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février ils seraient tenus ou de se soumettre a l'église et d'abjurer publiquement les erreurs du papisme , ou de sortir du royaume ; et qu’avant le 1er janvier ils donneraient leur décision sur celte alternative; qu'ils seraient assurés de vivre ù l'avenir en pleine liberté ; mais que s'ils manquaient à signifier dans le temps prescrit le choix qu'ils auraient fait des deux propositions, ils seraient déchus du bénéfice de cet acte d'abolition , et resteraient exposés à toute la rigueur de la loi *.
Ce nouvel acte de clémence envers les conjurés attira à Jacques bien des reproches, et il n'en résulta aucun avantage.
Les trois comtes dévoués à la superstition du papisme, soumis servilement aux enseignemens de leurs prêtres, et soutenus par les promesses et les espérances d’un secours étranger , continuèrent leur correspondance criminelle avec l'Espagne. Alors la convention desétats prononça que les comtes étaient déchus du bénéfice des conditions qu'on leur avait offertes; et le roi , par une proclamation , les somma de venir eux-mêmes se remettre entre les mains de la justice. La présence d’un ambassadeur anglais contribua peut-être à la vigueur de ce procédé. Élisabeth, toujours attentive aux démarches du roi d'Ecosse, observait la répugnance qu’il avait à punir les lords papistes, et elle le soupçonnait de favoriser en secret leurs desseins. Elle avait envoyé le lord Zouche pour faire b Jacques de nouvelles représentations sur le danger auquel il s'exposait par cette modération déplacée, et pour l'exhorter à poursuivre les conjurés avec toute la rigueur que la situation des affaires rendait indispensable. Les mesures que le roi venait de prendre rendaient sur ce point sa conduite irréprochable, et imposaient silence b l'ambassadeur. Cependant Zouche , oubliant son caractère de ministre public, s'engageadansdes négociations particulières avec tous les nobles d'Écosse opposés aux vues du roi, et il entretenait presque ouvertement une correspondance avecBolhwrlI. Ce seigneur employait de son côté les artifices ordinaires des mécontens, affectait beaucoup d'empressement pour la réforme des désordres publics , et cachait une ambition démesurée sous un zèle apparent contre les conseillers qui em-
' Uld. , IV, 337 Spot»». , 390.
pêchaient le roi de poursuivre les ennemis déclares de la religion protestante. Zouche l’entretenait dans ces sentimens, et l'exhortait au nom de la reine â prendre les armes contre son souverain.
Cependant il y avait peu d'union entre le roi et le clergé : les soupçons et la méfiance entre eux étaient réciproques. Les ecclésiastiques accusaient le roi de trop d'affection envers la faction papiste, et leur jalousie sur ce point était peut-être portée à l'excès. Le roi soupçonnait le clergé d'encourager Bothwell à la rébellion, et et de lui fournir même des secours d'argent , mais cette opinion était sans aucun fondement. L’esprit turbulent de Bothwell n'avait pas besoin d'impulsion pour être porté à des entreprises audacieuses. Il parut à ('improviste aux portes d'Édimbourg , à la tète de quatre cents chevaux. Les prétextes dont il se servait pour colorer ce soulèvement étaient tous extrêmement populaires : le zèle pour la religion , la haine contre le papisme, l’intérêt particulier qu'il prenait à l'honneur du roi et à la liberté de la nation. Jacques, pris au dépourvu , n’était pas en état de défense. 11 n’avait point d'infanterie, et toute son escorte ne consistait qu'en jn petit corps de cavalerie de la suite du lord Home. Dans cette extrémité, il réclama les secours des citoyens d'Édimbourg , et , pour les encourager à agir avec vigueur, il promit de procéder contre les lonls papistes dans toute la rigueur de la loi. le peuple, animé par ses ministres, courut aux armes avec joie ; le roi se mit à leur tète et marcha à l'ennemi. L'indiscrétion du lord Home, qui avait chargé témérairement Bothwell avec un corps de cavalerie fort inférieur, et qui avait été mis en déroute , avait donné au rebelle un premier avantage; cependant il u’osa point attaquer le roi, et il se retira 3 Dalkcith. Ses vassaux, découragés par tant de mauvais succès , l'abandonnèrent bientôt après , et il ne put jamais depuis les déterminer à se mettre en campagne. Il s'enfuit dans ses places ordinaires de retraite, au nord de l'Angleterre : mais Élisabeth se rendit aux représentations du roi d’Écosse, et força Bothwell de sortir de cet asile *.
Le roi était à peine délivré de ce danger lorsque de nouvelles alarmes attirèrent ses at-
1 Spot»»., 103. Cald., IV, 350.
tentions : les lords papistes , en conséquence de leurs négociations avec l'Espagne, avaient, au printemps, reçu de Philippe un secours d'argent : il était difficile de prévoir le parti qu'ils prendraient et quels projets audacieux ce succès pourrait leur inspirer. Onavait lotit à craindre de ces hommes asservis sous le joug de la superstition, et que la clémence du roi n'avait jamais pu ramener ; tout annonçait de leur part les entreprises les plusdésespérées.L'assembléeduclergé en fut alarmée , se mit à déclamer contre eux plus fortement que jamais, et ratifia tout d'une voix la sentence d'excommunication prononcée dans le synode de Fife. Jacques , de son côté , irritéde l'opiniâtreté et de l'ingratitudedes lords papistes, craignant par sa longue tolérance d'indisposer scs propres sujets , et d'inspirer de la méfiance aux Anglais , agit lui-même avec une vigueur qui ne lui était point ordinaire. Il convoqua un parlement ; il y fit le rapport de toutes les circonstances et de toute l'énormité de la conspiration, la1 parlement était peu nomlirrux; la plupart des membres qui y étaient présens tenaient aux conjurés par les liens du sang et de l'amitié. Cependant le roi , par adresse et par importunité, vint à bout de faire rendre contre les rebelles le jugement le plus rigoureux. Ils furent déclarés coupables de haute trahison, déchus de tous leurs honneurs , avec confiscation de tous leurs biens. On fit en même temps de nouveaux statuts , et plus sévères qu'aucun des précédais, contre ceux qui faisaient profession de la religion papiste.
Il restait à mettre la sentence à exécution , et celte entreprise était un objet de la plus grande difficulté. Trois barons puissans, cantonnés dans des endroits presque inaccessibles , soutenus par un prince étranger, étaient plus que suffisons pour en imposer à un monarque d'Écossc. ün n'avait jamais pu obtenir d'Élisabeth d’avancer l'argent nécessaire pour les frais decetlc expédition. Si le roi se mettait en campagne , et l'entreprenait avec ses seules forces, il risquait sa personne et sa réputation. Il eut recours au seul expédient qui lui restait pour soutenir l'impuissance de l'autorité souveraine. Il délégua cette autorité au comte d’Argyll et au lord Forbes, chefs de deux tribus ennemies des conjurés , et il leur donna une commission pour envahir les pays, et s'emparer des châteaux qui apparte-
Googli
flô!Mj LIVRE VIII. 279
liaient a tu rebelles. Bolhwcll, malgré l'ostenta- i ne reviendraient point sans sa permission , lion de son zélé pour la religion protestante, qu’ils n’entreraient plus dans aucune intrigue
venait d'entrer dans une confédération fort contre la religion protestante, et qu'ils n'en-
étroite avec les lords papistes, et le danger de- treprendraient plus de troubler la paix du
venait ainsi de jour en jour plus pressant. Ar- royaume1.
gyll , sollicité par le roi , animé par le clergé, se L’exil des lords papistes rétablit la tranquillité mit en campagne à la tète d’un corps de sept dans la partie septentrionale de l'Écosse, et la
mille hommes. Huntly et Errol vinrent à sa ren- vigueur avec laquelle le roi avait agi contre eux
contre, à Glenlivat, avec une armée bien infé- lui concilia l’affection de ses sujets protestans, ricure en nombre, mais presque toute composée et les remplit de confiance. Mais sa majesté perdes gentilshommes des Pays-Bas, bien montés, dit dans la même proportion et par les mêmes et qui conduisaient un bon train d’artillerie, raisons l’estime des catholiques romains. Ces On livra le combat ; le choc fut des plus fu- derniers avaient soutenu avec tant de chaleur le
rieux , et tel qu’on pouvait l'attendre d'une ini droit de la reine sa mère à la couronne d’Angle-
mitié héréditaire, d’une ancienne rivalité et terre , qu’ils ne pouvaient plus le combattre avec
d’un courage féroce cl indiscipliné. Mais les bienséance. La clémence remarquable du roi en-
montagnards épouvantés par la première dé- vers ceux qui faisaient profession de la religion
charge du canon.auqucl ils n'étaient pasaccou- romaine leur avait donné de telles espérances
tumés , et ne pouvant résister à l'effort de la ca- que son avènement au trône d’Angleterre avait
valeric, furent aussitôt mis en déroute. Argyll , fait jusqu'alors l'objet de leurs voeux et de leurs
jeune homme de dix-huit ans , plein d’ardeur et désirs. Mais la rigueur avec laquelle le roi venait
de courage, fut entraîné par la foule hors du de poursuivre les conjurés et les statuts sévères
champ de bataille, versant des larmes d'indi- contre le papisme auxquels il avait donné son
gnalion de la honte des siens , essayant de les consentement , leur firent apercevoir que ces es-
rallicr, les conjurant de s'arrêter et de venir ré- pérances étaient vaines, et ils commencèrent à
parer leur honneur et la gloire de leur nom '. lui chercher quelque concurrent au trône an-
Jacques , à la première nouvelle de cette dé- glais , pour mettre les droits de ce nouveau pré-
faile, obligé d’engager ses pierreries pour faire tendant en opposition avec ceux du roi. Les pa-
de l'argent3, assembla cependant quelques trou- pistes anglais jetèrent les yeux sur le comte
pes et marcha vers le nord. Il y fut joint par les d’Essex. Ce seigneur était fortement attaché à
irwines, les Keiths, les Leslé, les Forbescs et la religion protestante; mais son Ame noble et
autres familles ennemies de Huntly et d'Errol. généreuse était affectée des horreurs qui se com-
Ces deux comtes, ayant perdu leurs principaux mettaient dans ce siècle, et des cruautés qui
vassaux à Glenlivat . et les autres refusant de s’exerçaient par rapport aux démêlés de reli-
marcher contre le roi en personne, furent obli gion. Les papistes, qui étaient en exil, formè-
gés de se retirer dans les montagnes. Jacques rent un projet plus audacieux et plus analogue
dévasta leurs pays, mit des garnisons dans quel- à la situation où ils se trouvaient. Ils mirent en
ques-uns de leurs châteaux , en brûla quelques avant les prétentions de l'infante d’Espagne,
autres et laissa le duc de l.ennox, en qualité de Parson, jésuite, publia un livre rempli de cita-
son lieutenant, dans cette partie du royaume lions falsifiées, de généalogies fabuleuses, de
avec un nombre de troupes suffisant pour les raisonnemens absurdes , d’invectives amères
empêcher de se rassembler en corps dans ces contre le roi d'Écosse, et dans lequel il s’effbi-
cantous, ou d'infester les pays voisins delà mer. çait de prouver que le droit de l'infante était
Enfin les rebelles, réduits aux dernières extré- préférable à celui de Jacques. Philippe était en
mités par la rigueur de la saison et par la dé- guerre avec la France cl l’Angleterre, il défen-
sertion de leurs vassaux, obtinrent du roi la dait avec bien de la peine, contre la république
permission de se retirer au-delà des mers, et de Hollande, les provinces de Bourgogne qui
Us donnèrent à sa majesté des assurances qu’ils lui étaient restées. Cependant , au milieu de ces
> Cald., IV, 408. — > Birch.', Mtm , 1, 186.
1 Spolsw., 404. Cald. , 373 , etc.
affaires importantes . il saisit avidement ce projet chimérique. Les prétentions de l'Espagne à la couronne , les efforts des papistes , pour détruire les droits du roi, firent de vives impressions sur les protestans anglais, contribuèrent infiniment à écarter leurs préjugés, et préparèrent les voies à l'accession de Jacques au trône d'Angleterre.
Bothwell, ce nom tant de fois répété dans celte histoire, cet homme, fameux par ses forfaits et par son acharnement à troubler la tranquplitéduroi et la paix du royaume, était réduit à l'état le plus misérable. Abandonné par la reine d’Angleterre depuis qu'il s’était associé avec les lords papistes; excommunié par l’église pour cette même confédération; délaissé dans ses malheurs par ses propres vassaux, il avait été forcé d’aller se réfugier en France. Il passa ensuite en Espagne et de là en Italie, où, après avoir abjuré la religion protestante , il traîna pendant quelques années une vie obscure et indigente, ne se faisant remarquer que par ses débauches outrées et par la crapule la plus infâme. Ic roi , toujours prêt à sacrifier les ressentimensles plus forts aux moindres devoirs delà reconnaissance , ne se laissa néanmoins jamais fléchir par les soumissions de Bothwell , et ne voulut entendre aucune sollicitation en sa faveur1.
Le roi perdit cette année le chancelier Maitland , ministre habile, et sur lequel il se reposait depuis long-temps de tout le poids des affaires publiques. Le roi , qui l’avait aimé tendrement pendant sa vie, voulut encore honorer sa mémoire par une pièce de vers qui, pour le siècle où elle fut composée, ne manquait ni de goût ni d’élégance3.
Aussitôt après la mort du chancelier, il se fit un changement considérable dans l’administration du gouvernement. les charges de l’état excédaient alors de beaucoup les revenus du roi. La reine aimait passionnément les fêtes et les amusemens qui entraînaient de grandes dépenses. Jacques n’avait aucune idée de l’économie. On était par ces considérations dans la nécessité indispensable de pourvoir à la levée exacte et rigoureuse des deniers publics et de les ménager avec le plus grand soin. Cette com-
' Wiuw. . Vrfm , I. Spots»., 410. — ’ Ibid., 41t.
mission importante fut confiée à huit hommes de loi qui, de leur nombre, furent appelés ocf avions ’. Les pouvoirs qu'on leur donna étaient très amples et presque illimités. Le roi s’engageait à ne point augmenter leur nombre et à ne point remplir les places qui viendraient à vaquer sans leur consentement , et comme il connaissait sa facilité, il consentit qu’aucune aliénation de ses revenus, aucun octroi de pension, aucun ordre sur le trésor ne fût valable, à moins qu’il ne fût ratifié par la signature de cinq des commissaires. On déclara que tous leurs actes et décisions auraient la même force que les sentences des cours civiles ; et en conséquence de ces décisions, sans qu’il fût besoin d’aucun autre ordre , toute personne pouvait être arrêtée, ou ses biens saisis. Cette juridiction si étendue, et cette disposition absolue des deniers publics, mit entre les mains des commissaires toute la partie exécutrice du gouvernement. En se tenant unis entre eux, ils supplantèrent sourdement et par degrés tous les autres ministres du roi, et ils s’emparèrent de tous les offices honorables et lucratifs. Les anciens officiers de la couronne se voyaient à regret forcés de quitter leurs postes et de les céder à des hommes nouveaux. Les favoris et les jeunes courtisaas murmuraient de ce que les libéralités du roi étaient restreintes par les ordonnances de ces commissaires; le clergé déclamait contre eux, accusant les uns d’apostasie et de papisme , soupçonnant les autres de favoriser secrètement la religion romaine. Cependant les commissaires conservèrent leur autorité malgré le complot général formé contre eux , et ils en furent entièrement redevables au bon ordre qu’ils avaient établi dans l’administration des finances. Au moyen de leurs dispositions , les dépenses nécessaires du gouvernement se firent alors avec plus de facilité qu’en aucun autre temps du règne de Jacques 3.
Le bruit des grands préparatifs qu'un disait alors que Philippe faisait porîa l'alarme en Angleterre et en Écosse. On y craignit une nouvelle invasion de la part de l’Espagne. Jacques
1 Alexandre Scaton. président de la commission, Walter .Stuart , commandeur de Blantyre, lord du sceau privé; David Carnegv, Jean l.indsay, Jacques Elpbinoston, Thomas Harniliou, Jean Mette, clerc des repistrcü, et Pierre Yoong, aumônier. — * Spots, ,413, 43£.
prit les mesures convenables pour la défense de son royaume; mais le zèle du clergé n’en fut point encore satisfait : ce corps avait repris ses anciens soupçons et se méfiait de la sincérité du roi. Jacques avait permis aux femmes des pairs bannis de recevoir les revenus de leurs biens, et de vivre dans leurs maisons. Les ecclésiastiques l'accusèrent d’éluder l'acte de confiscation , et de le rendre sans effet en soutenant les ennemis de la religion protestante. L'assemblée du clergé se mit à délibérer sur l'état du royaume, ordonna un jour de jeûne solennel , et renouvela le Covenant par lequel la nation se liguait pour adhérer à la religion protestante, et la défendre contre tous ceux qui entreprendraient de l’attaquer. Un comité composé des ecclésiastiques les plus distingués, de plusieurs barons et nobles de distinction, se rendirent chez le roi, et lui présentèrent un plan pour la sûreté du royaume et la conservation de la religion. Ils le pressèrent de s'approprier les biens des lords bannis et d'en fermer un fonds pour l’entretien de soldats, de prendre les mesures les plus assurées pour empêcher le retour de ces sujets qui portaient dans le royaume le trouble et la désolation, et de poursuivre à la dernière rigueur tous ceux qui seraient soupçonnés d'ètre leurs partisans.
Rien ne pouvait être plus désagréable au roi que ces représentations; rien de plus opposé â son plan, rien de plus contraire à ses inclinations. Éloigné pendant tout le cours de sa vie des mesures qui pouvaient être traversées, qui annonçaient quelque danger; attaché ù parvenir à ses fins par des voies de modération et par les ressorts de la politique, il voyait avec chagrin les préjugés qui se formaient contre lui et qui faisaient de grands progrès parmi les catholiques romains. Il se détermina à justifier par quelque démarche cette partie de sa conduite qui lui avait attiré leur indignation. Élisabeth était avancée en âge; elle avait été depuis peu en danger de la vie. Si quelque compétiteur papiste venait à se mettre sur les rangs et â lui disputer son droit de succession, une foction aussi puissante que celle des lords bannis pouvait devenir formidable , et toute division parmi ses propres sujets devenait fatale dans une telle conjoncture où tous leurs efforts réunis lui seraient nécessaires. En conséquence , au lieu de U.
ces nouvelles marques de sévérité que le clergé proposait, Jacques voulait adoucir les peines qui avaient été imposées aux lords papistes; ils étaient assiégés dans les pays étrangers par les émissaires de Philippe ; leur ressentiment pouvait les engager â se prêter de plus en plus aux insinuations de l'Espagne, le désespoir pouvait les porter aux actions les plus atroces; Jacques, par ces considérations, se détermina à les rappeler à de certaines conditions dans le pays de leur naissance. Les lords bannis encouragés par ces sentimens du roi , dont ils avaient eu quelque connaissance, et ennuyés de cette vie dépendante et agitée qu’ils menaient dans leur exil , hasardèrent de revenir secrètement en Écosse. Ils présentèrent peu de temps après une requête au roi , et ils lui demandèrent permission d'habiter leurs maisons, en offrant de donner caution suffisante pour assurer l’engagement qu'ils prenaient de vivre en paix à l'avenir et de se contenir dans les bornes du devoir. Jacques assembla une convention di s états pour délibérer sur une matière de celte importance, et sur leur avis, il accorda aux exilés ce qu'ils lui demandaient.
Aussitôt que le clergé fut informé de ce nouvel acte de clémence de la part du roi , les commissaires nommés par la dernière assemblée se rendirent à Edimbourg ; et avec cette précipitation , effet ordinaire de la terreur et du zèle, ils prirent toutes les résolutions qu’ils jugèrent nécessaires pour la sûreté du royaume. Ils écrivirent des lettres circulaires â tous les presbytériats d’Écosse ; ils les avertirent du danger dont on était menacé , ils les exhortèrent â soulever le peuple et à l'animer à la défense de ses justes droits; ils leur ordonnèrent de publier dans toutes les chaires l'excommunication lancée contre les lords papistes, leur enjoignant d'envelopper dans la même censure, par une sentence sommaire et sans observer les formalités ordinaires de la justice , tous ceux qui seraient soupçonnés de favoriser le papisme ; et comme le danger leur parut trop pressant pour attendre un établissement permanent de tribunaux ecclésiastiques, ils firent choix des personnages les plus distingués dans tout le clergé du royaume, et ils le nommèrent pour résider habituellement à Édimbourg, avec charge de s'assembler tous les jours avec les ministres de cette
capitale. Ils donnèrent à cette assemblée le nom de conseil permanent île l'église ; ils attribuèrent à ce corps l'autorité suprême, et, se servant de la formule usitée dans l'ancienne Rome, ils les chargèrent de pourvoir 1 ce que l’église ne reçût aucun détriment.
