et continua même de se répandre, surtout parmi la classe moyenne, ainsi que dans le petit peuple. Mais, comme elle était surveillée soigneusement par l'autorité tant civile qu’ecclésiastique, et que tous les sectaires qu’on découvrait étaient punis avec la plus grande rigueur, un nombre d’entre eux, las de vivre dans cet état d'alarme et de danger continuel, s'enfuit en Hollande , et s'établit à Leyde sous la conduite d’un M. John Robinson, leur pasteur. Ils y résidèrent plusieurs années, paisibles et obscurs, Mais les plus âgés d’entre eux étant morts, et quelques-uns des jeunes s'étant mariés dans des
familles ho recevait au des prosély craindre q tière spiritt humain, et ment ecclés dissous et temps dans Frappés f qui leur pa rité, ils se ç détourner, où ils pour trine avec sieurs de ler occupés de pensée. Ils dans ces 1 propres ide gers et les effrayaient mêmes, def mère-patrie un séjour ( semble par
D aient obli;
tres et de s n'en était p qu'un rien léger incon dans leur p Le prem s'assurer le cette vue il Jacques ref formelle qi obtinrent c vernement tranquilles se tenir en cuter leur F curité préc:
la compagi terres dans gociation n d'une comp d'encourag
3 Hutchinsc
iens unis pour e ayant de droit e-même et dans e de toute autre 1pte à aucun suas un ordre disdonnait pas un homme en état à cet office par osition de leurs ison et la même é de cette foncmple chrétien ; > membre d'une on publique de
était en grâce.
res d’une église ité des voix.
gouvernement, de rangs dans ‘tion de pouvoir | bien avec l’eselle fut adoptée oup de gens, litie chrétienne, tes, du nom de doctrine était l'église établie s furent perséntre eux furent s où emprisonrt. Brown, par exemples parmi s’est nourrie de abandonna ses ablie et accepta n subsista pas répandre, surnsi que dans le était surveillée : civile qu'ecclés qu’on décourande rigueur, vivre dans cet el, s'enfuit en ous la conduite teur. Ils y résics et obscurs, tant morts, et nariés dans des
familles hollandaises , tandis que leur église ne recevait aucune recrue d'Angleterre en faisant des prosélytes dans le pays, ils commencèrent à craindre que leurs grandes découvertes en matière spirituelle ne fussent perdues pour le genre humain, et que ce système parfait de gouvernement ecclésiastique qu'ils avaient organisé ne fût dissous et oublié s'ils demeuraient plus longtemps dans une terre étrangère.
Frappés fortement dela crainte d'un événement qui leur paraissait funeste aux intérêts de la vé-
rité, ils se crurent appelés par la Providence à le:
détourner, en s'établissant en quelque autre lieu où ils pourraient professer et propager leur doctrine avec plus de succès. L'Amérique, où plusieurs de leurscompatriotesétaient en cetemps-là occupés de fonder des colonies, se présenta à leur pensée. Ils se flattèrent qu'on leur permettrait, dans ces régions éloignées, de suivre leurs propres idées en matière de religion. Les dangers et les travaux des premiers émigrans ne les effrayaient pas : «ils étaient, disaient-ils euxmêmes, depuis long-temps sevrés du lait de leur mère-patrie et endurcis aux peines attachées à un séjour dans une terre étrangère; unis ensemble par un lien puissant et sacré, ils se teuaient obligés de prendre soin les uns des autres et de se dévouer chacun au bien de tous. Il n’en était pas d’eux comme des autres hommes qu'un rien pouvait décourager, et à qui le plus léger inconvénient ferait souhaiter de revenir dans leur patrie !.»
Le premier objet de leur sollicitude était de s'assurer le libre exercice de leur religion ; dans cette vue ils s’adressèrent au roi, et, quoique Jacques refusât de leur donner aucune assurance formelle qu’ils seraient tolérés, il paraît qu'ils obtinrent de lui quelque promesse que le gouvernement fermerait les yeux, et les laisserait tranquilles tant qu'eux-mêmes continueraient de se tenir en repos. Ils étaient si empressés d’exécuter leur projet, que, se contentant de cette sécurité précaire, ils commencèrent à traiter avec la compagnie de Virginie pour une étendue de terres dans les limites de sa concession. Leur négociation n'éprouva point de difficulté de la part d'une compagnie qui ne désirait autre chose que d'encourager l'émigration dans un pays si vaste,
*Hutchinson's ist, of Massachus, p. 4.
dont elle n'avait occupé jusque-là que de très petites parties.
Après les plus grands efforts de leur part, leurs préparatifs demeurèrent bien au-dessous de ce qu’il fallait pour l'établissement d’une nouvelle colonie. Cent vingt personnes en un seul vaisseau partirent d'Angleterre pour cette difficile entreprise. Le lieu de leur destination était la rivière d'Hudson où ils comptaient s'établir; mais leur capitaine ayant été, dit-on, gagné par les Hollandais qui avaient déjà formé le projet, exécuté dans la suite, de fonder là une colonie, les mena si avant dans le nord que la première terre d'Amérique à laquelle ils touchèrent fut le cap Cod. Ils se trouvèrent ainsi non-seulement hors des limites du territoire qui leur avait été assigné, mais même hors des terres de la concession de la compagnie de laquelle ils tiraient tous les droits qu'ils avaient à faire valoir. La saison cependant était si avancée et la maladie faisait de tels ravages parmi des hommes qui n'étaient pas accoutumés aux fatigues d’un long voyage, qu'ils furent obligés de rester là. Après avoir visité la côte, ils fixérent leur résidence en un lieu qui fait aujourd’hui partie de la province des Massachusetts et qu'ils appelèrent {a Nouvelle-Plymouth , probablement en l'honneur de la compagnie, sur la concession de laquelle ils formaient leur établissement !,
L'établissement de la colonie ne pouvait se faire dans une saison plus défavorable, L'hiver, qui, en Amérique, est d’une rigueur inconnue dans notre hémisphère sous les mêmes latitudes, était déjà commencé, et les nouveaux colons étaient fort mal pourvus de tout ce qui est nécessaire sous un climat beaucoup plus froid que celui pour lequel ils avaient fait leurs préparatifs. Plus d’une moitié d'entre eux périt avant le retour du printemps par la maladie ou la famine. Les survivans ne pouvaient s'occuper de pourvoir à leurs besoins , obligés qu'ils étaient d'être sans cesse en armes pour repousser les Indiens. Heureusement pour les Anglais, dans l'année précédente, une peste qui avait ravagé l'Amérique avait emporté un si grand nombre des naturels du pays, qu'on vint à bout de repousser et de contenir ce qui en restait. Le pou-
!'Hubard’s Pres, State, pag. 3. Cotton's Magnalia, pag. 7. Hutchinson’'s Æistory, p. 3, etc
voir de professer ouvertement leurs opinions religieuses, et le droit de se gouverner par des lois qui étaient leur ouvrage, consolaient les colons au milieu de leurs dangers et de leurs travaux. La constitution de leur églisé était la même que celle qu'ils avaient établie en Hollande. Leur système de gouvernement fut fondé sur les idées d'égalité naturelle entre les hommes auxquelles leur politie ecclésiastique les avait accoutumés; tout homme libre, membre de l'église, faisait partie du corps législatif suprême. Ils adoptérent les lois d'Angleterre comme la base de leur jurisprudence, quoique avec quelque différence dans la punition des crimes, empruntée des lois de Moïse, Le pouvoir exécutif fut mis aux mains d'un gouverneur et de quelques conseillers, choisis annuellemient par lés membres de l'assemblée législative 1.
