Uharieroix
la victoire avec, cette férocité opiniétre: qui semble naturelle à des hommes qui ne font la guerre que pour exterminer leur ennemi:sans demander ni faire de quartier (69), Dansles puissans empires du Mexique et du Pérou, on assemblait de très grandes armées, et l'on donnait de fréquentes batailles; la théorie et la pratique de la guerre étaient bien différentes. que chez. les petites tribus qui prenaientle nom de:nations.
Mais quoique la vigilance et l'attention soient les qualités les plus nécessaires partout où. la guerre se fait par la ruse et par les surprises; quoique les Américains, aans toutes les actions particulières , montrent toujours 1 plus grande adresse, c'est une chose très remarquable que, lorsqu'ils entrent en campagne, ils. prennent rarement les précautions les plus essentielles pour leur sûreté. Telle est la difficulté de soumettre les sauvages à la subordination et de les faire agir de concert; tee est lenr présomption et leur aversion pour toute espèce de contrainte, que presque jamais on ne peut les obliger à suivre les ordres et les conseils de leurs chefs. Ils n'ont pendant la nuit aucune sentinelle autour des lieux où ils sont campés. Souvent, après avoir fait plusieurs centaines de milles, pour sux-
prendre l'ennemi, ils sont surpris eux-mêmes.et |
égorgés dans le sommeil profond où ils se plongent comme s'ils n'avaient à redouter aucun danger !, ,
Mais si, malgré cette négligence et cette: sécurité, qui leur fait perdre souvent le fruit de toutes leurs ruses, ils surprennent l'ennemi sans défense, ils fondent sur lui avec la plus grande férocité; ils enlèvent la chevelure de tous ceux qui tombent sous leur rage (70), et rapportent chez eux en triomphe ces étranges trophées. Ils les conservent comme des monumens non-seulejment de leur valeur, mais de la vengeance qu’ils savent exercer sur ceux qui deviennent les objets du ressentiment public 2 Is emploient plus de soins encore pour faire des prisonniers. Dans leur retraite, s'ils espèrent la faire sans être ininquiétés par l'ennemi, ils ne font communément aucune insulte à ces prisomiers, et ils les traitent même avec quelque humanité, quoiqu'ils tes gardent avec l'attention la plus rigoureuse,
Mais après cette suspension momentanée de
! Charlevoix, III, 136.
- Lafitou, Mœurs des Sauv., t. 1, p. 256.
: leur férocité, leur rage reprend une: nouvelle : fureur. Lorsqu'ils approchent des frontières de leurs-pays., on dépêche quelques-uns d'entre eux pour aller apprendre à leurs concitoyens le succès de leur expédition. C’est alors que les prisonniers commencent, à pressentir le sort qui les menace. Les femmes des villages.et les jeunes gens qui ne sont pas encore en âge de porter le ; armes s'assemblent.: ilsserangent endeux ligne’, et. tandis qu'ils : font un. bruit affreux avec des bâtous,et.des pierres, les: prisonniers passent au .miliew d'eux. Des: lamentations sur la perte dus concitoyens qui sont tombés dans le combat, avec. les expressions de la douleur la plus excessive , succèdent à ces premiers eris de joie et de vengeance ; mais dans un moment, à un signal . donné, les larmes cessent , on passe encore avec , une rapidité. incroyable de la douleur la plus | profonde à la joie la plus vive, et l’on commence : à célébrer la victoire avec les transports d’un triomphe barbare 2. Le sort des prisonniers est : cependant encore incertain. Les anciens de la , tribu. s'assemblent pour le décider. Quelques- : uns. sont destinés à être tourmentés jusqu'à la . mort pour assouvir lavengeance des vainqueurs ; . d’autres à remplacer les membres: de la tribu victorieuse qui ont été tués dans cette guerre . ou dans les’ précédentes. Ceux qui. sont réservés
. à ce sort plus doux sont conduits aux cabanes . de ceux dont les parens ont été tués. Les femmes
les attendent à la porte, et si elles les reçoivent
| leurs souffrances sont finies. Ils sont: adoptés | dans la famille et placés, suivant leur manière . de s'exprimer, sur la natte du mort. Ils pren-
| nent son nom, son rang, et sont traités avec la
: tendresse que l'on doit à un. père, à un frère , à
| un mari ou à un ami. Mais si, par un caprice, ou
| par un reste de désir de vengeance , les femmes refusent de recevoir le prisonnier qui leur est offert, son arrêt est prononcé, et il n’est aucun pouvoir qui puisse le sauver de la torture et de la mort.
Les. prisonniers, quand lew sort est encore incertain, vivent comme s'ils étaient absolument étrangers à tout ce qui peut leur arriver.
| Ils mangent, boivent et dorment comme s'ils jouissaient du sort le plus tranquille et comme
! Lahontan, [4 184.
