LL
nier acte de cette indigne comédie, il fallait la
terminer par le coup de théâtre le plus hardi, |
par le trait de fourberie le plus insigne. £lle entreprit de persuader à tout l'univers que c'était à son insu et contre sa volonte que Marie avait été mise à mort. Davison fut l'instrument qu’elle choisit pour jouer cette scène de perfidie, et ce serviteur fidèle, qui ne se doutait point des intentions de la reine, qui n’apercevait point le danger qui le menaçait, fut la victime des intrigues et des artifices de sa maîtresse.
Davison avait fait le devoir de sa charge de secrétaire d'état en présentant l’ordre pour l'exécution à la reine pour le signer; et par son commandement il l'avait porté au grand sceau, Cependant la reine prétendit qu'elle lui avait recommandé de ne communiquer à personne ce qu'elle venait de faire, et de ne poin: laisser
sortir ce papier de ses mains sans un ordre ex- !
près de 5a majesté; qu'eu mépris de ce commandement , Davison avait non-seulement révélé cette affaire à plusieurs de ses ministres : mais que, de concert avec eux, il avait fait assembler le conseil privé, qui, sans le consentement et à l'insu de la reine, avait publié l'ordre, el avait commis les comtes de Shrewsbury et de Kent pour le faire exécuter. Davison niait tous ces faits, et avec des détails et des circonstances qui portaient le caractère du vrai et qui ue laissaient aucun doute sur ce qu'il avançait. En effet, pouvait-on concevoir que le conseil privé, composé des personnes les plus affidées à la reine, de ses ministres et de ses favoris, eût voulu s'assembler sous ses yeux, dans l'enceinte de son palais, et se hasarder à décider une affaire de cette importance sans son aveu, Sans sa participation et contre sa volonté ? Cependant Élisabeth, pénétrée en apparence de chagrin, de rage et de fureur, porta la dissimulation au. point de bannir de sa présence la plupart de ses conseillers. Elle traita surtout Burleigh avec tant de dureté, elle lui donna tant de marques d’aversion et de mécontentement qu'il se crut perdu, et que dans l'excès de sa douleur, il écrivit à la reine pour lui demander la permission de se démettre de toutes ses places et de se retirer chez lui, Davison fut à l'instant privé de Son office, envoyé à la Tour et resserré fort étroitement. Bientôt après on lui fit son procès en règle et on le jugea solennellement dans la
chambre étoilée. Il fut condamné à dix mille livres d'amende et à garder prison jusqu'vce qu'il | plût à la reine de lui rendre la liberté. Hi y resta | pendant plusieurs années, et ne reprit jamais | depuis aucun degré de faveur et d'autorité. Les craintes et les jalousies d'Élisabeth avaient coûté la vie à la reine d'Écosse; le désir de pallier ce crime fit le malheur de Davison. Élisabeth , pour justifier sa conduite et se laver de ce forfait, ne se fit aucun scrupule de sacrifier l'honneur et la réputation de l’homme de son royaume le plus habile et le plus vertueux 1.
Cette espèce de farce (car quel autre nom plus honnête pourrait-on donner à ces intrigues?) fournit cependant à Élisabeth des moyens apparens pour se justifier auprès du roi d'Écosse 2.
nl
Jacques , à l'aspect du danger dont sa mère était menacée, avait ressenti toutes les peines et toutes les inquiétudes que la tendresse d'un fils peut inspirer. À la nouvelle de sa mort, il fut pénétré de douleur et transporté de rage. Ses sujets furent indignés de l'affront qu’on faisait au roi et à la nation. Élisabeth , pour les apaiser, dépècha aussitôt en Écosse Robert Carey, un des enfans du lord Hunsdane, avec une lettre dans laquelle elle exprimait l'extrême affliction qu’elle ressentait de ce triste événement > Si contraire à ses ordres et à ses intentions. Jacques ne voulut point permettre à l’envoyé anglais d'entrer en Écosse, et on eut bien de la peine à engager le roi à recevoir un mémoire qui lui fut envoyé de Berwick. Il contenait la fable inventée sur Je compte de Davison, ornée de toutes les circonstances qui tendaient à justifier Élisabeth et à rejeter tout le blâme sur la précipitation et l’infidélité de ce ministre. Cette Excuse ne parut point satisfaisante et fut regardée comme une raillerie ajoutée à l'insulte, La plupart des nobles, ainsi que le roi d'Écosse, ne respiraient que la vengeance. Élisabeth était fort empressée de les apaiser, et elle ne manqua ni de moyens pour cela, ni d’instrumens pour les mettre en œuvre. Leicester écrivit au roi et Walsingham au secrétaire Maitland; ils représentaient que
l'Camd., 536. Strype, III, 370.
