LIVRE HUITIEME
Le roi et la reine d'Écosse arrivèrent le 1er de mai à Leith , et ils y forent reçus au bruit des acclamations du peuple et avec des démonslratiobs de joie excessive de la part de tous leurs sujets. Le couronnement de la reine se fit solennellement et avec la plus grande magnificence; mais l’ordre des évêques était tellement avili , qu’aucun d'eux n’y assista. Robert Bruce, ministre presbytérien d’une grande répu tat ion, mit la couronne sur la tète de la reine, lui donna l'onction sacrée, et acheva toutes les autres cérémonies du couronnement.
Le zèle avec lequel plusieurs membres du clergé s'étaient portés à entretenir la paix dans le royaume pendant l'absence du roi, et le succès de leurs bons offices, leur concilièrent l'affection de sa majesté , et firent même agréer à Jacques la forme du gouvernement presbytérien. I,c roi, dans l'assemblée du clergé qui se tint celte année, fit un grand éloge de la discipline et de la doctrine de l'église , promit d'adhérer inviolabiement à l’une et à l'autre, permit à l'assemblée de faire tous les actes qui seraient jugés nécessaires pour abolir par degrés ce qui restait de la juridiction épiscopale, et pour frayer le chemin au plein et entier établissement du système presbytérien <.
’ Cild. , iv, .01
Bientôt après, un événement singulier fit triompher le clergé d'Écosse. L'archevêque Adamson, son ancien ennemi , privé des revenus de son siège en vertu de l'acte de réunion, accablé d’âge , de misère et d'infirmités , et tombé dans la disgrâce du roi, fit à rassemblée du clergé les plus humbles soumissions, et lui remit une rétractation en forme des opinions qu'il avait adoptées au sujet du gouvernement de l'église , et qui avaient pu être un objet de scandale pour les presbytériens. Cet aveu solennel de la part d’un personnage regardé comme l’Itomme le plus savant de son ordre, fut reçu comme un aveu que la force de la vérité avait arraché à un adversaire '.
Cependant la clémence extraordinaire du roi donnait carrière à des crimes de toute espèce, encourageait â toute sorte d’actes de violence, faisait tomber son gouvernement dans le mépris et devenait fatale à la plupart de ses sujets. L’histoire de son règne ne présente, pendant le cours de plusieurs anuées, qu'une suite de querelles implacables entre les grandes familles, de meurtres et d’assassinats commis avec audace, accompagnés de tous les excès de la cruauté. On ressentit alors plus que jamais en Écosse tous les vices du gouvernement féodal aristocratique.
1 Spolsxv. , 365. Ca'd., , IV, 214.
I a licence était générale, et i'anarchie avait prévalu au point d'ébranler les fondcmcns de la société. Jacques, trop lent à punir, trop faible pour agir avec vigueur, voyait tranquillement cette continuité de crimes atroces , et les laissait dans l'impunité.