2 Charlevoix, Æist. de la Nouv. France, V1, 241 * Lafitau, Mœurs des Sauv., 1, 264.
si aucun danger ne les menaçait. Ils entendent sans changer de visage l'arrêt fatal qu'on leur prononce, se préparent à le subir en hommes, et entonnent la chanson de mort. Les vainqueurs s'assemblent comme à une fête solennelle, résolus à mettre le courage des patiens aux plus cruelles épreuves. C’est alors que l'on voit une scène dont la description doit glacer d’horreur tous ceux que des institutions douces ont accoutumés à respecter l'homme et à s'attendrir à l'aspect de ses souffrances. Le prisonnier est lié à un poteau, mais de manière qu'il peut courir tout autour, Tous ceux qui sont présens, hommes , femmes , enfans, tous fondent sur lui
comme des furies. On emploie contre ce mal- |
heureux toutes les espèces de tortures que peut
inventer la fureur de la vengeance. Quelques-
uns lui brûlent le corps avec des fers rouges;
d'autres le coupent en morceaux avec des cou- |
teaux ; d’autres séparent la chair des os ou lui enfoncent des clous qu'ils tournent ensuite dans les nerfs. Ils s'efforcent, à l'envi les uns des autres, d'imaginer des raffinemens de cruauté. Rien ne met des bornes à leur rage que la crainte d’abréger la durée de leur vengeance, en donnant la mort par l'excès des souffrances; et telle est leur ingénieuse barbarie, qu'ils évitent toujours de porter des coups dans les parties du corps où ils seraient mortels; ils prolongent pendant plusieurs jours les tourmens de leur victime. Cet infortuné, au milieu de toutes ses souffrances, chante d’une voix ferme la chanson de mort, célèbre ses propres exploits, inaulte à ceux qui le tourmentent, en leur reprochant de ne savoir pas venger la mort de leurs
parens et de leurs amis, les avertit de la ven- !
geance qn'on tirera de sa mort, et excite enfin
seul gémissement, des tourmens que la nature humaine ne semblerait pas être capable de supporter.
« Laissez là, » disait un vieux chef des Iroquois à un de ses bourreaux qui l'avait blessé d'un coup de couteau. « laissez là vos coups de « couteau et faites-moi mourir par le feu , afin « que par mon exemple j'apprenne à ces chiens, « vos alliés d'au-deià des mers, à souffrir comme « des hommes !, » Cette magnanimité, dont les exemples sont, très fréquens parmi les guerriers américains , au lieu d’exciter de l'admiration ou d'inspirer de la pitié, ne fait qu'irriter la vengeance des ennemis et les porter à de nouveaux actes de cruauté 2, Las enfin de lutter avec des | hommes dont rien ne peut vaincre la constance, | quelque chef, dans un mouvement de rage, finit | par les tuer de son poignard ou de sa massue ‘. A ces scènes barbares en succèdent souvent de plus horribles encore. Il est impossible d'assouvir jamais la vengeuuce dans le cœùr d’un sauvage, et les Américains mangent quelquefois les victimes qu’ils ont si cruellement tourmentées. Dans l'ancien monde la tradition a conservé la mémoire de quelques nations féroces et barbares qui se nourrissaient de chair humaine; mais il yavait dans toutes les parties du Nouveau- Monde des peuples à qui cette coutume était familière. Elle était établie dans le continent méridional 4, dans plusieurs des îles5, et dans différens cantons de l'Amérique septentrionale 6. Dans les pays de l'Amérique où des circons- | tances qui nous sont inconnues ont en grande | partie aboli cet usage, il paraît avoir été tellé- | -ment connu que l’idée en est incorporée dans les formules même du langage. Lorsque les Iroquois veulent exprimer la résolution qu'ils
leur férocité par toutes sortes d'injures et de |
menaces. La force et le courage qu'il fait éclater
dans cette situation terrible est le plus beau |
triomphe d’un guerrier. Fuir ou abréger ses
tourmens par une mort volontaire est une là- !
cheté qu'on punit par l’infamie. Celui qui laisse échapper quelque signe de faiblesse est mis à mort sur-le-champ par mépris, parce qu’on le juge indigne d'être traité comme un homme t.
Animés par ces idées et par ces sentimens, les |
Américains souffrent, même sans pousser un
1 De la Potherie, 11, 237 ; III, 481.
1 Colden, Zist. of five nations, |, 200.
3 Por. de Lahontan, 1, 256.
8 Charlevoix, Aist. de la Nouv.-France, I, 248, etc., 385. Lafitau, Mœurs, Il, 368. Creuxii Aist. Canad., ! p.73. Hennepin, Mœurs des Sauv., p. 64, ëtc. Lahon-
tan, 1, 233, etc. Du Tertre, 11, 405. De la Potherie, 11,
22, etc.
4 Stadius, ap. de Bry, 1, 123. Lery, ibid., 210. Biet,
384. Lettr. édif., 23, 341. Piso, 8. La Condamine, 84-17. | Ribas, Æist. de los Triunfos , 473.
5 Life of Columb , 529. Martyr, Decad., p. 18. Du- Tertre, 11, 405.
6 Dumont, Mém., L, 254. Charlevoix, Zie, de la Nouv., France, 1, 259; 11, 14; ul, 22. De la Potherie, ll, 50.
ont pri nemie, tion. S sine, il fait de coutum les plu:
princip dément qu'elle :
policés ( vert de encore ( la disett de la f nourrir pays la « une nou dulité e qui aien en faiso subsista:
porté les les peur que les[ ou ceux Les fem eux des des effet:
n'étaient première Les pe vissent | différent implacab sonniers cruellem septeniri mier mo cesse del la plus g nourris, jeunes fe Il n’est p:
! Charley Lettr. édi, + Biet, 36 croft, Æisi 5 Biet, 4 405. Fermi 4 Stadius
ue la nature capable de
ef des Irol'avait blessé vos coups de le feu , afin à ces chiens, affrir comme ité, dont les les guerriers imiration ou riter la vende nouveaux tter avec des la constance , de rage, finit » sa Massue ?.
