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railre pour sauver Morton , ne servit qu'à précipiter les mesures que les ennemis de ce seigneur prenaient pour le perdre. Le capitaine Stuart , son accusateur, fut d'abord nommé tuteur du comte d'A rran, et obtint , bientôt après , les biens et le titre de ce malheureux prisonnier, sur quelques prétentions frivoles qu'il y avait formées. Ije nouveau pair fut chargé de conduire Morton de Dumbarton à Edimbourg. Ce choix fut d'un sinistre présage pour le comte. Il envisagea le sort qu'on lui préparait, et il eut la douleur de voir son plus cruel ennemi déjà comblé d'honneurs pour récompense de la noirceur avec laquelle il avait travaillé à le perdre.
Les registresde la cour de justice de ce tempslà sont perdus. Les récits que nos historiens font du jugement de Morton ne sont point eiacts, et donnent peu de lumières sur ce point. Il y a lieu de croire que cette procédure fut très irrégulière, et que tout y respira la violence et l'oppression. Le nouveau comte d'Arran fit mettre à la torture quelques domestiques de Morton , et il inventa des supplices nouveaux pour leur arracher des preuves du prétendu crime de leur maître. Pendant le jugement , on posta de gros corps de gens armés en diffërens endroits de la ville. Les juges étaient tous ennemis déclarés de Morton. Il en récusa plusieurs, mais on n'eut aucun égard à ses récusations. Après une courte délibération, les pairs le déclarèrent coupable de n'avoir pas révélé la conspiration formée contre la vie du fou roi , et d'en avoir été art and part. Il ne fut point surpris de la première partie de la sentence , mais il fut touché de ces mots art and part , qu'il répéta par deux fois avec«véhémence , et en y ajoutant cette exclamation , Dieu sait si cela est ainsi. On prononça la condamnation décernée par la loi pour crime de trahison. Mais le roi fit grâce à Morton de ce supplice cruel et ignominieux , commua la peine, et ordonna que le lendemain le comte serait décapité ’.
Pendant cet intervalle si court et si terrible , Morton conserva une tranquillité d'âme admirable. Il soupa galment , et dormit une partie de la nuit comme à son ordinaire. Il employa le
1 Morton fut décapité avec une machine qu’il avait luimême inventée , et qu’on appelle en Écomc un pucelage. C'est un tranchoir arrêté dans un cadre, et qui, glissaut sur deux coulisses, tombe sur le cou du patient.
reste du temps à des actes de piété , ou à converser sur la religiun avec quelques ministres d'Ëdimliourg. Les ecclésiastiques qui l'assistaient lui parlaient librement de l'état de sa conscience . et lui représentaient tous ses crimes. Ce qu'il avoua par rapport à celui pour lequel il souffrit la mort est remarquable, et supplée en quelque manière à la défectuosité de nos registres. Il avoua qu’à son retour d'Angleterre, après le meurtre de Rizio, liotbwell lui avait fait part de la conspiration formée contre le roi, en ajoutant que la reine eu était instruite, et quelle l'approuvait ; que Bothwell le sollicita de concourir à l’exécution de ce complot, mais qu'alors il refusa absolument d'y entrer ; que , peu de temps après, Botliwcll , secondé par Arcbibald Douglas, l'ayant de nouveau sollicité A ce même sujet , il avait demandé qu'on lui montrât un ordre signé de la main de la reine , et par lequel l’entreprise serait autorisée ; et que, comme on ne lui avait point produit cet ordre , il avait déclaré qu'il ne voulait plus entendre parler de cette affaire. « Au reste, continua-t-il , vil est vrai que je n'ai jamais consenti à celle « trahison , et que je n'ai point aidé à l'exécution «du crime ; et il est également certain que je vn’ai pu ni révéler le complot ni le prévenir: «car à qui aurais-je pu le découvrir? la reine vêtait l’auteur de l'entreprise ; Dandy était une «espèce de sot à qui on ne pouvait pas avec sôvreté confier un secret: Hunlly et Bothwell , qui « avaient la principale autorité dans le royaume. « étaient ceux mêmes qui commettaient le crime. » On est obligé de convenir que ce détail pouvait contribuer à la décharge de Morton. L'apologie qu'il fit de sa conduite par rapport aux grâces qu’il avait répandues sur Archibald Douglas, sachant qu’il était un des conjurés , ne fut pas satisfaisante. Il ne parut pas néanmoins que sa conscience fût en aucune manière troublée à ce sujet >. Lorsque ceux qui le gardaient vinrent l’avertir que la garde était sous les armes , et que tout était prêt :o J'en rends grâce à Dieu . «dit-il, je suis prêt aussi. » Arran , le principal instrument de la condamnation de Morton , commandait la garde, et dans ces derniers momens, où la haine la plus implacable parait ordinairement se ralentir , les ennemis de Mor-
1 Crawf., Mim. Jppend. , J
Ion ne voulurent pis lui épargner celle nouvelle insulte. Il monta sur l'échafaud avec une contenance assurée, dans un grand calme, et sans qu'il partit la moindre altération dans sa voix ni dans son maintien. Apres avoir resté pendant quelque temps en prières, il souffrit la mort avec une intrépidité digne du nom de Doublas. Sa tète fut placée sur la porte de la |;e<He publique d'Édimbourg. Son corps resta . couvert d'un méchant manteau , sur l'échafaud jusqu'au coucher du soleil, et fut ensuite porté par des crocheteurs au lieu destiné pour la sépulture des criminels. Aucun de ses amis n'osa se trouver A son enterrement, ni lui donner des marques publiques d'attachement et de reconnaissance *.
Arran , aussi débordé dans sa vie privée qu'audacieux dans sa conduite publique, donna un nouveau spectacle à ses concitoyens par son mariage infâme avec la comtesse de March. Avant qu’il fût parvenu à ce haut degré de faveur à la cour, il fréquentait la maison du comte de March , et il y était parfaitement bien reçu. Sans aucune reconnaissance des bienfaits du comte, sans aucun respect pour les lois de l'hospitalité, il entretenait un commerce criminel avec la comtesse, femme de son bienfaiteur; femme jeune et belle, mais qui, suivant le récit des historiens contemporains, portait les défauts de son sexe à un excès insoutenable. Arran et sa maîtresse, impatiens d’être gènes dans leurs désirs , souhaitaient avec un égal empressement de pouvoir avouer publiquement leur passion, et de légitimer par un mariage les fruits de leur amour scandaleux. la comtesse forma la demande en séparation de son mari , et elle se servit de moyens qu'une femme qui aurait eu quelque retenue n'aurait jamais osé employer. Les juges, intimidés par Arran, rendirent sans aucun délai la sentence de divorce, et cette scène d'iniquité fut terminée par la célébration du mariage qui se fit avec la plus grande magnificence2, et qui saisit d'horreur les personnes de tout rang et de tout état.