Ces procédés sans exemple, et si cgntraires aux constitutions, étaient des entreprises manifestes contre les prérogatives de la royauté , et des pas hardis vers la rébellion. Cependant il parait que la conduite du roi avait pu jusqu’à un certain point justifier cet excès. Ce prince traitait les papistes avec une clémence qui répugnait aux principes adoptés dans ce siède. Il pardondonnait aux conjurés malgré les assurances positives qu'il avait tant de fois données du contraire; il avait des égards particuliers |xwr lady iluntly, attachée aussi fortement que son mari à la religion romaine, il avait confié la princesse Élisabeth sa fille aux soins de lady Levingston, infectée des mêmes erreurs: il parlait en toute occasion avec mépris du caractère des ministres et de leurs fondions. Toutes ces choses auraient fait naître des soupçons à des esprits moins ombrageux, auraient précipité dans des entreprises téméraires les hommes les moins capables de se livrer aux impulsions d'un zèle indiscret; mais quels que fussent les motifs qui firent agir le clergé , quelque louable que pût être le but qu'il se proposait, il est certain qu'il conduisit scs projets avec peu d'habileté et même avec imprudence. Jacques marqua beaucoup de désir d’éviter une rupture avec le clergé, et quoiqu'il fût alors jaloux de ses droits, il était disposé à accorder beaucoup de choses pour le bien de la paix. Quelques personnes de son conseil privé eurent une conférence avec des membres du clergé, dans lesquels on espérait de trouver plus de modération; et ils leur demandèrent si Hunlly et scs associés ne pouvaient pas, en faisant les soumissions requises, être reçus dans le sein de l’église, cl être affranchis de toute autre punition pour raison de leur apostasie et de leurs crimes précédons. Les députés du clergé répondirent que , quoique la voie de la miséricorde fût toujours ouverte à ceux qui se repentaient et qui venaient à résipiscence, ces seigneurs s'étant rendus coupables d'idolâtrie , crime qui , suivant les lois divines et humaines , méritait la mort , le magistrat sécu-
D’ECOSSE. IIÔ96)
lier ne pouvait pas leur accorder le pardon ; et que quand même l'église voudrait les absoudre, il était du devoir de sa majesté de les punir. Le roi fut indigné de cette inflexibilité de la part • de gens qui étaient regardés comme ceux de leur ordre qui avaient le plus de complaisance et d'humanité. D'un autre cûté , l’imprudence et l'opiniâtreté d'un ecclésiastique le mit en fureur.
David Black , ministre à Saint-André , discourant suivant l'usage ordinaire, dans un de ses sermons sur l'état de la nation, avança que le roi avait permis aux lords papistes de revenir en Écosse, et que par cette action, il avait dévoilé la perfidie de son coeur; que tous les rois étaient les enfans du diable; que Satan donnait actuellement le ton à la cour ; que la reine était une athée; les juges, des mécréans et des séducteurs; la noblesse, impie et corrompue; les conseillers privés, des cormorans et des gens sans religion ; et dans sa prière pour la reine , il se servit de ces termes : «Nous prierons pour «elle, parce que c'est l'usage, mais nous n'avons «point de misons pour cela, elle ne nous fera «jamais aucun bien. » Jacques ordonna que Black fût sommé de comparaître devant le conseil privé pour rendre raison de ses expressions séditieuses. Le clergé, au lieu d'abandonner Black à la punition qu'il méritait pour avoir attaqué scs supérieurs en termes si violens et avec une audace aussi criminelle, eut l'imprudence d’épouser sa querelle, comme si elle était celle de tout le corps. On fil revivre les contestations qui avaient été agitées en Iù84 , au sujet des immunités de la chaire et du droit que le clergé avait de déclamer contre les vices de toute espèce. On prétendit que les ministres , par rapport à l'exercice de leurs fonctions sacrées, n'étaient soumis qu'à la juridiction de l’église ; qu’il n'appartenait qu'à leurs supérieurs ecclésiastiques de juger de la vérité ou de la fausseté des préceptes qu'ils annonçaient dans la chaire; que si le roi, sous quelque prétexte que ce fût, venait à empiéter sur cette juridiction, l'église tomberait à l'instant dans la servitude du magistrat séculier; qu’au lieu de réprimer les vices avec cette honnête liberté qui avait tant de fois été avantageuse à l’état et salutaire aux particuliers, le clergé serait obligé d'apprendre à flatter les passions du prince , et
6 tolérer les défauts des citoyens; «que l'ardeur du roi à punir l’indiscrétion d'un ministre protestant, pendant qu’il se prêtait avec tant de facilité à pardonner aux conjurés papistes, les avertissait de se tenir sur leurs gardes; que le temps était venu de soutenir leurs privilèges et d’empêcher l'usurpation de ces droits dont l'église était en possession depuis la réforraalion. Le conseil de l'église, animé par ces observations, ordonna il Black de décliner la juridiclion du conseil privé. Cet homme présomptueux, fier de trouver cette occasion de déployer son zélé, présenta à ce sujet un mémoire, et refusa avec hauteur de se défendre ou de répondre aux questions qui lui furent faites. Pour donner plus de poids à ce procédé, le conseil ecclésiastique envoya le mémoire de Black aux presbylériats dans toute l’étendue du royaume, et ordonna à tous les ministres de le ÿgner par forme d'approbation.
Jacques défendit ses droits avec une vigueur égale a celle que le eleegé lui opposait. 11 voyait son autorité tomber dans le mépris si le clergé pouvait impunément calomnier en public ses ministres, et si on lui permettait de censurer sa personne en chaire. L'exemple du passé lui annonçait les faibles réparations qu’il pouvait attendre des tribunaux ecclésiastiques pour de telles offenses. Il pressa les informations sur la conduite de Black, et il ordonna par une proclamation aux membres du conseil de C église de sortir d’Édimbourg, et de s'en retourner dans leurs paroisses. Black , au lieu d'obéir aux ordres du roi, renouvela son acte déclamatoire, et le conseil ecclésiastique, au mépris de la proclamation, déclara qu’étant assemblé par l’autorité de l'église, l’obéissance qu'il lui devait était une chose sacrée , et préférable à l'obéissance même qu'ils devaient au roi. Cependant, malgré le refus que Black faisait de se défendre, le conseil privé procéda au jugement , et après une information solennelle, il déclara Black atteint et convaincu des crimes qu'on lui imputait, mais il s’en rapporta au roi sur b punition qu’il plairait à sa majesté de prononcer contre le coupable.
On travailla néanmoins à chercher des voies de conciliation. Tous les jours on proposait quelque nouveau plan. Mais l'inconstance du roi , l'opiniâtreté du clergé et les intrigues des cour-
tisans , rendirent toutes ces démarches inutiles. Les deux partis en appelèrent au peuple, et s'efforcèrent de se rendre réciproquement odieux par des accusations exagérées. L'insolence, la rébellion, la trahison, étaient des crimes que Jacques imputait au clergé. Les ecclésiastiques faisaient de leur côté retentir les chaires de leurs plaintes. Ils reprochaient au roi sa trop grande douceur pour les papistes, et la rigueur excessive avec laquelle il persécutait l’église établie. Jacques, irrité au dernier point de ces invectives audacieuses , prononça enfin la sentence contre Black. Il lui ordonna de se retirer au-delà de la rivière de Spcy, et d'y rester jusqu a nouvel ordre. Il fit un nouveau commandement au conseil permanent de sortir d'Edimbourg; il fit requérir tous les ministres du royaume de signer un écrit par lequel ils s'obligeaient de se soumettre ainsi que les autres sujets à la juridiclion civile, dans les matières civiles et du ressort de cette juridiction.
Ce coup d'autorité du roi alluma le feu de ces passions qui agitent l'âme des rebelles lorsque leurs projets sont déconcertés, cl clics éclatèrent bientôt avec fureur. L'émeute fut en partie occasionée par les intrigues de quelques courtisans qui espéraient de retirer quelques avantages des malheurs de la patrie, ou qui voulaient diminuer la puissance des oct avions en les engageant dans des querelles avec l'église. Ils dirent au roi que les citoyens d’Édimbourg étaient sous les armes toutes les nuits, et qu'ils avaient posé des corps-dc-garde très forts aux environs des maisons de leurs ministres. Jacques, pour punir cette insulte imaginaire faite à son gouvernement , ordonna, par une proclamation, a vingt-quatre des principaux citoyens d'Édimlwurg de sortir de la ville dans six heures. D'un autre côté, ces mêmes courtisans écrivirent aux ministres de veiller à leur s6reté;que Iluntly avait ru un entretien secret avec le roi, et que ce seigneur était l'auteur de cette proclamation sévère contre les citoyens d’Édimbourg '. Les
1 II est certain que testait» furent chargés et aggravés par tirs personne* qui désiraient d'entraîner les deux parti* dan* de* procédés violeu*; cependant ce* deux rapport* n'étaient pas sans fondement. Comme on apposait que le* ministres étaient en danser, quelque» citoyens des plu* zélés se déterminèrent à le* défendre par a force de* armes. (Birch. , Mtm. , n , 250 ) Iluntly était
2fU HISTOIRE
ministres ne doutèrent point de la vérité de ces intelligences secrètes de Ilunlly avec le roi : Jacques ajouta foi aux avis qu'il avait reçus, et de part et d’autre iis donnèrent également dans le piège que les courtisans leur avaient tendu. Les ministres reçurent ta lettre dans le moment même qu'un homme de leur corps allait monter en chaire. Il décidèrent qu’il devait annoncer au peuple le danger dont on était menacé. Le ministre en fit un tableau chargé des plus vives couleurs, employa ces expressions de terreur que la nature inspire aux hommes aux approches de quelque grande calamité. lorsque le sermon fut fini, il invita les nobles et autres personnes de distinction à s'assembler dans la petite église. Le peuple , effrayé de ce qu'il venait d'entendre, y courut en foule; il promit avec serment rie. soutenir l'église; on dressa une requête au roi, dans laquelle on le suppliait de délivrer le clergé descscrainles en éloignant ceux de ses conseillers qui étaient ennemis de la religion protestante. Deux pairs, drux nobles, deux bourgeois et deux ministres furent nommés pour aller présenter la requête.
le roi était alors dans la grande salle de Tolbooth . oh la cour de session était assemblée. Il fut offensé , et des choses que la requête contenait et de la mauière dont elle lui était présentée. Il y répondit avec fierté, les députés insistèrent avec chaleur, et comme une foule de monde entrait dans la salle, le roi se leva , passa précipitamment dans une chambre voisine et ordonna qu'on formât les portes. Les députés retournèrent à la petite église, où le peuple était toujours assemblé, et ils y trouvèrent un ministre qui. pendant leur absence, lisait à ses auditeurs l'histoire d' Aman. Lorsque les députés curent rendu compte de leur Commission et du refus que le roi faisait d'écouter leurs demandes, l'église retentit en un moment de clameurs , de menaces, d’exécrations, et de ces bruits cunfus qui annoncent la fureur d’un soulèvement du peuple. Les uns demandaient leurs armes, d'autres l’épée du Seigneur et deGédéon , quelquesuns criaient qu'on fit paraître le scélérat Aman. Pleins de rage et de fureur, ils sortent brusque-
rCcllmirnt venu secrètement à Edimbourg, et il y avait eu une entrevue , sinon avec le roi , ati moins avec quelques uns de ses ministre*- (Birch. . iUd., 230.)
ment et von S entourer Tolbooth , menaçant la personne même du roi, et demandant qu’on leur livrât certains conseillers, qu'ils nommaieot, pour qu’ils les missent en pièces. Les magistrats employèrent la force et toute leur autorité pour apaiser le tumulte. Le roi essaya d'adoucir les mécontens en promettant de recevoir leurs demandes lorsqu'elles lui seraient présentées d'une manière convenable. les ministres s'aperçurent enfin de leur imprudence , se repentirent d’avoir allumé cet incendie, et ils secondèrent les efforts du roi et des magistrats. La rage de la populace se calma aussi promptement quelle s'était élevée, le peuple se dispersa et le roi retourna au palais, heureux d'avoir échappé à ce tumulte, qui n’était il la vérité qu’un effet subit et momentané d'une foreur populaire, mars qui avait mis sa vie dans le plus grand danger. Jacques regarda aussi toujours cet événement comme un affront impardonnable fait à son autorité '.
Aussitôt que le roi fut sorti de Tolbooth, les chefs des mécontens s’assemblèrent pour rédiger leur requête. I-a punition des lords papistes , l'éloignement des conseillers qui favorisaient leurs personnes ou leurs opinions, la révocation de tous les actes du conseil destructifs de l'autorité de l'église, et un acte portant approbation des arrêts du conseil permanent , étaient les principaux chefs de leurs demandes. Mais l'indignation du roi était portée à un tel point que les députés qui en furent chargés n'osèrent sc risquer à présenter dans cette même journée une requête qui rallumerait infailliblement la fureur de Jacques, et dans la nuit le roi, avec toute sa suite , s'enfuit à Linlithgow. Il exhorta la session et les autres cours de justice à quitter une ville où ils ne pouvaient plus rester avec sûreté et avec bienséance, et il ordonna aux nobles et aux barons de s'en retourner chez eux , et de ne plus se rassembler sans un ordre du roi. La vigueur de ces démarches ralentit le couragedes adversaires de sa majesté, l es citoyens d'Ldimbourg, apercevant combien ils souffriraient de l’absence du roi et du déplacement des cours de justice, commençaient à se repentir de leurs procédés. Les ministres seuls sc déterminèrent à tenir ferme et à soutenir la querelle. Ils tra-
1 Spouw. , 417, etc. Cald. . IV, SI, etc. Birch. , Mtm , II, 2ÏS
tlô96]
vaillèrent à empêcher les nobles de se séparer; ils cherchèrent à soulever les esprits du peuple par des invectives atroces contre le roi ; iis essayèrent de faire signer une association pour liur défense commune; et , jugeant que l’accession de quelque membre de la plus haute noblesse donnerait à leur parti plus de poids et d'autorité, ils firent écrire au lord Hamilton par les ministres d'Édimbourg. Ils mandaient à ce seigneur que le peuple , touché de la parole de Dieu et provoqué par les injures qu’on faisait i l’église , avait pris les armes ; que la plupart des nobles étaient déterminés à protéger la religion protestante, qui devait son établissement à la piété et à la valeur de leurs ancêtres; qu'ils n’avaient besoin que d'un chef pour former un point de réunion et pour leur donner de la vigueur; que son zèle pour la bonne cause, ainsi que sa haute naissance , le mettaient en droit d'aspirer à cet honneur. Ils finissaient par le conjurer de ne point tromper leurs vœux et leurs espérances, et de ne point refuser à l’église opprimée l'assistance qui lui était si nécessaire. Le lord Hamilton, au lieu de répondre à leurs désirs , porta la lettre directement au roi , qui fut tellement irrité de cette nouvelle insulte qu’il ordonna aux magistrats d’Êdimbourg de faire arrêter surle-champ leurs ministres, comme incendiaires déclarés et fauteurs de rébellion. Les magistrats, pour regagner la bienveillance du roi , se disposèrent à obéir, et les ministres, dépourvus de toute autre ressource , s’enfuirent en Angleterre1.
Ce soulèvement, qui tendait à renverser l'autorité du roi, ne servit, par son mauvais succès, qu'à l'établir sur des fondemens plus solides. Ceux qui avaient participé à la rébellion furent perdus et dispersés. Les autres, pour éviter le soupçon de complicité ou gagner les bonnes grâces du roi , se disputaient à qui contribuerait le plus ù satisfaire la vengeance de sa majesté. On assembla une convention des états qui prononcèrent que le drrnier soulèvement était un crime de haute trahison. Il fut ordonné que chaque ministre signerait une déclaration de se soumettre à là juridiction du roi dans toutes les matières civiles et criminelles, les magistrats furent autorisés à envoyer sur-le-champ dans les
•Spouw.,451. Cald , V, 128.
prisons tout ministre qui oserait faire dans ses sermons des réflexions indécentes sur la conduite du roi ; on fit défense à tout tribunal ecclésiastique de s'assembler sans la permission du roi ; on ordonna qu'à l’avenir personne ne pourrait être élu magistrat à Edimbourg qu’avec l’agrément de sa majesté ; et qu’en attendant , les magistrats actuels seraient tenus de découvrir les auteurs de celte dernière sédition, et de leur faire subir les peines qu'ils méritaient, faute de quoi la ville serait soumise elle-même à la punition duc à cette trahison détestable '.
Jacques, armé de l’autorité de ces décrets, entreprit de réprimer entièrement l’esprit mutin de ses sujets. Comme le clergé avait jusqu’alors tiré principalement sa force et son autorité du zèle et de l’appui des citoyens d'Edimbourg, le premier soin du roi fut de les humilier. Les magistrats se rabaissèrent aux plus viles soumissions ; il se justifièrent eux et leurs concitoyens d’avoir jamais eu la moindre intention d’attenter à la personne ou à l’autorité du roi : après les perquisitions les plus exactes , il ne se trouva contre eux aucun soupçon fondé, aucune preuve d'une rébellion préméditée ; plusieurs nobles , et ceux qui parmi le clergé avaient conservé quelque crédit, intercédaient en leur faveur; mais ces sollicitations leur forent inutiles, l’aveu même qu’ils faisaient de leurs fautes ne put fléchir la colère du roi ’. La ville fut déclarée déchue de ses privilèges de ville municipale, et assujettie à toutes les peines dues au crime de trahison. La capitale du royaume sans magistras, sans ministres, sans cours de justice, et proscrite par le roi, était dans le désespoir et la désolation. Les courtisans menaçaient même de raser la ville jusqu'aux fondemens, et d’élcver dans la même place une colonne pour servir à la postérité de monument de la vengeance du roi et du crime des habitans. Jacques à la fin se rendit aux instances d’Élisabeth, qui intercédait pour la ville d'Edimbourg, et aux sollicitations continuelles des nobles. Il remit aux habitaus les peines portées par la loi, mais, en même temps, il leur ôta leurs plus beaux privilèges. Il ne leur fut plus permis d’élire leurs magistrats ni leurs ministres. On leur imposa plusieurs taxes et charges nouvelles, et on exi-
1 Cald., V.US. — • /tU„ 149.
gea d’eux une somme d'argent, comme le prix de la réconciliation
Jacques travailla avec autant d’activité et avec un égal succès à resserrer les bornes de la juridiction ecclésiastique. Mais comme il avait éprouvé que, pour une pareille entreprise, des actes du parlement et des sentences du conseil privé étaient des moyens odirux cl insuffisans, il mit plus d’art dans sa conduite, et il eut recours A des expédiens mieux combinés pour parvenir a ses fins. Les juridictions ecclesiastiques étaient composées de plusieurs membres : la plus grande partie du clergé était dans une extrême indigence, et n’avait point d’horioraires fixés par la loi. Malgré l’égalité établie dans le gouvernement presbytérien , les ministres d’Édimbourg et des environs avaient pris sur l’église un ascendant qui excitait la jalousie de leurs frères. Tout corps nombreux est susceptible d’impressions fortes et subites, et sujet aux influences de la crainte et de la corruption. Jacques, persuadé de cette vérité, sut en tirer avantage. Il jugea qu’il était possible de gagner ce clérgé qu’il avait inutilement entrepris de soumettre. Il envoya par tout le royaume des agens propres à manœuvrer avec succès. Les espérances, les caresses , les menaces furent employées. On exagéra les usurpations des ministres de la capitale. On augmenta la jalousie qu’on avait conçue de leur autorité dans les provinces éloignées On tint en différons temps deux assemblées générales. Quelques chefs du clergé y défendirent avec zèle et avec fermeté les privilèges de l’église : mais la pluralité l'emporta . et dans les deux assemblées ou adopta lou es les mesures qui étaient agréables au roi. Plusieurs usages établis depuis la réformation furent condamnés; plusieurs points de discipline, qui jusqu’alors avaient été regardés comme sacrés et incontestables, furent altolis; on réprima la licence que les ministres se donnaient de discourir sur les matières politiques; on censura la liberté avec laquelle ils se répandaient en invectives contre les particuliers; on déclara illégitimes les sentences d’excommunication rendues sommairement et sans les formalités requises; on défendit la coni oral ion de toute assemblée générale du clergé sans la permission du roi; et le droit de nommer
■ Spoliw., 434,444
les ministres dans les villes principales fut attribué A la couronne. Le clergé se démit ainsi de privilèges qu'il aurait été dangereux de vouloir lui enlever, il se mit de lui-méme sous le joug, et Jacques n’aurait jamais osé entreprendre d’imposer à force ouverte à ce corps des conditions aussi dures que celles qu'il accepta volontairement. Les ecclésiastiques qui persistèrent A s'opposer aux vues de la cour , privés de ces lieux communs propres A émouvoir la populace, de ces exclamations contre lea entreprises du roi sur une juridiction qui ne lui appartenait point , se trouvèrent dans la nécessité de déployer leur éloquence contre leur propre corps , et de tourner la véhémence de leurs déclamations contre les vices et la corruption du clergé '.
Dans ces deux assemblées on permit aux comtes papistes de rétracter publiquement leurs erreurs; on leva la sentence d’excommunication prononcée contre eux , et ils furent reçus dans le sein de l’église. Mais au bout de quelques années ils retournèrent à leurs anciens préjugés, ils se réconcilièrent avec l’église de Rome , et leur apostasie justifia en quelque sorte les appréhensions du clergé et les difficultés qu'il avait faites de leur accorder l’absolution.
Les ministres d’Ëdimbourg obtinrent , par l'intercession de ces mêmes assemblées, la permission de venir reprendre l’exercice de leurs fonctions dans la capitale. Mais cette grâce fut accompagnée de tant de restrictions , que leur autorité fut infiniment diminuée. La ville fut partagée en plusieurs paroisses : on doubla le nombre des ministres ; on eut soin de donner les paroisses nouvelles à des personnes sur la fidélité desquelles le roi pouvait compter, et ce* circonstances, jointes A l’autorité des derniers décrets de l’église, contribuèrent A confirmer cet empire absolu dans les affaires ecclésiastiques que Jacques conserva pendant tout le cours de son règne.