dent souvent possible d’asle cœùr d’un t quelquefois ent tourmenon à cunser vé éroces et barair humaine; du Nouveauoutume était le continent les5, et dans tentrionale 6.
des circonsnt en grande voir été telléorporée dans Lorsque les olution qu'ils ), re, II, 23, etc., Hist. Canad., 64, étc. Lahonla Potherie , ll,
ibid. , 210. Biet, ndamine, 84-97.
ad,, p. 18. Du-
", Hiet, de la De la Potherie ,
ont prise de faire la guerre à une nation ennemie, ils disent: {ons manger cette nation. S'ils sollicitent le secours d'une tribu voisine, ils l'invitent à venir manger du bouillon fait de la chair de leurs ennemis (71), Cette coutume n’était pas particulière aux peuplades les plus grossières et les moins civilisées : le principe qui lui a donné naissance est si profondément enraciné dans l'âme des Américains, qu'elle subsistait au Mexique, l'un des empires policés du Nouveau-Monde, et qu'on ena découvert des traces parmi les habitans plus doux encore de l'empire du Pérou. Ce n'était point la disette des alimens et les besoins importuns de la faim qui forçaient les Américains à se nourrir ainsi de leurs semblables. Dans aucun pays la chair humaine n'a été employée comme une nourriture ordinaire, et il n’y a que la crédulité et les méprises de quelques voyageurs
qui aient pu faire croire que certains peuples |
en faisoient un des moyens ordinaires de leur subsistance. L'ardeur de la vengeance a d'abord porté les hommes à cette action barbare 2; mais les peuples les plus farouches ne mangeaient que les prisonniers qu'ils avaient faits à la guerre ou ceux qu’ils regardaient comme ennemis (72). Les femmes et les enfans, n'étant point pour eux des objets de haine, n’avaient rien à craindre des effets réfléchis de leur vengeance, lorsqu'ils n'étaient pas massacrés dans la fureur d'une première incursion en pays ennemi 3,
Les peuples de l'Amérique méridionale assou-
différente, mais avec une férocité non moins implacable. Lorsqu'ils voient arriver leurs prisonniers, ils les traitent au premier abord aussi cruellement que les habitans de l'Amérique septentrionale traitent les leurs #; après ce premier mouvement de fureur, non-seulement on cesse de les insulter, mais on leur marque même la plus grande bonté. Ils sont caressés et bien nourris, et on leur envoie même de belles et jeunes femmes pour les soigner et les consoler. Il n'est pas aisé d'expliquer cette singularité de
Charlevoix, Zist. de la Nouv.-France, IN, 208-209. Lettr. édif., 23, p. 277. De la Potherie, 1], 298.
* Biet, 383. Blanco, Conversion de Pirilu, p.28. Bancroft, Æist. nal, of Guiana. p. 259, etc.
5 Biet,362. Bandini, Pita di Americo, 84. Du Tertre, 405. Fermi, Descript. de Surinam , 1, 54.
# Stadius , ap. de Bry, UN, 40, 193.
| leur conduite, à moins qu'on ne l'impute à un | raffinement de cruauté; car tandis qu'ils paraissent occupés d'attacher davantage leurs prison- | niers à la vie, en leur fournissant tout ce qui peut la rendre agréable, l'arrêt de leur mortest | irrévocablement porté. A un certain jour déter- | miné, la tribu victorieuse s'assemble; le captif | est amené en grande solennité; il voit les pré- | paratifs du sacrifice avec autant d'indifférence que s’il n’était pas lui-même la victime; il attend son sort avec une fermeté inébranlable, et un seul coup lui fait-perdre la vie. Au moment où il tombe, les femmes s'emparent de son corps et l'apprêtent pour le festin. Elles teignent leurs enfans de son sang, pour allumer dans leur âme une haine implacable contre leurs ennemis, et toute la tribu se réunit pour dévorer la chair de la victime avec une avidité et des transports de joie inexprimables 1. Ces peuples regardent le plaisir de manger le corps d'un ennemi massa- | cré comme le plaisir le plus doux et le plus | complet de la vengeance, Partout où cet usage | est établi, les prisonniers ne peuvent point échapper à la mort; mais ils ne sont pas toujours | tourmentés avec la même barbarie qu'ils le sont | Chez les peuples moins familiarisés avec ces horribles festins (73).
