‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 35 sur 116 · DISSERTATION SUR LE MEURTRE DU ROI HENRL · texte numérisé non relu

DISSERTATION SUR LE MEURTRE DU ROI HENRL

lui-même. Il avait servi la reine avec succès, et il lui avait donné, en plusieurs occasions, des preuves de sa fidélité. Il lui faisait assidûment sa cour, il flattait adroitement ses passions, il vint à bout de s'insinuer ainsi dans ses bonnes grâces , et d’arriver à la fin , par degrés , jusqu’à son cœur. Cependant , pour satisfaire son amour, ou du moins son ambition, il fallait se défaire du roi , et la reine avait rejeté la proposition du divorce. Leroi avait pour ennemis déclarés tous ceux qui étaient attachés à la maison d’IIamilton, et qui Formaient dans le royaume un parti considérable : Murray, le personnage de sa nation le plus populaire et le plus puissant; Morton et scs associés que le roi avait trompés, et que Bothwcl! avait trouvé le moyen d'attirer dans scs intérêts à l'abri de sa faveur naissante. Darnlcy était tombé dans le dernier mépris parmi le peuple. Bothwell espérait , par toutes ces considérations, que l'assassinat du roi ferait peu d'impression et ne serait suivi d’aucune recherche. Il remettait l'accomplissement de ses autres projets à sa dextérité , à sa bonne fortune , à l'amour que la reine avait con<;u pour lui. Si Marie ne fut pas elle-même complice du crime, il est au moins certain qu’elle ferma les yeux sur une action qui la délivrait d'un mari qu'elle avait tant de raisons de détester. Au bout de quelques mois elle épousa cet homme soupçonné, et même accusé en règle d’avoir commis le meurtre.

Ceux qui veulent rejeter le aime sur Murray et sur ceux de son parti, disent que Murray avait une ambition démesurée, et que, malgré l’illégitimité de sa naissance , il avait de bonne heure formé le projet de s’emparer de la couronne.

Lorsque la reine revint en Écosse, il vint, disent-ils, à bout de gagner sa bienveillance et de s’emparer de toute l'autorité. Il s’opposa à toutes les propositions de mariage qu’on faisait pour la reine, dans la aainte de perdre les espérances qu'il avait de parvenir au trône. Il haïssait Darnlcy, et il en était égalcmentfK. l’ourse venger du roi, il se fit tout d’un <Mp ami de Bothwell , son ancien et mortel ennemi. Il l'encouragea à commettre le crime, en lui faisant espérer qu'il épouserait la reine. Tout ce manège tendait à faire accuser la reine d’avoir été complice du meurtre, à perdre Bothwell sous ce piême prétexte , à faire mettre la reine en prison,

à la faire déposer , et à s’emparer du sceptre qu'il aurait arraché de scs mains.

Le premier de ces systèmes a un air de vraiseitfblance; tout y est conséquent , et les apparences y sont conservées. Dans le dernier, quelques-unes des assertions sont fausses, on voit des lacunes dans la çpnlexture des faits, et la suite des événemens ne cadre point avec les causes qui ont dû les produire. Lorsque la reine revint en Écosse, Murray la servit avec beaucoup de fidélité, et la sagesse de l'administration de Murray rendit la reine si agréable au peuple , et si puissante, qu’elle fut en état d'apaiser, sans Deaucoup de peine, un soulèvement formidable que Murray lui-même avait occasioné.

Quelle raison Murray pouvait-il avoir d’assassiner le roi , prince qui n'avait ni habileté ni partisans, ni aucune influence parmi les nobles; que la reine avait négligé au point de le faire tomber dans le dernier mépris , et qui (en donnant aux circonstances l'interprétation la plus favorable) n’était rentré que précairement en sa première faveur, qui ne lui fut même rendue que peu de jours avant sa mort ? 11 est difficile d'apercevoir ce que Murray avait à craindre de la vie du roi , encore plus de deviner ce qu’il pouvait gagner à sa mort. Si l'on suppose que Marie n'avait pas eu précédemment de l'inclination pour Bothwell, peut-on concevoir un projet plus chimérique que celui de persuader à la reine d’épouser un homme marié dont la femme était vivante, et qui était non-seulement soupçonné, mais même accusé d’avoir assassiné le mari de la reine? Mais ce qui est encore plus extraordinaire, c’est que ce projet extravagant eut néanmoins son exécution.... Si Murray avait encouragé Bothwell à commettre ce crime, ou s'il avait eu part lui-même à l'exécution , pouvait-il espérer que Bothw ell lui gardât le secret et qu’il souffrit patiemment toutes sortes de persécutions de la part d’un de scs complices, sans rejeter sur lui l'accusation et sans révéler toute cette scène d'iniquité? Murray et Bothwell étaient depuis long-temps ennemis irréconciliables. La reine avait eu bien de la peine à modérer cette haine invétérée, en faisant accepter i ces deux seigneurs quelques voies de conciliation. Quelle apparence que Murray eût choisr pour son confident un ennemi avec lequel il était réconcilié depuis si peu de temps , et qu'il

MR . DISSERTATION

1 'eût associé à l'exécution d un forfait de cette espèce? D'un autre côté, peut-on penser qu'un homme sage eût jamais conçu le dessein bizarre d'élever son rival au pouvoir suprême , dans Espérance de trouver dans la suite quelque occasion favorable pour le rabaisser et le perdre? Le politique le plus raffiné qp serait jamais assez téméraire pour hasarder une pareille démarche; la présomption et l'extravagance ne pourraient jamais enfanter un projet de celte espèce.

Cependant , malgré la force de ces raisonnemens généraux , il est à propos d’entrer dans la discussion des faits , de ne se rendre qu'à l’évidence , et c'est à cet examen que nous allons procéder.

Les circonstances qui donnent lieu de croire que Bothwell était coupable de l'assassinat du roi, sont :

1° le témoignage unanime de tous les historiens contemporains.

2° Les dépositions de ceux qui furent suppliciés pour avoir assisté à l'exécution du crime, et qui, dans ces dépositions, entrèrent dans le détail des plus petites circonstances du fait *.

3° Le rapport des commissaires même nommés par Marie, lesquels reconnaissent que Bothwell est un de ceux qui sont coupables de ce crime2.

4" Le témoignage de Lesley, évêque de Ross, qui affirme expressément la même chose contre Bothwclt 3.

ô° Morti», au lit de la mort, déclare que Bothwell l'a plusieurs fois sollicité d'entrer dans le complot formé contre la vie du roi , et que lui , Morton , a su par Archibald Douglas , l'un des conjurés, que Bothwell était présent lors de l'assassinat *. *

6° Le lord Herries promet, tant en son propre nom qu'au nom des partisans de la reine, de concourir à la punition de Bothwell comme fneurtrier du roi s.

Ce qui a été dit de plus fort contre Murray , setire de ces mots de l’évêque Lesley : «Ne sait- « on pas, dit cet évêque en adressant la parole «au comte de Murray lui-même , ce que milord

• Anden. , vol. Il, p. 166.— •Cood., vol II, p. 213.

— ‘Oef.ofQ. Mary * bon. And. I, 76 Ibid., vol. III, p 31. — ‘Crawf , Mtm , Append. I.a lettre de Doufpas à ta reine . telle que je t’ai rapportée dans l’Appendice, .1“ XLVII confirme le témoiRna^e de Morton

— 1 Appelai , »• XXIV.

« Herries vous a dit en face et publiquement , « étant même à votre table , quelques jours après «l'assassinat du roi? Ne vous a-t-il pas accusé «d’avoir eu connaissance de ce meurtre? N’evous «a-t-il pas dit, sans user de circonlocution, net- « lement et ouvertement , que le jour même que « vous partîtes d'Éd imbourg , passant il cheval «dans la province de Fifo, accompagné d'un de « vos serviteurs les plus affidés, vous lui dites, en- « tre autres choses : « N'est-cc pas ce soir que le «lord Darnley doit perdre la vie ‘?»

Mais cette allégation delà part d'un homme entraîné dans les factions et aussi ardent que Lesley, ne fournit aucune preuve évidente, et ne peut pas être d'un grand poids. On ne nomme point ce domestique àqui l’on prétend que Murray avait dit ces mots. On ne dit point de quelle manière cette conversation secrète a pu transpirer. On sait que le lord Herries était un des plus zélés partisans de Marie, et il est à remarquer qae, dans tout le cours de sa négociation à la cour d’Angleterre, il ne parla pas une seule fois de ce chef d'accusation contre Murray. Herries, en répondant aux reproches que lui faisait le lord Lindsay, avait une belle occasion de parler de la connaissance que Murray avait eue du meurtre du roi. Cependant , en accusant ouvertement de ce crime quelques-uns des partisans de Murray , on voit qu'il évite avec soin de rien insinuer qni puisse être à la charge de Murray même’. Marie elle-même, dans une conversation avec le chevalier François Knollcs . accuse Morton et Maitland d'avoir été complices du meurtre; mais elle ne fait aucune mention de Murray 3. Lorsque l'évêque de Ross et le lord Herries comparurent en personne devant le conseil d’Angleterre, le 11 janvier 1569, ils déclarèrent: que pour obéir aux commandemens delà reine, ils étaient prêts A accuser Murray et ses associés d’avoir été complices du meurtre. Mais ensuite, «étant requis de déclarer «si eux «ou aucun d'eux voulaient accuser spécialement « ledit eoiqteou aucun de ses adhérons , ou bien «s’ils pensaient qu’ils fussent coupables de ce «crime», ils répondirent «qu’ils prenaient Dieu «A témoin qu’ils n'avaient jamais eu connaissance d'aucune chose concernant le complot du

1 Defenrc otQ.Mjrjr. Aridrrv, rot. ll.p. 75. -1 Keith. Pref. , xi J — 1 Audrrs. , vol IV, 65.

SUR LE MEURTRE DU ROI HENRI-

« meurtre en question; qu’ils n'avaient point -• assisté aux conseils tenus i cette occasion , et o qu’ils n’avaient jamais rien su de ce fait ; qu'ils « n’avaient connu aucun de ceux qui en avaient «donné le plan, aucun de ceux qui en avaient «été les inventeurs et les exécuteurs , jusqu’au «moment où letout avait, long-temps après, été «découvert et rendu public par les dépositions «de quelques-uns des assassins suppliciés à «cette occasion '.«Ces paroles sont tirées d’un registre qui était à la garde de l'évèque de Ross et d llerries eux-mèmes, et il parait qu'elles détruisent directement l’allégatiou de l’évèque. L’évèque lui-mème répète la même chose en des termes encore plus forts J.

Les comtes de Huntley et d’Argyll , dans leur protestation au sujet du meurtre du roi des Écossais, après avoir parlé de la conférence tenue à Craigmillar, au sujet du divorce, et dont nous avons rendu compte, ajoutent : « Ainsi, après les choses susdites, «le meurtre du roi «s’en étant ensuivi, nous jugeons en nos cons- «cicnces, et tenons pour certain et indubitable «que le comte de Murray et le secrétaire Le- «lliington sont les auteurs, inventeurs, con- « scillers et promoteurs dudit meurtre, par quel- « que manière et par quelques personnes que « ledit meurtre ait été exécuté 3. «

Mais il est à observer, l°que ceci n’est autre chose qu'une opinion particulière, une affirmation personnelle de ces deux seigneurs ; 2° que la conclusion de leur jugement n'a aucun rapport aux choses susdites sur lesquelles ils se fondent. Murray demandait, avec le consentement de la reine , qu'elle fût séparée d’avec son mari ; mais il ne s'ensuit pas que Murray eût, à l’insu de la reine, fait assassiner le roi-, 3° lluntlev et Argyll étaient alors les chefs du parti opposé à Murray ; leur Ame était agitée de toute la rage des factions ; 4° l’un et l’autre étaient ennemis personnels de Murray : Huntley , à cause des mauvais traitemens que sa famille et sa tribu avaient reçus de ce seigneur ; Argyll demandait ;i se séparer de sa femme , avec laquelle il vivait mal * , et de laquelle il n'avait point d’enfans 5. Cette femme était sieur de Murray , qui avait empêché , par cette raison , que la sentence de

1 Good., vol. Il, 308. — * Andert., vol. III, 31. — • Andcm. , vol. IV, 188. - «Knox,328. - • Crorf., Peer. 19.

divorce ne fût prononcée '. Ces circonstances , plus que suffisantes pour invalider un témoignage positif, peuvent bien contrc-balancer un simple soupçon. 5° De plus , il est fort douteux qu’Argyll cl Huntley aient jamais signé cette protestation. La reine , qui croyait qu’une protestation conçue en ces termes serait favorable à ses intérêts, la leur envoya toute dressée 2. 1 j protestation publiée par Anderson est prise sur une copie informe, où la date et la signature sont en blanc. Au bas de cette copie est attaché un papier , apostillé ainsi de la main de Cecil : Réponse du comte de Murray à l'écrit des comtes de Huntley et d' Argyll3. Mais il serait difficile de penser que cet écrit fût une réponse à la protestation ci-dessus. la réponse de Murray est datée de Londres, le 19 janvier 1568. la lettre de la reine , dans laquelle était renfermée la copie de la protestation , est en date de Bowton , 5 janvier 1568. Peut-on supposer que, dans un si court espace de temps , la copie de la protestation ait été envoyée en Écosse . signée par les deux comtes, et rapportée i Londres pour y être lue et répandue par Murray? les ennemis de Murray avaient publié contre lui , pendant son absence, des accusations vagues et incertaines , et il y a lieu dé croire que cette réponse de Murray avait pour objet de détruire ces bruits , et de prévenir les mauvaises impressions qu’ils auraient pu faire dans le publie. Cecil s’était saisi de l'original de la le'tre de la reine*. Il est naturel «Je penser que cette même lettre et la protestation qui y était renfermée , avaient été interceptées avant qu’elles fussent parvenues entre les mains de Huntley et d’Argyll; et ceci n’est point une simple conjecture. La lettre i Huntley, dans laquelle la protestation était renfermée, existe encore5, ainsi qu'une lettre originale , signée de Marie, quoique non écrite de sa main, parce que, dans ses lettres, elle se servait rarement de lyangue anglaise. La protestation existe dans lé même volume, fol. *282, et il est aisé de voir quelle est écrite de la même main que la lettre de la reine, ce qui prouve que l'une et l’autre avaient été interceptées. De plus, la protestation a été trouvée sur un papier qui n'est point signé par les deux

1 Keilh, 55. — ’ Andcrl , vol. IV, 186. — * /Nil , IM, 195. — < Ibid., vol. IV, 180 — ‘ Bibl. Cotlon. Cai. a i, foi. m

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comtes, et qu'ils n'avaient vraisemblablement jamais vu. Cette voie que la reine choisit , d’envoyer aux deux comtes une copie de ce qu'ils devaient déclarer relativement à une conférence qui s'était tenue en leur présence , parait d'ailleurs une chose très suspecte. Il aurait été bien plus naturel que la reine eftt demandé aux deux comtes de mettre par écrit , avec la plus grande exactitude, tout ce qu'ils auraient pu recueillir de leur conversation à Craigmillar, et cette voie aurait été bien moins susceptible d'aucune mauvaise interprétation. 6° Même en mettant de côté tous ces argumens, et en admettant dans toute son étendue l’authenticité de ces protestations, on pourrait se demander encore quel degré de confiance on doit au témoignage de deux comtes qui non - seulement assistaient en personne au premier parlement tenu par Murray, en décembre 1567, comme régent du royaume , et aux cérémonies duquel l'un portait le sceptre et l'autre l’épée de l'état <, mais qui encore étaient tous deux membres du comité des lords des articles. Ce fut dans cette dernière qualité qu’ils coopérèrent 5 la rédaction des actes en vertu desquels la reine fut privée de la couronne et de celui en particulier par lequel il était déclaré que « tout ce qui était arrivé à la reine devait retomber sur elle seule , comme le témoignent diverses de ses lettres écrites entièrement de sa main, et envoyées par elle à Jacques , autrefois comte de Bothwcll, principal exécuteur de cet horrible meurtre, aussi bien avanf qu'après le crime, et comme le témoigne aussi sa déshonorante précipitation à procéder î son mariage avec lui , mariage si soudain et si imprévu; d'où il résulte la presque certitude qu'elle eut part au projet et à l'exécution dudit meurtre du roi, son légitime mari, et qu'elle mérite tout ce qui a été fait ou sera fait contre elle pour cette dite affaire1 2. »

Les commissqjt^s de la reine, dans les conférences qui sentirent en Angleterre , accusèrent Murray et ses associés , d’avoir tué le roi 3. Mais ces accusations ne sont que des allégations vagues et conçues en termes généraux, sans entrer dans aucun détail de circonstances particulières

1 Spouw . 241. — 1 Anderson , Il , 22t. — * Good.,

qui puisse en constater la vérité, ou bien en découvrir la fausseté, la même accusation est répétée par les nobles assemblés à Dumbarton au mois de septembre 1568 *. On peut faire A ce sujet les mêmes observations.

Tous ceux qui plaidaient la cause de la reine accusaient Murray de l'assassinat du roi, et ils rejetaient sur lui l’horreur de ce crime, en supposant qu'il l'avait commis pour avoir occasion de traverser l'administration de la reine, et d’annuler ainsi le retrait général qu'elle avait foit de tous les pays de la couronne, ce qui l'avait privé, lui et les siens, de la plus grande partie de leurs biens2. Maissi l'on considère à quel point le pouvoir d'un roi d’Écosse était limité, on apercevra que ce retrait des domaines de la couronne n'était pas fort à redouter pour les nobles. Tous les rois d'Écosse faisaient un pareil retrait à leur avènement au trône, et i chaque fois les nobles avaient le crédit d’en empêcher l’effet. Rien n’est plus propre à justifier Murray et ceui( de son parti de celte accusation, que le mémoire qu’ils présentèrent à ce sujet il la reine d’Angleterre, et qui, jusqu'ici, n’a point encore été publié.

Réponse aux objections et allégations de ta reine, qui a prétendu que le comte de Murray, lord régent, le comte de Morton , Mar, Glencairn , Hume , Rulhven, etc. , n'ont pris les armes et ne se sont soulevés qu 'à l'occasion du retrait des biens aliénés de sa majesté : procédé que Murray et ses ad/ié rens détestaient , et auquel ils ne pouvaient se soumettre.

«On répond que ce qui a été allégué est hors de toute vraisemblance, et qu'il y a lieu de croire que Dieu a foit perdre l’esprit et la mémoire à ceux qui ont produit ces allégations. On en pourra juger par les raisons suivantes :

« Imprimis , pour ce qui concerne le lord régent : il n'a jamais été dans le cas de se plaindre du retrait en question , attendu que la reine lui en avait donné communication, et quelle en avait concerté avec lui l’exécution,

' Good. . Il , 359. — ’ teslcy , Ilef. of Mary'i lion. , 73. Anders., IV, part, u, 130.

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en assurant le lord qu'elle en excepterait certainement tout ce qui avait été donné audit lord régent, et que les donations à lui faites seraient par elle ratifiées dans le prochain parlement, ce qui fut exécuté : et à cet effet, sa majesté désira que le lord régent la iss J t en son absence, pour suivre cet objet , maître Jean W’ood , auquel elle déclara qu'il serait pourvu h ce point , ainsi qu’à toutes les autres donations par elles faites : et sa majesté fit , de sa propre volonté, ces offres et promesses, avant que ledit Wood lui en eût formé la demande : et le tout arriva sans aucun obstacle ni empêchement, ayant été ratifié en parlement sans aucune difficulté, par exprès commandement de la reine, et écrit et signé de sa main. ■

• Item. Quant à milord de Morton, il n’avait pas lieu de se plaindre du retrait, n'ayant jamais eu , que je sache , dans ses biens , de ces aliénations du domaine, que pour la valeur de 20 dollars.

