‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 5 sur 116 · IIS13] LIV · texte numérisé non relu

IIS13] LIV

Dans ces siècles grossiers , les parlemrns n'avaient point acquis le degré de considération qu'ils ont aujourd'hui. La science du gouvernement était très imparfaite chez ce peuple guerrier. 11 était peu instruit des arts de la paix , il ne possédait point les talens qui font briller jlansles débats d'une assemblée, et même il les méprisait. Des barons fiers et hautains n'aimaient point ces cours de justice, où ils ne pouvaient paraître qu'avec des marques évidentes de leur infériorité. 'Les parlemens étaient souvent assemblés à la hâte , et suivant les ordonnances qui émanaient du roi à cet effet : il y a lieu de croire qu'il pouvait en exclure ceux qui étaient opposés à ses desseins. Dans un temps où les actions de violence étaient communes, la décence peu observée, l'autorité des lois peu respectée, on n'aurait pas pu, sans courir bien des risques, s'opposer aux volontés du roi, au milieu de sa cour. Les grands barons ou lords du parlement étaient en fort petit nombre. Ils n'étaient encore que cinauante-trois au commencement du règne de Jacques VI les ecclésias- * tiques qui étaient en pareil nombre, et tous dévouésà la couronne, pour les raisons que nous avons déjà rapportées , ne laissaient aucune es pérance aux barons de remporter la victoire dans les débats. D’un autre cûté, les nobles euxmèmes n'étaient pas aussi empressés qu'on aurait pu le croire , à s'opposer aux actes de parlement, favorables aux prérogatives du roi. Sûrs de leur propre force et de l'impossibilité où le roi aurait été de metirc de pareils actes à exécution sans leur assistance, ils comptaient qu'ils pourraient toujours ou les éluder ou les mépriser. Les statutsqui avaient été faits pour relraire les domaines du roi, et pour réunir à la couronne les juridictions aliénées, statuts répétés sous chaque règne, et autant de fois violés et dédaignés, étaient une preuve toujours existante de l'impuissance des lois lorsqu'on y opposait la force. Tout ce détail d'événemens combinés pourrait être suffisant pour rendre raison de l'ascendant que nos rnis avaient prianAis le par-

« en particulier, appartenant aux communes dans le par- « tentent ou eouseil général.» Cependant on ne voit point que cet orateur ait jamaisété nommé: et par une loi subséquente, le chancelier fut déclaré président perpétuel du parlement.

1 And. Coll. , v. I , pref. 40.

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lement. Mais sans y avoir recours , une seule circonstance, particulière au parlement d'Écosse, et dont nous n’avons point jusqu’ici fait mention , répandra une grande lumière sur un fait qui est , en apparence , absolument opposé à tout ce que nous avons dit de la faiblesse du roi et de la puissance des nobles.

En consultant les plus anciens monumens, où il est parlé de l'origine et de la constitution de nos parlemens, nous y trouvons un comité, distingué par la dénomination de lord des articles. La fonciion de ces lords était de préparer et rédiger toutes les affaires qui devaient être portées au parlement. Chaque proposition pour quelque loi nouvelle était porlée dans ce comité, et les lords pouvaient, suivant leur bon plaisir, l'approuver ou la rejeter. S’ils l'approuvaient, on en formait un bill qu'on présentait au parlement : s’ils la rejetaient , on ne pouvait plus en faire mention dans cette assemblée. Ce comité devait ce pouvoir extraordinaire, dont il était revêtu, à l'esprit militaire des nobles. Trop impatiens pour s'assujettir au détail dés affaire» civiles, trop violcns pour observer les formalites, pour se prêter à toutes les opérations nécessaires à la conduite de ces affaires, ils furent bien aises de se décharger de ces soins sur un petit nombre, et de n'avoir plus qu’à donner ou refuser leur consentement aux bills qui leur seraient présentés. Les lords des articles avaient ainsi la direction de toute la procédure dans le parlement , et ils avaient encore le droit de rejeter les affaires proposées avant quelles fussent mises eu délibération. Ce comité était nommé et constitué de manière que ce privilège remarquable se trouvait entièrement entre les mains du roi , qui , suivant toutes les apparences , avait seul , autrefois . le droit de nommer les lords des articles Ils furent ensuite élus par le parlement,

