‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 27 sur 155 · EN · texte numérisé non relu

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dangereuse !. Les ambassadeurs avaient ordre, | dans leurs instructions , de parler dans ce cas-là | sur un autre ton. Melvil s'acquitta de sa commission, et avec fidélité; mais Gray, avec sa perfidie ordinaire, trompa son maitre qui lui avait confié une négociation de cette importance, et trahit la reine, qu'il était chargé de sauver. Il fut le premier à encourager Élisabeth et à la presser de faire exécuter la sentence prononcée contre sa rivale, et il lui répétait souvent : «Les morts ne peuvent point mordre.»

Il se chargea d’ailleurs, à tout hasard, d'apaiser la colère du roi, ou tout au moins d’empêcher les suites facheuses de son ressentiment ?. Cependant on voyait Élisabeth dans un trou:

ble et une agitation extraordinaires : accablée de chagrin , tourmentée des plus violentes inquiétudes, elle fuyait le monde ; elle aimait à être seule, et on la trouvait souvent plongée dans la mélancolie, dans la plus profonde méditation, et répétant avec emphase ces sentences dictées par les mœurs de ce siècle: Aut fer autferi; ne feriare, feri. On ne peut pas douter que cet état violent ne fût en partie joué par lareine. Maisil est vrai aussi qu'une princesse aussi prudente qu'Élisabeth ne devait pas, sans de mûres réflexions, sans de longues délibérations , hasarder une démarche de cette importance qui pouvait déshonorer sa mémoire et mettre en danger sa propre vie et son royaume. Tous les esprits étaient en suspens : le peuple attendait avec impatience et inquiétude la résolution de la reine. Au lieu d’apaiser leurs craintes et de modérer leur zële, on faisait à dessein courir des bruits qui exagéraient le danger , et on les répandait avec art. Aubespine, ambassadeur de France, fut accusé d'avoir suborné un assassin pour tuer la reine. La flotte d'Espagne était, disait-on , déjà arrivée à Milford-Haven. Quelques-uns assuraient que le duc de Guise avait pris terre à Sussex avec une armée formidable, Un jour on venait d'ap-

1 La reine, qui entendait la langue latine, répondit: |

Quod uelinquens in dlieno territorio, et ibi repertus, punilur in loco deliti; null Labité ratione dignitatis, honoris, aul privilegü. Lorsque quelqu'un a commis un crime dans un pays où il n’est pas domicilié, il est puni dans le lieu du délit, sans qu'on soit retenu par sa dignité, sa préémirrence ou 60 privilège.

3 Spot., 352. Murdin, 568, 4ppen , n° XLVIHL

5 Frappe, ou sois frappée; de peur d'être frappée, frappe.

prendre que les comtés du nord étaient en armes. Le lendemain les Écossais étaient entrés.en Angleterre avec toutes leurs forces, et on se disait à l'oreille qu'il y avait une conspiration projetée pour se saisir de la personne de la reine, et mettre le feu à la ville de Londres. La terreur panique gagnait de jour en jour, et s'emparait de tous les «sprits. Le peuple, saisi d’effroi, transporté de rage, demandait hautement l'exécution de la sentence rendue contre Marie, comme le seul moyen de rétablir la tranquillité dans le royaume.

Ce moment de fermentation parmi le peuple anglais parut à la reine l'occasion la plus favo-