3 Voyez dans l’Appendice qui suit, n° zx, les objections contre M. Davison dans l'affaire de la feue reine d'Écosse, la plupart concernant les choses qui se sont faites : 1° avant le jugement de la reine d'Écosse à Fotheringay ; 2° pendant cette session ; 3° aprés ladite session,
Jacques s'exposait à sa perte certaine, si, avec les seules forces de l'Écosse, il voulait attaquer un royaume d'une puissance bien supérieure ; que l'histoire des siècles passés et la malheureuse expérience de sa mère devaient le convaincre que rien n'était plus dangereux et plus trompeur que d'être dans la dépendance d’un secours étranger ; que le roi de France ne désirerait jamais de voir les royaumes de la Bretagne réunis sous un même monarque, et ne voudrait jamais contribuer à rassembler une puissance aussi formidable sur la tête d’un prince proche parent de la maison de Guise; que Philippe pourrait lui donner des secours plus réels, mais qu'il serait un allié bien plus dangereux, et que sous prétexte de l'assister, il chercherait à faire valoir des prétentions à la couronne d’Angleterre, qu'il avait déjà réclamées ouvertement ; que le mème statut qui avait fait le fondement de la sentence de mort rendue contre Marie servirait à donner à son fils l'exclusion de la succession à la couronne d'Angleterre, et que Îles Anglais, qui redoutaient la domination d’un prince étranger, ne manqueraient pas de donner cette interprétation au statut, surtout s'ils étaient aigris par les hostilités; qu’Élisabeth était disposée à réparer les malheurs de la mère par sa tendresse et par son affection pour le fils, et que Jacques, en s'engageant dans une guerre inutile, perdrait ce noble héritage qu'il était assuré d'obtenir s’il cultivait l'amitié d'Élisabeth. Jacques , touché de ces représentalions, convaincu de sa propre faiblesse, considérant la médiocrité de ses revenus, l'esprit séditieux de quelques nobles, la fidélité douteuse des autres, et d'ailleurs séduit par les artifices d'une faction entièrement dévouée à Élisabeth, se laissa enfin persuader que, dans les circonstances présentes, une guerre, quoique juste, avec l'Angleterre, serait absolument contraire aux règles d’une bonne conduite. Par ces considérations il jugea à propos d'étouffer son ressentiment, de paraître satisfait de la punition de Davison et de conserver les apparences de la bonne amitié avec la cour d'Angleterre !. Ce fut ainsi que se dissipa ce nuage épais qui paraissait annoncer une tempête, La mort de Marie n’eut pas d'autre suite que celle d'un criminel ordinaire; aucun
1 Spotsw., Strype, Ill 377
princen'’entreprit d'entirer vengeance. Élisabeth en fut quitte pour la note d’infamie que méritait son indigne procédé, et elle ne fut d’ailleurs exposée pour ce forfait à aucun autre danger. La mort de Marie ne fut fatale qu’à Gray, favori depuis quelque temps du roi d'Écosse, et qui fut perdu entièrement dans l'esprit de son maître. Il était déjà devenu odieux à la nation, ainsi que tous les favoris sans mérite, ordinairement présomptueux, et qui usent de leur autorité sans aucune discrétion. Le rôle de traitre qu'il avait joué pendant sa dernière ambassade n'était plus un secret. Le roi, qui en fut à la fin instruit, ne pouvait revenir de son étonnement. Les courtisans s'aperçurent que Jacques prenait du dégoût pour son favori, et ses ennemis ne manquèrent pas de saisir ce moment. Le chevalier Guillaume Stuart cherchait depuis Jongtemps l’occasion de venger le capitaine Jacques Stuart , son frère, que Gray avait indignement trahi. Il dénonça Gray à l'assemblée des nobles, et il l'accusa publiquement d’avoir contribué, par ses avis et par ses suggestions, à faire perdre la vie à la reine, et d’avoir même entretenu des correspondances avec des princes papistes, dans le dessein de renverser la religion établie dans le royaume. Gray, qui n'était plus soutenu par le roi, sans aucun autre appui, et tourmenté par le témoignage intérieur de sa conscience, se défendit faiblement. Il fut condamné à un bannissement perpétuel, punition bien douce par rapport à l'énormité de ses crimes. Mais le roi ne voulut point livrer à toute la rigueur de la justice un homme qu'il avait élevé à un si haut degré de faveur. Le lord Hamilton, proche parent de Gray, intercéda pour lui, et d’autres nobles qui venaient d’être rappelés de leur exil voulurent lui donner des marques de leur reconnaissance du zèle avec lequel il les avait servis.
Le capitaine Jacques Stuart, après être amsi venu à bout de perdre un de ses ennemis, crut l'occasion favorable pour se défaire de tous les autres. Il attaqua le secrétaire Maitland, également redoutable par l'étendue de ses connaissances, et par l'inimitié implacable qu'il lui avait jurée. Il offrit de prouver que Maitland n'avait pas eu moins de part que Gray à la mort de la reine, et qu'il avait même formé le complot de
} livrer la personne du roi entre les mains des
Anglai dans le pour u faibles : contre | réussir de voir qui joig le pouv.
Il se t dans laq l'ordre mêmes comme] cette oc clergé s sonnes d à cette a ses plus Avant forma un inimitiés la plupar mettaien nuaient contribu:
les noble.
enfantaie aux noble paré l'ex négociati entre eux à se trot d'Holyroc rité, il er autres, € démèlés d duisit en} marchant main son blique un fitures et tous à la s.
nèrent réc de toutes | tante. Le veau, con enfin l’uni toutes les p tisfaction p
ce. Élisabeth que méritait ut d’ailleurs re danger.
qu'à Gray, d'Écosse, et sprit de son à la nation, e, ordinairele leur autole de traître e ambassade n fut à la fin étonnement.
ques prenait ennemis ne nt. Le chevadepuis Jongtaine Jacques indignement e des nobles, ir contribué, ons, à faire même entres princes pàer la religion ii n'était plus tre appui, et térieur de sa it. Il fut conuel, punition rmité de ses livrer à toute ne qu'il avait +, Le lord Hantercéda pour nt d'être rapi donner des u zèle avec le-
près être ainsi ennemis, crut ire de tous les itland, égalee ses connaise qu'il Lui avait aitland n'avait la mort de la
le complot de les mains des
Anglais. Mais le temps et l'absence avaient effacé dans le cœur du roi l'affection qu'il avait eue Pour un favori qui lui avait d'ailleurs rendu de faibles services. Tous les courtisans se réunirent contre leur ennemi commun. Stuart , au lieu de réussir dans son entreprise, eut la mortification de voir donner l'office de chancelier à Maitland, qui joignit à cette dignité tout le crédit et tout le pouvoir d'un premier ministre.
Il se tint cette année une assemblée du clergé,
dans laquelle on vit régner la même haine contre |
l'ordre des évêques, les mêmes Jalousies et les mêmes appréhensions de ses entreprises. Mais comm: le roi était parvenu à sa majorité, et qu'à cette occasion le parlement fut convoqué, le clergé se contenta de nommer quelques personnes de son corps pour représenter ces griefs à cetie auguste assemblée, sur laquelle il fondait ses plus grandes éspérances.