1 On voit dan* de* registres authentiques, qn'un parlement fut ajourné au 12 mars ISfVS, et que les tords des articles furent nommes et s'assembleront le 7 de ce mois , cinq jours avant la tenue du parlement. Si ces4 lords pouvaient régulièrement être ainsi élus plusieurs jours avant l’assemblée du parlement , il est naturel d'en conclure que le prince seul était en droit de les élire On trouve, dans le même temps, deux relations différentes de la forme de ces sortes d'élections. Dans l’une on entend la reine Marie elle-même parler dan* une lettre i l’archevêque de Glasgow. o Nous , accompagnés de notre « noblesse actuellement arec nous , passons au Tolbuilb o d’Edimbourg , pour tenir notre parlement le septième

et ils étaient composés d’un nombre éfçal de chaque état : le plus ordinairement de huit lords séculiers , de huit lords ecclésiastiques, de huit représenlans des bourgs, et de huit grands officiers de la couronne.

Dans cette assemblée , les huit ecclésiastiques et les officiers de la couronne étaient entièrement dévoués au roi. Quant aux lords séculiers et aux députés des bourgs, il eût été presque impossible que le choix fût tombé sur un nombre de personnes toutes également disposées à se réunir, pour s’opposer aux desseins du roi. L’influence que le prince avait dans l'élection de ces lords, la facilité qu'il trouvait à les gagner lorsqu'ils étaient élus, lui faisaient trouver en eux la même condescendance à ses volontés que dans ceux de son conseil privé. Au moyen de l’autorité qu’il avait sur ces lords, il pouvait s’opposer A une décision dans le parlement , tant avant qu'après les débats: et ce qui parait tout-à-fait incroyable , c’est que le souverain le plus limité qu’il y eût alors en Europe , avait sur ce point des prérogatives auxquelles les plus absolus n'ont jamais pu atteindre

a jour du courant et élire le* lord* de* article*. » En expliquant ces mois suivant les règles exacte* de la grammaire, on en devrait conclure que la reine elle -même élisait ce* lord*. Cependant, il e*t plu* vraisemblable que Marie a voulu dire que les nobles présens auprès d’elle , savoir, ses conseillers privés et autres, ont élu les lords de* article*. Keith, ffist. of Scotland, page 331. L'autre exemple est le rapport du lord Ruiwen, qui dit expressément que la reine elle-même élut le* lords. Keith‘s append. , page 126. Le choix de ces deux opinions est indifférent. Si les conseillers privés et les nobles actuellement à la cour avaient le droit d’élire les lords des articles, cela était aussi avantageux pour la couronne que si le prince en avait eu seul la nomination.

1 Après avoir traité à fond l'histoire du comité des lords des articles autant que le sujet de ce livre préliminaire pouvait l'exiger, je crois que la connaissance des variations postérieures de cet établissement singulier, et > l’usage que nos rois surent en faire pour leurs vues politiques, pourront satisfaire la curiosité de quelques- uns de mes lecteurs. Lorsque les parlemens devinrent plus nombreux et plus considérables par l'admission des représentant de* petits barons, la conservation de leur crédit sur les lords des articles devint dans la même proportion un objet de plus en plus intéressant pour nos rois. Jacques VI, sous prétexte que les lords des articles ne pouvaient point avoir le loisir d'examiner la multitude d'affaires qui leur était présentée, obtint un acte quicommettait quatre personnes tirées de chaque État , qui s'assembleraient vingt jours avant l’ouverture du parlement , pour recevoir toutes les requêtes , etc. , etc. ; qui ,

DÉCOSSE. [1513]

Après avoir exposé la constitution intérieure de l’Ecosse , je crois qu'il est à propos d'y ^jouter le coup d’œil de l’état politique de l'Europe dans le siècle oû je commence mon histoire. Une connaissance parfaite dece système général, dont chaque royaume en Europe forme une partie, n’est pas moins nécessaire pour l'intelligence dé l’histoire d’une nation , que la recherche de ses lois et de son gouvernement particulier. Ce dernier objet nous fait apercevoir les, causes des événemens et des révolutions domestiques; mais sans le premier, les traités avec l’étranger deviendraient pour nous des mystères incompréhensibles. Ce coup d'œil politique répand la lumière sur plusieurs passages obscurs de notre histoire, et nous fait connaître les causes, dans des circonstances où la foule des historiens n’a vu que des effets.

