‹ Œuvres complètes de W. Robertson [microforme]Chapitre 51 sur 155 · N°XI · texte numérisé non relu

N°XI

LA RANDOLPB au comte de LEICESTER,

D'Édimbourg , ce 31 juillet 1565,

J'ai l'honneur d'informer votre seigneurie, que la lettre qu’elle m'a écrite m'a été remise par mon domestique. Elle renferme des témoignages bien satisfaisans de la bienveillance de votre seigneurie à mon égard, faveur dont je me crois tellement assuré que, quand il m’arriverait d’ailleurs quelque mésaventure , elle me procurer'ait toujours des motifs suffisans de consolation. Quoi-

que je n'aie, en même temps, reçu aucun ordre relatif au besoin dans lequel je me trouve et au courant des affaires dont je suis chargé, j'aime mieux souffrir patiemment cette privation, que d’importuner votre seigneurie et de lui demander sa protectiou sur cela, pendant que je vois qu'il y a si peu d’espérance qu’on me fasse du bien. Je ne doute point que votre seigneurie ne soit au fait de l'état présent de ce pays-ci, par les informations que j'en ai données. Elle sait que la reine d'Écosse est actuellement une femme mariée, et que le jour même du mariage son mari a été fait roi, Tout s’est passé jusqu'ici au gré de leurs désirs et à leur plus grande satisfaction, et si dans tout le reste ils ont d’aussi bons succès et autant de prospérité, ils doivent se trouver bien plus heureux qu’on n’avait eu lieu de le croire , attendu la fermentation des esprits et la quantité de sujets mécontens de tout ce qui a été réglé, et de la manière dont ces choses se sont passées. On n’a jamais entendu parler, de mémoire d'hommes, d’aucun mariage qui ait présenté moins d’espérances et de consolation, et je n’en ai, en même temps, jamais vu où les hommes eussent été plus disposés à des démonstrations de joie si la reine avait eu, pour son propre honneur et pour son pays, les attentions convenables dans une affaire de cette importance. Ce que ces mécontens craignent actuellement, c'est le renversement de la religion, la rupture de la bonne amitié avec sa majesté la reine , et la destruction de tous les nobles que la reine d'Écosse mettrait au nombre des mécontens, ou bien à qui elle voudrait chercher querelle. A l'aspect de tous ces inconvéniens qui menacent de si près il y a un grand nombre de ces gens-ci qui sont plus propres à se lamenter et plaindre leurs voisins, que capables de trouver les remèdes qu'il conviendrait d’y apporter. Quelques-uns voudraient y employer toutes leurs forces, mais ils sont trop faibles pour rien faire de bon. Votre seigneurie sait ce qui a d'ailleurs été demandé et les moyens qui ont été employés. Nous sommes fort embarrassés de savoir ce qu'il convient de répondre ou ce qu’il est à propos de faire; et quoique vos iutentions ne puissent pas être meilleures qu'elles le sont à notre égard, cependant nous craignons infiniment les délais, et que notre ruine ne prévienne les secours que vous pourrez nous donner lorsque vous vous y serez déterminé, Rien n’est plus nécessaire qu'une prompte exécution. Nous fondons nos espérances sur sa majesté la reine. Nous somimnes entre ses mains; il dépend d'elle de nous sauver la vie ou de nous laisser périr. Rien ne peut être plus honorable pour sa majesté que ce qu'ilest en son pouvoir de faire pour nous, Nous ne demandons point 2 grosses sommes d'argent, nous ne désirons point des troupes nombreuses, On trouve des hommes partout, quoique ce fût une charge pour nous. II en croît tous les jours, et ije crois d’ailleurs que, dans le moment présent, la reine [en perdrait fort peu : et si elle perdait les amis qu’elle a ‘ici, où sa majesté pourrait-elle en trouver de pareils? Je ne parle point de ce qui fait, à ce que je crois, le principal objet des intentions de la reine d'Écosse et de son inari. Celui-ci dirait dernièrement qu’il faisait plus de cas des papistes d'Angleterre que des protestans d'Écosse, Or, s’il a tant de Confiance aux papistes d'Angleterre, je laisse à juger à votre seigneurie de ce qu’il pense des protestans qui y ont. Si ce prince, élevé et nourri en Augleterre, et qui a l'honneur d’appartenir à la reine ma