Comme il n'y a point de guerrier américain dont la constance ne puisse être mise à ces rudes | épreuves, le grand objet de l'éducation et de ls
| discipline dans le Nouveau-Monde est d'y prépa- | rer les hommes de bonne heure. Chez des navissent leur vengeance d’une manière un peu |
tions où l’on fait la guerre à force ouverte, où
l'on défie ses ennemis au combat , où la victoire
est le fruit de la supériorité des talens ou du courage, les soldats sont formés à être actifs, forts et audacieux. Mais en Amérique, où l'esprit et les maximes de la guerre sont très diffé
le plus. Aussi les Américains s’occupent-ils de bonne heure à acquérir une qualité qui leur apprendra à se comporter en hommes, lorsque leur fermeté sera mise à l'épreuve, Tandis que dans les autres pays les jeunes gens s'adonnent à des exercices qui demandent de la force et de l'activité, les jeunes Américains disputent entre eux à qui montrera la plus grande patience dans les souffrances. Ils s’endurcissent les organes de
| rens, le courage passif est la vertu qu’on estime | | |
!Stadius , ap. de Bry, II, 198, etc. Lery, ibid., 210
la sensibilité par ces épreuves volontaires, et s'accoutument par degrés à souffrir sans 8e plaindre les douleurs les plus aiguës. On voit un jeune garçon et une jeune fille entrelacer leurs bras nus, etplacer un charbon allumé entre leurs deux bras, pour voir lequel montrera le premier assez d'impatience pour secouer le Charbon !. Lorsqu'un jeune homme ‘est admis à ‘la classe des guerriers, ou lorsqu'un guerrier est élevé à la dignité de capitaine ou de chef, on les soumet à des épreuves toujours analogues à ce genre de fermeté. Ce ne sont pas des actes de valeur, mais de patience; on'ne leur demande pas de se montrer en état d'attaquer, mais capables de souffrir, Chez'les nations qui habitent
les bords de l'Orénoque, éi un guerrier aspire au |
rang de capitaine, il est obligé de s'y préparer par un long jeûne, plus rigoureux que célui des plus dévots ermites. 'Les chéfs s'assemiblent ensuite; chacun d’eux lui donne ‘trois coups d'un gros fouet, si vigoureusemerit appliqués, que tout son corps en est couvert de plaies; et , s’il donne le moindre signe d'impatience ou même de sensibilité, il est déshonoré et rejeté 4 jamais, comme indigne de l’honmeur auquel il prétend. Après quelques intervalles, la constance du candidat est soumise à des épreuves plus cruëltes encore. On le couche dans un hamac, les mains fortement attachées, et l'on jette sur lui une
multitude innombrable de fourmis venimeuses, |
dont da morsure cause des douleurs très vives et produit-une violente inflammation. Les juges de son courage se tiennent debout autour du ha-
mac, et, tandis que ces cruels insectes s’attachent.
aux parties les plus sensibles de son corps, il ne faudrait qu'un soupir, un gémissement, un seul mouvement involontaire de sensibilité pour le faire exclure de la digaité qu'il ambitionne d'obtenir. Cela ne-suffit pas:encore pour établir complétement le degré de mérite qu'on attend de lui; il faut qu'il se soumette à une nouvelle épreuve plus redoutable qu'aucune de celles qu’il vient de subir. On le suspend de nouveau dans son hamac, et on le couvre defeuilles de palmier : on allume au-dessous de lui un feu d'herbes puantes, de mamiève ‘qu'il :en sent la chaleur.et qu'ilest enveloppé de la fumée. Quoique brôlé tout à la fois et presque étouffé, il est
: Charievoix, Aist, de la Nouv.-France, Ul, 39.
obligé de montrer la même patience et la même insensibilité, On ‘en voit plusieurs périr dans ce terrible essai de fermeté; mais ceux qui ie subissent avec applaudissement reçoivent en céré mouie les marques de leur nouvelle dignité, et sont dès lors regardés con:me des chefs d’un courage reconnu, et dont la conduite dans les occasions les plus critiques ne peut manquer de faire honneur à leur pays !. Dans l'Amérique septentrionale, le noviciat d'un guerrier n'est ni aussi rigourenx ni soumis à autant de formalités. Cependant un jeane homme n'y a le droit de porter les armes ‘qu'après que sa patience et son courage ont été éprouvés par le feu, par des coups et par des insultes plus intélérables encore pour des âmes fières ?.
Cette fermeté extraordinaire avec laquelle les Américains endurent les tourmens les plus cruels a porté quelques auteurs à croire que , par une suite de la faitlesse particulière de leur constitution, is ont moins de sensibilité que les autres hommes; de mème que les femmes et les personnes qui ont la fibre molle et lâche sont moins affectées dela douleur que les hommes robustes dont la fibre est plus forte et plus tendue; mais les Américains ne différent pas tellement du reste de l'espèce humaine par leur constitution physique que cela ‘suffise pour expliquer cette singularité de leurs mœurs. Elle a sa source dans un principe d'honneur, inculqué dès l'enfance , et cultivé avec assez de soin pour inspirer à
: l'homme, même dans cet état sauvage, une :ma-
gnanimité héroïque à laquelle la philosophie a vainement tâché de l'élever dans l’état de civilisation et de lumières. L'Américain apprend de bonne heure à regarder cette constance inébranlablécomméla principale distinction de l’homme et la plushaute perfection d'un guerrier. Comme les idées qui règlent sa conduite et les passions qui échauffent son cœur sont en petit nombre, elles agissent avec plus d'efficacité que lorsque
| l'âme est occupée d'une grande multitude d'idées
ou distraite par la diversité de ses affections. Ainsi, lorsque ‘tous les motifs qui peuvent agir avec force sar l'âme d'un sauvage:se réunissent pour lui faire souffrir le malheur avec dipnité, on le verra supporter des tourmens qui pa raissent au-dessus de toutes les forces humaines;
1 Gumilla, II, 286 ‘etc. Biet, 376, etc.
# Charlevoix, Aist. de lu Nouv.-France, WA, 219.
mais da des Am:
qu'ils se aussi set mes (74 frances, tement parmi e victimes leur fail le triom une idée Lesh lesttribu funestes pour an provisioi lorsque leurs te chasse, toujours rellemen sources ; cette inv gier.dan ils ne‘tr sister, el précauti rations .