la destruction du gouvernement féodal en France, sa décadence dans les royaumes voisins, firent dans l'état politique de l’Europe un changement remarquable : des royaumes qui morcelés, et répartis entre les nobles, étaient peu con- • sidérables, gagnèrent de ta consistance et de la

rejetant ce qu'ils jugeraient inutile ou de peu d’importance, feraient enregistrer dans un livre ce qu’il* croiraient digne de l'attention des tords des articles. Il n’v eut rien de réglé dans l'acte au sujet du choix des personnes qui devaient composer ce corps d’élite , et le roi se serait tout naturellement attribué ce privilège I.orftqu’en 1633, Charles Ier, entreprenant d’introduire ces innovations qui furent si désagréables à la nation, craignit l’opposition de son parlement . dans le dessein da la prévenir, il employa la ruse pour s’assurer des lords des articles. On donna commission aux pairs laïques de choisir huit évêques , aux évêques d’élire huit pairs : ces seize personnes s’awemblèrent et élurent huit chevalier* de comtés, et huit député* de bourgs, et on y ajouta les officiers de la couronne suivant l’usage ordinaire. En supposant seulement huit pairs attachés à la cour, dans uq corps aussi nombreux que celui des pairs d’É cosse l'était alors, il est évident que le choix des évêques ne pouvait pas manquer de tomber sur ces huit pairs, et en conséquence tous les lord* des articles devenaient les instruinens et les créatures du roi. Cet usage si incompatible avec la liberté, fut aboli pendant la guerre civile, et le statut de Jatmi^s VI fut révoqué. Les parlemens, après le rétablissement, tombèrent plus que jamais dans sa servitude. Ce qui n’avait d’abord été qu’une subtilité passagère, fut établi, sous le règne de Charles Ier, en loi stable et permanente, « Quant à moi , dit l’auteur duquel j’ai « tiré la plupart de ces particularités, je trouve notre « parlement auteur de la restauration moins criminel « d’avoir accordé ouvertement au rot le droit de refus « avant les débats, que d’avoir, par des souterrains et des

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forte, lorsque réunis ils prirent la forme d'une monarchie régulière. les rois connurent tout leur pouvoir, sentirent toutes leurs forces. Ils méditèrent des projets de conquêtes, ils portèrent la (pierre dans des |iays éloignés. On leva des armées nombreuses, on imposa des laïcs très fortes pour leur subsistance : on soudoya de gros corps d'infanterie toujours sur pied ; ce grnre de service devint honorable, et la cavalerie, qui avait foil jusqu'alors la principale force des armées de l'Europe, parce quelle était plus propre aux expéditions promptes et volontaires de ces barons qui servaient à leurs propres dépens, fut jugée insuffisante pour faire des conquêtes importantes et pour les conserver, i Oc fut en Italie que les monarques puissans de France, d'Espagne et de Germanie, se montrèrent d'abord pour y faire l'essai de leurs nouvelles forces. La division de ce pays en plusieurs petits états, la mollesse efféminée de ces peuples,leur aversion pour les armes, paraissaient appeler leurs voisins plus guerriers , à une conquête assurée. Les Italiens qui ne connaissaient que des simulacres de combats, accoutumés à décider leurs querelles sans effusion de sang, furent frappés d'étonnement à la vue d'une guerre effective : ils firent place au torrent qu'ils ne pouvaient arrêter, ils lui laissèrent suivre son cours et épuiser sa fureur. L'intrigue et la politique suppléèrent au défaut de leurs forces. La nécessité, le désir de leur propre conservation, initièrent ce peuple ingénieux dans le grand secret de notre politique moderne : ils lui enseignèrent l'art de balancer le pouvoir d’un prince en mettant celui d'un autre en opposition. L'Italie fut pendant long-temps redevable de sa liberté à cet heureux stratagème. La balance fut tenue par des mains habiles; on observa attentivement les plus petites variations : on ne permit à aucun prince de conserver une supériorité qui aurait pu foire ombrage et devenir dangereuse.

