‹ Œuvres completes de W. Robertson precedees d'une notice (volume 2)Chapitre 7 sur 116 · IM · texte numérisé non relu

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Une longue expérience lui avait donné de la finesse et de la dextérité. Accoutumé à réussir dans toutes ses entreprises , son insolence augmentait à proportion de ses succès. La place éminente qu'il occupait dans l'église lui frayait le chemin aux plus grands emplois, l'étendue de ses connaissances le rendait capable de tous, et il n'en .croyait aucun au-dessus de ses forces. Comme il devait toute son élévation à l’église de Rome, il était zélé défenseur de son culte superstitieux, et par cette même raison ennemi déclaré des opinions des réformés. Mais la politique seule le déterminait à soutenir l'un, et à s'opposer aux autres. Attaché de l>onnc heure au maniement des affaires publiques, il était peu instruit sur les points de doctrine et de controverse agités dans ce siècle ; cependant lorsqu'il s'élevait quelques disputessur ces matières, il donnait sa décision avec une légèreté , une violence et une dureté que tous les historiens du temps rapportent avec indignation.

Le caractère du comte d'Arran1 était dans presque tous les points opposé il celui de Beatoun. L'amour du repos et de la tranquillité avait éteint en lui toute sorte d'ambition. La douceur de ses mœurs le préservait du vice de la cruauté, la timidité et l'irrésolution étaient ses défauts les plus marqués ; l’une était un effet de son tempérament; l'autre provenait du témoignage intérieur de sa conscience, qui lui représentait la disproportion de ses talens avec les fonctions importantes qu’il avait â remplir. Avec ces dispositions il aurait pu jouir des agrémens de la vie privée; mais dans la conduite des affaires publiques, on ne voyait en lui ni courage, ni grandeur , ni stabilité. Toujours esclave de sa timidité, il était l'instrument perpétuel de ceux qui trouvaient leur avantage à le prendre par son faible. Cependant comme on ne voyait personne qu'on pût opposer au cardinal avec quelque apparence de succès, on se déclara rji faveur du cttmte avec un consentement si général , que toutes les ruses de son rival ne purent jamais surmonter les forces réunies de la nation.

Le comte d'Arran ne faisait que d'entrer en possession de sa nouvelle dignité , lorsqu'on entama avec l'Angleterre une négociation qui fut

1 Arran est une petite Ile d't'cossc i l'embouchure de la Qyde,

suivie des plus fâcheux évéoemens pour le comte et pour le royaume. Depuis la mort de Jacques V, Henri VIII ne craignait plus dètre traversé par l'Écossc dans scs desseins contre ta France. Il espéra bientôt après de se maintenir dans celte sécurité en faisant le mariage d'Édouard, son fils unique, avec la jeune reine d'Écosse. Il communiqua son projet aux prisonniers faits à Solway , et il vint à bout de les gagner en leur promettant la liberté s'ils réussissaient dans celle négociation. Cependant il leur permit de retourner en Écosse, pour se trouver au parlement que le régent venait de convoquer , et pour être plus à portée de persuader ;1 leurs concitoyens d'accepter scs propositions. Une cause confiée â de tels avocats, expérimentés et pleins de zèle, lie pouvait pas manqurr d'avoir une fin très heureuse. Tous ceux qui craignaient le cardinal, et qui désiraient le changement de religion , sc passionnèrent pour une alliance qui faisait prendre faveur à la doctrine qu’ils avaient embrassée, et qui leur procurait en même temps une protection contre les emportemens d'un prélat altier et puissant.

Mais l'humeur âpre et difficile de Henri , son impatience naturelle, ne lui permirent point de tirer de ces conjonctures favorables fout le fruit qu'il en devait espérer. L’adresse , la finesse , l'art de ménager les craintes, 1rs passions et les intérêts des hommes , lui étaient tout-à-fait étrangers. Les desseins qu'il avait formés sur l’Écosse s'opposaient au mariage qu'il proposait, et il n'eut point assez, de dextérité pour les déguiser ou pour les cacher. Au lieu de flatter les appréhensions et les jalousies des Écossais . et de perdre du terrain , que le temps et 1rs événcmrns lui auraient bientôt fait regagner . il alarma et irrita toute la nation en demandant que la personne de la reine fôt dès l'instant confiée à sa garde, et qu'on lui remit entre les mains le gouvernement du royaume [vendant la minorité de Marie.

Henri aurait-il pu prescrire des conditions plus déshonorantes â un peuple conquis ? Aussi ne doit-on pas s'étonner si elles furent rejetéos avec indignation par des hommes qui auraient dédaigné d'acheter l'alliance de l'Angleterre au prix de leur liberté. Cependant le parlement, gagné par 1rs menées des nobles revenus d'Angleterre , désirait la paix avec ce royaume. Lç

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