Avant que le parlement s’assemblt, Jacques forma un projet véritablement digne d'un roi. Les inimitiés irréconciliables qui subsistaient entre la plupart des grandes familles, et qui se transmettaient de générations en générations, diminuaient considérablement les forces de l'état, contribuaient plus que tout à entretenir parmi les nobles l'esprit de barbarie et de férocité, et enfantaient des catastrophes également funestes aux nobles et à la patrie. Le roi, après avoir préparé l'exécution de son dessein par quelques négociations, invita tous les nobles qui avaient entre eux de ces sortes de querelles héréditaires, à se trouver à un festin royal dans le palais d'Holyroodhouse. Il parla aux uns avec autorité, il employa les prières auprès de quelques autres, et tous lui promirent d’ensevelir leurs démèlés dans un éternel oubli, De là il les conduisit en procession dans les rues d'Édimbourg, marchant deux à deux, et chacun tenant par la Main son ennemi. Ils trouvèrent à la croix publique une superbe collation composée de confitures et de vins de toute espèce. Ils burent tous à la santé les uns des autres, et ils se donnèrent réciproquement des marques de l'oubli
de toutes les injures et de l'amitié la plus constante. Le peuple, frappé de ce spectacle nouveau, conçut les plus vives espérances de voir enfin l'union et la tranquillité rétablies dans toutes les parties du royaume, et marqua sa satisfaction par des acclamations redoublées. Mal-
| heureusement les suites de cette réconciliation | solennelle ne répondirent ni aux bonnes in- {
| tentions du roi ni aux vœux empressés de la nation.
Les premières délibérations du parlement | eurent pour objet la sûreté de la religion pro- | testante. Toutes les lois passées depuis la ré-
formation, en faveur de cette religion, furent ratifiées. On en fit de nouvelles et de très sévères contre les jésuites et les missionnaires, qui, par leur activité et par leur industrie, faisaient alors beaucoup de prosélytes en Écosse. Deux actes de ce parlement méritent une attention et un détail particuliers par rapport aux événemens auxquels ils donnèrent occasion.
L'un regardait le terres de l'église. Les re-
venus publics n'étaient point suffisans pour défrayer le roi des charges ordinaires. L'administration du gouvernement devenait plus compliquée, et engageait à de plus grandes dépenses. Jacques était naturellement prodigue, et n'avait aucune idée de l'économie. Par toutes ces considérations il était nécessaire de procurer au roi des fonds proportionnés à ses besoins. On ne pouvait pas lever des sommes considérables sur les communes qui n'avaient pas les ressources d'un commerce fort étendu. Les nobles n'étaient point accoutumés à supporter des imjositions trop fertes. Les revenus de l'église étaient la seule source où l’on püt puiser les secours nécesaires, Malgré les déprédations des laïques depuis la réformation, malgré tous les expédiens qu’ils avaient inventés pour s'emparer des biens de l'église, il en restait toujours une portion considérable qui n'avait point été aliénée, et qui était entre les mains des évêques possesseurs des bénéfices, ou bien en celles de quelques laïques à qui on les avait donnés à temps seulement et par forme de gratification. On fit dans ce parlement une loi générale ! qui réunissait toutes ces terres à la couronne, et qui autorisait le roi à en appliquer les revenus à son usage particulier, On en réserva seulement le dixième pour l'entretien de ceux qui desservaient les cures et autres bénéfices à charge d'âmes, et le principal manoir avec quelques arpens de terre leur furent assignés par forme de glbe 2, pour établir le
! Parl., Il, Jacq. VI, C. 29 — ? On appelle ainsi en Angleterre le terrain qui dépend d'une cure,
lieu de leur résidence. if serait naturel de penser qu’un accroissement de possessions aussi Considérable devait étendre infiniment la puissance et l'autorité du roi, et resserrer dans la même proportion le crédit et les influences des nobles. Cependant on vit ce nouvel arrangement produire des effets bien différens. Presque toutes les donations de biens d'église antérieures à cette loi y furent confirmées ; et des titres qui étaient auparavant regardés comme précaires, furent revêtus de l'autorité du parlement, et prirent force de loi. Le roi fut aussi autorisé à faire, pendant un certain temps limité, de nouvelles aliénations. Mais Jacques était, d'un caractère facile, toujours prêt à céder aux importunités de. ses serviteurs, et à leur accorder les demandes les plus extravagantes. Il ne cessa de distribuer aux nobles des concessions de cette espèce non-seulement dans le temps qui lui était prescrit, mais même pendant tout le cours de son règne, et le parlement était continuellement occupé à ratifier ces nouveaux dons. La couronne retira ainsi fort peu d'avantages de ce qui devait en apparence faire une augmentation considérable à ses revenus. Toute la rigueur de cette loi tomba sur l’ordre des évêques. Mais dans ces conjonctures, le roi et ses ministres ne s'embarrassèrent pas beaucoup de ménager des gens odieux au peuple et persécutés par le clergé. Leurs ennemis favorisèrent cette loi et s'employérent avec chaleur pour la faire passer. L'espérance de partager de si riches dépouilles entraîna le consentement de tous les partis; et après avoir franchi un pas aussi décisif, et qui renversait les possessions et l'autorité du haut clergé, il ne fut pas difficile d'introduire les changemens qu'on vit arriver bientôt après dans le gouvernement de l'église.