Jacques était tellement occupé de ce nouveau plan établi dans le gouvernement de l’église, que les autres événemens de ce même temps méritent à peine d'ètre rapportés, las oclat ians, toujours en butte â la jalousie des courtisant, divisés entre eux par des factions, donnèrent d’eux- mêmes la démission de leurs
' Spouv* , 433. Catii., V, 189 , 233.
emplois. La perception des revenus reprit son ancienne forme. Le roi et la nation furent ainsi privés du bénéfice de leur économie et des avantages qu'on relirait du bon ordre qu’ils avaient établi dans cette partie de l’administration.
Cette année fut terminée par une assemblée du parlement. Le but de celte convocation était de rétablir Iluntly et ses associés en leurs honneurs et biens, et de révoquer la sentence de proscription rendue contre eus. On employa aussi l'autorité de celte cour suprême à l'établissement d’une innovation dans l’église ; mais le roi, suivant toujours le plan qu'il avait adopté , en fit fairoles premières ouvertures par le clergé. L’acte général de réunion , et celui qui avait établi le gouvernement presbytérien, avaient réduit dans l'indigence et dans le mépris le petit nombre d’évêques qui restait. Les abbayes et les prieurés n’étaient possédés que par des laïques, la plupart pairs séculiers : il ne restait ainsi que très peu de personnes de l'ordre ecclésiastique, et peut-être aucune , qui fussent dans le cas de voter au parlement, ce qui diminuait considérablement les influences de la couronne dans cette assemblée, où l’on ne trouvait plus cette balance de pouvoir et de nombre qu’il était à propas de tenir entre la noblesse et le clergé; mais les préjugés de la nation contre le nom et le caractère d'évêque étaient violens, et Jacques était obligé d’éviter avec le plus grand soin de faire, paraître aucun désir de rétablir cet ordre. Il s'adressa en conséquence aux commissaires nommés par la dernière assemblée du clergé , et ils les engagea à faire des plaintes au parlement de ce que l’église était le seul corps du royaume qui fût privé de représentans dans cette cour suprême , où il était si intéressant pour tous les corps d’avoir quelqu'un engagé par état à défendre ses droits; et à requérir que, suivant l’ancien usage , des membres du clergé , en nombre compétent , y fussent admis pour y avoir séance. La requête fut reçue favorablement. On passa un acte par lequel les ministres qui seraient pourvus par le roi des évêchés et abbayes vncantesétaient déclarés habiles à voter en parlement ; et afin d’ôterau clergé tout soupçon qu’on voulût empiéter sur scs privilèges , on renvoya à l'assemblée générale la décision de la portion d’autorité et de juridiction spirituelle que ces
personnes auraient dans le gouvernement de l'église •.
Cependant le roi trouva plus de difficulté à obtenir le concours des tribunaux du clergé sur un point de l’acte du parlement, qui rencontra de fortes oppositions. Le clergé apercevait tout l’éclat que ce nouveau privilège allait répandre sur tout l’ordre ecclésiastique : il n’était point insensible à cette augmentation considérable de dignité et de puissance que plusieurs particuliers de son corps pouvaient acquérir par cette admission dans le conseil suprême de la nation; mais d’un autre côté l’horreur pour l'épiscopat était portée à l’extrême, et les ecclésiastiques sacrifièrent à ce préjugé leurs propres intérêts et tous les avantages qui pouvaient flatter leur ambition ; malgré les protestations que le roi faisait d’observer et maintenir la constitution présente de l’église, ils se méfiaient toujours de la sincérité de Jacques ; et tous les expédions que sa majesté inventa pour restreindre et limiter la juridiction de ceux qui seraient promus à ce nouvel honneur ne purent calmer leurs jalousies et leurs craintes. Ils connaissaient , par leur propre expérience les progrès que la hiérarchie est capable de faire par ses insinuations ; ils apercevaient que, quoiqu'elle fût d'abord admise avec une autorité modérée et sous des prétextes spécieux , elle pouvait étendre rapidement sa domination. «Vernissez ce modèle, «disait un des chefs du clergé, donnez-lui telles «couleurs que vous voudrez, épuisez toutes les «ressources de l’art pour travestir cet intrus; «sous quelque déguisement qu’il paraisse, je « vois toujours des cornes sous sa mitre. »
Les mêmes sentimens prévalurent chez la plupart des autres chefs du clergé, et ils rejetèrent l’autorité et les honneurs qu’on leur présentait avec plus de zèle et d'empressement que ceux de leur ordre n'en avaieul jamais montré pour les obtenir. Cependant quelques-uns sc laissèrent à la fin gagner par les espérances de leur agrandissement. Le roi et ses ministres employèrent les mêmes artifices dont ils avaient usé l'année précédente avec tant de succès ; et après de longs débats et de fortes oppositions, l’assemblée générale déclara qu'il était permis aux ministres d’accepter la séance au parlement;
1 Spots*. , «0. Part. \Sf. Jacq. VI. c. 235
qu'il serait très avantageux pour l'église d’avoir ses représentais dans cette cour suprême , et qu’on choisirait à cet effet dans le clergé cinquante et une personne, nombre à peu près égal à celui des ecclésiastiques qui avaient autrefois séance au parlement. On ne dérida rien sur la forme de leur élection, ni sur le pouvoir qui leur serait attribué. Ces deux objets tirent la matière d'une autre délibération '.
Cependant Jacques voyait approcher le moment où il devait succéder à la couronne d’Angleterre , et il multipliait scs soins et scs précautions pour rendre son accession plus tranquille et plus assurée. Comme il s’était allié, par son mariage, A plusieurs princes d'Allemagne , il envoya des ambassadeurs extraordinaires â quelques-unes de ces cours pour y exposer la légitimité de son droit au trftne d’Angleterre, et pour leur demander leur assistance, si quelque prétendant voulait lui disputer un titre qui était incontestable. Ces princes reconnurent la justice de sa prétention ; mais les secours qu’ils pouvaient lui donner étaient faibles et éloignés. Dans le même temps Édouard Bruce, ambassadeur de Jacques A la cour d'Angleterre , pressait vivement Élisabeth de reconnaître le droit du roi d'Ecosse par quelque acte public, et de délivrer les Anglais des calamités inséparables des disputes quis'élèvent pour une succession lit igieuse ; mais l'âge n'avait fait que fortifier dans Élisabeth ces passions qui jusqu’alors l'avaient engagée à laisser cette question dans l'obscurité et l’indécision. Jacques n'obtint qu’une réponse vague et indéterminée. L’ambassadeur ayant échoué dans sa négociation auprès de la reine , reçut ordre de sonder les sujets, et d’essayer si ces menées auraient auprès deux plus de succès. Bruce joignait à un secret impénétrable, à un jugement exquis , toute l'adresse nécessaire pour conduire une négociation de cette délicatesse et decette importance. Un ministre de ce caractère avait droit à la confiance des Anglais. Plusieurs personnes du plus haut rang s’ouvrirent A lui sans réserve, et lui donnèrent souvent des assurances positives de la résolution où ils étaient de soutenir le droit de son maître contre tous ceux qui voudraient le lui disputer *. On répandit alors en Angleterre plusieurs écrits , dans les <
• Spotsw , 450. OUI. , V, 278. — • John»., Mï.
quels on faisait plusieurs objections contre le droit du roi d’Écosse. Jacques chargea quelques savans écossais de répondre à ces libelles, et d'exposer les avantages que les deux couronnes pouvaient retirer de la réunion des deux royaumes. Ces livres furent lus avec avidité , et ils contribuèrent beaucoup â faire goûter cette idée aux Anglais, et A les' préparer à cet événement ; mais ce qui concilia le plus A Jacques l’affection des Anglais , ce fut un livre qu'il publia lui-mème cette même année. Il était intitulé Basilicon Doron. Il renfermait des préceptes sur l'art de gouverner , et il était adressé au prince Henri son Bis. Malgré les changemens qui sont arrivés depuis dans la littérature , quoique le goût de la nation ait acquis un degré de délicatesse qu'il n’avait point alors, on ne doit point refuser à cet ouvrage les éloges qu'il mérite, et il est certain que pour la pureté du style et pour la jutesse des pensées, il n’est point inférieur â bien des ouvrages d'auteurs contemporains. On y trouve à la vérité un grand étalage d'érudition, qui nous paraîtrait aujourd’hui insipide, mais qui faisait l'admiration de ce siècle. Il est rempli de ces règles générales pour rendre une nation heureuse , de ces lieux communs de morale qu'on trouve dans de certains auteers spéculatifs. Jacques était capable de traiter celte matière avec beaucoup de succès, mais il manquait souvent des qualités nécessaires pour faire l'application des principes. Cependant cet ouvrage donna aux Anglais la plus haute idée des talens de Jacques , et ils espérèrent que , sous un prince instruit à fond dans l'art de gouverner, et qui avait donné tant de preuves de sa sagesse et de son amour pour ses peuples, la gloire et la prospérité de la nation anglaise seraient portées au plus haut point
Élisabeth pensait bien différemment sur le compte du roi d'Ecosse. Elle soupçonnait ce prince d’avoir de l’éloignement pour la religion protestante, et d'être même dans la disposition prochaine de l’abjurer ouvertement. Elle se fondait sur l’indulgence extrême de Jacques envers les lords papistes; sur la facilité avec laquelle il leur avait pardonné des trahisons répétées ; sur le rétablissement de Beaton . archevêque papiste A Clasgow, qui s’était enfui d'Ecosse lors de la
’ Caoid.,SpoUw., 157.
rclbrmalion , et qu'on avait remis en pssession du temporel de son bénéfice; sur la nomination d'un ambassadeur d'Écosse à la cour de France; sur les éloges que Jacques donnait dans le Basilicon Uorori , à ceux qui avaient été attachés 6 la reine sa mère.
I.cs soupçons d'Élisabeth paraissaient pleinement confirmés par une découverte que fit Gray, qui se trouvait alors en Italie. Cet homme intrigant , plutôt que de mener une vie tranquille, avait eu la bassesse de se faire espion de la cour d'Angleterre.- Il envoya à Élisabeth la copie d’une lettre écrite par le roi d'Écosse au |>ape Clément VIII. Jacques s'v exprimait dans les termes les plus respectueux pour le souverain pontife , il s'étendait sur la reconnaissance qu'il avait de ses bienfaits, il lui déclarait la ferme résolution où il était de traiter avec indulgence les catholiques romains ; et pour établir une correspondance plus directe cl plus suivie entre l'Écossc et la cour de Rome, il sollicitait leppe de promouvoir au cardinalat Drummont, Écossais, évéque de Yaizon *. Élisabeth, qui par une autre voie avait eu quelque vent de cette correspondance1 , fut remplie d'étonnement , et pour acquérir une connaissance plus exacte du fait , elle dépécha Bowes en Ecosse, avec ordre de faire des reproches à Jacques d'une action si pu convenable à un prince protestant. Le roi ne fut pas moins surpris qu'Klisabcth d’une accusation de celle espèce. Il y répondit avec cette confiance que le témoignage seul d'une bonne conscience peut inspirer. Il affirma que le tout était une pure calomnie, et que la lettre avait été forgée par ses ennemis , pour répandre dos doutes sur son attachement sincère A la religion. Klphingston , secrétaire d'état , nia avec autant de fermeté tous les faits allégués par la reine d'Angleterre. Un événement fort extraordinaire fit* voir au bout de quelques années que les informations qu'Élisahelh avait reçues étaient bien fondées, et qu'en même temps la déclaration que le roi avait faite de son innocence était dans la plus exacte vérité, le cardinal Bcllârinin , dans une réponse qu'il publia il un écrit de controverse composé par le roi , accusait sa majesté d'avoir renoncé à ces sentimens favorables quelle avait autrefois pur la religion
> laid., 333.— * Win»., Mm., vol. 1,37, 42.
catholique romaine , et pur preuve de ce qu'il avançait, le cardinal citait la lettre de Jacques au pape Clément VIII. Il n'était plus possible alors de regarder cette lettre comme supposée , et l'affaire était trop délicate pur n'étre ps examinée avec le plus grand soin. Jacques fit aussitôt interroger Elphingslon, et l'aveu de ce secrétaire découvrit le mystère. Il avoua qu'il avait inséré celte lettre parmi d'autres papiers qu'il présentait au roi pur la signature, et quo le roi , ne se doutant point de cette tromprie , l'avait signée, ainsi que les autres expéditions, sans savoir ce quelle contenait. Qu’en faisant cette suprcheric à son maître, il n'avait eu en vue que le bien du service de sa majesté, et qu'en flattant ainsi les catholiques romains d'èlrc traités avec indulgence sous le gouvernement du roi , il avait imaginé qu'il frayait il son maître le chemin au trône d'Angleterre, et qu'il facilitait son accession à cette couronne. Le conseil privé d'Angleterre pensa bien différemment sur la conduite du secrétaire ; il prétendit que cette imposture hardie avait compromis la réputation du roi, et qu'elle avait mis sa vie en danger. Il imputait même la conjuration des poudres A la fureur des papistes , de se voir frustrés des espérances que cette lettre leur avait fait concevoir. Le secrétaire fut arrêté et envoyé en Écosse, pur y être jugé du crime de trahison. Impairs le déclarèrent coupable de ce trime, mais il obtint son pardon par l'intercession de la reine '.
D'autres historiens prétendent que Jacques était instruit de cette correspudance Avec le pape , et si nous devons ajouter foi il ce qu'ils rapprtenl, Elphingslon intimidé pries menaces du conseil d'Angleterre et trompé pr les artifices du comte de Dumhar, déguisa quelques circonstances dans le récit de ce fait , en falsifia quelques autres, et aux dépns de sa propre réputation , aux risques de sa propre vie , il travailla A tirer un voile sur cette partie de la conduite de son mailre 2.
An reste, soit qu'on attribue cette lettre au zèle officieux du secrétaire , soit quelle eût été faite pr le commandement du roi, il est certain que dans ce même temps Jacques faisait beaucoup de démarches pur gagner l'amitié
1 Spolaw. , 456, 507. Jnhnxl., 41b.
* tald.,Tol. V, 322; VI, 117.
des prince* *’;iHn>!i<|no« romains, et qu'il jugeait ces précautions nécessaires pour faciliter son avènement au trône d’Angleterre. I.e lord Home, qui était de la religion romaine , fut chargé (l'une négociation secrète auprès du pape 1 ; l'archevêque de Glasgow agissait de son côté avec beaucoup d'activité auprès de ceux de sa religion2, le pape s'exprima dans des termes remplis d'affection pour la personne du roi, et il montra des dispositions si favorables par rapport aux droits de sa majesté ;1 la couronne d’Angleterre, que Jacques sc rrut obligé , quel- ! ques années après, de lui en marquer publique- | ment sa reconnaissance 3. le chevalier Jacques l.indsay fil de grands progrès en Angleterre, en j engageant tous les papistes anglais à reeon- , naître le droit du roi d'Écossc. Élisabeth avait | reçu indirectement de plusieurs endroits quel- i ques avis de ces intrigues, mais l'incertitude de ces rapports augmentait encore la violence des soupçons quelle avait conçus des desseins du roi. la jalousie qui lui était naturelle, fortifiée I avec l'âge, la portait à observer avec plus d'at- j tention que jamais les démarches du roi d’Écusse.
les questions au sujet de l'élection et du i pouvoir des représentons de l'église au parle- I ment , furent décidées définitivement dans l'assemblée générale du clergé qui se tint J Mont- | rose. On avait choisi cet endroit comme le plus (ximmode pour les ministres de la partie septentrionale, sur lesquels le roi avait le plus de crédit et d'autorité. Cependant quoique la plupart dés membres de cette assemblée fussent sortis des provinces du nord , quoique le roi côt employé tous les moyens possibles pour gagner la pluralité des voix , et qu'il cftt même cherché à en imposer par sa présence , les règlcmens suivons ne passèrent qu'avec de très grandes difficultés. On arrêta que l'assemblée générale présenterait six personnes pour chaque bénéfice vacant donnant séance au parlement , et que le roi en choisirait et nommerait une des six ; que celui qui serait ainsi élu , après avoir pris sa séance au parlement , ne pourrait proposer aucune clmse relative aux intérêts de l'église , ni y donner son consentement , sans être muni d'instructions particulières à cet effet ;
• Winw., !H(m . vnl. Il, 57. — •Cald.,Tol. VI, 117. — * Ibiil. vol. V, 601.
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qu'il serait responsable de sa conclure .1 l'assemblée générale, et qu'il sc soumettrait sans appel il ses censures , sous peine d'infamie et d'exeommunicalion : qu’il serait tenu de remplir les devoirs de pasteur dans les congrégations particulières; qu’il ne pourrait s'arroger aucune juridiction ecclésiastique supérieure à celle de scs frères; que si l'église rendait contre lui une sentence de privation, il serait déchu de plein droit de sa séance au parlement ; qu'il remettrait tous 1rs ans sa commission J l'assemblée générale , et qu'elle lui serait rendue ou rrtirér . suivant ce que l'assemblée , avec l'approbation du roi , jugerait le plus convenable pour le bien de l'église *. Ces réglemcns étaient bleu opposés au génie du gouvernement épiscopal. I.es ecclésiastiques ne prenaient point leur séance au parlement en conséquence des droits de leurs offices , mais en vertu des pouvoirs qu'ils tenaient de leur commission; ils étaient les représentons du clergé, mais ils n'en étaient point les supérieurs ; privés de l’autorité spirituelle , leur juridiction temporelle n'était même que passagère. Cependant Jacques se dallait que ces ecclésiastiques viendraient bientôt il bout de rompre ces chaînes, et qu'ils recouvreraient par degrés tous les privilèges appartenant à l'ordre épiscopal. Ce qui faisait le fondement des espérances du roi était ainsi l’objet des craintes du clergé. Jacques travaillait au rétablissement de l'ordre épiscopal , et le clergé y opposait crtte nomination précaire et subdéléguée, bien moins par rapport il la faible autorité que les évêques avaient alors, qu'en considération de celle qu'ils pourraient, à cequ'on croyait, bientôt acquérir1.
Ces contestations durèrent jusqu’il l’été, et le royaume jouissait alors d'une tranquillité qui ne lui était point ordinaire. Iæ clergé, après bien des efforts, était enfin soumis et considérablement déchu de son ancienne autorité. les comtes papistes étaient rétablis dans leurs honneurs et dans leurs biens par un acte du parlement , et même avec le consentement de l'église. la [aix était rétablie entre les familles des autres nobles, et tous reconnaissaient l'autorité du roi. Ce|tendant. au milieu de ce calme général, la vie du roi fut exposée au plus grand des dangers par un complot inouï et presque inconcevable. Jean
• Spoltxv., 453, 451. Cald., vol. V.308. — •nid. VA
HISTOIRE D'ÉCOSSE
Ruthven, comte de Gowrv, el son frère Alexandre, enfans du comte de Ruthven, décapité en 1681 , étaient les auteurs de cette étrange conspiration. Ces deux jeunes seigneurs, et particulièrement l’alné , étaient doués des plus rares qualités, l'ne excellente éducation avait cultivé el perfectionné en eux ces dons de la nature, et les avait rendus des personnages accomplis. Plus de tatens et de connaissances que n'en avaient ordinairement les hommes de leur rang, un attachement pour la religion bien rare dans le siècle où ils vivaient, de la générosité, de la bravoure, de l'affabilité, leur avaient concilié l'affection de leurs concitoyens, qui, bien loin de les croire capables d'aucun crime atroce, avaient conçu les plus grandes espérances de cet assemblage de vertus prématurées. Avec toutes ces belles qualités, ces jeunes seigneurs furent entraînés par des motifs inconnus dans une conspiration; et si l'on doit ajouter foi aux récits qui ont été faits de cct événement , il mérite d'étre transmis A la postérité comme le complot le plus détestable et le plus mal concerté dont l'histoire ait jamais fait mention.