Le parlement se tint cette année , et il s’ouvrit par des querelles fort vives entre Arran et le comte de Lennox qui venait d’ètrc fait duc. Arran, naturellement altier, et séduit par l'ambition démesurée de sa femme, se lassait de vivre sous la
•Crawf.. Mim , 32 t. Spolnv 311. — •/«<<., 3IS,
D' ÉCOSSE. 1 1 i>S t )
protection du duc qu'il avait jusqu'alors recherchée, et il aspirait è devenir son égal, il essaya plusieurs fois de former dans le conseil un parti contre lennox, mais il échoua dans ses entreprises, et il fut banni de la cour. Voyant que le duc était affermi dans les bonnes grâces du roi, il eut recours aux soumissions ; il rampa de nouveau devant le favori , il obtint son rappel , et il reprit son ancien crédit. Cependant il ne négligeait rien pour rendre le duc toujours de plus en plus odieux à la nation. Pendaut tout le cours de res démêlés, il faisait assidûment sa cour au clergé , il affectait un zèle extraordinaire pour la religion protestante, il travaillait à confirmer les soupçons qu’on avait conçus contre le duc, et il ne cessait de le représenter comme un émissaire de la maison de Guise et comme un fauteur du papisme. Ces calomnies, de la part d'un homme qu'on croyait initié dans tous les secrets du duc, trouvèrent plus de créance que n’en méritait l'accusateur. On peut encore attribuer â ces mêmes démêlés divers actes du parlement par rapport à l'église , et qui lui étaient plus favorables qu'à l'ordinaire, particulièrement celui qui abolit l'usage introduit par Morton , de n'établir en quelques endroits qu'un seul ministre pour plusieurs paroisses.
On n'a point parlé depuis quelque temps des affaires ecclésiastiques. L'église n'était pas néanmoins dans une parfaite tranquillité, pendant que le gouvernement civil était le théâtre de tant de révolutions extraordinaires. Deux objets principaux fixaient l'attention du clergé. L'un était l'établissement d'un système de discipline ou de police ecclésiastique. Après de longs travaux et bien des difficultés, on avait donné une forme convenable â ce projet. L'assemblée solennelle l avait approuvé , et avait ordonné qu'il serait présenté au conseil privé pour en obtenir l'approbation en parlement. Mais Morton , pendant son administration, et les deux seigneurs qui , après sa chute, gouvernèrent le royaume, étaient également portés à en empêcher l’exécution. On fit naître des difficultés, on proposa des objections, et on vint à bout d'empêcher que cet arrêté prit force de loi. L’autre point que le clergé avait en vue, était l'abolition de l’ordre épiscopal. Les évêques étaient tellement dévoués au mi , à qui ils devaient leur élévation, que quelques personnes regardaient l'exercice
«le leurs fondions comme dangereux pour la liberté de la nation. Ils avaient obtenu séance dans le parlement , ils étaient distingués par des titres d'honneurs , et ces avantages non-seulement les détournaient de leurs occupations spirituelles, mais ils changeaient même leur caractère et leurs moeurs qui devenaient entièrement opposés 6 ceux du clergé de ce siècle. Les nobles étaient jaloux de leur autorité, le peuple les accusait de mener une vie profane ; les uns et les autres désiraient leur suppression avec un égal empressement, La jalousie personnelle de Melvil contre Adamson , homme d'une profonde érudition , distingué par un genre d'éloquence agréable au peuple , et qui , après la mort de Douglas , avait été nommé archevêque de Saint- André, se mêla aux passions générales et les fit fermenter. On attaquait l’ordre des évêques dans toutes les assemblées. On borna par degrés leurs privilèges , et à la fin on passa un acte , portant que l'office d’évêque, tel qu'il était alors exercé dans le royaume , n'était ni fondé ni autorisé par la parole de Dieu; et on enjoignit, sous peine d'excommunication, ù tous ceux qui étaient pourvus dudit office, de le résigner incessamment, et cependant de s'abstenir de la prédication et de l'administration des sacremens, jusqu'à ce qu'ils eussent reçu la permission de l'assemblée. La cour ne voulut point acquiescer à ce décret. L'archevêché de Glasgow vint à vaquer, le siège fut aussitôt rempli par Montgomery, ministre à Stirling. Cet homme, vain, léger, présomptueux, était plus propre, par les vices de son caractère, à aliéner les esprits du peuple d'un ordre qu’il aurait affectionné, qu'à les réconcilier avec celui qui faisait alors l'objet de leur aversion. Cependant Montgomery fit pn accord honteux avec Lennox; et à la recommandation de ce seigneur , il fut nommé archevêque. Le presbytériat de Stirling, dont il était membre , et celui de Glasgow, oû il devait être transféré, se disputèrent à l’envi l'honneur de le poursuivre à ce sujet. Jacques employa alternativement les voies de douceur et de rigueur pour sauver Montgomery : elles furent également infructueuses. L'assemblée générale était sur le point de prononcer la sentence d'excommunication, lorsqu'un héraut entra dans le lieu oô elle se tenait , et ordonna au nom du roi , et sous peine de rébellion , à tous les mem-
hres qui la composaient , de suspendre la procédure. Ils méprisèrent cette injonction, et après un délai fort court que Montgomery obtint par scs larmes et par des apparences de repentir, la sentence fut à la fin rendue , et , par les ordres de l'assemblée, publiée dans toutes les églises du royaume.
La hardiesse de quelques membres du clergé, particulièrement des ministres d'Edimbourg, répondit à la fermeté de l’assemblée générale. Ils déclamaient tous les jours, avec véliémence, contre la corruption qui régnait dans l’administration des affaires de l’église; et avec cette liberté qu'on se donnait alors en chaire , ils nommaient Lennox et Arran comme les principaux auteurs de tous les maux dont l'église et le royaume étaient accablés depuis si long-temps. Les courtisans , d'un autre côté, portaient des plaintes au roi de l’insolence et de l'esprit séditieux du clergé. Jacques, pour arrêter la licence et l'audace de ces propos, publia un édit par lequel ilétait ordonné à Drury , l'un des ministres quiavaientprisleplusd’ascendantsur le peuple, non -seulement de sortir d’fidimbourg , mais même de s'abstenir de prêcher dans tout autre endroit. Drury se plaignit aux tribunaux ecclésiastiques de cet empiétement sur les privilèges de son office, la doctrine que ce ministre avait prêchée fut approuvée par les juges ecclésiastiques, et ils décidèrent qu'on n'aurait aucun égard à la proclamation du roi. Mais les magistrats ayant arrêté que Drury serait chassé de la ville, conformément aux ordres du roi , ce ministre fut obligé de cesser ses fonctions, et il se retira eu protestant publiquement à la croix d'Édimhourg contre la violence qu'on lui faisait. Tout le peuple, fondant en larmes et jetant de grands cris, accompagna Drury jusqu'aux portes de la ville , et le clergé annonça la vengeance du ciel contre les auteurs de cet outrage *.