Jusque-là leurs institutions paraissent fondées sur des notions communes de la sagesse humaine ; mais c'était une opinion favorite de tous les enthousiastes de ce siècle que la Bible contenait non-seulement le système complet de la religion, mais celui de la politique intérieure da gouvernement civil; et, sans tenir aucun compte des circonstances particulières à l'espèce d'hommes dont elle fait l’histoire, les fanatiques modernes prenaient souvent les règles générales de leur conduite dans ce qui était arrivé parmi des hommes placés dans des situations toutes différentes. C'est en suivant cette marche bizarre que les colons delà Nouvelle-Plymouth, en imitation! des: premiers chrétiens , établirent entré eux à communauté des biens , et comme membres d’une même famille, éntréprirent d'exécuter tous les travaux en commun, pour le produit en être distribué à tous2; mais cette politique, qui prouvait bien la sincérité de
leur foi, s'opposait aux progrès dé leur établis- |
sement. Les mêmes effets funestés dé cette communauté d: biens et de travail qu'avait éprouvés la colonie dé Virginie’ se firent sentir à celle-ci, et on fut bientôt obligé de renoncer à un
système trop parfait pour pouvoir convenir à |
des hommes. Quoiqu'ils eussent bâti une petite ville et qu'ils l'eussent mise en état de défense suffisante contre les attaques dés Indiens , le sol
‘ Chalmer’s fanals, pag. 87.
* dbid., pag. 89. Douglas, Summary, }, p. 370.
qui les entourait était si pauvre, leurs principes religieux si ennemis du véritable ordre social , et les secours qu'ils purent tirer de leurs amis d'Europe si peu abondans, qu'après dix années d'établissement ils n'étaient pas plus de trois cents!, Au bout de quelques années, ils n'avaient encore acquis aucun droit légal et véritable de propriété sur le territoire qu'ils occupaient ; à la fin, ils l’obtinrent du conseil de la compagnie de la Nouvelle-Plymouth, mais ils ne furent jamais formés en corps politique par une
| Charte royale. A la différence de tous les autres
établissemens en Amérique , cette colonie, dans cet état, doit êtré considérée comme une association volontaire , tenant sa consistance du consentement tacite de ses membres à reconnaître
| l'autorité des lois et à se soumettre à une magis- | trature organisée et choisie par eux-mêmes. Elle | est restée ainsi indépendante, mais faible, jus- | qu'à ce qu’elle ait été réunie à une colonie voi- | sine plus puissante, celle de la baie des Massa-
chusetts, dont je vais dire maintenant l'origine et les progrès 2.
La première compagnie de Plymouth n'étant pas encore parvenue à former aucun établisse. ment solide en Amérique, Jacques 1°", en 1620, émit une nouvelle charte en faveur du duc de Lenox, du marquis de Buckingham et de plusieurs autres personnes de marque dans sa cour. Il leur donnait droit en Amérique sur une plus grande étendue de territoire que celle qui avait été concédée aux premiers patentés. Il les constituait en corps politique, à l'effet d'établir des colonies, et leur conférait une autorité et une juridiction semblables à celles qu'aecordaient ses chartes aux compagnies de la Virginie du nord et de celles du sud. Cette société fut distinguée par le nomde grand conseil de Plÿmouth, pourfonder et gouverner unecolonie dans la Nouvelle-Angleterre. Les écrivains du tempsnenous apprennent pas quelles considérations d'utilité publiqué purent engager le roi à charger d’une telle entreprise des gens en apparence si peu propres à la bien conduire, ni quelle vue d'avantage particulier portèrent ces mêmes personnes à s'y engager; mais il est certain que ces deux vues, si on les
! Chalmer's Annals, p. 97.
* Jbid., pag. 97, 107.
a eues, fu différens des nouve La Nou core dése causé l'ém continué à laquelle étaient to nombre s tous les | raient d’o adoucisser eux, plus asile où il brement e quillité qu velle-Plyr un asile 56 par les soi conformis ciation de trine des une colon achetèrent toire qui s nord de la les au sud deur de | l'ardeur q à exécuter leur propr d’une si g saire d’ap] opulens {.
On tro:
d'associés la capitale personnes trieuses , secrets de veaux inté l'habitude tes des da on pouvai sur la base pagnie pa nouvait bi
\Neals
vre , leurs principes itable ordre social , tirer de leurs amis qu'après dix années pas plus de trois s années , ils n'adroit légal et véri.
ritoire qu'ils occunt du conseil de la ymouth , mais ils ne s politique par une de tous les autres cette colonie, dans e comme une a8s0consistance du conbres à reconnaître iettre à une magisar eux-mêmes, Elle >, mais faible, jusà une colonie voila baie des Massaaintenant l'origine
Plymouth n'étant er aucun établisse.
ques I°", en 1620, faveur du duc de ingham et de plurque dans sa cour.
rique sur une plus que celle qui avait tentés. Il les consà l'effet d'établir rait une autorité es à celles qu'acompagnies de la es du sud. Cette ymde grand conler et gouverner Angleterre. Les ‘ennent pas quelles ué purent engalle entreprise des ropres à la bien ntage particulier es à s'y engager; IX vues, si on les
a eues, furent également trompées, et qu'après différens plans formés, toutes les tentatives des nouveaux associés demeurèrent sans succès.
La Nouvelle-Angleterre serait demeurée encore déserte si les mêmes causes qui avaient causé l'émigration des brownistes n'avaient pas continué d'agir. Malgré la violente persécution à laquelle les puritains de toutes les nuances étaient toujours en butte en Angleterre, leur nombre s’augmentait et leur zèle s'échauffait tous les jours davantage. Comme ils désespéraient d'obtenir dans leur propre pays aucun adoucissement aux lois pénales portées contre eux, plusieurs commençaient à se chercher un asile où ils pussent professer leurs opinions librement et sans danger. L'exemple de la tranquillité qu'avaient trouvée leurs frères à la Nouvelle-Plymouth leur y fit espérer qu'ils auraient un asile semblable à la Nouvelle-Angleterre; et par les soins actifs de M. White, ministre nonconformiste à Dorchester , il se forma une association de plusieurs citoyens, imbus de la doctrine des puritains, pour conduire et établir une colonie dans cette partie de l'Amérique, Ils achetèrent du conseil de Plymouth tout le territoire qui s'étend'en long depuis trois milles au nord de la rivière Merrimack , jusqu'à trois mil-
les au sud de la rivière Charles, et en profon- !
deur de l'Atlantique à l’océan du sud. Malgré à exécuter leurs plans, ils reconnurent bientôt
d’une si grande étendue, et ils crurent nétessaire d'appeler à leur secours des associés plus opulens {,
On trouva sans peine un nombre suffisant d'associés de cette espèce, particulièrement dans la capitale et parmi les commerçans et autres
secrets des sentimens des puritains. Ces nouveaux intéressés , avec la précaution que donne l'habitude des affaires, eurent quelques craintes des dangers et des inconvéniens auxqueis on pouvait s'exposer, en fondant une colonie sur [a base d'une concession faite par une compagnie particulière, patentée par le roi, qui pouvait bien transmettre sa propriété sur le sol ;
VNeaPs Aist of New-Engl. p. 122,
mais qui ne pouvait pas conférer la juridiction et le droit de gouverner la société qu'ils voulaient établir ; comme ils ne pouvaient avoir ces pouvoirs que du roi, ils s'adressèrent à Charles,
| qui leur accorda leur demande avec une facilité
qui étonne, lorsqu'on considère les principes et
| les vues de ceux qui sollicitaient de lui cette | faveur.