« Item. La même chose du lord Glcncairn.

a Item. La même chose du lord Hume.

a Hem. La même chose du lord Ruthven.

« Item. La même chose du lord Lindsay.

« Milord Mar, qui avait seul une portion un peu plus considérable de ces biens de la couronne, en avait obtenu libéralement, et de bonne grâce , la confirmation, dans le parlement qui s'était tenu l'année précédente. Il n'avait ainsi aucun sujet d’être mécontent de ee retrait , bien loin d’être dans le cas de mettre, comme il l'aurait fait , sa vie et scs biens dans un danger aussi évident pour une cause aussi frivole.

• Si quelqu'un fit mauvaise contenance, et montra quelque mécontentement dudit retrait des domaines de la couronne, ce fut spécialement milord Argyll, qui, lors de la tenue du parlement, parla fort au long à la reine ellemême, se plaignant hautement de l'altération fiiite à un acte du parlement rendu lors du retour de sa majesté , et qui ne put point alors en obtenir la révocation. Mais le soulèvement pour venger la mort du roi ne se fit que deux mois après, auquel temps on n'avait donné aucun sujet de mécontentement par rapport au retrait des domaines , et personnne alors n'était occupé de cet objet, n

Aprèsavoir ainsi pesé les preuves d'accusation produites contre les comtes de Murray et de Bothwell, il est à propos d'examiner si la reine elle-même était complice de l'assassinat de son mari.

Dès le premier moment que la nouvelle de la mort violente de Darnley se fut répandue, quelques-uns des sujets de Marie conçurent de violens soupçons contre elle, et pensèrent que la reine avait donné son consentement à l’exécution de ce crime *. On voit par les dépêches de son ambassadeur en France, qu’on ne pensait pas d’elle plus favorablement dans les pays étrangers 2. La plupart des nobles l'accusaient hautement de ce crime , et une grande partie de la nation, qui les soutenait, paraissait par-là convenir que l'accusation était bien fondée.

Cependant il y a des crimes qui sont de nature à ne point admettre de preuves réelles et positives; des œuvres de ténèbres parviennent rarement au grand jour; il est difficile de les mettre dans toute leur évidence. Lorsque des personnes ne sont point accusées d'être les agens principaux d’un crime , mais d’en être seulement les complices, d’avoir commis par eux-mêmes le crime, mais d’avoir seulement consenti qu’il soit commis par d’autres, les preuves deviennent bien plus difficiles ; et si quelqu'un des complices ne trahit pas le secret, on ne peut plus tirer lespreuves que de la force des présomptions, ou de la combinaison des circonstances. On voit aussi que dans les tribunaux, cette sorte d’évidence est quelquefois regardée comme suffisante pour condamner des criminels. Le degré de conviction, auquel on parvient par la force des présomptions, n'est guère inférieur à celui qu'on peut tirer d'un témoignage positif; et le concours des circonstances ne cause guère moins de satisfaction à l’entendement que les dépositions les plus positives des témoins.

C’est une évidence de celte espèce qu'on a produite contre Marie. Nous allons d’abord exposer celle qu'on a tirée du concours et de la combinaison des circonstances.

Les unes sont antérieures à la mort du roi , les autres y sont postérieures : toutes ont servi à fortifier les soupçons. A l'égard des premières,

’ Amicri-, val. 11, ISO. — * Keith , Prtf. , tx.

DISSERTATION

on observe que la passion violente que Marie avait conçue pour Darnley s'était convertie en une haine implacable, et que si la mauvaise conduite du roi et les excès de toute espèce auxquels il se livrait ne sauraient pas justifier la reine, ils peuvent au moins servir à nous Faire connaître le motif de ce changement des dispositions de Marie à l'égard de Darnley. J'ai décrit dans le cours de mon Histoire, avec la plus grande exactitude, l’origine et les progrès de cette querelle domestique , et quant aux preuves de ce fait , qui se tirent des papiers publiés par d'autres auteurs, j'ai ajouté les pièces qui se trouvent dans mon appendice, n“ XVI et XVII *. Lee comtes de Murray, de Morton, de Bothwell, d’Argy II et de Huntlcy, avaient formé le dessein de faire séparer la reine d'avec son mari. Ilsen firent la propositionà la reine, comme d'une chose qui devait lui être très agréable; et lorsqu'ils virent quelle avait beaucoup d'éloignement pour ce divorce, ils mirent tout en usage pour la faire consentir à l'exécution d’un projet qui leur tenait fort au cœur 1 * 3.

Du Croc, ambassadeur de France, témoin oculaire de ce qu'il écrivait , {lit que le dégoût de Marie pour Darnley était porté à l'extrême, et il ajoute qu'il ne voyait aucune espérance de réconciliation entre eux.

« La reine , dit cet ambassadeur, est entre les o mains des médecins , et je puis vous assurer « qu'elle n'est pas bien. Je crois que la princi|>ale •cause de sa maladie est un chagrin violent et

• une profonde mélancolie, et il ne me parait pas

• possible qu elle vienne à bout de les surmon-

• ter. Elle répète continuellement ces mots : Je

• voudrais être morte.\ ous savez parfaitement «bien que l’injure qu’elle a reçue est atroce, et

• que sa majesté ne l'oubliera jamais Pour

• vousdire franchement ce que je pense , je crois, < par bien des considérations , que la bonne in-

• telligcncc ne sera jamais rétablie entre le roi «et la reine, à moins que Dieu n’y mette la

• main.

« La conduite (du roi ) est déplorable et sans « remède , et l’on ne peut rien attendre de bon «de lui, par bien des raisons que je vous dirai «lorsque je serai près de vous. Sans vouloir pré-

1 N" XVI. FraiTment d'une lettre de Randolph S récit ,

10 janvier 1560. !\° XVII- Le comte de Bedford k Ceci,

3aodt 1560. — * Anderc., vol. IV, 2, ltsS.

«dire ce qui peut arriver de tout ceci , je vous «dirai que les choses ne peuvent pas rester sur «le pied où elles sont , et qu’on doit s'attendre «à des conséquences funestes ‘. »

Si , dans ces circonstances Henri était mort de sa mort naturelle, on aurait pu regarder cet événement comme la chose du monde la plus heureuse pour la reine, qui aurait ainsi été fort à propos délivrée d'un mari qui lui était devenu odieux à l’excès. Henri , au bout de quelques semaines, est assassiné; et comme il n’était cependant rien arrivé qui pût diminuer la violence de l’aversion de la reine , l'opinion de ceux qui regardent Marie comme l’auleurd'un événement qui devait, suivant toutes les apparences, lui être si agréable, ne paraîtra peut-être pas il la plupart de mes lecteurs, un système bien extraordinaire et bien recherché. Cette opinion prendra encore de nouvelles forces, si l'on observe ce qui est dit dans l'histoire : qu'à proportion que la haine de Marie pour son mari s'augmentait, Rothwell faisait de nouveaux progrès dans la bienveillance de la reine qui lui avait donné toute sa confiance , et qui avait même pour lui rattachement le plus marqué. On aperçoit aisément tous les avantages que Marie et Bothwell pouvaient retirer de la mort du roi ; mais ils étaient les seuls dans le royaume; il n’y avait point de particulier, point de parti qui pût retirer aucun profit de cet événement. On juge , en conséquence , que c'est Bothwell qui a assassiné le roi; et , suivant les mtrurs de ce siècle, on ne croyait pas faire une injure atroce à Marie en supposant quelle avait donné son consentement à ce forfait.

la» démarches de Marie après la mort de son mari fortifient encore cette supposition.

1° Melvil , qui était à Edimbourg lors de la mort du roi , affirme que « tout le monde soup- • çonnait le comte de Bothwell ; et que ceux qui «se trouvaient en lieu sûr, et avec des gens à «qui ils pouvaient parler en liberté, disaient «ouvertement que c'était lui qui avait fait le «coup 3.»

2° Marie ayant publié , le 12 février, une proclamation , par laquelle elle promettait une récompense à toute personne qui pourrait découvrir celui qui avait tué son mari 3 , on afficha en

' Keith. Prtf., ty.— * ilém. de Melvil, tiv. 1IL — s Aatdcra. , I, 36.

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réponse , le 10 février, un papier aux portes de la prison du Tolbooth, dans lequel Bothwell était nommé comme celui qni était coupable de ce crime , et chef du complot , et la reine ellemême était accusée d'y avoir donné son consentement '.

3“ Aussitôt après , le 20 février , le comte de Lennox , père du roi, écrivit à Marie, en la conjurant par toutes sortes de considérations , de poursuivre les meurtriers avec toute rijpieur. Le comte y déclare nettement scs propres soupçons sur le comte de llothwell , et il indique à la reine une méthode simple et équitable de procéder contre Bothwell , et de découvrir les autres auteurs du crime. Il lui conseille de faire arrêter Bothwell et de le faire garder étroitement , ainsi que ceux qui étaient déjà nommés comme ses complices; de convoquer une assemblée des nobles; d'inviter par une proclamation les accusateurs de Bothwell à paraître; et si, sur cette invitation, personne ne se présentait, de tenir Bothwell pour innocent , et de le renvoyer sans autre forme de procès J.

4° L'archevêque Beatoun , ambassadeur de Marie en France , dans une lettre qu’il lui écrit, en date du 9 mars , emploie les argumens les plus forts pour persuader à la reine de poursuivre les meurtriers avec la plus grande sévérité. « Je ne puis, dit - il , rien conclure de ce «que Votre Majesté m’écrit d’elle-mème. Que s'il

• a plu à Dieu de vous conserver pour en pren- «dre uct vengeance rigoureuse, il me parait

> que, plutôt que cela ne fût pas fait actuellement, « il serait mieux , pour ce monde-ci , que vous «eussiez tout perdu et même la vie. Je demande « pardon à Votre Majesté de lui écrire si forte-

• ment, mais je ne puis rien entendre à votre « préjudice que je ne sois forcé de vous l'écrire,

• afin que tout vous soit connu, pour que vous « y apportiez le meilleur remède. Il est ici né- « cessaire que vous montriez hautement, plus que ■ jamais, les grandes vertus, magnanimité et «constance, que Dieu vous a accordées ; et j’cs-

> père que , par sa grâce , vous surmonterez l'en-

• vie et les déplaisirs les plus accablans de ce qui «s'est fait, et que vous conserverez votre répudiation de piété telle que vous vous l’êtes

• Anden., Il, I3C.

• nu.. Mo.

«acquise depuis long-temps, cequ'i ne pourra «apparaître plus clairement qu'en rendant une «justice telle que tout le monde puisse recon- « naître votre innocence et rendre témoignage « pour toujours de la trahison de ceux qui ont, « sans la crainte de Dieu ni des hommes , commis « un assassinat si cruel et si impie, et dont on «parle si mal , que je suis forcé de vous deman- «der pardon de ne vouloir ni ne pouvoir vous «en faire le récit, qui est trop odieux. Mais, « hélas ! madame , il n’y a aujourd'hui dans toute «l'Europe aucun propos aussi fréquent, aussi «rebattu que ceux qu'on tient de Votre Majesté «et de l'état présent de votre royaume ; et la «plupart de ces discours donnent lieu à des in- « terprétations sinistres *. »

5° Elisabeth fit à Marie les mêmes instances dans les termes les plus forts J.

6° Les circonstances mêmes du fait devaient agir sur la reine autant que toutes ccs remontrances et ces sollicitations, et l'engager à procéder avec la plus grande vigueur. Son mari avait été assassiné presque sous ses yeux et de la manière la plus cruelle. Tout retentissait de l'borrcur de ce crime; tous ses sujets en étaient indignés. On accusait ouvertement Bothwell, l’un de ses principaux favoris, d'en être l'auteur. 11 courait des bruits très déshonorans sur le compte de la reine elle-même. Si l'horreur d'un pareil forfait et l'amour de la justice ne l'engageaient pas à poursuivre vivement les meurtriers, la bienséance, le soin de son propre honneur auraient du moins dù la porter à sauver les apparences et à éviter les reproches de froideur et d’indifférence dans une pareille occasion.

Cependant Marie se conduisit bien différemment. Elle continua à marquer beaucoup de partialité en faveur deBothwell. 1° Le 15 février, cinq jours après le meurtre, clic lui accorda le rachat de la supériorité de la ville de leilh, qui avait été engagée aux citoyens d'Edimbourg en 1565. Ce don était de la plus grande importance. Bothwell obtenait par-là le commandement dnnsteprincipal port du royaume, et acquérait en même temps un grand ascendant sur les citoyens d'Edimbourg , qui auraient en

1 Keilh, Pref. , i’x.

’ Jpptnd. , a" XIX.

DISSERTATION

grande envie de rester en possession de ce itort 1 .

2° Bothwell désirant avec ardeur d'obtenir le commandement du château d'Èdimbourg , la reine, pour engager le comte de Mar à lui remettre le gouvernement de ce château, offrit à ce seigneur de lui confier la garde du jeune prince,

• Assignation donnée par la reine Marie au comte de Bothwell , pour te retrait de la supériorité de leith. Copie tirée de l'original qui eu au ddpAl d« ehar- Ire* de la 'die d'fdimbourg.

Maria, Pci gratiâ , région Seotorum , omnibus probis hominibus suis ad quos prtesenles littera pervenerint , sntulem. Sciatis quàit nos ait mémosûtm rcducentes multiplex , bonum , verum et fi Jeté senùlium , non tantum quondam nostrœ charissimte malri Maria régime, regni nostri pro lernpore in noslrtt minorilate factum et impensum , verum etiam nobismel ipsis, tam intra partes Gnllia, qtutm intra Itoenostrum regmtm.ad extentionem nostri honoris et auctoritatis in punitione furum , malefactorum , et transgressorum infra idem, per nostrum confi sum consnnguineum et consiliarium Jarobum, comitem Bothuile , dominum Halis, Creighton et Liddisdale , magnum admiratlum regni nostri, commissionem et onerationem ad hune effeclum habenlem, per quas ipse suum corpus et vitam in magno periculo posuit; ac etiam in performatione et exlenlione nostri dicti servilii , suam hareditatem, suprà summum viginti millium mercarum hujus nostri regni, alienavit ac tasit. El nos cogitantes quod , ex nostrA prineipali honore et devoria, riietum nostrum confisum consanguineum et consiliarium cum qnodam accidente et gralilmline recom ■ pensare et gratificare incumbit, qua nos conunodé sibi concedere poterimus , unde ipse magis habilis omnibus affUluris temporibus esse poterit , et ad hujusmodi performandum in omnibus cousis seu eventibus : in recompensationem quorum pramissorum, tse pro dicersis aliis nostris rationabilibus cousis et considecationibus nos moventihus , fteimns , etc. diclum Jacobum comitem Bothuile , etc. ac suos hcertdcs masculos quoseunqtte nostros légitimes, etc. assignatos in et ad litteras reversionis fadas , etc. per Simonem Preston de eodem militem, prapositum, balivos , consules, et conununitatem hujus nostri burgi de Edinburgh , pro seipsis ac suis succcssoribus , etc. , nobis, nos! risque haredibus, succcssoribus , et assignâtes pro redemptione , etc., superioritatis totius villa de Leith , etc. impignorata per nos dictis praposito , etc. sub réversion» aliénâtes continentis summam decem millium mercarum monda prascripta numerandam et calcutandam in parochiali ccctcsià de Edinburgh , super premonitione quadraginta die ■ rum , ut moris est , veluli in dictis rci ersionis litteris , etc., de data 8»" odobris 1565, etc. ( Ix reste est de forme et contient mie clause d'ordre absolu.) In cujus rei testimonium prasentibus magnum sigittum nostrum apponi fccimus. A pud Edinburgh, xv. diemensis ft bruant, anno Domini 1560, et regni nostri 25.

laxui (t) sigilli.

ce que Mar accepta ; et aussitôt la reine nomma Bothwell gouverneur du château d’Édimbnurg 1 .

3° 11 parait que les informations faites au sujet du meurtre, et qui précédèrent le jugement de Bothwell , furent suivies avec lenteur et avec la plus grande négligence. Buchanan s’écrie hautement contre cette irrégularité, et ses reproches ne sont pas sans fondement , ainsi qu'on le voit par la circonstance de la déposition de Thomas Nelson , l’un des serviteurs du roi, qui était dans la maison lorsque son maître fut assassiné, et qui fut tiré tout vivant des décombres. Ce domestique fut examiné le lundi après la mort du roi a : « lui déposant , montra « que Ronkle avait la clef de la cave , et les « domestiques de la reine les clefs de sa cliamt bre. Ce que le seigneur de Tillibardln ayant ts entendu , il dit : Arrêtez lâ , voici un motif. «Après ces roots prononcés, ils cessèrent et ne « poursuivirent plus l'interrogatoire 3. »

St l’on avait eu quelque envie d'approfondir la chose, une circonstance aussi intéressante méritait des perquisitions plus exactes.

4“ Malgré les instances et les sollicitations de Lennox, malgré la justice de ses demandes et la nécessité de les lui accorder pour encourager un accusateur contre Bothwell à comparaître , noo-seulement la reine refusa de faire arrêter Bothwell, ou bien au moins de l’éloigner de sa présence et de ses conseils 4 ; mais , par les dons ci-dessus mentionnés quelle lui fit, et par d'autres circonstances, elle fit connaître que son attachement pour lui prenait à chaque instant de nouvelles forces.

6° La reine ne put pas éviter de mettre Bothwell en justice réglée; mais elle lui permit de venir, comme membre, prendre séance dans le conseil privé, qui était assemblé pour le juger lui-même. On procéda â ce jugement avec une précipitation qui n’était point du tout nécessaire; et les autres circonstances de cette procédure donnent lieu â tant de soupçons, que la décharge prononcée en faveur de Bothwell servit plutôt à constater son crime qu’à donner dos preuves de son innocence. Comme ces Faits sont rapportés fort au long dans mon histoire, il est inutile de les répéter ici.

■ Auders.,1, Pref .M.Ketlh, 379 — ’Auder», 11,21. 3 And. , IV, 2, 167 - 'Ibid., 1, 12, 48.

SUR LE MEURTRE DU ROI HENRI. 323

C° Dcuï jours après le jugement, Marie donua 10°Le 12 de mai, peu de jours avant le publiquement des preuves des égards quelle mariage, la reine déclara quelle était en pleine

avait pour Bothwel! , en le nommant [tour por- liberté ; qu’à la vérité Bothwell l’avait offensée ter le sceptre devant elle lorsque le parlement en se saisissant de sa personne, mais que depuis, ouvrit ses séances *. elle avait tellement lieu d'être contente deses sou-

7° Elle lui accorda dans ce même parlement missionset deses procédés, et qu’ellelui était tella ratification de tous les honneurs et des vastes lement redevable pour les anciens services qu'il possessions qu'elle lui avait concédés, et l’acte lui avait rendus, que non-seulement elle oubliait de ratification contenait une longue énumération celte offense, mais quelle était même détermide tous les services qu’il lui avait rendus *. née à le porter au comble des honneurs *.

