‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 34 sur 116 · ET SUS L’AUTHENTICITÉ DES LETTRES DE LA REINE A BOTHWELL. ________ · texte numérisé non relu

ET SUS L’AUTHENTICITÉ DES LETTRES DE LA REINE A BOTHWELL. ________

Mon intention n'est point d'entrer ici dans le détail de toutes les disputes qui se sont élevées à l'occasion du meurtre du roi Henri , et au sujet des lettres écrites par la reine Marie à Bothwell; encore moins de prendre parti dans ces démêlés , ou de combattre les diffêrens systèmes adoptés par les auteurs qui ont traité cette matière. Si je voulais rapporter les divers sentiniens de ces écrivains, faire l'énumération de ces diverses opinions formées au hasard, dictées |tar le préjugé et par la partialité , fruits de la haine et de la mauvaise foi, je m'engagerais dans une carrière fatigante à parcourir, et qui serait sans doute peu agréable à la plupart de mes lecteurs. Mon seul dessein est de venir en aide à ceux qui voudront asseoir un jugement sur les faits qui sont en contestation, en exposant, aussi sommairement que la matière peut le comporter, les preuves qui ont été produites de part et d'autre. Je les rapporterai avec la même attention , avec la même impartialité dont j’ai fait profession, et auxquelles je me suis toujours attaché dans la discussion des faits controversés de l'histoire d'Écossc.

Les historiens sont partagés sur le meurtre du roi Henri. On a formé sur cet événement deux opinions différentes. Les uns chargent en entier Bothwell de ce crime, et prétendent qu'il I fut par lui seul tramé et exécuté. Les autres I rejettent toute l'horreur de ce forfait sur les comtes de Murray et de Morton , et sur leurs adhérens.

• En fait d'histoire, la décision de la plupart des points contestés est rarement nécessaire, et n'est le plus souvent qu’un objet de curiosité. Quelque parti qu'on prenne sur des faits particuliers , le fil de l'histoire n'est point interrompu, scs fbndcmens n'en sont point ébranlés. Il n'en

est pas de même du fait en question; il est essentiel et fondamental. Le parti que l'historien prendra sur ce point important dirigera toute la suite de sa narration, et y fera des changemens considérables. On peut juger de deux manières un système historique : soit en examinant si les faits approchent de la vraisemblance , ou bien en y cherchant toute l'évidence dont ils sont susceptibles.

Voici quels sont les raisonnement de ceux qui chargent. Bothwell de l'assassinat du roi. Ils se trouvent déjà répandus dans le cours de mon histoire aux endroits convenables ; mais je crois qu'il est à propos de les rappeler ici. L'amour de Marie pour Darnley était, disent-ils, un emportement de jeunesse, une passion vive et subite. Éprise de la beauté de Darnley, qui faisait presque tout son mérite, l'humeur fantasque et bizarre de ce prince la fit bientôt revenir de l'illusion du premier moment. Elle conçut pour lui un dégoût qui éclata en plusieurs occasions , et quj, dégénéra en indignation lorsqu'elle vit Darnley engagé dans la conspiration contre Rizio. 1 a reine ne se donnait pas la peine dedissimuler ses sentimens. L'injure atroce faite à la reine était peut-être irréparable , mais il est certain que le roi manqua d'adresse en cette occasion , et qu’il ne chercha point à prévenir la rupture par des complaisances, qui seules auraient pu calmer le ressentiment de la reine. Il se fortifiait de jour en jour, et il se convertit à la fin en une haine implacable qui jeta de si profondes racines qu'elles étouffèrent à la fin les faibles restes d’affection que la reine conservait encore pour Darnley. Bothwell observait les progrès de ces dissensions domestiques. L'ambition, ou peutêtre l'amour, le précipitèrent dans une entreprise qui fut également funeste à la reine et à

Page 1