[1665] maîtresse, fait ainsi connaître, en donnant la préférence aux plus mauvais sujets de sa majesté, les sentimens qu'il a pour sa majesté elle-même ; om peut dire qu’il reconnait mal les soins qu'on a pris de lui, et qu’il manque aux devoirs de la parenté. Il paratt fort indifférent pour les deux religions, que la reine d'Écosse aille à la messe et que Darnly aille souvent au préche. lis ont été mariés avec toutes les cérémonies du papisme, excepté la célébration de la messe. Ses paroles et ses discours font voir ce qu’il a dans l’âme. Cependant il voudrait bien passer dans le moude pour être de quelque religion. Les paroles qu'il profère contre ceux pour lesquels il a conçu de la haine, quelque mal fondée qu'elle puisse être, sont tellement remplies d’orgueil et de dépit, qu’on le prendrait plutôt pour le monarque du monde entier, que pour cet homme que nous avons vu pendant si long-temps lord Darnir. 1l attend actuellement des hommages de la part de gens qui n’ont guère envie de lui en rendre; et ceux qui lui en rendent croient qu'il en est très peu digne. 11 est au comble de tous les honneurs qu’une femme peut communiquer à un homme, La reine ne désire pas pour ellemême tous les éloges qu’on donne à Darnly, toutes les dignités qu’elle a pu accumuier sur sa tête, et qui lui sont déjà données et accordées : on ne lait point à la reine, lorsqu'on ne réussit point à ke swntenter ; et je puis dire encore qu’elle a concentré en lui toutes ses volontés pour être conduites et dirigées suivant le bon plaisir de ce lord; enfin elle n’a pas plus de crédit sur lui pour l’engager à ce qu’il ne voudrait pas faire, que votre seigneurie n’en aurait sur moi pour me persuader de me pendre moi-même, !l a été proclamé roi aussitôt après le mariage. On aurait dà demander auparavant l'agrément du parlement, ou du moins attendre que ce lord eût vingt et un ans, afin de donner plus de poids et d’autorité aux choses qui seraient faites en son nom. Il n’a pas voulu que cela fût différé d’un seul jour ; il a voulu que cela se fit actuellement ou jamais. Sur quoi ce doute s’est élevé parmi nos gens de loi : savoir si la reine, étant en puissance de mari, et ce mari n'ayant pas vingt et un ans, tout ce qui s'était fait entre eux, sans l'intervention du parlement, pouvait être valable. Le samedi après-midi cette question a été mise sur le tapis, et a donné lieu à de longs débats ; et à neuf heures du soir, avant qu'il y eût rien de déterminé sur cé point, le lord Darniy a été proclamé roi par trois hérauts, au son des trompettes. Cela se fit la veille du mariage. Aujourd'hui lundi, à midi, tous les lords qui sont dans la ville ont assisté à une nouvelle proclamation du roi Henri Darnly, sans qu’un seul homme ait dit seulement un amen : excepté le duc de Leunox, père du roi, qui s’écria à haute voix : Dieu veuille conserver la reine !