L'église sc trouvait dans cette situation critique, l’autorité de ses tribunaux était attaquée, la liberté de ses chaires était restreinte , lorsqu'une révolution subite dans le gouvernement lui procura un secours auquel elle ne pouvait point s’attendre.
Les deux favoris avaient pris un tel ascendant sur le roi , qu'ils exerçaient dans le royaume un
* Laid , Anembl. , 1576, 1582. Spot. , 277. rtc.
pouvoir illimité, et ils portaient l'impudence à l'excès. Jacques faisait ordinairement sa résidence à Dalkeiih ou à Kinneil, endroits appartenant à l.ennox et J Arran. Il y vivait dans une compagnie , et s’occupait à des amusemens peu convenables à un roi. I.i plupart de ceux qui avaient contribué à le placer sur le trône étaient oubliés, pendant qu'on prodiguait les honneurs et les récompenses à ceux qui s’étaient opposés avec le plus d'emportement à l'avènement du roi. Les favoris ne faisaient qu'entretenir le roi des prérogatives de l'autorité royale, et ils les portaient bien plus loin que ne le permettait la constitution de l'Écosse: ces maximes outrées firent, malheureusement pour le jeune monarque, de profondes impressions dans une âme qui n'avait point encore de consistance , et elles furent la sourcede toutes les fautesqu'il fit dans la suite , lorsqu'il fut en possession des deux royaumes On tint dans tous les comtés des cours de justice : les propriétaires des terres furent sommés d’y comparaître , et sur la plus petite transgression de l'uue des formalités introduites en si grand nombre dans le droit féodal, ils étaient condamnés à de fortes amendes, avec une rigueur inusitée et intolérable. On fit revivre la juridiction ancienne et surannée du lord-chambellan sur les bourgs , et ils étaient exposés â des exactions qui n'étaient pas moins onéreuses. On apercevait en même temps un dessein formé d'irriter Élisabeth , et de rompre l'allianre qu’on avait contractée avec cette princesse, que les protestans regardaient comme le principal appui de leur religion en Écosse. On avait établi une étroite correspondance entre le roi et la reine sa mère, et le traité d'association projeté parMaitland pour la réunion de leurs titres à la couronne et le concours de leur administration était déjà fort avancé. Cette association mettait l'autorité du roi dans un danger évident d'ètre entièrement anéantie , ou tout au moins diminuée , et elle ne pouvait pas manquer d'ètre fatale à ceux qui avaient agi avec vigueur coutre Marie.
Toutes ces circonstances soulevèrent les esprits remuans des nobles d'Écosse. Ils résolurent de ne pas souffrir plus long-temps l'insolence des deux favoris, dont la présomption et l'igno-
' fjld, iV, 152
rance étaient également pernicieuses pour le roi et pour le royaume. Élisabeth , qui pendant l'administration des quatre régens avait dirigé absolument les affaires de l'Écosse , voyait avec chagrin que depuis la mort de Motion elle avait perdu touteson influence dans ce royaume ; elle était également irritée contre ces favoris, si opposés à toutes scs vues , et qui maniaient A leur gré l’esprit du roi ; et elle était disposée à soutenir toutes les mesures qu'on prendrait pour le tirer de leurs mains. Les comtes de MareldcGIencairn, le lord itiilliveii qui venait d’ètre créé comte de Gowric, le lord Liodsay, le lord lloyd, le tuteur du lord Glamis, le seigneur d'Oiiphani , et plusieurs autres barons et nobles, formèrent un complot à eet effet. Le# changemeiis dans le gouvernement se font toujours avec lenteur chez les nations policées : tramés dans le plus grand secret, eonduitsavec art, ils sont ordinairement le fruit des intrigues cl de l’industrie ; mais dans ce siècle grossier , ils étaient toujours occasionés par des révolutions subites et soutenues par la violence. Les conjures encouragés par la situation d'un roi subjugué, et par la sécurité de ses favoris , curent aussitôt recours à la force.
Jacques , après avoir resté (vendant quelque temps à Athol, où il prenait avec ses favoris le divertissement de lâchasse, revenait à Édimbourg avec une suite peu uombreuse. Il fot invité de s'arrêter au château de Rulhven, qui était sur le chemin. Comme il ne se doutait de rien, il accepta la proposition , espérant de trouver en cet endroit de nouveaux amusemens. la multitude d'étrangers qu'il y trouva lui donna d'abord quelques soupçons ; et comme ceux qui étaient dans le secret arrivaient successivement d'un moment à l’autre, le concourt de tous ces visages nouveaux augmenta ses appréhensions. Il dissimula néanmoins soigneusement le trouble oit il était , et il annonça une promenade pour le lendemain matin , dans l'espérance de trouver quelque occasion de s'échapper. Mais comme il était près de sortir , les nobles en corps entrèrent dans sa chambre, et lui présentèrent un mémoire contre les procédés illégitimes et la tyrannie de ses deux favoris , les accusant d'ètre les rnnemis les plus dangereux de la religion et de la liberté de la nation. Jacques reçut ces re montrâmes avec une satisfarlion apparente ,
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ninsi que le demandait sa situation actuelle , mais il était fort impatient de sortir. Il s'avance vers la porte de son appartement : le tuteur de Glamis vient au-devant lui et le repousse rudement. latroi s’exhale en plaintes , en reproches, en menaces; et voyant quelles ne faisaient aucun effet, il a recours aux larmes. «Il n'est pas « question de pleurer, lui dit fièrement le tuteur a de Glamis, cela convient à des enfans et non « A des hommes. » Cette dure réprimande fit une forte impression sur l'esprit du roi , et il ne l’oublia jamais. Les conjurés, sans s’embarrasser de scs larmes ni de sa colère, renvoyèrent tous ceux de sa suite qui leur étaient suspects , et ne permirent qu'à ceux qui étaient du complot d’approcher de la personne de sa majesté. Ils traitèrent le roi avec beaucoup de respect , mais ils le gardaient avec soin , et ils ne le perdaient pas de vue un seul moment. Cette action hardie est ordinairement appelée par nos historiens, llie raid of Ruthven l'entreprise deRuthvcn.
