LIVRE PREMIER
r.ocp d'oeil si n l'iiistoiuk u écosse avaxt la mort de Jacques v.
Les premiers temps de l'Iiistoire d'Écossc se perdent dans l'obscurité de la fable. Les nations, ainsi que les hommes, n'arrivent que par degrés à la force de l'âge. Les événemens de leur enfance, ou de leur tendre jeunesse, ne laissent pas de trace dans la mémoire, et ne méritent guère d'en laisser.
L'ignorance grossière qui régnait anciennement dans tout le nord de l'Europe, les transmigrations continuelles de ses peuples, et les révolutions fréquentes et destructives quelles occasionèrent , mettent dans l'impossibilité de donner aucun renseignement bien authentique sur l'origine de tous les royaumes qui sont établis aujourd'hui dans cette partie du monde. Tout ce qui est au-delà de ce court espace de temps , décrit par des annalistes dignes de foi , est plein d’obscurités , et laisse à l'invention un vide i mmen.se à remplir. Chaque nation, par une vanité inséparable de la nature humaine, a cherché à remplir ce vide en combinant des faits propres à relever son éclat et son antiquité; et l'histoire, destinée il présenter le vrai et à donner des leçons de sagesse, débute par un tissu de fictions et d'absurdités.
Les Écossais sont aussi entêtés de l'antiquité de leur origine qu'aucun de leurs voisins. Ils cherchent à se prévaloir de quelques légendes apochryphes, d'anecdotes encore plus incertaines, tirées de leurs anciens bardes, et ils étalent en conséquence une longue suite de rois plusieurs siècles avant la naissance de Jésus- Christ, avec des détails bien circonstanciés des choses remarquables arrivées sous leurs règucs. Cependant il est certain que pour ce qui concerne l'Êcossc et les' autres pays du nord , les premières connaissances que nous en avons, et
les plus assurées, ne se tirent point de leurs propres auteurs, et qu’on est obligé d’avoir recours à ceux des Romains.
Lorsque les Romains, sous la conduite d'Agricola, portèrent pour la première fois leurs armes au nord de la Bretagne, ils trouvèrent ce pays habité par les Calédoniens, peuple féroce et guerrier. Après les avoir repoussés plutôt que subjugués, ils élevèrent une forte muraille entre les embouchures des rivières de Forth et de Clyde , et ils y fixèrent les bornes de leur empire. L'empereur Adrien , frappé des difficultés qu'il y avait à défendre une frontière aussi reculée, resserra leaj^rnes de la province romaine en Bretagne, et fifeonstruire un nouveau rempart entre Newcastle et Carliste. Les empereurs suivans eurent l'ambition de recouvrer ce qu’ Adrien avait abandonné, et le pays renfermé entre les deux remparts fut possédé alternativement par les Romains et par les Calédoniens. Vers le commencement ducinquième siècle, les incursions des Goths, et autres peuples barbares , obligèrent les Romains à rappeler les légionsqui gardaient les provinces frontières pour venir défendre le centre de leur empire. Ils abandonnèrent alors toutes leurs conquêtes dans la Bretagne.
Le long séjour qu'ils avaient fait dans cette lie avait commencé b polieer ces peuples, et leur avait fait perdre quelque chose de leur ancienne férocité. Les Bretonsdurcnt Meur commerce avec les Romains l’art d'écrire, et celui de chiffrer et de calculer, sansle secours desquels il est impossible de transmettre à la postérité la mémoire des événemens.
Après la retraite des Romains, la Bretagne septentrionale resta sous la domination des
Scots ou Écossais, et de* Piétés. Les premiers, dont lesanteurs romains ne font aucune mention avant la fin du quatrième siècle, étaient vraisemblablement une colonie de Celtes ou Gaulois. On aperçoit celte affinité dans leur langage, leurs mœurs, leurs rites et leurs cérémonies religieuses; circonstances bien plus décisives pour connaître l'origine des nations, que les traditions Fabuleuses ou 1m contes d'annalistes crédulM et mal informés. Les Écossais, suivant l'opinion commune, s’établirent d'abord en Irlande, et, continuant ensuite à s'étendre par degrés le long des côtes, ils abordèrent enfin sur les côtes opposées à cette lie , et y fixèrent leur demeure. Ils eurent pendant plusieurs siècles des guerres vives et sanglantes à soutenir contre les Pietés. A la fin , Kennetb II , le soixante-neuvième roi des Écossais, suivant leur tradition fahuleuse, remporta une victoire complète sur les Pietés, et réunit en une seule monarchie tout le pays renfermé entre la muraille d’Adrien et la mer du Nord. O royaume prit le nom sous lequel il est aujourd'hui connu, et il le reçut de ces peuples qui y étaient d'abord arrivés comme étrangers, et qui y étaient pendant long-temps restés ignorés et peu considérables.