prend cl compag quelque mes est.
eu égard la guerr:
bre. Tor de:celles épuisées n’en res Pour nuel, il.
leurs fo niers fai prévienr n'est ce ressentir
1 Charle De la Pott 4 Charle Gumilla, |
et la même
érir dans ce x qui le su-
ent en céré
dignité, et efs d’un couaus tes occaquer de faire ique septenl'est ni aussi rmalités. Ceroit de porience et s0n feu, par des rdbles encore
c laquelle les es plus cruels ue, par une leur constique les autres s et les perle sont moins mes robustes tendue; mais lellement du * constitution pliquer cette a source dans ès l'enfance , ur inspirer à ige, une ‘maphilosophie a état de civilin'apprend de ance inébrann de l'homme rrier. Comme t les passions etit nombre, é que lorsque Ititude d'idées es affections.
peuvent agir \se\réumissent avec dignité, nens qui paces humaines;
ce, IN, 219.
mais dans toutes les occasions où le courage des Américains n'est pas excité par les idées qu'ils se sont faites de l'honneur, ils se montrent
aussi sensibles à la douleur que les autres hom- | mes (74). D'ailleurs cette fermeté dans les souf-
frances, pour laquelle les Américains sont si jus-
tement célébrés, n'est pas une vertu générale ;
parmi eux. On a vu la constance de plusieurs victimes succomber aux agonies de la torture; leur faiblesse et leurs plaintes complètent alors
le triomphe de leurs ennemis , et réfléchissent : une idée de déshonneur sur leurs concitoyens {.
Les hostilités continuelles quisubsistent parmi | les tribus américaines produsent des.effetstrès |
funestes. Comme ils n'ont pas assez d'industrie
pour amasser, même -en temps de paix, des | provisions de subsistance au-delà du nécessaire, lorsque l'irruption d’un ennemi vient dévaster |
leurs terres cultivées ou. les troubler dans leur
chasse, c'est une calamité. qui réduit presque |
toujours à une extrême disette un peuple naturellement dépourvu de prévoyance et dé ressources; tous les habitans du,district -exposé.à
gier-dans les bois ou dans les montagnes, où
compagnons, comme ils jouissent.rarement de quelque intervalle de paix, la perte des hommes est très.considérable parmi les Américains, eu égard au degré de population./La famine et la guerre se réunissent pour diminuer leur nombre. Toutes les.tvibus sont faibles, et plusieurs de-celles qui étaient autrefois puissantes sesont épuisées par degrés et ont à da:fin dispaiw: il n'en reste aujourd'hui que.le nom2.
Pour remédier à cet affaiblissement :aontinuel, il y a des tribus qui cherchent ;à réparer leurs forces nationales en adaptant:les prisonniers faits à la guerre, et qui, par cet expédient, préviennent leur extinction totale, Cet .usage n'est cependant ,pas universellement établi, Le ressentiment agit.en général avec plus de force
! Charlevoix, Mist. de la Nouv.-France, M], 248-385. De la Potherie, 111, 48,
* Charlevoix, ist, de la Nouv.-France, 11; 202-429.
Gumilla, 1, 227
sur les sauvages que les considérations de poli
. tique. Presque tous leurs captifs étaient ancien-
nement sacrifiés à la vengeance , et ce n'est que depuis que leur nombre a commencé à diminuer sensiblement qu'ils ont adopté des usages plus doux. Mais ceux qui se trouvent ainsinaturalisés renoncent pour jamais à leur patrie, et prennent si absolument les mœurs et les passions du peuple qui les adopte !, qu'ils se joignent souvent à ses guerriers dans des expéditions contre leurs :anciens concitoyens. Un changement si subit et si contraire à un des sentimens les plus puissans que donne la nature paraîtrait étrange chez tous les peuples ; mais il est encore plus inexplicable dans les peuplades où les animosités nationales sont si violentes et si profondément enracinées. Cela parait cependant résulter naturellement des principes sur lesquels la guerre se'fait.en Amérique. Chez des nations dont l'objet est .d’exterminer leurs ennemis, l'échange des prisonniers ne peut point
. avoir dieu. Du moment qu'un guerrier.est pris à la guerre, sa tribu et ses parens le regardent cette invasion sont forcés d'ordinaire à se réfu-
comme mort ( 75 ). Il s'est couvert d'une honte
| ineffaçable en'se laissant surprendre par un enils ne trouvent que très peu de moyensde subsister, et où une grande partie périt. Malgréles précautions extrèmes avec lesquelles leurs opé- : rations militaires sant dirigées, et le:soin que | prend chaque chef pour conserver la vie de ses |
nemi, et s'il revenait avec cette tache à son honneur, ses/plus proches parens neile recevraient
pas et même ne voudraient pas avouer qu'ils le connaissent ?, 11 y'avait même des tribus où l’on étaitencore plus rigoureux. Lorsqu'un prison-
nier revenait parmi les siens, ils croyaient de-
voir expier le déshonneur dont il avait'couvert
son paysien le mettant à mort sur-le-champà.