Lennox et Arran furent consternés de ce coup imprévu , et si fatal à leur autorité. Le premier essaya , mais en vain, de faire prendre les armes aux habitans d’Êdimbourg pour tirer leur souverain de la captivité. Arran, avec son impétuosité ordinaire , monte il cheval aussitôt qu’il eut appris l’accident du roi , et s'avance, peu accompagné, vers le château de Ruthven. II rencontre un gros corps de conjurés , commandés par le comte de Mar, qui veulent s'opposer à son passage. Il se sépare de sa troupe , ne garde que deux personnes avec lui, et arrive à la porte du château. La vue de cet homme si odieux à sa patrie saisit d'indignation les conjurés, et la mort aurait été à l’instant le prix de son audace , si l’amitié de Gowric , ou quelque autre cause dont nos historiens ne fout point mention , n’avait conservé la vie d’un homme si pernicieux pour le royaume. Cependant il fut renfermé dans le château , sans avoir été admis en la présence du roi.
Jacques tenu dans la captivité par ses propres sujets, et qui ne pouvait pas s'empêcher de laisser apercevoir le mécontentement qu’il avait de leurs procédés , fut néanmoins forcé de déclarer publiquement par une proclamation qu’il approuvait leur entreprise, qu'il était
< laid., lit, lit Spouw. 320. Melv., 357.
en pleine liberté , qu'on ne lui faisait aucune violence, et qu’il défendait que sous prétexte de le tirer des mains des conjurés on formât aucune entreprise contre ceux qui avaient trempé dans le complot de Ruthven. Il ordonna en même temps à Lennox de sortir du royaume avant le 20 de septembre '.
Aussitôt après, deux ambassadeurs arrivèrent de la part d’Klisabelh ; le chevalier George Carey et Bowes. Le prétexte de cette ambassade était la délivrance du roi ; le motif réel était de soutenir les conjurés. le comte d'Angus, qui depuis la mort du comte de Morton son oncle , était en exil , obtint son rappel par l’entremise de ces ambassadeurs, et le retour de ce seigneur, si puissant et si populaire, fortifia beaucoup la faction 5.
Lennox , par des qualités aimables et par la douceur de son caractère , s'était fait beaucoup d'amis ; il avait reçu par des voies indirectes des assurances positives que la bienveillance du roi A son égard n’avait souffert aucune altération. Sa première résolution fut de n’avoir aucun égard aux ordres rigoureux qu'il avait reçus , sachant qu’ils avaient été extorqués au roi et qu’ils étaient désagréables à sa majesté. Cependant la puissance de ses ennemis, maîtres de la personne du roi , soutenus en secret par Élisabeth, approuvés ouvertement par le clergé, lui fit abandonner ce projet dont le succès était douteux , et le danger certain tant pour luimème que pour son souverain. Il différa néanmoins son départ , sous divers prétextes , dans l'espérance ou que le roi trouverait le moyen de se tirer des mains des conjurés , ou que la fortune présenterait quelque occasion favorable de prendre les armes pour le délivrer.
Les conjurés étaient de leur côté fort empressés d'obtenir le suffrage de leurs concitoyens , et même de faire approuver authentiquement leur entreprise. Ils publièrent à cet effet un manifeste fort étendu , où ils exposaient les motifs de leur conduite, et où ils s'efforçaient de justifier cette démarche hardie. Hs cherchaient â soulever l'indignation publique contre les deux favoris. Ils exagéraient leur insolence et leur incapacité. Ils leur reprochaient le mépris des nobles , le violement des privilèges de l’église,
> Uld. , lit, 133, 138.— * Ibid., 152.
HISTOIRE D’ÉCOSSE. Ilô8-’j
l’oppression du peuple, et ils chargeaient ce tableau odieux des couleurs les plus fortes. Ils profitèrent du moment où le roi ne pouvait pas avec sûreté les refuser, cl ils le forcèrent de leur accorder des lettres de rémission dans la forme la plus étendue. Ils ne furent point encore satisfaits d'avoir remporté cet avantage; ils s'adressèrent à l’assemblée du clergé , et ils vinrent aisément à bout d'en obtenir un acte portant :
« Qu'ils avaient fait une œuvre agréable à Dieu,
« avantageuse à leur souverain et à leur patrie. » Parce uième acte, tous les bons prolestans étaient sommés de prêter la main aux conjurés pour achever une entreprise aussi louable ; et pour lui donner plus de force , il fut ordonné à tous les ministres de le publier en chaire, et de menacer des censures de l’église tous ceux qui entreprendraient de s'opposer aux progrès de la lionne cause. Quelques jours après, les états, assemblés extraordinairement, en passèrent un autre tendant au même but , et dans lequel on accordait aux conjurés le pardon général de tout ce qu'ils avaient fait ‘.
Jacques fut d'abord conduit à Stirling par les conjurés, ensuite au palais d’IIolyroodhousc. Ils lui rendaient en apparence tous les respects dus à la majesté royale, mais toutes scs démarches étaient observées avec soin , et il n’avait pas plus de liberté qu'au premier moment de sa détention. Ix-nnox, après avoir plusieurs fois éludé les ordres qu'il recevait de sortir du royaume , fut à la fin obligé de se mettre en chemin. Cependant il s'arrêta encore pendant quelque temps aux environs d’Édimbourg , et il paraissait être toujours dans l’intention de faire quelque effort pour la délivrance du roi. Mais soit que la douceur de son caractère lui donnât de l’éloignement pour toute effusion de sang et pour les désordres des guerres civiles , soit qu'il fût arrêté par quelque autrecausedont la connaissance n’est pas parvenue jusqu'il nous, il abandonna ce projet et passa en France , en prenant son chemin par l'Angleterre. Si le duc de Lennox avait obéi avec chagrin aux du roi, ce prince avait de son cèté rqSSenti dite peine extrême en signant l’ordre qui bajipj*sait je duc hors du royaume. Ils déploraient chacun de leur côté celle dure séparation, sans avoir
• laid., lit. (7;. 1X7, 200. SpoliW. , 322.
ni l’un ni l’autre assez de pouvoir et d’autorité pour l'empêcher. Le duc arriva en France , accablé de fatigue et de douleur, et il fut aussitôt saisi d'une fièvre ardente qui le conduisit au tombeau. Il déclara dans ses derniers momens qu'il mourait dans la religion protestante, et la fermeté qu’il montra sur ce point le justifia pleinement des imputations d'attachement au papisme dont on avait voulu si injustement le charger eu Écosse '. Le duc était le plus ancien dès favoris de Jacques, et celui qu’il chérissait le plus, cl ces avantages le rendaient le ministre le plus utile à son maitre , quoiqu'il ne fût pas le plus habile, la mort même ne put altérer ni refroidir la tendre amitié que le roi avait pour Lennox. Sa postérité ressentit les effets de la bienveillance et de la générosité du roi. Jacques s'honora lui-même en rendant les plus grands honneurs à la mémoire de son favori, et ce trait est un des plus beaux éloges du caractère de ce prince.
