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mais sans abandonner entièrement les autres moyens. Elle envoya en Écosse Davison , l’un de ses principaux secrétaires, homme habile et délié. Arran , âme vénale , ministre en horreur à ses concitoyens , homme qui ne devait son pouvoir qu’à une faveur mendiée, qu’à la frivolité d’un jeune prince , accepta sans b&iter les offres d'Élisabeth, s'estimant heureux d’acquérir une protection qu’il regardait comme le fondement le plus assuré de sa propre grandeur. Il consentit aussitôt à une entrevue avec le lord llunsdon , gouverneur de Bcrwick. Honoré du titre pompeux de lieutenant général pour le roi, il arriva au lieu du rendez-vous avec un train superbe. Il renouvela, en présence d’flunsdon, les promesses qu’il avait déjà faites d’un attachement fidèle et inviolable aux intérêts de l’Angleterre, et il assura . au nom du roi, que sa majesté ne s’engagerait dans aucune négociation qui pût tendre à troubler la paix établie entre les deux royaumes. Élisabeth commençait à s'occuper du mariage du roi d'Écosse , et elle avait à ce sqjet les mêmes craintes et les mêmes inquiétudes qu'elle avait déjà conçues autrefois à l’occasion du mariage de ta reine, mère du roi ’. Arran se chargea d'cmpècher Jacques d'écouter aucune proposition sur ce point avant que d’avoir précédemment obtenu le consentement de la Veine d'Angleterre.
Les lords bannis et leurs adhérons ressentirent bientôt les effets de l’union qu’Arran venait de contracter avec l’Angleterre. Élisabeth leur avait permis de se réfugier dans scs états, et la plupart de ses ministres croyaient qu’ils devaient s’employer pour leur défense. Cela seul tenait en çyainte le roi d'Écosse et son favori. S'ils s’étaient portés contre eux aux dernières extrémités, ils auraient peut-être ému en leur faveur l'indignation ou la pitié des ministres anglais, qui auraient alors pris ouvertement et avec vigueur la défense des exilés. Mais lorsqu’ils furent délivrés de cesappréhcnsions, ils se hasardèrent à convoquer un parlement, et ils firent passer un acte par lequel Angus, Mar, Glamis, et un grand nombre de leurs adhérons, étaient atteints et convaincus de trahison , leurs biens confisqués et dévolus à la couronne *. Une cou-
1 Cald., III, 491. Melv , 313. Àppend., n“ XLIt.
* CaU. , 111, 527.
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tumc alors établie en Écosse obligeait le roi à partager entre ceux qui lui étaient attachés les dépouilles de la faction qui avait succombé ; Jacques profita de cet usage pour répandre de nouveaux bienfaits sur son favori , qui, par un trafic honteux, obtint pour lui et pour ses associés la plus grande partie des confiscations.
Le clergé ne fut |>as traité avec moins de rigueur. Il fut enjoint à tous lesministres, lecteurs et professeurs des collèges, de signer dans quarante jours un écrit par lequel ils approuvaient les lois qui avaient été faites par rapport à l’église, dans le dernier parlement. La plupart obéirent, intimidés ou corrompus par la cour; d'autres tinrent ferme. Les honoraires de ces derniers furent séquestrés; quelques-uns des plus remuans fureut envoyés en prison , et plusieurs furent obligés de sortir du royaume. Ceux qui avaient cédé furent soupçonnés de n’avoir agi que par des vues d'ambition et d’intérêt. Les autres se firent une grande réputation en donnant des preuves aussi convaincantes de leur bonne foi et de leur fermeté. Les tribunaux ecclêsiastiquesfurent presque tous supprimés. Il restait à peine, en de certains endroits, le nombre suffisant de ministres pour foire le service divin, cl ce petit nombre perdit bientôt toute sa réputation parmi le peuple. On les empêchait de parler des affaires publiques ; le gouvernement, jaloux de son autorité, les mettait même dans la nécessité de régler leurs sentimens et leurs expressions de manière J ne point foire ombrage à la cour. Leurs sermons devenaient ainsi languissons, insipides et méprisables. On pensait généralement que la religion était bannie du royaume par l’exil de ces nobles vertueux e{ de ce clergé fidèle >.
Cependant Elisabeth était occupée à suivre une de ces négociations infructueuses qu’elle avait accoutumé de renouveler tous les 3ns avec la reine d'Ecosse. Elles servaient à amuser cette princesse malheureuse par quelques espérances de sa liberté. Élisabeth y trouvait des moyens pour faire l'apologie de sa conduite et pour éluder les sollicitations des puissances étrangères en faveur de Marie : la reine d’Angleterre s’en servait aussi pour intimider Jacques, et pour lui montrer qu'à chaque instant elle pouvait la
’ Caïd., 111.527.
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mettre en liberté et lui opposer une rivale dangereuse, et qui était en état de lui disputer le trône d'Ecosse. Elisabeth prolongeait ces traités autant qu'elle le voulait, et elle ne manquait jamais de prétextes pour les rompre lorsqu'elle ne les jugeait plus convenables à ses desseins. Celui qui était alors sur le tapis était peut-être plus sincère qu'aucun de ceux qui l’avaient précédé ; mais les circonstances qui en empêchèrent l’effet n'étaient rien moins que frivoles.
Un jésuite, nomméCrichton, passait de Flandre en Ecosse. Des pirates, qui alors infestaient la Manche , donnèrent la chasse au vaisseau sur lequel il était. Crichton, alarmé , déchira des papiers dont il était chargé et les jeta à la mrr. Par un événement tout-à-foit extraordinaire le vent les rejeta dans le vaisseau, et ils furent ramassés par quelques passagers qoi les portèrent à Wade , clerc du conseil privé. Celui-ci , avec une adresse et une patience admirable , vint à bout de les rassembler, et on y trouva le détail d’un complot qu'on disait formé par le roi d'Espagne et le duc de Guise (tour envahir l'Angleterre. La conspiration dans laquelle Throgmorton s’était trouvé engagé avait fait des impressions très vives sur le peuple anglais, qui n’était point encore revenu de ses craiutes et de ses inquiétudes. La découverte de ces papiers , qui paraissait confirmer le complot de Throgmorton, renouvela les alarmes en Angleterre, la consternation y devint générale et excessive. Comme tous les dangers qui avaient menacé l’Angleterre depuis quelques années provenaient ou immédiatement de Marie , ou de ceux qui se serraient de son nom pour justifier leurs sou- Ièvemens et leurs conspirations, on n’avait plus la même compassion de cette reine infortunée, l'intérêt qu'on prenait à son sort diminuait par degrés, la haine et la crainte succédèrent à la pitié. Elisabeth était d'ailleurs adorée de ses peuples. la sagesse et la douceur de son gouvernement faisaient régner en Angleterre la paix et la tranquillité. La reine avait ouvert à ses sujets des sources de richesses inconnues avant elle. Tout ce qui concernait la sûreté de sa personne devenait l'intérêt public et augmentait l’animosité contre la reine d’Ecosse. Pour décourager les adhérons de Marie , on jugea nécessaire de les convaincre par quelque action d’éclat du ferme attachement que les Anglais avaient pour