Le malheureux prisonnier.se voyant donc pros-* crit de sa:patrie, etiles liens qui l’attachaient à
elle étant irvévocablement brisés , il nléprouve
aucune répugnance à euntracter de nouveaux
engagemens avec des étrangers, qui non-seule-
ment le délivrent d’une mort cruelle, mais lui
offrent de l'admettre:à tous les droits de con-
citoyen, La parfaite ressemblance des mœurs
parmi les nations sauvages facilite et complète
cette union, et rien n’empéche.un prisonnier de
transponter non-seulement ses services, mais
mème son affection. à la communauté dans le
sein de laquelle ik vient d'être reçu.
! Charlevoix, Aist. de la Nouv.-France, M, 255. Lafitau, 11, 308.
*,Lahontan , 1], 185.
* Herrera, Decad. I, lib. 4v, cap. xva, p. 128.
sous un ciel doux on a peu besoin de se défen-
Quoique la guerre soit la principale occupation des hommes dans l'état sauvage, et qu'ils mettent leur plus grande gloire à y exceller, ils y ont une infériorité bien marquée toutes les fois qu'ils s'y trouvent engagés avec des nations policées. Dépourvus de la prévoyance qui fait prévenir les événemens futurs et y pourvoir, ne connaissant ni l'union et la confiance mutuelles, nécessaires pour former ‘e vastes plans d'opérations, ni la subordi...10r non moins nécessaire pour en assurer l'exécutiori et le succès , les peuples sauvages peuvent étonner par leur valeur un ennemi discipliné, mais rarement peuvent-ils s’en faire redouter par leur conduite ; et toutes les fois que la guerre sera de longue durée, ils seront forcés de céder à la supériorité de l'art (76). Les Péruviens et les Mexicaips, quoique leurs progrès dans les arts de la civilisation fussent peu considérables, si on les compare rux peuples policés de l'Europe et de l'As': : pris un tel ascendant sur les tribus dont ils étaient environnés, qu'ils en av. amis la plupart avec une grande facilité à leur domination. Lorsque les Européens allérent assaillir les différentes provinces de l'Amérique, cette supériorité se fit sentir d'une manière encore plus frappante. Ni le courage ni le nombre des naturels ne put tenir contre les efforts d’une poignée d'ennemis disciplinés; les querelles et les haines qui divisaient ces peuples sauvages les empêchaient de se réunir pour former un plan de défense commune, et chaque tribu combattant à part, il fut aisé de les subjuguer toutes.
VI. Si les arts des peuples grossiers qui ne | | forme carrée?. Ils mettent souvent eni danger
connaissent point l'usage des métaux méritent qu'on y fasse quelque attention, ce n’est qu’autant qu’ils servent à faire connaître le génie et
les mœurs d’un peuple. Le premier sentiment |
le peine qu'un sauvage peut éprouver doit naître de la manière dont son corps est affecté par la chaleur, le froid ou l’humidité du climat
sous lequel il vit; son premier soin sera donc de | | que de se donner un air plus imposant et plus
chercher à se garantir contre cet inconvénient. Dans les climats plus chauds et plus doux de l'Amérique, aucun des peuples sauvages n'avait
d'habillemens. La nature ne leur avait pas même appris qu'il pôt y avoir quelque indécence à se montrer entiérement nu !. Comme |
à Lery, Navigat. ap. de Bry, I, p. 164. Vie de Co-
dre contre les injures de l'air, et que leur extrême indolence leur faisait éviter toute espèce
| de travail qui n'était pas commandé par la né- : cessité , tous les habitans des îles et une grande | partie de ceux du continent restaient dans cet
état de nudité absolue. D’autres se contentaient d'un léger vêtement pour satisfaire uuiquement à la décence. Mais quoique nus, ils n'étaient pas sans quelque sorte d’ornemens , et ils arrangeaient leurs cheveux de plusieurs manières différentes. Ils attachaient des morceaux d'or, des coquilles ou des pierres brillantes, à leurs oreilles, à leur nez et à leurs joues!. Ils dessinaient sur leur peau une multitude de figures diverses; ils passaient beaucoup de temps et prenaient beaucoup de peine pour parer leurs personnes d'une manière bizarre. Mais la vanité, qui trouve des occasions sans nombre d'exercer l'invention et l’industrie dans les pays où la parure est devenue un art très compliqué, doit se trouver circonscrite dans un cercle très étroit et boruée à un très petit nombre d'objets chez des sauvages nus; aussi ces peuples ne se contentent-ils pas de ces simples ornemens dont nousavons parlé, et ils ont un singulier penchant à changor les formes naturelles de leurs corps. Cette pratique était universelle chez les tribus les plus grossières de l'Amérique. Leurs opéra-
| tions pour cet objet commencent à l'instant
même où l'enfant est né. Quelques peuples , en lui comprimant les os du crâne, encore mous et flexibles, lui aplatissent la couronne de la tête, Quelques-uns donnent à la tête la figure d’un cône ; d'autres cherchent à lui faire prendre une
la vie de leurs enfans par ces efforts violens et absurdes pour déranger le lan de la nature sous le vain prétexte de le perfectionner. Mais dans tous ces moyens que les Américains prenaient , soit pour orner leurs personnes ou pour changer leurs formes naturelles, ils semble:
s'être moins proposés de plaire ou de s'embellir
redoutable. Leur goût de parvre se rapportait
lomb, chap. xxiv. Venegas , Æist. of Californ., p. 70,
1 Lery, ap. de Bry, NM], 165. Le'tr. édif., 20-223,
* Oviedo, Æist., lib. nu, cap. v. Ulloa, 1, 329. Labat, Pory., N, 72. Charlevoix, lil. Gumilla, 1, 97. Acugna, Relat. de la riv. des Amaz., 11, 83. Lawsow's, Foy. to Carolina, pag. 33.