Voici de quelle manière le mariage s’est fait. Le di. manche matin, entre cinq et six , la reine fut conduite à sa chapelle par plusieurs de ses nobles, Elle avait une grande robe noire de deuil, et un fort grand chaperon de deuil, peu différent de celui qu'elle portait au triste jorr des funérailles du roi Francois 11, son premier mari. Elle fut conduite à la chapelle par les comtes de Lennox et d’Athol, qui lx laissèrent 1à pour aller chercher son mari, lequel fut accompagné par ces mêmes lords, Ils furent reçus par le prêtre-ministre, Les bans furent pu

| bliés pour la troisième fois, et il fut pris acte par un n0taire <omine quoi personne n'avait rien dit conire Ce

mariage procéde ueaux à du milie mirent prières.

donna u de la rei On supp ses peine gubres, Elle fit q tions; m à ce que tous ceur eurent I:

Elle fut r mais elle tout le m mariage, s’il plaisa temps sai sont por prétender venir au:

une parei sont telle eût des té moi -mên najrement les suivit nonça des virons du fitèrent, L reine étail Athol, Se Les comte mêmes off dant quelk l'heure du fut suivi d coucher. J j'écris à vo aucun dou me sont } souper; ni un hommi pour avou à me cond maitresse suis regarc sonnage , ( satisfait be jusqu’à pre nête qui à aujourd’hu prie d’exci peines que sion. Je sa jour , et le que j'ai im:

persuadé € des lettres «

[166] nant la préférence les sentimens qu'il t dire qu’il recon- , et qu’il manque rt indifférent pour se aille à la messe Ils ont été mariés excepté la célébracours font voir ce it bien passer dans 1. Les paroles qu'il conçu de la haine, e, sont tellement le prendrait plutôt 1e pour cet homme emps lord Darniv.

de la part de gens re; et ceux qui lui eu digne. 11 est au femme peut comsire pas pour elle- Darnly, toutes les sa tête, et qui lui ne plait point à la swntenter ; et je n lui toutes ses vosuivant le bon plais de crédit sur lui pas faire, que votre 1e persuader de me "oi aussitôt après le aravant l'agrément re que ce lord eût

de poids et d’autoson non. Il n’a pas our ; il a voulu que quoi ce doute s’est si la reine, étant en nt pas vingt et un sans l'intervention e samedi après-midi , et a donné lieu à soir, avant qu'il y e lord Darniy a été son des troinpettes, jourd'hut lundi, à a ville ont. assisté à Henri Darnly, sans in amer : exceplé écria à haute voix :

e s’est fait, Le dieine fut conduite à les. Elle avait une rt grand chaperon le portait au triste , Son premier mari, comtes de Lennox aller chercher son s mêmes lords, Ils Æ8 bans furent pu* pris acte par un N0rien dit contre €

mariage, ni allégué aucune chose qui pût empécher d'y procéder. Les paroles furent prononcées ; on mit les aneaux au doigt de la reine. 11 y en avait trois, et celui du milieu était orné d’un diamant de grand prix. lis se mirent ensemble à genoux. On fit sur eux plusieurs prières, La reine attendit qu’on dit la messe, Le lord lui

donna un baiser et la laissa là, 11 s’en alla à la chambre !