8° Melvil , qui prévoyait que l'attachement de 11° Et même lorsque les lords confédérés fola reine pour Bothwell engagerait à la fin Sa Ma- rent venus à bout d'éloigner Bothwell de la jesté à épouser cet homme, représenta à sa mal- présence de la reine, quoique la reine vit bien tresse toute l'infamie de cette démarche et les que Bothwell était regardé, par la plus grande suites dangereuses qu’elle pouvait avoir. Ce- partie de ses sujets, comme le meurtrier de son [tendant la reine méprisa ces avis salutaires , et premier mari , elle ne rabatt it rien de l'affection fit même confidence à Bothwell de la conversa- qu’elle lui avait vouée, et elle continua à lui tion qu'elle avait eue avec Melvil, ce qui exposa donner des preuves d’un attachement inviolable, ce dernier à l’indignation de Bothwell 3. « Ce que je puis apercevoir , dit sir N. Throkmor-

9* Bothwell se saisit de la personne de Marie «ton, ambassadeur d'Élisabeth, c'est que larllorsqu'elle était en chemin pour revenir à Stir- «gucur dont on use envers la reine captive est ling, le 24 avril. S’il avait fait cette démarche J «exercée par les ordres de ces gens-là, pareeque hardie à l'insu et sans le consentement de la «la reine ne veut point, à quelque prix que ce reine , une insulte de cette espèce l’aurait vive- « soit , consentir à interposer son autorité pour ment affectée. Dans le transport de sa colère «poursuivre le meurtrier, et que, quelque chose elle aurait exhalé son indignation. Mais, suivant «qu’on puisse lui dire, elle ne veut point se décequ'on lit dans un ancien manuscrit : « L’amour « sister de reconnaître le lord Bothwell pour son «de cette grande princesse pour son indigne «mari, mais qu’elle avoue constamment qu’elle «sujet avait jeté de si profondes racines, it «veut vivreet mourir aveclui; qu’elle dit même, ■ était cimenté à un tel point, qu’on ne pouvait «que s'il était à son choix d'abandonner le « pas s’attendre à en voir la fin (car il passait • royaume et la couronne , ou le lord Bothwell ,

• pour constant qu’il y avait entre eux nn com- « elle aimerait mieux quitter son royaume et sa «merce charnel); aussi se laissa -t-elle patiem- «dignité, et devenirune simple particuliêreavec «ment conduire où son amant voulut, sans y «lui, que de consentir jamais qu’il lui arrivât « mettre aucun obstacle , sans foire aucune ré- « rien de ftcheui, ni qu’il fût en pire état qu'elle- « sistance , sans jeter un seul cri , sans la moin- « même 2. »

• dre démonstration des tuouvemens ordinaires Dans toutes leurs négociations avec Throk-

«cn de pareilles occasions, et même sans se ser- morton, les nobles confédérés parlent de cet in- « vir de son autorité de princesse pour réprimer vincible attachement de la reine pour Bothwell «l’audace d’un sujet, ce qu’elle aurait pu faire comme d'un motif suffisant pour rejeter tout «aisément, étant alors accompagnée du comte accommodement avec leur souveraine 3. Us tin- «de Huntley et du secrétaire Maitland de Le- rent le même langage aux conférences d’York *. «thinglon4.» Murray, dans son entretien avec la reine, à

Melvil, qui était présent , confirme ces mêmes Lochlevin , l’accuse de persister dans son attachoses, et il ajoute qu’un officier qui se saisit chement désordonné pour Bothwell s. Si tous de lui , l’assura que rien ne s’était fait sans le ces témoignages peuvent être envisagés comme consentement de la reine *. de pures récriminations de la part des confédé-

’ Keilb, 3.». — ‘Anderson, I, 117. — ‘Melr., 156. 1 Anders., 1, 187. — 'Âpptnd. , n‘ XXI. — • Keilb,

— ‘Keilb, 383. — • Melvil , t58. 1 419, 440. — • Anders., IV, p. tt, 06. — • Keilb, 41U.

324 DISSERTATION

rts, qui avalent besoin de justifier leur conduite envers la reine, il n’en est pas de même de celui île Trokmorton, qui résidait A Edimbourg, communiquant également avec les partisans et les ennemis de Marie, ayant beaucoup d’occasions de découvrir les secrets sentimrns de la rrwe, et naturellement porté A considérer sa conduite sous un jour favorable. Il parait cependant , par le passage que j’ai déjà cité de sa lettre du H juillet, qu'il partageait à cet égard les sentimens des confédérés. Il cul même bientôt lieu d'élre confirmé dans son opinion. Quoique les nobles de la confédération lui eussent refusé tout accès auprès de la reiBC, il trouva moyen d’entretenir une correspondance secrète avec elle, et, lui ayant représenté que le moyen qu’il jugeait le plus sûr de recouvrer sa liberté était de consentir à son divorce avec Dotliwell , il en reçut pour réponse : quelle aimerait mieux mourir que de donner un pareil consentement '.

il existe une preuve plus évidente encore de la persévérance de son amour. Le 16 décembre ; 1667, lord Herries convint en plein parlement que la passion de la reine pour ce malheureux était si forte , que rien n'avait pu la décider à l’abandonner , et que les confédérés , en mettant la reine sous bonne et sûre garde à Lochlevin , n'avaient rempli que leurs devoirs de gentilshommes 2. En l’année 1571, quelques députés de l’assemblée du clergé se réunirent en conférence avec le duc de Chatellerault , le secrétaire Mailland, sir Jacques Belfouret Kirkalriy. Les détails de ce qui se passa dans cette conférence ont été recueillis par M. Craig, l'un des ministres d'Edimbourg, et cet écrit existe encore dans la collection des manuscrits historiques de Caldcrwood3. Là, en présence de toutes ces personnes, dont la plupart se trouvaient à Edimbourg quand on se saisit de la reine à Carberry, Maitland , qui était alors partisan avoué de Marie, déclare que la nuit même où on la conduisait à Edimbourg , il lui garantit que, si elle voulait se détacher de Bolhwell, elle trouverait dans ses sujets plus d’obéissance et de fidélité que depuis son arrivée en Ecosse ; mais qu’elle n'eut point la sagesse de se rendre à ses représentations. Suivant sir Jacques Melvil,

' Jpprjidice, n» XXII. — 'Ibid , n° XXIV. — 1 Ms*, liai, II, 22f

le soir même du jour où elle fol conduite prisonnière A Edimbourg, elle trouva moyen d’écrire à Bothwcll une lettre par laquelle elle lui témoignait, dans les termes les plus tendres, son attachement et sa résolution de ne l’abandonner jamais.

Cette lettre, dit-il, fut interceptée par les lords confédérés, et ce fot ce qui les détermina A emprisonner la reine au château de Lochlevin. Mais comme ni Buchanan, ni Knox, qu'on ne peut accuser d’avoir négligé aucune des circonstances qui tendaient A faire considérer comme criminelle la conduite de Marie, ne font mention de celte h tire ; comme les lords confédérés euxmêmes, dans IcursnégociationsavecThrokmorton, aussi bien que dans leurs accusations contre la reine aux conférences d’Yorck et de Westminster, gardent le même silence sur ce point , il faut croire que Melvil, qui écrivit scs Mémoires pour l'instruction de son fils dans un âge très avancé, et long-temps après les événemens qu’il retrace , s’est mépris sur cette particularité.

Après avoir parcouru cette longue suite de circonstances, nous pouvons sans peine eu tirer celte conclusion que : si Marie était réellement complice du meurtre de son mari , si Bothwell avait réellement commis le crime avec le consentement de la reine , ou par son ordre , si Marie avait eu l'intention de supprimer les preuves convaincantes contre Bothwrli, et de prévenir la découverte de son crime, elle n'surait pas pu prendre uue autre route, suivre un autre système, ni tenir une conduite plus opposée A toutes les règles du bou sens , de la prudence et de l'honnêteté.

Les preuves évidentes et positives qui ont été produites contre Marie peuvent être rangées sous deux classes.

1° Les dépositions de quelques personnes dont on se servit pour exécuter le complot de l’assassinat du roi, particulièrement celle de Nicolas Hubert, appelé dans les écrits de ce tempslà François Paris. Cet homme, qui était domestique de Bothwcll, et qui avait beaucoup de part A sa confiance, fut interrogé deux fois. L’original de l’une de ses dépositions et la copie de l'autre sont encore existans. On a prétendu que l’une et l’autre étaient forgées à dessein , et manifestement fausses. Cependant

SUR LE MEURTRE DU ROI HENRI

elles sont remarquables par la simplicité et la naïveté qu'il est presque impossible de contrefaire. Elles sont remplies d’une infinité de menus détails et de particularités, que le plus habile faussaire aurait eu peine à rassembler, en conservant les règles de la vraisemblance ; elles sont remplies de circonstances qui pourraient difficilement sortir du cerveau d'aucun homme, à moins qu’il ne fût de la trempe et de la profession de ce François Paris. 11 faut néanmoins convenir qu’il se trouve dans scs dépositions quelques circonstances qui ne sont pas vraisemblables. On voit que c'est un misérable, un pauvre bavard , homme que la crainte de la mort , la violence de la question, ou peut-être le désir de plaire à cens à qui il appartenait, ont pu engager à forger quelques faits, et à en exagérer d'autres. Mais il est bien différent de dire qu’il se trouve dans des dépositions quelques circonstances fausses ou peu vraisemblables , ou bien de prétendre que les dépositions sont entièrement fausses. On peut convenir de quelque altération dans certains faits, mais il n'y a guère d'apparence que ces dépositions puissent être inventées et forgées d'un bout à l'autre. Au reste , comme quelques faits des plus essentiels ne sont , dans les dépositions de Paris, appuyés que sur son propre témoignage, je ne m'y suis point arrêté dans le cours de l’histoire, et je ne prétends pas non plus les proposer ici comme des preuves sur lesquelles on puisse se fonder.

2° Les lettres qu'on dit que Marie a écrites i Bolhwell; ces lettres ont été souvent publiées >. J'ai dit dans mon Histoire de quelle manière ces lettres tombèrent entre les mains des ennemis delà rcine.U)rsquel'authenticitéd'un ancien papier est douteuse et contestée, il faut la constater par des indices extérh urs ou intérieurs. On a fait l'un et l’autre dans te cas dont il s'agit.

Quant aux preuves extérieures de l'authenticité des lettres de Marie : 1° Murray et les nobles de son’parti affirment, sur leur parole et sur leur honneur, que les lettres sont écrites de la propre main de la reine , dont ils connaissaient parfaitement l’écriture *. 2° Ces lettres furent

1 Elles le trouvent h la fln du troisième volume des Mémoires de Melvil, imprimé* S l’iris, sous U fausse rubrique d'Édimbouru, chez Burrows et Yuuni; . 1745, 5 volumes iii-12. — ’Good. , II, 61,92.

produites au parlement d’fieosse, en pleine assemblée, au mois de décembre 1567', et elles y furent tellement regardées comme authentiques , que dans l’acte dressé contre Marie on les employa comme les plus fortes preuves de son crime*. 3° Elles furent montrées en particulier au duc de Norfolk , au comte de Susses , et au chevalier Ralph Sadler, commissaires de la reine Élisabeth à Yorck. Dans le compte que ces commissaires rendent sur ce point i leur maîtresse, on voit qu’ils regardentees lettres comme authentiques, et ils ne paraissent pas avoir le moindre doute qu’elles soient supposées. Ils observent en particulier: «Que le contenu de ces «lettres est tel, qu'il ne peut point avoir été in- « venté ni écrit par d’autres que par la reine «Marie elle-même, attendu qu’il y est fait men- «tion de choses qui ne pouvaient être connues «que de Marie et de Bothweli; qu’il serait diffi- «cile de forger et d’inventer toutes les choses «qui en font le sujet; qu'il y a même une sorte «de merveilleux dans la manière dont ces lettres « leur sont parvenues, et qu'il semble que Dieu, « devant qui tout meurtrier , tout homme qui ré- « pand le sang innocent est abominable , n’a pas «voulu permettre que ces pièces restassent dans « l’oubli et dans l'obscurité a. » Ces lettres avaient faittant d'impression sur le duc de Norfolk , que dans la lettre qu'il écrivit ensuite à Pembrokc , i Leiccstcr , et à Cceil, il leur parle en ces termes : «Si le fait vous a paru évident et détestable, «jugez de l'impression qu'il a dû faire ici sur «nous 4.»

Ce n’est pas seulement dans des lettres publiques et officielles que Norfolk déclare que tels sont scs sentimens. 11 tint le même langage dans celles qu’il écrivit .ï ses amis les plus intimes. Dans une conférence secrète avec l’évêque de Ross i Yorck , le duc de Norfolk , en l’informant qu’il avait fait porter les lettres que le régent avait à produire contre la reine, lui dit qu’on en tirerait contre elle de tels arguroens qu'elle en serait déshonorée pour la vie4. Si l’évêque de Ross avait cru les lettres supposées, il eût été naturellement conduit, par une telle déclaration, i désabuser Norfolk, et à lui expliquer l'imposture. Mais , loin de là , après s’èlre con-

•Cood., H, 66 , 67. — VWrf. , Il , 142. — 'Ibid., Il, 151 — 1 Ibid , 11, 154. — » Suit Triali, édition de Lir- Ijravc, 1, 01. Murilin, 52.

DISSERTATION

certé avec ce seigneur et Maitland , il conviut d'écrire à Marie, qui se trouvait alors à Bolton, pour lui recommander de faire à Élisabeth les propositions les plus propres à prévenir la publicité des lettres et des autres pièces *. D'après le résultat de celte conférence , il semblerait que Maitland , Ross et Norfolk connaissaient le côté faible de la couse de Marie, et que c'était pour cela qu’ils employaient toute leur habileté à éviter uue accusation publique s. Nous remarquerons encore que le duc s'exprima de la même manière sur le compte de la reine d'Écosse devant Banister, celui de ses serviteurs qui parait avoir eu le plus de part & sa confiance 3. Les termes de la déposition de Banister sont digues d'attention : « Je déclare , dit-il , que , me trou- «vant auprès du lord mon maître, lorsque le «comte de Sussex et M. le chancelier actuel du « duché étaient en commission à Yorck , j’entendis • dire à Sa Grâce qu’il paraissait , d’après l'infor- « mation relative au meurtre de lord Darnley, | «que la reine d’Écosse était complice de ce crime. «D'où je conclus que Sa Grâce ne voudrait jamais «l'épouser *. » Élisabeth, dans scs instructions au comte de Sbrewsbury, en 1683, affirme que le duc et le comte d'Arundel lui ont l’un et l’autre déclaré que les lettres leur semblaient une preuve suffisante contre la reine d'Écosse ; mais que depuis ils ont pris le parti de pallier ses torts et de la déclarer innocente i.

4° La vue de ces lettres fit la même impression sur les autres contemporains de Marie ; ce qui prouve à quel point on les regardait comme authentiques. Ceci!, dans sa correspondance avec sir Henry Norris, ambassadeur d’Angleterre en France, rend compte de cette affaire en termes qui ne laissent aucun doute sur son opinion particulière. Dans sa dépêche du 14 décembre 1$68, jour où les lettres en question furent mises sous les yeux de l’assemblée des conseillers privés, il l’informe « que le régent «est obligé, pour sa défense .défaire usage d’un «moyen terrible, à l'effet de convaincre la reine «d’avoir été l’auteur et Bothwell l’exécuteur du «meurtre; que le parti de la reine refuse de faire « aucune réponse, et demande instamment qu'elle

1 Sute Trial», édition de Larijrave, 1, 9t. Murdin, Ci.

— * Murdin.lt , 85. — • State Trial», 1, 98. — * Murdm, l 34. — * Mas. de la Bibl. de» Avocat», A. III, 28. p. 314. Bibl. cath., Calig. , 9, 4.

«soit admise en présence d’Élisabeth pour ré- « pondre elle-même; ce qu’on ne veut pas lui «accorder jusqu'à ce qu’elle ait effacé, autant «qu’il est possible, la tache qu’a imprimée sur «elle son mariage avec le meurtrier de son « époux , et détruit les charges qui résultent des a lettres qu’elle a écrites à cet homme; que les a charges sont telles, que non-seulement tout «souverain, mais aussi tout homme soigneux de «son honneur doit éviter des relations qui l’ex- « poseraient à de fâcheux soupçons ; que , quant «à lui, en sa qualité de commissaire, il ne peut «encore rien prononcer avec certitude, mais «que, comme particulier, il ne peut se défendre «d’un sentiment d'horreur et d'effroi »

6° Il est évident, d’après la correspondance de Bowes, résident anglais en Écosse, avec Walsingham, en l’année 1582*, que l’Augleterre comme l’Écosse , Jacques comme Élisabeth, le comte de Gowric comme le duc de Lennox, ont tenu pour authentiques les lettres à Bothwell. La sollicitude qu’on montra d'un côté pour les obtenir, et de l’autre pour les conserver , prouve bien que, de part et d’autre, on en avait cette opinion. Ce sentiment des personnages contemporains qui étaient le plus à portée d’être bien informés, et qui avaient tout le discernement nécessaire pour juger sainement, aura sans doute plus de poids auprès de beaucoup de mes lecteurs que des conjectures formées deux cents ans après l’événement.

6° L’authenticité des lettres fut soumise à un examen judiciaire, afin que l’identité de l’écriture pût être constatée. On a déjà vu qu'après les conférences d’Yorck et de Westminster Elisabeth assembla son conseil privé, auquel elle adjoignit plusieurs des personnages les plus éminens du royaume , et qu’elle fit mettre sous les yeux des membres de cette assemblée toute la procédure, «avec les lettres et écrits produits « par le régent , comme étant des lettres et écritsde « par la reine d'Écosse , afin qu’en présence desdits «comtes ces lettres fussent confrontées avec les « lettres existantes deladite reine d'Écosse, écrites «de sa propre main , et ci-devant adressées à sa « majesté Britannique, et qu’on pût rechercher «et examiner s’il se trouvait quelque différence

1 Cabal», tse, S. — * Publié à I» fin de celte Disirrtalion ei note.

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SUR LE MEURTRE DU ROI HENRI

a entre ces papiers et lettres anciens et nou-

• veaux ' . » !.es comtes s’assemblèrent en conséquence à Haploncourt, les 14 et 15 décembre 1568, a et tes originaux des lettres qu’on préten- « doit écrites de la propre main de la reine «d’Écosse furent présentées et lues d’un bout ù «l'autre; et ayant été ainsi lues et dûment collationnées et comparées, tant pour la manière «d'écrire que pour l'orthographe, avec plusieurs

• autres lettres ci-devant et depuis long-temps «écrites et envoyées par ladite reine des F.cos- «saisàsaditc majesté britannique, en ladite «collation desdits papiers ne s'est trouvée au- «cune différence . » 7° Marie ayant écrit3, le 10 juillet 1570, une lettre justificative de sa conduite, à la comtesse de Lennoi 3 , cette

• Good., Il , 242. — •/«./. , 256

•Cette lettre de Marie, qui n'a jamais été publiée, mérite de trouver place en cet endroit, oit l'on présente tes preuves de part et d'autre avec la plus grande exactitude *.