Les changemens occasionés dans le gouvernement civil par l’autre statut ne furent pas moins remarquables. Suivant le système féodal, chaque libre-tenancier ou vassal de la couronne avait le droit d'assister en personne au parle ment, Ces libres-tenanciers étaient anciennement en petit nombre, mais ils avaient des possessions fort étendues. Par succession de temps, ces vastes possessions furent divisées ou par des partages de famille entre les propriétaires, ou par l'autorité du prince, ou par d'autres accidens, Le nombre des vassaux augmenta, et leurs
facultés diminuèrent et devinrent inégales. Les anciens barons conservèrent à la vérité leur puissance et leurs biens saus aucune altération; mais il s'éleva un autre ordre de barons, égaux pour les droits, mais bien inférieurs pour les richesses et pour le pouvoir. Dans ces siècles grossiers où l'art de gouverner était encore très imparfait, où les parlemens s'assemblaient rarement, et ordinairement pour délibérer sur des affaires peu intéressantes pour un peuple guerrier, les petits barons allaient rarement y prendre leurs séances, et la juridiction parlementaire était entièrement exercée par les grands barons, conjointement avec l'ordre ecclésiastique. Jacques If", passionné d'imiter les méthodes du gouvernement anglais, auquel il avait été pendant longtemps accoutumé, et occupé à contre-balancer le pouvoir de la haute noblesse, avait fait passer, en l’année 1427, un acte qui dispensait les petits barons de l'assistance personnelle au parlement, et qui les autorisait dans chaque comté à choisir deux commissaires pour les y représenter. Cette loi, ainsi que plusieurs autres réglemens de ce sage prince, ne produisit pas un grand effet. Tous les vassaux du roi continuèrent comme auparavant à jouir du droit d'être présens en personne au parlement; et excepté dans quelques conjonctures extraordinaires, il n'était fréquenté que par les grands barons. La réformation apporta un changement considérable dans la constitution de l'état. Le pouvoir aristocratique des nobles reçut un grand accroissement, et on vit diminuer à proportion le pouvoir de l'ordre ecclésiastique que la couronne avait employé jusqu'alors pour réprimer les usurpations des nobles et pour contre-balancer leur autorité. La plupart des abbayes et des prieurés étaient devenus des pairies séculières; et les évêques protestans , tombés dans l'indigence et devenus odieux à la nation, étaient bien éloignés d’avoir le crédit que leurs prédécesseurs tiraient de leurs richesses immenses et de la superstitieuse vénération des peuples. Dans ces conjonctures le roi eut recours à ce même expédient qui avait été employé par Jacques I", et il obtint une loi qui faisait revivre le statut de 1427. Les communes d'Écosse ont toujours depuis envoyé leurs représentans au parlement. Plusieurs nobles crurent devoir s'opposer à un acte qui tendait si visiblement à diminuer leur autorité. Mais
comme | barons € craiguar multitud donnère:
une loi q paraitre La sit mencem grands € prenante tendent quelques merveille deux pri faire ape qu'on tot lente. En prochain conduite par aucui son géni obstacles tant, pe saient jué dit du tré était ind:
rival dan prévu. Er née, le d capitale, traité qui royauté ; duc fut in du roi. Li scènes en puis trois ses domai de ses pa:
les plus {yr telle qu'o l'Océan, él et une art s'y embar formidabl cret, mais tances don serait por nait depu aux provin
inégales. Les rité leur puislération ; mais , Égaux pour r les richesses s grossiers où rès imparfait, rarement, et " des affaires » guerrier, les prendre leurs taire était enarons, conjoin- . Jacques I°', du gouvernependant longtre-balancer le ait fait passer, nsait les petits au parlement, omté à choisir résenter. Cette glemens de ce à grand effet.
axtrent comme re présens en té dans quels, il n'était frés. La réformasidérable dans voir aristocraaccroissement le pouvoir de onne avait emles usurpations r leur autorité, rieurés étaient et les évêques nce et devenus loignés d’avoir rs tiraient de \ superstitieuse :s conjenctures dient qui avait lobtint une loi [427. Les comis envoyé leurs usieurs nobles cte qui tendait autorité. Mais
RTE
comme le roi avait le droit de sommer les petits barons d'assister en personne, d'autres nobles craignant de voir la chambre remplie d'une multitude de personnes dépendantes du roi, donnèrent plus volontiers leur consentement à une loi qui réduisait les petits barons à ne comparaitre que par leurs représentans.
La situation des affaires de l'Europe au commencement de l’année 1588 annonçait les plus grands événemens, les révolutions les plus surprenantes. Les historiens contemporains prétendent même qu’ils avaient été prédits par quelques astrologues. Mais sans donner dans le merveilleux , un coup d'œil sur l'état actuel des deux principaux royaumes de l’Europe pouvait faire apercevoir à tout observateur pénétrant qu'on touchait au moment de quelque crise violente. En France tout menaçait d’une révolution prochaine. Les progrès étonnans de la ligue, conduite par un chefambitieux qui n’était arrêté par aucun scrupule, et qui, par la supériorité de son génie, avait jusqu'alors surmonté tous les obstacles ; d’un autre côté un roi timide, inconstant, peu versé dans l’art de la politique, faisaient juger qu’il fallait ou qu'Henri IT descendit du trône et se démit d’une couronne dont il était indigne, ou qu'il tranchât les jours d’un rival dangereux par quelque coup hardi et imprévu. En effet , au commencemeni de cette année, le duc de Guise chassa son maître de la capitale, le força à faire la paix et à signer un traité qui ne laissait à Henri que l'ombre de la royauté ; mais avant que l’année fût expirée, le duc fut immolé aux justes craintes et à la sûreté du roi. Le théâtre de l'Espagne annonçait des scènes encore plus extraordinaires. Philippe depuis trois ans employait toute la puissance de ses domaines en Europe, épuisait tous les trésors de ses pays dans le Nouveau-Monde, pour faire les plus grands préparatifs de guerre. Une flotte, telle qu'on n'en avait jamais vu de pareille sur l'Océan, était prête à sortir du port de Lisbonne, et une armée nombreuse était rassemblée pour s'y embarquer. La destination de cet armement formidable était tenue dans le plus profond secret, mais Le concours d’une infinité de circonstances donnait lieu de croire que le premier coup serait porté contre l'Angleterre. Élisabeth donnait depuis long-temps en secret des secours aux provinces rebelles des Pays-Bas, et elle leur
accordaîit alors ouvertement sa protection. Elle leur avait envoyé un gros corps de troupes ; elle leur avait donné le comte de Leicester pour commander leurs armées ; elle avait la plus grande influence dans le gouvernement civil de la république, qui lui avait remis ses principales forteresses. Les flottes d'Élisabeth avaient insulté les côtes d'Espagne, avaient intercepté les galions des Indes occidentales, et elles en avaient menacé les colonies. Philippe, irrité par tant
: d'injures, attiré par des vues d’ambition, animé
par le zèle superstitieux de la Propagation de la foi romaine, entreprit non-seulement d’envahir l'Angleterre, mais même de conquérir ce royaume auquel il prétendait avoir un double droit, tant comme descendant de la maison de Lancastre qu’en vertu de la donation du pape Pie V.