| rable pour frapper sûrement le coup qu'elle mé-

ditait depuis si long-temps. Elle envoie chercher Davison, un des secrétaires d'état. Elle se fait apporter l'ordre fatal, et on apercevait aisément dans tout son maintien que si elle avait jusqu'alors différé de le signer, ces délais n'étaient fondés sur aucun sentiment d'humanité. À l’'instant même qu'elle mettait son nom au bas de cet écrit qui mettait sous la main du bourreau une femme, une reine, sa parente la plus proche, elle avait l'âme tranquille, et l'esprit assez présent pour faire une froide plaisanterie : « Va, «dit-elle à Davison; dis à Walsingham ce que je «viens de faire : mais je crains qu’il ne meure «de douleur en apprenant cette triste nouvelle.» Le princigal objet de ses attentions et de ses in- | quiétudes était de s'assurer les avantages qu'elle prétendait tirer de la mort de Marie, et d'éviter en même temps le reproche d'avoir consenti à une action aussi déshonorante. Elle avait mème | souvent donné à entendre à Paulet, à Drury et à quelques autres personnes de sa cour, que le moment était venu de lui donner des preuves réélles de leur zèle et du véritable intérêt qu'il prenaient à sa conservation , et qu'elle attendait deleur affection qu’ils la tireraient de l'embarrai où élle se trouvait; mais ils avaient toujours eu | assez de sagesse et de prudence pour feindre de | ne point apercevoir les intentions de la reine. | Après avoir signé l'écrit fatal, elle ordonna qu'on écrivit à Paulet en des termes moins ambigus; qu'un lui fit des reproches de sa né- | gligence, et de ce qu'il épargnait depuis si | long-temps la vie de l'ennemie capitale de la reine; et qu'on lui déclarât que, comme sujet affectionné, il devait délivrer sa souveraine des

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[1584] appréhensions et des dangers continuels où elle se trouvait, en abrégeant les jours de sa prisonnière. Paulet était un homme dur, austère, et qui allait même jusqu'à la brutalité dans Jes choses qu'il croyait être de son devoir comme gardien de Marie ; mais il avait de l'honneur et de la probité. T1 rejeta Ja proposition avec dédain, et il se plaignit hautement de ce qu'on le croyait capable de jouer le rôle d'assassin, 11 dé- Clara que sa vie était entre les mains de la reine, que sa majesté pouvait en disposer suivant son bon plaisir, mais que jamais il ne ferait rien contre son honneur, et qu'il ne laisserait point sur sa postérité une marque éternelle d'infamie en prétant sa main pour commettre un crime

aussi atroce. Élisabeth fut très irritée de cette réponse. Cet homme, dit-elle, est bien délicat , bien scrupuleux : il promet beaucoup, mais il mollit lorsqu'il s’agit de l'exécution. Elle proposa la tommission à un nommé Wingfeld, homme courageux et Capable de faire le coup f, Mais Davison ayant représenté à la reine que cette voie n'était pas moins dangereuse que déshoncrante, sa majesté déclara que son intention était que la sentence prononcée par les commissaires fût exécutée conformément aux lois; et que comme elle avait signé l'ordre, elle ne voulait plus qu'on lui parlât de cette affaire, Les conseillers privés se crurent parlà suffisamment autorisés à procéder à l'exécution de la sentence. Animés de zèle pour la Sûreté de la reine, ou plutôt, selon toutes les apparences ; touchés du danger auquel ils s'expoaient si la vie de la reine d'Écosse était épargnée, ils s'assemblèrent dans la Chambre du conseil, et, par une lettre à la uelle ils mirent tous leurs signatures, il commirent les comtes de Shrewsbury et de Kent, avec le haut shérif du comté de Northampton, où Je Château de Fotheringay est Situé, pour faire exécuter le jugement en lewr présence *,

Le mardi, 7 février, les deux comtes arrivérent à Fotheringay, et demandérent à parler à la reine, Ils firent lecture en sa présence de l'ordre donné pour l'exécution , et ils lui dirent de se préparer à mourir le lendemain matin.

Marie entendit jusqu’ au bout cette lecture sans aucune émotion : puis faisant sur elle le signe

lan, , art, Davison. — 3 Camd., 534 Strype, 1! 361, 364.

dela croix, au nom du Père, du Fils et du Saint. Esprit : « Une âme » dit-elle, capable de mur-

«exemple de violer la Personne sacrée d'un «prince souverain » Mais je me soumets volon- «tiers à cequ'il plaît à la Providence d’ordonner «de mon sort,» Ensuite, mettant ja Main sur une Bible qui se trouva auprès d'elle, elle protesla solennellement qu'elle était innocente de la conspiration que Babington avait formée contre la vie d'Élisabeth 1, Elle renouvela alors les demandes qu’elle avait faites à la reine d’Angletenre dans la lettre qu'elle lui avait écrite, Elle insista particulièrement sur celle de se faire assister par son aumônier, et elle supplia avec. toutes sortesd'instances qu’il lui fût permis, dans ces derniers momens , de se procurer la consola-

tion de ces pieuses institutions prescrites par sa

religion. On eut la dureté de lui refuser absolu.

ment cette grâce qu'on accorde ordinairement

aux plus vils criminels.