Madame,

Si lesfaui et mauvais rapports des rebelles, ennemis bien connuscomme traîtres à votre égard, et, hétastàqui je me suis trop confiée par votre avis, ne vous avaient tus si fort prévenue contre mon innocence , et , je puis le dire, contre mon amitié, que vous m’avez non - seule- j ment, comme il parait, condamnée injustement, mais j que vous m’avez tellement haie, que quelques paroles et i faits publics ont témoigné à tout le monde une aversion j manifeste en voua contre votre propre satin , je n'aurais | pas tardé si long- temps i vous écrire, pour me justifier j envers vous de ces faux rapports qu'on vous a faits de ! moi. Mais espérant de la grâce de Dieu et du temps , que mon innocence vous sera comme, comme je me confie qu elle l’est déjà de la plus grande partie de toutes les personnes indifférentes, j'ai pensé qu'il était mieux de ne vous point importuner pendant quelque temps, jusqu'à ce qu'il s'offrit une matière qui nous intéressât également l'une et l'autre, telle qu'est le transport de votre petitfils et mon seul enfant, en ce pays - ci : sur lequel transport , quoique jamais je n'y aie été si disposée, je serai bien aise d'avoir votre avis, ainsi que sur toutes les autres choses qui le regardent. Je l'ai porté dans mon sein, et Dieu sait avec quel danger pour lui et pour moi , et il est descendu de vous. Je n'al point dessein d'oublier mon devoir envers vous, en vous montrant en ceci la moindre faute d'amitiéà votre égard; quelque durs qu'aient été vos procédés envers moi , je veux vous aimer comme ma tante, et vous respecter comme ma belle-mère : et s'il vous plaît de connaître davantage ma façon de penser en cela, et toutes autres choses qui vous regardent, mon ambassadeur, l'évéque de Ross , sera tout

* Celte lettre est en écossais

comtesse fit passer celle lettre â son mari , qui était alors en Écosse , et qui lui fit la réponse suivante 1 : « Voyant que vous m'avez chargé de «répondre aux lettres de la reine, mère du roi, «qui vous ont été adressées, que puis-je vous «dire, si ce n'est que je ne suis pas étonné de «voir qu'elle écrit le mieux qu'elle peut pour « cllc-mèmc pour paraître se purger d'une chose, « tandis que plusieurs avec moi sont certainement «persuades du contraire? ce que je n’assure pas « par nia propre connaissance, mais par les écrits u de sa main, les confessions des gens qui ont «été mis il mort, et autres preuves infaillibles, u II faudrait un temps infini pour mettre en ou- «bli une matière aussi notoire , pour faire blanc « cequi est noir, et pour quel’innocenceapparaisse «où le contraire est si bien connu. J’ai confiance «que les plus indifférens ne doutent point de la «justice de votre cause et de la mienne, et des «justes motifs de notre inimitié. Son véritable «devoir i votre égard et au mien, comme étant «parties intéressées, serait sa véritable confes- «siou et son repentir, sans feinte ni dissimula- « tion , de ce fait déplorable , odieux pour elle à «réciter, douloureux pour nous à penser. Dieu «est juste, et il ne veut pas être trompé. «Ainsi qu'il a manifesté la vérité , il punira l’i- «uiquité.»

Dans les papiers officiels, on peut Soupçonner les ennemis de la reine d’avoir avancé les choses qui pouvaient le plus favoriser leur cause, d’avoir abandonné le vrai, et d’avoir déguisé les choses dont ils étaient, dans le fond, intimement convaincus. Mais Lennox n’était point dans le cas de dissimuler dans une lettre particulière qu’il écrivait à sa femme , et il est clair que nonseulement il croyait la reine coupable , mais qu'il était même persuadé de l'authenticité des lettres de Marie à Bothwell.

prêt de conférer avec von , et «ur ce , aprè» m'être recommandée à tous de tout mon cœur, me remettant â inou dit ambassadeur, et à von meilleurs avis et considérations , je vous remets à la protection du Dieu tout-puissant, lequel je prie de vous conserver ainsi que mon frère Charles, et de vous faire connaître mes intentions mieux que vous ne les connaissez.

De Cbatisworth , ce 10 juillet 1670.

A nu lad y Lennox ma belle-mère.

Votre bonne nièce et aimante Mie.

1 Lennov's orig. Regist. Of Letters.

DISSERTATION

8° On oppose à tous ces raisonnemens la conduite des nobles confédérés , à l'égard de Marie. Puisqu’ils ne firent point usage de ces lettres contre elle, il est évident, dit-on, qu’ils en reconnaissaient la fausseté. Suivant lecomptc rendu par les confédérés eux-mêmes, ce fut le 20 juin 1567 que la cassette contenant les lettres tomba entre leurs mains; mais on ne commença à les considérer comme un témoignage juridique contre la reine, que dans une assemblée du conseil privé du régent , qui se tint le 4 décembre , après quoi elles servirent de fondement aux actes dressés contre Marie dans le parlement, le 15 du même mois. Or, on objecte que si elles eussent été authentiques, la saisie de pièces aussi importantes eût été un sujet de triomphe pour les confédérés, qui eussent aussitôt proclamé partout cette heureuse découverte, et qui, dans leurs négociations avec les ministres anglais et français , où avec ceux de leurs conciloyeas qui condamnaient leur conduite , ils n'eussent pas manqué de fermer la bouche à tous les apologistes de la reine, en produisant cette preuve convaincante de son crime. Mais ceux qui raisonnent ainsi ne font point assez d’attention i la situation délicate et dangereuse des confédérés, dans celte conjoncture. Ils avaient pris les armes contre leur souveraine , s’étaient saisis de sa personne à Carberry hill , et l'avaient confinée dans la prison de Lochlevin. Un grand nombre de leurs concitoyens, dirigés par quelques-uns des nobles les plus puissans du royaume, s’étaient ligués contre eux. Ils ne tardèrent pas à voir qu’ils ne pouvaient se flatter de rompre celte coalition ou de la détruire par la force des armes, sans l'appui de la France ou de l’Angleterre. Dans le premier de ces deux royaumes, les oncles de Marie, le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, étaient alors tout-puissans, et le roi luimême était très attaché à cette princesse. Si les confédérés se bornaient à demander que la reine divorçât avec Bothwell et l'exclût pour jamais de sa présence, ils pouvaient espérer d’ètre soutenus par Charles IX et scs ministres , qui avaient dépêché un envoyé en Écosse pour engager Marie h faire casser ce fatal mariage >. Mais s’ils l’accusaient publiquement d’avoir été complice du meurtre de son époux, ils se rendaient cou-

1 dppend. , rr XXII

pables aux yeux de la cour de France d’un tort irrémissible, et s'ôtaient toute espérance d'être secondés par cette cour. Les chefs des confédérés, qui depuis long-temps avaient eu des relations intimes avec l’Angleterre , étaient fondés à en espérer des secours plus effectifs. Mais, î leur grand étonnement, Élisabeth désapprouva hautement leur conduite, embrassa la cause de la reine captive, et montra beaucoup de zèle pour obtenir sa délivrance et même son rétablissement. Ce ne fut point là le seul artifice dont Élisabeth fit usage, dans sa conduite concernant le* affaires d'Écosse, quoique scs plus habiles ministres pensassent que le parti le plus prudent et le plus politique était de soutenir les lords confédérés de préférence à la reine. Élisabeth n’eut aucun égard pour leur avis1. Elle avait une si haute idée de l’autorité royale et de la fidélité que les sujets doivent i leur souverain , que toute sa conduite, en cette circonstance, démontre qu'elle servait Marie non-seulement avec sincérité, mais même avec chaleur. Nous la voyons tantôt essayer la voie des négociations, tantôt s’abaisser jusqu’à des prières et quelquefois se laisser emporter A des menaces. Quand elle se fut assurée que les lords confédérés étaient inflexibles , elle tenta de délivrer Marie . en employant le parti qui lui était resté fidèle en Écosse. Dans ses instructions àThrokmorlon, elle l'autorise à correspondre avec les chefs de ce parti et à leur faire des ouvertures pour atteindre ce buts. On voit mêmequ’ellc alla jusqu’à charger son ambassadeur à Parisdc se concerter avec le roi de France, afin que, par leurs efforts réunis , ils pussent amener les Écossais à reconnaître l’autorité de la reine et à se dégager du serment de fidélité qu’ils

1 C’était i’opinion deThrolimorton, ainsi que cela parait par un élirait de sa lettre du II juillet, publié dans l’Appendice, n" XXII. Tels étaient aussi Icsaentitnentdc Cecil dans sa lettre du 19 aodt I5G5, à sir Henry Morris, ambassadeur d’Élisabeth à la cour de France. «Vous vous apercevrai , dit-il , par la lettre que vous adresse la reine aujoutd’hui, combien elle est favorablement disposée pour la reine d'Écosse; et véritablement, depuis le commencement de cette affaire elle a été virement blessée de la conduite des lords ; et bien qu'elle pût tirer un grand avantage de l'appui qu'elle eût donné aux lords dans cette circonstance, aucun conseil n’a pu l'empéchcr de manifester sa désapprobation (Cabala, 140.)»Et dans sa lettre du 3 septembre: a La reine, notre souveraine, eu encore fort blessée de la conduite de* lords avec la reine Cet exemple la touche, • ( Ibid., Ml, Digge*.. Comp. Aiud.. H. ) — • Keith , 4SI. dépend, n" XXIII.

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avaient prêté à son fils 1 . Toute» ces circonstances devaient faire craindre aux confédérés que Marie ne parvint à obtenir sa liberté, et même à recouvrer au moins une bonne partie de son ancienne autorité, et s'ils se hasardaient à l'accuser publiquement d'un crime aussi atroce que le meurtre de son mari , ils devaient s'attendre non-seulement à perdre tout crédit , toute faveur, mais encore à voir leur sûreté personnelle compromise. Dans cet état de choses, ils ne voulurent ajouter aucun nouveau motif à ceux qu’ils avaient mis en avant lorsqu'ils s’étaient décidés à prendre les armes. Ils dirent qu'ils n’avaient d’autre dessein que de venger la mort du roi, de rompre le mariage avec BothweU, d'infliger à celui-ci le châtiment que méritait son crime, ou du moins de le bannir de la présence de la reine.

L’évêque Keith a publié des lettres de Throkmorton, que j’ai consignées dans les pièces justificatives de cette histoire, et d’après lesquelles il parait que cet habile ambassadeur avait prévu que les confédérés prendraient ce parti. Dans sa lettre datée d’Édimbourg, le 14 juillet, il observe «qu’ils ne peuvent oublier que le prince «et eux-mêmes sont exposés au même danger; «mais qu’ils ne pensent pas qu’ils aient l'inten- « tion de porter atteinte â la sûreté ou à l’hon- «neur de la reine, sur le compte de laquelle ils « continuent de s’exprimer avec beaucoup de rcs- «pect. Je crois pouvoir affirmer, continue-t-il, « que la condition ci-dessus une fois remplie (c’est- « â-dire le divorce avec BothweU ) , ils la mettront «en liberté et la rétabliront sur le trône2.» Sa lettre du 22 août contient une déclaration qui lui fut faite par Lethington, au nom et en présence de ses associés, et par laquelle il l’assure «qu'ils n’avaient jamais eu l’intention de porter «atteinte à la personne ou à l’honneur de la «reine; qu’ils s’étaient résignés jusqu’ici à sup- « porter les outrages de tous les souverains étran- «gers, et nommément de la reine d’Angleterre, «qui leur avaient prodigué les dénominations de «traîtres, de rebelles, de sujets ingrats et fê- « roces ; qu'ils avaient tout enduré plutôt que de «se justifier d’une manière qui eût pu blesser « l'honneur de leur souveraine ; mais que si l’on «continuait â les poursuivre par ces odieuses

• Keilb. 462-t 4. - * .tppend , u" XXII. tl.

«calomnies, si quelques princes étrangers, et «particulièrement la reine d’Angleterre, les «poussaient par de sourdes manoeuvres, ou par « la force des armes aux dernières extrémités, ils «seraient forcés d’employer, à l’égard de la «reine d'Écosse, d’autres moyens que ceux dont « ils avaient eu jusqu'ici le désir et l’intention de «se servir. Car, ajouta Lethington , vous devez «bien penser que nous ne consentirons point â « perdre nos fortunes et nos vies , et à passer pour «rebelles aux yeux de l’univers, lorsque nous «avons en notre possession les moyens de nous «justifier1.»

Ainsi , si l’on fait attention i la marche que les confédérés s'étaient tracée, on verra que le parti qu’ils ont pris de ne point produire les lettres pendant plusieurs mois leur était commandé par la prudence et par le sentiment de leur sûreté personnelle.

Mais , plus tard, quand les confédérés sentirent la nécessité de faire confirmer par le parlement la forme de gouvernement qu’ils avaient établie, ils durent suivre une autre marche. L'abdication qu’ils avaient arrachée à la reine , l’élévation du jeune prince sur le trône, et la nomination d'un régent, étaient autant d'actes de leur autorité privée. Il fallait que quelque acte légal donnât une sorte de sanction à des mesures aussi violentes, et garantit la sécurité de tous ceux qui avaient adopté cette cause, soit d'une manière effective, soit par leurs avis, soit seulement par leur signature 2. Après une longue délibération , on amena le régent et son conseil privé â consentir â ce que les confédérés produisissent toutes les pièces qui étaient entre leurs mains. Ce fut sur le vu de ces pièces que le parlement sanctionna tous les actes qu'on lui demandait. L’état des affaires du royaume avait éprouvé un changement assez notable pour justifier cette nouvelle conduite des confédérés, si opposée à celle qu’ils avaient tenue jusqu’alors.

Au mois de juin , une ligue puissante s’était formée contre eux, sous la direction dcsllamilton ; au mois de décembre , cette ligue fot détruite, et la plupart des personnages considérables qui s’y étaient engagés reconnurent l’autorité du roi et le gouvernement du régent. Huntley, Argyll , Herries , les plus puissans sei-

> Keith, 448 -•llayne», 453.

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prieurs de ce parti , assistèrent au parlement et concoururent A tous scs actes. Edimbourg, Dunbar, Dunbarton, et toutes les principales places du royaume, étaient alors entre tes mains du régent , et la guerre civile avec les huguenots occupait entièrement les armes de la France, la; zèle d'Elisabeth pour la reine captive paraissait éteint. Ce qui, au mois de juin, eût entraîné la ruine des confédérés , put se faire presque sans danger au mois de décembre. Il résulte de ces observations que si les lettresne furent point produites immédiatement après le 20 juin , ce n'est point une raison de les croire supposées, et que, tout en s'abstenant d’abord de dresser une accusation publique contre la reine, en conséquence de la saisie de la cassette , les confédérés donnèrent à connaître qu’ils possédaient un témoignage suffisant pour la couvaincre. C’est ce qu'on trouve clairement expliqué dans une lettre de Throkmorton, en date du 21 juillet1, et plus clairement encore dans le passage que j’ai extrait de sa lettre du 22 août. II est aussi question , dans celle du 25 juillet , des papiers contenus dans la cassette. En voici les propres termes; ails disent (les confédérés) qu’ils < ont contre elle les preuves les plus évidentes , « fondées tant sur des pièces écrites de sa propre • main que sur d’autres témoignages suffi- « sans J.»

Quant aux preuves intérieures de l'autltenticité des lettres de la reine à Bothwell , il est i observer : 1° Que toutes les fois qu'un papier est forgé dans une vue particulière, l’adresse de l’inventeur est d'établir solidement le point qu’il a dessein d'accréditer. Il a soin de lever tous les doutes, de prévenir tous lesargumens captieux, d'éviter la moindre apparence d’incertitude, et il se sert en conséquence des expressions les plus claires et les plus précises pour arriver à son but. Ces passages inventés dans tous les temps par les hérétiques, et insérés dams des anciens auteurs; ces légendes des miracles des saints de l'église romaine ; cette suite d’événemeus forgés en leur honneur; ces Chartres apocryphes en faveur de leur culte, et dont il est fait mention dans mon Histoire, sont autant de preuves de ce que j’avance. Tout falsificateur tombera le plus

’ Keith, Préface , p. xn. — • Ibid. , 387. — Good. , il, :07.

souvent dans l’excès de trop prouverai rarement dans l’inconvénient de ne pas prouver assez. Celle maxime est sûre et incontestable. I.e fait que les ennemis de la reine avaient à prouver, c’était : «que le comte de Bothwell était le principal exéacuteur de ce crime affreux, de cet indigne as- «sassinat qui avait été commis, etc.; que la reine al’avait prémédité, conseillé, inventé, et qu’elle

• avait donné ses ordres pour l’exécution du

• meurtre 1 . «Cependant on ne trouve dans les lettres en question que des idées imparfaites, des iasinualions vagues , des expressions ambigufs, qui forment, A la vérité, l'évidence et la conviction lorsqu'elles se trouvent dans des lettres originales , mais qui ne ressemblent point à ce jour éblouissant, à cette surabondance de preuves et d’évidence que les falsificateurs ont presque toujours eu soin de répandre dans les écrits qu’ils ont fabriqués. Tous ceux qui ont pris en maiD la cause de Marie, dans son propre siècle, et qui se sont érigés en défenseurs de son innocence, soutiennent qu’on ne trouve rien dans ses lettres qui puisse servir de preuve à son crime. Lesley, Black vvood, Turner et plusieurs autres sont remplis de passages qui tendent A ce but, et les auteurs du siècle où nous vivons ont suivi le même plan, ont adopté les mêmes opinions.

«On aurait pu s'attendre, dit un de sesdé- « fensrurs les plus modernes , que quelques-uns «des points ou articles de l'accusation auraient a été établis par des preuves claires cl précises ; « mais on ne voit rien de cela dans le cas dont il

• s’agit. On ne trouve rien dans les lettres de

• Marie qui fasse connaître clairement que celle «qui les a écritesait prémédité, conseillé, inventé «aucun meurtre, encore moins qu’elle l’ait per-

• suadé ou ordonné, et il ne se trouve rien dans

• ces lettres qui tende au soutien et à la justi- «fication de meurtriers quelconques 1° les adversaires de Marie auraient-ils été assez mal avisés pour chercher A diminuer ainsi l'atrocité du crime? et auraient-ils mis tant d'art A fabriquer des lettres si mal conçues [mur l'assertion d’un fait qu'ils avaient envie de prouver? S'ils s'étaient rabaissés au point d’avoir recours au mensonge, n'auraient-ils pas produit quelque chose de plus clair et de plus décisif ? 2° Il est presque impossible de forger un long récit et de

■Gond., 1,70.

SUR LE MEURTRE DU ROI HENRI

!c charger d'un concours de circonstances tellement liées avec les faits réels qu’on ne puisse point apercevoir quelques traces de la fraude ; et c’est par cette raison que les habiles faussaires ont soin d’éviter de longs détails de circonstances, particulièrement de celles qui sont étrangères au sujet et inutiles, sachant bien que, plus ces détails sont multipliés, plus on donne d'avantage à ceux qui s'attachent A découvrir la supercherie. Or, les lettres de Marie , et surtout la première , sont pleines d'une infinité de circonstances qui sont tout-à-fait naturelles dans une correspondance réelle ; mais qui sont absolument étrangères aux projets des ennemis de la reine , et qu’il aurait été extravagant d’y insérer si elles n'étaient que des faits imaginaires et sans aucun fondement 3° La vérité et la réalité de la plupart des circonstances contenues dans ces lettres, et même de celles qui ne sont pas de nature à être publiées sont confirmées par des preuves collatérales, et qui sont indubitables1, il est dit que la reine rencontra un des gentilshommes de Lennox , et qu’elle lia conversation avec lui. Thomas Crawford (c’était le nom de ce gentilhomme) comparut devant les commissaires nommés par Élisabeth, et confirma avec serment la vérité de cette circonstance. Il déclara aussi, que pendant que la reine était à Glasgow, le roi lui répétait tous les soirs tout ce qui s'était passé entre la reine et sa majesté pendant la journée , et que le détail de ces conversations entre le roi et la reine , qui se trouve dans la première lettre, est précisément la même chose que ce qui lui avait été communiqué par le roi3.

