C. XXI1I.J
NOTE 15«, p. 701.
One personne qui a vécu long-temps dan* la Nouvelle - Espagne et qui a visité la plupart de ses provinces , m’a dit qu’il n’y avait dans toute l’étendue de ce vaste empire aucun monument ni aucun vestige de quelque édifice qui fût plus ancien que le temps de la conquête, ni même aucun pont ou grand cbeinin , excepté la chaussée qui va de Guadeloupe â la porte de Mexico, par laquelle Cortès entra dans celte ville. ( Manuscrit entre les mains de l auteur. ) L'auieur d'un aulre manuscrit observe qu'il ne reste pas le moindre vestige de l'existence d'aucun ancien batiment indien public ou particulier, ni J Mciico ni dans aucune province de laNouvelle-Espagne. «J'ai traversé, dit-il, tou les les provinces adjacentes, c'est -à-
dire la N>nive!le-Ga!ice, la Nouvelle-Biscaye, le Mouvesu- Mexique , Sonora , Cinaloa , le nouveau royaume de Léon et le Nouveau-SanUnder, sans avoir trouve aucun monument digne de remarque, excepté des ruines près d’un ancien village dans la valée de Casas-Grandes, au trentième degré quarante-six minutes de latitude sepienirionale, et à deux cent einquante-huit degrés vingi-quatré minutes de longitude de l'Ile de Ténériffe , ou quaire cent aoixame lieuea au nord nord-ouest de Mexico, u II décrit avec beaucoup d'exactitude ces ruines, qui paraissent avoir fait partie d'un méchant bâtiment de gaion et de pierres . recouverts d'une terre blanche ou de cbaux On missionnaire lui avait dit avoir vu Ira ruines d'un pareil bâlitnem à environ cent lieues au nord-ouest , sur les bords de la rivière de Saint-Pierre » (Manuscrit entre tes mains de routeur.)
' Ce qui donne beaucoup de crédit â ces témoignages, c’est qu’ils n’ont point élé avancés pour soutenir quelque système particulier, et que ce sont de simples réponses â des questions que (avais failes. Il faul eroire cependant que lorsque ces voyageurs ont dit n’avoir trouvé aucune ruine ni aucun reste d'ouvrages anciens dans l’empire du Mexique, iis ont seulement voulu laire entendre qu’il n’y restait rien qui puisse donner quelque idée de grandeur ou de magnifirence dans les ouvrages de ses anciens habitans ; car suivant le témoignage de plusieurs écrivains espagnols, il parait qu'on voit rncore quelques vestiges d’aoeiens bâtiment â Otumba, Tlascala, Cbolnla, etc, ! Villa - Segnor, Theatro amer., p. 143, 308,355.) D. Franc. Ani. Lorenzana, ci-devant archevêque de Mexico et aujourd’hui de Tolède , dans son Introduction à l’édition des cartes de la relation de Cortès qu'il a publiées â Mexico, parie de quelques ruines qu’ou voit encore dans plusieurs villes par lesquelles Cortès â passé en se rendant â la capitale ; p. 4, etc. ). Mais aucun de ces auteurs n’en donne la description, et rts ruines paraissent si peu considérables , qu’â peine sufBsem-elles pour faire voir qu’il y a eu autrefois quelque bâtiment dans ces endroits. Le grand terlre de terre â Cholula , auquel les Espagnols ont donné le nom de temple, s’y trouve toujours, mais sans le moindre escalier pour y momer et sans aucune apparence de pierre. Celle élévation ne parait maintenant qu'une montagne naturelle , couverte d'herbe et d’arbrisseaux , et peut-é re qu'elle n’a jamais élé rien de plus. (Torquetnada, lib. m, c. xix.) J’ai reçu uue description fort exacte des ruines d'un temple près de Cuemavaca, sur la route de Mexico I Acapulco. Elles sont composées de larges pierres, aussi exactement joinles les unes aux autres que celles des bâtimeus des Péruviens, dont nous parlerons dans la suite. Les fondations de ce temple forment un carré de vingtcinq verges d'Angleterre, ou soixante- quinze pieds de roi ; mais il diminue d'étendue â mesure qu'il s'élève en haulcur, non par gradation , mais en se resserrant tout à coup â des distances régulières, de sorte qu'il doit svoir ressemblé i la figure B de la planche. Il te terminait, â ce qu'un dit, en pyramide.
NOTE 155, p. 703.
il parait que Ica historiens espagnols ont beaucoup exagéré le nombre des victimes humaines qu'au sacrifiait â Mexico. Suivant Gomara, il n’y avait point d'année où l’uu n'immolât vingt mille personnes aux divinités du
Mexique, et il y avait même de* année* où elle* allaient à cinquante mille. ( C'hron c.ccxxix.) Le* crânes de ces malheureuse* victimes étaient rangés par ordre dans un bâtiment destiné pour cet effet, et deux de* officiers de Cortc* qui les avaient comptés ont du â Goinara qu'il yen avait cent trente-six mille. (/bû/.,c.imu.) Le rapport d'Uerrera est plus Incroyable encore : il dit que le nombre des victimes était si grand qu'on en sacrifiait cinq mille en un jour, et en quelques occasions même jusqu’à vingt mille. ( Decad. 111, c. xvi. ) Torquemada les surpasse tous deux en exagération; car il prétend qu'on immolait annuellement vingt mille enfans, sans compter les autres victimes. ( Mond ind., lib. ni, c. xii. } L’autorité la plus respectable en faveur de ce grand nombre de victimes est celle de Zumurraga , premier évéque de Mexico, qui , dans une lettre au chapitre général de son ordre, écrite en 1631 , dit que les Mexicain» sacrifiaient tous les ans vingt mille victimes.
( Davila, Tcalro eccles., p. 126. ) D’un autre côté, fianh. de Las Casas remarque que si l’on avait fait mourir tous les ans un si grand nombre d’hommes, le Mexique ne serait jamais parvenu à ce degré de population qui surprit tous les Espagnols lorsqu'ils y arrivèrent, et il assure positivement que les Mexicains ne sacrifiaient jamais plus de cinquante à ceni personnes par an. (Voyez sa dispute avec Sepulveda, qui se trouve jointe à sa Brevissima relation, p. 105. ) Cortès ne spécifie pas le nombre des hommes qu’on sacrifiait annuellement ; tuais B. Diaz del Castillo dit que les religieux franciscains qu’on euvoya dans la Nouvelle- Espagne immédiatement après la conquête, ayant fait des recbercbes à ce sujet, ont trouvé qu’on sacrifiait tous les ans cinq cents personnes à Mexico. (CA. 207.)
NOTE 156, p. 703.
Il est pour ainsi dire inutile d’observer que b chronologie péruvienne est non-seuleineut obscure, mais quelle est même eu contradiction avec les observai ions les plus exactes et les plus étendues sur la durée de chaque règne, dans quelque sucre&siou de princes qu’on suppose. On a trouvé que le nombre moyen n’a pas passé vingt aimées. Suivant Acosta et Garcilassode La Vega, Huana-Capac, qui mourut environ l’année 1527, a été le douzième luca. Oii ne peut pas compter que la monarchie du Pérou ait duré plus de deux cent quarante ans; cependant ils assurent qu’elle a subsisté pendant quatre cents années.
( Acosta, lib. ri, c. xix. Vega, lib. i, c. ix. ) Suivant ce rapport, la durée moyenne de chaque règne est portée à trente-trois ans au lieu de vingt , nombre établi par les observations de Newton ; mais le* traditions de* Péruviens étaient si imparfaites, que quoique le total y soit fixé d'une manière positive, le nombre des aunées de chaque règne est cepcndaut inconnu.
Plusieurs de* premier* historiens espagnols assurent que le* Péruviens sacrifiaient des victimes humaines.
( Xérès, p. 190. Zarate, lib. xi, c. il. Acosta, lib. v, c.xix. ) Mais Garcilasso de La Vega prétend que, quoique cette ou (urne Itarbare eiU subsisté parmi leurs ancêtres non civilisés, elle fut totalement abolie par les Incas, et qu’on n’a jamais offert de victime humaine dans le temple t
A1HC1SSEMENS
du soleil. Celte assertion , et les raisons plausihle* sur lesquelles il l’appuie, suffisent pour réfuter les historiens espagnols, dont les récits ne paraissent fondés que sur des oui- dire, et non sur ce qu’ils oui observé eux -inêiue». ( Vega, lib. h, c. îv.) Les Péruviens, dans uue de leurs fêtes, offraient des gâteaux arrosés du saug tiré des bras, des sourcils et du nez de leurs enfans. {Idem, lib. vu . c. vi. ) Celte cérémonie parait avoir élé une suite de leur ancienne coutume de sacrifier des victimes humaines.
NOTE 158 , p. 707.
Les Espagnols ont adopté ces deux coutumes des an rien» Péruviens. Ils ont conservé quelques-uns des aqqéducs ou canaux faits du temps des lucas , et en ont construit, au moyeu desquels ils arrosent tous les champs qu'ils cultivent, (lilloa, Voyage, t. 1, p. 422, 477.) Ils commuent aussi i employer pour fumier le guano, ou la fiente des oiseaux de mer. Ulloa donne une description de la quantité presque incroyable qui s’en trouve daus les petites lies qui bordent b côte. ( Ibid. , p. 481. )
NOTE 150, p. 708.
Ulloa ( Voyage. 1 1, p. 286, etc.) a décrit le temple deCayambo, le palais des Incas à Callo, dans la plaine de Lacatuuga, et celui d’Atun-Cannar, qu’il a examinés avec beaucoup de soin. Ou trouve dans le» Mémoires de l'académie de Berlin (année 1746, p. 435) un Mémoire curieux de M. de La Condamine sur les ruines d’Atun- Cannar. Acosta parle des ruines de Cuzco qu’il a examinées ( lib. vi, c. xi v). Garcibsso, dans son style ordinaire, donne des description* pompeuses et confuses de plusieurs temples et autres édifices publics ( lib ni , c. i, xii ; lib. vi, c. îv ). Don Zapata, dans un traité volumineux sur le Pérou, qui n’a pas encore élé publié, donne la description de plusieurs monumens des anciens Péruviens, dont les autres écrivains n’ont pas fait mention. ( Manuscrit entre les mains de l'auteur.) Ulloa (loin. I, p. 301 ) parle de quelques anciennes fortifications péruviennes, qui étaient aussi des ouvrages considérables et fort solide*. Trois circonstances frappèrent principalement tous ce* observateur* : 1® La grandeur énorme des pierres que le* Péruviens avaient employées pour quelques-uns de leurs bâtimens. Acosta en a mesuré une qui avait trente pieds de long et dix-buit de brge, sur six d'épaisseur ; cependant il ajoute qu’il s’en trouvait de beaucoup plus grandes encore à la forteresse de Cuzco. Il est difficile de concevoir comment le* Péruviens pouvaient les remuer et le* élever, même à b hauteur de douze pieds. 2° L’impéritie des Péruviens dan* l’art de la charpente. Avec b patience et la persévérance naturelles aux Américains, ils peuvent être parvenus à donner aux pierres la forme qu’ils désiraient, principalement en frottant une pierre contre l’autre, ou par te moyen de leurs haches et autres instrumens de pierre; mais avec ces outil* grossiers, ils n’ont pu faire que de faibles progrès dan* la charpenterie. Les Péruviens ne pouvaient cmmorlaiser deux poutres ensemble, ni donner la moindre solidité aux ouvrages de charpente. Comme il* ne savaient pas former la clef des voûtes, ils ignoraient toui-à-feit l’usage des cintres dans l’architecture, et les auteur* espagnol* n’ont pu concevoir comment ils pou- | vaient faire les toits des grands bâtimens qu’ils élevaient.