Le 5 août, le roi, qui pendant la saison de la chasse habitait son palais de Falkland, étant uu jour sorti de grand matin pour aller courre le daim, fut abordé par Alexandre Ruthven, qui vint lui dire avec un grand air de mystère que, la veille au soir, il avait rencontré dans un sentier détourné, aux environs de la maison de son frère, à Pertli, un homme seul, de fort mauvaise mine, et que, l'ayant fait fouiller, il lui avait trouvé sous son manteau un pot rempli de monnaie d'or étrangère pour une somme considérable; qu'il s'était aussilût saisi de l'homme et de son trésor, qu’il le tenait renfermé el garrotté dans une maison écartée, et qu'il avait cru qu'il était de son devoir de venir avant toute chose rendre compte à sa majesté de cet événement singulier. Jacques soupçonna aussitôt que cet homme inconnu était quelqu'un de ces prêtres commerçans qui avait reçu de l’argent des pays étrangers |iour exciter quelque nouvrau soulèvement dans le royaume, el il résolut d’autoriser les magistrats de Pcrth à faire citer ret homme, et à procéder aux informations de toutes les circonstances de re fait. Mais Ruthven s'y opposa, et pressa fortement le roi par une infinité de raisons de marcher droit A Pcrth, et d'exami
ner la chose par lui-mème. Cependant on entra en chasse, et Jacques, malgré la passion qu'il avait pour cette sorte d'amusement, ne pouvait s'empêcher de réfléchir profondément sur la singularité de celte histoire et sur les importunités de Ruthven. A la fin il l'appela , et il lui promit d'aller A Pcrth aussitôt que la chasse serait finie. Cependant la chasse se prolongeait, et Ruthven, qui ne quittait pas le roi d’un moment, le pressait de la terminer. A la mort de la bète , il ne voulut pas donner le temps au roi d'attendre ses relais, et, s’étant aperçu que le duc de Lcnnox et le comte de Mar se préparaient A suivre le roi , il le pria de leur ordonner de rester. Jacques le refusa, et l'air inquiet cl empressé de Ruthven commençait A lui faire naître des soupçons; cependant la curiosité l'emporta , il céda à la fin aux importunités de Ruthven , et il prit le chemin de Pcrth. lorsqu'il fut A un mille de la ville, Ruthven, qui avait déjà envoyé deux exprès A son frère, prit lui-mème les devans pour lui donner avis de l'arrivée du roi. A quelque distance de la ville, le comte , accompagné de plusieurs habitansde Pcrth, vint au devant du roi, qui n'avait qu’une vingtaine de personnes A sa suite. On n'avait fait aucun préparatif (tour le dîner du roi. Le comte avait l’air tout pensif et embarrassé , et il paraissait peu occupé de réparer par des civilités et des manières prévenantes la mauvaise chère qu'il faisait A sa majesté. Lorsque le repas du roi fut fini , on fit passer sa suite dans une autre chambre où le dîner était servi; le roi étant alors presque seul, Ruthven lui dit à l'oreille qu'il était temps de venir dans la chambre où l'homme inconnu était gardé. Jacques lui ordonna de faire venir avec eux le chevalier Thomas Krskine; maisHulhven dépendit au contraire A Krskine de les suivre. Il fit monter le roi par un escalier, le fit passer |iar plusieurs chambres dont il fermait aussitôt les portes , et le fit à la fin entrer dans un petit cabinet où était un homme armé de toutes pièces, l'épée et le |>oignard au côté. Le roi, qui s'attendait A trouver un homme désarmé et garrotté, frémit à ret aspect, et demanda si c’était IA l’homme en question. Ruthven , au lieu de répondre, saisit le poignard de l'homme armé, et, le tenant sur la poitrine du roi ; « Rappelez-vous, «lui dit-il, tout ce que mon père a souffert injustement par votre ordre ; vous êtes mon pri-
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«sonnier : rendez- vous â moi sans résistance et « sans bruit, ou ce poignard va 3 l'instant venger « le sang innocent. » Jacques eut recours ans reproches, aux prières, aux caresses, et cependant l'homme armé, tremblant, pille et défait, n’avait pas le courage de secourir le roi, ni de seconder son agresseur. Ruthyen protesta que si le roi ne faisait aucun bruit sa vie était en sûreté, et, sans qu'on puisse en concevoir la raison , il se retira pour aller appeler son frère, laissant à l'homme armé le soin de garder le roi, qui promit avec serment de ne faire aucun bruit pendant son absence.
Pendant que le roi était dans cette situation dangereuse, ceux qui l'avaient accompagné étaient dans la plus grande inquiétude de savoir ce qu’il était devenu, lin des domestiques de Gowry entra avec précipitation dans la chambre où ils étaient, et leur dit que le roi venait de monter ;'t cheval, et qu'il avait pris le chemin de Falkland. Ils courent tous aussitôt dans la rue; le comte de Ruthvcn demande qu'on lui amène promptement ses chevaux. Cc|>cndant son frère était allé retrouver le roi, et, jurant qu’il n’y avait plus de ressource, il lui annonce la mort, et se prépare à lui lier les mains, le roi, quoique sans défense, ne put soutenir cette indignité. Il se collette avec l’assassin , et il se fit alors entre eux un furieux combat. Le roi, qui pendant l'absence de Rulhven avait engagé cet homme qui le gardait ù ouvrir une fenêtre, y traîne l’assassin , et se met à crier avec une voix terrible : «Trahison! trahison! au secours! on m’assas- « sine!» Ses gens entendirent et reconnurent sa voix; ils virent A la fenêtre une main qui tenait le roi à la gorge , et qui la lui serrait avec violence. Ils volent à son secours, lennox , Mar et plusieurs autres murent au grand escalier et trouvent toutes les portes fermées ; ils les battent avec furie et essaient de les enfoncer. Cependant le chevalier Jean Ramsey gagne un escalier dérobé qui le conduit à la chambre où était le roi , et dont la porte si: trouva ouverte. Il se jette sur liuthvcn, qui se colletait toujours avec le roi, donne deux coups de poiguard ù l’assassin, et le pousse vrrs l'escalier, où il fut rencontré et tué par les chevaliers Thomas Krskine et Hugues Ilerreis. Rulhven, en rendant le dernier soupir, s'écria : « Hélas ! je ne suis point à blâmer pour «celte action ! » Cependant cet homme armé,
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qu'on avait caché dans le cabinet, s'était évadé sans qu'on s'en fût aperçu. Un valet de pied , nommé Wilson, entra avec Ramsey, Erskine et iferreis dans la chambre où était le roi. Avant qu'ils eussent eu le temps d'en fermer la porte, Gowry s'y jeta, une épée dans chaque main, et suivi de ses gens bien armés, menaçant à haute voix de tuer ù l’instant tous ceux qui feraient résistance. Ramsey et ses associés poussent le roi dans le petit cabinet , ferment la porte sur lui, et, malgré l’inégalité du nombre, ils s’avancent hardiment vers le comte. Ramsey lui porte un coup qui lui perce le cœur. Gowry tombe sans proférer un seul mot, et ses gens, après avoir rrçu quelques blessures, prennent la fuite. Trois de ceux qui défendaient le roi furent aussi blessés dans ce combat. Cependant on entendit un bruit terrible à la porte opposée, qu’une troupe de gens essayait inutilement de forcer. Le roi étant assuré que ces gens étaient Lennox , Mar et ses autres amis, on leur ouvrit la porte en dedans, ils coururent se jeter aux pieds du roi avec des transports de joie, et le félicitant de s’ètre tiré, contre toute espérance, d'un aussi grand péril. Le roi se mit à genoux avec toute sa suite, et rendit à Dieu de solennelles actions de grâces de cette délivrance miraculeuse. Cependant le danger n’était pas entièrement cessé. Gowry était prevùt de la \ille, et fort chéri des habilans. Lorsqu'ils furent instruits du malheureux sort des deux frères, ils coururent aux armes, entourèrent la maison, se répandirent en invectives contre le roi, et menacèrent dans les termes les plus insolcns de venger leur mort. Jacques se mit à la fenêtre, parla au peuple, et essaya d'apaiser la fureur de cette multitude. Il fit entrer les magistrats, il leur cx- [msa toutes les circonstances du fait ; leur fureur se calma peu à peu , et la populace se dispersa. On fouilla dans les poches du comte de Rutliven |Kiur y chercher quelques indices de sa conspiration et les noms de ses complices. Oll’y trouva qu'un petit sac rempli de cararlères magiques et de termes de sorcellerie; et, si l'ox peut ajouter foi à la relation de ce complot que le roi fil publier, «lorsqu'on approchait ces ca- « raclères et termes de magic du corps du conitvx «la blessure dont il mourut ne jetait point de «sang; et lorsqu'on les éloignait, le sangeou- « lait ever abondance. » la- roi, après avoir couru
les plus grands hasards dans cc jour malheureux, retourna le soir à Falkland, laissant les corps des «leux frères à la garde des magistrats de Pertli.
1 J relation que le roi ht faire de cette conspiration formée contre sa vie renferme toutes les circonstances du fait dans le plus grand détail. Cependant il est certain qu'on n'a aucune connaissance, ni des motifs qui engagèrent ces deux frères à former une entreprise aussi détestable, ni du but qu’ils s'étaient pro|>osé, ni des complices sur le secours desquels ils avaient pu compter, les paroles de Ruthven au roi donnent lieu de croire que le comte ne fut poussé A cc crime que par le désir de venger la ntorl de son père. Mais le roi était enfant lorsque le comte de Ruthven fut décapité; scs enfans pouvaient-ils imputer A un roi mineur, exposé et soumis A la violence des factions, un jugement qui n'avait point été rendu par son ordre? Jacques avait même tâché de réparer les malheurs du père par les bienfaits qu'il avait répandus sur les enfans : Gowry lui-mème , touché des bontés du roi, avait souvent exprimé sa reconnaissance dans les termes les plus forts. Trois des gens du comte, convaincus d’avoir été de ceux qui avaient chargé les domestiques du rot, forent exécutés A Perl h, maison nen tira aucune lumière sur les motifs qui avaient engagé leur maître A une action aussi opposée A cette vive reconnaissance qu'il avait marquée des grâces du roi. On fit les recherches les plus exactes pour découvrir cet homme qui avait clé caché dans le cabinet, et on espérait tirer de lui bien des connaissances. André Hrndcrson, intendant du comte, avoua, sur la promesse qu’on lui fil de lui accorder sa grâce, qu’il était lui-même cet homme armé de pied en cap, mais il ne parut d'ailleurs- en aucune manière instruit des desseins de son maître. Il convint qu’il avait clé placé dans ce cabinet par ordre de Gowry; mais il ajouta qu'il n'avait jamais su pour quelle raison il avait été établi dans ce [«osle.Cet événement tragique et bizarre resta ainsi dans une obscurité impénétrable; et on jugea que les deux frères avaient tramé seuls, sans confidens ni complices et avec un secret inconcevable, cet énorme complot.
Cette opinion, quoique vraisemblable, se ! trouva néanmoins détruite au bout de neuf années par un événement aussi extraordinaire que
les autres circonstances de cette histoire. On découvrit que les deux frères n’avaient pas tramé seuls toute la conspiration, et qu’ils avaient quelques complices. Un notaire, nommé Sprot, ayant dit avec un air de mystère, A plusieurs personnes, qu’il avait connaissance de quelques secrets relatifs A la conspiration de Gowry, le conseil privé crut que la chose méritait attention et fit arrêter le notaire. Suivant ses dépositions, en partie volontaires et en partie arrachées par les tourmens : « Logan de Res- «talrig, homme très avantagé des biens de la « fortune et de mœurs très débordées, était ins- « truit des desseins de Gowry et complice de son « crime ; Ruthven avait des entrevues fréquentes o avec Logan pour concerter le plan de leurs
• opérations; le comte de Gowry était aussi pour «le même objet en correspondance avec cet
• homme, et on avait mis dans le secret un
• nommé Bour , ami de Logan , et qui était «chargé de porter les lettres. » logan et Bour étaient morts, mais Sprot avait affirmé qu’il avait lu des lettres de Gowry et de logan écrites A ce sujet; et pour confirmer cette disposition, on produisit quelques lettres de Logan , que Sprot, par une curiosité qui lui fot fatale, avait soustraites des papiers de Bour1. Ces lettres furent comparées par le conseil privé avec d’antres papiers écrits de la main de logan , et la ressemblance des caractères était visible. Des |>ersonncs, autorisées pour ces sortes de comparaisons , les examinèrent et affirmèrent par ser-
1 11 y avait cinq le tire* de Logan , l’une A Bour, l’aul rp A (jowry et les trois autres sans adresse. Sprot ne put pas dire les noms d^ celui A qui elles étaient écrites; Logan le qualifie de right-honourobte , très honorable ; on voit par-tA, et par d’autres choses ronlenucs dans ce* lettres (Crom. 95. ). qu'il y avait plusieurs personnes au fait de la conspiration. La date de la première lettre est du 18 juillet. Ruthvrn n’avait communiqué l’affaire A logan que cinq jours avant l'exécution. ( Ibid .) Il parait par l’o. riginal de la sommation île forfaiture signifiée aux héritiers de Logan , que Bour, qui recevait des truies A lui adressées, relatives A la conspiration , et égalemrnt dangereuses et importantes , était néanmoins si ignorant qu'il ne savait pas lire ; n Jacobus Roue, liticrarum prnr «sus ignarus, dicti Georgii opéra in legendis omnibus «scriplis ad eum misais, vel pertinentibus, utebatur. » Jacques Bour, ignorant et non lettré , se servait ilutlU George pour lire toutes les lettres qu'on lui adressait ou qu’on lui écrivait. Celte circonstance est lout-A-fait extraordinaire, et on ne peut attribuer qu'au caractère capricieux de Logan celle buarrcric d'avoir choisi un tel confident.
ment leur authenticité. La mort même n’exempta pas Loftati des poursuites ; on déterra ses os, on les jugea pour crime de haute trahison, et par une sentence également odieuse et illégitime t, ses terres Furent confisquées et sa postérité déclarée infâme. Sprot Fut condamné à être pendu pour n'avoir pas révélé la trahison dont il avait eu connaissance. Il soutint jusqu'à la mort ce qu'il avait avatar , et comme il avait promis, étant sur l'échafaud , qu'il donnerait aux spectateurs un signe en confirmation de ce qu'il avait déposé, il Frappa trois Fois des
1 Par In lois romaines, h*s personne* coupable* du crime «le haute trahison |H>u valent être jugée* même âpre* leur mort Ot usage fut d'abord adopté par le* Lcussai*, et sausaucunc restriction ,( Part. , 1 540, c. LX I X .) Mais on aperçut bientôt le danger et les inconvenien* de lit usage illimité; et pour y remédier, on y mil les restriction* convenables par un acte de l'année lût 2 . qui n’a jamais été imprimé, rt qui est conçu en ce* termes : « Lt «attendu que lesdits lords (des articles) pensent que ledit «acte (de 1.51d) est trop général et préjudiciable aux «barons du royaume, panant ont statué et ordonné que « ledit acte n’aura pas lieu à l’avenir, si ce n’est contre «les héritiers de ceux qui auraient commis, ou commet - « traient dans la suite, notoirement le crime de lése- « majesté contre h personne «lu roi. ou contre le royaume, «pour le faire [kismt cii d’autres mains; et «'outre ceux A «qui il serait arrivé de trahir cl livrer l'armée du roi, et «qui eu auraient été manifestement convaincu* dans le « temps; que les héritiers de ce* personnes pourront être « niés et jugés dans les cinq aimées après le décès des- « dites personnes coupables dcsdils crimes, et que, ledit «temps passé, lesdits héritiers ne pmirront plus être « poursuivis pour le* mêmes crimes, u La sentence rcudue contre Logan contrevenait en deux points A ce statut. Logan u'avait point clé manifestement convaincu, pendaut sa vie, d'avoir élé complice du crime pour lequel il fut jujé, cl ses héritiers furent rerherrtiés plus de cinq ans après sa mort : il est A remarquer qu'on ne fit, selon toutes les apparences, aucune attention A ce statut, dans le parlement qui prononça la sentence de proscription contre Logan. Une autre circonstance singulière, et qui mérite attention , c'est qu'en justice il est de règle qu’on ne peut pas juger une personne absente; et comme les légistes sont toujours strictement attachés à leurs formes, et souvent ridicules dans 1rs moyens qu'ils emploient pour les conserver, ils ont imaginé que dans tout procès contre une personne morte , son corps <hi ses os seraient présentés A la barre de 1a cour. On en trouve plusieurs exemple* dan* l’histoire d’Écott*. Apres la bataille de Corrichie, le corps du comte de llunlly lut présenté en parlement , avant que de prononcer «mire lui la sentence de proscription. Ce fut par la même raison que les corps de Gowry et de sou trere furent gardés pour être présentés au parlement, la** os de Logan furent déterrés en conséquence de celle même réglé.; Mucken/ , C>im. Law. book, I, tit. vi, $ 22.,
niaiitx, après avoir élé jeté de l'échelle par l'exéruteur
Cependant, après être ainsi parvenu, contre toute espérance, à constater que Gowry n'avait pas agi seul et sans associés, il restait à deviner quel |K>uvait être son but, quels étaient les moûts d'une conduite aussi extraordinaire; et les découvertes qu'on avait Faites donnaient peu de lumières sur ces deux points. Il parait presque incroyable que deux jeunes gens d'un mérite aussi distingué se déterminent en un instant A renonrer à tous leurs devoirs cl à se précipiter dans un crime aussi atroce que celui d'attenter a la vie de leur souverain. Il parait encore
1 II parait que l'archevêque Spolsvvood était présent à l'exécution de Sprot (('rom., 115), et qu’il faisait |»eu de cas des dépositions de ce n» aire. La manicre dont l'archevêque eu parle est remarquable : « Je ne sais si je dois «m’arrêter au récit du procès et de l’exécution de George « Sprot , qui fut exécuté A Édimbourg. Ses dépositions , «quoique faites volontairement et «instamment, ii’a- « vaient aucune sorte de vraisemblance II déposa que, etc. «tics choses portent le caractère de la fiction, et ne pa- « raissent être que les productions du cervau creux de cet «homme, li ne montra pntul la prétendue lettre de «Gowry A Logan , et tout homme sage ne pensera jamais «que Gowry, qui avait conduit sa trahison avec tant de «secret, eût voulu communiquer son entreprise A un « homme aussi connu et aussi décrié que Logan » (p. 508). Lc|>cudaril Spolswood ne pouvait pas ignorer la solennité avec laquelle Logan avait é!é jugé, et les preuves qu’on avait eues de l'authenticité des lettres. L'arche véque était vraisemblablement lui-même présent au parlement qui rendit le jugement- Le comte de Dumhar, dont Spotswood parle toujours avec le plus grand respect, présidait au procès de l.ogan. On est étonné, par ces considérations, de voir l'archevêque Spotswood nier affirmativement l'évidence de* témoignages rendus par Sprot. Le chevalier Thomas ilamitlon, alors avocat du mi , et ensuite comte d'fladinglon , représente les preuves produites au jugement de Logan, comme amenées au dernier degré de conviction. On a encore la lettre en original qu’il écrivit au roi le 21 juin I(iü9. { In Bibl. Facul. jurid.) Après avoir donné tout le détail de la procédure de ce jugement, il continue ainsi :
« Lorsque les charges furent présentées aux lords des «articles, et soumises A leur examen , ils décidèrent una- « nullement et tout d’une voix que lesdilcs charges « étaient clairement prouvées; ils parurent même se dis- «puter A qui marquerait avec plus de zèle la satisfaction «qu'ils eu ressentaient. Ils en parlaient dans les termes « les plus remplis d’affrction ; ils versaient des larmes de «joie. Plusieurs même des plus distingués avouèrent «qu’en entrant dans la chambre ils étaient en doute sur « plusieurs points; mais que les choses étaient devenues «si claires, qu’ils pensaient qu'on devait regarder comme «traître quiconque persisterait A refuser de se reudre A «l'évidence de celte trahison, w
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moins vraisemblable qu'ils eussent concerté leur entreprise avec aussi peu de prudence et de prévoyance. S'ils voulaient que le fait restât caché , leur propre maison était le théâtre le moins convenable pour cette horrible tragédie. S'ils avaient imaginé que llcndcrson frapperait le coup, pourquoi choisir un tel homme, et aussi peu courageux , pour lui faire jouer le rùle d'assassin? Pouvaient-ils |ienser que cet homme, sans aucun intérêt, sans avoir même aucune connaissance de leur dessein, se |H>rlerait à une action aussi désespérée? Si le projet de H < 1 1 1 1ven était de poignarder le roi de sa propre main, |iourquoi retirer le poignard après lui en avoir mis la pointe sur la gorge? Après avoir déclaré si ouvertement au roi ses intentions, quelles raisons pouvait-il avoir pour le quitter? Quelle imprudence de le laisser â la garde d'un associé :iussi timide et aussi peu sùr que llcndcrson? Pourquoi (terdre tant de temps â vouloir lier les mains â un I tomme désarmé, et qu'il pouvait tuer â l'instant avec son épée? Quand la Providence aurait permis qu'ils trempassent leurs ■nains dans le sang de leur souverain , quel avantage pouvaient-ils retirer de la mort du roi ? Quels titres, quelles prétentions pouvaientils opposer aux droits des enfans de Jacques 1 ? Une vengeance prompte et inévitable, une infamie perpétuelle, étaient donc les seuls fruits tpte les deux frères pouvaient retirer de leur lorfiit.
D'un autre côté, il est impossible de penser que le roi eût formé aucun dessein contre la vie de ces deux frères; ils n'avaient jusqu’alors encouru l'indignation du roi par aucun crime, et
• On a asiurf qu'aplvs la mort du roi , le roinle de tàmrr aurait pu prétendre â la couronne d'Aii|jlf!frre comme fil» de Dorothée Smart, fille de lord Mrtliven et de Margot-rite d'Angleterre, laquelle . âpre» xou divorce avec le comte d’Angos, épnu»j ee seigneur en troixiemes iioces. {Iturnet, Hi»l. de son temps.) Mais ccue anecdote e»t *an» rondement. On *ail avec certitude que le tord Melhven n'eut de la reine Marguerite qu’un «eut enfant ,
^ et qui mourut en Itas âge : et que lady Dorothée Rmhvcu ii'élait point fille de la reine Marguerite, mais de Jeannette Stuart, «ronde femme de lord Methven et fille de Jean, comte d'Athol. (Crawf. /Ver , 329. ) t.owry de*eendaii effectivement du sang royal d'Angleterre, mais le mi avait alors un fil» et une fille : de plu», lady Arabelte Smart , fille de Charles , comte de lauinox , avait un titre â la couronne d'Angleterre préférable â relui de (iowrjr.
ils n'étaient en aucune manière les objets de sa haine et de sa jalousie 1 . Le roi , d’ailleurs , n’aimait point â répandre le sang. On sait qu’il n'était point assez brave ni assez déterminé [tour aller seul, avec une suite peu nombreuse et désarmée, attaquer des gens dans leur propre maison, et entreprendre de les tuer au milieu de tous leurs domestiques, dans une ville où lous les babilans , dévoués à leur famille, pouvaient en un moment sc rassembler, pendant qu’il était lui-même si éloigné de tout secours. Lutin le roi aurait-il choisi pour ses associés dans rc coup de main le contle de Mar et le duc de I-ennox, le premier, lié de l’amitié la plus étroite, et le second , marié avec une de leurs strurs?