de la reine, où elle vint le joindre quelque temps après. On supplia la reine d'oublier, dans ce jour de solennité " ses peines et ses chagrins, de quitter ces habillemens lugubres, et de se prêter à un train de vie plus agréable, Elle fit quelque difficulté de se rendre à ces représentations ; mais après une faible résistance, qui était plutôt, à ce que je crois, une affectation qu'une vraie douleur ; tous ceux qui étaient présens et qui purent l’approcher ‘eurent la permission de lui ôter chacun une épingle. Elle fut remise à ses dames ; elle changea d’habillemens ; mais elle n’alla pas se coucher, pour faire connaître à tout le monde que la volupté n’était point le motif de son mariage, mais seulement le bien de son pays, et le désir, s’il plaisait au Seigneur, de ne le pas laisser plus longtemps sans un héritier. Des gens méfians, et ceux qui sont portés à donner à tout une mauvaise interprétation, prétendent qu’ils se connaissaient déjà avant que d'en venir au mariage. Mon intention n’est pas de faire croire une pareille chose à votre seigneurie. Les apparences y sont tellement contraires que, s’il était possible qu'il y eût des témoins d’une pareille chose, je ne voudrais pas moi-même le croire. Après le mariage , il s'ensuit ordinajrement grande chère et des danses. Toute la noblesse les suivit à leur diner. Les trompettes sonnaient. On annonça des largesses. On jeta beaucoup d'argent aux environs du palais, et ceux qui purent en aitraper en profitèrent. Le roi et la reine dinèrent à la même table ; la reine était au haut bout, et était servie par les comtes Athol, Sewer, Morton, Carver, et Crawford ; échanson. Les comtes Egiington , Cassils et Glencairn rendirent les mêmes offices au roi. Après le diner, ils dansèrent pen dant quelque Lémps, et ensuite ils se retirèrent jusqu’à Vheure du souper. Le souper se passa comme le diner, et fut suivi de quelques danses ; après quoi ils allérent se coucher, Je n’ai point été témoin oculaire de tout ce que j'écris à votre seigneurie; mais elle ne doit avoir sur ceci aucun doute, attendu les voies par lesquelles ces choses me sont parvenues. Je fus mandé pour me trouver au souper; mais je refusai d’y aller, au risque de passer pour un homme grossier et peu courtois, Au reste, milord, pour avouer à votre seigneurie ce qui m'a le plus engagé à me conduire ainsi, c’est que je n'ai pas eu la vue de ma

maïiresse depuis dix-huit jours de compie fait, et que je |

suis regardé par tous ces gens-là comme un mauvais personnage , chose dont je conviens dans mon cœur, et qui satisfait beaucoup plus mon amour-propre, parce que jusqu’à présent je ne trouve personne de bon et d’honnête qui approuve leurs actions, Je n'importunerai pas aujourd’hui plus long -temps votre seigneurie, et je la prie d’excuser mon long silence, J'ai beaucoup plus de peines que de commodités à m’acquitter de ma commission, Je sors actuellement plus souvent la nuit que le jour , et le jour est trop court pour rendre compte de ce que J'ai imaginé ou appris pendant la nuit. Comme je suis persuadé que votre seigneurie aura eu communication des lettres que j'ai écrites à M. le secrétaire, j'espère qu’elle

t Youdra bien m’épargner la peine de lui écrire et répéter

les mêmes choses. Je prends très humblement congé 4 votre seigneurie. :

A Édimbourg, le dernier jour de juillet 1565. N° XIL

Lettre du comte de Beprorp à sa grandeur, M. GuicLaume CECIL, chevalier, principal secrétaire de sa majesté , et l’un des conseillers privés de son altesse,