SUR L’HISTOIRE D’AMERIQUE
La troisième particularité est la preuve frappante que fournissent tous les tnonuir.ens des Péruviens, de leur peu de génie et d’invention, et de leur extrême patience qui n’était pas moins remarquable. Aucune des pierres employées à la construction de ces ouvrage» ne recevait une forme particulière ou égale aux autres, qui pût la rendre propre à bâtir. Les Indiens les prenaient telles qu’elles tombaient des montagnes ou qu’on les tirait des carrières. Les unes étaient carrées, les autres triangulaires, celles-ci convexes, celles-là concaves. Ils employaient leur art et leur industrie à les joindre ensemble, en formant des creux dans l'une qui répondaient parfaitement aux saillies et aux élévations d'une autre Celte lente opération, qu’ils auraient pu abréger si facilement en adaptant ensemble les surfaces des pierres, soit en les frottant, soit en les travaillant avec leurs barbes de cuivre, paraîtrait incroyable, si l’on pouvait en douter en voyant les ruines de res bâtimens. Cela leur donne un aspect singulier aux yeux des Européens. Il n’y a aucune suite régulière dans 1rs fondemens des bâtimens, et aucune pierre ne ressemble à uue autre par sa forme et par ses dimensions ; tandis que par l’industrie persévérante, mais mal entendue des indiens, elles sont toutes jointes ensemble avec celte minutieuse exactitude dont j’ai parlé. L’Iloa a fait cette observation sur les pierres de la forteresse d’Aluii-Cannar. ( Voy. , vol. i, p. 387.) Pineto donne une pareille description de la forteresse de Cnzco, le plus parfait de tous les ouvrages péruviens. ( Zapata , matuucrU entre les mains de l’auteur.) Suivant M. de LaCoodamine, il y avait des assises de pierres exactement parallèles et de même hauteur dans quelques parties des ruiues d’Atun-Cannar; ce qu’il remarque comme une preuve des progrès des Péruviens.
NOTE 160, p. 709.
Ces ponts tendus par leur propre poids, agités par le vent ou dans un balancement continuel par le inouvenient de la personne qui y passe, offrent d'abord à la vue un aspect effrayant. Mais les Espagnols ont cependant trouvé que c’était la manière la plus aisée de passer les torrens du Pérou , sur lesquels il serait difficile d'en construire de plus solides de pierre ou de bois. Il y a des ponts de liane dans le Pérou , si larges, que les mules peuvent y passer toutes chargées: tel est celui qui est sur la rivière d’Apurimac, où passent toutes les marchandises et auires effet» dans lesquels consiste le commerce entre le Pérou et les provinces de Lima , de Cuzco, etc. On emploie une méthode phis simple pour passer des rivières moins considérables : un mannequin , dans lequel se place le voyageur, est suspendu à un fort câble tendu d'uu bord de la rivière à l’autre; on pousse et tire le mannequin par le moyen de deux cordes qui y sont attachées. { Ulloa , Foyage au Pérou , 1. 1, p. 358. )
Lai puisé mes idées sur ces faits dans la Noticia breve de la expedicion militar de Sonora y Cinaloa , su exil o felii y ventajoso estado , en que por consecuencia de ello . se han pueslo ambas provincias , publiée à Mexico le 17 juin 1771 , pour satisfaire la curiosité des négociant qui avaient fourni au vice-roi l'argent nécessaire pour faire cet armement Les copies de
I celle notice sont rares à Madrid ; mais j’en ai obtenu une qui m’a mis à portée de communiquer ces faits curieux au public. Suivant ce récit, on a trouvé dans la miue de | Yeroralo de la province de Cinaloa, un grain d'or de vingt-deux karats, pesant seize inarcs quatre onces quatre ocha vas, ce qui fait environ quinze marcs, quatre onces trois grains, poids de France, qu’on a envoyé en Espagne comme uu présent digne du roi, et qui se trouve maintenant dans le cabinet de sa majesté catholique à Madrid.
NOTE 102, p 713.
L'incertitude des géographes sur ce point est singulière car Cortès parait avoir examiné les eûtes de la Californie avec une grande attention. L’archevéque de To’ède a publié , d’après l’original qui se trouve entre les mains du marquis Del Valle , descendant de Cortès , une carte dressée en 1541, par le pilote Domingo Castillo, dans laquelle la Californie est placée comme une péninsule , qui s’étend à peu près dans la même direction qu’on lui donne aujourd'hui dans les meilleures cartes , et la pointe où le fleuve Colorado se jette dans le golfe y est marquée avec précision, {ffist. de la Nue va Espagna, p. 327.)
NOTE 163, p. 714.
Je dois ce fait à l’auteur de Y Histoire philosophique et politique des deux Indes, tom. III , p. 103; et après avoir consulté une personne intelligente, qui, ayant demeuré long -temps sur la côte des Moskites, y a fait le commerce du bois de teinture, j’ai trouvé que cet ingénieux auteur a été bien informé. Le bois coupé près de la ville de Saint-François de Campéche est d’une qualité infiniment supérieure à celui de l'autre côté de Yucatan , et le commerce des Anglais dans la baie de Uouduras tire à sa fin.
NOTE 164 ,p. 719.
Le P. Torribio de Benevente ou Motolinea a assigné dix causes de la dépopulation rapide du Mexique, auxquelles il donne le nom des dix fléaux. Il y en a plusieurs qui ne sont pas particulières à cette province seulement. I4 L'introduction de la petite vérole. Celte maladie fut portée pour la première fois dans la Nouvelle-Espagne , en 1520, par un esclave nègre de la suite de Narvaès. Torribio assure que la moitié du peuple des provinces où régna celle maladie en mourut. A cette mortalité , occasionée par la petite vérole , Torquemada ajoute deux effets destructifs ou maladies contagieuses qui régnèrent en 1515 et 1570. Huit cent mille hommes périrent par la t première et plus de deux millions par la seconde, suivant le calcul exact fait par ordre des vice-rois. ( Mond . ind., tom. I . p. 012.) La petite vérole ne fut introduite dans le Pérou que plusieurs années après l’invasion de» Es|>agnols , mais fut très fatale aux naturels du pays. (Garcia , Origen , p. 88.) 2° Le nombre de ceux qui furent tues ou qui périrent de besoin pendant la guerre avec 1rs Espagnols, surtout pendant le siège de Mexico. 3° La grande famine qui suivit ta réduction de Mexico , paire que le peuple des deux partis avait également négligé de cultiver les terres ; ce qui arriva dans toutes les autres contrées conquises par tes Espagnols. 4° Les charges onéreuses imposées par les Espagnols aux Indiens de leurs repartimientos. 5* Le poids oppressif des taxes qu'ils
850 NOTES ET ÉCL
n'étaient pas en état de payer et dont ils ne pouvaient espérer aucune exemption. 6° Legrand nombre d'Indien* j employés à rassembler l’or que les torrens charrient des . montagnes , qu’on forçait à quitter leurs habitations sans 1 aucune provision pour leur subsistance, et qu’on exposait , à toute la rigueur du froid dans ces régions élevées.
7° Les travaux immenses pour rebâtir Mexico, que Cortès [ pressa avec taut d’ardeur, qu’il en mourut un nombre incroyable d’indiens. 8° \jc nombre d’hommes condamnés à l’esclavage sous différent prétextes et employés à j exploiter les mines d’argent. Ces malheureux , marqués j par leurs maîtres avec un fer chaud , comme le bétail » étaient conduits par troupeaux dans les montagnes.
9° La nature du travail auquel ils étaient condamnés , les vapeurs uuisiblr* de ces mines, la froideur du climat et le manque des v ivres furent si funestes , que Torribio assure que la campagne autour de plusieurs de ces mines, pria* cipalement près de Guaxago, était couverte de corps morts, que l'air était rorrompu par leur puanteur, et que la quantité des vautours et des autres oiseaux de proie était si grande , que leur nombre obscurcissait le soleil. 10° Us Espagnols dans leurs différentes expéditions et dans leurs guerres civiles firent périr un grand nombre d’indiens en les forçant de leur servir de tamemes ou de porte faix. Cette dernière oppression fut fatale aux Péruviens La quantité d’indiens qui périrent pendant l’expédition de Gonzalès Pizarre dans les provinces qui sont & l’est des Andes, peut donner une idée de ce qu'ils ont souffert et faire juger combien leur nombre diminua. (Torribio, manuscrit. ) Conta, dans sa Brève y sum maria relation, éclaircit et confirme plusieurs observations de Torribio , auxquelles il renvoie les lecteurs ( Manuscrit entre les mains de l’auteur.)
NOTE 165, p. 719.
Montesquieu même a adopté cette idée (Ht. vm, e. xvin); mais le désir qu’avait ce grand homme d’établir un système, l’a rendu quelquefois peu attentif dans ses recherches, et son génie trop ardent lui a fait négliger plusieurs causes aussi évidentes que solides.
On en trouve une preuve convaincante dans letestament d'Isabelle, où elle montre la plus tendre sollicitude pour que les Indiens soient traités d’une manière douce et humaine. Ces louables sentimens de !« reine ont été adoptés dans les lois publiques d'Espagne et servent d’introduction aux règlemens contenus sous le titre de bon traitement des Indiens. (Recopi l. , VI, tit. x.)
NOTE 167, p. 730.