Le singulier succès de cette conspiration , qui avait privé Jacques de la liberté , avait retenti dans toute l’F.urope, et la nouvelle en était enfin parvenue à Marie dans le fond de sa prison. Elle avait fait la triste expérience de toutes 1rs injures auxquelles un prince captif peut être èxposé ; et comme la plupart de ceux qui avaient formé l’entreprise contre son fils étaient les mêmes personnes qu'elle regardait comme les principaux auteurs de toutes ses infortunes, sa tendresse maternelle en était alarmée, elle craignait pour son fils le même sort; et ces justes appréhensions aggravaient encore les horreurs de sa situation. Dans cette crise de douleurs, elle se détermina à écrire à Élisabeth. Elle se plaignait d'abord amèrement de la rigueur inouïe dont on usait à son égard , et elle finissait par supplier la reine de ne point laisser le roi d’Écossc à la merci de ses sujets rebelles , et de ne point souffrir qu'il fût réduit à cei état malheureux dans lequel elle avait gémi pendant si long-temps. Le ton d’aigreur et de fermeté qui régnait dans cette lettre caractérisait l'esprit altier de Marie . qu'une longue suite de malheurs n’avait pu abattre, et faisait sentir jusqu’à quel point elle était indignée des art ifiees et de la dureté d’Élisabeth. Mais ce style était
1 Spotsw. , 321.
l>eu convenable aux circonstances oit Marie se trouvait ; elle ne pouvait pas se flatter de rien obtenir par cette voie, et elle n'obtint en effet ni adoucissement aux rigueurs de sa captivité, ni les bons offices d'Elisabeth en faveur du roi d’Écosse1.
Henri III haïssait les princes de Guise, mais il les craignait , et il était souvent obligé , par iwlitiquc, de rechercher leur amitié. Ce fut par celle raison qu'il s'entremit alors avec clialcur pour retirer Jacques des mains d'un parti entièrement dévoué à l’Angleterre. La Molte-Eénclon, ambassadeur de France eu Angleterre, reçut ordre d'aller ù Edimbourg, et d'employer tous scs efforts pour rétablir le roi d'Écosse dans une situation plus convenable à sa dignité. Gomme Élisabeth ne pouvait pas avec bienséance empêcher Fénelon de remplir son ministère, elle le fit accompagner par Davison, qu'elle nomma son envoyé en Écosse. Davison était chargé en apparence de favoriser la négociation de l'ambassadeur, mais il avait des ordres secrets d'épier loules les menées de Fénelon, et de les traverser. Aucun des princes du continent n'avait jusqu'alors reconnu Jacques en qualité de roi d'Ecosse. Ce prince fut flatté de cette ambassade du monarque français. Jacques, dans le transport de sa joie, et touché d'ailleurs de l'objet de la commission dont l'ambassadeur était chargé , fit à Fénelon la réception la plus honorable. Les nobles, qui s'étaient rendus maîtres de la personne du roi , ne voulaient point souffrir celte entremise de la cour de France, qui avait perdu depuis long-temps scs anciennes influences sur les affaires de l'Écosse. le clergé était alarmé du danger auquel la religion serait exposée si les princes de Guise reprenaient leur ascendant dans les conseils de la nation ; et malgré toutes les précautions que le roi prit pour les contenir dans les bornes de la bienséance , les ecclésiastiques déclamaient publiquement contre la cour de France , contre les princes de Guise, contre l'ambassadeur, contre le projet d'une nouvelle alliance avec les persécuteurs déclarés de l’église de Dieu, et ces discours étaient d'une véhémence qu'on n'aurait point soufferte dans un gouvernement plus régulier, mais qui alors était fort ordinaire. l.'ambassadeup, obsédé par Davisou,
* tjmd , 489.
décrédité auprès de> nobles, exposé aux insultes du clergé et du peuple, prit le parti de se retirer, et repassa en Angleterre sans avoir pu rien changer à la situation du roi, ni obtenu aucune réponse à la proposition qu'il avait faite , que le gouvernement fût administré conjointement au nom de Jacques et au nom de la reine sa mère '.
Jacques ressentait plus vivement de jour en jour le chagrin de sa captivité , mais il avait soin de le dissimuler avec beaucoup d'art. Cependant il était continuellement occupé à trouver les moyens de s’échapper. Ses malheurs le rendirent ingénieux , et il dut à la fin, 8 scs propres soins et à scs intrqpies, une liberté qu'il n'avait pas pu obtenir par l’entremise du roi de France, et que la reine d'Angleterre ne voulait point lui procurer. Les conjurés, qui avaient forcé L.ennox à sortir du royaume, et qui tenaient Arran éloigné de la cour , vivaient dans une grande sécurité. Ils croyaient que le temps avait ramené le roi sur leur compte, et qu’il commençait & s’accoutumer à sa situation, et ils le gardaient avec moins d'exactitude. Il s'était élevé entre eux quelques sujets de discorde, et l'ambassadeur de France, qui avait eu soin de les fomenter, avait affaibli le lien de leur union, qui faisait tonte leur sûreté2. Le colonel Guillaume Stuart , qui commandait la troupe de nobles commis à la garde du roi, fut gagné , et ce fol lui qui contribua le plus i rendre la liberté à son maître. On permit à Jacques d'aller de Falkland à Saint- André, sous prétexte de faire visite au comte de Marck , son grand - oncle. Pour ne point donner de soupçon , il logea d'abord dans une maison de la ville qui était tout ouverte. Ensuite il marqua de la curiosité de voir le château, et aussitôt qu'il y fut entré avec quelques personnes affidées de sa suite , le colonel Stuart ordonna qu'on fermât les portes, et laissa dehors tout le reste de sa trotipc. I.c lendemain matin les comtes d'Argyll, de Iluntly , de Crawford , de Monteuse, de Rothes, et autres qui étaient dans le secret , arrivèrent dans la ville avec leurs vassaux. Mar et quelques chefs des conjurés parurent sous les armes, mais ils se trouvèrent si inferieurs pour le nombre, qu'ils auraient tenté inutilement de se remettre à force ouverte