On croit que le temps éclaire les hommes en matière de gouvernement ; mais ses instructions sont bien lentes. Quoiqu'une expérience de plus de vingt années eût pu enseigner aux Anglais qu'il était déraisonnable de confier le gouvernement d’un établissement en Amérique à une corporation jouissant d'un privilége exclusif ré. sidant en Europe , ni le roi ni ses sujets n'avaient profité de l'expérience qu'ils avaient eue sous leurs yeux. Ils en étaient encore aux idées de Jacques 1°" dans ses premiers efforts pour établir des colonies. La charte de Charles KE", accordée aux planteurs de la colonie de la baie de Massachusetts, était calquée sur celle que son père avait donnée aux deux compagnies de Virginie et au
| conseil de Plymouth. Les nouveaux aventuriers
furent réunis pour former une corporation politique ; et la propriété du territoire qu'’ilsavaient achetée du conseil de Plymouth ayant été confirmée par le roi, ils furent autorisés à disposer
| des terres et à gouverner les colons qui voul'ardeur qui animait ces nouveaux propriétaires |
draient s’y établir. Le premier gouverneur de la
; compagnie et les membres du conseil furent leur propre impuissance à peupler une région |
nummés par le roi, et le droit de choisir leurs
: successeurs fut attribué aux membres de la cor- | poration. Le pouvoir exécutif fut mis aux mains du gouverneur et de son conseil; celui de la
législation attribué au corps des propriétaires , qui furent autorisés à faire les statuts et règle-
| mens utiles à la colonie qui ne contrarieraient
personnes livrés aux entreprises utiles et indus- | pas les lois d'Angleterre, et à les faire exécuter
trieuses, qui étaient partisans déclarés ou |
comme les autres corporations du royaume.
Les terres devaient être tenues en fief simple et absolu comme celles de Virginie. Ils obtinrent aussi la même exemption, à terme, des taxes intérieures et des droits établis sur les marchandises importées et exportées; et, malgré leur émigration de la métropole, ils conser vèrent pour eux et leurs descendans tous les droits des sujets nés en Angleterre !.
? Autchinson's Collect. of orig. pap., p. 1, etc.
L'objet manifeste de cette charte était de conférer aux entrepreneurs qui se proposaient | d'aller peupler la baie de Massachusetts, tous les droits accordés à la corporation ou conseil de
Plymouth , de qui ils avaient acheté ce territoire, |
et d'en faire un corps ressemblant aux autres grandes compagnies de commerce, et conservant l'esprit du gouvernement monarchique qui les avait si fort multipliées dans le royaume, Le roi ne paraît pas avoir pénétré ni même soupçonné les intentions secrètes de ceux qui suivaient cette entreprise; car, loin de se les concilier en leur laissant espérer qu'il respecterait leurs scrupules religieux , ou en leur promettant quelque adoucissement aux lois pénales contre les non-conformistes, il ordonna expressément que le serment de suprématie serait prêté par
toute personne passant à la colonie, ou qui y se- |
rait établie !,
Mais , quelles que fussent les intentions du roi, les entrepreneurs ne perdirent pas leur objet de vue. Aussitôt qu'ils se virent revètus par la charte royale de tous les pouvoirs qu'ils avaient
voulu obtenir , ils équipèrent cinq vaisseaux pour |
la Nouvelle-Angleterre, y portant plus de trois
cents passagers qui allaient s'y établir, La plu- |
part étaient de zélés puritains, dont l'objet principal en quittant leur terre natale était l'espoir de jouir de la liberté religieuse dans un pays éloigné du siége du gouvernement et des cours ecclésiastiques dont ils avaient été opprimés. Quelques ministres non-conformistes, des plus distingués parmi eux, lesaccompagnèrent comme leurs instituteurs spirituels.
A leur arrivée dans la Nouvelle-Angleterre, ils
1 Hutchinson’s Collect. of. orig. pap., p. 18. Il est étonnant que M. Neal, écrivain soigneux et bien instruit, ait avancé que cette charte accordait la liberté de conscience, et le droit d’honorer Dieu, chacun à sa manière, à tous ceux qui s'établiraient dans ce pays (Zist. of New- England, 1, 124), ce qu’il répète dans son histoire des puritains, et ce que les historiens qui l'ont suivi donnent aussi à entendre d’après lui. La charte ne contient rien de semblable ; et cette tolérance eût été contraire à toutes les maximes de Charles et de ses ministres durant tout son règne. À l'époque même de la charte, l'influence de Laud sur son conseil était toute-puissante ; les puritains étaient violemment persécutés, et le royaume absolument gouverné par la prérogative. Ce n’est pas là un temps où l’on puisse trouver aucune faveur accordée aux non-conformistes par un prince ayant les principes et le caractère de Charles,
trouvèrent les misérables restes d'un petit corps d'émigrans qui avaient quitté l'Angleterre l'année précédente sous la conduite d'Endicott, ardent enthousiaste, que les associés avaient nommé vice-gouverneur avant qu'ils eussent eu leur dernière charte; ceux-ci étaient établis dans un lieu appelé par les Indiens VNaunekeag, et auquel Endicott, par l'affectation des fanatiques de ce temps à employer le langage et les noms de la Bible partout, avait donné le nom de Salem.
Les émigrans venus avec Endicott et les nouveaux arrivans étaient parfaitement d'accord entre eux sur les principes religieux. Ils étaient puritains rigoureux ; et pour des hommes de ce caractère, l'établissement religieux était d’une telle importance qu'il avait la préférence sur tout autre objet. Dans leur première opération, ils firent connaître toute l'étendue de la réforme qu'ils se proposaient. Sans égard aux sentimens du monarque par l'autorité duquel ils s'établis-
| saient en Amérique, et de qui ils tenaient leur
existence comme corps politique, et en oppositionavecleslois d'Angleterre que la teneur deleur
| charte leur imposait l'obligation de ne pas con-
trarier , ils adoptèrent pour leur église naissante le système qui a depuis été distingué par le nom de Système des Indépendans. \s s'ünirent en une scciété religieuse par un acte solennel d'alliance avec Dieu et tous ensemble, en se conformant rigoureusement , disaient- ls, aux règles de la sainte Écriture. Ils choisirent un pasteur , un instituteur ou catéchiste et un ancien , qu’ils consacrèrent chacun à leurs fonctions respectives par une imposition des mains de tous les frères. Tous ceux qui furent reconnus ce jour-là pour membres de l'église, signifiérent leur assentiment à une profession de foi rédigée par leur instituteur ou catéchiste, et exposèrent les fondemens de leur croyance et de leur espérance comme chrétiens ; et il fut décidé que désormais personne ne serait admis dans leur communion qu’il n'eût ainsi satisfait l'église sur sa foi et sa sainteté. La forme de leur culte fut débarrassée de toutes cérémonies, sans lithurgie, et réduite à la plus grande simplicité, en imitation même exagérée de la nudité de celle de Calvin t,
1 Mather, pag. 18. Neals Æist. of Mn 1, 126. Chalmer , pag. 143.
C'est :
hommes | réforme , de les d modèle « pure et € ce premic ter les ct eux-mêm avaient u uns des pour le ri sés de le rérent de et s'assenr religieux.