Le tiers du septième litre du premier livre de la Recopilacion, qui contient les règlemens touchant les pouvoirs et les fonctions des archevêques et des évéques, roule sur la charge qui leur est imposée comme protecteurs des Indiens, et parle de tous les cas où il est de leur devoir de les protéger coutre l'oppression, tant dans leurs propriétés que dans leur personne. Non-seulement ils sont chargé* par les loi* de celte fonction , aussi humaine qu’honorable , mais il* l’exercent en effet
Je pourrais en citer des preuves sans nombre tirées des
AIRC1SSEMENS
auteurs espagnols; mai* je préfère m’en rapporter à Gage, qui était peu disposé à accorder au clergé romain un mérite auquel il n’aurait pas eu droit de prétendre. (Survey, p 142, 192, etc.) Henri Hawks, négociant anglais, qui pendant cinq ans a résidé dan* la Nouvelle-Espagne. avant l’année 1572, rend le même témoignage favorable au clergé romain. ( Hakluy , vol. III , p. 406.) Une loi donnée par Charles-ÇHiint autorise nou-seuiemenl les évéques, mais tous les ecclésiastiques en général, à informer et avertir le magistrat civil , dans le cas où quelque indien serait privé de sa liberté et de ses droits; (Recopii., lib. n, tit vi, 1. 14.) ce qui les constituait protecteurs en titre des Indiens. Il y a eu des ecclésiastiques espagnols qui ont refusé l'absolution à ceux de leurs compatriotes qui possédaient des encomienda et regardaient les Indiens comme des esclaves, ou qui les employaient à l’exploitation des mines. ( Gonzalès Da vil , Tcatro eccles., voi. 1, p. 157.)
Suivant Gage, Cbiapa dos Indios contient quatre nulle familles, et il en parle comme d'une des villes indiennes les plus peuplées de l’Amérique (p. 104).
NOTÉ 1G9, p. 720.
Il est très difficile de se procurer un état exact de la population des royaumes de l’Europe où la police est la plus parfaite et où les sciences ont fait les plus grands progrès. Dans l'Amérique espagnole, où les connaixsances sont encore au berceau et où peu d'bommes ont le loisir de se livrer aux recherches de pure spéculation , on a fait peu d’attention à cet objet. Cependant en 1741, Philippe V ordonna aux vice-rois et aux gouverneurs des ditféreotes provinces de l’Amérique, de faire un dénombrement des babitans de leurs districts et d’envoyer un état de leur nombre et de leurs occupations ; en conséquence de cet ordre, le comte de Fuen-Clara , vice-roi de la Nouvelle-Espagne, chargea D. Jos. Ant. de ViHa- Segnor y Sanchez d’exécuter cette commission dans U Nouvelle -Espagne. Villa Seguor publia le résultat de ses recherches dans son Tcatro americano, d’après des rapports des magistrats des différentes provinces, et d’après ses propres observations et la longue communication qu’il avait eue avec la plupart des provinces. Des neuf diocèses dans lesquels l'empire du Mexique est divisé , il n’en a cité que cinq , savoir : l’archevêché de Mexico et les évêchés de Los Angeles, de Mechoacan . d'Oaxaca et de la Nouvelle-Galice. Il n’a fait aucune mention des évéebés de Yucatan , de Vcrapaz, de Chiapa et de Guatimala , quoique la race des Indiens soit plus nombreuse en ce dernier endroit que dans aucune autre partie de la Nouvelle-Espagne. Dan* le dénombrement du diocèse fort étendu de la Nouvelle-Galice. il décrit bien la situation des différen* villages indiens ; mais il ne spécifie le nombre des habitans que d’un petit nombre de ces villages. Les Indiens de cette vaste province, dan« laquelle la puissance des Espagnols est encore imparfaitement établie, ne sont pas enregistrés avec la même exactitude que dan* les autres parties de la Nouvelle- Espagne. Suivant Villa-Segnor, voici l’état actuel de la population dans les cinq diocèses nommés ci dessus tant
SUR L’HISTOIRE D'AMERIQUE
pour le* Espagnol* que pour le* nègres , le* mulâtres et les métis.
Familles.
Mexico 105,202
Iam An gelé» 30,000
Mechoacan 30,840
Oaxaca 7,296
Nouvelle-Galice 16,770
A raison de cinq personnes par famille , le nombre total est de . 950,513
Nombre de* familles indienne* dans le diocèse de
Meriro 119,511
l.o* Angclès 88,240
Merbuacan 36,196
0»«aca 41,222
Nouvelle-Galice 6,222
Total. ...» 294,391
En comptant cinq personnes par famille, le nombre total est de 1,471,956. Nous pouvons compter avec d’autant plus de certitude sur le calcul du nombre des Indiens, qu’il est pris de la matricule ou du registre suivant lequel on levait le tribut qu'ils payaient. Puisque des neuf diocèses on en a omis totalement quatre, et que le dénombrement de la Nouvelle-Galice n’a été fait que trè* imparfaitement, nous pouvons en conclure que le nombre des Indiens dans l'empire du Mexique va au-delà de deux millions.
Le calcul du nombre des Espagnols ne parait pas être si exact. Villa-Segnor remarque, en termes généraux, que plusieurs Espagnols, nègres et métis, résident ensemble dans plusieurs endroits, sans spécifier leur nombre. C’est pourquoi, si nous rassemblons tous ces babilans avec ceux qui demeurent dans le* quatre diocèses qu'on a omis, le nombre des Espagnols et ceux des races mêlées peuvent probablement monter A un million et demi. Dans quelque* endroits , Villa -Sognor distingue les Espagnols des trois race* inférieures de nègres, des mulâtres et de métis, et marque leur nombre séparément; mais en général il le* joint ensemble. Cependant par ta proportion observée dans les endroits où le nombre de chaque espèce est marqué, ainsi que par le détail de l’état de la population dans la Nouvelle-Espagne donné par d’autres historiens , il est clair que le nombre des nègres et de* babilans de race mêlée , excède de beaucoup celui des Espagnols. Peut-être doit-on porter ces derniers à plus de cinq cent mille contre un million de* autres.
Quelque défectueux que soit ce calcul , il ne m*a cependant pas été possible de me procurer de* connaissance* assez exactes du nombre de* babilans du Pérou, pour former des conjectures aussi satisfaisantes sur l'état de sa population. Je sais qu’en 1761, le protecteur des Indiens dans la vice-royauté du Pérou, comptait qu’il y en avait 612,780, qui payaient le tribut au roi. Comme toutes les femmes et tous les mineur* étaient exempts de cette taxe dans le Pérou , on doit supposer que le nombre des Indiens montait à 2,449,120. ( Manuscrit entre les moins de l'auteur.)
Je vais parler d'une autre méthode de calculer ou du moins de faire des conjectures touchant l’état de la population de la Nouvelle-Espagne et du Pérou. Suivant un
état que j’ai lieu de croire exact, le nombre des copies delà bulle de la Croisade , envoyées au Pérou à chaque nouvelle publication, est de 1,171,953, et pour la Nouvelle-Espagne . de 2,649,326. On m’a dit qu’il n’y a qu’un petit uombre d'indiens qui achètent la bulle , et qu’on la vend principalement aux Espagnols et aux habiian* de race mêlée ; de sorte que suivant cette manière de calculer, le nombre des E*pagnols et des races mêlées monterait au moins 4 trois millions.
Le nombre des babilans de plusieurs villes de l’Amérique espagnole peut nous donner quelque idée de l’étendue de la population, et corriger l’idée peu exacte mais commune qu'on a dan* la Grande-Bretagne, du faible et misérable éiat de ces colonie*. Li ville de Mexico coniient au moins cent clnquanc mille babnan* ; Los Angeles plu* de soixante mille, tant Espagnols qu’babitans de race mêlée (Villa-Segnor, p. 247); Guadataxara coniient au-delà de trente mille âmes, sans compter les ludiens {/bid.t lib. H, p. 206); Il y en a cinquante quatre mille A Lima ( D. Cosme Bucno, Descr. de Père , 1764 ) ; Carthagène en contient vingt-cinq mille; Poiosi vingt -cinq mille (Bueno, 1767); Popayan plus de vingt mille. ( Ulloa , p. 287. ) Les villes du second rang sont plus peuplée* encore. Le* ville* et les établissemen* le* plu* fiorissans des autres nations européennes en Amérique ne peuvent entrer en comparaison avec ceux-ci.
Tels sont les calculs de la population de plusieurs villes, que j’ai trouvés répandus dans de* écrivain* que j’ai jugés dignes de fol Mais je me suis procuré un dénombrement des habitans des villes de la province de Quito, sur l’exactitude duquel je puis compter, et que je communique au public, tant pour satisfaire *a curiosité, que pour rectifier les notions erronées dont j’ai parlé. Saint-François de Quito contient de cinquante à soixante mille habitans de différentes races. Outre la ville , il y a dan* ce corregimiento vingt-neuf cures établies dans les principaux villages, lesquels ont chacun de plus petits hameaux qui en dépendent, dont les habitans sont tous Indiens ou métis. 11 y a environ six à huit mille âme* à Saint-Jean de Pasto, outre vingt-sept village* qui en dépendent. On compte à Saint-Michel d’ibarra sept mille habitans et dix villages. Le district de Havala contient de dix -huit à viugt mille âme*; celui de Tarama dix à douze mille ; celui d’Ambato huit â dix mille, et seize villages. La ville de Riobainba seize h vingt mille et neuf village*. Le district de Chimbo six â huit mille. Celui de Guayaquil de seize à vingt mille et quatorze villages. Le district d’Atuasi environ cinq â six mille et quatre villages. La ville de Cuenza vingt-cinq â trente mille et neuf villages fort peuplé*. La ville de Laxa huit à dix mille et quatorze villages. Celte population , quoique médiocre si l’on considère la va*te étendue du pays, est bien plus considérable qu’on ne le suppose communément. J'ai oublié de dire en son lieu que Quito est la seule province de l'Amérique espagnole qu’on peut regarder comme un pays de manufactures. On y fabrique de* chapeaux, des étoffes de coton et de* draps grossiers , en assez grande quantité pour suffire non-seulement à la consommation de la province, mais pour fournir un article considérable d'exportation dans les autre* partie» de l'Amérique espagnole. Je ne sais si l’on doit regarder l’industrie singulière de cette province comme la cause ou comme Teffet d sa population; mais la passion pour tout ce qui vient
NOTES ET ECLAIRCISSEMENS
de l’Europe est si grande parmi les vains habilans du Nouveau -Monde, que l’on m’a assuré que les manufactures de Quito sont si peu estimées qu’elles commencent k pencher vers leur déclin.
NOTE 170, p. 722.