Après vous avoir fait mes plus affectueuses recommandations , je vous dirai qu'aujourd'hui à midi le Capitaine Brickwell est arrivé ici et a apporté des Icttres de sa majesté la reine, lesquelles contiennent ses détermination et bon plaisir sur toutes les choses dont ce capitaine avait eu charge de rendre compte à sa majesté, à l'exception néanmoins qu'il n’y a rien de déterminé ni d’exprimé dans ces mêmes lettres sur le secours qui doit étre donné aux lords de la congrégation. J'ai recu ce malin à ce sujet une lettre signée du duc , du comte de Murray, de Glencairnetautres, quidemandentun détachement de tru'; cents arquebusiers de cette garnison pour être mieux en état de se défendre. Bien que je connaisse la bonté de leur cause, l'intérêt que sa majesté la reine notre souveraine prend à eux et ses bonnes intentions à leur égard ; quoique je sache aussi qu'il est tout-à-fait nécessaire de les secourir, et que cela décidera absolument de leur sort, étant à la veille de leur défaite et perte totale, attendu que le parti de la reine d'Écosse a au moins cinq mille hommes, et qu'ils n’en ont pas plus de mille ; de plus, que la reine a des arquebusiers et qu’ils n’en ont point, et que le secours que le comte d’Argyll doit leur amener n’est point encore arrivé, cependant j'ai cru devoir m’adresser à vous pour vous prier de me faire savoir les intentions de sa majesté par rapport à ce secours qu’on me demande , de quelle manière je dois me conduire en cette occasion , et ce que je dois répondre à ces gens-là, qui sont réduits à la dernière extrémité. D'un côté, il s'agit en ce moment de la ruine entière de ces lords et du bouleversement déplorable de ta religion en ce pays ; d’un autre côté, quoiqu'il ne s'agisse ici que d’un petit nombre de soldats et pour un court espace de temps, doit-on se hasarder, sans de bons garans, dans une affaire de cette importance ? lrons-nous, de gailé de cœur, nous attirer des guerres, pendant que cette place sera dégarnie, cai il n’y a en tout que huit cents hommes, sans qu’on envoie un renfort pour la mettre en état de défense ? Laisseronsnous les frontières exposées aux incursions , pendant qu’on préparera ces nouveaux secours ? J'avoue que je ne sais sur ceci ni que dire ni que faire , et je suis fort étonné de ce qu'ayant tant de fois écrit sur ce point, je naie encore reçu aucune décision sur cette affaire. Le lemps se passe à écrire et à attendre la réponse , et cependant les choses vont toujours leur train €L il cet impossible qu'elles ne fassent des progrès et qu'elles ne réussissent, Que tout arrive pour la plus grande gloire de Dieu ; mais assurément tous les gens raisonnables apercevront des motifs d'appréhension très bien fondés. Les choses sont disposées de manière que ce petit secours tournerait à la gloire de Dieu , ferait chérir à perpétuité la mémoire de sa majesté parmi ces gens-ci, et procurerit la conservation d’une infinité de nobles et de gentilshommes. S'ils ne sont point actuellement secourus , ils

sont perdus pour jamais. Je ne doute point en ceci de votre affection et bonne volonté, et je prendrai de mon côté les meilleurs conseils que je pourrai me procurer. J'ai reçu de ces lords les deux papiers ci-joints. Vous verrez de quoi il est question; je vous répondrai par ma première sur les points qui m'ont été apportés par le capitaine Brickwell, et je joins ici deux lettres que j'ai reçues aujourd’hui de M. Rando!ph. Vous apprendrez par lui que les protestans se sont encore retirés plus loin d'Édimbourg. Ainsi j'espère que votre résolution au sujet du secours que vous jugerez à propos de leur donner pourra venir à temps, pourvu qu'il vienne promptement, car ils n’en ont pas absolument besoin dans le moment présent. Et sur ce, je vous recommande de tout mon cœur aux soins de la Providence.

De Berwick, ce 2 septembre 1565,

No XIII.

La REINE au comte de BEDFORD.

Sur les avis qu'on a dernièrement recus de vous, et sur d’autres choses qui ont aussi été mandées par le lord Scrope et Thomas Randolph, le tout bien considéré, voici quelle est notre détermination. Nous voulons, le plus tôt qu’il nous sera possible, vous envayer trois mille livres sterling pour être ainsi employées. Si vous savez certainement que le comte de Murray ait besoin d’argent, et qu’un prêt de mille livres sterling puisse lui tenir lieu de secours pour se défendre lui-même , vous lui direz dès à présent , sous le secret, que vous voulez comme de vousmême lui procurer cette somme ; et nous voulons que vous la lui fassiez remettre le plus secrètement qu’il vous sera possible lorsque vous aurez reçu la somme susdite, ou, si vous le pouvez, par quelques moyens convenables, que vous lui en avanciez toujours une partie,