Dans celte diversité dupinions si opposées les unes aux autres, soit qu'on veuille charger Gowry du projet de l'assassinat, soit qn'mi attribue au roi le dessein de se défaire de (îowry, un ne trouve qu'obscurités , que mystère , que contradictions; on rencontre à chaque pas des dit-
1 Le chevalier Henri Noville, dans une lettre au chevalier de Ralph Winwood , a imbue la mûri des deux frère* à une cause dont il n’est fait menfiou dans aucun de nos historiens. «(Nous apprenons d 'Écosse que le roi et sa «femme ne vivent point ensemble, et qu'il y a même «entre eux une mésintelligence déclarée : el plusieurs «croient que la découverte de quelque galanterie entre «la reine et le frère du comte de Gowry (supplicié avec «lui), est la véritable cause et le inolit réel de cette «scène tragique. » (VYinw. JUém., vqL I, 274.)
On trouve dans une lettre de Nicbolson les passages su i va ns : c Nous laissons au lecteur ù juger si on peul les regarder comme une confirmation de ce soupçon. »Dau« une lettre du *22 septembre 160*2, il parle du retour des deux jeunes frères Gowry eu Écosse, et il ajoute : «L’ar- « rivée de ces deux jeunes gens, les intelligences que la « reine d*Fcossc enirelienl avec eux , l’envoi de mademoi- « selle Béatrix leur sæiir, munie dis instructions que le «chevalier Thomas KrsLinc a données, ont fait soupçon - «ner fortement au roi d’Écosse. que ces deux frères ne «sont venus que pour quelque complot dangereux.» Dans une , autre lettre du premier janvier 1603 : «l.c «même jour que je vous ai écrit ma derqiere lettre, «mademoiselle Beatrix a clé conduite sur le soir à la «cour par lady Passy cl mademoiselle d'Angtts. comme «étant une de leurs demoiselles, et elle a été conduite «dans une chambre qui avait été préparée pour elle par «ordre de la reine, el en cet endroit la reine a été long- « temps en conférence avec elle. Le roi en a eu connais- « sauce ; U en marqua sou méronlrnlemeut à la reine , lui «faisaul sur cela des reproches honnêtes, el examinant « tranquillement les domestiques de la reine sur le même «sujet, et sur d’autres matières y appartenantes, avec «tout le secret el la discrétion requise eu de pareille* « affaires. »
Acuités insurmontables. Peut-être qu’en creusant plus avant on trouverait la source de toute cette conspiration , et que ce complot paraîtrait moins criminel en l'attribuant à des causes plus éloignées.
Un des principaux objets de la politique d'Élisabetli était de tenir le roi d'Écosse dans une continuelle dépendance. Pour y réussir, elle cherchait quelquefois à le flatter, d’autres fois elle s’attachait à gagner et à corrompre les ministres et les favoris de Jacques ; et lorsque ces moyens ne lui avaient point réussi , elle encourageait le clergé à décrier parmi le peuple les opérations du gouvernement d’Écosse, qu’elle jugeait contraires à ses vues, ou bien elle soulevait quelque faction de nobles , pour s’y opposer et en empêcher l’effet. Ces nobles , peu au fait des brigues et des intrigues de cour, ignorant l’art de perdre des ministres par des voies indirectes et par des cabales, avaient recours à cette coutume féroce de se rendre maîtres de la personne du roi, pour acquérir parce moyen la principale direction de ses conseils. Dans le complot , connu sous le nom de raid of flul/tven , les nobles qui sc saisirent de la personne du roi étaient animés et soutenus par Élisabeth.
Elle protégea Bothwell dans toutes ses entreprises, et elle lui donna retraite dans ses domaines. I.es liaisons que Jactfues venait de former avec les princes catholiques romains , scs négociations secrètes avec les catholiques en Angleterre, les maximes qu'il avait adoptées pour le gouvernement de son royaume , étaient aulant de motifs de crainte et de jalousie pour Élisabeth. Elle croyait voir approcher le moment de quelque grande révolution en Écosse , et il était de son intérêt de la prévenir. Iæ comte de Gowry était un des plus puissans seigneurs de l’Écosse, et il descendait d'ancêtres fortement attachés aux intérêts de l'Angleterre. Le comte avait adopté le système anglais, et il pensait que le bonheur de sa patrie était attaché uniquement au maintien de l’alliance eutre les deux royaumes.
Gowry , pendant son séjour à Paris , avait lié une amitié fort étroite avec le chevalier Henri ISeville, alors ambassadeur d'Angleterre il la cour de France. Ce ministre l’avait recommandé à la reine sa maîtresse, comme un homme dont
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elle pouvait tirer de très bons services ■. Lorsque Gowry passa en Angleterre, Élisabeth le reçut avec distinction , et avec les plus grandes marques de bienveillance. Tout! s ces circonstances réunies ont fait soupçonner que le plan de la conspiration de Gowry avait alors été concerté avec la reine d’Angleterre. Celle opinion prévalut dans le temps, et il parait qu’elle n'était pas tout-i fait sans fondement. On avait aperçu un vaisseau anglais qui avait louvoyé pendant quelque temps à l’entrée du golfe de Forth. les deux jeunes frères du comte de nulhven se réfugièrent en Angleterre après le mauvais succès de la conspiration du eoiiile, et Élisabeth leur accorda sa protection. Jacques prit beaucoup d'ombrage de la conduite d'Élisabeth, mais il eut soin de le cacher avec prudence. Au reste, les intrigues d’Élisabeth n'eurent jamais pour but d'attenter à la vie du roi , mais seulement de mettre des entraves à son autorité, et de renverser ses projets. Elle regardait la vie de Jacques comme une rspèrr de sauvegarde. Elle croyait que la sûreté de sa propre vie y était attachée: que lesdroils du roi d’Écosse arrêtaient les prétendans papistes à la couronne et leurs adliérens , et les empêchaient de se porter à des coups de désespoir, où l'impatience et le zèle de leur religion auraient pu les précipiter. Elle aurait fait une action de la dernière imprudence si elle avait encouragé Gowry à assassiner son souverain; et il ne parait pas non pins que les deux frères en aient jamais eu le dessein. Ruthven commença par essayer d’attirer le roi seul ù Perth et sans aucune suite. lorsqu’on vit que le roi était plus accompagné qu'on ne l’avait cru. le comte nsa d'un stratagème pour écarter ceux qui avaient suivi sa majesté, en leur disant que le roi avait pris le chemin de Falkland, et en demandant avec empressement leurs chevaux pourqu’ils pussent le suivre. Lorsqu'ils renfermèrent ensuite le roi dans unendroit écarté de la maison , lorsqu’ils entreprirent de lui lier les mains, il parait que leur but n'était point d'assassiner le roi , mais seulement de se * saisir de sa personne. Il est vrai que Gowry n'avait point rassemblé ses vassaux , et qu'il ne pouvait pas espérer de garder long-temps, à force ouverte , le roi prisonnier dans celte partie
' Wmw., 1, 150.
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du royaume ; mais on aurait pu l'embarquer sur un vaisseau anglais, qui était peut-être posté pour l'attendre, et qui l’aurait conduit a Fast- Gastle, maison appartenant à Logan. On trouve même dans les lettres de Logan quelques phrases obscures qui donnent lieu de croire que les iDtijurés avaient pris des rendez-vous dans ce même endroit. Le roi , surpris et effrayé de la violence qu'on lui faisait , devait naturellement penser qu’on en voulait à sa vie. Cens qui étaient ê sa suite avaient intérêt a l'entretenir dans cette idée, et J exalter le danger pour relever le mérite et l’importance de leurs services. On peut donc penser que les craintes du roi , que la vanité de ceux qui se trouvaient auprès de lui dans cette occasion , que le penchant des hommes il la crédulité , leur goût pour le merveilleux lorsqu'ils recherchent les causes de quelque grand événement , de quelque scène tragique , sont les véritables raisons qui ont relevé l’importance de ce fait singulier. De plus l'extravagance et l'absurdité des faits dont on a voulu orner ce récit , ont infiniment décrédité les véritables circonstances du complot , et ils pourraient même Faire douter de la réalité de toute cette conspiration.
On reçut le lendemain matin à Édimbourg la nouvelle de ce qui s’était passé à Pcrth. Le conseil privé ordonna aux ministres de la ville d'assembler à l'instant le peuple, de l'instruire des circonstances de la conspiration formée contre la vie du roi, et de rendre publiquement des actions de grâces à Dieu , qui avait veillé si visiblement à la conservation des jours de sa majesté. Mais comme le premier récit de la conspiration qui était parvenu à Édimbourg, avait été écrit â la hâte ; comme les circonstances du fait étaient peu connues, et que les passions qui les avaient dictées se faisaient sentir fortement; comme les détails de ce complot étaient confus, exagérés, et remplis de contradictions, les ministres se crurent autorisés à les révoquer en doute, lis offrirent de rendre au Tout-Puissant des actions de grâces solennelles pour la délivrance du roi, mais ils refusèrent d'entrer dans aucun détail , et de profaner la chaire de vérité par le récit des particularités, qui paraissaient si douteuses et si incertaines.
Quelques jours après, le roi revint à Éidimhourg. Galloway, ministre de la chapelle du roi , harangua le peuple à la croix publique, et
I entra dans le détail de toutes les circonstances de la conspiration. Jacques , présent à cette prédication, affirma tout ce que le ministre veoait d'avancer. Le roi ordonna que le récit de tout cet événement fût rendu public. Cependant les ministres d'Édimbourg, et plusieurs de leurs frères, persistèrent dans leur incrédulité, et ne furent jamais convaincus de la vérité de ces faits. Ils avaient une haute estime pour Gowry; ils désapprouvaient la conduite du roi dans tous les points; quelques circonstances du récit de la conspiration étaient manifestement fausses, et la plupart n’étaient appuyées sur aucunes preuves. Ces raisons portaient les ministres â douter de la vérité de tout ce complot, et donnaient même à leurs soupçons un air de vraisemblance. Mais à la fin, le roi, soit par menaces, soit par la force de ses raisonnemens, vint à bout de les amener tous â avouer qu'ils étaient convaincus de la vérité de la conspiration. Robert Bruce fut le seul qui tint ferme et qu’on ne put jamais convaincre. Il déclara qu'il recevait avec respect le récit que le roi faisait de cet événement, mais qu'il ne pourrait jamais se déterminer à dire qu'il fût persuadé de la vérité de cette conspiration. Les scrupules et l'entêtement d’un seul homme n'auraient pas mérité beaucoup d’attention. Cependant , comme ce même esprit d’incrédulité commençait à gagner parmi le peuple , l'exemple d'un homme si renommé pour son savoir et pour sa probité, pouvait avoir des conséquences dangereuse ; le roi fit tous ses efforts pour gagner Bruce et pour le convaincre, et lorsqu'il vit qu'il n'y avait plus d’espérance de vaincre l’incrédulité de ce ministre et d’écarter ses doutes, il le priva de son bénéfice; ensuite, après avoir encore temporisé et fait quelques démarches pour en venir â une réconciliation, il le bannit hors du royaume1.
Le parlement ne fut point retenu par de pareils scrupules. l.cs corps morts des deux frères furent présentés conformément à la loi ; on procéda contre eux pour crime de haute trahison , on fit l’accusation en forme, les témoins furent eutendus, et ils furent condamnés tout d’une voix â perdre leurs honneurs et leurs biens. On fit subir à ces corps sans vie le supplice destiné aux traîtres, et comme si cette punition, jusqu'alors usitée, n'avait pas encore été suffisante
1 Spotsw., 401, etc. faut, V, 309, etc.
îH)8 HISTOIRE
pour marquer toute l'horreur qu'on avait de leur* erirnes , le parlement ordonna que le surnom de Rulhvcn serait aboli; en outre, pour perpétuer la mémoire de la délivrance miraculeuse du roi , et faire connaître aux siècles futurs à quel point la nation avait été, dans cette occasion, touchée des bienfaits de la divine Providence , il fut dit que le 5 août serait tous les ans un jour d’actions de pràccs solennelles
1 Quelque* semaines après la mort des deux frères , le roi publia un discours sur leur conspiration indigne cl dénaturée contre sa vie. En l'année 1713 , George , comte de Cromertie, donna au public un u récit histo- « ri que de la conspiration formée contre le roi « Jacques VJ , par le comte de Gowrr et Robert « Logan de Restalrig. » U parait que le comte de Cromcrtic ne s’est point attaebé à la relation que le roi luimême avait donnée de cet événement, et qu’il a pris toute la partie historique dans Spotswood et d’autres auteurs. Mais il a tiré des registres publics les dépositions des témoins entendus dans le conseil du roi contre les deux frères et l-ogan leur associé. Ce n’est que dans ces deux ouvragrs qu’on peut puiser la connaissance des principales circonstances de cette conspiration. Quant aux preuves qu’ils contiennent, il nous resterait à désirer qu’elles fussent plus authentiques et plus décisives. Le récit d'un fait encore tout récent , publié par l’autorité du roi, les dépositions en original des personnes examinées par le premier tribunal de U nation, doraient porter un caractère d’évidence qui peut rarement se rencontrer dans des relations historiques, devraient ne laisser aucun doute, aucune incertitude. Cependant tous les faits relatifs à cet événement sont obscurs et problématiques. Le roi se contredit dans ses récits, les témoins varient dans leurs dépositions ; et ils se trouvent sur plusieurs points tellement opposés les uns aux autres, qu'ils laissent toujours un vaste cbamp à la discussion et an scepticisme historique. La déposition de Henderson est une des plus complétés et drs plus Hiipotiaotcs, et elle se trouve néanmoins dans plusieurs circonstances en contradiction avec la relation du mi. 1° Suivant la relation du roi, pendant que Ruthven tenait le poignard sur sa poitrine, l'homme qui s’élait trouvé dans le cabinet resta interdite! tremblant. (Disc., 17.) Ilendersou, qui était ce même homme, dit dans sa déposition, qu'il arracha le poignard des mains de Ruthven. ( Disc. , 53. Crom. ,50.) Henderson se vantail aussi à sa femme, que ce jour- là il avait empêché deux fois le roi d’élrc poignardé. { Disc.., 54. Crvm. 53. ) 2° Le roi assure qu’llen* derson ouvrit la fenélre pendant l’absence de Ruthven. (Disc., 51) Henderson dépose qu’il ne se mit en devoir de l'ouvrir qti'aprés que Ruthven fut revenu, et qu’il l’ouvrit pendant que le roi se déballait avec Rulhven. ( Disc. , 53. Crom., 51 , 52.) 3° Si nous en croyons le roi l'homme qui était dans le cabinet se tint toujours immobile et tremblant derrière le roi, pendant tout le débat. ( Disc., 27.] Mais Henderson assure qu’il arracha à Rulhvrn une jarretière arec laquelle il voulait lier les mains du roi, qu’il détourna la inain de Rutbven qui voulait
D* ÉCOSSÉ. 11600)
l-i conspirai ion de Gow» y, qui avait causé de si vives alarmes, n’eut pas des suites fort considérables. Iæ complot ayant été formé entre les deux frères, sans aucun associé, ou bien avec des fp»ns inconnus et choisis exprès pour être ignorés, le danger fut passé aussitôt qu'il fut aperçu. Mais bientôt après on découvrit en Angleterre une conspiration contre fitisabelh. Elle fut , à la vérité, dissipée presque à sa naissance,
fermer la bouche à Jacquet, et qu’il ouvrit la fenêtre. ( Disc., 51. Crom., 52.) 4° Üan» la relation du roi, il est dit que Rulhven le quitta cl sortit du cabinet pour aller parler àjton frère, et que le comte montait l’escalier dans le même dessein. (Disc. , 23.) Heuderton dépose que Rulhven , en quittant le roi , « lie passa point le pas « de la |Kirie. » {Crom. , 51. ) A eu juger par la distribu lion de b maison et par d’autres circonstances, il y a lieu de croire qu'il n’était guère possible que les deux frères eussent eu alors une entrevue. ( Disc. , 23.)
Henderson fut entendu deux fois : b première à Fai ■ kland, au mois d’aodt, devant le conseil privé; ensuite, au mois de novembre, à Edimbourg, devant le (varie uient. Sans m’arrêter aux variations moins importâmes qui sc trouvent entre ces deux dépositions, je me cou tenterai d’en rapporter deux qui sont remarquables, lien derson, dans sa première déposition, raconte les circonstances de tout le bit en ces termes : « Que Ruthven u arracha le poignard de lui déposant, qu’il tint le poi- « gnard sur b poitrine de sa majesté, disant : Souvenez a vous de la mort de mon père, vous devez actuelu leinent mourir pour lui; et comme il visait au cœur «de sa hautessc avec ledit poignard,, lui, déposant, fit « tomber ledit poignard des mains de Rutbveii-.f i que « lui, déposant , affirme, connue il est vrai que Dieu doit « un jour juger son Ame, que si Ruthven avait encore « tenu le poignard en sa main, l’espace de temps qu’il « faut A un homme pour faire six pas, II aurait pu l’cn « foncer jusqu’à la garde dans le corps du roi. » (Disc., 52.) Mais Henderson , dans son second interrogatoire , varie sur deux points. Premièrement, les termes qu’il met dans b bouche de Ruthven, pendant que ledit Rulliveii leuait le poignard sur la poitrine du roi, sont ; « Sire, « vous êtes mon prisonnier, souvcnez-vousdela mort de « mon père, » Secondement , il dit que, lorsque Rulhven menaçait ainsi le roi de la mort , ce n’était que pour empêcher sa majesté de faire du bruit ; « Tenez votre bn- « gué, ou par le Christ vous allez mourir, u Troisièmement, dans sa première déposition les mots proférés par Rulhven, lorsqu’il revint dans la chambre où il avait laissé le roi, sont; «Il n’y a plus de remède, parbleu a vous allez mourir ; » au lieu que dans la seconde dé position il y a : « Parbleu, H n’y a plus de remède, u et il se mit en devoir de lier le* mains de sa majesté. (Crom., 51.) EU ces mots, vous allez mourir, sont omis. La première déposition parait déclarer nettement que l’intention de Ruthven était de tuer le roi. La seconde porterait à croire qu’il n’avait d'autre dessein que de tenir le roi prisonnier.
Il y a pareillement des contradictions remarquables
mais elleeut des suites funestes, elle fut la source d'événemens tragiques, elle répandit sur les dernières années du règned’Élisabeth unesuite d'infortunes et de désastres. Comme le roi d'Ecosse y prit un intérêt particulier, il est à propos que nous entrions dans le détail de cet événement.
I a cour d'Angleterre était alors partagée en deux factions puissantes , qui se disputaient la suprême direction des affaires. L'une avait pour chef Robert d'Évreux , comte d'Essex. Le chevalier Robert Cecil , fils du grand trésorier Burleigh, était à la tête de l’autre. Le comte était le seigneur d’Angleterre le plus accompli et le plus populaire. Brave, généreux, affable, cependant d'un caractère impétueux, mais écoutant volontiers les avis de ceux qu’il aimait ;enncmi J découvert, mais facile à ramener; ami également chaud et constant, incapable de déguiser scs propres sentimens et de donner une mauvaise tournure à ceux des autres ; plus propre à être dans un camp qu'i la cour; l'élévation de son génie le rendait capable de remplir la première place dans l'administration du gouvernement ; un esprit altier lui faisait dédaigner la seconde comme au-dessous de son mérite. Il attira bientôt les regards et les attentions de la reine, qui, par une générosité qui lui était peu ordinaire, le combla de biens et le porta, dès sa plus tendre jeunesse, au faite des Itonncurs. Son élévation ne lui fil rien perdre de l’affection de ses concitoyens, et il eut le rare bonheur d’être en même temps le favori de
dam les autres preuves qui furent produites dans cette inéinr affaire : t° liant le discours qui fut publié par l'autorité du Gouvernement, on donne ft entendre que le soulèvement des haliitans de Perlh fut excité contre le roi, et qu’il fallut user d’adresse pour l'apaiser. {Dis., 32. J la! duc de Lennox confirme ce même fait dans sa dépose lion. ( Crom. , 41. ) ün a encore l’acte du conseil privé, par lequel les inaGistrals de Perlh sont sommés de rendre raison décrite émeute, et André Boy, l'un des baillis de la ville, dépose que ce fut- lui-même qui fit soulever le peuple, et que les habitans ne prirent les armes que pour secourir le roi. ( Crom 06.) 2* Itendcrson dépose qu'il rendit une réponse vague X M. Jean Moncrief, qui lui demandait où il avait été ce jour-là dans la matinée , parce que le comle lui avait ordonné de faire en sorte qu'aucun homme ne fût informé qu't! avait été à Falkland. {Disc., 5t.) La déposition de Moncrief contient la même chose. ( Crom., 64.) Cependant George Hay, depuis lord Kinnoul et chancelier d’Écosse, et Pierre llav, déposent que le comte, en leur présence, demanda â Hftitlerson : « Qui il avait trouvé à Falkland avec te « roi? s ( Crom. , 70 , 7t. ) Question qui parait prouver qu'il ne comptai! pas faire mystère de ce voyage.
son souverain et l'idole du peuple. Cecil , élevé à la cour et sous les yeux d’uu père qui possédait à fond l'art de s'y conduire avec succès, était fin, adroit, insinuant, industrieux. Né avec des talens qui le rendaient capable de remplir les premières places, il avait la modestie de croire qu'il ne pouvait point y parvenir par son propre mérite. Mais, habile à saisir toutes les circonstances, il savait faire sa cour aux dépens des autres, et tirer avantage de leurs fausses démarches. De tels personnages étaient faits pour être ennemis et rivaux. Lecomte méprisait les artifices de Cecil, qu'il regardait comme bas et pusillanimes. Cecil traitait de folie et de présomption la magnanimité du comte d'Essex. Tout le militaire, i l’exception de Raleigh, était pour le comte. La conformité d’humeur et de caractère conciliait à Cecil l’affectioa de la plupart des courtisans.