Ces audiences sont établies dans les endroits suivans : à Saint-Domingue, dans nie d’Hispaniola ; k Mexico, dans la Nouvelle-Espagne; k Lima, dans le Pérou ; â Panama, dans Terre-Ferme ; à Saint-Jacques dans le Guatimala; àGuadalaxara.dansla Nouvelle-Galice;âSanta-Fé, dans le nouveau royaume de Grenade; k la Plata, dans la province de lajsCharcas; à Saint-François dans celle de Quito ; à Saint- Jacqbes , dans le Chili ; et è Buenos- Ayrès dans la province de ce nom. Plusieurs grandes provinces dépendent de ces audiences ; quelques-unes même sont si éloignées des villes où ces cours résident , qu’elles n’en peuvent tirer que peu d’avantage. Les auteurs espagnols comptent douze de ces cours d'audiences, parce qu’ils y comprennent celle de Manille dans les îles Philippine!.
NOTE 171 , p. 724.
Vu la distance qui sépare le Pérou et le Chili de l'Espagne, et la difficulté qu’il y a de trausporier par lïslhrae de Panama des effets d’une charge aussi considérable que te sont le vin et l’huile, les Espagnols de ces provinces ont obtenu la permission d’y planter des vignes et des oliviers. Mais il leur est rigoureusement défendu de faire passer du vin et de l'huile â Panama , k Guatimala , ou dans toute autre province k portée d’en recevoir de l’Espagne. ( Recop lib. lit. xv-xviu.)
NOTE 172, p. 725.
Ce calcul a été fait par Benzoni, en 1550, cinquantehuit ans après la découverte de l’Amérique. ( Hist. novi orbis, lib. ni, c. ni. ) Mais comme Benzoni a écrit avec un esprit mécontent et porté k délracter eu tout les Espagnols, il Se peut que son calcul ait été trop faible.
NOTE 173, p. 726.
Je n'ai que des notions imparfaites sur le passage et la transmission des biens dans les colonies espagnoles. Les auteurs espagnols ne s’expliquent pas clairement sur ce sujet , et peut-être même noni-ils pas assez considéré les effets de leurs lois et de leurs institutions. Solorzarno, {de Jure ind., vol. Il , 1 b. n , 1. 16) , explique en quelque sorte l'introduction de la tenure de majorasgo et parle de quelques-uns de ses effets. Villa-Segnor en remarque une conséquence singulière. Il observe que dans quelquesunes des situations les plus favorables de Mexico, une grande partie du terrain n'est pas occupée , ou est couverte par les ruines des maisons qu’on y avait bâties autrefois. Il ajoute que ce terrain étant possédé par droit de mayorasgo et ne pouvant pas être aliéné , ces ruine* deviennent éternelles. {Teatr. auicr., vol. I, p. 31.)
NOTE 174, p. 726.
Il n'y a aucune loi qui exclue les créoles de! charges , tant civiles qu’ecclésiastiques. Il y a au contraire plusieurs Ce datas qui recommandent de donner indistinctement, des places de confiance aux personnes nées en Espagne et en Amérique. (Bclancourt y Figueroa, Dtreeho, etc.» p. 5, 6.) Mais malgré ces ordres répétés, on accorde dans
presque tous les cas la préférence aux personnes nées en Espagne. L’auteur que nous venons de citer en donne une preuve singulière. Depuis la découverte de l’Amérique , jusqu’en 1637, on a nommé trois cent soixante-neuf évêques ou archevêques pour les différens diocèses de ce pays, et de ce grand nombre il n’y en a eu que douze qui fussent créoles (p. 40). Cette préférence pour les Européens semble durer encore. Far un mandat royal de 1778, le chapitre de la cathédrale de Mexico reçoit l’injonction de nommer des ecclésiastiques européens d’un mérite et de talent reconnus, pour que le roi puisse iésigurr aux bénéfices vacant.
NOTE 175, p. 728.
Quelque modéré que puisse paraître ce tribut, l'indigence des Indiens est Si grande dans plusieurs provinces de l’Amérique, que l’exaction en est insupportable. (Pegna, Itiner.para parrocoule Indios, p. 192.)
NOTE 176, p. 728.
Dans la Nouvelle- Espagne, on accordait les enco miendas pour trois et quelquefois pour quatre générations, à raison du mérite extraordinaire et des services des premiers conquérant , et du faible revenu du pays avant la découverte des mines de Sacatecas. ( Rccopil. , lib. ri, fit. u, c. xiv, etc.)
NOTE 177, p. 729.
D. Ant. Ulloa prétend que le travail des mines nYst pas nuisible, et en apporte pour preuve que plusieurs métis ou Indiens, qui u'apparlien tient k aucun reparti miento. se louent volontairement pour exploiter les mines, et que plusieurs Indiens continuent de plein gré cc travail , lorsque le temps prescrit pour leur service est fini. {Entretefi. , p. 2G5.) Mais son bpiniôri sur la salubrité de ce travail est contraire à l'expérience de tous les siècles. Partout où les hommes seront séduits par lin salaire considérable, ils s'engageront k toute espèce de travail, quelque fatigant ou dangereux qu'il puisse être. D. Hern. Carillo Aitamirano rapporte un fait curieux qui est incompatible avec l'opinion d’Uiroa. Partout où l*bn exploite les mines, dit-il , le nombre des Indiens diminue ; mais dans les provinces de Cainpéche, où il n’y a point de mines, le nombre des Indiens a augmenté de plus d’un tiers depuis la conquête de l'Amérique , quoique le sol et le climat ne soient pas aussi lion! qu'au Pérou et au Mexique. (Colbert, Collc'ct.) Dans un autre mémoire présenté à Philippe lll, en 1609, le capitaine Juân Gonzales d’Azevedo dit que dans tous les districts du Pérou où l'on forçait tes Indiens de travailler aux mines, le nombre en était réduit â la moitié , et dans quelques endroits au tiers de celui qu’on en comptait sous la vice-royauté de dou Fr. de Tolède, en 1681. (Colbert, Collect.)
NOTE 178, p. 729.
Comme un travail de celte espèce ne peut être prescrit avec une exactitude précise, la tâche qu’on impose aux Indiens parait être fort arbitraire; et de même que le service exigé par les seigneurs féodaux de leurs vassaux, in vinea, prato aut messe, elle doit être extrêmement incommode, et souvent gratuitement tyrannique. (Pei gnâ, nui . para par ro cos de indios.)
SUR L’HISTOIRE D’AMÉRIQUE
NOTE 179, p. 729.
L'espace de service connu au Pérou sous le nom de mita , est appelé tamia dans la Nouvelle-Espagne , où il n'a lieu que pour une semaine de Mille. Personne n'est obligé de servir à une plus grande distance que celle de viugl-quaire milles de son habitation. Celte règle est moins oppressive pour les Indiens que celle qui est établie au Pérou. ( Mémoire de J/ern. Carillo AiUrairano, Colbert, Collect.)
NOTE 180, p. 730.
C'est des lois même qu'on peut en déduire les plus fortes preuves. La multitude cl la variété des règlement (mur prévenir les abus est ce qui peut nous donner utie idée de leur uotnbre. Quoique les lois aient saluent réglé qu'aucun Indien ne sera (cuu de servir dans les mines à plus de trente milles de dislance de son habitation, nous appienons cependant, par un mémoire présenté au roi par O. Uernan Carillo Aliatnirauo, que les Indiens du Pérou sont obligés de travailler aux mines à cenr, cent, cinquante, et jusqu’à deux cents lieues de leurs habitations. (Colbert, Collect.) Plusieurs raines sont silure dans des lieux si stériles et si éloignés des habitations ordinaires des Indiens, que la nécessité d'y avoir des ouvriers a obligé les rois d'Espagne dé contrevenir plusieurs fois a leurs propres reglement, et de permettre aux v ce-rois de forcer les peuples des provinces les plus éloignées de se rendre à ses mines. { Escalona , Gazophil. Pertii’., lib. i, c. xvi. ) On doit cependant leur rendre la jus ire de dire qu'ils ont toujours été attentifs à adoucir cette oppression autant qu’il leur a été possible, en enjoignant aux vice-rois d’employer loute espèce de moyens pour engager les Indiens à s'établir prés des raines. ( M, ibiil. )
NOTE 181, p. 731?
Torquemada , après avoir fait une longue énumération qui (tarait assez exacte, conclut par dire qu’il y a quatre cents couvens dans la Nouvelle-Espagne. ( Mon. ind. , lib. xix , c. xxvii. j En 1745, il y avait dans la seule ville de Mexico cinquante-cinq couvens. (Villa-Seguor, Teat. amer. , p. 34.) L lloa en a compté quarante dans Lima , et en parlant de ceux de filles , il dit qu'on pourrait en peupler une petite ville, tant le nombre des personnes renfermées est considérable. ( Foy. tom. I, p. 429.) Philippe III , dans une lettre adressée en 1020 au vice-roi du Pérou^ remarque que le nombre des couvens à Lima était si grand qu'ils occupaient plus de terrain que le reste de la ville. (Solon. , lib. m, c- xxiti, u° 57; lib. 111. c. xvi. Torquemada, lib. xv, c. ni.) Le premier couvent fut fondé dans la Nouvel ItvEspagne en 1525, quatre ans seulement apres la conquête. ( Torq., lib. xv, c. xvi. )
Suivant Gil Gonzales Davila, toute la hiérarrbie de l'église d'Amérique, dans tous les établissement espagnols, consistait, en 1019, eii un patriarche, six arëhevéques, trente-deux évôques, trois cent quarante-six chanoines, deux abbés, cinq chapelains du roi et huit cent quarante couvents. ( Tealro ecclesiaslico de las Imitas occident., vol. 1, préf.) Lorsque les jésuites furent expulsés de l'Espagne, ils possédaient dans la proviuce de la Nouvel le- Espagne trente collèges, maisons professes ou résidences; seize dans celle de Quito ; treiz
dans le nouveau royaume de Grenade ; dix-huit dans le Chili, dix -"huit dans le Paraguay; en tout cent douze. ( Colcccion general de providencias hasta aqul to~ madas sobre estranamento , etc. , de la compania ^ part, i, p 19. ) Le nombre des jésuites qu'il y avait djns ces mabons montait à deux mille deux ceut quarantecinq. ( Manuscrit entre les tnains de l’auteur. )
En 1644, la ville de Mexico présenta une requéle au roi pour le prier de défendre qy on y fondât de nouveaux couvents, et de mettre des bornes aux revenus de ceux qui s'y trouyaient déjà établi*, vu que sans cela les maisons religieuses acquerraieut en peu de temps la propriété dè tout le pays. Elle demandait aussi qu'on mtt des restrictions au pouvoir des évêques de conférer les ordres, parce qu'il y avait alors dans la Nouvelle-Espagne plus de six mille ecclésiastiques sans bénéfice. (/ bid p. 1 0. ) Il doit y avoir eu sans doute de grands abus, puisque la superstition des Espagnols américains en était blessée au point de leur dicter des représentations pour les faire abolir.