Vous férez garder en entier les deux mille livres restans sans les dépenser, à moins que vous ne trouviez qu'il soit nécessaire d'en prêter actuellement une partie pour l'entretien de six cents hommes de pied et de cent chevaux , ou bien pour payer les gages d'ouvriers, qui, par maladie ou autrement , seraient dans le cas d’être renvoyés. Et ayant appris, par plusieurs de vos lettres , que ledit comte de Murray et ses associés demandaient avec instance d’avoir au moins trois cents de nos soldats pour les secourir, comme aussi sur ce que vous avez écrit , que bien que nous ne voulions point vous commander de leur donner ce secoufs, si néanmoins nous voulions seulement fermer les yeux sur ce que vous feriez à ce sujet , et faire semblant de vous blâmer d’avoir entrepris par de telles voies des choses que vous auriez pu faire réussir par d’au tres moyens , vous ne doutiez point que cela ne tournât à bien, vous devez regarder comme une chose certaine que, par plusieurs considérations, nous n’avons point le dessein de soutenir les sujets d’aucun autre prince, ni de les encourager à prendre les armes contre leur souverain, et que nous ne voulons point non plus donner, en aucune manière, occasion à des guerres entre nous et ce

: prince, ce qui nous a empéchée jusqu'ici de vous donner pouvoir de donner aucun secours d'hommes à ces gens-ci, Mais ayant pris aujourd’hui l'affaire en considération,

nous apercevons que ces lords sont poursuivis malgré leurs humbles soumissions, et l'offre qu’ils ont faite

d’être jugés par les lois et par la justice ; et que sur le refus qui leur en a été fait, ils se sont retirés à Dom

frèse, place voisine de nos frontières occidentales, où ils sont vraisemblablement dans le dessein de se défendre eux-mêmes , et ayant de plus observé en ceci les bonnes intentions actuelles du roi de France, lequel a envoyé un des siens pour se joindre avec un des nôtres et traiter de concert avec celte reine, et l’engager à s'abstenir de ces procédés violens et rigoureux envers ses sujets , à l’eftet de quoi l'ambassadeur de France près de nous a dernièrement écrit à cette reine une lettre, dont on attend de jour en jour la réponse ; désirant que cependant lesdits lords ne soient point opprimés et détruits faute de quelque secours pour se défendre, nous voulons bien, si vous voyez que cela soit nécessaire pour leur défense, que vous leur fassiezdonner (comme de votre propre mouvement, et sans faire connaître que vous ayez sur cela aucune instruction de notre part ) le nombre de trois cents soldats, lesquels seront pris sur tous les corps ou tirés de tous ceux qui sont sous vos ordres, ainsi que vous le jugerez à propos; et à ce vous autorisons. Et pour mieux déguiser la chose, vous enverrez ce même nombre d'hommes à Carlisle comme pour les y mettre en garnison pour la défense de cette frontière, précisément dans le temps où

ces troupes devraient être tirées d’autres endroits pour :

les amener vers ces frontières; ensuite, lorsque vous verrez qu'il y aura des raisons pour faire marcher ces troupes, le même nombre, ou une partie, pourra joindre secrètement ces lords, que vous aurez en soin d'avertir très expressément, que vous ne leur envoyez ces troupes que pour leur défense seulement, et non pas pour ler employer à faire la guerre à la reine , ni pour faire au: cune chose qui puisse offenser sa personne ; et vous aurez soin de vous arranger de manière avec eux et de prendre si bien vos mesures, qu’ils s'aperçoivent que nos intentions sont telles sur ce point ; que si ce secours paraissait donné dans d’autres vues, tous les amis que vous avez ne pourraient pas vous justifier envers nous ni vous garantir de notre indignation. Aussi pouvons-nous vous assurer qu’en vous ordonnant de procéder ainsi avec ces lords , nous n’avons , en notre conscience , d'autre motif que de les préserver de leur ruine totale, sans quoi nous ne consentirions point à leur donner aucun secours ni en hommes ni en argent; et cependant nous ne voulons point qu'aucun d’eux sache que ce secours vient de notre part, et voulons que cette démarche soit regardée comme une entreprise de votre part et comme l'effet de votre propre volonté.

Page 1