La mésintelligence entre ces deux factions prenait des forces à mesure qu’Élisabeth avançait en âge. Essex , pour fortifier son parti , s’était attaché de bonne heure à gagner la bienveillance du roi d'Ecosse. Il affectait d’être le défenseur zélé du droit de Jacques à la ronronne d’Angleterre , et il entretenait une étroite correspondance avec ce prince et avec ses principaux ministres. Cecil , tout dévoué à la reine, parvenait de jour en jnur â de nouveaux honneurs, par son assiduité â faire sa cour , par la continuité des services qu’il rendait , et par la patience avec laquelle il attendait la récompense. L’esprit altier du comte d’Essex et son impétuosité naturelle lui attiraient souvent des réprimandes très sévères de la part de sa maîtresse. Elisabeth avait pour le comte une affection particulière, mais elle supportait impatiemment les contradictions de son favori. Rarement disposée â accorder des grâces , elle (fait toujours lente â s’y déterminer. Cependant Essex fatiguait continuellement la reine pardesdemand es importunes. Les ennemis du comte flattaient adroitement son ambition démesurée, secondaient ses efforts , et ne songeaient qu'à l’éloigner de la cour. Dans cette vue ils lui procurèrent le commandement de l’armée qu’on envoyait en Irlande contre Tyronne, l’office de lord-lieutenant dans ce royaume, et des pouvoirs presque illimités. Le comte se tira mal de cette expédition, trompa les espérances de la reine , et ne tint rien de ce
<|U'it avait promis. Élisabeth, piquée de ce contre-temps , et animée parles ennemis du comte, lui écrivit une lettre très vive , et remplie d’accusations et de reproches. Ce ton d’aigreurdéplut au comte d’Essex. Sou esprit impérieux ne put , soutenir cette réprimande, et dans les premiers transports de son ressentiment , il se disposait A faire passer en Angleterre une partie de son armée , à chasser de la cour tous ses ennemis , à rentrer par force en faveur auprès de la reine, et A reprendre lui-même son ancienne autorité. Mais après avoir faillie plus sérieuses réflexions, il abandonna ce projet téméraire, il prit avec lui quelques officiers qui lui étaient dévoués, passa en Angleterre, et aussitôt qu’il y fut abordé , prit la poste et alla droit A la cour. Élisabeth le reçut avec froideur, mais sans aucune marque de disgrâce. Quelques complaisances, un simple aveu de ses fautes auraient pu lui rendre tout son ascendant sur l’esprit de la reine ; mais il se croyait outragé, et il ne put se résoudre A ces démarches humiliantes. Élisabeth était de son côté déterminée A rabattre la fierté de cet homme présomptueux. Après avoir tiré de lui, par un traitement sévère, des lettres conçues dans les termes les plus soumis et les plus respectueux , elle le mit aux arrêts dans la maison du garde du grand sceau, et elle nomma des commissaires pour lui faire son procès, tant sur sa conduite comme gouverneur d'Irlande, que pour avoir quitté ce royaume sans la permission de sa majesté. I a sentence le suspendit de tous scs offices, A l’exct pt ion de relui de général de la cavalerie , et ordonna qu’il garderait prison autant de temps qu’il plairait A la reine. Élisaheth, contente d’avoir amené le comte A ce point d’humiliation , défendit que la sentence fôt enregistrée, et lui permit bientôt après de s’en retourner dans sa maison. Dans le cours de celle affaire , qui se prolongea pendant quelques mois, Essex balançait entre la fidélité qu’il devait au souverain . et le désir de se venger. Flottant dans cette incertitude , dans un moment où le sentiment de la vengeance prévalut, il dépêcha un exprès en Écosse pour encourager le roi A assurer son droit de succession par la force des 'armes , et pour lui offrir son assistance, celle de tous ses amis en Angleterre , et un corps de cinq mille hommes que le lord Mountjoy , alors lieutenant eu Irlande, devait amener de ce
royaume. Mais Jacques ne voulut point se mettre au hasard de perdre, par une entreprise prématurée, une couronne qu’il voyait presque entre scs mains. Mountjoy, ayant aussi refusé d’enljcr j dans ce complot, Essex prit des sentimens plus conformes A ses devoirs, et son Ame | si rut entièrement dégagée de tous projets d’ambition.
Mais cette modération apparente n’était que l’effet du dépit d’un projet déconcerté, et elle ne fin pas de longue durée. Il demanda le renouvellement d’un don de finanee qui lui avait été précédemment accordé. La reine le refusa , et ne voulut pas même l’admettre en sa présence. Le comte, naturellement emporté, sentit vivement cette nouvelle injure, et se livra A son désespoir. Ses amis , au lieu de chercher A calmer sa furrur, à réprimer la fougue de cet cs|irit impétueux, fomentèrent par leur imprudence le tumulte de ses passions, et ne songèrent qu’a en tirer avantage pour leurs intérêts particuliers. Après de longues délibérations, Essex , incertain pendant quelque temps du parti qu’il prendrait , se détermina A la fin A recourir A la force ouverte. Persuadé qu’une telle entreprise le perdrait auprès du peuple , s’il paraissait n’agir que pour ses intérêts particuliers et par des motifs de vengeance, il chercha A donner A ses démarches une apparence de zélé pour le bien public , en essayant de faire intervenir dans sa cause les intérêts du roi d’Écosse. Il écrivit à Jacques que la faction qui dominait alors à la cour d’Angleterre avait résolu de soutenir les droits de l’infante d’Espaguc A la couronne d’Angleterre; que les places du royaume les plus importantes étaient entre les mains des ennemis déclarés du roi d’Écosse ; et qm» s’il n’envoyait incessamment des ambassadeurs pour demander que son droit A la couronne fôt constaté publiquement et sans délai , les mesures de la faction opposée étaient si bien concertées, qu’il verrait bientôt évanouir toutes ses espérances. Jacques , qui savait combien une pareille proposition serait désagréable à la reine d’Angleterre, ne voulut point s’exposer imprudemment A encourir sa disgrâce. Mais Essex , aveuglé par scs ressent imens , possédé du désir de la vengeance, sc laissa entraîner par ses passions, et agit en homme frénétique et désespéré. Avec trois cents hommes mal armés , il entreprit d’ébranlrr le trône de l’Europe le mieux affermi. Il sort de sa maison à la tète de celle poignée de
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monde, il appelle aux armes les citoyens de Ijondres, il leurcric que sa vieest en danger; que s'ils font quelque cas de sa conservation , s'ils veulent affranchir le royaume du joug des Espagnols , ils doivent se ranger sous ses étendards. Il s'avance vers le palais , dans le dessein de chasser Cccil et sa faction , de les éloigner de la présence de la reine , cl de faire proclamer par une déclaration le droit du roi d'Éeosse au trône >. Essex était adoré de ses concitoyens ; cependant pris un seul homme ne se mit en devoir de le seconder flans celle bizarre entreprise. Découragé par ces marques d'indifférence , abandonne par une partie de ses gens , presque entouré par quelques corps de troupes qui s'avançaient dans la ville sous différons chefs, il se retira dans sa maison, et sans faire de nouveaux efforts, saus payer de celle audace qui alors lui était si nécessaire, et qui aurait soutenu la réputation de valeur qu’il s'était acquise, il se remit de luiinème entre les mains de ses ennemis.
Jacques, instruit du mauvais succès du comte d'Essex . envoya aussitôt des ambassadeurs à la cour d'Angleterre, le comte de Mar, et Bruce, abbé de Kinloss. Le premier était le médiateur de la correspondance que le comte d’Essex entretenait avec le roi d'Ecosse. Mar, épris d'admiration pour le caractère du comte, était déterminé à tout'cnlrcprendrc pour le sauver; et Bruce , lié étroitement avec le comte de Mar, était disposé à seconder son ami avec le même zèle, le sujet de celte ambassade et le choix des ambassadeurs étaient des preuves également assurées de l'affection du roi pour le comte d'Essex. Les ambassadeurs avaient ordre de faire les plus vives instances pour conserver la vie au comte, d'examiner même si le roi , en accordant aux amis d'Essex une protection déclarée, pourrait faire réussir leurs drsseins, auquel cas les ambassadeurs étaient autorisés à se montrer J découvert , et â déclarer hautement que sa majesté viendrait elle-même se mettre à la télé des adbérens du comte, et réclamer par la force des armes le droit de succession qui lui appartenait J. Mais avant que les ambassadeurs arrivassent à Londres, Essex avait souffert la puni* lion due il sa trahison. Un commission donnée
1 Birrb., Vfm. ,11. «77.
■ John*!, IM». Rirrh., Mém. , II, $10.
aux ambassadeurs écossais hâta peut-être le moment de sa mort. Élisabeth avait été pendant long-temps dans l'incertitude avant que de prononcer sur la destinée du comte. Elle ne pouvait se déterminer à mettre entre les mains du bourreau un homme qu’elle avait honoré d'une bienveillance aussi particulière. Son Ame, agitée entre le ressentiment qu’elle avait de sa dernière faute et l’ancienne affection qu'elle avait eue pour lui, était en proie à de cruelles incertitudes. L’état malheureux où le comte était réduit était bien capable d’apaiser la colère de la reine, et de réveiller toute sa tendresse. Les sollicitations d'un ami fidèle qui aurait eu du crédit auprès de la reine auraient pu sauver la vie au comte d’Essex, et obtenir une grâce que la reine avait honted'accorder; mais ce seigneur généreux n’avait point alors un seul ami de cette espèce. Élisabeth , obsédée continuellement par ses ministres, offensée de la hauteur du comte d'Essex , persuadée qu'il dédaignait de se rabaisser à lui demander grâce, ordonna à la fin que la sentence fût exécutée. Le mot fut à peine prononcé qu'elle se repentit de sa précipitation , et qu'elle sc sentit pénétrée de douleur de la mort de son favori. Jacques considéra toujours le comte d'Essex comme un homme qui s’était sacrifié pour le bien de son service; et lorsque ce prince fut parvenu au trône d'Angleterre, il rétablit le fils du comte dans les honneurs du père , il réhabilita tous ceux qui avaient trempé dans sa conspiration, et il leur donna des marques distinguées de sa bienveillance L
Lcsambassadeursd'Écosse voyant qu'ils étaient arrivés trop tard pour exécuter le principal objet de leur commission, cachèrent avec le plus grand soin cette part ie de leurs instructions, et allèrent même complimenter la reine, au nom de leur maître, sur l'heureuse découverte de ce complot audacieux. Élisabeth n'ignorait point la correspondance que le roi d'Éeosse avait entretenue avec le comte d'Essex ; elle savait aussi que l'intention du comte était d'assurer le droit de Jacques â la couronne. Mais comme elle voulait dérober au peuple la connaissance de ces intrigues, elle reçut avec un air de persuasion et de reconnaissance les félicitations des ambassadeurs. Ensuite, pour calmer Jacques, et eonser-
1 Canut. , Spotsw., «Ci.
ver le» apparences de la bonne amitié entre les deux cours, elle augmenta le subside qu'elle payait annuellement au roi d'Ecosse. Les ambassadeurs restèrent pendant quelque temps en Angleterre, et ils y furent employés avec succès il renouveler et fortifier les intrigues que Bruce avait formées de longue main parmi les nobles d'Angleterre. A mesure qu’Élisabeth avançait en âge, les Anglais portaient de plus en plus leurs regards vers l'Ecosse, et se disputaient l'avantage de se concilier la bienveillance d’un prince qui devait bientôt être leur souverain. Jacques recevait de tous les coins du royaume, des assurances d'at facilement, des protestations du plus parfait dévouement , des promesses de soutenir ses droits. Ceril, lui-même, considérant que les espérances du comte d’Essex étaient principalement Fondées sur l'amitié du roi d'Écossc, et apercevant tous les avantages que le comte aurait pu en retirer, crut qu'il était de la prudence de ne pas se tenir plus long-temps sur la réserve avec un prince qui allait incessamment devenir son maître. Il sentait la nécessité d'entrer en correspondance avec le roi d'Ecosse, mais il en connaissait tout le danger sous une maîtresse portée naturellement à concevoir des soupçons, et dont les jalousies se fortifiaient avec l'âge. Il chercha à sc rapprocher du roi d’Ecosse; mais ce commerce fut conduit avec tout le secret et toute la précaution convenables aux circonstances , et si analogues au caractère de ce ministre. Jacques, se voyant assuré d'un homme dont il avait jusqu'alors infiniment redouté l'opposition et les influences, attendait avec une entière sécurité l’événement qui devait le porter sur le trône d'Angleterre ; mais il avait bien de la peine à contenir dans les bornes de la circonspection les partisans qu'il avait dans ce royaume. Ils voyaient que Jacques n’avait plus qu'un pas â faire pour arriver au trône, ils cherchaient â faire parade d’un zèle officieux, ils le pressaient de permettre qu’on présentât requête au parlement pour faire constater légalement le droit de Jacques â la couronne. Le roi les détourna prudemment de ce projet ; et quoiqu'il ne dôl cet empressement qu'aux avantages de sa position , il voyait avec la plus grande satisfaction l’ascendant qu'il avait pris dans une cour qui lui avait dicté des lois, et qui l'avait tenu dans une sorte de dépendance qui, pendant
tout le cours de son règne, lui avait prescrit toutes ses démarches, et avait traversé toutes ses mesures.
Cependant, malgré Icsviolentrs secousses que l'Ecosse avait reçues des factions qui divisaient la cour, malgré les fréquentes révolutionsqu'r Ile avait éprouvées depuis que le roi avait pris er main les rênes du gouvernement , ce royaume jouissait alors d’une tranquillité qui ne lui était point ordinaire. Libre de toute appréhension au dehors, dégagé de troubles au dedans depuis un temps assez considérable , Jacques saisit cct intervalle de tranquillité pour civiliser les montagnards et les insulaires, objets presque entièrement négligés par les rois ses prédécesseurs, et qui auraient cependant mérité leurs principales attentions. la paix , qui subsistait depuis long-temps avec l'Angleterre, avait procuré les moyens de dompter l'esprit indocile des habitans des frontières, et de réprimer leurs déprédations souvent aussi dangereuses pour leurs concitoyens que pour leurs ennemis. Les habiians de la Basse-Ecosse commencèrent peu à peu â se dégoûter du tumulte des armes, et à s'adonner aux arts de la paix. .Mais les montagnards conservaient leur férocité naturelle. Ennemis du travail, acroutumés â la rapine et aux brigandages, ils fatiguaient leurs voisins plus laborieux par des excursions eontinbelles. Jacques s’attachait nou-sculcmcnt â les contenir, mais même â les rendra des sujets utiles, et il avait déjà , en différons temps , publié à cet effet des lois très sages et très prbpres à la réussite de cc projet. Tous les seigneurs du pays ou chefs de tribus eurent ordre de ne souffrir dans toute l'étendue de leurs pays que ceux qui pourraient donner des sûretés suffisantes pour répondre de leur bonne conduite. On demandait à ces chefs de faire dresser une liste de toutes les personnes suspectes dans le ressort de leurs juridictions, de remettre ces personnes entre les mains de la justice, et d'indemniser ceux qui auraient souffert de leurs brigandages ; et , pour s'assurer que ces ordres seraient fidèlement exécutés, on obligea les chefs de livrer des otages au roi . ou de donner caution entre les mains de sa majesté. Ou ordonna qu’en différons endroits de la Haule- Écossc on bâtirait des villes destinées à l'habitation des gens industrieux, ctqui seraient comme le berceau des arts et du commerce; l'une dans
l.i presqu'île de Cantyre, l'autre dans le Lochabai, et la troisième dans l’ilc de Lewis; et )xiury attirer des habitans , on attribua à ces villes tous les privilèges des bourgs royaux. Cependant, comme il n'était point aisé de donner de l'émulation à ces nouveaux habitans et de les rendre laborieux , on établit parmi eux une colonie de gens tirés des pays où l'industrie avait fait de plus grands progrès. On fit les premières épreuves de cet établissement dans l'ilc de Lewis, pays situé avantageusement pour le commerce de la pèche , qui pouvait produire ;1 l'Écossc de très grandes richesses. La colonie qu’on y transporta fut tirée de Fife , dont les habitans étaient ixarticulièrement attachés à cette branche de commerce; mais ils n'y restèrent point assez long-temps pour qu'on pût y ressentir les avantages de leur séjour. I-es insulaires , outrés de voir leur pays occupé par ces intrus, prirent les armes , les surprirent pendant la nuit , en tuèrent une partie , et forcèrent les autres à quitter leurs demeures. Le roi porta bientôt scs attentions sur d'autres objets , et il n'est plus fait mention dans l'histoire de ce projet salutaire. En effet , Jacques se trouva alors dans l’impossibilité de donner A l'exécution de son dessein toute l’application et toute la persévérance nécessaires lorsqu'il est question de changer les narurs de tout un peuple; mais on ne peut lui refuser la gloire , et d’avoir le premier conçu ce dessein si tÿgnc d’un grand prince , et d'avoir indiqué les moyens les plus convenables pour introduire les arts libéraux dans cette partie du royaume
I j santé d’Élisabeth n’avait souffert encore aucune altération : une bonne constitution, une vie réglée, une égalité d’Ame peu commune, l'avaient préservée jusqu'alors des infirmités de la vieillesse. Elle commença pendant le cours de cet hiver A les ressentir; elle s'aperçut que ses forces diminuaient. Elle se mit en chemin par un très mauvais temps pour aller de Westminster A Richmond, où elle avait impatience de se rendre. En arrivant, elle se plaignit plus qu'A sou ordinaire. Elle n’avait point de fièvre, son pouls était bon , mais elle mangeait peu et elle ne donnait point. Elle ne se plaisait qu'A être seule, elle ne pouvait souffrir de voir le jour,
' Pari . 1587, ISM, 1597. Spot»» , «8.
et on la trouvait souvent baignée dans les larmes.
Aussitôt qu'on eut connaissance de l'indisposition de la reine, des personnes de tous les états, de toutes les sectes, de tous les partis, redoublèrent d'attention pour le roi d'Ecosse; on lui prodiguait A l'envi les protestations d'attachement pour sa personne , les promesses de soumission A son gouvernement. Des gens même attachés au service de la reine, fatigués de la longueur de son règne, avides de nouveautés, impatiens de secouer le joug de la reconnaissance pour les bienfaits qu'ils avaient reçus, empressés de briguer ceux du nouveau roi, commençaient A abandonner Élisabeth. Le peuple accourait en foule en Écosse, on se disputait déjà la faveur du nouveau maître , on craignait d’ètre des derniers A lui rendre hommage.