Pendant cette conversation les domestiques de la reine étaient accablés de douieur ; et quoiqu'ils fussent intimidés par la présence des deux comtes, ils avaient peine à se contenir, Mais aussitôt que Kent et Shrewsbury se furent retirés ils coururent se jeter aux pieds de leur mattresse, ils laissèrent couler des torrens de larmes, ils exprimérent dans les termes les plus passionnés toute leur tendresse et toute leur affiction. Marie, conservant Ja plus parfaite égalité d'âme, ne paraît occupée qu’à les consoler et à modérer leurs peines. Elle se prosterne , entourée de tous ses domestiques, elle rend grâces au ciel de ce qu'elle aperçoit enfin le terme de toutes ses souffrances ; elle prie le Seigneur de lui donner

des forces pour soutenir avec décence et avec Courage ce qui lui restait encore de peines à supporter. Elle employa presque tout le reste de la journée à mettre ordre à ses affaires domestiques; elle écrivit son testament de sa propre main; elle distribuait à tous ses serviteurs son argent, ses bijoux.et ses habits, chacun suivant son rang et son mérite 2; elle écrivit en peu de mots au roi de France et au duc de Guise. Ces

1 Jebb., 11, 301. :

* Eu mettant une jupe de velours, elle leur dit : Mes

+HURR La El |

lettres étaient remplies de tendresse, de grandeur d'âme et de sentimens généreux ; elle recommandait son âme à leurs prières, et toute sa maison affligée à leur protection. À son souper, elle mangea sobrement comme à son ordinaire; elle fit la conversation non-seulement avec une grande liberté d'esprit, mais mème avec de la gaité et de l'enjouement ; elle but à la santé de tous ses domestiques l’un après l'autre, et elle les pria tous de lui pardonner s’il lui était arrivé de manquer envers eux à quelqu'un de ses devoirs. Elle se mit au lit à son heure accoutumée et elle y dormit d'un sommeil fort tranquille pendant quelques heures. Le lendemain, de grand matin, elle entra dans son cabinet et elle y passa un temps considérable à des actes de dévotion. A huit heures le grand-shérif entra dans sa chambre avec ses officiers , et ils la trouvèrent encore prosternée au pied de l'autel. Elle se leva aussitôt, et avec un air majestueux !, une contenance assurée , la joie mème peinte sur son

. visage, elle s'avança vers le lieu de l'exécution,

s'appuyant sur deux des gens de Paulet. Elle était en habit de deuil, mais avec un éclat et une élégance qu'elle négligeait depuis longtemps, excepté dans quelques jours de fête ?; elle avait un 4gnus Dei pendu au cou par une chaîne de grains de senteur, un chapelet à sa ceinture, et à la main un crucifix d'ivoire. Les deux comtes, accompagnés de plusieurs nobles des comtés voisins, vinrent la recevoir au bas

amis, jevous aurais laissé cette jupe si je n'élais pas obligée d'aller à la mort un peu honorablement, et d'y être un peu distinguée, etc. Ses femmes entendant frapper à la porte, et sachant bien qu'on la venait chercher, voulurent faire résistance d'ouvrir, mais elle leur dit : Mes amies, cela ne sert de rien, ouvrez.

1 La reine, allant au-devant d'eux, leur dit : Messieurs , j'ai été cette nuit plus vigilante que vous ; ne croyez pas que j'aie aucun ressentiment contre la reine Élisabeth ma sœur , ni contre vous , qui avez fait la recherche de mon procès.