On voit , par la même lettre , qu'il y eut une longue conversation entre le roi et la reine au sujet de Mynto, Hiegait et YYalcar3. On a long -temps ignoré ce que c’était que cette conversation. On a enfin découvert, par une lettre de Marie, conservée au collège des Écossais à Paris, et qui a été rendue publique4, qu’il s’y agissait d’une affaire de grande importance , et qui méritait toute l’attention qu'on y donna dans le temps. On voit , par une lettre de l’ambassadeur de France , que Marie était sujette â un grand mal de côte1. Cette circonstance

’ Utler I. Good, . Il, 1. — * Good , II, 245. — * /bid., «, 10, II. — < Keith , Pref , Vij. — ‘ !d., ibid.

y est mentionnée •, et la chose est dite d’une manière si naturelle qu'on voit qu'elle ne peut se trouver que dans une pièce authentique. 4° Si l’on persiste à croire qu’on peut raisonnablement supposer que toutes ces circonstances véritables ont été adroitement insérées dans ces lettres par ceux qui les ont fabriquées, pour donner i ces productions un air d'authenticité, on conviendra au moins qu’une pareille supposition pourrait difficilement avoir lieu par rapport aux particularités suivantes, la reine, avant que d’écrire sa première lettre à Bothwell, fit, suivant l’usage de ceux qui ont des lettres fort longues à écrire sur différens objets, un brouillon des choses dont elle voulait se ressouvenir, et elle les jeta sur un papier séparé, eu forme de notes. Comme elle passait la plus grande partie de la nuit i écrire, et après que ses domestiques étaient couchés , le papier lui manqua et elle continua sa lettre sur cette feuille où elle avait écrit son brouillon. C'est elle-même qui nous apprend ce fait , et elle s’en excuse en ces termes : «Il est tard ; je voudrais ne jamais • cesser de vous écrire; cependant après vous « avoir baisé les mains , je finis ma lettre. Pardon «de mon griffonnage; vous en serez quitte pour «me relire deux fois. Excusez les ratures. Le pa- « pier me manqua hier , et j’ai écrit ceci sur mon «brouillon3.» Ce brouillon se voit encore dans le corps de la lettre; et ce qui vient d'être dit donne, à ce qu’il parait, une raison fort naturelle de la manière dont cela a pu arriver. Mais il serait difficile de supposer qu'un faussaire eût imaginé de placer au milieu d'une lettre un brouillon qui présente au premier coup d’œil une chose tout-A-fait extraordinaire, et même absurde. Si néanmoins quelqu'un voulait pousser le raffinement au point de supposer que des faussaires fussent assez adroits pour contrefaire une absurdité de cette espèce , dans le dessein de donner A la pièce factice un air d'authenticité, il faudrait au moins convenir que les ennemis de la reine, qui ont mis ces faussaires en besogne, ont dû avoir la clef de ce brouillon et de ccs notes abrégées. Cependant nous voyons qu'ils se sont trompés au point d'imaginer que ces notes étaient la créance du porteur, c’esl- 3 - dire les points sur lesquels la reine lui avait

1 Lettre I, 30. - » Good. , II, 28.

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donné verbalement ses instructions1. Il n’est pas t possible que cela soit, puisque la reine elle-même I écrit avec tant d'exactitude sur tous les points mentionnés dans ces notes, qu’il n'était plus nécessaire de donner à ce sujet des instructions verbales au porteur, et ces notes forment en effet le précis de la letti e. 6° Marie , en rapportant ses conversations avec le roi au sujet de l’affaire de Mynto, Hiegait , etc., dit : «Demain je • vous entretiendrai sur ce point;» ensuite elle ajoute : «Quant au surplus de ce qui concerne •Guillaume Hiegait, il a tout avoué, mais il ne «l’a fait que le lendemain de mon arrivée J.i Cette addit ion, qui n’aurait dû être faite qu’aprés la conversation annoncée pour le lendemain, parait, ou avoir été insérée par la reine dans le corps de la lettre , ou peut-être avoir été d’abord écrite en marge et ensuite reportée dans le texte.

Si l'on suppose que la lettre soit authentique, et qu’elle ait été écrite en différens temps , ainsi qu’on le voit clairement, cette circonstance paraîtra toute naturelle; mais on n’aperçoit pas quelle raison aurait pu engager un faussaire i foire un pareil anachronisme, attendu qu’il n’jr avait aucune nécessité3.

D’un autre côté, Marie elle- même, et ceux qui entreprennent de soutenir son innocence , prétendent que ces lettres ont été forgées par ses ennemis pour noircir sa réputation et justifier leur rébellion. 11 n’est pas nécessaire de rapporter ici les argumens dont on s'est servi dans le temps pour soutenir cette opinion. Elle est suffisamment réfutée par toutes les observations que nous venons de faire. Un historien qui a fait des recherches laborieuses sur les évéuemcns de ce siècle, et qui a acquis sur ces objets beaucoup de connaissances , a publié dernièrement une prétendue démonstration de la fausseté des lettres de Marie. Il fonde cette démonstration sur des preuves intérieures et extérieures. Quant aux premières, il observe, que l’édition française des lettres de la reine, est évidemment une traduction de l’édition latine de Buchanan; que cette édition de Buchanan n’est autre chose qu’une traduction de l’écossais ; que par conséquent les ennemis de la

' Good., U, 15* — ’ Ibid., 11,9.

• On trouve une addition exactement «emblable i celle-ci , faite 4 un papier authentique , dana Goodall ,

Il .282-

| reine ont avancé sans aucun fondement qu'elle I avait originairement écrit ses lettres en français, et que toutes ces lettres ne sont que des mensonges insignes. Il fonde cette gradation singulière de traductions, en supposant que lorsqu'on projeta cette fausseté, il ne se trouvait personne qui fût en état d’écrire en français les lettres qu'on voulait faire passer pour être de la reine; que par cette raison, elles furent d'abord composées en écossais; mais que malheureusement l’interprète français ne savait apparemment pas l'écossais, ce qui fit que Buchanan les traduisit en latin , et qu’elles furent ensuite traduites en fiançais.

11 est presque inutiled’observer qu'on ne donne aucune preuve de ces suppositions. Les mœurs des Écossais pendant ce siècle , où la plupart des gens de condition passaient en France une partie de leur jeunesse , et la correspondance intime qui était alors établie entre les deux nations, font assez voir que vraisemblablement la multiplicité de ces opérations ne pouvait pas être nécessaire pour se procurer quelques lettres écrites en français.

Mais sans insister davantage sur ce point, nous pouvons observer que tout ce que cet auteur avance peut lui être accordé , mais que les conclusions qu’il en tire ne sont pas justes,! moins qu’il ne prouve en même temps que les lettres de la reine que nous avons en français , sont les véritables copies de celles qui furent produites par Murray et ses partisans , au parlement d’Écosse , i Yorck et ! Westminster. Mais i'auteurn'a point entrepris de prouver cela, et si nous faisons attention ! l’histoire de ces lettres, nous verrons qu’il aurait succombé dans ce projet. Ces lettres furent publiées pour la première fois & la fin de l’ouvrage de Buchanan, intitulé : Detectio Mariæ reginœ Scotiœ *, La première édition de cet ouvrage de Buchanan parut en latin, et l’on y joignit trois lettres de la reine dans la même langue. Cette édition latine fut imprimée en 1571. 11 en parut aussitôt après une traduction en écossais, ! la fin de laquelle on imprima aussi en écossais les trois lettres qui avaient paru en latin , et cinq autres lettres qui n'étaient point dans l’édition latine.

1 Cet ouvranc fait partie de ta collection de Samuel Jcbb Londres, 1725 , 2 vot.in-fol. eu français et eu latin

SUR LE MEURTRE DU ROI HENRI

Il parut ensuite une traduction française de la Detectio de Buchanan , et de sept de ces lettres de Marie. Cette traduction est marquée comme imprimée à Edimbourg chez Thomas Walt cm en 1572; mais le lieu de l'impression et le nom de l'imprimeur sont falsifiés; tous les partis en conviennent. Notre auteur, en observant le jour dti mois auquel on dit que cette impression a été terminée, assure qu'elle est de l’impression de Londres. Mais on ne peut faire aucun fond sur une date qui se trouve dans un livre où toutes les autres circonstances relatives à l'impression sont évidemment fausses. Btackwood, qui , après Lesley, était celui de tous les défenseurs de Marie en ce temps-lA qui était le mieux instruit , assure que l’édition française de la Detectio de Buchanan fut publiée en France, s 11 (Buchanan ) a ■ depuis adjouslé à cette déclamation un petit «libelle du prétendu mariage du duc de Norfolk, «et delà façon de son procès, et l’a tout envoyé «aux frères à l,a Rochelle , lesquels voyant qu'il « pouvait servir à la cause , l'ont traduit en fran- « çois , et icelui fut imprimé S Edimbourg, c’est- « à-dire à La Rochelle, par Thomas Waltem, « nom aposté et fait à plaisir » L’auteurde / Innocence de Marie va plus loin , et il nomme le traducteur français de la Detectio de Buchanan. «Et icelui fut premièrement composé, «comme il semble, par George Buchanan, Escos- «sois, et depuis traduit en langue françoise «par un hugonol Poitevin (advocat de vocation), aCamuz, soy-disant gentilhomme, et un des plus «remarqués séditieux de France s. » Le témoignage uniforme de deux auteurs contemporains résidons en France, et qui étaient ainsi à portée d’ètre'bien informés , doit sans doute l'emporter sur une simple conjecture. Ce traducteur français n’a point prétendu publier un original en français des lettres écrites par la reine elle-même. Il déclare même expressément qu’il les a traduites du latin 3. Si notre auteur avait fait attention à toutes ces circonstances, il se serait épargné cette critique laborieuse , pour prouver que la copie française en question des lettres de Marie est une traduction du latin. L’éditeur français

* Martyre dcMarie- Jeb. Il, 236. — * Jebb. 1, 425, 453. Ce pasnue, et le précédent de Btackwood , marquéaavcc des guillemet» , sont aüisi en français dan» le texte. — • Good. , 1 , 103.

en convient , et je ne crois pas que personne ait jamais dit le contraire.

Il est à propos d'observer que le traducteur français a poussé l’ignorance au point d’affirmer que Marie avait écrit ces lettres en partie en français et en partie en écossais Si cette traduction avait été publiée à Londres par Cecil, ou qu’elle eût été faite par les ordres et sous les yeux de ce ministre , il est certain qu'il ne s'y serait jamais glissé une erreur aussi grossière. Quoi qu'il en soit, cette erreur a été occasionée par une circonstance bien singulière. Dans la traduction écossaise de la Detectio de Buchanan, on a mis à la tète de chaque lettre deux ou trois phrases de l'original français, lesquelles sont terminées par un et ccctera ; en suite de quoi vient la traduction écossaise de tout le reste. Celte manière d’imprimer des traductions était assezordinairedansce siècle. L’éditeur français, sur l'observation de cette circonstance , a eu la simplicité de croire que les lettres de Marie avaient été écrites en partie en français et en partie en écossais.

En examinant quelques-unes des phrases françaises qui se trouvent au commencenv nt de chaque lettre, et en y appliquant cette sorte de critique que notre auteur a suivie dans l’examen de toutes ces le» res, nous trouverons des preuves • évidentes que le français n’est point une traduction du latin , mais que l’édition française est l'original sur lequel on a fait les traductions en latin et en écossais. Cette critique minutieuse sera sans doute peu agréable à la plupart de rocs lecteurs ; mais il suffira de jeter les yeux sur un petit nombre de passages, cl cetteespèccde dissertation sera fort courte.

I j phrase française qui se trouve au commencement de la première lettre finit par ces mots: Y faisoit bon. Il est clair que ces mots veu ce que peut un corps sans cœur , ne sont point du tout la traduction de ceux-ci , cum plane perinde essern atque corpus sine corde. On trouve dans toute la phrase française un es; rit et une élégance qui ne sont point rendus dans le latin ni dans l’écossais. Jusques à la dinde , n’est point une traduction de, toto prandii tempore. La traduction écossaise, quhiledinner-time, rend mieux le sens du français; car

• Good., I, 103.

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anciennement quhile, en écossais, signifiait jusques ou durant. Je. nar pas tenu grand propos , n’est pas rendu exactement par neqtte contuterim sermonem cum quoquam. La phrase française est une façon de parler particulière à cette langue, et elle représente bien mieux que le lalin cette circonstance de la conduite de la reine. Jugeant bien qu'il n'y faisait bon, n'est point une traduction de, ut qui judicarenl id non esse ex usu. La phrase française au commencement de la seconde lettre finit parce mot, apprendre. Il est évident que, dans les traductions latine et écossaise, on a entièrement omis ces mots : Et toutefois je ne puis apprendre. La phrase française qui est au commencement de la troisième lettre finit par le mot présenter. J'aye veillé plus tard là haut, n'est certainement pas une traduction exacte de ces mots : Diutiùs illic morata sum. Le sens du français est mieux rendu dans l'écossais : I hâve walkit later thereup. De plus , />our excuser votre affaire, est tout-à-fait différent de, ad excusandum nostra negotia. Les cinq autres lettres n'ont jamais été publiées en latin, et l’on n’a aucune îpreuve qu 'elles aient jamais été traduitesdans cettelanguc. Cependant quatre deces lettres ont été publiées en français, ce qui détruit absolument le système de notre auteur au sujet de la nécessité d’une traduction en latin.

Dans l'édition écossaise de la Detectio de Buchanan, le sonnet tout entier est imprimé en français et en écossais. Il n'est pas possible de croire que l'écossais soit l'original et que le français en soit la traduction. Le sonnet français est en vers, qui ont la mesure et la rime, et qui en plusieurs endroits ont assez d’élégance. Le sonnet en écossais a le même nombre de lignes, mais sans mesure ni rime. Or il n’est pas possible de concevoir une idée aussi absurde, aussi impraticable que celle de demander à un traducteur de rendre un certain nombre de lignes données en prose en un nombre égal de vers où la mesure et la rime soient observées. L’écossais , au contraire, parait manifestement être la traduction du français. Le tour de phrase, les façons de parler, et la plupart des mots sont français et ne sont point écossais. De plus, le traducteur écossais n'a point du tout rendu, en plusieurs endroits, le sens du français, et en d’autres

endroits il ne l’a rendu que très imparfaitement. Si ce sonnet était une pièce fitrgée , cela ne serait point arrivé. Le faussaire aurait entendu son propre ouvrage. Je ne puis me refuser d’en donner ici un exemple , qui fera la preuve de mes deux assertions. Je prends la stance viu , vers 9.

Pour luy j'attends toute bonne fortune.

Pour hijrjc veux garder santé et vie.

Pour tuy toute vertu de suivre j'ay envie.

For him I attend ail Btide fortune,

For him 1 will conserve bellhe and lyfe.

For him I desire to ensue courajje.

Il est à remarquer que la première ligne n'est point une phrase écossaise, mais une phrase française ; que les deux autres lignes ne rendent point du tout le sens du français, et que la dernière est réellement un contre-sens.

La huitième lettre n’a jamais été traduite en français. Elle renferme des raffinemens de mysticité et d'emblèmes, ce qui était le goût dominant dans ce siècle, et dont Marie était réellement passionnée, ainsi qu’on le voit par plusieurs autres circonstances, et particulièrement par une lettre de Drummond de Hawthornden , au sujet des impresas. Si les lettres de Marie ont été forgées par scs adversaires, ils se sont assurément acquittés de leur tâche avec beaucoup de négligence.

De toutes ces observations, il résulte qu’il y avait une édition en français des lettres de Marie, et que sur cette première édition on avait fait les traductions en latin et en écossais. Il ne nous reste plus rien de cette première édition française, que ce petit nombre de phrases, ajoutées à la traduction écossaise. Celui qui a publié la nouvelle édition en français a fait usage de ces phrases , et il y a cousu celles de sa propre traduction; et ce qui est de lui n’est ainsi qu'une traduction servile et misérable du laliu de Buchanan, dans laquelle ces phrases , qui servent d'introduction à chaque lettre, nous fournissent des présomptions très fortes de l'authenticité des lettres de Marie, et des preuves assurées qu’elles n’ont pas été traduites du latin.

On voit aussi , en comparant les traductions latine et écossaise avec les passages en question , que le traducteur écossais a bien mieux pris le sens et l’esprit du français que du lalin :

SUR LE MEURTRE DU ROI HENRI

et comme il parait que ces lettres furent de très bonne heure traduites en écossais , il y a lieu de croire que Duchanan n’a point fait sa traduction sur le français, mais sur l’édition écossaise. S'il était question d’entrer en critique dans la discussion de ce sentiment , on en pourrait donner de très bonnes preuves. Un passage, que j'ai déjà rapporté ci-dessus, me parait absolument décisif. Diutiùs illic morata sum , ne ressemble point du tout h j'ai veillé plus tant là-liant: mais on apercevra la cause de l’erreur de Buchanan , si l’on suppose qu’au lieu de lire : / walkit laiter thereup, j’ai veillé plus tard là-haut , il a lu : / ivaitit, etc. , j’ai lanté, etc. Cette erreur, dans laquelle il a pu tomber si aisément, fait apercevoir la raison de cette faute dans sa traduction.

Cette critique, quelque minutieuse qu’elle soit, paraîtra, je crois, très bien fondée. Mais quelque jugement qu’on en puisse por:er, les argumens qui prouvent intrinsèquement l’authenticité des lettres de Marie à Bothwell resteront toujours dans toute leur force.

I.es preuves extérieures que notre auteur produit pour établir que les lettres de Marie à Bothwell ont été fabriquées sont tout - à - fait spécieuses, mais elles ne sont pas plus solides que celles que nous venons d’examiner.

Ces preuves sont divisés en deux classes :

1° Les explications erronées et contradictoires qu'on dit avoir été données concernant les lettres, lorsqu'elles furent produites pour la première fois juridiquement. Dans le conseil privé tenu le 4 décembre 1567, elles sont représentées comme des lettres secrètes écrites et signées de la propre main de Marie ’. L'acte du parlement, passé le 15 du même mois, les désigne comme des let ires secrètes dont les originauxsont écrits de la propre main de Marie a. Celte différence daus la manière de les qualifier a été regardée comme une forte présomption de la fausseté de ces pièces. Ce que dit M. Hcrries pour l’expliquer est à la fois naturel et plausible3, et l'on trouve plusieurs remarques ingénieuses à l’appui de ces observations dans un écrit récent intitulé: Remarques diverses sur l 'enquête relativeà Marie, reine d' Écosse. Aux observations

1 Hignw.tSI. Good., II. fit.— 'Good., ibitI.,C7. —

* Hume, rot. V de son Hhi., p. 405.

judicieuses de ces deux écrivains, nous ajouterons, que l’acte original du conseil secret n’existe plus; il n’en existe qu'une copie trouvée parmi les papiers de Cocil ; l'ignorance, ou du moins la négligence du copiste s’y manifeste si sensiblement, que la différence qui se trouve entre les deux actes peut très bien lui être imputée. Or , la preuve alléguée perd beaucoup de sa force, du moment qu’il s'élève des doutes sur l’exactitude de la copie. Nous pouvons citer plusieurs des erreurs oh le copiste est tombé , en comparant cette copie de l’acte du conseil secret avec l’acte du parlement. Le premier de ces actes contient une pétition au parlement; dans le second , celle pétition se trouve littéralement rapportée et convertie en loi. Le mariage de la reine avec Bothwell est qualifié, dans la copie , de mariage secret: expression bien évidemment fausse, puisqu’il est constant que le mariage fut célébré avec beaucoup de solennité , après que les bancs eurent été publiés dans l'église de Saint-Gilles, pendant trois jours successifs. D’un autre cdté , l’acte du parlement le qualifie de prétendu mariage, et cette dénomination est justesuivant les idées duparti opposéà la reine. Dans la copie, les mots suivans sont appliqués à la reine: « Sa thrall and m.bby affectionat to the privât appetite ofthat tyrant. » Le mot blcdt. sanglant, n'a point de sens. Au lieu de ce mot, on trouve dans l’acte blindly, aveuglement , qui a un sens déterminé. On lit dans la copie : «AU nobill and virtüous men abhorring their traîne and company. » L’acte dit : « Their tyrannie and company. » Ce qui est évidemment la véritable expression, au lieu que le mot traine n’a point de signification.