Cependant le mal de la reine faisait de jour en jour de nouveaux progrès, et cette noire mélancolie qui la rongeait paraissait désormais incurable. On forma diverses conjectures sur les causes d'une maladie dont on aurait cru qu'Élisabeth devait être préservée par la gaîté et l'enjouement qui lui étaient naturels. Les uns l'attribuaient aux contrariétés quelle avait éprouvées lorsque, forcée par les circonstances, elle avait pardonné au comte de Tyronnc une rébellion qui , pendant plusieurs nnnées, avait été la source de tant de troubles. D'autres imaginaient que son mal provenait de ce spectacle indécent que son peuple et scs courtisans lui donnaient : ces derniers par leur ingratitude, la nation par une légèreté qui lui faisait regarder avec indifférence le dépérissement de la santé de la reine, qui entraînait le peuple anglais vers le soleil levant, qui lui faisait regarder l’avénement du roi d'Êcosse avec une ardeur et un empressement qu'il ne pouvait dissimuler. L'opinion alors la plus commune, et peut-être la plus vraisemblable, était que l’état de la reine provenait des peines quelle avait ressenties de la catastrophe du comte d'Essex. Elle donnait des regrets continuels A la mémoire de ce seigneur infortuné; elle se plaignait souvent de lopiniAtrelé du comte, mais elle ne prononçait jamais son nom sans répandre des larmes *. l’eu de temps après l'arrivée d'Élisabeth A Richmond , un événe-
' Birch.. Kim., 11,505.
mont singulier réveilla toute la tendresse de la reine, et redoubla l'amertume de ses chagrin». Ij comtesse de Notlingham, étant au lit de la mort , désira de voir la reine. Elle avait , disaitelle , un secret î communiquer à sa majesté, et elle ne pouvait mourir en pais sans le lui avoir révélé. La reine arrive dans la chambre de la comtesse qui lui dit : « Qu’aprèsque la sentence de « mort eût été prononcée contre le comte d'Es- « ses. ce seigneur prit ta résolution de demander « pardon à la reine, et d'implorer sa clémence en
• la manière que sa majesté elle-même la lui avait « prescrite, en lui renvoyant un anneau que la «reine lui avait donné dans le temps de sa plus « grande laveur, avec promesse que, lorsqu'il sc « trouverait dans quelque grand danger, le ren- «voi de cet anneau comme un gage d'amitié « lui donnerait un nouveau droit à sa protection; que lady Scroop était la personne que le «comte avait choisie pour présenter l'anneau à
• la reiue; mais que, par une méprise, au lieu de « le remettre à lady Scroop, on était venu le «lui apporter; qu'en ayant fait part à sou mari , « le plus cruel ennemi du comte d'Esses, Nottin- «gliam lui avait défendu de faire parvenir l'an- «neau à la reine, ou de le renvoyer au comte. » La comtesse de Notlingham, après avoir terminé ce récit, supplia la reine d’oublier sa faute et de lui pardonner cette infidélité. Élisabeth, apercevant alors toute la noirceur des ennemis du comte, et combien elle avait soupçonné injustement son favori d une opiniâtreté inflexible, répondit à la comtesse : « Le Seigneur peut-être
• vous pardonnera, mais pour moi je ne le ferai «jamais,» et, en proférant ces mots, elle sort précipitamment de la chambre , dans le plus grand trouble et dans la plus grande agitation '.
1 One anecdote, au sujet d'Élisabeth, a été publiée pour la première fois par Osbornc. { Van. d'Élisabeth, p. 23. J hile est continuée par le témoignage de Kaurier ( Van , 2G3), cl par l'ét'illence de la tradition de lady Élisabeth .Spelman , ouvrage mis au jour par te docteur Birclt [Négoe., 206.J (amden fait mention de la douleur que la reine ressentit de la mort du comte d'Kssrx , et il dit que c'était une des causes de sa mélancolie. Il nous reste des papiers originaux qui prouvent que celte opinion était alors généralement reçue. ( Bircli , Mém. , Il . 506. ) Cependant Fsscx avait été décapité deux ans avant ta mort de la reine, et il ne parait pas que ce fût pour d'autres raisons que celles que nous avons rapportées. Comment la douleur d’Élisabetb pouvait-elle revivre avec autant de violence, après un espace de temps aussi
Depuis ce moment , on vit h liber entièrement l'esprit de la reine. Elle prenait rarement de la nourriture ; elle refusait tous les remèdes que les médecins lui proposaient : elle disait qu’elle ne pouvait plus supporter la vie, et qu'elle désirait ardemment la mon. On lui fit inutilement toutes sortes d'instances jiour l'engager il se mettre au lit; jamais elle ne voulut y consentir. Elle se tint pendant dix jours et dix nuits sur des carreaux, dans un morne silence , absorbée dans une profonde rêverie, tenant continuellement un doigt dans sa bouebe, ses yeux ouverts et toujours fixés vers la terre. Elle s'unissait néanmoins aux actes de piété qui se faisaient dans son appartement, et aux prières qui étaient récitées par l'archevèque de Cantorbéry. Cela seul paraissait réveiller son attention, et elle donnait des marques de la plus grande ferveur. Tombée à la fin dans un dépérissement total, tant par une longue abstinence que par les angoisses de son âme, elle expira sans agonie, le jeudi 24 mars, dans la soixanlième-dixième année de son âge, et dans la quarante-cinquième de son règne L
On entend souvent les étrangers accuser les Anglais d’avoir de l'indifférence pour leurs princes, et même de manquer souvent au respect dû aux souverains; mais ce reproche n'est point fondé. Jamais nation n'a été plus reconnaissante envers ses rois et ne s'est montrée plus digne de leur bienveillance. Les noms d'Édouard III et d’Henri V sont encore en vénérât i«n , et les Anglais de ce siècle parlent aujourd'hui de ccs princes avec la même chaleur, avec le même cntliousiasme que ceux qui ont joui des prospérités de leurs règnes et qui en ont partagé l'é-
long? la comtesse de Notlingham mourut environ quinze jours avant la reine. Le eoneours de ees deux événetnens, joint aux preuves que nous avons rappors tées, donne assez de vraisrtiiblaficc aux faits rapportés par Osbnenc , pour qu'ils méritent de trouver plate dans t’ilistoirr. La seule objection qu'on puisse faire à ee que nous avons dit de l'attachement d'Élisabeih pour le comte d'Essex , c'est l'âge avance de celte reine, la pas siott de l’atntHir est ordinairement bien refroidie â l’âge de soixante-huit ans : la violence même de loules les pas sions, â l’exception d'une seule, doit être bien diminuée. Mais la force de celte objection est totalement détruite par un auteur qui a éclairci divers passages dans l'histoire d'Angleterre, et qui a même enrichi cette histoire de plusieurs autres irails. j Catalogue of royal and noble aidhors. Article Estez.)
' Camd , Birch. Man. ,11, 506. Bircb. , negoc. , 206. Slrvpe , IV, 373.
clat. Élisabeth est toujours également respectée en Angleterre, on chérit sa mémoire, et tous ceux qui ont écrit l’histoire de ce royaume lui donnent les plus grands éloges. Son amour pour son peuple, sa justesse et sa pénétration à discerner ses véritables intérêts, son activité à les suivre, sa sagesse dans le choix de ses ministres, la gloire de scs armes , la tranquillité assurée dans l’intérieur, l’accroissement de la réputation , des richesses et du commerce de la nation, fruits des vertus du souverain, ont placé avec justice Élisabeth au rang des princes les plus illustres. Les défauts même qu’on aperçoit dans le caractère de cette princesse n'étaient point d’une espèce à tourner au désavantage de son peuple. Son goût pour l’épargne , porté à l’excès, n’était pas néanmoins accompagné de la soif d’accumuler des trésors. Cette passion l’empècha souvent de s'engager dans de grandes entreprises, et affaiblit quelquefois le succès de celles qu’elle avait entamées , mais elle établit en même temps une sage économie dans tout le cours de son administration , et elle affranchit la nation de cette foule de taxes et d'impôts qu’un monarque prodigue et entreprenant est toujours dans la nécessité de demander à ses peuples. Sa lenteur à récompenser ses serviteurs découragea quelquefois le vrai mérite, mais elle en imposa au mérite emprunté, et elle ferma aux ambitieux le chemin des biens et des honneurs dont ils n’étaient point dignes. Ses inquiétudes continuelles par rapport i son droit à la couronne, sa jalousie contre tous les princes qui prétendaient le lui disputer, la portèrent â prendre des précautions aussi avantageuses pour le bien public que pour sa propre sûreté; l'engagèrent ù rechercher l’affection de scs peuples, et û la regarder comme le plus ferme appui de son trône. Tel est le tableau que les Anglais ont tracé de cette grande reine.
En écrivant l’histoire d’Êcosse, on est souvent obligé de la considérer sous un autre point de vue et d’en porter un jugement bien moins avantageux. Elisabeth, pendant la plus grande partie de son règne, presque aussi absolue en Écosse que dans son propre royaume , y avait d’abord acquis cet ascendant par des bienfaits réels, par des services très importans; mais l’usage qu’elle fit de cette autorité devint bientôt fatal au bonheur de la nation écossaise. In- U.
dustrieuse à fomenter la rage de deux factions acharnées à se détruire, favorisant l'une, et lui donnant des secours , pendant qu'elle amusait l’autre par de Elusses espérances; tenant la balance entre les deux partis avec tant d'art qu’ils pouvaient réciproquement se nuire sansque l’un pût subjuguer l’autre, elle rendit l’Écosse un théâtre de discorde et de révolutions , elle y fit couler des ruisseaux de sang. Élisabeth termina ainsi , par ses ruses et par ses intrigues, une entreprise où toute la valeur de ses ancêtres avait échoué ; elle mit le royaume d’Écosse sur le pied d’un élaf dépendant de l’Angleterre. Les maximes de la politique , maximes qui ne sont que trop souvent opposées aux principes de la morale , pourraient peut-être justifier sur ce point la conduite d’Élisabetb; mais on entreprendrait inutilement de faire l’apologie de ses procédés envers la reine Marie, de cette longue scène de dissimulation sans aucune nécessité, de cette cruauté sans exemple. Nous sommes saisis d’admiration en parcourant la plupart des autres actionsd’Élisabcth; mais, dans ce trait de rigueur et de sévérité , on ne rcconnait plus la grandeur d’âme d’une reine, la douceur et l’humanité d’une femme ; on est forcé de convenir qu’elle avait renoncé â tous les sentimens de la nature.
On a vu qu'Élisabeth n'avait jamais voulu permettre que la question au sujet du droit de succession fût décidée dans le parlement. Elle ne s'était jamais expliquée sur ce point , elle voulait qu’il restât dans une obscurité impénétrable. Cependant elle n'avait jamais eu l'intention d'exclure le roi d’Écosse d'un héritage auquel il avait un droit inconteslable. Peu de temps avant sa mort, elle rompit ce silence obstiné , et elle déclara scs iulentions en ces termes â Cecii et au lord amiral : » Mon trône, leur dit-elle , est « le trône du roi : je ne veux proposer personne • pour le remplir: mon cousin le roi d’Écosse «doit être mon successeur.» Elle confirma la même chose au lit de la mort , et aussitôt qu’elle eut rendu les derniers soupirs, les lords du conseil privé proclamèrent Jacques roi d'Angleterre. Toutes les intrigues des étrangers en faveur de l'infante, toutes les cabales formées dans l'intérieur du royaume pour appuyer les droits de lady Arabelie et du comte de Hartford , s’éclipsèrent en un instant. I*es nobles et le peuple, oubliant leurs anciennes animosités contre l'É-
cos» et leur éloignement pour toute domination étrangère, témoignèrent leur satisfaction avec un concours d'acclamations qu'on n'avait jamais entendu â l’avénement d’aucun prince de la nation. Au milieu de ces transports de joie* quelques patriotes proposèrent de prescrire au successeur quelques conditions avant qu'il monté! sur le trône; leurs demandes furent à peine écoutées. Cecil eut soin de les écarter, et il s’en fit encore un mérite auprès de son nouveau maître. Le chevalier Charles Percy, frère du comte de Northumberiand, et Thomas Sommerset, fils du comte de Worcester , furent dépêchés en Écosse et ehargés d’une lettre adressée au roi , signée par tous les pairs et les conseillers privés qui se trouvaient alors à Londres. On informait Jacques de la mort de la reine, de son avènement au trône d'Angleterre, de l’empressement avec lequel ils avaient reconnu son droit, et de l’applaudissement général qui avait suivi sa proclamation. Ces députés firent la plus grande diligence, mais ils fiirent prévenus par le chevalier Robert Carcy, fils puîné du lord Hunsdane. Ce jeune seigneur, emporté par son zèle , se mit en chemin quelques heures après la mort d’Élisabeth , et arriva à Edimbourg le samedi au soir , dans le moment que le roi venait de se mettre au lit. Carey fut aussitôt introduit dans l'appartement du roi, il se mit à genoux auprès du lit de sa majesté , il lui apprit la mort de la reine d’Angleterre, il le salua roi d’Angleterre , d’Ecosse, de France et d'Irlande, et, (tour preuve de la vérité de la nouvelle qu'il lui annonçait, il lui présenta un anneau que sa sœur, lady Scroop, avait tiré du doigt de la reine après sa mort. Jacques écouta le récit de Carey avec un air grave et composé. Cependant, comme ces informations ne venaient que de la part d’un particulier, elles ne furent point rendues publiques, et le roi garda la chambre jusqu'il l’arrivée de Percy et de Sommerset. Alors scs titres furent proclamés solennellement, et ses sujets parurent aussi sensibles que les Anglais à cet accroissement de sa puissance et de ses dignités. Comme sa présence était absolument nécessaire en Angleterre , où le peuple attendait avec impatience son nouveau souverain, il ordonna qu’on fît incessamment tous les préparatifs pour son voyage , laissant en Ecosse la raine , qui devait le suivre dans quelques se-
maines II confia le gouvernement de l’Ecosse à son conseil privé , et le soin de ses enfans à différens seigneurs, le dimanche avant son départ, il se rendirà l’église de Saint-Gilles. Il y entendit un sermon où le prédicateur , après avoir exalté les bienfaits de la divine Providence , qui plaçait Jacques sur un nouveau trône , qui lui donnait un aussi puissant royaume sans aucune opposition, sans aucune effusion de sang, exhorta le roi à rendre grâces â Dieu et à lui marquer sa reconnaissance en veillant avec un soin particulier au bonheur et à la prospérité de ses fidèles sujets. Le sermon fini, le roi se leva, paria au peuple , l'assura de sa bienveillance et d'une affection que rien ne pourrait jamais altérer. U promit qu’il ferait de fréquens voyages en Écosse et que, malgré son absence, ses sujets de ce royaume s’apercevraient qu’il chérissait toujours le pays de sa naissance, et qu'il avait pour ses compatriotes la même amitié que lorsqu’il résidait continuellement parmi eux. Qu’ils trouveraient toujours leur prince dispok A écouter favorablement toutes leurs requêtes , à y répondre avec joie , et à leur donner en toutes occasions des preuves d’une tendresse paternelle. Ce discours du roi fut souvent interrompu par les sanglots des auditeurs. Le peuple, seusible aux prospérités de son souverain, touché des marques de sa bienveillance, s'exprimait par scs larmes et par des transports de joie
Le 15 avril, le roi se mit en chemin avec un train leste , mais peu nombreux , et le lendemain il arriva à Berwick. Partout où il passait on accourait en foule pour le féliciter, et dans les différens comtés , les principaux du pays étalaient toutes leurs richesses et toute leur magnificence dans les ftstins qu’ils avaient préparés pour le recevoir. Élisabeth avait régné si longtemps en Angleterre , que la plupart de scs sujets ne connaissaient point d'autre cour que la sienne. Ils avaient pris dans cette cour toutes les idées qu'ils se formaient de l’étiquette et de la décoration convenables à un prince. Ils jugeaient d'après ce modèle de la conduite et des actions du nouveau souverain : rien n’était plus naturel que de faire dans ces premiers momens la comparaison de leur nouveau maître avec la reine qu’ils venaient de perdre , et Jacques ne
* Spouw., «6.
gagnait pas à ce parallèle. Son caractère était entièrement opposé à celui de la feue reine. Il n'avait point ces manières engageantes , cette affabilité , qui gagnent tous les coeurs , et qui rendaient Élisabeth l'idole de son peuple. Ilélait d'un facile abord et d'un commerce agréable pour le petit nombre de gens qu’il affectionnait , mais son indolence naturelle lui faisait regarder comme une fatigue les soins qu'il aurait dû se donner pour se rendre agréable à tous. Il possédait encore moins ce ton de dignité qu'Élisabeth savait employer si à propos pour modérer la trop grande familiarité. Au lieu de distribuer, ainsi qu'Élisabeth , les titres et les honneurs avec une sage économie , il les prodiguait avec si peu de réserve et de discernement, qu'ils n'étaient plus regardés comme des marques de distinction , comme les récompenses du vrai mérite. Cependant ces observations sur le caractère de Jacques n'étaient que le fruit des spéculations d'un petit nombre de personnes. Jacques avait entraîné les suffrages de la multitude. Le peuple continuait à l'applaudir, et ce fut au milieu de scs acclamations, que ce prince fit son entrée dans Londres , le 7 mai, et monta paisiblement sur le trône d'Angleterre.
Ce fut ainsi que furent réunis ces deux royaumes , séparés de temps immémorial , et destinés par leur situation à former une grande monarchie. Cest à la réunion de toutes les forces nationales que la Grande-Bretagne doit celte prééminence et cette autorité dont elle jouit en Europe, auxquelles l’Angleterre et l'Écosse, séparées , n'étaient jamais parvenues.
Les Écossais considéraient depuis si longtemps leurs monarques comme héritiers présomptifs du royaume d'Angleterre , qu’ils avaient eu tout le temps de faire leurs réflexions sur les | suites de cette augmentation de puissance et de i dignité en la personne de leur roi. Mais éblouis | par la gloire de donner un souverain û un ennemi | puissant . comptant sur l'affection d'un prince né dans leur pays , dévorant en espérance tous les biens et les honneurs qu'il serait bientôt en état de leur prodiguer, ils firent peu d'attention aux conséquences dangereuses de cç grand événement , et ils se réjouissaient de voir monter leur prince sur le trône d'Angleterre, comme si la fortune en honorant le souverain, répandait également ces bienfaits sur le royaume. Ils eu- 1
rent bientôt sujet de concevoir d’autres idées , et nous pouvons dater de ce moment la subversion totale de la consi i tut ion pol i t ique de l’ Écosse.
* L’aristocratie féodale, renversée par la politique des souverains chez la plupart des nations de l'Europe, ou peu à peu détruite par les progrès du commerce , s’était maintenue eu Écosse dans toute sa force. Plusieurs causes avaient contribué ù augmenter par degrés le pouvoir des nobles d'Écosse. la réformation même, qui, dans les autres pays où elle avait prévalu, avait étendu l’autorité du monarque , avait augmenté en Écosse les richesses et les influences de la noblesse. lin roi d'Écosse, dont les finances étaient peu considérables, dont les prérogativesn’étaient pas soutenues pardes troupes réglées, resserrées dans des homes fort étroites , ne pouvait pas avoir beaucoup d'autorité sur des sujets aussi * puissans. Il était obligé de gouverner avec art , et d’avoir recours à des expédiens (tour faire exécuter des lois qui ne tiraient leur force que de la soumission volontaire des nobles. Cette espèce d'administration , dont on ne voyait ailleurs aucun exemple , était faible et irrégulière : l'Écosse avec le nom , avec tout l’extérieur d'une monarchie, était réellement une aristocratie : cependant les peuples n’y étaient pas malheureux , et cette constitution bizarre était appuyée sur quelques principes qui tendaient à leur sûreté, qui tournaient à leur avantage. le roi , retenu et intimidé par les nobles, n'osait risquer aucun acte d'autorité arbitraire.
I^es nobles , tenus en respect partie roi , qui , malgré les bornes de son pouvoir , avait des droits considérables et de grandes prétentions, évitaient d'irriter, par des exaclionsdéraisonnablcs , ceux qui étaient dans leur dépendance ; modéraient la rigueur de la tyrannie aristocratique , et mettaient dans celte sorte de gouvernement une douceur et une égalité qui ne lui est point ordinaire. Cependant le génie militaire du gouvernement féodal était toujours en vigueur, les vassaux de la couronne et ceux des liarons n’étaient point opprimés, et étaient même recherchés par leurs supérieurs , qui tiraient tout leur pouvoir et toute leur importance de l'amour et de l'affection de leurs vassaux.
Mais l'avénement de Jacques au trône d'Angleterre lui procura un accroissement immense de splendeur, de richesses et d'autorité. Il en-
J.IVRK VIH.
vironna oc prince d'un nouvel éclat , dont les nobles furent éblouis, étonnés, intimidés. Ils jugèrent alors qu'il serait inutile de réclamer des privilèges qu'ils ne pourraient pas soutenir* Tous plièrent sous le joug, et ils n’y furent pas seulement entraînés par la crainte ; cette soumission volontaire avait d'autres motifs. Jacques affectionnait ses compatriotes. Il voulait leur faire partager sa bonne fortune , il les comblait d'honneurs et de biens. L'esi>érance d'obtenir les grâces du prince agit encore plus fortement sur l'esprit des nobles que la crainte qu'il leur inspirait , et acheva de dompter cette nation féroce et indépendante. La volonté du prince devint alors la loi suprême en Écosse. Les nobles se disputaient â qui obéirait le plus aveuglément aux ordres émanés du trône, à ces cotumande- • mens qu'ils se faisaient gloire auparavant de mépriser. Le roi , content d'avoir soumis les nobles à l’autorité de la couronne , leur abandonna dans tout son entier l’exercice dï leur ancienne juridiction sur leurs propres vassaux. Des droits aussi étendus, réunis en la personne du seigneur suzerain, devinrent entre ses mains des instrumens d’oppression , et le rendirent redoutable. Ces droits, originairement fondés sur le génie militaire , furent peu à peu dénaturés. On les appliqua â d’autres usages, on les exerça avec rigueur, et il ne resta plus de moyens pour les adoucir et pour les modérer. Les nobles , après avoir sacrifié leurs biens à de fréquens voyages à la cour d’Angleterre, â la vainc ambit ion de copier les mœurs de voisins plus riches, et de les égaler en magnificence, cherchèrent â ré|iarer leurs pertes en foulant le peuple par îles exactions multipliées. Les sujets opprimés osaient â peine proférer leurs plaintes. Ils savaient qu'elles n'arriveraient jamais au pied du trône . et qu'ils ne pourraient obtenir du prince aucun soulagement â leurs maux.