2 Elle avait pour habillement un crêpe blanc qui la couvrait depuis la tête et qui trainait jusqu’à terre. Sa coiffure était de même étoffe qu’elle avait coutume de mettre dans ses plus beaux atours. Un grand manteau de satin noir, gaufré de paremens de marte d’un grand prix, doublé de taffetas noir, les manches pendantes à longue queue, et le collet à l'italienne : un pourpoint de satin noir, une jupe de velours cramoisi brune, une vasquine de taffetas velouté, des caleçons de futaine bleue, des bas de soie bleue, des jarretières de soie et des escarpius de maroquin. Æist. de Marie, etc., 1579.

de l’escalier. Le chevalier André Melvil, maître desa maison , qu'on avait éloigné de sa présence depuis quelques mois, eut alors la permission de venir lui faire ses derniers adieux. Lorsqu'il vit sa maltresse, à qui il était tendrement attaché, réduite à cette triste situation , il répandit un torrent de larmes, déplorant son malheureux sort d’être destiné à porter en Écosse la nouvelle de ce cruel événement. «Ne pleure point, mon «pauvre Melvii, lui dit la reine, voici au con- «traire le moment de se réjouir. Ce jour, attendu «depuis si long-temps, va délivrer Marie Stuart «de toutes ses peines, et mettre fin à ses longues «et ennuyeuses souffrances. Sois témoin que je «meurs ferme dans ma religion, fidèlement at- «tachée à l'Écosse, toujours également affecationnée à la France. Fais mes complimens à «mon fils ; dis-lui que je n'ai rien fait de préju- «diciable à son royaume, à son honneur et à ses «droits. Je prie le Seigneur de pardonner à tous «ceux qui ont été sans sujet altérés de mon sang,» Elle demanda aux deux comtes qu'il fût permis à Melvil, à trois autres hommes de sa maison et à deux de ses femmes de l'accompagner sur l’échafaud , et elle ne put l'obtenir qu'avec beaucoup de difficulté et après de grandes supplications. L’échafaud était dressé dans la même salle où elle avait été jugée ; il était un peu élevé au-dessus du plancher et tendu de noir, ainsi que la chaise, le coussin et le bloc. Marie monta sur l’échafaud avec un air de satisfaction, regarda avec fermeté tout cet appareil de mort, fit le signe de la croix et alla s'asseoir sur la chaise !, Beale lut à haute voix l'ordre pour l'exécution; Marie l’écouta avec un air d’indif. férence, et comme étant occupée d’autres pensées. Alors le doyen de Péterborough commença un discours de piété convenable aux circonstances, et il offrit ses prières au ciel en faveur de la reine. Mais elle lui déclara que sa conscience ne lui permettait pas d'écouter son exhortation ni de s'unir à ses prières : et se mettant à genoux, elle répéta plnsieurs fois une prière en latin. Lorsque le doyen eut fini ses discours de piété la reine éleva la voix, et, parlant en anglais, elle recommanda à Dieu l'état affligé de

1 Elle fit approcher Melvil, son maître d'hôtel , et lui dit: Aidez-moi à monter; c’est le dernier service aueje reçois de vous

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? Camd., 6, Ill, 383,

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l'église; elle pria pour la prospérité de son fils, elle souhaita à Élisabeth une longue vie et un règne paisible. Elle déclara qu’elle mettait toute son espérance en la mort de Jésus-Christ, prête à répandre son sang aux pieds de son image.

Elle éleva le crucifix, le baisa, et lui adressa ces mots : «Ainsi que tes bras, 6 Jésus! ont été «étendus sur la croix, reçois-moi avec les bras sétendus de ta miséricorde et pardonne-moi «mes péchés, »

Elle se prépara ensuite à se mettre sur le billot en ôtant son voile et ses habillemens de dessus, Un des exécuteurs ayant voulu lui aider avec un air de dureté, elle le repoussa doucement, et elle lui dit en souriant qu'elle n'était pas accoutumée à se déshabiller en présence d'une si nombreuse assemblée, ni à être servie per de tels valets de chambret, Elle étendit son cou sur le billot avec la plus parfaite tranquillité et le courage le plus intrépide ; et pendant qu’un des exécuteurs lui tenait les mains, un autre en deux coups lui abattit la tête, qui s'étant décoiffée en tombant, montra ses cheveux déjà deveaus tout gris par la continuité de ses peines et de ses malheurs, L'exécuteur tenant la tête toute dégouttante de sang, le doyen s'écria : «Ainsi «périssent tous les ennemis d'Élisabeth.» Le comte de Kent fut le seul qui répondit, Amen.

Tout le reste des spectateurs resta dans le silence, fondant en larmes , et n'étant dans ce moment capables d’autres sentimens que de ceux de la pitié et de l'admiration 2.