NOTE 182, p. 732,
Je ne me serais pas hasardé à faire la peinture desintruri du clergé espagnol sur le seul témoignage de* auteurs proiestans, parce qu’on peut îes soupçonner de prévention et d’exagération. Gage en particulier, qui plus qu’aucun autre protestant a eu l'occasion àe connaître l’état intérieur de l’Amérique espagnole, dépeint la corruption de l’église à laquelle il avait renoncé avec toute l'aigreur d’un nouveau converti ; de sorte que je dois ine méfier de son témoignage , quoiqu'il rapporte quelques faits 1res curieux et très frappans. Mais Bcnzoni parle de la débauche des ecclésiastiques en Amérique très peu de temps après qu'ils y furent établis. ( Hisl., lib. h, c. xix, xx. ) M. Frezier, observateur intelligent et très zélé pour sa religion, dépeint les mœurs corrompues des ecclésiasliques espagnols dans le Pérou , particulièrement des moines réguliers, avec de* couleur* plus fortes que celles que j’ai employées. {Foyage, p. 51, 215, etc.) M. Gentil confirme ce rapport. {Foy. , t I , p 34.) Coreal s’accorde avec ces deux voyageurs, et y ajoute plusieurs circonstances singulières. ( Foy., 1. 1, p. 61, 155, ICI. ) J’ai tout lieu de croire que les mœurs du clergé régulier tout encore extrêmement licencieuses , surtout dans le Pérou. Acosta lui-méme avoue que la grande corruption des mœurs a été une suite de la permission accordée aux moines de renoncer à la retrafie et à la discipline de leur couvent , et de s’introduire dans le monde en se chargeant du soin de desservir 1rs paroisses des Indiens. ( De Pt'ocur. Ind. salute, lib. iv, c. xm, etc.) Il parle suriout des vices dont j'ai parlé, et pense que les tentations en sont si redoutables, qu'il penche vers l’opinion de ceux qui croient que le clergé régulier ne doit pas être chargé du soin des paroisses ( lib. v, c. xx). Iæ* défenseurs même de* réguliers conviennent qu’il y a plusieurs grands abus parmi les moines de différens ordres lorsqu'on le* affranchit de la discipline monastique ; et l'on peut croire par la manière dont fis le* défendent qu’on ne les a pas accusés tout-à-fait sans raison. Dans les colonies françaises, l’état du clergé régulier est à peu près le même que dans les établissemen* espagnols, et il en est résulté les mêmes conséquences. M. Biet, supérieur des prêtres séculiers à Cayenne, a recherché avec autant de piété
8,j 4 NOTES ET ÉCLA1 RC1SSEMENS
que de candeur le* cause* de celle corruption, qu’il impute principalement à l'exemption dont joui*»ent le* réguliers de la juridiction et de* censure* de leur* diocésain*, aux tentations auxquelles il* sont exposés, et à leur commerce avec le moude. Il est singulier que les auteurs qui ont censuré la licence de* moines régulier* espagnols avec la plus grande sévérité, concourent tou* à défendre la conduite des jésuites. Formés à une discipline plus parfaite que celle des autres ordres monastiques, ou aoirnés par l'intérêt de conserver l'honneur de la société , qui était si cher à chaque membre, les jésuites , tant du Mes ique que du Pérou , ont toujours conservé une régularité de mœurs irréprochable. (Frezicr, p. 223. Gentil, t. I, p. 34.) On doit rendre la même justice aux évéques et à la plupart des ecclésiastiques cil dignité.
On m’a donné communication d'un volume de la Gazette de Mexico, pour les années 1728, 1729 et 1730, et il me fournit une confirmation frappante de ce que j'ai avancé relativement à l'esprit de superstition illibérale qui domine dans l’Amérique espagnole. On peut juger d'après le* journaux d'une nation des sujets qui attirent plus particuliérement son attention et qui lui paraissent les plus intéressait». La Gazette de Mexico est remplie presque entièrement de récits de cérémonies religieuse* , de descriptions de processions , de consécrations d’églises, de canonisation de saints, de fêles, d'aulo-da-fé, etc.; les affaires civile* et commerciales et même les événement politiques de l’Europe n’occupent qu’un très petit espace dans ce journal, destiné à faire connaître tout ce qui est important. D’après les titres des nouveaux livres, qui y sont régulièrement insérés, il parait que les deux tiers de ces ouvrages sont des traités religieux de tbéolog e scolastique ou de dévotion monacale.
NOTE 183, p. 732.
Solorzano , après avoir parlé de la morale corrompue du clergé régulier, avec cette sage réserve qui convenait à un laïque espagnol sur un sujet si délicat, se déclare ouvertement cl arec beaucoup de fermeté contre l’usage de confier le soin des paroisses 5 des moines. Il cite plusieurs auteurs respectables, tant théologiens que politiques, dont le témoignage sert à confirmer son opinion. {De Jure irul. , L 11 , Hb. ni . cap. xvi ) On trouve dan* la colleci’oti de* mémoires de Colbert une preuve frappante de l’alarme occasionée par le projet du prince d’Esquilache pour exclure les prêtre* réguliers de* cures paroissiales. Le* ordres monastique* firent présenter au roi plusieurs mémoires auxquels on répondit au nom du clergé séculier. Ou aperçoit que le* deux partis ont mis beaucoup d'aigreur et d’aniinosilé dans celte dispute.
• NOTE 184, p. 734.
On excluait originairement de la prètiise et des ordre* religieux non - seulement le* Indiens, mais encore le* métis ou enfaiis d’un Espagnol et d'une Indienne. Mais par une nouvelle loi, promulguée le 28 septembre 1588, Philippe 11 enjoint aux prélats de l'Amérique de conférer 1rs ordre* aux métis, nés d’un mariage légi lime, à qui il* trouveront le* qualités requises, et de leur permettre «le faire leurs vœux dans le couvent où ils auront fait uu noviciat convenable. {UccopU., lib. i,lil. vu.) U parait
qu'on a eu quelque égard à cette loi dans la Nouvelle- Espagne; mais elle n'a eu aucun effet dans le Pérou. Sur des représentations faite* 5 ce sujet 5 Charles II en 1697, il donna un nouvel edit pour en ordonner l'exécution et manifester sa volonté que tous ses sujets, tant Indiens que métis et Espagnols jouisseot de* même* privilèges. Il parait que l’aversion des Espagnols d’Amérique pour la race indienne s'est opposée 5 l’exécution de cette ordonnance; car en 1725, Philippe V fut obligé de renouveler l’injonction d’une mauiere plus précise ; mais les Espagnols du Pérou ont une haine et un mépris si insurmontables pour le* Indiens, que le roi régnant a été obligé de donner uue nouvelle force aux anciens édits par une loi publiée le 11 septembre 1774. [Real ce du! a. Manuscrit entre les mains de l’auteur.)
M. Clavigcroa réfuté ce que j’ai rapporté sur la situation des Indiens en ce qui concerne l’état ecclésiastique et particulièrement sur leur exclusion du sacrement de l’Eucharistie et des saints ordre*, soit comme séculiers % soit comme réguliers, de manière à faire une profonde impression sur les esprits. Il assure , d’après ses propres connaissances, que, dans la Nouvcllc-Espague, non-seulement les Indieus ont la faculté de participer au sacrement de l'autel , mais que le* prêtres indiens sont si nombreux qu’on peut les compter par centaines, et que parmi ces derniers, il y a eu , dans différent temps , plusieurs centaines de curés, de chanoines et de docteurs, et même, dit-on, un très savant évêque- «A présent, ^joutet-il , il y a beaucoup de prêtres et un bon nombre de curés, parmi lesquels trois ou quatre ont été me* élèves ( vol. Il , pag. 318 , etc. ).
Je regarde comme un devoir pour moi envers le public et envers moi-même de considérer soigneusement chacun de ces points et d'expliquer les raisons qui m'pul engagé à adopter l’opinion que je publie.
Je savais que dans l'église chrétienne il n’y a aucune distinction de personnes, mais que les hommes dr tous les part qui embrassent la religion de Jésus-Christ ont un droit égal 5 tous les privilèges du christianisme auxquels ils sont en état de prendre part. Je savais aussi qu’une opinion avait prévalu , non-seulement parmi les Espagnols établis en Amérique, mais parmi les ecclésiastiques eux-mêmes que ( pour employer les expressions mêmes d’Herrera dans sa Dec. 11 , liv. xi , chap. xv ) les Indiens n’étaient ni des hommes parfaits, ni tout-àfait doués de raison , et n’élaient pas en état de participer aux sacreinens de l’autel ni aux*auirc$ bénéfices de notre religion.»
Ce fut contre cette opinion que Las Casa* combattit, avec le louable zcle que j’ai meutiouné daus les liv. m et vi de mon histoire. Mais comme l’évêque de Üarieu, le docteur Sepulveda cl d’autres respectables ecclésiastique* soutenaient vigoureusement l’opinion commune sur l’incapacité de* Indiens, il devint nécessaire, afin de prendre une déterminai ion 5 cet égard, de faire intervenir l'autorité du saint-siège ; et en conséquence, Paul III expédia, en 1527, une bulle dans laquelle, apresavoir condamné l'opinion de ceux qui prétendaient que les Indiens n'étant qu'au niveau des l>étes brutes, ils devaient être réduits en servitude, il déclara qu'ils sont réellement des hommes, et capables, comme tels , d’embrasser la religion catholiqne et de participer à toutes les bénédictions. Malgré les arguties de M. CUvigero, le compte
SUR L’HISTOIRE D'AMÉRIQUE
que je rend* de celte butte paraîtra juste à quiconque voudra prendre la peine de le parcourir ; et il coïncide exactement avec ce qu'en disent Torquemada C I xv . xvi , chap. xxv) et Garcia ( Orig. , liv. tu , xi).