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plus à la guerre qu'à la plaisanterie. Il y avait entre les deux sexes une subordination si marquée, qu'elle éteignait jusqu'au désir de se paraître mutuellement aimables. L'homme aurait cru au-dessous de lui de se parer pour plaire à celle qu'il était accoutumé à regarder comme son esclave. C'était lorsqu'un guerrier se proposait d’être admis au conseil de sa nation ou d'entrer en campagne contre les ennemis, qu’il prenait ses plus beaux ornemens et qu’il parait
sa personne avec le plus de recherche et de”
soin!, Le vêtement etla parure des femmes étaient très simples et peu variés; tout ce qu'il y avait de précieux ou de brillant était réservé aux hommes. Dans plisieurs tribus, les femmes étaient obligées de passer chaque jour une grande partie de leur temps à parer et à peindre leurs maris; il ne leur restait pas le loisir de s'occuper de leur propre parure. Parmi une race d’hommes assez hautaine pour mépriser les femmes ou assez insensible pour les dédaigner, elles doivent naturellement devenir paresseuses et négligentes, tandis que le goût de la parure, qu'on regarde comme leur passion favorite, est "particulièrement réservé à l'autre sexe 2. C'était tout à la fois la distinction du guerrier et l’une de ses plus sérieuses occupations (7 7). Un usage des Américains qui, au premier coup d'œil, paraît très singulier et très bizarre, n’est qu'un moyen ingénieux que leur sagacité a découvert pour remédier aux principaux inconvéniens de leur climat, souvent brûlant ou humide à l'excès. Tous les peuples qui "’ont pas encore l'usage des vêtemens sont dans l'usage d’oindre leurs corps avec dela graisse d'animaux,des gommes visqueuses et des huiles de différente espèce. Ils arrêtent par-là cette transpiration surabondante qui, sous la zone torride, épuise la force de la constitution et sbrége la durée de la vie humaine; ils se garanussent en même icmos contre l’excessive humidité qui règne pendant la saison des pluies (78). Ils mèlent aussi en certains temps duivrentes couleurs avec ces substances onctueuses et couvrent leurs corps de cette composition. Sous cet impénétra-
1 Wafer's F'oy., p.142. Lery, ap. de Bry, Il, 167. Charlevoix, Aist. de la Nouv.-France, I|, 216-222.
2 Charlevoix, Zist. de la Nouv.-France, I], 278-327. Lafitau, 11, 53. Kalm. Foy. en Amér., 111, 273. Lery, ap. de Bry, I. 169. Purch., Pilgr., IV, 1287. Ribas, Hist. de los Triunfos, 472
bie vernis, non-seulement leur peau se trouve défendue contre la chaleur pénétrante du soleil, mais l'odeur ou le goût de ce mélange écarte aussi loin d'eux les essaims innombrables d’insectes qui abondent dans les bois et das les marécages, surtout dans les climats chauds, et dont la persécution serait intolérable pour des hommes entièrement nus !.
Après le soin de la parure, l’objet qui doit attirer l'attention d’un sauyage est de se former quelque habitation qui puisse lui procurer un abri peur le jour et une retraite pour la nuit. Le guerrier sauvage regarde comme un objet d'importance tout ce qui est lié avec ses idées de dignité
‘ personnelle, tout ce qui a quelque rapport à son
caractère militaire; mais il voit avec la plus grande indifférence ce qui ne concerne que la vie paisible et inactive. Ainsi, quoiqu'il se montre fort recherché sur sa parure , il ne fait guère d'attention à l'élégance ou à la commodité de son habitation. Les peuples sauvages, trop éloignés encore de cet état de civilisation où la manière de vivre est regardée comme une marque de distinction, ne connaissant aucun de ces besoins qui ne peuvent se satisfaire que par différens genres d'industrie, règlent la construction de leurs maisons d’après leurs idées bornées du pur nécessaire. Quelques - uns des peuples d’Amérique étaient encore si grossiers et si peu éloignés de la simplicité primitive de la nature qu'ils n'avaient aucune espèce de cabane. Dans cet état, ils se mettent à l'abri de l’ardeur du soleil sous des arbres touffus, et la nuit ils se forment un couvert de branches et de feuilles(79). Dans le temps des pluies, ils se retirent sous des abris formés par la nature ou creu‘és de leurs propres mains 2. D’autres, qui n'ont point de demeure fixe et qui errent dans les forêts à la recherche du gibier, se logent pour un temps dans des iiuttes qu'ils construisent avec facilité, et qu'ils abandonnent sans peine. Les habitans de ces vastes plaines, inondées par le débordement des rivières dans les grosses pluies qui tombent périodiquement entre les tropiques,
1 Labat, 11, 73. Gumilla, 1, 190, 202. Bancroft, Nat. hist. of Guyana, 81 -280.
+ Lettr. édif., 1, 176; V, 273. Venegas, Aist. of Ca: liforn., V, 176. Lozano, Descript. del gran Chaco, pag. 55. Gumilla, 1, 323. Bancroft, Nat. hist. of Guyana, 271.