1 Cakl.,lll,307.Spot>w.,324.//p.,n*XU.— 'Cauid 482.
en possession de la persimne du roi , qu’ils gardaient depuis plus de dix mois. Jacques était d'un naturel doux et facile, et ceux qui approchaient de sa personne faisaient ordinairement de vives impressions sur un coeur qui paraissait formé pour être subjugué par ses favoris. Il était J la vérité depuis long-temps animé d'une haine implacable conlre les conjurés; mais il était dans un âge où les ressentiroens sont plus violera que durables , et ceux qui l'avaient offensé pouvaient espérer de trouver des occasions de rentrer dans ses bonnes grâces, et d'y réussir sans y mettre beaucoup d’art , à moins que l'indignation qu'il aurait conçue de cette première insulte, ftiiteâ sa personne et â son autorité, n'eût été portée à l'excès.
Jacques se livra, comme un jeune homme, à des transports de joie de se voir en liberté. Cependant il rut la prudence de suivre les avis du chevalier Jacques Melvil, l'un de ses plus sages conseillers, et il se conduisit avec beaucoup de modération. Il fit appeler en sa présence les chefs des deux fartions, la petite noblesse des environs, les députés des bourgs voisins, les ministres et les chefs des collèges , et il leur déclara que, quoiqu'il cfii été retenu par force pendant quelque temps, il ne voulait imputer ce crime à qui que ce soit; qu’il oubliait tout le passé, qu'il ne conservait aucun ressentiment des fautes commises si fréquemment pendant sa minorité; qu'il accordait un pardon général, et qu'il voulait désormais ne mettre aucune distinction entre ses sujets, et leur porter à tous une égale affection. Pour marque de sa sincérité, il fit une visite au comte de Gowrie, dans le château de Rulhven , et il lui accorda une entière abolition de toutes les fautes qu'on pourrait lui reprocher, relativement au crime commis en ce même endroit ■.
Mais ce prince ne suivit pas long-temps ce plan de prudence et de modération. Le comte d'Arran avait ru la permission de rester pendant quelque temps â Kinneil, l'une de ses maisons de campague. Aussitôt que le roi se vit en liberté, il sentit renaître son affection pour le comte, et il marqua un grand désir de le voir. Les courtisans s’opposèrent fortement au retour de ce favori , dont ils craignaient l'insolence et
' .Melvil, 272.
la tyrannie, et qui par ses crimes était devenu l'horreur de la nation. Cependant Jacques, continuant scs instances, et promettant qu’Arran ne resterait qu'un seul jour à la cour, ils forent obligés â la fin de céder aux importunités du roi. Cette entrevue fit revivre l'ancienne amitié du roi pour le comte. Jacques oublia ses promesses ; Arran reprit en peu de jours tout son ascendant, rentra en possession de toute son autorité , et il l'exerça avec l’arrogance d’un favori sans mérite et avec l'audace qui lui était particulière '.
I -e premier effet de son retour fot un édit concernant les personnes impliquées dans l’entreprise de Huthvcn. Ils étaient sommés de reconnaître leurs fautes avec les plus grandes marques de soumission, et le roi leur promettait un pardon absolu, pourvu que leur conduite â l’avenir ne mit point sa majesté dans l’obligation de se ressouvenir du passé. L'énoncé de cette déclaration était bien différent de cette amnistie illimitée dont on avait flatté les conjurés. Ils ne pouvaient pas avec sûreté se fier â des promesses captieuses accompagnées d'une clause ambiguë , ni faire aucun fond sur la parole d’un jeune prince dominé par un ministre sans foi et sans honneur, par un homme animé du désir de la vengeance , et porté dans ce moment au-delà même des bornes de sa férocité ordinaire : la plupart des chefs de la conspiration de Rulhven, qui jusqu’alors avaient paru avec confiance à la cour, se retirèrent dans leurs maisons; et voyant l'orage dangereux qui se formait sur leurs tètes, ils commencèrent à concerter des mesures pour se retirer dans les pays étrangers !.
Elisabeth , qui avait protégé pendant si longtemps les conjurés, voyait avec le plus grand déplaisir des mesures qui tendaient si visiblement à leur destruction. Elle écrivit au roi sur un ton de fierté et d’aigreur peu usité entre les princes. Elle lui reprochait avec dureté d’avoir manqué à sa parole en rappelant le comte d’Arran à la cour, cl de porter l'imprudence à l'excès en traitant avec tant de rigueur ses meilleurs et ses plus fidèles sujets. Jacques répondit avec force et avec dignité, que des promesses extorquées par la violence et des conditions accordées par des motifs de crainte n’étaient plusobliga-
’ Melv. , 274. — '/but. , 270. SpoUW. , 326. Cald. , IR,
toires lorsque leurs causes n'existaient plus ; qu'il n'appartenait qu'il lui seul de choisir les ministres qu'il jugeait il propos d’employer à son service ; qu'il était il la vérité déterminé à traiter les conjurés avec clémence, mais, que pour le soutien de son autorité, il était nécessaire qu'une telle insulte faite à sa personne ne restât pas entièrement impunie
La lettre d'Élisabeth fut bientôt suivie de l’arrivée de Walsingham , son secrétaire qu'elle avait nommé son ambassadeur en Écosse. Il parut à la cour de Jacques avec un éclat et une magnificence qui lui avaient été recommandés dans le dessein de charmer et d'éblouir le jeune prince. Walsingham eut plusieurs entretiens particuliers avec le roi. L’ambassadeur insista eucore sur les lieux communs contenus dans la lettre de la reine sa maltresse , et le roi répondit dans les mêmes termes qu'il avait écrit à Élisabeth.
L’ambassadeur anglais, après avoir éprouvé l'arrogance du comte d'Arran, et souffert plusieurs indignités de sa part et de celle de ses créatures , s'en retourna en Angleterre sans avoir conclu aucun nouveau traité avec le roi. Watsingham était, après Burleigh , celui qui avait en Angleterre la principale direction des affaires. Le déplacement d’un homme de cette importance, qui abandonnait le cours de ses occupations ordinaires pour entreprendre un long voyage dans un âge avancé, et avec une santé chancelante, paraissait annoncer que quelque affaire importante en était la cause , ou qu'un événement intéressant en serait l'effet ; mais comme on ne vit rien de remarquable dans le cours et dans les suites de cette ambassade, il y a lieu de croire qu'Élisabeth , en employant cet habile ministre, n’avait d'autre intention que de s’instruire exactement de laça pacitéet desdispositions du roi d’Écosse, qui était parvenu â un âge où l'on pouvait former avec quelque certitude des conjectures sur son caractère et sur sa conduite à l'avenir. Jacques, qui possédait tous les talens extérieurs qui font briller dans la conversation, gagna beaucoup à ces entrevues avec l'ambassadeur anglais, qui fit à la reine sa maîtresse un portrait si avantageux de la capacité du roi d’Écosse qu'Élisabeth se détermina à le traiter désormais avec plus dedéccnce et de respect1.