Élisabeth aperçut sans s'émouvoir les approches du danger , et elle fit avec un courage intrépide tous les préparatifs nécessaires pour le repousser. Elle délibéra sur les mesures convenables pour mettre le royaume en état de défense, et elie les suivit avec cette sagesse et celle vigueur qui, pendant tout le cours de son règne, ont caractérisé son administration, Son premier soin fut de s'assurer de l'amitié du roi d'Écosse. Elle avait traité sa mére avec une rigueur inouïe entre des princes; elle Ini avait montré souvent de la dureté et même du mépris. Jacques avait jusqu'alors, par prudence, étouffé tous ses ressentimens, mais Élisabeth pouvait croire qu'ils n'étaient pas entièrement éteints. Si dans ces conjonctures ils venaient à se rallumer , ils pouvaient éclater avec plus de violence, et porter à la reine un coup fatal. Philippe, qi apercevait combien une alliance avec l'Écosse lui serait avantageuse, et les facilités qu’elle lui donnerait pour son entreprise, recherchait avec beaucoup de soin l'amitié du roi d'Écosse I l'exhortait à venger les malheurs de sa mère, il le fattait de l'espérance de partager avec lui ses conquêtes, et il lui offrait l'infante Isabelle, sa fille, en mariage. Dans leinème temps l'Écosse était inondée de prêtres émissaires de l'Espagne, qui convertirent quelques nobles au papisme , et qui en corrompirent d'autres par des promesses et par des présens. FHuntly, Errol, Crawford, furent les chefs d’une faction qui se déclara ouvertement ponr l'Espagne, Le lord
Maxwell, arrivant de la cour de Madrid , commença àrassembler ses vassaux, et prit les armes pour se tenir prêt à joindre les Espagnols à leur descente. Élisabeth, pour contre-balancer ces menées , faisait au roi d'Écosse les plus grandes protestations d'amitié. Ashby, ambassadeur anglais , entretenait Jacques des plus magnifiques promesses, des plus belles espérances. Il l’assurait que son droit à la couronne d'Angleterre serait publiquement reconnu dans ce royaume; qu'il serait fait duc en Angleterre; qu'on lui donnerait quelque part dans l'administration du gouvernement , et qu’il recevrait tous les ans une somme considérable par forme de pension.
Jacques, selon toutes les apparences, connaissait trop bien le caractère d'Élisabeth pour avoir une entière confiance en ses promesses; mais il connut ses propres intérêts, et il agit en conséquence avec beaucoup de fermeté. Il vit le danger de l'alliance avec l'Espagne, et il la rejeta, I refusa de donner audience à un nonce du pape. Il fit arrêter le colonel Semple, agent du prince de Parme. Il chassa du royaume plusieurs prêtres qui y faisaient le commerce. Il marcha précipitamment à Dumfries, il dispersa les vassaux de Maxwel, et il le prit lui-mêmeprisonaier. Il déclara dans une assemblée extraordinaire des nobles, la résolution où il était de maintenir inviolablement la ligue avec l'Angleterre, et sans écouter les désirs de vengeance qu'on voulait lui suggérer, il se détermina à agir de concert avec Élisabeth contre l'ennemi commun de la religion protestante. Il mit le royaume en état de défense, et il leva des troupes pour s'opposer à la descente des Espagnols t. ILoffrit d'envoyer une armée au secours d'Élisabeth, et il dit à l'ambassadeur d'Angleterre qu'il n'attendait aucune autre faveur du roi d'Espagne que celle que Polyphème accorda à Ulysse , de le manger le dernier lorsqu'il aurait dévoré ses compagnons.
Le zèle du peuple en cette occasion ne fut pas moins ardent que celui du roi. On était menacé d'un danger très éminent, on chercha des moyens extraordinaires pour le prévenir et pour assurer la tranquillité, On forma une ligue pour le maintien de la véritable religion, pour la défense de la personne du roi et du gouvernement,
* Camd., 544. Johnst 139. Spotsw., 369.
et pour s'opposer à tous les ennemis étrangers et domestiques. L'acte d'association contenait une profession de foi de la religion protestante, une abjuration particulière des erreurs du papisme, et les promesses les plus solennelles, au nom et avec la grâce de Dieu, d'employer les derniers efforts pour soutenir la religion réformée, et pour combattre la religion romaine 1, Le roi, les nobles, le clergé et le peuple, signèrent cette association avec le plus grand empressement. Une confédération de cette vspèce pourrait aujourd'hui paraître une chose rarc et singulière. Mais alors plusieurs circonstances contribuaient à la rendre recommanda-
ble, et ces sortes d'idées étaient d’ailleurs fami-
lières aux Écossais. Les Israélites , dans des cas extraordinaires, lorsque la nation était menacée de quelques grands dangers, se liguaient entre eux par une confédération solennelle pour le soutien de cette religion qu'ils tenaient immédiatement du Tout - Pvissant. Les Écossais faisaient gloire de suivre un usage qu'ilsregardaient comme consacré par l'exemple du peuple de Dieu. De plus , dans ce siècle, on ne formait en Écosse aucune entreprise considérable sans faire une ligue de défense mutuelle, que tous les intéressés regardaient comme nécessaire pour leur sûreté. La forme de ces confédérations , pour le fait de la religion, était modelée entièrement sur celles qui avaient pour objet des intérêts politiques, et dont on avait une infinité d’exemples. Les articles, les stipulations, le style même, étaient, dans les unes et dans les autres, exactement semblables. Presque tous les princes papistes les plus puissans s'étaient ligués pour extirper la religion réformée : rien n’était plus naturel, rien ne paraissait plus efficace qu’une contre-association pour arrêter les progrès de cette formidable conspiration. Telle fut l'origine de ce fameux Covenant, si célèbre dans l'histoire. Il fut renouvelé en différens temps sous le règne de Jacques 2. On le fit revivre avec beaucoup de solennité en l’année 1638, mais avec des changemens considérables, but adopté par les Anglais en 1643, et soutenu dans les deux royaumes par les autorités civile et ecelésiastique. Quant aux vues politiques auxquelles
? Dunlop's Collect, of Confess., vol, Il, 108, * Cald., IV, 129.