trop d’ex toutes sec proche pa qui s'étail devinrent faire rece et profan:
élevés ave nir en sa | méconten considéré les banni terre par restans 5 ils souffri rent pres très peu
Cepen Angleter:
pour for troupes 1!
comme er par son « à toutes rigueur c faisaient les jours. s sieurs d’e vait de p qui s'étai acceptère dans la N
t Mather
8 d'un petit corps l'Angleterre l'anluite d'Endicott, | associés, avaient qu'ils eussent eu aient établis dans s Naunehkeag, et ion des fanatiques gage et les noms lonné le nom de
idicott et les nouitement d'accord igieux. Ils étaient des hommes de ce gieux était d’une référence sur tout ère opération, ils ue de la réforme rd aux sentimens aquel ils s'établisi ils tenaient leur ue, et en opposi- 1e la teneurdeleur on de ne pas conir église naissante distingué par le endans. \s s'ünipar un acte solens ensemble, en se disaient-ils, aux Ils choisirent un échiste et un ancun à leurs foncosition des mains ui furent reconnus glise, signifièrent ion de foi rédigée ste , et exposèrent e et de leur espé- Il fut décidé que
admis dans leur itisfait l'église sur » de leur culte fut nies, sans lithuride simplicité, en nudité de celle de
of New-England,
C'est avec une extrême satisfaction que des hommes passionnément attachés à leurs idées de réforme , et qui avaient été si long-temps forcés de les dissimuler, s'occupaient de former ce modèle d'une église qu'ils regardaient comme pure et exempte de toute superstition; mais à ce premier moment où ils commençaient à goùter les charmes de la liberté chrétienne, pour eux-mêmes, ils oubliaient que d'autres hommes avaient un droit égal à la réclamer. Quelquesuns des colons, conservant un grand respect pour le rituel de l'église anglaise, furent si blessés de le voir entièrement rejeté , qu'ils se séparèrent de la communion de la nouvelle église, et s'assemblèrent à part pour exercer leur culte religieux. Par une inconséquence dont il y a trop d'exemples frappans parmi les chrétiens de toutes sectes pour en faire la matière d'un reproche particulier à aucune, les mêmes hommes qui s'étaient expatriés pour fuir la persécution devinrent persécuteurs, et eurent recours pour faire recevoir leurs opinions, aux moyens violens et profanes contre lesquels ils s'étaient naguère élevés avec tant de véhémence. Endicott fit venir en sa présence deux des principaux parmi les mécontens; et queiqu'ils fussent des hommes considérés et du nombre des premiers établis , il les bannit de la société et les envoya en Angleterre par des vaisseaux qui partaient !. Lescolons restans se réunirent ; mais, l'hiver survenant, ils souffrirent si fort des maladies qui emportèrent presque une moitié d'entre eux, qu'ils firent très peu de progrès dans le pays.
Cependant les directeurs de la compagnie en Angleterre faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour fortifier la colonie, en y a tu des troupes nombreuses de nouveaux colons; et comme en Angleterre l’archevèque Laud, poussé par son esprit intolérant, exigeait l'obéissance à toutes les injonctions de l'église avec plus de rigueur que jamais, la situation de ceux qui se faisaient scrupule de s'y soumettre devenait tous les jours, si fâcheuse et si insupportable, que plusieurs d’entre eux, parmi lesquels il s'en trouvait de plus riches et d'états supérieurs à ceux qui s'étaient portés jusque-là dans la colonie, acceptèrent l'offre qu'on leur faisait d’un asile dans la Nouvelle-Angleterre. Ces gens, se propo-
& Mather, pag. 19, Neal, p, 129,
‘ mer, pag. 150.
sant d'employer leur fortune aussi bien que leurs personnes à établir là une colonie permanente et stable , prévoyaient divers inconvéniens à se soumettre à des lois faites, sans leur consentement, par une société qui pouvait n'avoir pas prévu tous leurs besoins ni respecté tous leurs droits. Ils demandèrent donc que les pouvoirs politiques qu'exerçait la compagnie fussent transférés d'Angleterre en Amérique, et que le gouvernement de la colonie fût confié en entier à ceux qui, s'établissant dans ces pays nouveaux, y deviendraient membres de la s0ciété!,
La compagnie avait déjà dépensé des sommes considérables pour l'exécution de ses projets, sans en avoir retiré aucun profit, et sans espérance prochaine d'en avoir aucun, ni même de rien recouvrer de ses avances qu'à une époque trop éloignée ou trop incertaine pour des négocians qui connaissent le prix de l'argent et du temps, et qui faisaient le plus grand nombre des intéressés. Elle hésita cependant, arrêtée par la crainte que la concession que demandaient d'elle les émigrans ne fût pas légale. Cependant son empressement de se tirer d’une entreprise qui ne donnait presque plus d'espérances, la détermina , avec le consentement unanime de ses membres, à transmettre sa charte et le gouvernement à ceux qui s'établiraient dans la Nouvelle-Angleterre ?. IL fut réglé en même temps que les membres de la corporation qui ne voudraient pas passer en Amérique auraient une part dans le fonds de commerce et les profits de la compagnie pendant l'espace de sept ans.
Dans cette transaction singulière, dont l’histoire des colonies anglaises n'offre point d'autre exemple, deux circonstances méritent une attention particulitre ; l’une est le pouvoir qu'exerce la compagnie de faire un tel transport; l’autre, le silence et l’acquiescement du roi qui le permet. Si l’on juge de la validité d’une telle concession par la charte qui avait établi la compagnie en corps politique, et placé en elle tous les pouvoirs dont elle était revêtue, il est évident qu’elle ne pouvait les exercer que selon un
1 Hutchinson's Collect. of papers, p. 25.
* Mather, pag. 20, Hutchinson’s Hist,, pag. 12. Chal-
mode prescrit par la charte elle-même, et qu’elle ü'était pas en droit de les aliéner et de convertir ainsi une administration de compagnie commerçante en un gouvernement provincial en Amérique; mais depuis le premier moment de l'établissement de la colonie des Massachusetts, ses membres semblent avoir été animés d'un esprit d'innovation, autant en matière de gouvernement civil qu’en religion ; et, accoutumés à rejeter la doctrine et les usages de l'église établie, ils se trouvaient disposés à se soustraire de même aux formes anciennes üe gouvernemert. Ceux-là s'étaient adressés au roi pour en obtenir une charte qui devait donner de la légaité à leurs opérations en Angleterre comme actes d’un corps politique; mais les personnes qu'ils avaient envoyécs en Amérique s'étaient regardées en débarquant comme des individus unis ensemble par une association volontaire, et ayant par devers eux les droits naturels appartenant à des hommes quiforment une société politique , d'adopter la forme de gouvernement qui leur convient, et de faire les lois qu'ils jugent les plus propres à assurer leur bonheur. Sur ce principe , qu'ils étaient en droit de juger
etde décider pour eux-mêmes et par eux-mêmes, |
ils avaient établi leur église à Salem, sans rien conserver des institutions de l'église anglaise dont la charte les supposait pourtant membres, et par conséquent obligés à se conformer à son rituel. C’est d'après les mèmes idées que nous
les verrons dans la suite faisant tous leurs plans |
de gouvernement, tant civil qu'ecclésiastique. Le roi, quoique vigilant jusqu’à l'inquiétude à observer et empècher les plus légères atteintes à sa prérogative, était à cette époque si occupé des embarras que lui donnait sa fatale rupture
avec son parlement , qu'il ne pouvait suivre avec |
assez d'attention les procédés de la compagnie ;
ou peut-être aussi, content de voir un nombre | d'hommes turbulens se porter dans une contrée | éloignée où ils pourraient être utiles et cesse-
raient d'être dangereux, fût-il disposé à dissimuler l'irrégularité d’une mesure qui facilitait leur éloignement.