Ce système de conduite, suivi avec tant de succès en Italie, ne fut pas long-temps confiné dans ce pays, séjour principal de la politique la

" artifice», trahi le» mnstiluansella nation.» Essnys on Jtril. , 55. Cependant il est probable , par une

lettre de Randolph S Ceci! , du lOaottt. i5«0, tpte re parlement trouva dans des formes aneiennes quelques exemples pour justifier son indigne conduite.

plus raffinée. La maxime de conserver une balance de pouvoir est fondée sur tant de raisons plausibles, et la situation de l'Europe la rendait si nécessaire, qu’elle devint bientôt l'objet principal des attentions de tous les sages politiques. Chaque pas qu'un prince faisait, était observé par tous ses voisins. Des ambassadeurs , espèce d'espions honorables , dutorisés par la jalousie réciproque des rois, résidaient presque toujours dans toutes les cours différentes, et étaient chargés de remarquer tout ce qui s'y passait. On pouvait ainsi prévoir et prévenir les dangers avec plus de facilité, dans une distance même fort éloignée. On forma des confédérations |>our abaisser tout pouvoir qui s'élèverait au-dessus de la proportion convenable. le désir de se venger ou de veiller à sa propre défense ne fut pas long-temps la seule cause des hostilités. Il était ordinaire de voir prendre les armes par politique, et la guerre, tant dans ses conimencemens que dans ses opérations, était plutôt une affaire de raisonnement qu'un effet du mouvement des passions. Presque toutes les guerres en Europe devinrent générales, et les plus petits états acquirent un degré de considération , parce qu'ils pouvaient mettre un grain dans la balance.

François 1", qui monta sur le tronc de France en l’année 1515, et Charles-Quint , qui parvint à la couronne impériale en 1519, partagèrent entre eux les forces et les affections de toute l'Europe. Cette fameuse inimitié perpétuée entre eux n'était point l'effet d'une jalousie personnelle , ni du caprice d'une passion particulière ; elle était fondée sur une politique si naturelle et si judicieuse, qu’elle subsista entre leur postérité pendant plusieurs siècles, et qu’elle pourra même revivre encore, malgré l’union singulière que nous voyons aujourd'hui entre ces deux maisons rivales.

Charles était héritier de tous les états de la maison d’Autriche. Jamais famille n'avait tant fait d’acquisitions par des mariages contractés avec prudence et toujours heureux. De vastes possessions ainsi accumulées élevèrent en peu de temps les princes autrichiens de l’état obscur de comtes de ilapsbonrg à ceux d'archiducs d'Autriche, de rois de bohème, et h la dignité impériale qu’ils ont presque toujours conservée par une sorte de droit héréditaire. Charles jot-

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gnait à lous scs |iays d'Allemagne le droil de succéder à la couronne d'Espagne et il tous les domaines ap|>arlenant A la maison de Bourgogne. Les provinces de Bourgogne, qui absorbaient alors les richesses et le commerce d une moitié de l'Europe, lui fournirent en plusieurs occasions des sommes immenses , et il tira de ces pays des contributions si fortes, qu'aucun peuple n'aurait pu les supporter sans le commerce et la liberté. Il trouva en Espagne une infanterie leste et aguerrie, et il fut redevable de toutes ses conquêtes A la bravoure et à la discipline de ce corps. Dans le même temps la découverte du Nouveau-Monde luiouvrit une source de richesses que l’ambition la plus démesurée n'aurait pas pu tarir. Tant d’avantages réunis rendaient Charles le premier prince de l'Europe, niais celte prééminence ne remplissait point encore tous ses désirs, il aspirait ouvertement A la monarchie universelle. Il avait un de ces génies tardifs et qui restent long-temps cachés; mais ce génie se développa imperceptiblement, et se porta à un degré de force et d'élévation auquel on ne s'attendait point. Il possédait dans le plus haut degré toutes les qualités qui caractérisaient les princes des races différentes dont il était sorti. S'il formait un plan , on apercevait en lui la finesse et la pénétration de Ferdinand sou grandpère : il suivait un projet avec la ténacité, l'inflexibilité et la persévérance particulières au sang d'Autriche; dans Icxécution il montrait toute la grandeur d'Ame et l'audace de ses ancêtres de la maison de Bourgogne. Doué d'une égaleétendue de connaissances et de pouvoir, il se serait touiours trouvé supérieur A scs entreprises, si la Providence n’eût pris pitié du genre humain en le préservant de la monarchie universelle, le plus grand de tous les fléaux , cl n'eût suscité François Iw pour être le défenseur de la liberté de l'Europe. Les états de ce prince étaient moins étendus, mais plus rassemblés que ceux de l'empereur : il avait un peuple nombreux, des sujets actifs, belliqueux, avides de gloire, remplis d'amour pour leur roi. Charles, tout occupé de son agrandissement, se fixait vers cet unique objet de ses désirs, et le suivait avec une morne industrie et un zèle infatigable. François savait allier son ambition avec le goût du plaisir et des arts. Il négligea, A la vérité, plusieurs avau- I tages qu'un prince plus flegmatique et plus mo- !