on le fit res aux pour ac trepren:
Mais je premier circonst qu'il éta et qu’il :
la défen nation.
conçu 1 alarmés invasion ropelep Le dé:
conquéri moins to saires po importar mois d'a qu'à lam jours le du princ qué dan:
hollandai rent une tinuelles concourir déconcer!
veiller av de la reli Bretagne cette flott ment len des mers € dre la rou l'Irlande. ] frage sur étaient inc més , pou gnols et le et d'y cor reçut avec furent jet tous les se il leur per Après !
envoya ul le féliciter
nis étrangers on contenait | protestante, rreurs du palennelles , au employer les eligion réforon romaine !, e peuple, si- > plus grand | de cette esre une chose ieurs circonsrecommandaailleurs fami- , dans des cas était menacée guaient entre nelle pour le naient imméà Écossais fai- Isregardaient lu peuple de ne formait en ible sans faire ie tous les inaire pour leur ions , pour le > entièrement des intérêts finité d’exemns, le style ins les autres, us les princes t ligués pour n n'était plus ficace qu’une 's progrès de le fut l'origine re dans l'his- S temps sous revivre avec 1638, mais s. Hfat adopté enu dans les ivile et ecclées auxquelles
onle fit servir, aux mesures violentes etsicontraires aux constitutions qui furent alors employées pour accréditer et fortifier ce Covenant, je n'en treprendrai point d'en porter mon jugement.
Mais je crois pouvoir prononcer que lors de son premier établissement, il était justifié par les circonstances, que ce procédé était louable, qu'il était fondé sur les règles de la prudence, et qu’il n’y avait point de voie plus assurée pour la défense de la religion et des priviléges de la
nation. Au reste les termes dans lesquels il fut
conçu n'étaient que les expressions des gens alarmés à la vue du papisme, et menacés d’une invasion prochaine de la part du prince de l'Europe le plus puissant et le plus superstitieux.
Le désir ardent que Philippe avait conçu de conquérir l’Angleterre ne lui donna pas néanmoins toute la vigueur et toute l’activité nécessaires pour assurer le succès de cette entreprise importante. Sa flotte, qui devait être sortie au mois d'avril, n’entra dans le canal de la Manche qu'à la mi-juillet. Elle louvoya pendant plusieurs jours le long des côtes, en attendant la jonction du prince de Parme, qui, de son côté, était bloqué dans les ports de Flandre par une escadre hollandaise. Cependant les Espagnols éprouvèrent une suite de désastres; des tempêtes continuelles , des combats malheureux parurent concourir avec leur mauvaise conduite pour déconcerter leur entreprise. La Providence parut
veiller avec un soin particulier à la conservation !
de la religion protestante et de la liberté de la Bretagne. La valeur anglaise dispersaet détruisit cette flotte à laquelle on avait donné insolemment le mom d'’invincible. Les ennemis , Chassés des mers d'Angleterre, furent obligés de reprendre la route d'Espagne, en tournant l'Écosse et l'Irlande. Plusieurs de leurs vaisseaux firent naufrage sur ces côtes dangereuses, et qui leur étaient inconnues. Jacques tenait ses sujets armés , pour observer les mouvemens des Espagnols et les empêcher de prendre terre en Écosse et d'y commettre des hostilités. Cependant il reçut avec humanité sept cents Espagnols qui y furent jetés par la tempête; il leur fit donner tous les secours qui leur étaient nécessaires, el il leur permit de s’en retourner dans leur pays.
Après la retraite des Espagnols, Élisabeth envoya un ambassadeur au roi d'Écosse pour le féliciter et le complimenter sur la grandeur
d'âme et la fermeté dont il avait donné des preuves dans des conjonctures aussi dangereuses; inais il ne fut fait aucune mention des promesses d’Ashby. Ce ministre fut même accusé d’avoir excédé ses pouvoirs en faisant des offres aussi étendues ; et soit qu’il se senttt coupable, soit qu’il ne pût soutenir la honte d'être dé. savoué par sa cour, il partit précipitamment d'Écosse et sans prendre congé 1,
Philippe, cunvaineu par une fatale expérience que le projet qu'il avait formé de conquérir l'Angleterre par mer était une entreprise téméraire, et qu’une flotte équipée à une si grande distance était, dans toutesses opérations, sujette à des délais, à une infinité de périls, à l’inconstance des flots et des vents, résolut de former un autre plan d'attaque, et de suivre celui que les princes lorrains avaient tracé depuis si longtemps, d'envahir l'Angleterre par l'Écosse. Il imagina qu'un corps de ses troupes pouvait facilement être transporté en Écosse par les Pays-Bas , et que s'il pouvait mettre le pied dans ce royaume et s'y procurer quelque secours, il trouverait les frontières de l'Angleterre ouvertes et sans défense , et qu’un grand nombre de cetholiques romains , habitant les comtés du nord, l'y recevraient à bras ouverts , pendant qu'on menacerait d'une descente sur les côtes méridionales de l'Angleterre , pour diviser les forces de ce royaume, pour mettre le trouble dans ses conseils, et pour jeter cet état dans de terribles convulsions. Pour préparer les voies et faire toutes les dispositions nécessaires à l'exécution de ce dessein, il fit remettre une somme d'argent considérable à Bruce, prêtre d'un séminaired’Écosse,etillechargea, conjointement avec Hay, Creighton et Tyrie, jésuites écossais , de gagner et de mettre dans ses intérêts le plus de personnes de distinction qu'il leur serait possible, Le zèle outré pour le papisme, et les insinuations artificieuses de ces émissaires , entreinérent plusieurs nobles dans le parti de l'Espagne, et les engagèrent à favoriser des mesures qui tendaient si visiblement à la destruction de leur pays. Huntly , à qui le roi venait de faire épouser la fille du duc de Lennox, son favori ; persévérait néanmoins dans son zèle ardent pour la religion romaine. Crawford et Errol avaient
1 Johnst., 134. Camd., 348.
la ferveur des nouveaux convertis. Ils entrèrent tous en correspondance avec le princede Parme, et daus les lettres.qu'ils lui écrivaient, ils offraient leurs services au roi d'Espagne ; ils s'engageaient à le rendre maître de l'Écosse, moyennant un secours de six mille hommes, et à faire armer leurs vassaux.en assez grand nombre pour le mettre en état d'entrer en Angleterre avec unearméenombreuse. François Stuart, petit-fils de Jacques V, et que le roi avait créé comte de Bothwell, sans être poussé par aucun motif de religion, et étant au contraire toujours fortement attaché à la communion protestante , fut entrainé dans le complot, et s'engagea dans cette correspondance criminelle par un pur caprice et par ses inquiétudes naturelles.