Les entrepreneurs, n’éprouvant aucun obsta-
cle de la part de la couronne, s’occupèrent sur- |
le-champ de l'exécution de leurs projets. Dans un conseil général, John Winthrop fut nommé gouverneur, Thomas Dudley vice-gouverneur,
et huit conseillers furent choisis, auxquels, conjointement avec le corps des bourgeois ou freemen qui iraient s'établir dans la Nouvelle-Angleterre, seraient transmis tous les droits de la compagnie, On mit un tel zèle et une telle activité à préparer l'expédition, que, dans le cours de l’année suivante, dix-sept vaisseaux partirent pour la Nouvelle-Angleterre, ayant à bord plus de quinze cents personnes parmi lesquelles un bon nombre était de gens aisés, et appartenant à de bonnes familles. A leur arrivée, plusieurs d’entre eux furent si mécontens de Salem, qu'ils visitèrent le pays pour y chercher des situations plus agréables et plus avantageuses ; et, s'établissant en différens endroits autour de la baie selon leur goût, ils jettrent les fondemens de Boston, de Charles-Town, de Dorchester, de Roxborough, et d'autres villes qui sont devenues depuis considérables dans la province, Dans chacune de ces villes, ils établirent une église sur le modèle de celle de Salem ; ce soin, ainsi que celui de faire des provisions pour l'hiver, les occupa entièrement pendant plusieurs mois; mais, dans leur premier conseil général, ils commencèrent à manifester clairement leur disposition à se regarder comme membres d'une société indépendante, et non liée par aucune des clauses de sa charte. L'élection du gouverneur et du vice-gouverneur, la nomination de tous les autres officiers . et même le pouvoir de faire des lois, tous d'uits attribués par la charte à l'assemblée générale des bourgeois, furent Ôtés à ceux-ci et attribués au gouverneur et à son conseil, Mais l'esprit aristocratique de cette résolution ne s’accordait pas avec les idées d'égalité dominantes parmi le peuple à qui on avait surpris son approbation. L'année suivante les bourgeois, dont le nombre s'était fort augmenté, se remirent en possession de leurs droits.
En même temps qu'ils défendaient leur liberté politique, ils se hasardèrent à s'écarter de leur charte en un point de plus grande'importance, déviation qui a fortement influé depuis sur tuutes les opérations de la colonie, et contribué à former ce caractère particulier qui distingue les habitans de la Nouvelle-Angleterre. Une loi fut portée qui déclara que personne ne serait désormais regardé comme bourgeois (freeman) ou pouvant participer en aucune ma-
nière au gc aucune ma tion de jur comme me Par cet n'adoptaitles dogmes mes du cul à la fois ex et dépouill pouvoir ab église ceux vant ainsi principaux plus précie dépendant sion arbitr ecclésiastiq dat ils ne nue.et étab sans çontr( moyen à ui l'esprit niv vait naturel tique de to décision , ts mes dépos affectant le saintes qu dation puis de cet asce chauds ent s'accréditèt puritains d montrer dé loppa et se Quoiqu'i été emportt cessairemel ses habitar alors qu'ur découragés en Anglete recrues sul même tem} fatale aux vait tant d paraissaien
? Hutchins.
is, auxquels, con- Jourgeois ou /ree- 18 la Nouvelle-Anus les droits de la e et une telle actique, dans le cours vaisseaux partirent ayant à bord plus rmi lesquelles un ‘s, et appartenant arrivée, plusieurs ns de Salem, qu’ils cher des situations peuses; et, s'étaautour de la baie, les fondemens de le Dorchester, de es qui sont develans la province.
ils établirent une e Salem ; ce soin, provisions pour ent pendant plur premier conseil manifester claireregarder comme endante, et non sa charte. L'élece-gouverneur, la fficiers , et même 18 d'uits attribués nérale des bourattribués au goul'esprit aristocraiccordait pas avec parmi le peuple à obation. L'année le nombre s'était en possession de
endaient leur li- ‘ent à s'écarter de 1S grande‘imporent influé depuis a colonie, et conrticulier qui disvelle-Angleterre, que personne ne mme bourgeois
er en aucune Ma-
nière au gouvernement du pays, ou éligible à aucune magistrature, ou remplir même la fonction de juré, s'il n'avait été admis dans l'église comme membre de la communion !.
Par cette résolution, toute personne qui n'adoptait pas les opinions favorites concernant les dogmes et la discipline de l’église et les formes du culte adraises par la majorité, était tout à la fois exclue de la société religieuse et civile, et dépouillée de tous les droits de citoyen. Un pouvoir absolu de repousser du sein de leur
église ceux qui voulaient y être admis se trou-
vant ainsi dans les mains des ministres et des principaux chefs de chaque congrégation, le plus précieux de tous les droits civils fut rendu dépendant pour chaque habitant de leur déci-
sion arbitraire sur une qualification purement .
ecclésiastique. Comme enexaminant le candi-
dat ils ne procédaient d'après aucune loi con- |
ue et établie, et qu’ils exerçaient un pouvoir sans contrôle, le clergé s'éleva bientôt par ce moyen à un degré d'influence et d'autorité dont l'esprit niveleur d'une.église indépendante de-
vait naturellement les tenir éloignés. L'étscpoli-
tique de tont citoyen dépendant ainsi de leur décision, tout. le monde fit sa cour à des hommes dépositaires d’un si grand pouvoir, en affectant les mœurs et les manières austères et saintes qu'on regardait comme une recommandation puissante auprès d'eux. En conséquence de cet ascendant que prirent surtout les plus chauds enthousiastes dans le clergé, ces idées s'accréditèrent, et le caractère distinctif des puritains de ce temps-là, que nous verrons se montrer dans la suite de cette histoire, se développa et se fortifia davantage.
Quoiqu'un nombre considérable de colons eût été emporté par les maladies qui règnent nécessairement dans un pays assez mal cultivé par ses habitans originaires, pour n'être presque alors qu’une forêt continue, et que plusieurs, découragés par les difficultés, fussent retournés en Angleterre, il arrivait toujours d'Europe des recrues suffisantes pour réparer ces pertes. En même temps, la petite vérole, cette maladie si fatale aux habitans du Nouveau-Monde, enlevait tant d'Indiens que des tribus entières disparaissaient, comme si le ciel, en dépeuplant
* Hutchinson, pag. 26. Chalmer, pag. 135,
ainsi le pays, eût manifesté l'intention de le faire occuper par les seuls Anglais.