Telle fut la mort tragique de Marie Stuart, reine d'Écosse, âgée de quarante-quatre ans et

dès le commencement entre ces partis s'est transmise d'âge en âge , et leurs préjugés, ainsi que leurs fureurs, se sont perpétués et ont même pris une sorte d'accroissement, On chercherait en vain le caractère de Marie Stuart dans les historiens encore dominés par ces mêmes passions. Les uns lui donnent toutes les vertus, toutes les qualités aimables ; les autres la chargent de tous les vices dont le cœur humain est susceptible. Marie ne méritait ni les louanges excessives que quelques-uns lui ont prodiguées , ni les censures indiscrètes que d'autres ont voulu faire de sa conduite et de ses mœurs.

Marie joignait à tous les charmes de la beauté, à l'extérieur le plus agréable et le plus accompli, un assemblage de tous les talens, de toutes les perfections qui entraînent les suffrages et qui ne manquent jamais de faire leur effet. Elle était polie, affable, insinuante, vive, pleine de feu , et capable de parler et d'écrire avec autant d’aisance que de dignité; prompte à l'excès, emportée dans tous ses attachemens, parce que ses passions étaient vives, et qu'elle avait trop de candeur et de bonne foi. Accoutumée dès son enfance à être traitée en reine, elle ne pouvait pas supporter la moindre contradiction ; capable, en de certaines occasions, de feinte et de déguisement, en conséquence des principes d'éducation qu’elle avait reçus dans une cour insidieuse , qui mettait la dissimulation au nombre des talens les plus nécessaires dans l'art de gouverner ; aimant à être flattée, et n'étant pas insensible à ce plaisir que ressentent presque toutes les femmes lorsqu'elles aperçoivent les

deux mois, après dix-neuf années de captivité. Les partis politiques qui se formèrent en Ecosse pen-

dant son règne ont toujours subsisté depuis sous diverses dénominations, L’animosité qui régnait

1 Toutefois, dit Brantôme, elle ne put l'empêcher, car après qu'on eut abaissé sa robe jusqu’à la ceinture, ce vilain la tira par le bras assez lourdement, et lui ôta son pourpoint, son corps de cotte, avec le collet bas, de sorte que tout son cou et sa belle gorge, qu’elle avait couverte si modestement » Malgré sa précaution, trahit alors sa modestie.

Il ajoute qu’un des bourreaux levant une hache par le taillant, de la façon de celles qui servent à fendre le bois, lui donna un coup qui n’entra pas bien avant; que le second coupa une partie du cou, lui enfonçant les attiffets dans la tête, et que le troisième acheva,

ï Camd., 534, Spotsw., 355. Jebb,, 11, 300. Strype, Ill, 383,

effets de leur beauté; douée des qualités agréables, dépourvue des talens qui excitent l'admiration, elle fut plutôt une femme aimable qu'une reine illustre. Un grand feu d'imagination, une vivacité d'esprit, qui n'étaient pas suffisamment tempérés par la solidité du jugement, une tendresse de cœur qui ne fut pas toujours contenue dans les bornes de la discrétion, lui firent commettre bien des fautes, l’entraînèrent même dans des crimes. Si nous disons qu’elle fut toujours malheureuse, nous ne donnerons point la véritable raison de cette longue suite de cala. mités dont elle fut accablée, et qui se succédérent presque sans aucune interruption; nous devons

ajouter qu'elle fut souvent imprudente, Sa passion pour Darnly était un emportement de jeu-