Toutes les lettres des conjurés furent interceptées en Angleterre. Élisabeth, alarmée du danger qui menaçait son royaume , envoya aussitôt faire des reproches au roi d'Écosse de la douceur avec laquelle il traitait le parti papiste, et elle l'exhorta à employer la sévérité convenable pour réprimer cette formidable conspiration. Jacques était fermement attaché à la religion protestante, il était mème versé dans les matières de controverse, il avait étudié à fond les points qui divisent les réformés d'avec l'église de Rome; dans les premiers temps de sa jeunesse, il avait composé un ouvrage sur les révélations, où il s'était attaché à prouver que ie pape était l'antechrist. Mais pour ce qui concernait le traitement des catholiques romains en Ecosse , ce prince avait dès lors adopté des maximes auxquelles il resta attaché pendant tout le cours de sa vie. Les catholiques romains formaient alors en Angleterre un parti puissant et toujours en action; ils n'étaient guère moins formidables en Écosse. Le pape et le roi d'Espagne étaient toujours disposés à prendre part à leurs intrigues, et à seconder les efforts de leur zèle fanatique. Si un corps aussi puissant venait à traverser les prétentions de Jacques à la couronne d'Angleterre, cette opposition, jointe àl'aversion naturelle des Anglais pour toute domination etrangère , pouvait jeter le roi dans de grands embarras. Pour les prévenir, Jacques jugeait
qu'il était plus à propos d'adoucir les catholiques |
romains que de les irriter; et il espérait de les réconcilier avec l'idée de son avénement au trône d'Angleterre , en leur faisant envisager les
espérances d'être traités avec plus d'humanité,
et d'obtenir quelque adoucissement aux lois pé-
nales qui s'exerçaient alors contre eux avec tant
de rigueur, Ce projet de gagner un parti par
des promesses et par des actes de clémence,
pendant qu'il adhérait avec tout l'entètement
d’un controversiste aux dogmes et aux opinions de l'autre parti, donnait à la conduite du roi sur ce point, un air de mystère et même une apparence de contradiction. Les papistes , dans cette confiance que le désir d'envahir l'autorité peut inspirer à une secte ambitieuse , croyaient déjà que le roi dans le cœur leur était tout dévoué. Les protestans, livrés aux craintes naturelles à ceux qui sont en possession, regardaient tous les actes de clémence du roi envers les catholiques romains, comme autant de marques d'indifférence pour le parti protestant, et même comme des symptômes d'apostasie. Jacques, pour se rendre agréable aux uns et aux autres, se livrait souvent à cette dissimulation qu'il regardait comme une partie essentielle de l’art de régner.
La conduite du roi d'Écosse fut dans cette occasion entièrement conforme à ces maximes générales qu'il avait adoptées. Malgré les sollicitations de la reine d'Angleterre, soutenues par les vives remontrances du clergé écossais, Huntly et ses associés en furent quittes pour garder prison pendant un temps très court. Le roi ne leur imposa pas d'autre punition : mais il eut bientôt sujet de se repentir de cet acte de clémence incompatible avec la dignité du gouver nement. Le premier usage que les conjurés firent de leur liberté fut de rassembler leurs vassaux, de publier qu’ils voulaient éloigner des conseils de Jacques et de sa présence le chancelier Maitland, ministre habile, mais partisan zélé des intérêts de l'Angleterre. Sous ce prétexte, leur dessein était de se saisir de la personne du roi, Ce projet audacieux fut déconcerté , tant par la vigilance de Maitland que par la mauvaise conduite des conjurés. Forcés de se retirer dans les parties du nord, ils y levèrent ouvertement l'étendard de la rébellion. Mais comme le gouvernement du roi était assez populaire et que ses ministres ne s'étaient point rendus odieux, les vassaux des conjurés furent long-temps à se rassembler, et montrèrent assez d'indifférence pour cette entreprise. Le roi marcha contre eux ei
personne la hâte. | bre, mai les suiva strent d jeter aux ricorde, ( à Errol, :
prouver | de trahis qu'on pr après les:
mois , il fêtes et d ches de s Jacque gne des ; rance der et d'Écose avec lui ; du trône, considéra ment atte ment par tait avec u fait quelqu aînée de | Élisabeth, l’avéneme:
d’Angleter cherchait à qu’elle ava reine Marie pour empè ministres 6 par des pr d'Élisabeth d'Écosse er voirs si lim mandes sie Pas croire q rieuse , et « de l’amuser duc de Bni déconcerter aux manœt ses vŒux à Frédéric. É]
*Spotsw., :
d'humanité, aux lois péux avec tant in parti par le clémence, l'entètement aux opinions ite du roi sur ne une appa- ‘s, dans cette autorité peut ‘oyaient déjà tout dévoué.