Mais pendant que le roi tolérait ainsi des forfaits réels, la sorcellerie, regardée communément comme un crime imaginaire, attirait toutes ses attentions, et ceux qui en étaient soupçonnés ressentaient tout le poids de son autorité. Plusieurs personnes qui n'étaient ni dans un Age avancé ni dans l'excès de la misère, circonstances qu’on regarde ordinairement comme les indices les plus assurés de cette espèce de crime, des chefs de famille, des femmes d'un rang honnête et dans la force de leur âge, furent arrêtés et mis à la question. Leurs dépositions contenaient les choses les plus absurdes, des détails hors de toute vraisemblance ; cependant les préjugés du roi, du clergé et du peuple, concoururent à faire croire sans hésiter toutes ces extravagances, et on punit sans miséricorde ceux qui étaient accusés. Quelques-unes de ces malheureuses victimes de la crédulité du siècle accusèrent Bothwell de les avoir consultées pour connaître le temps de la mort du roi, et d'avoir employé leur art pour soulever la tempête qui avait mis en danger la vie de la reine, et qui avait retenu le roi si long-temps en Danemark. Sur cette espèce d'évidence, Bothwell fut mis en prison ; ce seigneur, d'un esprit altier et impétueux, ne put ni se soumettre à la contrainte de la prison , ni souffrir une telle indignité* Il gagna ses gardiens, il vint à bout de s'échapper; et imputant l'accusation formée contre lui aux artifices du chancelier son ennemi , il assembla ses vassaux sous prétexte de chasser ce ministre des conseils du roi. Au moyen de ses intelligences avec quelques personnes de la suite du roi, il trouva le moyen de s'introduire pendant la nuit , par un passage secret , dans la cour du palais d’Holyroodbouse. Il marcha droit à l'appartement du roi ; mais heureusement , avant qu’il pût y entrer, l'alarme était donnée, et les portes étaient fermées. Pendant qu’il essayait de forcer les unes et de mettre le feu à quelques autres, les citoyens d'Édimbourg eurent le temps de courir aux armes ; Bothwell eut bien de la peine â échapper, et il ne dut son salut
qu'aux ténèbres de la nuit et â son extrême vitesse '.
Il se retira dans la partie septentrionale du royaume; et Jacques ayant donné indiscrètement commission au comte de Huntly de le poursuivre, lui et ses adhérons, avec le fer et le feu, Uuntly, sous prétexte d'exécuter les ordres du roi, ne songea qu'à profiter de l'occasion pour satisfaire ses vengeances particulières, entoura la maison du comte de Murray, la brûla jusqu'aux fondeuiens, et tua le comte lui-même. Le meurtre de ce jeune seigneur, héritier du régent Murray, si chéri du peuple, cl qui d'ailleurs par ses vertus donnait les plus grandes espérances, excita une indignation générale. Les citoyens d’Édimbourg se soulevèrent tumultuairement. Les soins que les magistrats se donnèrent pour les contenir les empêchèrent de commettre aucun acte de violence ; mais ils perdirent tout respect pour le roi et pour ses ministres, et ils les insultèrent et les menacèrent publiquement. Le roi jugea qu’il était de la prudence de sortit de la ville pour laisser passer la fougue du peuple, et il alla établir pendant quelque temps sa résidence â Glasgow. Huntly vint s’y remettre entre les mains de la justice, et, malgré l’atrocité de son crime et les clameurs du peuple, le crédit du chancelier, étroitement lié avec Huntly, et les égards du roi pour la mémoire du duc de Lennox , dont Huntly avait épousé la fille, non-seulement empêchèrent qu’on ne prononçât contre ce seigneur la sentence que méritait ce crime odieux, mais ils le préservèrent même des formalités d'une procédure publique i.
On prit bientôt aprèsdes mesuresd'une grande importance pour le gouvernement de l’église. Le clergé se plaignait depuis long-temps des entreprises faites sur ses privilèges et sur sa juridiction par les actes du parlement de l’année 1584. Ces lois avaient à la vérité beaucoup perdu de leur force; mais le clergé crut devoir profiter des circonstances, et présenter requête au parlement qui était sur le point de se tenir, pour demander qu'elles fussent révoquées solennellement ; les conjonctures étaient favorables ; le peuple n'avait plus cette même affection pour le roi. On lui reprochait sa clémence envers la faction papiste , et encore plus sa négligence
’ Mclvil.m Spouw. , 386 — 'Ibid. , 387.