A cette époque l'histoire d'Écosse commencerait i mériter quelque attenflh, si les faits portaient le caractère d’authenticité. Mais en partageant avec les autres nations l’inconvénient d'avoir nos antiquités reculées, ensevelies dans d’épaissM ténèbres, nous avons le malheur particulier de voir nos faits les plus récens couverts à peu près de la même obscurité par la politique envieuse d'Édouard 1", roi d'Angleterre. Vers la fin du treizième siècle, ce prince entreprit de révoqueren doute l'indépendance de l'Écosse, alléguant que ce royaume était un fief de la couronne d'Angleterre, et soumis à tous les devoirs de vassalité. Pour établir cette prétention, il s'empara des archives publiques, il fit piller les églises et Im monastères, il se saisit par force ou par supercherie de plusieurs monumens d’histoire, qui tendaient à prouver, les uns l'ancienneté, d’autres la liberté du royaume d'Écosse ; il en emporta un grand nombre en Angleterre, et ordonna qu'on brûlât le rMtc '. Cette fatale époque devait ensevelir dans l’oubli tous les évé-
1 bue, Etsai , 552.
nemen* passés ; cependant quelques chroniques imparfaites échappèrent à Édouard : des écrivains étrangers avaient recueilli quelques faits des plus importans relatifs à l’Écosse, et une » tradition non suspecte conservait le souvenir des événemens les plus récens. Jean de Fordun, qui vivait dans le quatorzième siècle, rassembla avec un zèle industrieuxeesfragmens épars, et il en tira dM matériaux dont il forma une histoire suivie.
Cet ouvrage fut reçu avec applaudissement par ses concitoyens ; et comme il ne se trouvait plus d’autres monumens plus anciens auxquels on pût avoir recours, cette histoire prit la place des annales authentiques du royaume d'Écosse. On en lira des copies dans plusieurs monastères, et quelques religieux en donnèrent la continuation sous les règnes suivans. Vers le commencement du seizième siècle, Jean Major et Hector Bocthius publièrent leurs histoires d'Écosse , le premier d'un style sec et concis, le second avec plus d’agrément et d’abondance ; mais l’un et l'autre adoptant trop facilement les traditions fabuleuses. Quelques années après, Buchanan entreprit le même ouvrage, et si l'exactitude et l’impartialité se rencontraient avec l'élégance , le goût, la pureté, le nerf de son style, celte histoire pourrait aller de pair avec les plus beaux ouvrages de l'antiquité. Mais au lieu de rejeter les absurdités des anciens chroniqueurs, il s’attaclie i les embellir, il donne des grâces J la fiction, à cm vieillM légendM, qui n’avaient auparavant que de la rudesse et de l'extravagance.
L'histoire d’Écosse peut être divisée en quatre périodes. La première depuis l’origine de la monarchie jusqu'au règne de Kenneth 11. La seconde depuis la conquête de Kenneth sur 1m Pietés jusqu’à la mort d'Alexandre 111. La troisième va jusqu'à la mort de Jacques V. Et la quatrième continue jusqu'à l’avénement de JacquM VI au trône d'Angleterre.
La première période ne présente que fables et conjectures. On doit l'abandonner aux recherches et à la crédulité dM compilateurs de vieilles chroniquM. A la seconde époque on commence à entrevoir la vérité. Celte première lueur s’accroît par degrés : on peut passer légèrement sur Im événemens qu’elle présente, sans s'attacher au détail et à ta discussion. À la troisième époque , l'histoire d'Écosse devient plus intéressante et plus authentique au moyen des