Comme, parmi les habitations vacantes des Indiens, il y en avait plusieurs de bien situées, les Anglais furent si erpressés de les occuper, que leurs établissemens commencèrent à s'éloigner davantage les uns des autres, et à se disperser sur le territoire plus qu’il ne convenait aux intérêts et à la sûreté d’une colonie naissante. Cette dispersion amena à sa suite une altération importante dans la forme de son gouvernement, À l'ouverture d’une assemblée générale, dans l'année 1634, les freemen ou habitans jouissant des droits politiques, au lieu d'y assister en personne, comme la charte le prescrivait, élurent des représentans dans leurs différéns districts, autorisés: à paraître au nom de leurs commettans, et à délibérer et décider sur toutes les questions agitées dans l'assemblée générale. On ne sait pas si cette mesure fut suggérée et adoptée par les intrigues de quelques chefs de parti, ou si l'assemblée s'y prêta par prudence pour se concilier le peuple en cédant à son désir; mais les représentans furent admis, et se considérèrent eux-mêmes, conjointement
: avec le gouverneur et les conseillers, comme
l'assemblée législative suprême de la colonie. Pour constater leurs droits, ils décrétérent qu'aucune loi ne passerait, aucune taxe ne serait
imposée, aucun office public ne serait donné
que dans une assemblée générale.
Les prétextes pour ces nouvelles dispositions étaient plausibles, Le nombre des habitans jouissant des droits politiques était fort accru, beaucoup d’entre eux faisaient leur résidence à une grande distance du lieu où se tenaient les assemblées générales. Îls ne pouvaient s'y transporter sans inconvéniens pour eux-mêmes. La forme du gouvernement de leur ancienne patrie leur avait rendu familière l'idée de déléguer leurs droits, et de confier la garde de leurs libertés à des représentans de leur choix, que l'expérience de plusieurs siècles leur montrait comme pouvant en être des dépositaires sûrs et fidèles.
C'est ainsi que la compagnie de la baie des Massachusetts, en moins de six ans, à compter de l’époque de sa formation en corporation par le roi, conduisit à sa maturité et à sa perfection etexécuta un plan qui, comme je l'ai déjà
nest ares
observé, semble avoir été conçu, par quelques chefs de parti aussi adroits qu’ambitieux, dès le temps où avait été formé le projet de peupler la Nouvelle-Angleterre. De là en avant, il faut considérer la colonie, non comme une corporation dont les pouvoirs sont déterminés et les procédés réglés par sa charte, mais comme une société qui, ayant acquis ou conquis sa liberté politique, a, par un acte volontaire, adopté une constitution ou forme de gouvernement, modelée sur celle d'Angleterre.
Mais quoique leur système politique fût empreint de l'influence de l'esprit de liberté, comme leurs opinions religieuses n'étaient plus contenues par aucune autorité, le fanatisme continua à se répandre et à se montrer tous les jours plus bizarre et plus extravagant. William, ministre à Salem, et jouissant d'un grand crédit, ayant conçu une grande antipathie contre la croix de Saint-Georges que portent les drapeaux d'Angleterre, déclama contre cet usage avec tant de véhémence, comme contre un reste de superstition et d’idolâtrie, qu'on ne pouvait laisser subsister au milieu d’un peuple pur et sanctifié, qu'Endicott, un des membres du conseil, dans un transport de zèle, alla couper la croix du drapeau placé à la porte du gouverneur, Ce sujet frivole divisa la colonie. Quelques militaires se firent scrupule de marcher sous des drapeaux portant la figure d’une croix, craignant que ce ne fût là un culte idolâtrique. D'autres refusèrent de servir sous une bannière mutilée pour ne pas être soupçonnés d'avoir renoncé à leur obéissance à la couronne d’Angileterre. Après beaucoup de disputes, soutenues avec tout le zèle et la chaleur que donne l'esprit de parti et qui dans les contestations frivoles suppléent à l'importance réelle et aux bonnes raisons, la querelle fut terminée par un accommodement. La croix fut conservée dans les drapeaux des forts et les pavillons des vaisseaux, et fut Ôtée des drapeaux des troupes de terre. William, à la suite de cette querelle et pour quelques autres doctrines qu'on n'approuvait pas, fut banni de la colonie t,
On disait de si belles choses de l'état prospère de la Nouvelle-Angleterre, et sa police ec-
! Neal's Aist. of New-England, pag. 140, ete. Hutchinson, pag. 37. Chalmer, pag. 156.
clésiastique était si fort admirée par ceux qui avaient de l'éloignement pour l'église anglicane, que des troupes nombreuses de nouveaux colous s'y portèrent. Parmi ces nouveaux venus furent deux personnages dont les noms ont été depuis célèbres par le rôle qu'ils ont joué sur un plus grand théâtre. L'un était Hughes Peters, enthousiaste et intrigant, chapelain d'Olivier Cromwell; l’autre, M. Henri Vane, fils de sir Henri Vane, membre du conseil privé du roi, et jouissant auprès de lui d’un grand crédit. Un jeune homme d’une famille noble, animé d'un tel zèle pour la pureté de la religion et d'un assez grand amour de liberté pour renoncer À toutes ses espérances en Angleterre, et s'établir dans une colonie qui, jusqu'à présent, n’avait pu fournir à ses habitans que les objets de leurs premiers besoins, y fut reçu avec la plus grande admiration. Son maintien mortifié, son air froid et grave, et ses mœurs sévères au-delà même des modèles regardés comme ies plus parfaits dans la société à laquelle il se réunissait , annonçaient un homme qui avait atteint à une grande perfection religieuse, en même temps que ses talens et son intelligence dans les affaires le firent regarder comme digne de remplir les places les plus importantes. Dès l’année suivante, il fut fait gouverneur d’une voix unanime et avec une confiance universelle de la part des colons aux avantages qu'apporterait son administration; mais comme les affaires d’une colonie naissante ne fournissaient pas à Vane un champ assez vaste pour son activité et ses talens, son esprit inquiet et magistral le porta à s'occuper de subtilités théologiques indignes de son attention. Il fut jeté dans cette route par une femme dont les rêveries eurent, tant dans l'enceinte de la colonie qu’au dehors, des effets qui, tout frivoles qu'ils puissent paraître aujourd'hui, doivent être recueillis comme des événemens de quelque importance dans l'histoire de ce pays.
C'était la coutume en ce temps dans la Nouvelle-Angleterre, parmi les hommes principaux de chaque congrégation , de se rassembler une fois la semaine pour se répéter le sermon qu'ils avaient entendu, et conférer sur la doctrine qui y était contenue. Mistriss Hutchinson, dont le mari était compté parmi les habitans les plus respectables de la colonie, regrettant que les
person:
lages r semblal femmes pieux q dèles. I qu'elle :
cheurs.