Mais, malgré l'autorité de celte décision , les Espagnols résidant en Amérique faisaient si peu de cas de la capacité de* naturels du pays, que le premier concile teuu à Lima (je l’appelle ainsi sur la foi des meilleurs écrivains espagnols ) se déclara contre l’admission des ludiens A la sainte communion. (Torquemada, liv. xvi , chap. xx. )
Dans la Nouvelle-Espagne, l'exclusion des Indiens des sacreuiens est encore plus formelle. ( Jbid .) Après un intervalle de deux siècle*, et malgré toutes les améliorations que les Ipdiens peuvent avoir gagnées dans leur commerce avec tes Espagnols pendant cette époque , le docteur Ant. (jlloa nous apprend qu’au Pérou, ou, comme on le verra par la suite dans cette note , les naturel* pouvaient être regardés comme plus éclairés que daus la Nouvelle-Espagne , l’ignorance des naturels est telle encore cependant, qu’on ne permet qu’A un bien petit nombre de recevoir la communion , le reste étant tout-àfait hors d’étal d’y participer. ( Poy. . ,1. 341 , etc. Solor?., Polit, lnd.,1, 203.)
A l’égard de l’exclusion des Indiens de l’ordre , soit comme réguliers, soit comme séculiers, nous pouvons remarquer qu'aussi long- temps que l'opinion commune a été que les Indiens étaient incapables de participer au saint sacrement , on ne peut pas supposer qu'on dût les revêtir du sacré caractère qui leur donnait droit de le consacrer et de le distribuer. Torquemada composa sa Monarquîa indiana environ un siècle après la conquête de la Nouvelle-Espagne, et cependant.de son temps, c’était encore un usage général d’exclure les Indiens des ordres sacrés : nous avons la preuve la plus incontestable de ce fait. Apres avoir célébré au long et arec toute la complaisance d’un missionnaire les vertus des Indiens, Torquemada s'arrête devant l’objection qu’on peut lui faire : « Mais si les Indiens possèdent réellement toutes les bonnes qualités que vous nous dites, pourquoi ne leur permet on pas de porter l’habit religieux? Pourquoi ue peuvent-ils devenir prêtres et évêques, comme les Juifs convertis le deviureut dans la primitive église, eux surtout qui pourraient être employés avec tant d avantage de préférence aux autres, pour l'instruction de leurs compatriotes ?« ( liv. xvn , chap. xm.)
En réponse à cette objection , qui établit de la manière la moins équivoque quel était l’usage général à cette époque, Torquemada remarque que, bien que les indiens soient , par la mansuétude de leurs mœurs, tout- A-fait propres à une situation subordonnée , ils sont néanmoins privés de toutes les qualités nécessaires daus un emploi qui veut de la digoité et de l’autorité ; et qu'ils sont, en général , si endius A l'ivrognerie, qu’ils codent à la moindre tentation , et qu’on n’est jamais certain qu’ils se conduiront avec ta décence nécessaire au caractère ecclésiastique. La convenance de les en exclure, d’après res motifs, est, ajoute-t-il, si bien justifiée par l'expérience, qn'uii étranger de profonde érudition, qui était arrivé d'Espagne, ayant d’abord condamné cette pratique de l'église mexicaine, il fut bientôt convaincu de sou erreur par une discussion publique qu’il eut avec le savant et très pieux frère don Juan de Gaoua, et uuu* possédons encore sa rétractation. Torquemada re-
connaît bien , à la vérité , comme M. Clavtgero le remarque en s’en félicitant, que dé son temps quelques Indiens avaient été admis dans les monastères ; mais avec tout l’art des disputai» de l’école, M. Glayigero oublie de mentionner que Torquemada ne cite que deux exemples, et ajoute que même dans ces deux cas, c’était par erreur qu’ils avaient été admis. Je me suis confié dans l’autorité de Torquemada pour la Nouvel le- Espagne , et dautcellc d’L’Iloa pour le Pérou ; et en considérant l’état d'humiliation et d’abaissement des ludiens dans tous les éta blisxcmens espaguols , j'avais conclu , de tous ce* lé moig nages réuuis, que les Indiens notaient pas admis dans l’étal ecclésiastique , qui est en graude vénération par tout le Nouveau -Monde.
Mais lorsque j'ai vu M. Clavigero , d'apres sa propre connaissance, assurer l’existence de faits si opposés A ceux que j’avais regardés comme vrais , j’ai commencé A me méfier de me» inductions et j’ai cherché de nouveaux renseignemens. Afin de me les procurer, je uie suis adressé à un noble Espagnol, placé dans de hauts emplois et distingué par ses talens , et qui , dans différentes occasions , m'avait permis de profiter des avau lapes de sa correspondance. Voici sa réponse :
«Ce que vous avez écrit sur l'admission des Indiens aux ordres sacrés ou dans les monastères daus votre livre vin, et particulièrement l’explication que vous en donne?. dans la note de votre édition in-4° , est en géuéral exact et conforme aux autorités que vous citez. Bien que la congrégation du conseil ait aunoucé, le 12 février 1682, qu'il ne suffisait pas d’élre Indien, mulâtre ou métis pour être déclaré incapable d'ôtre admis daus les ordres, que d’ailleurs on possédait tout ce qui est prescrit par les canons pour obtenir ce privilège, cela ne prouve qu'une chose . c’est que de telles ordinations seraient valides ( ce dont Solorzano et les jurisconsultes et historiens espagnols cités par lui dans sa Pol. J tut. , liv. h, cbap. xxix, étaient convaincus); mais cela ne prouve ni la pratique d’admettre les Indiens dan* les ordres, ni l’usage commun relatif A cette admission. Cela montre, au contraire, qu’il y avait beaucoup de doutes wir l’ordination A conférer aux Indiens , et beaucoup de répugnance A la faire.
«Depuis cette époque il y a eu quelques exemples d’admission d'indiens dans les ordres. Nous avons à Madrid en ce moment un prêtre âgé, natif de Tlascala. Son nom est don Juan Ccrilo de Castilla Aquihual Catebutlc, descend d'un cacique converti au christianisme peu de temps après la conquête. Il avait étudié les sciences ecclésiastiques dans un séminaire de Puebla de los Angelos; il a été cependant un an avant d'obtenir la prêtrise, et il a fallu s’appuyer vivement près de l’évêque Abren pour qu’il consentit A l’ordonner. Cet ecclésiastique est du caractère le plus honorable , modeste, désintéressé, et avec une ample connaissance de tout ce qui se rapporte à ses fonctions ecclésiastique*. Il est venu A Madrid , il y a environ trente-quatre ans, dans le seul but de solliciter l’admission des Indiens dans les collèges et séminaires de la Nouvelle-Espagne , afin que si , après une instruction solide et un examen sévère , ils sentaient quelque inspiration d’entrer dans l'état ecclésiastique, ils pussent l’embrasser et s’acquitter de leurs devoirs pour le plus grand bénéfice de leurs compatrioies qu'eux seuls ils pouvaient iu-
NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS
terroger dan» leur propre langue. Il a obtenu quelques règlemens favorable» & ce «ujet , et particulièrement que |e premier collège devenu vacant par suite de l'exclusion des jésuites , serait réservé à cet effet. Mais ni ces règlemens, ni aucune autre des lois des Indes, n’ont produit jusqu’ici aucun efTet, par suite des objections et des représentations de la plus grande partie de&boinmes les plus considérables employés dans la Nouvelle- Espagne.
«Cette opposition est-elle fondée en raison ou ne l’estelle pas? C’est un problème difficile à résoudre, et pour la solution duquel il faut établir diverses distinctions et modifications.
«D’après les renseignement donnés par cet ecclésiastique et par d'autres personnes qui ont habité dans les possessions espagnoles d’Amérique, vous pouvez être assuré que, dans tout le royaume de la Terre-Ferme, on ne sait pas ce que c’est qu’un prêtre indien ou qu’un moine de race indienne , et que,* dans toute la Nouvelle- Espagne il y a extrêmement peu d'ecclésiastiques indiens. Peut-être yen a-t-il davantage dans le Pérou, attendu que dans ce pays il se trouve un assez grand nombre d'iudiens en état d’acquérir l'éducation nécessaire à ceux qui aspirent au caractère ecclésiastique.»
NOTE 185, p. 735.
llstariz, calculateur exact et circonspect, parait admettre que la quantité d’argent qui ne paie point de droit peut être évaluée à cette somme. Suivant llerrera , il n'y avait pas plus du tiers de l'argent venant du Potose qui payât le quint du roi.flVcad.VIII, iiv. n, chap. xv.) Solorzano dit aussi que la quantité d’argent qui circule eu fraude est beaucoup plus grande que celle qui est monnayée légalement après avoir payé le quiut. ( De Jure iiui., vol. 11 , lib. v , p. HIC.)
NOTE 186, p. 736.
Lorsqu'on découvrit les mines du Potose en 1545 , les filous étaient si près de la surface qu’on cii lirait facilement le minerai , et si riches qu'on l’affinait sans beaucoup de peine et à peu de frais , principalement par l’actiou du feu. Celte méthode d'afliner par la simple fusion continua jusqp'â l'aimée 1574 , où Pou découvrit l'usage du mercure pour affiner l'argent aussi bien que l'or. Comme ou exploite ces mines depuis deux siècles saus interruption, les fiions se trouvent aujourd'hui à une telle profondeur que les dépenses pour eu tirer le luiuerai sont devenues plus considérables. D’ailleurs, ce qui est contraire ù re qui arrive dans la plupart des autre* mini», la richesse des filons a diminué à mesure qu'on a fouillé plus profondément, et même à un tel poiiit qu’oil est étonné de ce que les Ksiagnols persistent à les exploiter. On a découvert successivement d'autres mines ; mais en général la valeur du minerai a diminué considérablement , tandis que la dépense de I extraction a augmente ; de sorte que la cour d'Espague a réduit, en 1736, le droit do quint pour le roi à un dixième.
Tout le vif-argent dont on se sert dans le Pérou est tu é de la fameuse mine de Cuanacabclica , découverte **n 1563. La couronne s'est réservé la propriété de cette iniue, cl les personnes qui achetaient ce vif- argent eu
payaient non-seulement la valeur, mais encore un quint comme un droit drt au roi Mais en 176! on abolit ce droit sur le vif-argent , à cause de l'augmentation de la dépense qu'exige aujourd’hui l’exploitation des mines (L'Iloa, En treten imientos , 12-15, Voy. 1, p. 505- 523). Les lecteurs qui désireront d'apprendre la manière dont les Espagnols procèdent dans la fouille de leurs mines et l’affinage du minerai , en trouveront une description exacte dans A cou a (lib. iv, c. i, xm). Leurs améliorations les plus récente* dans l’art métallurgique •ont écrites par Gainhoa. ( Comment . sur tes ordonnances des mines , c . xxii.)