à poursuivre les meurtriers du comte de Murray. l,e chancelier avait contre lui à la cour un parti puissant , et il était en même temps devenu odieux au peuple, qui lui imputait toutes les fausses démarches du roi. Botliwcll, toujours caché dans le royaume, et secrètement soutenu par tous les ennemis de Mailland , était prêt à chaque instant à renouveler ses entreprises audacieuses. le roi , par ces considérations , se trouva très disposé à accorder au clerjçé ce qu'il demandait. Il consentit à une loi qui révoquait ou interprétait les statuts de 1584. 11 porta même la complaisance au point de permettre au parlement d'établir en la manière la plus ample et la plus authentique le gouvernement presbytérien , sesassemblées générales, ses synodesprovinciaux, ses presby téria ta, ses séances eedésiast iques, avec toutes les branches différentes de sa discipline et de sa juridiction. Le clergé avec tout son zèle et son autorité , sous l'administration même du régent , sur la protection duquel il pouvait compter, et qui lui était entièrement dévoué, n'avait jamais pu obtenir que la forme du gouvernement ecclésiastique fût confirmécaulhentiquement par une loi. Jamais prince ne fut moins disposé que Jacques à donner son approbation à un système dont le génie était tout républicain, inspirait la passiou de la liberté , et était par-là si opposé aux idées que Jacques s'était formées de la prérogative royale, la; roi avait d'ailleurs com,'u depuis long-temps l'aversion la plus forte pour les mœurs austères et le caractère peu complaisant du clergé presbytérien, qui, plus recommandable alors par la ferveur de son zèle que |iar sa conduite politique , osait souvent le contredire, et censurait ses démarches avec une liberté également offensante pour l'amour-propre d'un prince qui se piquait d'être théologien et de dogmatiser, et pour l'orgueil d'un roi. Cependant Jacques fut souvent forcé par les circonstances à cacher ses véritables sentimens , ou bien à les dissimuler. Comme il avait souvent indisposé ses sujets eu traitant la faction papiste avec plus d'indulgence qu’ils ne l'auraient désiré , il voulut les apaiser en accordant au clergé presbytérien des grâces bien plus étendues qu'il ne l'aurait souhaité, et qu'il ne l'aurait même fait dans d’autres conjonctures
* fald. , vol. IV, 248. — • Spotxvr. , 388.
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Bothwell et scs associés furent accusés et décrétés dans ce même parlement. Cependant Bothwell forma bientôt un nouveau complot , et entreprit de se saisir de la personne du roi a Falkland. Jacques, trahi par quelques-uns de scs courtisans, défendu faiblement par les autres , qui voulaient du bien à Bothwell parce qu’il était ennemi déclaré du chancelier, n’échappa de ce danger que par la vigilance et la fidélité du chevalier Robert Melvil , et par l’irrésolution des associés de Bothwell ’.
Mais la nation fut Lienlôt alarmée par la découverte d'une conspiration nouvelle et bien plus formidable. George Ker, frère du lord Newbottle, fut arrêté étant sur le point de passer en Espagne. On trouva chez lui des papiers suspects, et entre autres plusieurs blancs-seings des comtes d’Angus , de lluntly et d'Errol , qui avaient usé de cette précaution extraordinaire, dans l'espérance qu'ils éviteraient par-là d’être découverts. Mais Ker manqua de résolution lors qu'il vit les apprêts de la torture, et il avoua qu’il était chargé par ces seigneurs de la conduite d'une négociation avec le roi d'Espagne ; que leurs blancs-seings devaient être remplis par Crichton et Tyric, chargés d'offrir à ce monarque les services et la fidélité des trois comtes, et de le solliciter d’envoyer un corps de ses troupes , ou dans le Galloway , ou à l'embouchure de la Qyde, et de lui dire qu'avec ce secours, ils entreprendraient premièrement d'établir la religion catholique romaine en Écosse, ensuite (J'envahir l’Angleterre avec toutes les forces du royaume réunies. I.es chevaliers David Graham de Fintry, et Barclay de ladyland, que Ker accusa d’être complices de cette conspiration , furent arrêtés et confirmèrent ces mêmes dépositions avec toutes leurs circonstances J.