taires, ( bres du ses pro système tinomie fanatisn:
vie n’ass point q que ceu) nifester esclaves:
sonne d saient p:
révélatio en recey:
La fac débitait ( coup d'a ment dar cipaux h Vane, qi abandon:
ligion , é On tint f de jeûne node gét violentes colonie, furent dé Plusieurs ment. Va goûté, sa admiré, comme ui ces esprit:
leverser t Les ant du luthérar d'étaient pa la foi n’avai pris leur no * Mather, Neal, pag. 1
dimirée par ceux qui our l'église anglicane, ses de nouveaux coces nouveaux venus ont les noms ont été e qu'ils ont joué sur était Hufhes Peters, chapelain d'Olivier iri Vane, fils de sir onseil privé du roi, un grand crédit. Un > noble, animé d'un la religion et d'un rté pour renoncer À igleterre , et s'établir qu’à présent, n'avait 1e les objets de leurs à avec la plus grande ortifié, son air froid vères au-delà même ne ies plus parfaits il se réunissait, anavait atteint à une se, en même temps ligence dans les afmme digne de remortantes. Dès l’année leur d'une voix unace universelle de la ages qu'apporterait comme les affaires fournissaient pas à pour son activité et uiet et magistral le tés théologiques in- | fut jeté dans cette les rêveries eurent, lonie qu’au dehors, qu’ils puissent patre recueillis comme e importance dans
temps dans la Nouhommes principaux e se rassembler une ter le sermon qu'ils fer sur la doctrine ss Hutchinson, dont les habitans les plus
regreltant que les
personnes de son sexe fussent privées des ayanlages résultant de ces assemblées, en forma une semblable , à des jours fixes, d'un nombre de femmes qui se livreraient aux mêmes exercices pieux que les hommes qui leur servaient de modèles. D'abord elle se contenta de répéter ce qu'elle avait pu recueillir des aiscours des précheurs. Bientôt après elle y ajouta des commentaires, et elle en vint à censurer quelques membres du clergé comme corrompus, et à débiter ses propres opinions, fondées toutes sur le système que les théologiens appellent des antnomiens 1, et portant tous les caractères du fanatisme. Elle enseignait que la sainteté de la vie n’assure point la justification , et ne prouve point qu'on soit en grâce auprès de Dieu, et que ceux qui insistaient sur la nécessité de mauifester sa foi par les œuvres n'étaient que des esclaves; que l'esprit de Dieu habitait en personne dans les gens de bien, et qu'ils connaissaient parfaitement la volonté de Dieu par les révélations et les impressions intérieures qu'ils en recevaient.
La facilité et la confiance avec lesquelles elle débitait ces belles doctrines, lui fagnèrent beaucoup d’admirateurs et de prosélytes, non-seule- | ment dans le petit peuple, mais parmi les prin-
cipaux habitans. Toute la colonie fut en feu. Vane, que sa sagacité et son esprit semblaient abandonner toutes les fois qu'il s'agissait de religion, épousa et défendit ses dogmes étranges. On tint force conférences; on indiqua des jours de jeûne et de pénitence ; on convoqua un synode général, et après des discussions assez violentes pour menacer l'existence même de la colonie, les opinions de mistriss Hutchinson furent déclarées erronées, et elle-même bannie, Plusieurs de ses disciples la suivirent volontairement. Vane quitta l'Amérique dont il était dégoûté, sans être regretté par ceux qui l'avaient admiré, et dont quelques-uns le regardèrent | comme un visionnaire, d’autres comme un de. | ces esprits sombres et turbulens destinés à bouleverser toutes les sociétés où ils sont admis2. |
Les antinomiens étaient une secte née dans le sein | du luthéranisme , qui enseignait que les bonnes œuvres L'étaient pas nécessaires au salut, et que celui qui avait la foi n'avait pas besoin de loi (romos), d'où ils avaient pris leur nom d'antinomiens.
* Mather, livre vu, cap. ur. Hutchinson, p. 53, 74, | Neal, pag. 1,144, 145, etc. Chalmer, pag. 163. |
En troublant le repos de la colonie de Massachusetts, ces querelles théologiques contribuèrent beaucoup à répandre et à accroître la population dans l'Amérique anglaise. Lorsque William avait été banni de Salem en 1634, l'at-
tachement tendre que lui portaient ses disciples °
en avait déterminé un grand nombre à l’accompagner dans son exil. Ils dirigèrent leur marche vers le sud, et ayant acheté des Indiens un territoire considérable, auquel William donna le nom de Providence , ils s'y établirent. Ils ( furent bientôt joints par quelques-uns de ceux qui étaient mécontens de la manière dont on avait traité mistriss Hutchinson , et par un marché passé avec les sauvages, ils obtinrent d'eux la propriété d'une île fertile dans la baie de Naraganset, à laquelle ils donnèrent le nom de Rhode-Island. William vécut au milieu d'eux plus de quarante ans, respecté comme le guide et le père de la colonie. Son caractère et ses principes différaient de ceux des puritains de la baie de Massachusetts. Il était doux et tolérant, et s'étant donné le droit de rejeter les opinions établies, il voulait assurer aux autres la même liberté, et enseigrait que l'exercice du jugement particulier était un droit naturel et sacré ;
| que le magistrat civil n'avait aucune autorité
coactive en ce qui concerne la religion; que toute peine infligée à une personne pour ses Opinions était un empiétement sur les droits de
| la conscience, et un acte de persécution et d’op- | pression !, Il inspira ces principes humains à ses disciples, et tous ceux qui éprouvaient ou craignaient la persécution religieuse dans les
autres établissemens, se réfugièrcnt au sein
d’une société où la tolérance vaiverselle était connue comme un principe fondimental. Dans les plantations de Providence et de Rhode-lsland, l'union politique fut établie par une association volontaire , ainsi que légalité des membres et la liberté des opinions religieuses, Leur forme de gouvernement fut purement démo- | cratique, le pouvoir suprême étant placé dans | l'assemblée de tous les habitans présens en personne. Îls demeurèrent dans cet état jusqu’au temps où ils furent incorporés par une charte 2,
1 Neal's ist. of N.-Engl., pag. 141.
* Hutchinson, p. 38. Neal, Il, 142. Douglas, Summ., ll,
pag. 76, etc. Chalmer , cap. 1.
ôl
Te Mir no
La colonie de Connecticut a dû son origine à des causes de même espèce; deux ministres accrédités dans lacolonie des Massachusetts étaient rivaux : M. Cotton et M. Hooker. Ce dernier, qui avait le dessous dans ce combat pour la réputation et la considération publique, se détermina à chercher quelque établissement où il pût vivre éloigné d'un compétiteur qui l'éclipsait. Beaucoup de partisans de mistriss Hutchinson luioffrirent de l'accompagner. Après avoir fait faire des recherches dans le pays, ils reconnurent, sur les bords de l’ouest de la grande rivière de Connecticut, une situation qui leur parut très avantageuse, et en 1636 environ, cent personnes, femmes et enfans, après une marche fatigante de plusieurs jours, au travers des
bois et des marais, arrivèrent sur les lieux où | ils se proposaient de se fixer, et donnèrent
naissance aux villes de Hartfort, de Springfield et de Weatherfield. Cet établissement ne se fit pas d’abord dans une forme bien régulière.