En conséquence de l'abolition de ce quint , et de quelques diminutions faites postérieurement sur le prix du vif-argent , opération» que l’augmentation des dépenses pour la fouille des mines avait rendues nécessaires , le vif-argent qui se rendait autrefois quatre-vingts pesos le quintal se donne aujourd'hui par le roi à soixante pesos. (Campomanès , Educ. popul., II, p. 132, noie.) Le droit sur l’or est réduit à un vingtième ou ù cinq pour ceut
11 y a plusieurs preuves frappantes de l'état florissant oit l’industrie était en Espagne au commencement du seizième siècle. Il y avait en Espagne uu nombre considérable de villes, qui toutes étaient peuplées fort au-delà de la proportion commune des autres parties de l’Europe ; j’en ai expliqué la cause dans Y Histoire de Charles - Quint (lom. I, p. 148 , de la tra in-4"). Partout où les villes sont peuplées, l'espèce d'industrie qui leur est particulière y augmente, et les ouvriers cl tabrirans y abondent. L'impulsion que le commerce de l’Amérique donne â leur activité peut être clairement prouvée par uu seul fait. Eu 1545, taudis que l'Espagne continuait à fournir ses colonies du fond de sa propre industrie, on commanda aux manufactures une si grande quantité de travail qu'on ne crut pas quelles pussent l’achever en moins de six ans. {Campomanès, p. 406. } Une demande si considérable doit avoir donué un grand inoiivi-meul à l'industrie et avoir fait faire des efforts considérables. Nous apprenons qu’au commencement du règne de Philippe II, Séville veille, où le commerce avec l’Amérique était concentré, n occupait pas moins de seize mille métiers d'étoffe de soie et de laine, et ceut trente mille ouvriers occupés à ces manufactures. ( Campomanès, II, p. 472). Mais l'influence des causes que je détaillerai plus bjs fui si rapide, qu'avant la fin du règne de Philippe III, k’ nombre des métiers de Séville était réduit à quatre cents, il siari/, c. vu.)
Depuis la publication de la première édition de cette l(istoire, j’ai eu la satisfaction de voir me» idées sur les relations coinuierriales de l'Espagne avec ses colonies confirmées et éclaircies par D. Bernardo Varo, membre de la junte de commerce de Madrid, dans son Proyecto economico (pan. n, v. I). « Sous le* règne* de Charles V et de Philippe II > dit cet écrivain, les manufactures d'Espagne et celle* des Pays- Bas soumis à sa domination , étaient dans l'état le plus florissant, tandis que lis manufactures de France el d’Angleterre étaient encore dans l'enfance. La république des Proviucesr Unies n’exi*-
SUR L’HISTOIRE D’AMÉRIQUE
tait pas encore. L'Espagne était la seule puissance de l’Europe qui fondât dans le Nouveau-Monde de* colopie* de quelque importance ; elle pouvait alimenter les élablissemens qu'elle y avait formés , avec les production» de son propre sol, les bras de ses propres artisans étalent employés dans les manufactures, et tout ce qu’elle recevait en retour appartenait à elle seule. L’exclusion de* produits des manufactures étrangères était alors convenable, parce qu’elle pouvait faire exécuter cette exclusion. L’Espagne pouvait à celte époque imposer de* droits considérables sur les marchandises exportées en Amérique ou qui en étaient importées, et elle avait la faculté de mettre toutes les restrictions qu’elle jugeait convenables à un commerce qui était tout entier dans ses mains ; mais lorsque le temps et les révolutions successives eureul modifié cet état de choses, lorsque les manufactures d’Espagne eurent commencé à décliner, les maximes qu’elle avait adoptées dans l’origine et les règles qu’elle avait d’abord suivies auraient dil être appropriées à sou changement de situation. Ce qui était sage à une époque est devenu absurde à une autre.
ROTE 189, p. 740.
Jamais ou n’ouvre aucune balle de marchandises et jamais on n’examine aucune caisse d’argent ; on reçoit les unes et les autres sur la déclaration v*rfcale des personnes à qui ces effets appartiennent, et on ne trouve qu’un seul exemple de fraude pendant un long période que ce commerce s’est fait avec cette noble confiance. Tout l'argent monnayé, porté du Pérou à Porto-Beiloen 1654 , se trouva altéré et mêlé d’une cinquième partie de mauvais métal. Les négocians espagnols , avec leur intégrité ordinaire, suportèrent la perte entière et indemnisèrent les étrangers qui les employaient. On découvrit la fraude, et le trésorier des finances du Pérou, qui en était l’auteur, fut brillé publiquement. (B. Ulloa, Rétablis, des manuf., etc. B. 2, p. 120.)
NOTE 190, p. 742.
On trouve plusieurs preuves remarquables de la rareté de l’argent en Espagne. De toutes les sommes immenses qu'on y a importées de l’Amérique , objet dont nous aurons occasion de parler dans la suite, Moncade assure qu'en 1619, il ne restait pas en Espagne au-delà de deux cent millions de pesos, U moitié en argent monnayé, le reste en vaisselle et en bijoux. ( Rcxtaur . de Espagna,di\c. iu, c. 1.) L'xtariz, qui publia son excellent ouvrage en 1724, prétend qu'il ne restait pas alors pour cent millions de gionnaie, de vaisselle et de bijoux. {Théorie, etc. ,c. ni.) Campomauès, d’après une remontrance de l’université de Tolède à Philippe 111 , observe, comme une preuve certaine de la rareté de l’argent, que les personne* qui prêtaient de l'argent recevaient pour intérêt un tiers de la somme qu’elle* avançaient. {Educ. popul. I, p. 417.)
NOTE 191 , p. 743.
Ce récit de la manière dont les facteurs de la compagnie de la mer du Sud faisaient leur commerce à la foire de Porto- Bek», qui leur fui ouverte par l'Assiento, a été lu c de don üiou Alcedo y Herrera , president de la cour
d’audience de Quito et gouverneur de la province : son témoignage mérite le plus grand crédit, parce qu’il a été témoin oculaire des faits qu’il rapporte , et qu’il a été souvent employé à découvrir et à constater les fraudes dont il parie. Il est cependant probable que comme sa représentation a été rédigée au commencement de la guerre qui se déclara entre la Grande Bretagne et l’Espagne en 1739, elle est peut-être exagérée en quelques points. Le détail qu’il donne des faits est curieux , et se trouve même en quelque sorte confirmé par des auteurs anglais, qui conviennent qu’il se commettait beaucoup de fraude dans l’expédition du vaisseau annuel , et que le commerce de contrebande de la Jamaïque et des colonies anglaises était devenu très considérable. Mais on peut observer, à l’honneur delà nation anglaise , que ces opérations frauduleuses ne doivent pas être regardées comme des faits de la compagnie, mais comme une pratique déshonorante de ses facteurs et de ses agens. La compagnie elle-même souffrit une perte considérable par le commerce de l’Assiento, tandis que plusieurs de ses employés ont fait une fortune immense. (Anderson , Chronvl. dcduct., tom. 11 , p. 388.)
NOTE 192, p. 745.
Il y a plusieurs faits curieux concernant l’institution, les progrès et l’influence de cette compagnie, qui sont peu connus des lecteurs anglais. Quoique la province de Venezuela ou Carracas occupe une étendue de quatre cents milles le long de la côte , et qu’elle soit une des plus fertiles de l’Amérique, elle fut si négligée par les Espagnols que, pendant les vingt années qui précédèrent l'établissement de la compagnie, il ne partit que cinq vaisseaux d’Espagne pour celte province; et depuis 1706 jusqu’à 1722, c’est-à-dire pendant seize ans, il n’arriva pas un seul vaisseau de Carracas en Espagne. ( Pioticias delarealcompagnia de Carracas, p. 28. ) Pendant tout ce temps, l’Espagne a été obligée d’acheter de l’étranger la grande quantité de cacao qu’elle consommait. Avant rétablissement de la compagnie, Carra que n'envoyait en Espagne ni tabac ni cuirs. {Ibid., p. 1 17.) Mais depuis que la compagnie a commencé ses opérations en 1731 , l’importation du cacao en Espagne a considérablement augmenté. Pendant les trente années qui ont suivi 1701 , le nombre des fanègues de cacao ( de cent dix livres chacune) qu'on a importées de Carraque montaient à six cent quarante-trois mille deux cent quinze , tandis qu'il en est entré, pendant les dix-huit année* quionimiivi 1731, huit cent soixante-neuf mille deux cent quarante-sept fanègues ; et si nous supposons qu’on continue d’en importer dans la même proportion pendant le* douze années qui resteut pour faire les trente , le nombre ira à un million quatre cent quaranie-buit mille sept cent quaraute-six fanègues ; ce qui fait une augmentation de huit cent cinq mille cinq ceutlreuteune fapègues. ( Ibid. , p. 148.) Pendant les huit années subséquentes à 1756, la compagnie a importé en Espagne quatre-vingt-buit mille quatre cent quatre-vingtdeux arobes ( chacun de vingt-cinq livres ) de tabac, et cent soixante dix-sept mille trois cent cinquante quatre cuirs. (Ibid., p. 161.) Il parait que depuis la publication des NoticiasdelacompagniacnVGS , sou commerce a fait des progrès. Pendant les cinq aimées qui oui suivi
8;>8 NOTES ET ÉCLAIR CISSEMEN S
1769, elle a importé cent soixante dix-oeuf mille cent cinquante-six fauègues de cacao eu Espagne , trente-six mille deux cent huit arobes de tabac, soixante-quinze mille quatre cent quatre-vingt-seize cuirs et deux cent vingt-un millequatre cent trente-deux pesos en espèces. ( Campomancs, tom. Il, p. 162.) Ce dernier article est une preuve de l'accroissement des richesses de la colonie. Elle reçoit de l'argent du Mexique en relour du cacao qu’elle fournit à celle province , et cet argent est envoyé en Espagne ou employé à acheter des marchandises d’Europe. Outre cela , on a la preuve la plus évidente que celle province donue le double du cacao qu’elle produisait en 1731. La quantité des bestiaux y est plusque triplée , et le nombre des habltans a considérablement augmenté. Les revenus de l’évéque , qui ne consistent qu’en dîmes, sont augmentés de huit jusqu'à vingt mille pesos. ( Notidas , p. 69. ) L’augmentation de la quantité de cacao importé eu Espagne en a fait baisser le prix de quatre-vingts à quarante pesos la fanègue. ( /bid. , p. 61.)