Cette suite de complots qui s'étaient succédé depuis quelque temps avait jeté le trouble et l'épouvante dans toute la nation. La découverte de ce nouveau danger acheva d'échauffer les esprits. l!ne terreur panique s’empara des hommes de tout rang et de tout état. Ils croyaient déjà voir l'ennemi aux portes d'Edimbourg; ils se croyaient tous appelés aux armes pour la défense de la patrie. Les ministres d'Edimbourg , sans attendre l'ordre du roi , qui était alors ab-
•Melr.,402. — •Bymer, 18, 190.
sent de la capitale, sans être autorisés par aucune commission en règle , assemblèrent de leur cbcf un grand nombre de pairs et de barons , pour apporter, disaient-ils, un remède prompt au danger pressant dont on était menacé. Ils firent arrêter le comte d’Angus , et l'envoyèrent dans le château. Ils firent subir il Ker un nouvel interrogatoire , et ils dressèrent des remontrances au roi , pour lui exposer l’état de la nation, ft la nécessité de poursuivre les conjurés avec vigueur. Jacques était jaloux de tout ce qui portait quelque atteinte à ses prérogatives; il fut alors offensé de voir des sujets qui , au lieu de lui présenter des requêtes respectueuses, paraissaient vouloir lui faire la loi. Cependant il crut qu’il était nécessaire de céder à la violence de ces mouvemens. Il adopta le plan qu’on lui proposait, et il déclara même qu’aucune considération ne pourrait jamais l'engager à pardonner à ceux qui étaient coupables d’une trahison si détestal|le.'ll fit sommer les comtes de Hunlly et d’ErroI de venir se remettre entre les mains de la justice. 11 ordonna que Graham de Fintry , déclaré par les pairs coupable de trahison , serait décapité publiquement. Il se mit ensuite 5 la tète de sou armée , et marcha vers le nord , à la poursuite des deux comtes et de d’Angus, qui s’était sauvé de la prison , et qui s’était retiré dans les montagnes; il plaça des garnisons dans les châteauxdes environs. Il força les vassaux des comtes, et les barons des pays adjacens, de signer une ligue dans laquelle ils protestaient de leur fidélité envers le roi , de leur ferme attachement à la religion protestante; et pour mieux assurer la tranquillité dans cette partie du royaume, il y établit pour ses lirutenans le comte d'Athol et le comte grand-maréchal '.
Jacques , après avoir terminé relie expédition, retourna à Edimbourg, où il trouva le lord Borrough , ambassadeur extraordinaire de la cour d’Angleterre. Élisabeth, alarmée de la découverte de cette conspiration, qu’elle regardait comme aussi formidable pour son royaume que pour celui d’Écosse, reprochait à Jacques d’avoir dans les commencemens suivi cette affaire avec trop de négligence; elle le sollicitait fortement de punir A la rigueur ces trahisons répétées ; elle lui représentait que cette sévérité était in-
' Sposlw.,3DI.Cald., IV, 291
dispensablement nécessaire , tant pour la conservation de la religion que pour la dignité de sa couronne ; et elle ajoutait que s'il ne pouvait pas se saisir des criminels , il devait au moins confisquer les biens de ces rebelles audacieux. Cependant comme elle ne perdait point de vue ses maximes politiques et le projet qu elle avait formé depuis si long- temps d'entretenir en Écosse l’esprit du faction parmi les nobles, elle ralentissait, en faveur de Bolhwell , la vivacité des instances qu'elle faisait au roi ; elle intercédait pour ce seigneur, et elle le protégeait comme l'instrument le plus propre à l’accomplissement de scs desseins. Jacques refusa absolument d’écouter aucune recommandation en faveur d'un homme qui avait si souvent et si outrageusement attaqué sa personne et le gouvernement. Quant aux conjurés papistes, il’ déclara qu’il était dans la résolution de les poursuivre avec vigueur. Mais pour être plus en état de suivre ce projet, il demandait une somme d’argent peu considérable à Élisabeth, qui ne paraissait pas disposée à la lui donner, se méfiant peut - être de l’emploi qu'il en pourrait faire. Cependant le roi fut obligé de céder au zèle et aux importunités de ses sujets . et de convoquer un parlement pour passer un acte de conviction contre les trois comtes. Mais avant qu'il fût assemblé , Ker s'échappa de sa prison , et on ne prit contre les comtes accusés aucune conclusion , sous prétexte qu’on ne pouvait produire aucune preuve juridique de leur crime. Jacques fut généralement soupçonné d’avoir tramé cet artifice pour avoir un prétexte de se refuser aux instances de la reine d'Angleterre, et d’éluder les vœux de scs propres sujets. H s'attacha en conséquence A apaiser les clameurs du clergé, qui blâmait hautement sa conduite, et il permit de passer un acte qui portait que ceux qui persisteraient A mépriser les censures de l’église seraient déclarés contumaces ■ et proscrits >.