'Mrlv., Î79 — ■/6ù/.,mCjld.,lll,258..tebb 11,536.
La protection déclarée qu’Élisabeth accordait aux conjurés ne fit qu’augmenter la violence des poursuites que Jacques avait ordonnées contre eux. Comme ils avaient tous refusé d'accepter le pardon aux conditions qu'on leur avait offertes, ils furent sommés par une nouvelle proclamation de se rendre eux-mémes dans les prisons. I-c comte d'Angus seul obéit ; les autres ou s’enfuirent en Angleterre , ou bien obtinrent du roi la permission de passer dans les pays étrangers. On tint une assemblée extraordinaire des états. Les membres qui la composaient , séduits par les indignes artifices du comte d’Arran , déclarèrent coupables de haute trahison tous ceux qui avaient participé â l’entreprise de Rutliven ; ordonnèrent que l’acte passé l'année dernière , et qui portait approbation de leur conduite, serait biffé des registres; et s’engagèrent à soutenir le roi pour continuer à procéder contre les fugitifs dans toute la rigueur de la loi.
Les conjurés n'avaient rien fait qui ne fût fort ordinaire dans ce siècle barbare , sous un gouvernement mal établi , dans un temps où les nobles étaient toujours prêts à se mutiner. Cependant il faut convenir qu'ils étaient réellement coupables d'un acte de trahison contre leur souverain ; et que Jacques , qui portait ce jugement de leur conduite, avait de bonnes raisons pour vanter sa clémence, lorsqu'il offrait le pardon aux coqjurés, â condition qu'ils feraient l’aveu de leur crime; mais, d'un autre côté, le roi ayant promis volontairement une amnistie générale, il est certain que les nobles avaient raison de se plaindre de son manquement de foi, et que le roi avait commis une imprudence impardonnable en mettant ainsi la vie des conjurés â la discrétion du comte d'Arran.
Ces fréquentes révolutions faisaient un tort considérable aux affaires de l'église. Pendant que les conjurés furent en possession de l'autorité , le clergé non-seulement recouvra ses privilèges , mais même il les étendit. On avait commencé par déclarer la hiérarchie illégitime, et on avait ensuite pris des mesures hardies pour supprimer l’ordre des évêques et les bannir entièrement de l'église. Si Adamson n'avait pas su adroitement faire naître des difficultés , et traîner l'affaire en longueur, le zèle ardent des conjurés serait venu à bout de priver tous
If» évêques d’Écosse de leur autorité , et peutêtre même de les faire «communier. Lorsque le roi eut recouvré sa liberté, les affaires prirent une face bien différente. La faveur du comte d’Arran, ennemi déclaré de tout bien, et qui n'avait rien de sacré, et la rigueurqu'on exerçait contre des nobles qui étaient les défenseurs les plus zélés du parti protestant, étaient regardés comme des présages assurés de la ruine prochaine de l'église. Le clergé ne pouvait pas cacher ses appréhensions ni se tenir dans le silence à l'aspect du danger qui le menaçait. Drurj-, qui avait été rétabli ministre à Edimbourg , faisait publiquement en chaire l'apologie de l'entreprise de Ruthven. I>e roi entra dans une telle fureur contre lui que, malgré les marques de soumission et de repentir, le ministre ne put fléchir ce prince. Jacques ordonna A Drury de se démettre de son office. André Melvil fut sommé de comparaître devant le conseil privé, et d’y répondre sur la doctrine qu'il avait prêchée dans un de ses sermons dans l’église de Saint-André. On l'accusait d'avoir comparé les maux présens de la nation avec ceux qu’elle avait ressentis sous lcrègncdcjacqucslll, et d’avoir fait sentir indirectement qu’on devait y apporter les mêmes remèdes. Le ministre crut qu’il était de son devoir de soutenir avec fermeté ce qu'il avait avancé. Il déclina la juridiction d'un tribunal séculier dans une affaire qu'il regardait comme purement ecclésiastique. Le presbytériat dont il était membre était, dans son opinion, seul en droit de lui faire rendre compte de ce qu'il avait dit en chaire ; et ni le roi, ni son conseil, ne pouvait, selon lui, sans violer les immunités de l’église, juger en première instance de la doctrine annoncée par les prédicateurs. Cette exemption de la juridiction civile était un privilège que les ecclésiastiques papistes , toujours ardens pour tout ce qui pouvait augmenter l’éclat et l'autorité de leurs corps, avaient ambitionné, et qu’ils avaient à la fin obtenu. Si cette même prétention avait réussi, le clergé protestant serait devenu indépendant du magistrat civil , et au lieu de l’utilité dont il pouvait être à la société, en prêchant les devoirs qui tendent au bonheur et A la tranquillité des peuples, il serait devenu pernicieux en enseignant sans crainte les principes les plus dangereux , ou eu portaut Ica divens A des actious
D’ÉCOSSE. LlôlM!