2° L'autre preuve de la fausseté des lettres est fondée sur l'impossibilité de concilier ce qui est affirmé sur le temps et les lieux oit les lettres de la reine avaient été écrites , avec ce qu'on sait de certain touchant les voyages de la reine.

Suivant le document publié par Anderson 1 * , connu sous le nom de journal de Murray et rédigé sur l'autorité des lettres, Marie partit d'fidimbourg, pour se rendre à Glasgow, le 24 janvier 1567 : elle y arriva le 25; elle en repartit le 27. Elle alla le 28 avec le roi à Liulithgow, oit elle ne resta qu’une nuit , et elle était de re-

' Andrrs. . Il , *2G0.

DISSERTATION

tour 3 Edimbourg avant la fin do mois. Mais , suivant notre auteur, la reine ne partit d'Edimbourg que le vendredi 24 janvier. Comme elle s'arrêta une nuit à Callendar, elle ne put pas arrivera Glasgow avant le samedi 2S au soir, et ellerctourna le mardi 28 à Linlithgow. Par conséquent, la première lettre, qui suppose que la reine avait été au moins quatre jours à Glasgow, aussi bien que la seconde lettre datée de Glasgow, le samati matin, pendant qu'elle n'y était arrivée que le soir, sont nécessairement des lettres falsifiées. Que la reine ne partit d'Edimbourg que le 24 janvier, on le voit évidemment , dit notre auteur, par les registres publics, oà l'on trouve un mandement de confirmation d'une pension de Jacques Boyd, à Marguerite Chalmers, accordé par la reine, et daté d'Edimbourg, le 24 janvier , comme aussi une lettre de la reine, datée du même jour 3 Edimbourg, dans laquelle die nomme Jacques Ioglis pour être tailleur du roi son fils. Que le roi et la reine étaient de retour de Linlithgow le 28, on le voit par un acte dans lequel ils nomment André Ferrier gardien de leur palais dans cette ville, en date de Linlithgow, le 28 janvier *.

On propose toutes ces choses non-seulement comme des preuves convaincantes, mais même comme des preuves légales de la falsification des prétendues lettres écrites par Marie. Cependant on verra , par les considérations suivantes , combien ees preuves sont défectueuses.

1° On voit , par un aveu ou déclaration de l'évêque de Ross , qu’avant la tenue des conférences d'Yorck , qui s'ouvrirent au commencement du mois d’octobre 1508, Marie, par une ruse de Mailland , était venue à bout de se procurer une de ces lettres que ses sujets l'accusaient d'avoir écrites à llothwell a. Il est très vraisemblable que l'évêque de Ross avait vu ces lettres avant que d’écrire la Défense de l'honneur de Marie en l'année 1570; ces lettres furent publiées partout, en même temps que parut en 1571 la Detectio de Buchanan. S'il s'était trouvé dans ces lettres une erreur aussi grossière que celle de supposer que la reine avait passé quelques jours 5 Glasgow, (tendant que, de fait, elle était 3 Edimbourg, erreur si aisée à reconnaître dans le temps ; si

' Gond. ,1,118. — 1 Browo't trial of tbe duke of Norfolk, 31, 30.

parmi ces lettres, il s'en était trouvé une datée du samedi malin de Glasgow , pendant que la reine n’y était arrivée que le soir, serait-il possible que la reine elle-même , qui devait être mieux que personne au fait de sa marche , ou bien que ces défenseurs de Marie, si pleins de zèle et si expérimentés , qui entrèrent en lice pour soutenir sa cause, n’eussent pas exposé et publié cette contradiction, pour décréditer et renverser d'un seul coup toute l'imposture? Dans des recherches qui sont par elles-mêmes embarrassées et de difficile discussion , l'industrie d'un auteur nouveau peut lui faire découvrir bien des choses qui avaient échappé aux soins et trompé la sagacité de ceux qui avaient avant lui travaillé sur le même sujet ; mais lorsqu'il s'agit d'un fait aussi évident , cette circonstance, que la reine ellemême, ni aucun de ceux qui lui étairnt attachés, n’y ont fait aucune attention , est une sorte de démonstration qu'il y a ici de l’erreur et de la supercherie dans les raisonnemens de notre auteur. On voit aussi que, tant nos historiens que les défenseurs de Marie, bien loin de révoquer en doute l'époque généralement revue du départ de la reine et de son retour de Glasgow, n’ont eu sur ce point entre eux aucune contestation, ni la moindre diversité d'opinions. Mais de plus:

2° Ces papiers, tirés des archives publiques, et sur lesquels notre auteur appuie ses assertions , ne sont point des papiers originaux, munis de la signature de la reine ; ce ne sont que des copies ou des traductions de copies des pièces originales. 11 n’est pas fort nécessaire, et il serait même assez difficile de faire comprendre ce qui suit à ceux qui ne sont point au fait des formalités établies parles lois de l'Ecosse; mais tout Ecossais versé dans le maniement des affaires m'entendra lorsque je dirai que le mandement de confirmation de la pension viagère 3 Boyd n'est que la copie ou expédition en latin d’un mandement scellé du sceau privé, sur un brevet émané de l'office du sceau , et provenant d’une signature faite 3 Edimbourg le 24 janvier ; cl que l'acte en faveur de Jacques Inglis est la copie d’une lettre scellée du sceau privé , et signée à Edimbourg le 24 janvier. De tout cela nous pouvons conclure, avec quelque sorte de vraisemblance , qu’une preuve qu'on veut tirer de papiers qui sont 3 cette distance de leurs

SUR LE MEURTRE DC ROI HENRI

originaux ne peut pas manquer d'être très incertaine et très défectueuse.

3° Tous les actes publics étaient alors publiés au nom du roi et de la reine. Aux termes de la loi , la signature du roi n'était pas moins nécessaire pour toutes sortes de papier» que celle de la reine ; par conséquent , à moins que les signatures originales ne soient produites, pour constater précisément le jour où chacun d’eux a signé ces papiers, ou bien pour prouver qu'ils n’ont été signés que de l’un des deux , la preuve légale qu’on tirera de ces papiers ne sera autre chose, si ce n’est que le roi et la reine les ont signés A Edimbourg le 24 janvier.

4° Il parait que dans ce siècle les dates des ordonnances ou mandemens émanés du souverain étaient le plus souvent arbitraires et mises au gré du copiste; par conséquent ces dates sont rarement exactes, souvent fausses, et l'on ne peut jamais y Faire aucun Fond. Cet abus devint même si fréquent , et on en sentit si bien les conséquences dangereuses, que, par un acte du parlement, en l’année 1592, on déclara que mettre de fausses dates à une signature serait désormais regardé comme un crime de haute trahison.

5° On voit encore aujourd'hui dans les archives un grand nombre de papiers qui prouvent la nécessité de cette loi , et qui découvrent en même temps combien les raisonnemens de notre auteur sont faibles et captieux. Quoiqu'il ne soit pas facile, à une distance de deux siècles, de prouver en particulier la fausseté d’une date , quelle qu'elle soit, cependant nous avons des exemples singuliers de pareilles falsifications. Un des faits les mieux constatés dans l’histoire , c’est que le roi était à Glasgow le 24 janvier 1567. Cependant on trouve dans les registres des expéditions des années 1 5G5 et 1 582, fol. 1 6 , la copie d’un acte donné A Archibald Edmonslon , dans laquelle il est dit que cet acte a été signé par nos souverains , c'est-à-dire par le roi et la reine, à Edimbourg, le 24 janvier 1567 ; en sorte que si nous voulons donner une entière confiance aux archives de ce siècle, ou bien adopter les argumens de notre auteur, il se trouvera prouvé que non -seulement la reine était à Edimbourg le 24 janvier, mais que le roi y était aussi.

On voit par une lettre originale de l’évéquc

de Ross que, le 25 octobre 1566, Marie était malade A la mort >. Cependant on trouve dans les registres publics un acte où il est dit qu’il a été signé ce même jour-IA par la reine 2.

Bothvvell se saisit de la reine lorsqu’elle revenait de Stirling, le 24 avril 1567 , ainsi quelle le dit elle-même, et il la conduisit A Dumbar en toute diligence 3. Mais notre auteur, se fondant sur les dates de certains papiers qu'il a trouvés dans les archives , suppose que Bothwell permit A la reine de s’arrêter A Edimbourg, pour y terminer quelques affaires. Rien u’esl moins vraisemblable que cette supposition. Nous placerons donc la date de l’acte 4 duquel notre auteur fait mention, vol. 1, 124, au rang des fausses dates des papiers produits dans le courant des affaires de ce siècle. Notre auteur s’est trompé sur la date d’un autre papier, donné A Forbes; ibi/t. Ce papier fut signé le 14 avril , et non pas le 24 de ce mois.

Si, dans toute l’histoire de Marie, il y a un fait constaté , c’est qu’elle resta A Dumbar, depuis que Bothwell l’y eut amenée, jusqu'au temps où elle retourna avec lui A Edimbourg , au commencement de mai. Notre auteur convient lui-même qu’elle resta douze jours A Duinbar ( vol. 1 , 367 ). Or on trouve dans les archives de ce même temps , des actes qui sont signés par la reine A Dumbar , et d’autres actes qui sont signés par sa majesté A Edimbourg. Par exemple , il y en a un daté d'Edimbourg , le 27 avril sous le sceau privé !. D’autres sont datés et prétendus signés du même jour à Dumbar6. Quelques-uns sont signés A Dumbar , le 28 avril ; d’autres A Edimbourg, le 30 avril7; d'autres à Dumbar, le 1er mai8. Ces Chartres si variées pour les dates, supposeraient que la reine aurait fait incognito des voyages si fréquens et si incroyables, qu’il est par-là démontré qu’on ne

1 Krilh, Appfml. , 134.

’ Privy-seal, lib. mi, fol. 89. Oucbterlony. flan* lu édition* précédentes il y avait un autre exemple de même nature que les précédé»* et lr* suivant. Mai* comntr uu a’eat aperçu pue celui qu'ou avait chargé de faire les recherches dans les rcipstres s'élail irompé, on a retranché ce passafte dans cette édition : ce qui néanmoins ne diminue point la force du raisonnement de cette dissertation.

• Anders , l,9S —'A Wrifht. Privy-eeal. lib. xxxvi, fol. 43.— ‘ Lib. xxxvi, fol. 97. — ‘ Lib. xxxi. chart. IS° 524 , 526. Ibid , tir. xxxu , n" 15», 157. — ’l-ib. xxxit, chart. n' 492. — ' /#/., t'Wrf , n* I5H.

DISSERTATION

peut point du tout compter sur les dates de ces archives.

C’est ce qui se voit encore plus clairement par la charte qui parait signée le 27 avril, jour qui dans l'année de cette date était un dimanche , et auquel on ne faisait alors en Écosse aucune affaire, ainsi qu’on le voit par les livres de Seller un t , qui étaient à la garde des lords de session.

Cet examen abrégé des raisonnemens par lesqurls notre auteur entreprend de prouver que les lettres sont forgées cl supposées prouve évidemment qu'on ne peut tirer aucune démonstration des argumens de cet auteur.

M. Davison , qui , lorsque je composai cette dissertation, il y a environ trente ans, me communiqua des renseignemens très précieux , a découvert dernièrement daussessavantesrecherches sur les antiquités de ce pays une pièce originale qui peut jeter beaucoup de jour sur cette ! question, en ce qui concerne le roi. Buchanan assure, qu'à cause des absences fréquentes du roi, occasionées par sa dissipation , on fit faire une empreinte en métal , au moyen de laquelle on appasait sa signature aux actes publics, comme s’il eût été présent (llist.liv., xvn, p. 343). knox rapporte la même chose (llist.,p. 303). La signature du roi se trouvant ainsi à Indisposition de celui qui gardait celte empreinte, on ne peut tirer aucune conséquence, pour ce qui concerne ce prince , de la réunion de sa signature à celle de la reine. Knox et Buchanan attestent l’un et l'autre que l'empreinte était confiée à Rizio. Un des derniers défenseurs de la reine Marie révoque en doute leur témoignage à cet égard , et le traite de purccalomnic(Goodall, vol. 1 , p. 228). Cependant la vérité de cette assertion est pleinement confirmée par la pièce originale dont je viens de parler. Je l’ai vue et examinée avec beaucoup d'attention : M. Davison l'a déposée à la chancellerie, et la signature du roi, qui s’y trouve, est évidemment apposéeau moyen d’une empreinte avec de l’encre d'imprimerie.

On attaque encore l'authenticité de ces lettres de Marie à Bothwell , à cause du style et de la composition , qui sont , dit-on , tout-à-fait indignes d'une reine telle que Marie , et bien différentes des autres productions avérées de celte célèbre princesse. Les soins que Marie se donnait dans la composition de ses lettres, tant

pour la pureté du style que pour la beauté de l'écriture , font voir que cette prineesse se piquait de ces lalens, et quelle ambitionnait la réputation d'écrire avec élégance. Mais lorsqu'elle écrivait à la hâte , cl dans des momens d’embarras, on apercevait ces marques de précipitation >. Iæs lettres de Marie à Bothwell ont été certainement écrites dans des momens de trouble et de la plus grande précipitation. Opendant, malgré tes désavantages d'une traduction, elles ne manquent ni de feu ni d'énergie. On est choqué de la manière dont elle exprime son amour pour Bothwell , et qui va meme jusqu'à l’indécence. Mais le caractère habituel de la reine lui inspirait ces expressions en fait de galanterie. Ce raffinement de délicatesse, dont on se pique aujourd'hui dans le commerce entre les deux sexes, était alors peu connu, parles personnes même du plus haut rang 1.

Quelques-unes des lettres de Marie à Bothwell ont été écrites avant le meurtre de son mari, d’autres après cet événement, et avant son mariage avec Bothwell. Celles qui sont antérieures à la mort de son mari ne respirent que l’amour qu’elle avait pour Bothwell, sont remplies des expressions les plus tendres , et prouvent clairement que leur familiarité était des plus criminelles. On y trouve aussi des termes ambigus , dont ses ennemis ont su tirer avantage pour prouver que la reine n’ignorait pas ce qui se tramait contre la vie de son mari. Tels sont les passages suivans : «Hélas, je n’ai ja- «mais trompé personne, mais je m'en remets «entièrement à votre volonté. Envoyez-moi avis «de ce que vous voulez que je fasse ; et quoi qu’il « eu arrive , je vous obéirai. Consultez-vous vous «même, si vous pouvez trouver un moyen plus «secret par la voie de la médecine, car il faut «qu’il prenne médecine et les bains à Craig- « millar 3. * .... * Considérez que ses larmes feintes «ne doivent pas être louées et estimées autant « que les vrais et fidèles travaux , que j'ai souf-

’ On m voit un exemple remarquable dans un papier publié par Good , Il , 301 .

• On voit dau* le» papier* du comte Hardwick, une unie de lettre* de Marie au duc de Norfolk , tirées de la Bibliothèque Harléienne, p. 37, b. U, fol. 88, dans lesquelles Marie exprime son amour pour ce seiftnciir en de* termes dans lesquels on trouverait aujourd'hui bien peu de délicatesse. (Hard.-stale papers, I, 185».

* Good , II, 22.

SUR LE MEURTRE DU ROI HENRI. ' 331

«ferls pour mériter sa place, pour l’obtention «de laquelle, contre mon naturel, j’ai trahi ceux «qui peuvent m’accuser. Dieu veuille me par-

« donner, etc. *» «J’ai veillé plus tard là haut

«que je n'aurais voulu le faire, si ce n'avait été « pour tirer quelque chose de lui, ce que ce por- « teur vous montrera ; ce qui est la meilleure oc- « casion qui puisse se présenter pour donner un ■ lour favorable à vos affaires 2. »

Les lettres de Marie qui sont postérieures à la mort de son mari , prouvent évidemment que le projet de Bothweü de se saisir par force de | la reine, et de l'emmener avec lui , était concerté avec elle-même , et qu'elle y avait donné son consentement 3.

Quant aux sonnets , sir David Dalrymple a

•Good., 11,27. —'Ibid., 32.

• Que de* lettre* d’une aussi grande importance que celle* de Marie à Bolhwell paissent être entièrement perdues, c’ett une chose qui parait lout-à-fait inconcevable. O* lettre» furent produite* en Angleterre devant le* commissaire* d’Élisabeth , et furent ensuite par eux rendue* au comte de Murray *. Il parait que Murray les Barda pendant toute ta rie. Après »a mort, elle* tombèrent entre les mains de Lennox , son successeur, qui le* remit au comte de Morton **. Dn fait qui n’est pas certainement lié avec cette dissertation , sera peut-être pour quelques-uns de me* lecteurs un objet de curiosité. Je crois donc qu’il n’est potut inutile de leur apprendre , qu après des recherches faites avec tout le soin possible, on n’a jamais pu trouver, dans toute* le* bibliothèques publique* de la Grande-Bretagne, une seule copie des lettres de Marie à Botbweli. On n’a pu réussir qu’à *e procurer quelque* notions *ur ce point, depuis que les lettre* eurent été remises à Morton. Nous somme* redevables de ces découvertes aux soins du docteur Bircb.

Extrait des lettres de Robert Bowes , écuyer , ambassadeur de ta reine Élisabeth vers le roi d’ Écosse , écrites au chevalier François Walsin glutm, secrétaire d'état ; pris sur le registre original des lettres de M. Bowes , depuis le 15 août 1582, jusqu’au 28 septembre 1583, et qui est en la 1 possession de Christophe Hunier, docteur en médecine à Durham.

k ÉditnbMHf, t novnnbrr |j»l.

Rien qu’on m’aie amusé depuis long-lemps en me diuni que te coffre ou «ont les orq;inam de. lettre, de la reine d'Écosse et du coinle de Rothwrll a passé de maiw eu mains, qu'on ne le retrouve plu» à présent, et qu'on ne .ait ce qu’il eut devenu , j'ai cependant appris avec cerlitude, par la voiedii prieur de Piuscardyue, que le coffre et les écrits ont passé et sont actuellement entre les main* du comte de Gowrie ; mais il aéra, je crois, difficile de

1 Cood , Il , m — "Ibid , D , 91.

clairement prouvé qu'il» doivent avoir été écrit» après le meurtre du roi, et antérieurement au mariage de Marie avec Bothwell. Mais comme aucune partie de ma narration n'est fondée sur ce qui se trouve contenu dans les sonnets, et que d'ailleurs les critiques judicieuses auxquelles j'ai été contraint de me livrer dans cette dissertation ont peut-être déjà lassé la patience de mes lecteurs , je me contente de renvoyer ceux qui désireraient à cet égard de plus amples renseignemens aux Remarques sur l'Histoire d’Écossc, chap. xi.

Après avoir ainsi exposé les preuves de part et d'autre , après avoir examiné dans un si grand détail les différais systèmes par rapport aux bits en question, on s'attend saas doute que je

l’engager à le* remettre suivant le désir de sa majesté.

Ces jours passé* j’ai travaillé à découvrir o(! pouvaient être le coffre et les écrits; mais sans le secours du prieur j’y aurais été fort embarrassé. Je vais à présent essayer de persuader Gowrie , et je vous donnerai avis du succès de mes démarches.

k Édimboarf , la novtmbrt 1M1.