nesse, un excès impardonnable. Lorsqu'elle se porta tout de suite à des extrémités opposées, ce changement subit était, à la vérité, ure suite naturelle d’un amour méprisé, de l'ingratitude, de l’insolence , de la brutalité de Darnly. Cependant ni ces raisons, ni l'adresse: artificieuse de Bothwell, ni les services importans qu'il avait rendus à Marie’, ne peuvent justifier l’attachement qu'elle eut pour ce dermer. Les mœurs mêmes dépravées de ce siècle, le règne de la licence et de la dissolution ne pourraient point excuser cette passion malheurerse, et ne nous en feront pas regarder les suites funestes avec moins d'horreur; nous verrons toujours du même œil la scène infâme qui termina cette sanglante tragédie. Un peude condescendance pour les faiblesses humaines fera peut-être jeter un voile sur cette action de Marie que rien ne peut justifier ; on attribuera sa conduite, en cette oCcasion, aux circonstances critiques où elle se trouvait, plutôt qu’à ses véritables dispositions. Au lieu de l'accuser d’avoir eu le cœur pervers, on déplorera sa malheureuse destinée. Les malheurs de Marie, par leur excès et leur durée , surpassent de beaucoup ces fictions tragiques que l'imagination enfante pour attrister les hommes et les porter à la commisération. Lorsque nous parcourons cette longue suite de rualheurs de la reine d'Écosse, nous nous trouvons disposés à oublier ses faiblesses, nous apercevons ses fautes avec moins d’indignation , nous nous félicitons des larmes qu’elle nous fait répandre, comme si elles coulaient pour une personne d'une vertu irréprochable.

Quant aux agrémens personnels de Marie, circonstance qui mérite de trouver place dans l'histoire d'une femme sur le trône, tous les auteurs contemporains s'accordent à donner à la reine d'Écosse l'air de la plus grande beauté et la taille la plus avantageuse qui puissent se rencontrer dans une créature humaine, Elle avait les cheveux noirs; mais, suivant la mode de son temps, elle portait souvent des cheveux emprontés, et de couleurs différentes. Ses yeux étaient d'un gris rembruni. Elle avait la peau d'un éclat et d'une finesse admirables; la main et le bras d'une beauté singulière tant pour la forme que pour la blancheur. Sa taille était grande et majestueuse, Si elle dansait , si elle se promenait, si elle montait à cheval, elle faisait

| toutes:ces choses: avec les mêmes grâces. Elle | avait beaueoup: de goût pour la musique. Elle | chantaitet jouait du luth: avec un art et.une ha- | bileté extraordinaires: Vers: la fin de sa vie elle commençait à devenir wrop grasse. Sa longue prison, la fraîcheur et l'humidité des maisons oùon l'avait tenue renférmée, lui avaient donné des rhumatismes, et l'avaient rendue percluse de ses membres. Jamais homme, dit Brantôme, n'avait pu voir la reine d'Écosse sans être épris d'adiniration et d'amour; personne ne peut lire son histoire sans être pénétré de douleur.

On ne voulut point permettre aux femmes de la reine d'Écosse de garder le corps de leur maîtresse, qui fut porté dans une chambre attenant au lieu de l'exécution, et qui y resta pendant quelques jours couvert d'un méchant morceau de drap arraché de dessus une table de billard. Le billot, l'échafaud , les tabliers des exécuteurs, et tout ce qui avait été tent du sang de Marie, fut jeté au feu et réduit en cendres, Quelque temps après Élisabeth ordonna que le corps fût enterré dans la cathédrale de Péterborough avec une magnificence royale. Mais cette ruse triviale, cette vaine ostentation lui furent | inutiles. La pompe de ces funérailles ne pouvait

point effacer la mémoire de ces injures qui portaient Marie dans le tombeau. Lorsque Jacques fut monté sur le trône de la Grande-Bretagne, il fit transférer le corps de la reine sa mère l'abbaye de Westminster, et il le fit déposer parmi ceux des rois d'Angleterre.

Élisabeth donna des marques extérieures de le plus grande surprise et de la douleur la pius vive lorsqu'on vint lui annoncer la mort de Mavie. Les larmes, les sanglots, les lamentations, l'appareil d’un grand deuil, tout fut employé pour donner à ces regrets affectés un air de réalité, Tous les instans de la conduite d'Élisabeth, par rapport à Marie, toutes les mesures qu'elle prit pour faire perdre la vie à cette reine infortunée, sont marqués au coin de la dissimur la. on et de la perfidie. La commission, pour traduire Marie en justice réglée, parut extorquée à Élisabeth par les instances de son conseil privé. Elle ne fit publier la sentence contre la reine d'Écosse que sur les sollicitations réitérées des deux chambres du parlement. Elle parut se faire une violence extrème lorsqu'elle signa l'ordre pour l'exécution. Elle était au der

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