D’ÉCOSSF.. (15133

déré aurait su mettre A profit , mais son activité, un murage intrépide, suppléèrent A tous ses défauts : il réprima et déconcerta plusieurs fois les desseins de l'empereur.

Tout le reste de l’Europe observait les démarches de ces deux puissans rivaux avec une attention mêlée de jalousie, la-s Italiens apercevaient le danger qui menaçait toute la chrétienté. Pour le détourner , ils eurent recours A cet expédient qu'ils avaient tant de fois employé avec succès. Ils essayèrent de partager également le pouvoir des deux monarqurs. Ils entreprirent de former une union de plusieurs petits étals, pour modérer celui des deux princes qui voudroit s'élever A un trop haut degré de puissance. Mais ces mesures, concertées avec sagesse, se trouvèrent pour eux trop difficiles dans l'exécution ; l'intrigue et la finesse étaient de faibles ressources contre des entreprises soutenues par la force des armes.

D'un autre côté Henri VIII, roi d'Angleterre, tenait la balance avec moins de délicatesse, mais d'une main plus forme et plus assurée. Il était le troisième prince de son siècle, en puissance et en dignité, I.a situation avantageuse de ses domaines, la tranquillité établie dans l'intérieur de son royaume, scs richesses immenses, une autorité absolue dans ses états, le rendaient comme le gardien naturel de la liberté de l'Europe. François et Charles recherchaient son alliance avec un empressement égal. Il savait que son intérêt était de tenir la balance égale entre ces fameux rivaux , et de les réprimer l'un et l'autre en ne s'alliant avec aucun des deux trop étroitement. Il était capable de former ces idées, mais il sut rarement les mettre en pratique. Guidé par ses caprices, incapable d’agir conséquemment à ses principes, les passions de l'homme étouffaient en lui le germe des maximes du roi. la vanité et le ressentiment étaient les grands mobiles de toutes ses actions, et ses voisins qui connaissaient ses faiblesses, trouvaient aisément le moyen de l'engager dans plusieurs cnl reprises téméraires et inconsidérées. Son règne n’est qu’un tissu de fautes politiques, et pendant qu’il se croyait le prince de l’Europe le plus sage, il fut toujours la dupe de ceux qui se crurent intéressés A le tromper, et qui voulurent bien se rabaisser au point de flatter scs passions.