Tel fut l'état politique de l’Écosse depuis la réunion des deux royaumes jusqu'à la révolution de IGi .i. Réduite à la condition la plus malheureuse « ; la plus étrange qu'on puisse se représenter , soumise en même temps aux volontés absolues d'un monarque et à la juridiction tyrannique d’une aristocratie, elle éprouva tous les inconvéniens de ces deux formes de gouvernement. Ses rois étaient despotiques, scs nobles étaient esclaves et tyrans, le peupleasservi
sous ce double joug gémissait dans l’oppression.
Cependant les nobles firent encore quelques efforts pour se tirer de cet état de servitude , et recouvrer leur ancienne indépendance. Après la mort de Jacques , la nation écossaise n’éprouva plus la même affection de la part de ses rois. Charles 1", élevé parmi les Anglais, montra peu d’attachement pour le royaume où il avait pris naissance; les nobles, qui ne voyaient plus le sceptre entre les mains du prince qu'ils regardaient comme un ami, qui se trouvaient sons la domination d'un monarque avec qui ils avaient peu de correspondance, qui n'avaient aucune influence dans ses conseils, ne se tinrent pas long-temps dans cette entière soumission , dans cette obéissance aveugle. Les empiétemens du roi sur les privilèges des nobles , la crainte de nouveaux abus, firent renaître l'émulation dans l'ordre de la noblesse. On porta les plaintes au souverain, on fit de vives remontrances. Le peuple murmurait des innovations qu'on voulait introduire dans la religion ; les nobles fomentèrent en secret leurs mécontentemens. la mauvaise conduite de la cour vint à l’appui des intrigue* de la noblesse, acheva de soulever les esprits, appela aux armes toute la nation qui se déclara contre le souverain avec un concours unanime et une animosité dont on n'avait point vu d’exemple. Charles mit en campagne toutes les forces de l'Angleterre ; et les nobles d’Ècosse , malgré l'union qui régnait entre eux , malgré le zèle du peuple, auraient â l'instant succombé sous les efforts du roi , si ce prince avait pu agir avec plus de vigueur, et s'il avait été mieux secondé par ses sujets d’Angleterre, dont il avait entièrement perdu l'affection. lj guerre civile éclata avec toutes scs fureurs dans les deux royaumes. Le sang du citoyen coula dans une infinité de combats, la fortune, après avoir favorisé alternativement l’unct l'autre parti, amena enfin rette fameuse révolution si connue dans l'histoire. Le trône s'écroula, et ensevelit sous ses ruines la noblesse écossaise qui avait provoqué cette guerre fatale. Lorsque Charles 11 fut rétabli, ce prince rentra en pleine possession de la prérogative royale en Écosse. La noblesse, accablée paf une longue suite de malheurs , par la dévastation de scs biens, n'avait plus le même esprit, avait perdu son ancienne vigueur. Elle était moins en état que jamais de s'opposer aux
volontés du souverain , elle n'en n'avait pas même le désir. Pendant tout le cours de ce règne et sous celui de Jacques II , le monarque dictait des lois, et l'Écosse prosternée les recevait avec soumission et même avec bassesse. La plupart des nobles écossais , réduits à la pauvreté, étaient plus que jamais esclaves du maître et tyrans cruels de leurs propres sujets. Le peuple , négligé dans tous les temps , était alors devenu odieux, était chargé d'injures et de mauvais traitemens, à cause de son attachement à des principes de religion et de politique différens de ceux que le souverain suivait.
La révolution changea entièrement la forme du gouvernement en Écosse, et on y adopta des maximes bien différentes. Nos lois n'avaient jusqu'alors eu pour objet que l’accroissement de l'autorité du prince ou la sûreté des privilèges des nobles. On frisait à peine mention des droits du peuple; ils étaient négligés et peut-être inconnus. On commença depuis cette époque à y donner quelque attention. On assura ses privilèges par la réclamation Je droit. Le nombre de ses représentons fut augmenté , et lui donna peu à peu un nouveau poids , une nouvelle considération dans le parlement. Le peuple , assuré de ses droits, revêtu d'une puissance plus étendue , commença à prendre l’essor. Les âmes se développèrent, les travaux d'industrie se perfectionnèrent; on étendit les branches du commerce, on forma des plans de conduite politique mieux concertés. Cependant l'esprit d'aristocratie qui dominait toujours et plusieurs autres circonstances retardaient les progrès de cet accroissement du bonheur de la nation.
Un autre événement acheva ce que la révolution avait commencé. L’union des deux couronnes sur une même tète avait ébranlé le pouvoir de la noblesse, il fot presque anéanti par la réunion des deux royaumes. Les nobles écossais faisaient auparavant partie du conseil suprême de la nation, ils y portaient leur crédit, ils y dominaient. Ils forent alors incorporés dans le parlement de la Bretagne , ils n’y forent admis que par leurs représentans , ils ne firent plus que la partie la moins considérable de ce corps en qui réside l'autorité législative. Ces nobles furent totalement exclus de la chambre des communes ; il ne fut pas permis â leurs fils aînés de les représenter dans cette auguste assemblée. On ne laissa
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pas même aux nobles leurs privilèges féodaux , qui auraient pu compenser la perte de leur autorité politique. Les progrès du commerce, chaque pas que le gouvernement faisait vers sa perfection , resserraient insensiblement ces privilèges; ils forent entièrement détruits par des lois aussi avantageuses pour le bien public que fatales au corps de là noblesse. La liberté du peuple s'éleva sur les ruines du pouvoir des nobles. Les Écossais , délivrés des fardeaux dont ils étaient accablés , affranchis du joug sous lequel ils gémissaient depuis si long-temps, adoptés dams une monarchie dont la constitution était plus régulière que celle du royaume d'Ecosse , où l'esprit du gouvernement et les lois étaient plus analogues i la liberté, étendirent leur commerce , travaillèrent à multiplier les choses nécessaires à la vie, donnèrent même sur ce point dans les recherches et dans l’élégance, et leurs mœurs plus civilisées les portèrent à cultir ver les arts et les sciences.
Cette esquisse de l’état politique de l’Écosse, dans laquelle nous n'avons fait que parcourir les événemens, sans nous attacher à en développer les causes et à les approfondir , nous autorise à partager notre histoire en trois époques différentes , dans lesquelles nous apercevons à chaque fois des changemens considérables dans les trois corps d'où sont lires les membres de celte assemblée, â laquelle nos constitutions ont confié la puissance législative.
Avènement du roi an trône d' Angleterre.— Ce prince, qui n'avait auparavant qu’un pouvoir limité, devint en un instant le monarque de l'Europe le plus absolu , et il exerça une autorité despotique â l'abri de toutes remontrances de la part des parlcmens, de toute résistance de celle des nobles.
Héunion des deux royaumes. — L'aristocratie qui subsistait depuis tant de siècles, qui ne mettait point de bornes à l'autorité, fot alors entièrement renversée. Les noblesd'Écossc se démirent volontairement de tous leurs droits et de toutes leurs prérogatives, et ils se réduisirent d'eux -mêmes â un tel état, qu'ils 11e furent plus, connue autrefois, un objet de terreur et de jalousie pour les autres sujets.
Temps /tostérieurs à la réunion des deiu myaumes.— Les communes, auparavant négligées par les rois , méprisées par les nobles, sor-
tirent alors de leur obscurité , et commencèrent i jouer un rôle dans l'état. Elles obtinrent aussi par le concours des circonstances la participation de tous les privilèges que les Anglais avaient achetés au prix de leur sang , et elles sont parvenues dansle royaume d'Écossc au même degré de considération qu'elles possédaient déjà depuis long-temps en Angleterre.
1,'église ressentit aussi les effets du pouvoir absolu que l'accession au trône d'Angleterre procura au roi d'Écossc ; elle eut aussi ses révolutions qui méritent d'ètre rapportées. Jacques, pendant les dernières années de son administration en Écosse, y avait fait revivre l’ordre des évêques, tant pour le nom que pour les fonctions. Cependant ces évêques n'avaient dans l'église ni juridiction ni prééminence, leurs revenus étaient peu considérables, et ils n'avaient d’autres distinctions que la séance au parlement, la jalousie du clergé, la haine du peuple. Le roi , touché de l'éclat et de l’autorité des évêques anglais , et désirant d'établir dans le gouvernement ecclésiastique une union qu’il avait entrepris inutilement d'introduire dans le gouvernement civil , forma le projet d’une exacte conformité entre les églises des deux royaumes. Trois Écossais furent promus à l'épiscopat et sacrés à Londres. On ordonna à leurs confrères de venir recevoir de ces nouveaux évêques les ordres ecclésiastiques. On voulut établir en Écosse des cérémonies qui y étaient inconnues.
Jacques trouva dans le clergé moins de condescendance que dans l’ordre de la noblesse, les ecclésiastiques s'élevèrent avecaudace contre ccs innovations ; mais le roi , instmit de longue main dans Part de manier ces esprits indociles, obtint à la fin le consentement du clergé. Charles Ier, prince superstitieux , et qui ne connaissait [«tint le génie de notre nation , imprudent et précipité dans toutes les opérations relatives à l'Ecosse, poursuivit avec trop d'ardeur l'établissement de la liturgie anglaise , entreprit indiscrètement de recouvrer les terres de l’église, et alluma le feu delà guerre civile; le peuple saisit ces momens de trouble, et se livra sans réserve à toutes ses passions. L’église épiscopale fut renversée, l'église presbytérienne fut rétablie, sa discipline et son gouvernement reprirent une nouvelle vigueur. L'épiscopat fut ensuite rétabli en Écosse en même temps que la
monarchie; mais cette hiérarchie si odieuse au peuple ne pouvait se soutenir que par la force. On y employa toute la rigueur de l'autorité, toute la barbarie de la persécution, mais on ne put vaincre l'antipathie de la nation, et cette forme de gouvernement ne se maintenait qu’avec de grandes difficultés. Lors de la révolution, on jugea que les vœux et les inclinations du peuple étaient dignes des attentions du législateur. Le gouvernement presbytérien fut de nouveau rétabli , et ayant été cimenté lors de la réunion , il s'est toujours depuis maintenu dans le royaume.
L’avénement de Jacques au trône d'Angleterre, qui avait été la source de changeroens considérables dans la constitution de l'état, tant pour le spirituel que pour le temporel, répandit encore ses influences sur d’autres objets plus susceptibles d’agrémens et de délicatesse. A la renaissance des lettres, dans les quinzième et seizième siècles, les languesvivantesétaient toutes également barbares, sans aucuô nerf, sans aucune élégance, et même dénuées de cette clar'é si necessaire pour la communication des idées, les auteurs ne voulaient point écrire dans ccs langues brutes, ni confier leurs scntimrns et leurs pensées à des jargons informes , si peu propres à les exprimer et à les embellir. Ils n’imaginèrent point de construire avec des matériaux aussi grossiers, de s'élever à l'immortalité par des monumens aussi peu durables. L'esprit qui dominait alors, esprit précaire, qui ne prenait point sa source dans l’àme, qui n'avait point une vigueur originale , ne pouvait être échauffé que par l'imitation. On admirait les anciens, on regardait leurs compositions comme les modèles du goût , du sentiment et du style. On regardait les langues anciennes comme les seules qui fussent propres aux sciences , on prit la méthode des anciens, et. malgré le projet extravagant d'écrire dans une langue morte, dans laquelle les hommes ne pensaient plus depuis des siècles, qu'on ne parlait plus, dont on avait perdu jusqu’à la prononciation , ccs nouvelles productions’ curent un succès prodigieux. Composées d'après les plus beaux modèles de l’antiquité, exemptes de ces barbarismes qui se glissent dans la conversation familière , de l'affectation du style de la cour, du mélangedc mots occasioné par le commerce avec les étrangers, et d’une infinité d’autres défauts adoptés dans les langues vivantes ,
les auteurs se portèrent souvent dans ces compositions latines, à un degré d’élégance auquel les Romains eux-mêmes sont rarement parvenus dans les temps qui ont précédé et suivi le règne d'Auguste. Comme les ouvrages étaient presque tous composés en latin , on pouvait en Faire aisément la comparaison , et les écrivains d'Écosse ne se trouvèrent point inférieurs â ceux des autres nations. L’Écosse peut se glorifier d'avoir produit Buchanan, cet heureux génie formé pour exceller également en prose et en vers , plus varié, plus élégant, plus original qu’aucun de ceux qui de nos jours ont écrit en latin, auteur célèbre, et qui a procuré à sa patrie une place honorable dans la république des lettres.
Cependant on commençait à s'ennuyer de cette étude laborieuse d’une langue morte. Les auteurs aperçurent à quel point ce travail était ingrat : ils sentirent le désagrément de n’étre lus et admirés que par le petit nombre de gens qui s'adonnent aux sciences. Au lieu de passer toute sa vie à apprendre le langage des Romains, on s'attacha à polir la langue nationale , i y donner du tour, de la finesse et de l’agrément. Les langues vivantes se trouvèrent susceptibles de grâces et de beautés. Elles se rapprochèrent de l'élégance des anciennes, elles parvinrent même peut-être à les égaler. Les Italiens entrèrent les premiers dans cette carrière : la langue latine , bannie chez eux des ouvrages de goût et d’agrément, reléguée dans le cercle des sciences et de l’éruditiou, eut le même sort chez toutes les nations policées. Nous pouvons dire sans présomption que les Écossais n’ont point été dans le cas de donner des regrets à ce changement arrivé dans le goût général ; qu’ils ont toujours été de pair avec les autres nations, et qu’ils ont soutenu l'honneur des lettres avec un égal avantage. Les langues anglaise et écossaise , dérivées des mêmes sources , étaient i la fin du seizième siècle dans un état à peu près semblable; mêmes expressions, mêmes tours de phrases, mêmes idiotismes, différentes seulement pour i’ortliographe de quelques mots. Plusieurs ministres et des hommes d’état en Écosse ne le cédaient en rien.pour les connaissances littéraires, pour l’élégance et pour la pureté du langage, aux ministres anglais avec lesquels ils étaient en correspondance. Jacques lui-même avait porté sur le trimo l'amenr des sciences cl de la littérature :
ce prince se piquait de bien écrire , et son style avait des beautés. Son exemple encouragea les gens de lettres. On s'attacha à perfectionner le langage écossais, on lui donna de l’agrément et de la délicatesse; ii alla bientût de pair avec l'anglais. L’Écosse peut se glorifier d’un nombre d’auteurs aussi élégans dans leur propre langue que dans la langue latine : elle peut se vanter d’avoir bâté les progrès du goût , d'avoir encouragé les arts et les sciences, autant qu’aucune autre nation policée de l'Europe.
Mais dans ce même temps où les autres peuples laissaient tomber l'usage de la langue latine pour les ouvrages de goût, pendant qu’ils faisaient l’essai de la force et de la richesse des leurs, l’Êcosse cessa d’être un royaume. Ces transports de joie que l’avéncment de Jacques au trône d’Angleterre avait occasionés, s'évanouirent en peu de temps. On perdit de vue tous les objets qui peuvent contribuer à civiliser un peuple et à l’encourager. L’Écosse fut privée de la présence de son prince, du concours et de l’affluence des nobles, de l’édat et du brillant de la cour qui donne le ton de l'élégance ; les esprits rampèrent, la nation parut tomber dans un affaissement générai. La cour ayant abandonné l’Ecosse , nous n'eûmes plus de modèle national et domestique de la justesse et de la correction du langage. Quelques ouvrages qui parurent en Écosse depuis la réunion des deux royaumes forent jugés par les Anglais, forent composés sur le modèle anglais ; une seule phrase , un seul mot qui s’en écartaient , étaient condamnés comme barbares. Si la séparation entre tes deux nations avait subsisté, chaque peuple aurait gardé son idiome, ses façons de parler particulières ; la cour les aurait mises i laç mode, l'autorité des écrivains de réputation les aurait accréditées, ils auraient porté dans les langues vivantes ces dialectes variés qui chez les Grecs fonUes principaux ornemens de leur langage; nous les aurions regardés comme des grâces et des embellisscmens dans l'élocution les auteurs des deux nations les auraient employés indifféremment ; mais l’avénement du roi d'Écosse à la couronne d’Angleterre rendit l’an gtais l'arbitre du langage. Il donna les lois de la diction , il traita de solécismes tous les mou auxquels son oreille n'était point accoutumée. Cependant les deux nations communiquaient rare-,
ment entre elles et, cette interruption de correspondance, jointe à la force des préjugés qui éloignent toujours de l'imitation, Ataieqt aux peuples d'Écosse les moyens d’épurer leur langage sur le modèle d'élégance que l’anglais leur présentait. La langue écossaise reçut au contraire de nouvelles altérations, et qui provenaient de sources différentes. Le clergé d'Écosse, distingué par une piété éminente , était alors peu versé dans les lettres. On voyait peu d’ouvrages sortir de la plume des ecclésiastiques, ils aspiraient rarement à s'ériger en auteurs; mais ils étaient en possession de discourir en public ; ils avaient le privilège de haranguer le peuple, et ils en abusaient peut-être en prolongeant leurs discours et en les multipliant sans nécessité. Ces productions faites à la hâte , ces saillies d’imagination , ne pouvaient avoir aucune élégance; et de pareils modèles ne fournissaient le plus souvent que des expressions indécentes et des termes impropres. Les plaidoyers des avocats étaient également diffus , et d’un style anssi négligé. Cet ordre donna plus d'auteurs que celui du clergé; mais comme les matières que traitaient les gens de cette profession se trouvaient mêlées journellement dans les conversations familières et dans les affaires courantes , les écrits de ces auteurs ne servirent qu’à intro duire dans notre langage des façons de parler vicieuses , et qui furent apelées des scotlicismes. On ne trouva pas plus de ressources dans le parlement pour la pureté du langage et pour les progrès du goût. Un style plus correct, une éloquence plus noble , paraissaient être le partage de cette auguste assemblée; mais toutes les
’ On trouve dans deux papiers curieux , l’un publié par H av ne*, l’autre par Strype, une preuve remarquable du peu de correspondance qu’il y avait entre les Anglais et les Écossais avant la réunion des deux royaumes. En l’anDée 1567, Élisabeth ordonna à l'évéque de Londres de prendre une note de tous|lcs étrangers qui se trouvaient à Londres et à Weetminstcr. Suivant le détail donné par l’évéque, et qui est fort abrégé, ou voit que le nombre des Écoasais ne se montait alors qu'à cinquante-huit ( llavnes, 155 ). One pareille note fut faite en 1568 par le chevalier Thomas How , lord -maire Le nombre des Écossait se moulait à quatre- vingt -huit
Strvpe, 1, supplément, n° I). Depuis l'avènement de Jacques, uu nombre considérable d’Écossais passa en Angleterre, et surtout des personnes du plus haut rang. Mais ce ne fut que depuis la réunion des deux royaumes que la correspondance devint considérable entre les Anglais et les Ecossais.
affaires y étaient terminées par les lords des articles : ces seigneurs étaient vendus à la cour, servilement dévoués aux volontés du maître; on voyait rarement des débats s'élever entre eux : les affaires n’y étaient point traitées avec l'esprit et la vigueur convenables à nnc assemblée populaire.
Ce fut ainsi qne pendant que les Anglais tra raillaient dans tout le cours du dix-septième siècle à donner par degrés de la finesse à leur langue, à fixer parmi eux les règles du bon goût, la langue en Écosse tombait dams le bas, dans le trivial ; le goût s'y perdait entièrement.
Les deux nations étaient sorties de la barbarie vers le commencement de ce siècle, la distance qni tes séparait alors était peu considérable, elle s'angmenta insensiblement : elle était immense avant la fin de ce même siècle, lors même que les sciences commencèrent à se montrer dans ce» pays, l’Éeosse, bientôt replongée dans l'ignorance et dans l’obscurité , ne ressentit point les influences de cette aurore naissante. L’Écossais, naturellement actif et intelligent, resta dans la langueur et dans l’engourdissement , pendant que les autres peuples marchaient avec ardeur dans la carrière des connaissances humaines et dans celle de la réputation. Ce n’était pas défaut de génie. Les crises perpétuées dans l’état politique de l’Écosse , une suite de malheurs et de révolutions, furent les véritables causes qui retardèrent nos progrès; aux premières lueurs de prospérité , le génie de la nation parut et prit l’essor. Le rabaissement de l’autorité des lords des articles , et d'autres lois salutaires faites au temps de la révolution, établirent la liberté des débats dans le parlement d'Écosse. Les Écossais donnèrent alors une attention particulière à l’éloquence; ils cultivèrent avec 9oin tous les arts qui marchent à sa suite, ou qui tendent à la perfectionner : l'exemple seul de Fletcher de Saltou serait suffisant pour prouver que les Ecossais ont toqjours eu de l’élévation dans l’àmc , de la noblesse dans les sentimens ; et qu’à l’exception de quelques façons * de parler, qui leur sont particulières , ils sont capables de s’exprimer avec force , avec énergie , qu’ils ont en eux le germe de l’élégance.
Enfin la réunion a fait des deux nations un seul corps : les Anglais et les Écossais ne sont plus qu’un même peuple. Ces distinctions, qui
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avaient subsisté pendant tant de siècles, se sont évanouies par degrés; les singularité* ont dis* paru , les mœurs sont devenues les mêmes dans les deux parties de File ; on lit et on admire les mêmes auteurs , même genre d'études , même ton d'élégance et de politesse, mêmes modèles pour le goût et pour la pureté du langage. Les Écossais, après avoir gémi pendant un siècle en-