contraires aux lois. I.c roi , jaloux A l’excès de ses prérogatives, fut alarmé de l'audace de cette entreprise; et comme Melvil, par son savoir et par son zèle, avait acquis la réputation et l’autorité d’un chef de parti, Jacques se détermina A le punir avec une rigueur que celle prééminence rendait nécessaire, et A employer A propos la sévérité [tour déconcerter un projet aussi dangereux. Melvil s'enfuit en Angleterre pour se soustraire A la fureur du roi, et les chaires retentirent aussitôt de plaintes et de gémissemens. On accusait publiquement le roi d'avoir éteint le flambeau des sciences dans le royaume, d’avoir privé l’église du gardien le plus habile et le plus fidèle de sa discipline et de ses privilèges
Ces déclamations et cet emportement du clergé contre les mesures de la cour étaient fort agréables au peuple. les conjurés, quoique chassés du royaume, y avaient toujours conservé beaucoup de crédit. Comme ils avaient tout A craindre du ressentiment d’un jeune prince animé par les conseils forcenés du comte d’Arran , ils ne cessaient de solliciter leurs adhérons de prendre les armes pour leur défense commune. Gowrie, le seul qui s'était soumis au roi, et qui avait accepté le pardon, se repentait d'une démarche qui lui avait fait perdre toute sa considération dans son parti, et qui ne lui avait procuré dans l’autre aucun avantage. Après avoir essuyé bien des mortifications, négligé par le roi , traité avec hauteur par le comte d’Arran, il reçut A la fin ordre de sortir d'Ecosse, et de passer en France. Pendant qu'il attendait A Dundee 3 une occasion de s’embarquer, il apprit que les comtes d'Angus et de Mar, et le tuteur de Gtamis , avaient formé le projet de surprendre le chAteau de Stirling. Dans la situation où était Gowrie, on n'eut pas de peine à lui persuader d’entrer dans le complot. Il différa de s'cmlnrquer, sous différons prétextes, et il se tenait prêt A prendre les armes au jour marqué par les conjurés pour l'exécution de l'entreprise. Ce long séjour A Dundee, sans aucune
1 Spotsw. , 330. Cald. . III, 304.
• l hunier , l>onum ftei, autrefois Taodunum et Aire tum. Petite ville de l’Éeosse septentrionale. Elle est fortifiée et située A trois lieues de Saint-André , vers le nord, dans le comté d’Anous, cl sur l'ewboucburc du Tay, où elle a un bon port.
raison apparente, fit naître des soupçons à la cour, devint fatal à Gowrie , et fit échouer la conspiration. Le colonel Guillaume Stuart fit entourer par quelques soldats la maison où Gowrie était logé , et malgré sa résistance il le prit prisonnier. Deux jours après, Angus, Mar et Glamis, s'emparèrent du château de Stirling, y arborèrent leur étendard , et publièrent dans un manifeste qu’ils n’avaient pris les armes que pour éloigner de la présence du roi un favori qui avait acquis son autorité par des actions indignes, et qui l'exerçait avec une insolence insupportable. Cependant la nouvelle de l'emprisonnement de Gowrie rabattit leur courage. Ils soii|>çonnaient quelque trahison de la part d'un homme qui les avait déjà une fois atiandonnés. De plus, un secours d'argent qu’Llisabeth leur avait promis n'était point payé , et leurs amis et vassaux étaient lents à se rassembler. Ces circonstances augmentaient leurs irrésolutions et leur découragement. La vigueur du roi acheva de les déconcerter. Jacques s'avançait à la tète d'un corps de vingt mille hommes; les conjurés prirent la fuite , passèrent avec précipitation en Angleterre, et eurent bien de la peine à s'échapper '. Cette entreprise formée avec témérité et faiblement soutenue eut le sort ordinaire des conspirations avortées, la: parti des conjurés fût abattu; celui du roi prit de nouvelles forces et augmenta de réputation; l’autorité du comte d’Arran fut affermie ; Jacques et son favori , encouragés par ce succès, prirent des mesures plus hardies, et suivirent sans obstacles tous leurs projets. Gowrie fut la première victime qu'ils immolèrent à leur ressentiment. Après une procédure tout-à-fàit informe, les pairs de la commission déclarèrent Gowrie coupable de trahison , et il fut publiquement décapité à Stirling.
Le roi s'attacha ensuite A rabaisser l'autorité de l'église. Mais, pour réussir dans ce projet , il fallait nécessairement qu’il appelât à son secours l'autorité législative. On assembla â la hâte un parlement. Dans ce moment , où tant de nobles étaient sortis du royaume, où la plupart étaient bannis de la présence du roi , éloignés ou intimidés par l’arrogance du comte d' An-an, l’assemblée ne fut composée que de personnes
1 Hornr , Histoire de la maison de Douglas , 376. Spoiisv., 330.
entièrement dévouées à la cour. Pour dérober au clergé la connaissance des lois qu'on avait projetées, les lords des articles forent engagés par serment au secret. Quelques ministres, qui soupçonnaient le danger dont l’église était menacée ou qui en étaient instruits, députèrent au roi un homme de leur corps pour faire part â sa majesté de leurs appréhensions. L’envoyé fut arrêté â la porte du palais et confiné dans une prison fort éloignée. D'autres se présentèrent pour entrer au parlement : on refusa de les y admettre 1 ; et on fit ensuite des lois qui renversaient totalement la constitution et ta discipline de l’église. On déclara crimes de haute trahison tout refus de reconnaître la juridiction du conseil privé, toute prétention d'exemption de l'autorité des tribunaux séculiers, toute entreprise qui tendrait à diminuer les droits et les privilèges d’aucun des trois états du parlement. On ajouta , que les assemblées civiles ou ecclésiastiques sans la permission ou l’ordre du roi; les propos tenus en public ou en particulier, dans des sermons ou des harangues . renfermant des imputations fausses ou scandaleuses contre le roi et ses ancêtres ou scs ministres, seraient regardés comme crimes capitaux J.
Lorsque ces lois forent publiées à la oroix d’Édimbourg, suivant l'ancien usage , Robert Pont, ministre de Saint -Cuthberts, et l’un des lords de session , fit , contre ces lois , des protestations solennelles, au nom de scs confrères, attendu qu'elles avaient été faites à l’insu du clergé et sans son consentement. Depuis la réformation , les chaires et les tribuuaux ecclésiastiques avaient toujours été regardés comme sacrés. Dans les chaires, le clergé était accoutumé â censurer et à admonester avec une pleine et entière liberté. Dans ses tribunaux il exerçait une juridiction indépendante et sans appel. On voulait attaquer ces deux privilèges, et rendre les gens de l’église aussi faibles qu'ils étaient indigens. L’avarice des nobles leur avait enlevé leurs richesses, l’ambition du roi tendait à les priver de l'autorité qui appartenait â leur ordre. Il n’était pas étonnant que l’alarme fût générale, et que tout retentit de plaintes et de murmures. Tous les ministres d’Ëdimhourg abandonnèrent
1 Caïd., III. 305.
•Pari., VIII. Jacquet VI.
leurs offices el s'enfuirent en Angleterre. les ecclésiastiques les plus célèbres du royaume suivirent leur exemple. 1 a surprise et la désolation étaient générales dans toutes les parties de l’église d'Écosse. Le peuple regrettait des pas-
’ECOSSE. Ilâfnj
teurs qu’il estimait , et dans la consternation où il était d'un événement aussi imprévu , il exhala sa rage contre le comte d’Arran, et commença même à soupçonner le roi d’être ennemi de la religion réformée *.