Pendant que la nation était dans la terreur de cette conjuration papiste, la cour était partagée en deux factions rivales , et qui se disputaient la principale direction des affaires. A la tète de 1 une était le chancelier, en qui le roi
1 Cald. , IV, 343. Spoir*., 393. Pari 13. Jacques H
avait une entière confiance , et ce fut peut-être par celle raison que ce ministre avait encouru depuis long-temps la disgrâce de la reine. t.e duc de Lennox , le comte d'Athol , le lord Orchiltrec , et toute la maison de Stuart avaient épousé les premiers la querelle de la reine, et ils avaient augmenté la mésintelligence. Jacques, aussi jaloux de la tranquillité au dedans, que de la paix au dehors, avait conseillé il son favori de se retirer pendant quelque temps, dans l'espérance que le ressentiment de la reine pourrait se calmer. Mais comme il avait besoin, dans de pareilles conjonctures, des avis de cet habile ministre, il l avait rappelé a la cour. Les Stuarts, pour empêcher que le chancelier ne reprit son ancienne autorité, eurent recours à un expédient également iqjustc et désespéré. Ils concertèrent un complot avec Bothweli , et ils le ramenèrent secrètement en Ecosse : ils se saisirent des portes du palais , et ils l'introduisirent secrètement dans l'appartement du roi avec une suite nombreuse de gens armés. Jacques, abandonné de presque tous ses courtisans, et hors d'état de faire la moindre résistance , marqua néanmoins plus d'indignation que de crainte; il reprocha aux conjurés leur perfidie : « Avance, dit-il il Bolhwell , achève ton crime,
« viens plonger le poignard dans le «pur de ton • souverain ». Le comte se jeta aux pieds du mi et implora sa clémence. Jacques était dans une situation qui ne lui permettait pas de refuser le pardon qu'on lui demandait. Forcé de capituler avec un traître dont l'audace était couronnée par le succès , et qui pouvait réellement le regarder comme son prisonnier , il signa quelques jours après un acte par lequel il promettait à Bolhwell la rémission de toutes ses fautes passées , de lui procurer la ratification de celte grâce dans le parlement , et en attendant de bannir le chancelier, le fils du seigneur de Glamis, le lord Home et le chevalier George Home , de ses conseils et de sa présence. Bothwell, de son côté, consentit â s'éloigner de la cour, mais il y laissa un nombre de ses associés qu'il jugea suffisant pour empêcher le rétablissement de la faction opposée.
Cependant il n'était pas si facile de tenir le roi dans cette espèce d'assujettissement qu’il avait tant de fois éprouvé pendant sa minorité. Il marqua une impatience extrême de secouer
les entraves qu'on lui avait mises, et la faction intimidée n'osa les resserrer. On permit au roi de convoquer une convention des nobles à Stirling. et de s’y rendre en personne. Tous les ennemis de Bolhwell, et tous ceux qui se piquaient de l'être pour gagner la bienveillance du roi, sc trouvèrent à cette assemblée. On y prononça que l’insulte faite â la personne du roi et i son autorité , était un crime de haute trahison ; on déclara que le roi n’était point tenu d'observer les conditions qui lui avaient été prescrites, qu'on lui avait extorquées par la force, et qui violaient si essentiellement les prérogatives de la royauté. Cependant le roi offrit encore le pardon à Bolhwell. mais à condition qu'il le solliciterait comme un acte de grâce , et qu'il promettrait de sortir du royaume *. Bothweli rejeta ces conditions avec hauteur et dédain , il reprit encore une fois les armes, et il essaya de surprendre le roi : mais il le trouva si bien sur ses gardes, qu'il prit le parti de s'enfuir vers les Mmÿères.