Ayant appris que 1a cassette et les papiers mentionnés dans ma dernière étaient ci-devant parvenus en la posses sion du comte de Gowrie, mais sachant aussi qu'il n’était pas possible de se le* procurer et de les retirer de ses mains sans qu’il en eût connaissance et qu'il y donnât son consentement , attendu que j’avais déjà pris les moyens les plus convenables pour y réussir, mais sans aucun succès; j’ai pria le parti de m’adreaser à lui-mémc , et je lui ai représenté que lesdiis papiers et cassette avaient déjà , sans doute, élé remis à sa majesté , volontairement et par les office* de gens affidé* , et que la remise de ces papiers et cassette avait été faite à sa majesté avant que lui Gowrie les etU en sa garde et entre ses mains. J’ajoutai que le sachant également affectionné à la reine, et disposé à faire ce qui pouvait être agréable à sa majesté . particulièrement en une chose qui la touchait aussi sensiblement, qui lui serait par conséquent fort agréable , et qu elle saurait aussi reconnaître en princesse par des remerclmens et des libéralités capables de donner, à lui Gowrie , toute sorlc de satisfactions et de contentement, je lui conseillais d’envoyer dès à présent ces eboses à la reine, et que j'aurais soin de les faire parvenir à sa majesté. Je répétai ce qui pouvait faire concevoir audit Gowrie les plus grandes espérances de la libéralité de la reine, ce qui par conséquent était le plus analogue au but que je me proposais. Il refusa d’abord de convenir que ces eboses fussent en sa possession; mais je lui fis connaître que j'étais bien informé qu'elles lui avaient été remises par Sanders Jardin : sur quoi il me pressa de lui dire par qui j’avais été instruit de cela , et si ce n’était point par les enfans du comte de Morton. Je ne lui répoudis sur cela ni oui ni non, et je me contentai de lui dire ; qu'il pouvait bien penser que celui qui me l’avait dit était le prieur, qtte était prêt à l'avouer, et qui trouvait bon

DISSERTATION

vais prononcer et dire mon sentiment. U y », selon moi, deux conclusions à tirer des faits dont je viens de faire le récit.

L’une est que Bolhwell poussé par son ambi-

d’élre cité. Ensuite il me dit , que quand mCrae cet lettres iraient en fia partie, ce qu'il ne voulait ni nier ni avouer, il ne pouvait le* remettre à qui que ce soit «an» le contentement et la participation du roi, qui y était intéressé , et de* seigneurs qui avaient formé cette entreprise contre la mère du roi , et qu’il devait le* garder comme de* preuves et pièce* justificative* de cette action. Je lui répliquai que le procédé de ces seigneurs était pleinement justifié pour ce qui concernait la remise de la couronne faite au roi par la reine sa mère ; que cette cession de la j couronne était établie, confirmée et fortifiée par des actes du parlement, et par d'autre* actes et inatrumen* publics, en *orte que le fait ne pouvait souffrir ni contestation ni débats, et qu’il ne serait jamais nécessaire, pour justifier et autoriser cette action , de produire ces parchemins et papiers, lesquels devaient être remis à sa majesté et laissés entre ses mains , puisqu'ils lui avaient été destiué* avant que d'étre mis en la garde de lui Gowrie ; mais H me fut impossible de l'ébranler et de le convaincre. Après bien des raisonuemens, il fioit.par me dire que ni le comte de Morton ni aucun de ceut qui auraient ce* papier* en garde , Poseraient en aucun temps s‘en dessaisir et les livrer ; que c’était la première fois que je lui avais parlé de cela ; qu’il serait charmé de répondre aux marques de confiance que sa majesté lui donnait, et de remplir en même temps se* devoir* envers sou souverain, et se* associés , par rapport b l’action ci-dessus : en conséquence qu’il chercherait lesdites cassette et lettres lorsqu'il serait de retour chez lui . ce qui serait dans peu , b ce qu’il croyait ; et que lorsqu’il le* aurait trouvées, lorsqu’il aurait bien examiné la chose et qu’il s’en serait bien instruit , il rendrait une réponse positive. Tel est le résultat de ma négociation sur ce point ; et pour le présent , je n’ai pu rien faire de mieux que de m’en rapporter à loi sur l’attention qu’il devait avoir de donner b sa majesté des preuves de sa bonne volonté en agissant franchement et sans détour avec la reine, de manière b la confirmer d3ns la bonne opinion qu’elle avait conçue de lui , et à l'engager à lui donner de plus en plus des marque* de sa bienveillance. Je ne cesserai point de le solliciter, soit par moi-méme, soit par d’autre* voie*; mais je me méfie beaucoup du surcè* de me* .lémarehes sur ce point. »

A Miobmit| . >4 novtmbr* lM>.

«J’ai encore tâté dernièrement le comte de Gowrie, pour obtenir de lui les lettres renfermée* dans la cassette qui est entre ses mains. Je lui ai fait entendre que la reine dTÉcosse était dan» l’intention de publier que ce* lettres avaient été forgées par scs sujets rebelles, et qu’elle cherchait ainsi à «e les faire remettre, ou bien à le* faire supprimer; que les moyens qu’elle emploierait, pour arriver à scs fins, seraient si forts et si efficace*, qu’il ne serait pas sûr de garder ces papiers dans le royaume ; que celui qui s’en trouverait chargé courrait de grands risques, et que lorsqu’il serait connu, on ne souffrirait certainement pas qu’il eu restât eu possession. Je lui ai exagéré les périls auxquels seraient exposé* tou*

lion, ou cniraioé par l'amour, encouragé par l'aversion qu'il savait que la reine avait pour son mari , et comptant tur la violence de l’attachement que la reine avait pour lui -même, fit le

ceux qui seraient compliqués dans une pareille action , et lui en particulier, qui était actuellement connu pour avoir ces papiers en sa possession. Je lui ai représenté les avantages et la sûreté qui en résulteraient pour la cause en général . pour toutes les parties qui y étaient intéressées, et pour lui-méme en particulier, si ce* papiers étaient rem» en bon étal, et sous le secret, à la garde de sa majesté, afin qu’on pût les avoir toutes les fois qu’on serait dans le cas d’y avoir recours , et pour que ces papiers et ceux qui y avaient intérêt fussent à couvert , sous la protection de sa majesté, des inculpations odieuses dont on pourrait les charger. Enfin , je lui ai dit que s’il n’était point encore satisfait pleinement , et que s’il était dans le doute que ses autres associés voulussent consentir i remettre ainsi de bon gré et par les considérations cidessus le* papiers à sa majesté , j'étais prêt à aller trouver se* associés, à entrer en conférence avec eux , et b loi procurer leur consentement sur ce point ( chose néanmoins plus aisée à dire qu'l faire). Je finis par lui dire, que pour que le secret fût exactement gardé en cette affaire , pour le bien de la cause commune , et pour afFermir et confirmer de plus en plus la bonne opinion que sa majesté avait conçue de lui, en acceptant de bonne grâce ce qu’elle lui proposait , il devait , sans aucun détour, et sans s’arrêter à de vains scrupules, confier ces papiers b la garde de sa majesté, attendu le bon usage qu’elle en ferait et les avantages qu’il en retirerait. Nous disputâmes long-temps sur le même ton, et il finit par me dire: qu'il voudrait dooner positivement b sa majesté des preuves de son zèle, et faire ce qui pourrait lui être agréable, pourvu qu’il pût agir sans offenser le roi son souverain et san* faire tort à ses associé* dans le complot ; qu’en conséquence, il allait commencer b relire lesdites lettres et les examiner, prendre conseil sur la manière dont il devait se conduire , et voir comment H pourrait satisfaire et contenter sa majesté . et qu’ensuite il rendrait une réponse positive ; mais il déclara nettement, qu’après qu’il aurait trouvé et vu le* écrits en question, il ne pourrait point le* donner sans la participation du roi. Ce fut eu vain que je voulus combattre le parti qu'il prenait d'informer de tout le roi son maître , avant que les lettres fussent remise* à la reine ma maîtresse, et que je cherchai b lui faire sentir le danger où il mettrait son parti en agissant de la sorte : je ne pus jamais le détourner de son plan. Il pourrait arriver que Gowrie fût dans l'intention d'aller, comme de lui-même, découvrir le. tout au rot : ainsi je vais en conséquence travailler à obtenir le consentement du roi , à ce que les lettres soient confiée* à la garde de la reine ma maltresse, et je crois qu’il sera plus aisé de réussir sur ce point auprès du roi , attendu l'amitié et l’affection quV. a actuellement pour sa majesté La reine , que de gagner quelque chose sur ceux qui sont associés dans le complot, attendu que , parmi le* principaux d'entre eux , quelques-uns sont et demeurent à la dévotion de la mère du roi. Cependant j’insisterai toujours auprès de Gowrie, pour qu’il fasse U recherche de U

SUR LE MEURTRE DU ROI HENRI

coup de son chef, et sans avoir concerté avec la reine toutes les circonstances du complot , ni déterminé avec elle la manière d'exécuter le crime; que la reine, au lieu d'exprimer de l'horreur et de l'indignation d'un tel forfait; au lieu de faire paraître aucun ressentiment contre Bothwell , accusé d'avoir commis le crime, continua h le combler de marques d'attention et de bienveillance , fit suivre le procès de Bothwell de manière à rendre impossible la découverte de son crime, et que, aussitôt après l’assassinat du roi, sans égard pour toutes les règles de la prudence et de la bienséance , elle consentit à épouser un homme qu’elle avait tant de raisons de détester, l'ar cet exposé, on ne prononce point que Marie soit coupable d’avoir tramé le meurtre de son mari, ni même quelle ait donné auparavant son consentement à sa mort. Mais elle n'est pas jus-

canette , ainsi qu'il me i'a promis : et suivant que je le trouverai disputé à cet égard , je ferai de mou mieux , et je ne négligerai rien pour que le tout réunisse au plus graud contentement de sa majesté. »

A Edimbourg, a iéermbrt tUi.

« Comme j’ai trouvé une occasion favorable de renouer conversation avec le comte de Gowrie, au sujet de la délivrance les lettres enfermées dans la cassette qu’il a entre ses mains, je l’ai encore tfté sur cet article : sur quoi il m’a dit que le comte de Lennox avait fait de grandes recherches pour avoir ces lettres, et que le roi savait où elles étaient ; si bien qu’on ne pouvait pas les remettre à sa majesté la reine sans le consentement du

tifiéc de l’approbation manifeste qu elle donna au crime après qu’il fut commis , par la manière dont elle se comporta envers celui qui en était l'auteur.

L’autre conclusion qu’on en peut tirer est celle que Murray et ses adhérons s'efforcaient d’accréditer.

«Que Jacques, ex-comte de Bothwell, était île principal exécuteur de ce meurtre exécrable

• et infâme, commis en la personne de l'infor-

• tuné roi Henri, de bonne et glorieuse mé-

• moire, père du roi notre seigneur, et mari i légitime de la reine ; et qu’elle avait eu préeé- « demment connaissance dudit meurtre, et l'avait

• conseillé , tramé , persuadé et commandé '. »

Je laisse à mes lecteurs i décider laquelle de ces deux conclusions se rapporte mieux aux argumens qui ont été présentés.

roi. Mai» je doute infiniment que cela puiue «e terminer é la saüsfadioo de la majesté la relue J’y donnerai cependant tous mes soins, et je ferai tes derniers efforts.

Jacques VI , qui lit mourir le comte de Gowrie , en l'année 1584, et qui s'empara de tous les effets du comte, eut-it soin de supprimer ces lettres de sa mere, dont alors il soutenait l'honneur avec beaucoup de tète? ou ces lettres ont -elles été perdues par quelque accident inconnu? ou bien sont-elles encore cachée* dans quelques-unes de* archive» de no» grandes familles: c'est ce qu'il est impossible de décider.

■Good.,11,207.

ns DI LS DISSZSTSTIOtS SCS SI HIUSTSS DU soi ssast.

DE

L’HISTOIRE D’ÉCOSSE

Mémoire concernant le* moyen* de rétablir le royaume d'Écowe dans ion ancienne splendeur.

Il est à propos d'observer, avant toutes choses, que ce qui peut le plus contribuer au parfait bonheur de rÉcosse, c’est, ou de continuer à vivre toujours en paix avec le royaume d'Angleterre, ou bien de ne faire avec l'Angleterre qu'une seule monarchie, attendu que les deux royaumes ne forment qu’une même Ue, entièrement dé Lâchée du continent.

Si l’on prend le premier parti, c'est-à-dire celui de conserver une paix perpétuelle avec l’Angleterre, il faut alors faire en sorte que l'Ecosse ne soit point tenue, par des subsides, dans la dépendance de la France, ainsi qu'elle y est actuellement , attendu que la France, qui de tous temps est ennemie de l’Angleterre , cherchera toujours à se servir de l’Êcosse comme de l'instrument le plus propre à favoriser ses mauvais desseins contre l’Angleterre , et comme d’uue espece de guérite pour en observer tous les mouvemens.

lorsque l'Écosse sera entre les mains d’un homme qui n'aura dans ses veines que du sang écossais, qui sera tout Ecossais de coeur et d’affection , on pourra espérer de voir subsister la bonne intelligence entre les deux royaumes. Mais tant qu'elle sera aux ordres de la France, on ne peut pas se flatter que celte union soit de longue ; durée.

Or, nous voyous aujourd’hui l'Ecosse aux ordres du I roi de France à cause de sa femme , sur quoi il est à ob- I server que pendant l’absence de la reine , et jusqu’à ce j qu’elle ail des enfans, il est important, pour le bien du | royaume, que 1rs Ilamilton, les plus proches héritiers du trône, y portent toutes leurs allcutkms, et veillent à ! ce que la couronne ne soit point usurpée, ni le royaume I dévasté. D’un autre côt^a noblesse et le peuple doivent ! tenir la main à ce que les lois et anciennes coutumes du j royaume ne soient point altérées, et que le pays ne soit point appauvri et foulé par des taxes, des emprunts , de • nouveaux impôts à la mode de France ; et par prov ision, 1 le roi et la reine de France seront avises que toutes les ; lois divines et humaines doivent les engager à réformer li-nr mauvaise administration dans le royaume.

ht , à cet effeL , il serait à propos que la noblesse et le (jcuple, de couvert avec le plu» proche heritier de ta tou- >

ronne, cherchassent les moyens les plus convenables pour remédier à de si grands abus, qui peuvent entraîner la ruine totale de leur pays , et qu’il est nécessaire de réprimer avant que le pouvoir et l’Insolence du Français fassent de plus grands progrès.

Premièrement, il faut pourvoir à ce que, du consens tement de* trois étau, le royaume soit , ainsi que l'Angleterre, affranchi de toute idolâtrie; et s’il était possible, qu’on tint un concile libre et général, où le pape de Rome u’eût ni voix ni séance, les étau pourraient y justi6er leurs procédés , et s'offrir de prouver que leur parti est le plus conforme à la religion chrétienne.

Secondement , il faut avoir soin que dans tout ce qui concerne l’administration du royaume, les offices ne soient remplis que par les anciennes familles du pays, sans que ni capitaines, ni lieuteuans, ni soldats, ni aucuns princes étrangers , aient part au gouvernement , et veiller surtout à ce que les forteresses soient toujours entre les mains d'Écossais de sens et d'affection.

Troisièmement , il ne faut jamais donner occasion à des guerres avec l’Angleterre , à moins que l’Anglais ne RU l'agresseur.

Quatrièmement , il ne faut pas qu'aucun noble d’Ecosse soit pensionné de la France, si ce u’estdans le temps qu’il serait au service de la France. Sans cela , la France aurait bientôt corrompu une infinité de gens qui deviendraient traîtres à leur patrie.

Cinquièmement , tout office , abbaye, bénéfice ou avautage quelconque, lie doivent être donnés qu’à des Écossais d’extraction et du consentement des trois étals du royaume.

Sixièmement , il doit y avoir en Ecosse , pendant l'absence de la reine , un conseil appointé pour gouverner tout le royaume, et dans ce cas-là il faut bien prendre garde que le conseil ne soit dirigé par les impulsions de la France.

Septièmement, il doit être par Icsdits trois états ordonné de quelle manière les revenus de la reine , dans le royaume, doivent être employés; combien il doit lui en être assigné pour son entretien et celui de sa maison pendant son absence ; combien il doit en être employé pour le gouvernement et défense du royaume, et le montant de ce qui doit être porté en réuene dans le trésor.

Si Mtr ce point et autres pareils, le roi de Fraucc et fa

reine paraissaient mai disposé* ei contraires à des arrangemens faits pour le bien du pays , alors les trots états du royaume seraient autorisés à présenter sans délai leur très humble requête auxdits roi et reine; et dans le cas où ladite requête ne serait point accordée, ils pourraient confier respectueusement le gouvernement du royaume ;*u plu» proche héritier de la couronne, en astreignant , ledit héritier à l'observation des lois et conservation des ’ anciens droits du royaume.

Enfin, si la reine s'opi>osait à toutes cet choses, ainsi ; qu'il y a lieu de croire que cela arrivera , attendu l’esprit de tyrannie et d'avarice quelle a puisé en France, alors on pourrait penser que la volonté du Tout-Puissant serait que, pour le bien du royaume, le gouvernement bit oie à la reine et transmis à d’autres ; et cette circonstance devrait être ménagée avec la plus grande circonspection, pour éviter la tromperie et la séduction de la part de la France.

Le royaume d Ecosse , devenu libre , devrait alors considérer quels sont les moyens qui lui sont présentés par la boulé divine pour former l'union des deux royaumes et la cimenter pour l’avenir, aussi long -temps qu'il plairait au Tout-Puissant, qui tient dans sa main les cœurs de tous les souverains.

Lettre de XUitlami de Lethi.ngton ainsi adressée :

A mon cher anu Jacquet , pour être remise à Londres.

J’ai appris, par la dernière lettre que j’ai reçue de vous, que discourant avec vos compatriotes sur le chapitre de l'Ecosse , et sur les avantages qui pourraient dans la suite en résulter pour ce royaume, si présentement vous nous assistiez avec vos forces, vous trouvâtes une quantité d'avis contraires, et de gens qui sc doutaient qu’on ne trouverait point i la fin en nous des amis fidèles, et que nous n 'étions point dans l'intention de persévérer dans une amitié constante, bien que nous le promettions, niais seulement pour éviter le danger présent, pour vous taire servir à nos desseins ; et après que nous serions délivrés, pour devenir ennemis comme auparavant. Pour preuve de quoi ils allèguent les choses qui se sont cidevant passées entre nous , et quelques présomptions tendantes au même but , et toutes fondées sur la méfiance; ce qui, à la première inspection, aurait quelque ombre d'apparence, si l’on ne pesait pas les circonstances de la chose. Mais si l’on veut comparer le temps présent et le temps passé, et considérer la nature de cette affaire et l'état de notre pays, je ne doute point que le jugement qu’on portera lie soit capable de bannir la méfiance. Et premièrement je désirerais que vous examinassiez les causes de l’ancienne inimitié entre les royaumes d'Angleterre et d'Ecosse , et ce qui a porté nos ancêtres à contracter une alliance avec la France ; ce qui , par nos historiens et registres d'antiquité, parait être ceci. Les princes d'Angleterre, quelquefois alléguant une certaine espece de souveraineté sur le royaume d'Ecosse, d'autres lois pour faire montre de leur courage, ou bien provoqués par les incursiuus de nos habitait* des frontières ,

* Cette pièce est eu Écossai*.