s naturelles à laient tousles s catholiques ues d’indiffémême comme ques, pour se autres, se lin qu'il regarle de l’art de
dans cette ocs maximes gé- ‘é les sollicitatenues par les ssais, Huntly pour garder wt. Le roi ne +: mais il eut t acte de clé té du gouverconjurés firent leurs vassaux, er des conseils le chancelier partisan zélé s ce prétexte, a personne du oncerté , tant ar la mauvaise se retirer dans t ouvertement omme le goulaire et que ses us odieux , les temps à se raslifférence pour contre eux ei
personne avec les forces qu'il put rassembler à la hâte. Les conjurés, bien supérieurs en nombre, mais peu assurés de la fidélité de ceux qui les suivaient, n’osèrent risquer la bataille , laissèrent disperser leurs troupes, et vinrent se jeter aux pieds du roi, et se remettre à sa miséricorde. On fit publiquement le procès à Huntly, à Errol, à Crawford et à Bothwell. 1 fut aisé de prouver qu'ils étaient coupables d'actes répétés de trahison. Cependant le roi ne permit point qu'on prononçât.contre eux aucune sentence, et après les avoir tenus en prison pendant quelques mois , il leur rendit la liberté à l’occasion des fêtes et des réjouissances qui se firent aux approches de son mariage t, Jacques était le seul descendant en droite ligne des anciens monarques d'Écosse : l'espérance de réunir les deux couronnes d'Angleterre et d'Écosse était fondée sur lui seul, et mourait avec lui ; le comte d’Arran, héritier présomptif du trône, était en démence : par toutes ces considérations, le mariage du roi était un événement attendu avec impatience et désiré ardemment par la nation, Le roi lui-même le souhaitait avec un égal empressement ; et il avait déjà fait quelques ouvertures pour demander la fille aînée de Frédéric IL, roi de Danemark; mais Élisabeth, jalouse de tout ce qui pouvait rendre l'avénement de la maison de Stuart au trône d'Angleterre plus agréable à la nation anglaise, cherchait à traverser les desseins de Jacques, ainsi qu’elle avait fait en pareil cas par rapport à la reine Marie, etemployait toutes sortes d'artifices pour empêcher ou retarder le mariage duroi, Les ministres de Jacques, gagnés par des présens et par des promesses, secondaient les intentions d’Élisabeth, et plusieurs ambassadeurs, envoyés d'Écosse en Danemark, avaient montré des pouvoirs si limités, ou bien avait insisté sur des demandes siextravagantes, que Frédéric ne pouvait pas croire que la demande du roi d'Écosse fût sérieuse , et que, SOupÇonnant qu'on avait dessein de l’amuser où de le tromper, il donna sa fille au duc de Brunswick. Jacques ne se laissa point déconcerter par ce mauvais succès qu'il attribuait aux manœuvres de ses ministres, et il adressa ses vœux à la princesse Anne, seconde fille de Frédéric. Élisabeth essaya de détourner Jacques
*Spotsw., 373. Cald., IV, 103.
de ce mariage, en lui proposant Catherine, | Sœur du roi de Navarre, comme un parti bien | Plus avantageux : elle gagna même le conseil | privé d'Écosse, qui se déclara contre l'alliance avec le Danemark; mais le roi persista dans son choix, et, désespérant de vaincre l’opiniatreté de ses ministres en aucune autre manière, il encouragea secrètement les citoyens d'Édimbourg à prendre les armes. Ils menacèrent de mettre en pièces le chancelier, qu'ils aceusaient d'être celui qui jusqu'alors avait , par ses artifices , déconcerté les mesures du roi et les espérances des peuples. Le grand-maréchal fut ensuite envoyé en Danemark, à la tête d’une pompeuse ambassade, et muni de pouvoirs et d'instructions très amples, écrits de la propre main du roi. Les articles du mariage furent bientôt arrêtés, et la jeune reine fit voile pour l'Écosse. Jacques fit de grands préparatifs pour la recevoir, et attendait son arrivée avec toute l'impatience que peu donner l'amour, lorsqu'il reçut la fâcheuse nouvelle qu'une tempête violente avait poussé sa flotte sur les côtes de Norwége, et qu'elle était tellement délabrée, qu'il y avait peu d’apparence qu’elle pût se mettre en mer avant le printemps. Le roi fut vivement touché de ce contre-temps imprévu. Il fit aussitôt équiper quelques vaisseaux , el Sans rien communiquer de ses intentions à ceux de son conseil, il s'embarqua , ac- Compagné du chancelier, de quelques nobles , et d’une suite de trois cents personnes, pour aller lui-même chercher la princesse son épouse. } arriva heureusement au petit port près d'Opsot, où la nouvelle reine était alors, et le mariage y fut célébré. Comme il aurait été imprudent de se fier pendant l'hiver à ces mers orageuses, Jacques accepta l'invitation de la cour de Danemark, et se rendit à Copenhague, où il passa quelques mois au milieu des fêtes et des divertissemens continuels auxquels il prit, ainsi que la reine, un plaisir singulier ?,
Cette saillie imprévue de Jacques est un des événemens de son règue qui paraît le plus opposé à son caractère, Charles [, son fils, princenéavec un cœur tendre, avec du goût et de.la délicatesse,
? Ville de la Norwége » appelée aussi Anslo, Ansloye et Christiana : ce dernier nom lui a été donné lorsque après un incendie , elle fut rebâtie ‘en 1614 par Christian IV, roi de Danemark.
* Melv., 352. Spotsw., 377.
était capable de cette excessive admiration , de cetempurtement pour le beau sexe. Jacques, qui avait toujours marqué beaucoup de mépris pour les femmes , né sans goût, sans politesse, et livré entièrement à ure érudition pédantesque , ne paraissait point capable de ce raffinement de galanterie; mais il fut piqué des obstacles qu'il rencontra dans l'exécution de son projet. Il était principalement occupé des avantages politiques qu'il comptait retirer de ce mariage. Il pensa qu'un délai pourrait fournir à ses ministres et à la reine d'Angleterre l'occasion de tramer de nouvelles intrigues; il prit tout d’un coup la résolution de les prévenir, en entrepre-
nant un voyage qui, dans son idée, ne devait être que de quelques semaines. La nation applaudit à sa conduite, et parut charmée d’apercevoir dans un jeune prince ces apparences d'un transport amoureux. Pendant une absence prolongée bien au-dela du terme qu'il s'était proposé , les nobles, le clergé et le peuple se disputèrent à l'envi à qui lui donnerait le plus de marques de fidélité et d'obéissance ; cette époque du règne de Jacques fut plus remarquable qu'aucune autre pour la tranquillité. On ne vit point alors dans le royaume ces troubles, ces factions , ces soulèvemens subits dont il fut tant de fois agité.