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Telle était la situation des affaires en Europe, lorsque i'Écossc, qui avait jusqu'alors épuisé ses forces dans toutes les querelles survenues entre la France et l'Angleterre, sortit de son obscurité, prit sa place dans le système' politique , et commença A avoir quelque influence sur le sort des nations éloignées. Elle joua souvent un rôle intéressant dans les grands démélés, et la balance se trouva quelquefois si également suspendue, qu'elle pouvait par son assistance la faire pencher d’un côté ou de l’autre. I.e rôle qui lui fut donné dans ces conjonctures fut d'enqtèclier Henri de porter ses armes dans le continent. Ce prince , après avoir défait les Français à Guincgat , tenait Ternuane investie. La France voulut, par une diversion , l'obliger à partager ses forces, et entraîna Jacques IV dans cette malheureuse expédition qui termina sa vie. Dans cette même vue, François entretenait des correspondances avec le duc d’Albanie, lui donnait des secours, et l'encourageait A perdre les familles d’Angus et de Home, dévouées A la faction anglaise. Il aurait aussi voulu persuader aux Écossais de venger la mort de leur roi , et de s'engager dans une nouvelle guerre contre l’Angleterre. Peu de temps après , l'union d’Henri et de François contre l'empereur, fit changer la face des affaires. L'intérét des deux rois fut alors de tenir les Écossais dans l'inaction. Ce traité procura A l'Écosse une longue tranquillité. Charles essaya de l'interrompre, et de jeter Henri dans l'embarras, pur une nouvelle incursion des Écossais en Angleterre. Il rechercha avec empressement l'amitié de Jacques V. Il fit A ce jeune monarque des offres qui pouvaient flatter sa vanité. Il le nomma chevalier de la Toison d'Or, et il lui proposa un mariage dans la famille impériale; il lui demandait en même temps, pour prix de ces vains honneurs , de renoncer A son alliance avec la France, et de déclarer la guerre à l’Angleterre. Mais Jacques apercevant qu’il avait beaucoup A perdre et peu à gagner s'il acceptait les offres de l’empereur, les refusa honnêtement, resta toujoursattaché à ses anciens alliés, et laissa Henri en pleine liberté d'agir dans le continent avec toutes ses forces.

Henri , dans les commencemrns de son règne , avait imité l'exemple de scs ancêtres, par rapport A l’Ecosse. I. indiffïrcnce qu'il avait pour cette puissance était portée jusqu’au mépris, et

il se mit peu en peine de rechercher son amitié. Il parut au contraire qu’il avait entrepris d'irriter toute la nation , en faisant revivre ces prétentions surannées de l’Angleterre sur la souveraineté de l'Ecosse. Cependant sa propre expérience et les menées de ses ennemis en Écosse lui firent bientôt concevoir une plus haute idée des forces de cette couronne. "Henri ne pouvait pas défendre une frontière très étendue, et tout ouverte contre les incursions d'un peuple guerrier et toujours en action. Pendant qu’il faisait la guerre dans le continent, il était obligé de partager ses forces, et d’avoir toujours une espèce d'armée d'obsrrvation au nord de l’Angleterre. Malgré ces précautions , les habitans des frontières de l'Ecosse, supérieurs, pour la petite guerre, A tout autre peuple, faisaient des courses fréquentes avec succès , et portaient la terreur cl la désolation dans plusieurs comtés. Henri découvrit A la fin le véritable plan de conduite politique qu'il devait suivre A l’égard de l'Écosse, système ignoré de ses prédécesseurs, faute de pénétration, ou dédaigné par un excès de fierté. La situation du pays, et la valeur de la nation , rendaient la conquête de l'Écosse impossible ; mais la misère de ces peuples , et la violence des factions intestines, donnaient beaucoup de facilité |tour y semer la division et y dominer. Il abandonna en conséquence les idées de conquête, il préféra la voie des intrigues, et il résolut de tout mettre en usage pour venir à bout de son dessein. On ne regardait point alors comme une chose honorable pour un prince de recevoir la solde d'un autre prince sous le nom plus honnête de subsides; mais dans tous les temps les mêmes argumens ont prévalu dans les cours, ont eu du poids chez les ministres, ou entraîné les chefs de factions et les favoris. Les ordres exislans1 encore en original, pour des remises de sommes considérables en Écosse, font connaître les moyens dont Henri se servit pour mettre dans ses intérêts un si grand nombre de personnes, pendant la minorité de Jacques V. Cet argent distribué à propos, entraîna dans son parti des gens de la première distinction, et nous vîmes alors paraître dans nos débats domestiques, la faction qui entretenait une correspondance secrète avec l'Angleterre, et qui

1 Rurnet . ///../- rfform. , v. I, p. 7.

ne se conduisait que par ses impulsions. Dans la suite de cette liistoirc nous verrons Henri travailler à étendre son crédit en Écosse; ses successeurs adoptèrent le même plan et s'attachèrent encore à le perfectionner, les affaires des deus royaumes se trouvèrent liées, et ils curent

D' ÉCOSSE. [lSTi]

souvent des intérêts communs. Élisabeth partagea également scs attentions entre l’Angleterre et l'Écosse , et l'autorité qu’elle possédait par droit de succession ne fui pas plus grande que celle qu’elle se procura chez les Ecossais par ses intrigues.

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