I«t vigueur avec laquelle le roi avait poursuivi Bothweli, la lenteur et l'irrésolution de ses procédés envers les lords papistes , formaient un contraste qui excita un mécontentement général parmi la nation. Le roi avait agi faiblement contre ces derniers , avait usé de défaites et jg subterfuges ; on le soupçonnait ou d'avoir pour les personnes des conjurés un attachement porté à l'excès , ou de favoriser en secret leurs opi nions, et ces préjugés excitaient des craintes assez bien fondées. l.e clergé , comme gardien immédiat de la religion protestante, se crut obligé de prendre pour sa conservation des mesures extraordinaires. Dans le synode provincial de Fife , qui sc trouvait alors assemblé , on proposa d'excommunier comme papistes obstinés et incorrigibles tous ceux qui avaient trempé dans la dernière conjuration. Aucun des conjurés n'avait sa résidence dans le ressort de ce synode , aucun n'était soumis â sa juridiction. Cependant les membres de cette assemblée , emportés par leur zèle, passèrent par-dessus ce défaut de formalité , et prononcèrent contre 1rs conjurés une sentence d'excommunication que le dernier acte du parlement rendait encore plus terrible : et pour quecettedémarche ne fôt point regardée comme l’opération d’une assemblée particulière,
1 Cald. ,1V, 3ÏC. Spouw. , 395.
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d‘un petit nombre d'hommes et de la moindre partie du clergé, on envoya des députés pour assisterai synodes voisins, et pour leurdemander leur concours et leur approbation.
Au bout de quelques semaines un nouvel événement augmenta les soupçons que le peuple avait conçus des sentimens du roi. Comme il était en marche pour une expédition contre' les habitons des frouliéres, les trois comtes vinrent tout d'un coup se présenter à lui , et offrirent de se soumettre à un jugement en régie. Jacques , au lieu de les faire arrêter, se contenta d'indiquer le jour où l'on procéderait pour les juger. Lesconjuréssc préparèrent à comparaître avec un train formidable de leurs amis et vassaux. D'un autre côté, le clergé, réuni avec plusieurs pairs et barons assemblés ù Edimbourg , fit des remontrances hardies contre l’indulgence extrême du roi. Ils demandèrent à sa majesté de faire mettre sous sûre garde , suivant le cours ordinaire de la justice, des personnes chargées du crime de haute trahison, et qui ne pouvaient être admises à comparaître ni jouir du bénéfice des lois qu’après s’ètre fait relever des censures de l'église ; et de convoquer ensuite une convention des états , pour délibérer sur la manière de procéder contre eux. Ils offrirent en même temps de prendre les armes et d'accompagner le roi au lieu désigné pour le jugement, pour que ces criminels audacieux et puissans, sous prétexte de se soumettre à la justice, ne vinssent point intimider les juges et leur dicter des lois. Jacques fut vivement touché de l'irrégularité de ce procédé et de l'arrogance de ces demandes. Cependant, pour calmer les craintes et la défiance du peuple, il jugea à propos de différer le jugement et de convoquer une convention des états. Cette condescendance du roi rassura la nation , et fit tomber peu à peu les soupçons quelle avait conçus contre sa majesté. Le chancelier, de son côté , manœuvra dans la convention avec tant d’art, et sut si bien ménager les esprits , qu'il fut nommé lui-même avec quelques autres membres de l’assemblée pour prononcer une sentence définitive contre les conjurés. Après de longues délibérations, il fut ordonné que les trois comtes et leurs associés seraient affranchis de toutes perquisitions et poursuites ultérieures, par rapport J leurs correspondances avec l'Iispagne; qu'avant le 1"