1STOIRE D’ÉCOSSE. flS&9]

et autres pareilles circonstances , entreprirent plusieurs fois de nous conquérir ; et ils firent de tels progrès par la force de leurs armes, que nous filmes réduits aux dernières extrémités par la perle de nos princes, de nos nobles et d'une bonne partie de notre pays, en sorte que l'expérience nous apprit que nos propres forces étaieot à peine suffisantes pour résister aux forces de l'Angleterre. Les Français, vos anciens ennemis, considérant que U nature nous avait placés avec vous dans une même Ile, eu sorte qu'aucune autre nation n’élaii aussi capable de molester l'Angleterre que nous, lorsque nous serioos ses ennemis, cherchèrent à nous joindre à eux par une ligue, dans rinlentiou de détourner par ce moyen vos armées de l'invasion de la France, et de vous occuper chez vous à la défeuse de votre pays, offrant à cet effet rie nous accorder quelques subsides à titre onéreux : et pour mieux concerter l'accomplissement de leurs desseins. ils choisirent, pour proposer la chose, un temps mi la mémoire des injures depuis peu reçues de votre part était encore toute récente, et si profondément gravée dans nos cœurs que tous nos esprits n'étaient occupé* qu’à chercher les moyens de nous venger et de nous renforcer bous- mêmes par l'appui «le quelque prince étranger.

Tel fut le commencement de notre confédération avec la France, auquel temps nos chroniques fout mention, que quelques-uns des plus sages prévirent le danger et le peu de fruit qui nous en reviendrait à la fio. Cependant l'affection aveugla si fort le jugement , que l’avis de la plus grande partie ('emporta sur celui de la meilleure. I«a plupart de toutes les querelles survenues depuis ce temps-là entre nous, au moins lorsque nous avons été les agresseurs, sont toujours arrivées par leurs iuirigues plutôt que par aucune cause provenant de nous-mêmes; et qui que ce soit qui ail rompu la paix , rela est venu en partie parce qu’il* ont attisé le feu , et en partie par le désir d'empêcher la conquête de ce royaume, qu'ils avaient envie de faire. Mais maintenant la providence de Dieu a tellement changé les choses, et les a même amenée* dans une position toitt-à-fail contraire : en sorte que, comme les Français avaient pris votre place à notre égard, nous, avec beaucoup de jugement , désirons d'avoir eu leur place voire royaume pour ami. Nos yeux sont ouverts : nous observons combien i!s ont été peu occupés de notre bien dans tous les temps; de quelle manière ils nous ont toujours fait servir à leurs intérêts; iis nous ont toujours attirés pour leurs propre* avantages dans des voies dangereuses , et néanmoins ils ne se sont point abstenus bien souvent de contrevenir à la substance de la confédération, en faisant la paix, et nous laissant dans la guerre. Nous voyons que leur soutien, dans ces derniers temps, n’a point é.é accordé iKiur aucune affection qu’il nous portassent, pour la pitié qu’ils eussent de notre état fPbur reconnaître l'amitié réciproque que nous leur avions montrée dans le temps de leurs afflictions, mais par ambition, et par la cupidité insatiable de régner et de faire de l’Ecosse un accessoire du royaume de France. Ceci n’élaii point un office d'amitié, mais un office mercenaire; ils demandaient en cela une chose qui excédait la proportion de leurs bons offices : ils demandaient tout le royaume pour U défense d’une partie. Nous voyons qu'ils entreprennent ouvertement ce que nous avions soupronn^ de

votre part : nous craignions que vous n'eussiez en vue 1a conquête de l’Écoise, et ils ont formé manifestement cette entreprise. Nous vous haïssions, parce que nous nous doutions que vous aviez contre nous de mauvaises intentions; et pourquoi les aimions-nous , pendant que, kous le nom d'amis , ils cherchaient à nous entraîner dans la plus basse servitude ? Si par votre soutien amical , au moment présent , vous voulez faire connaître que nonseulement vous ne cherchez pas la ruine de notre pays, mais que vous voulez en conserver la liberté et le préserver d’étre conquis par de» étrangers, toute occasion d'inimitié avec vous et de ligue avec eux ne sera-t-elle pas supprimée ? les causes ne subsistant plus, comment les effet» pourraient -ils exister ? La craiule d’être conquis nous a fait vous haïr et les aimer : la chance ayant tourné, lorsque nous les avons vus entreprendre ouvertement notre conquêlc , et vous nous montrer de l'amitié, ne devons-nous pas les haïr et vous favoriser? Si nous avons montré tant de constance eu persévérant pendant tant d'années en amitié avec eux . desquels nous relirions si peu d'avantages, qu’esl-ce qui pourra nous porter à rompre avec vous? et de toutes les nations, quelle est celle de qui nous pourrions obtenir autant de bienfaits?

Mais, nous direz-vous , ccs affaires peuvent se concilier, cl vous pouvez alors devenir amis des Français autant que vous l’étiez ci-devant. Je pense bien que la paix est la (in de toutes les guerres , mais nous pouvons bien vous assurer de ceci , que nous n'aurons jamais assez de confizaceen cette réconciliation pour consentir à oublier l’amitié de l’Angleterre , ni pour Faire aucune chose qui puisse vous mettre en soupçon contre nous. Supposez que , pour leur plaire , nous voulions en aucun temps rompre avec vous, ne serions-nous pas, outre la perle ie l’estime et le discrédit qui en résulterait pour nousmêmes , continuellement dans le cas d’exposer noire république au danger le plus manifeste, et de devenir la proie de leur tyrannie ? Quelle est la nation qui pourrait nous aider ai elle le voulait, et qui le voulût si elle le pouvait? Et il est assez apparent que, dans la suite , ils ne balanceront pas à prendre avantage sur nous , lorsque les chagrins et l’animosité auront jeté de part et d’autre de profondes racines , puisqu'on voit que l'ambition a pris tant d'empire sur leur raison , qu’avant que nous ayons fait aucune chose qui puisse les offenser , et pendant que nous avons, au contraire, cherché à leur plaire par toutes sortes de voies justes ou injustes, ils De sc sont point abstenus d’entreprendre la subversion totale de notre état. Je voudrais que vous ne nous crussiez pas assez vides de sens pour que nous ne puissions pas prévoir notre propre danger , ni assez fous pour que nous ne voulions pas uoui attacher par tous moyens honnêtes à conserver la chose qui peut faire notre sûreté, laquelle rousisie à nous munir de voire amitié. Je vous prie de considérer si, dans les temps de vos princes de la plus noble mémoire, le roi Henri VIII, et le roi Édouard VI , lorsqu'on proposa des moyens d'établir l'amitié entre les deux royaumes , ce lie fut pas dans toutes les occasions la différence de religion qui seule empêcha que ccs moyens ne fussent adoptés. I^es artifices de notre clergé, et le pouvoir de leurs adhérents , ne vinrent ils pas à bout de déconcerter les avis les plus sage» ? Mais maintenant Dieu, dans ta miséricorde , a ôté de uotre chemin cette pierre d'achoppement : maintenant ces intri-

gués ne peuvent plus avoir lieu en aucune manière , puisque nous sommes parvenus à une conformité de doctrine et à professer la même religion que vous, ce que je regarde comme le lien d'amitié le plus fort qu'on puisse inventer. Si l’on peut m’alléguer que quelques-uns de nos concitoyens ont, en de certains temps, violé leurs prmnease* , qu’on pese les circonstances , et Von trouvera que les promesses avaient plutôt été faites par U nécessité , après une perte considérable de nos hommes, que formées de notre franche volonté ; qu’elles tendaient toujours à notre incommodité et à la décadence de tout notre état ; et que tel était le véritable esprit de leurs promesses. Mais, dans le cas présent , le maintien de notre liberté sera lié inséparablement avec l'observation de la promesse , et le violentent de notre foi nous précipiterait dans la servitude la plus déplorable ; si bien que quand même ni la crainte de Dieu , ni le respect humain , ni la religion , ni le devoir , ni la promesse . ni l'honnêteté mondaine , ne seraient pas capables de nous lier, le zèle pour notre pays natal, le maintien de notre propre état, le désir de sauver nos femmes et nos enfant de l’esclavage, nous forceraient à tenir notre promesse. Je suis assuré que de notre part , oo est dans l'intention réelle et sincère de persévérer dans une amitié continuelle avec vous , et c’est ce qui sera manifesté par nos procédés. Si vous en avez le même désir que nous, on pourra imaginer des assurances, au moyen desquelles toutes les parties seront hors de doute. Il y a de bous moyens pour établir cette amitié , et des intlrumens très propres à cet effet. Les circonstances sont favorables : les habita us des deux royaumes la désirent ; Dieu a gravé de part et d’autre , dans les cœurs de» peuples , un certain concert permanent à ce sujet , et jamais, dans aucun temps , un si grand nombre de choses n’a concouru tout à la fois pour en resserrer les nœuds. Les dispositions d’un petit nombre de gens, dont le Seigneur tient les cœurs dans sa main , peuvent achever tout l’ouvrage. J’espère que Dieu , qui a commencé cette œuvre, et qui l'a maintenue au-delà de l'attente des hommes , la portera à son degré de perfection.

Je vous prie de ne pas souffrir que vos gens perdent le temps à délibérer s’ils doivent ou nou nous secourir, ? voyant que la chose parle d’elle-méme, et que vous devez prendre sur vous la défense de notre cause, si vous avez quelque égard â votre propre bien. Les préparatifs qu’ils font en France, et les levées d’hommes qu’ils font en Allemagne, choses dont j’ai eu dernièrement avis , ne sont pas entièrement ordonnés contre nous, vous êtes le but auquel ils visent ; ils ne recherchent notre royaume que pour sc donner par-là une entrée chez vous. S’ils dirigeaient ouvertement leurs hostilités contre vous, Us savent que vous seriez actuellement tout prêts à les recevoir. En conséquence il» cherchent, par des voies indirectes, à vous aveugler sur une chose qu*lls n’oseut pas maintenant entreprendre ouvertement. Ils font semblant de nous envahir, afin qu’après avoir assemblé toutes leurs forces aussi prés de vos frontières , Us puissent vous attaquer à l’improviste C’est une de leurs anciennes ruses de paraître aller dans un endroit pour arriver dans un autre. Rappelez-vous de quelle manière ils ont assailli cou vertement et emporté vos places aux environs de Boulogne, étant alors en paix avec vous comme ils y sont aujourd’hui. Je pense que vous n’avez pas sitôt perdu le

:i1G APPENDICE DE l/HISTOIRE D’ECOSSE. [1659]

souvenir lie l'entreprise de Calais et de la finesse avec laquelle cette expédition Fut masquée. Prenez garde à la troisième, cl sachez par votre prudence préveuir leur politique. Si vous ne voyez pas qu’ils sont présentement dans de pareilles dispositions, vous De voyez rien. C'est une ignorance grossière de vouloir s'aveugler sur une chose que toules les nations aperçoivent clairement. Prenez garde de vous trouver daus la suite dans le cas de dire : «Si je lavais imaginé !» parole inesséante à être proférée par la bouche d’un homme sage. Cela vous est arrivé à l'improviste; cela que vous aviez généralement souhaité, que ce pays frit séparé de la France; et cela vous est arrivé de la maniéré la plus avantageuse pour vous. Car si , b votre instigation, nous avions entrepris cette affaire, vous auriez pu nous soupçonner d'être des amis peu assurés, et qui ne seraient persévérai» qu autant que nous verrions le péril imminent. Mais maintenant que de nous-mêmes nous avons conçu la haine, étant provoqués par des injures particulières, et que leur mauvaise conduite envers nous mérite notre inimitié, ne doutez pas qu'il» ne uous trouvent réellement leurs ennemis, puisqu’ils se sont comportés avec si peu de courtoisie envers notre pays , et puisque nous ne pouvons attendre de leur part que d’étre réduits aux dernières extrémités, si jamais ils prennent le dessus. Ne laissez pas échapper cette occasion qui se présente à vous si heureusemeuL Si vous négligez de vous prévaloir de l'opportunité présente, et vou* espérez qu’un jour un regard de bienveillance viendra se reposer sur vous , il est à craiudre que votre ennemi lie devienne trop grand et si fort , que dans la suite, lorsque vous le voudrez, vous ne soyez plus capable de le rabaisser; et alors, pour votre malheur, dans les temps à venir, vous reconnaîtrez votre erreur. Vous avez senti , par expérience, les maux qui résultent de l’inadvertance et du trop de confiance aux promesses de vos ennemis. Nous vous offrons une occasion par laquelle vous pouvez réparer vos pertes précédentes. Que si vous la Lissez échapper en souffrant que nous soyons subjugués, diles-raoi, je vous prie, tes Français se tiendront-ils de vous envahir sur vos propies frontières , puisque telle est leur soif de régner, qu’ils ne peuvent ni sc contenter de leur fortune présente ni se tenir tranquilles, et 011% satisfaits lorsque la fortune leur est favorable; mais qu’ils veulent toujours aller en avant , ayant conçu dans leurs propres cerveaux l’image d’une aussi grande conquête : que pensez-vous qui en sera le but? Tout homme, quelque peu de jugement qu’il puisse avoir, ne sera-t-il pas capable de prévoir que toutes leurs forces seront portées contre vous ?

Il n’est point hors de propos de considérer dans quelle position les Français sont présentement. Ils ne sont pas toujours , chez eux et dans leur étal, aussi tranquilles qu’on le pense ; et certainement ce n'est point leur grande aptitude pour la guerre qui leur a fait former celte entreprise, mais c’est plutôt une vaine confiance en leur propre politique, ayant pensé qu’ils ne trouveraient aucune résistance ; et ayant été trompés dans leur opinion , c’est ce qui fait aujourd’hui le sujet de leur étonnement. Les états de l’empire ont, à ce qu’on m’a dit , demandé la restitution des villes impériales de Metz, Toul et Verdun , ce qui pourra donner aux F'rançais quelque occupation ; et toutes choses ne sont pas calmes eu leur propre pays. Moins ils sont eu état de faire actuellement la

guerre , plus vous devez croire que le temps est favorable pour vous. Si une pareille occasion se présentait aux Français coutre vous, jugez avec quelle joie ils saisiraient ce momeut. N 'êtes- vous pas honteux de votre négligence, d’épargner ceux qui ont déjà concerté votre destruction s’ils en étaient capables? Considérez en vousmêmes lequel il faut choisir, de faire la guerre contre eux , au dedans on au dehors de votre royaume. Si pendant que vous donnez nous sommes écrasés, ils ne manqueront pas de vous foaler dans votre propre pays, et de se servir de nous comme d’uu marchepied pour avoir les yeux sur vous. Mais, diront quelques-uns, peut-être ne songent-ils point à cela. C'est une folie de peuser qu’ils ne le feront point s'ils en soqt capables , puisque ci-devani ils n’ont point hésité à prendre vos armes et le litre de la couronne. Or, quelle différence y a-t-il à camper dans vos propres limites ou au dehors? C’est ce qu’il est aisé d'apercevoir. Si deux années campaient dans voire pays, seulement pendant un mois, quoique vous n'en reçussiez pas d’autre mal , cependant vos pertes seraient plus grandes que toute la charge que vous auriez à supporter en nous accordant votre secours, sans compter le déshonneur.

Ne souffrez pas que des hommes qui sont mal avisés, ou qui pour des considérations particulières ne sont pas bien affectionnés à la cause, vous engagent à nous refuser votre main secourable, en alléguant comme possibles des choses qui n'ont point de vraisemblance. Je conviens qu’il n’est pas impossible que nous recevions des condition* de paix ; mai* je vois peu d’apparence que nos ennemis nous fassent des offres qui puissent écarier toute méfiance ; et si nous avions voulu en accepter d'autres, nos affaires auraient été depuis long-temps accommodées. Ne vous laissez point persuader par ceux qui nous donnent le nom de rebelles, et qui veulent diffamer notre juste querelle par le nom odieux de conspiration contre notre souveraine. Ce sont les propres droits du smi altesse que nous maintenons. C’est la liberté de son royaume que nous nous attachons à conserver au périt de nos vies. Nous ne sommes pas , Dieu le sait , arrivé* à re point de libertinage , comme des geus qui ne peuvent pas souffrir le bon ordre ou qui veulent secouer le joug du gouvernement ; mais nous y avons été entraînés par la nécessité, pour éviter la tyrannie des étrangers qui cherchaient à nous priver frauduleusement d’un gouvernement légitime. Si nous souffrions que des étrangers vinssent paisiblement se porter dans toutes les forteresses de notre royaume, fortifier les ports de mer, et mutir les places les plu* importantes comme des moyens de faire une conquête aisée, notre souveraine étant mineure , et hors du royaume , ne serions-nous pas regardés comme peu soigneux du bien public, comme traîtres à notre patrie, et comme de mauvais sujets de sa. majesté? Quelle autre opinion sa majesté pourrait-elle avoir de nous? Ne pourrait-elle pas, dans la suite, nous demander compte de notre conduite comme à des ministre* négligent? Si l’on souffre ainsi que des étrangers possèdent les principaux offices, et qu’ils aient toute l'autorité, qu’ils allèrent et pervertissent à leur gré nos lois et notre liberté, le peuple ne nous régardera-t-il pas, nous autres nobles , comme indignes des places de conseillera? Nous n’avons, en aucune manière , intention de uous soustraire à l'obéissance de notre souveraine , de

manquer au respect qui lui est dû . de frauder le* droits, rentes et revenus de sa couronne. Nous ne cherchons rien autre chose, si ce n’est que F Écosse puisse demeurer comme ci -devant un royaume libre, gouverné par son altesse , et par ses ministres natifs du pays même , et que la succession de la couronne demeure aux héritiers légitimes du sans royal.

Je voudrais que vous ne fissiez pas assez peu de cas de l'amitié de l’Écosse pour la juger indigne d’étre recherchée. Ce ne sera pas pour vous un médiocre avantage d’élre délivré* de l'importunité d’un voisin aussi proche, dont l’inimitié peut mettre le trouble chez vous, beaucoup plus que celle d'aucune autre nation deux fois plus puissaute, et qui ne serait pas limitrophe avec vous. De plut, vous n'avez point à craindre l’invasion d’aucun prince qui n'aura pas la commodité de vous attaquer par terre en passant par chez nous. Considérez les dépenses excessives que vous faites pour les fortifications et la garuison de Bcrvvick , ce qui serait réduit à une somme médiocre st vous nous aviez pour amis. Vous savez que le royaume d’Irlande, qui par sa nature est un pays bon et fertile, est plutôt pour vous une charge que d’une grande utilité, à cause des troubles continuels et par le défaut de police; et que s’il était eu paix vou* pourriez en retirer de grands avantages. Voua n'ignorez pas les services que nous pourrions vous rendre pour le pacifier. Ne refusez pas les avantages, sans compter plusieurs autres qui vous sont offert* , lesquels, sans que je cherche à les amplifier ni à les étendre, aucun autre pays ne pourra néanmoins être en état de vous en offrir de pareils; et vous devez d’autant plus les accepter, que vos ancêtres ont cherché sérieusement , et par toutes sortes de moyens, à obtenir notre amitié, sans néanmoins avoir eu le bonheur d’y réussir. La matière m’a entraîné bien au-delà des bornes d’une lettre, et par conséquent après vous avoir fait celte observation , je veux cesser de vous importuner. Je désire que vous et ceux qui sont versés dans les sciences, preniez lecture des deux premières oraisons de Déinos tbène, appelées Oly nthiaques , et que vous méditiez sur les conseils que ce sage orateur donna , dans un cas pareil , aux Athéniens ses compatriotes , lesquel* avis ont une si graude affinité avec nos affaire* , que chaque mot de ces harangues peut être applknié à notre objet. C’est là que vous pourrez apprendre de re fameux orateur quel esi le conseil qu’on doit suivre lorsque la maison de vos voisins est en feu. Sur ce je vous dis cordialement adieu.

De Saint-André, te 20 janvier 1569.

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