construisent des cabanes sur .des bases élevées et fortement. attachées au terrain, ou.bien ils les placent au milieu des branches des.arbres et se garantissent par-là de la grande inondation dont ils sont environnés 1. Tels ont été les premiers "essais des peuples les plus sauvages de
l'Amérique pour se former des habitations. |
Parmi ceux mêmes qui étaient plus industrieux,
et dont la résidence était fixe, la structure des
maisons était extrêmement simple et grossière :
c'étaient de misérables huttes, d'une forme |
quelquefois sblongue et quelquefois circulaire rasser de l'élégance ni mème de la commodité.
y entrer qu'en se courbant jusqu’à terre ou en
rampant sur ses mains. Elles étaient.sans fenê- |
tres, et le toit était percé d’un grand trou par où sortait la fumée.
Il serait au-dessous de la dignité de l'histoire et même étranger à l'objet de mon travail , de suivre les voyageurs dans les autres détails circonstanciés de leurs relations. Un seul trait
mérite d'être observé, parce qu'il est singulier |
et qu'il jette du jour sur le caractère du peuple.
Il y avait quelques maisons assez grandes pour |
y loger quatre-vingts ou cent.personnes. Elles étaient bâties pour recevoir différentes familles qui habitaient sous le même toit (80}, souvent autour d’un feu commun, sans .aucune espèce de cloison ou de séparation entre les espaces qu’elles occupaient respectivement. Lorsque les hommes ont acquis des idées distinctes de propriété ou qu'ilssont assez attachés à leurs femmes
sie, les familles commencent à se séparer et à s'établir dans des maisons particulières, où chacun puisse garder ét défendre ce qu’il a intérêt de conserver. Cette forme singulière d’habitation chez les Américains peut donc être considérée non- seulement comme l'effet de la communauté de biens qui subsistait parmi les différentes peuplades, mais encore comme une preuve de l'indifférence des homines pour leurs femmes. S'ils n'avaient pas été accoutumés à une parfaite égalité, un telarrangement n'aurait pas pu avoir lieu. S'ils avaient:eu une.sensibilité prompte à s’alarmer , ‘ils n’auraient pas exposé
1 Gumilla, 1, 225. Herrera, Decad. 1, lib. 1x, cap. vi. Oviedo, Sommar., pag. 53, C.
la vertu-de leurs femmes aux tentations et aux facilités qui naissaient de ce mélange des différens sexes. On'ne peut s’empècher en même temps d'admirer la concorde qui règne dans ces habitations, où des familles'nombreuses sont ainsi entassées; il n'y a que des hommes d’un caractère trés doux où d’un tempérament flegmatique qui, dans une semblable situation ,
| puissent éviter le tumulte et les animosités !,
Après avoir pourvu à son vêtement et à son habitation, le sauvage doit sentir.la nécessité
: de se:faire des armes convenables pour attaquer où ils necherchaient qu'un abri, sans s'embar- |
ou repousser un ennemi; c'est un objet qui a
| exercé de bonne heure l’industrie et l'invention Les portes en étaient si basses qu'on ne pouvait |
des peuples les moins civilisés. Les premières armes offensives furent sans doute celles. que le hasard présenta, et les premiers efforts de l’art pour les perfectionner durent être.extrèmement
| simples et grossiers. Des massues faites de quel-
que bois pesant, des pieux durcis au feu, .des lances dont la pointe est armée d’un caillou ou d'un os de.quelque animal, sont des armes connues aux nations les plus grossières, mais qui ne pouvaient servir que dans des combats corps à corps. Les hommes ont cherché ensuite les moyens de faire du mal à leurs ennemis à une certaine distance : l’arc et les flèches sont la pre-
| mièreinvention qu'ils aient imaginée pour cet | objet; cette espèce d'armes s’est trouvée. chez
des peuples qui sont encore dans l'enfance de la société, et l'usage en est familier aux habitans de toutes les parties du globe. Il est cependant remarquable qu’il y ait eu en Amérique des tribus
| assez dépourvues d'industrie pour n'avoir pas pour les observer avec inquiétude.et avec jalou- |
encore fait une découverte si simple?, et qui paraissaient ne connaître l'usage d'aucune arme detrait. La fronde, dont la construction n’est pas plus compliquée que celle de Farc, et dont l'usage n'est pas moins ancien chez plusieurs nations, était peu connue des habitans de l'Amérique septentrionale ? ou des îles, mais elle paraît avoir été connue de'quelquesi tribus dans le continent méridional (81). Les naturels de quelques
1 Journal de Grilletet Béchamel duns la Guyane, pag. 65. Lafitau, Mœurs,etc., 11, 4. Torquemada, Y0narq., 1, 227. Joutel, Jorn. hist., 217. Lery, Hist. Brasil, ap. de Bry, MW, 238. Lozano, Descr. del gran Chaco , 67.
3 Piedrahita, Cong. del nuevo reyno, 9-12.
5 Naufr. de Alv. Nun.Cabeca de Paca, cap. x, p.12.
4 Piedrabita, pag. 16.
province l'extrén arme 4 res, gr extrémi de long leurs tè qu'ils :
visent !
Chez d'autre les prir ont ‘dû objets besoins inventi leur nc
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