Une partie du territoire qu'ils voulaient occuper était au-delà des limites de la concession faite à la colonie des Massachusetts, et cependant les émigrans prirent une commission du gouverneur et du conseil quiles autorisait à exercer les pouvoirs du gouvernement. Les Hollandais de Manhados ou de New-York ayant découvert la rivière de Connecticut, et établi sur ses bords quelques maisons de commerce, avaient acquis tous les droits que donne la première occupation. Lord Say et Sele, et lord Brook, chefs de deux illustres familles, effrayés des mesures arbifraires de Charles If dans le gouvernement fant civil qu'ectlésiastique, avaient pris une résolution digne de jeunes gens de naissance noble et de sentimens généreux, en se réfugiant dans le Nouveau-Monde pour y pratiquer la religion qu'ils préféraient et y jouir de la li-berté qu'ils regardaient comme un des élémens nécessairés du bonheur social. Ils avaient choisi aussi les bords de la rivière de Connecticut comme le lieu de leur établissement, et en avaient pris possession, en bâtissant un fort à l'entrée de la riviére qu'ils appelèrent de leurs noms unis Say-Brook. Les émigrans de Massachusetts, sans être arrêtés ni par le défaut de droit de leur part, ni par les prétentions de leurs compétiteurs, se mirent en possession du pays, et commencèrent à le nettoyer et à le
cultiver. Par degrés, ils écartèrent tous leurs concurrens. Les Hollandais, récemment établis en Amérique et trop faibles pour engager une querelle, se retirèrent de Connecticut. Lord Say et lord Brook abandonnèrent à la colonie tous leurs: droits. La société s'établit par un contrat volontaire de tous les hommes tibres de la troupe. Us méconnurent bientôt toute autorité de la colonie des Massachusetts sur eux ; mais ils conservèrent une si grande vénération: pour Sa Sa gesse en matière de législation qu'ils adoptèrent une forme de gouvernement très ressemblante à la sienne, et à peu de choses près, toute sa politique tant eivile qu'ecclésiastique. Dans la suite, la colonie de Connecticut fut aussi formée en corps politique par une charte royale f, L'histoire des premières tentatives, pour peupler les provinces de New-Hampshire-et- Main qui forment la quatrième et la plus étendue division de la Nauvelle-Angleterre, est confuse et embarrassée par les prétentions opposées de différens propriétaires. La compagnie de Plimouth avait inconsidérément morcelé la partie septentrionale de son territoire entre différens acquéreurs, parmi lesquels les seuls qui paraissent avoir eu des intentions sérieuses de s’y établir furent sie Ferdinando Gorges et le capitaine Mason. Leurs efforts pour exécuter ce projet furent persévérans et dignes d'éloges, mais sans succès. La dépense de l'établissement d'une colonie dans un pays ineulte doit être considérable et faite sur-le-champ ; la perspertive d’un produit est souvent incertaine et {.;ajours éloignée. Les fonds de deux particuliers n'étaient pas proportionnés à la grandeur de l'entreprise. Les planteurs qu'ils y envoyèrent n'étaient pas animés de cet enthousiasme qui avait soutenu le courage de leurs. voisins dela baie des Massachusetts pour combattre les difficultés et les dangers auxquels une colonie naissante était exposée dans un pays sauvage. Gurges et Mason auraient vraisemblablement été forcés d'abandonner leur projet, si les mêmes causes qui avaient’ favorisé l'établissement de Rhode-lsland et de Connecticut n'avaient pas amené des colons à New-Hampshire-et-Main.
M. Wheelwright, ministre, jouissant d’une
! Hutchinson, pag. 44, etc. Neal, 1, 147 Douglas. /!, 158, etc. Chaliner’'s 4nnals, cap. xs.
assez | mistri admir.
sentim Massa pris ui
tit non princif la colo pas ass vaient autres mécont clésiast éparses et leur La colo son aut situées et Mas proprié férens « ser des vernère de celle adjacen titution hire-etnente, ( En ét se trou Les trit Massact Cepend.
que par colons, terres d tement dans de payé ai valeur :
suffisan glais av:
t Hutct 22, etc. C # Hutci
artérent tous leurs récemment établis
pour engager une nnecticut. Lord Say nt à la colonie tous blit par un contrat s libres de la troupe.
ute autorité de la eux ; mais ils conération: pour sa saon qu'ils adoptèrent t très ressemblante s près, toute sa potique. Dans la suite, ut aussi formée en rte royale {, ; tentatives, pour lew-Hampshire-etme et la plus éten- Angleterre, est conrétentions opposées La compagnie de 'ément morcelé la territoire entre difsquels les seuls qui ntions sérieuses de rando Gorges et le rts pour exécuter ce et dignes d’éloges, e del’établissement s ineulte doit être champ ; la perspeeit incertaine et {;ale deux particuliers s à la grandeur de qu'ils y envoyèrent t enthousiasme qni leurs: voisins dela r combattre les difxquels une colonie , Un pays sauvage.
aisemblablement été rojet, si les mêmes & l'établissement de cticut n'avaient pas mpshire-et-Main.
re, jouissant d’une
il, 1,147 Douglas 1}, . XIE
assez grande considération, proche parent de mistriss Hutchinson et l’un de ses pius zélés admirateurs et partisans, avait été, pour ces sentimens mêmes, banni de la province des Massachusetts !. En cherchant un asile, il avait pris une route opposée à celle des autres exilés; et, s’avançant vers le nord, il avait fondé la ville d'Exeter sur une petite rivière tombant
dans la baie de Piskataqua. Ses disciples en pe- |
tit nombre, mais étroitement unis, avaient des
principes si rigoureux que même les. églises de |
la colonie des Massachusetts ne leur paraissaient pas assez pures. De temps à autre, ils recevaient quelques recrues que leur attiraient des
autres colonies. l'amour de la nouveauté ou le |
mécontentement causé par des institutions ec-
clésiastiques. Leurs plantations étaient fort |
éparses, la population clair-semée dans le pays, et leur organisation politique fort imparfaite. La colonie des Massachusetts prétendait exercer
son autorité sur eux, comme occupant des terres |
situées dans les limites de sa concession. Gorges et Mason défendaient leurs droits comme des propriétaires fondés sur leur charte. Dans dif: férens cantons, les planteurs, sans s'embarrasser des prétentions des divers partis, se gouvernèrent par des maximes et des lo:s copiées
adjacentes ?. La première rédaction de la constitution politique des provinces de New-Hamps-
nente, est postérieure à la révolution.
En étendant leurs établissemens, les Anglais se trouvèrent exposés à de nouveaux dangers.
Les tribus indiennes, voisines de la baie des Massachusets, étaient faibles et peu guerriéres. Cependant, par respect pour la justice autant que par des motifs de prudence, les premiers colons, avant de se mettre en possession des terres des Indiens, voulurent obtenir le consentemént des anciens possesseurs; et quoique, dans des transactions de cette espèce, le prix payé ait été souvent bien peu proportionné à la valeur réelle de la propriété acquise, il était suffisant pour satisfaire le propriétaire, Les An- Blais avaient pris ainsi paisiblement possession
‘Hutchinson, pag. 103, etc. 176. Douglas s Sun, Il, 22, etc. Chalmer's Ænnals, Cap. XVLL * Hutchinson, pag. 70.
des terres pour lesquelles ils avaient traité, et il n'y avait eu à cette occasion aucune hostilité ouverte entreles anciens et les nouveaux possesseurs; mais les colonies de Providence et de Connecticut reconnurent bientôt qu'elles étaient environnées de nations plus puissantes et plus guerrières. Parmi celles-ci, les plus considérables étaient les Naragansets et les Pequods ; les premiers habitant les bords de la baie qui porte leur nom, et les derniers le territoire qui s étend le long des bords de la rivière de Connecticut, à partir de la rivière Pequod, Les Pequods étaient une nation redoutable qui pouvaient mettre en campagne mille guerriers , aussi courageux qu'il en fût dans le Nouveau-Monde, Ils prévoyaient fort sagement que la destruction des nations indiennes allait être la conséquence inévitable
| de l'établissement des Anglais qui allaient se ré-
pandre dans tout le continent de l'Amérique , si on ne prenait des mesures promptes qu pussent éloigner ce malheur, Dans cette conviction . ils s’adressèrent aux Naragansets, les pressant d'oublierpour un moment l'inimitié desdeux nations, et de sé réunir à eux pour chasser un ennemi commun qui les menaçait également d'une entière destruction. Its leur représentérent que,
… lorsque ces étrangers étaient débarqués, on n’ade celles de leurs compatriotes dans les colonies :
vait pas pu soupçonner leur véritable objet, et qu'on n'avait pris aucune précaution pour ar-
rêter leurs progrès; mais qu’en envoyant comme hire-et-Main en une forme régulière et perma- |