Depuis la publication de la première édition de cet ouvrage, j’ai appris que la üuiane, comprenant toutes les provinces considérables situées sur les rives de l’Orénoque, 1rs Iles de la Trinité et de la Marguerite ont été ajoutées aux pays avec lesquels la compagnie de Carracax avait la liberté de commercer par sa première charte. (Real Cedula du 19 novembre 1776. ) Mais j’ai appris également que rétablissement de cette compagnie n’a pas été suivi de tous les effets avantageux que je lui avais attribués. Plusieurs de ses opérations portent l’empreinte de l’esprit illibéral et oppressif des monopoles. Pour expliquer ceci, il faudrait entrer dans des détails trop minutieux , qui sortiraient du cadre de cet ouvage.
NOTE 193, p. 747,
Cet essai qu’a fait l’Espagne d’ouvrir un commerce libre avec quelques-unes de ses colonies a produit des effets si remarquables , que cet objet mérite quelques éclaircissemens. Les villes auxquelles on a accordé cette liberté sont pour la province d'Andalousie, Cadix et Séville ; pour celle de Valence et de Murcie , Alicante et Carthagéne ; Barcelone pour la Catalogne cl l’Aragon ; Santander pour la Castille; la Corogue pour la Galice, et Gyon pour l’Asturie. (Append. , II, a la Educ. popul. , p. 41. ) Ce sont là les ports du principal commerce de leurs districts respectifs, ou ceux qui sont situés le plus commodément pour l’exportatiou de leurs productions respectives. Les faits xui vans nous donneront une idée des progrès du commerce dans les établissement qui ont joui de ces nouveaux reglement. Avaot la liberté du commerce, les droits qu’on percevait à la douane de la Havane allaient à cent quatre mille deux cent huit pesos par an. Pendant les cinq années qui ont précédé 1774, ils montaient, année commune , à trentehuit mille pesos. A Yucalan, les droits ont augmenté de huit mille pesos à quinze mille; à Hispaniola, de deux mille cinq cents à cinq mille six cents ; à Porto -Rico, de mille deux cents à sept mille. En 1774, on évaluait le total des marchandises importées de Cuba en Espagne à un million cinq cent mille pesos. (Educ. popul., tom. I, p. 450, etc.)
NOTE 194, p. 740.
On en trouve une preuve remarquable dans les deux traités de don Pedro Rodrigue Campoinanès, fiscal du conseil royal et suprême (charge à peu près égale en dignité et en pouvoir à celle de procureur général eu Angleterre), et directeur de l'Académie royale d’histoire : l’un intitulé : Discurso sobre cl fomenlo de la indus tria popular; l'autre : Discurso sobre la educ. popu larde lus artesanos y su fomenlo; le premier publié en 1774, et le second en 1775. Presque tous les points de quelque importance touchant la police intérieure , les impôts, l'agriculture, les manufactures, le commerce , tant domestique qu'étranger, sont discutés dans ces ouvrages : il y a peu d’auteurs, même parmi les nations les plus versées dans le commerce, qui aient pousse si loin leurs recherches , avec une counaissauce aussi approfondie de ces différais objets et avec un plus parfait mépris pour les préjugés nationaux et populaires, ou qui aient uni plus heureusement le calme des recherches philosophiques avec le zèle ardent d’un citoyen animé par l’amour du bien public. Ces deux ouvrages sont fort estimés des Espagnols , cc qui est une preuve évidente du progrès de leurs lumières , puisqu’ils sont en étal de goûter un auteur qui pense avee tant d’élévation et de liberté.
NOTE 195, p. 750.
Le galion employé à ce commerce, au lieu de six cents tonucaux, auxquels il est limité par la loi (Recop. * lib. xlv, 1. 15) , est ordinairement de douze cents à deux mille tonneaux déport. I je vaisseau d’Acapulco , pris par le lord Anson, au lieu de cinq cents mille pesos que porte la loi, avait à bord un million trois cens treize mille huit cent quarante trois pesos, sans compter l’argent non monnayé montant à quarante trois mille six cents onze pesos de plus. ( Ansou’s Voyage , pag. 384.)
NOTE 196, p 751.
Le prix de la bulle varie suivant le rang des personnes. Celles du moindre ordre , telles que les domestiques ou les esclaves, paient deux réaux de plata ou environ vingt sous de France ; d'autres Espagnols paient huit réatix , et ceux qui occupent des charges publiques ou qui possèdent des encomiendas, sont taxés à seize réaux. (Solorz. , deJureind.,\. Il.lib.ui, 1.25 ) Suivant Chillon, négociant qui a résidé long-temps dans les établissetnens espagnols, la bulle de la Croisade se vendit plus cher en 1570, puisque le plus bas prix était alors de quatre réaux. (Hakluyt, III, pag. 461.) Cc prix parait avoir varié en différons temps. Le droit levé pour la bulle par la dernière predicaclon se verra par la table suivante qui donnera quelque idée du nombre proportionnel des différentes classes de citoyens dans la Nouvelle-Espagne ci dans le Pérou.
On donua pour la Nouvelle-Espagne :
Bulles à 10 pesos par tête 4
à 2 pesos 22,601
à 1 peso 164,220
à 2 réaux 2,462,500
SUR L’HISTOIRE D’AMERIQUE. 830
Pour le Pérou ,5 16 pew» 4 x/t réaux. . . 3
à 3 pesos 3 réaux. , . 14,202
5 1 peso 5 Vf réaux . . 78,822
5 4 réaux 410,325
5 3 réaux 668,601
NOTE 197, p. 751.
Villa-Segnor , à qui nous devons la connaissance de ce fait , mérite la plus grande confiance sur ce point, parce qu’il était receveur général d’un des plus considérables départemens de» revenus du roi, et qu’il était par conséquent 5 portée d’éire bien informé. Jusqu'à présent on n'adonné en anglais aucun détail aussi exact des revenus de l’Espagne dans aucune partie de l’Amérique, et les particularités en pourront paraître intéressantes et curieuses à quelques lecteurs.
De la bulle de la Croisade , publiée tous les deux ans, il provient un revenu annuel de 150,000
Du droit sur l’argent 700,000
Du droit sur l’or 60,000
De la taxes sur les cartes 70,000
De ta taxe sur le pulque, boisson dont les
Indiens font usage 161,000
Delà taxe sur le papier timbré. ..... . 41,000
De la taxe sur la glace 15,522
De la taxe sur le cuir 2,500
De la taxe sur la poudre à canon 71,550
De la taxe sur le sel 32,000
De la taxe sur le cuivre de Mechoacan . . . 1,000
De la taxe sur l’alun 6,500
De la taxe sur le jeu de coqs. 21 ,100
De la moitié des annales ecclésiastiques. . . 49,000
Du neuvième du roi sur les évêchés, etc. . 68,800
Du tribut des Indiens. 650,000
De l 'al co vola, ou du droit sur la vente des
effets 721,875
De Yalnwjarifasgo (douane) 373,333
De la mounaie 357,500
Total 3,552,680
Cette somme revient à environ 18,431,122 livres tournoi», et si nous ajoutons ce qui provient de la vente de cinq mille quintaux de vif-argent importé en Espagne de» mines d'Almadcn , pour le compte du roi , et ce qui revient de VAvcria et de quelques autres taxe», dont Villa-Segnor n’a pas parlé, on peut évaluer le tout à près de vingt-trois millipns. ( Ttatr . mex., vol. I, p. 38.) Suivant Villa-Segnor, le produit total des mines du Mexique monte, année commune, à huit millions de pesos en argent et à cinq mille neuf cent douze marcs d'or. [Ibid., p.44. )On a parlé dans le cours de cette histoire de plusieurs branches du revenu ; quelques-unes de celles dont on n’a pas eu occasiou de faire mention demandent un détail particulier. Le droit de» dîmes dans le iNouveau-Monde a été accordé à la couronne d’Espagne par une bulle d’Alexandre VI. Cbarles-Quint en régla la répartition de la manière suivante : un quart est accordé à l’évêque du diocèse, un autre quart au doyen et au chapitre et aux autres officiers de la cathédrale. La moitié qui reste est divisée en neuf parties égales ,
dont deux , sous la dénomination de los dos not’enos realcs, sont payées à la couronne et font une branche du revenu du roi. Les sept autre» parties sont destinées au maintien du clergé de la paroisse, à la construction et à l’entretien des églises et autre» usage* pieux ( I{ecopil., lib. i, lit. xvi, ley 23, etc. Avendano, Thesaur. indic., vol. I , p. 148.)
L'alcovala est un droit levé en forme d’accise sur la vente des effets. En Espagne il monte à dix pourcent, et en Amérique , à quatre pour cent. ( Solorzano . Polit, ind., lib. vt, cap. vm. Avendano, vol. I, p. 186. )
Valmojarifasgo , ou le droit qu’on paie eq Amérique des marchandises importées et exportées, peut monter, année commune, à quinze pour cent. (Amj/xï.Jib. vm, lit. xvi, ley 1. Avendano, vol. 1, p. 188.)
L 'avenu , ou la taxe payée pour 1e convoi des vaisseaux qui arrivent et qui parleut de l’Amérique, fut imposée pour la première fois lorsque François Drake remplit le Nouveau-Monde de terreur par son expédition dans la mer du Sud. Elle monte à deux pour cenL sur la valeur des marchandises. (Avendano, vol. 1, p. 189. Hecopii., lib. xi, Ut. ix, ley 34, 44. )
Je n’ai pu me procurer un détail exact des différentes branches des revenus dans le Pérou , postérieur à 1614. Suivant un manuscrit curieux concernant l’étal de cette vice-royauté dans tous ses départemens, présenté au marquis de Moulés Claros, par Franc. Lopez Gara vantés, receveur général du tribunal de Lima, il parait que le revenu public , autant que je puis estimer la valeur de
l’argent dont Caravantes s’est servi pour ar-
ducais.
rêter ses comptes , s’élevaient à 2,372,768
Dépenses du gouvernement 1,242,992
Revenu net 1.129,776
Le toial en livres tournois 13,124,3(7
Dépenses du gouvernement 6.875,280
Revenu net 6,219,037
Mais il parait qu’on a omis plusieurs articles dans ce compte, tel que le droit sur le papier timbré, sur les cuirs, sur le» annales, etc. , de sorte qu’on peut regarder le revenu du Pérou comme égal à celui du Mexique.
En faisant le calcul des dépenses du gouvernement de la Nouvelle-Espagne , je puis prendre pour modèle celui du Pérou , où la charge annuelle de l'adinmislraiion excède la moitié du revenu : il u’y a pas lieu de croire qu’elle soit moins considérable dans la Nouvelle - Espagne.
Je me suis procuré un état du revenu total que l’Espagne tire de l’Amérique et des Iles Philippines, qui est de plus fraîche date qu’aucun des autres états , comme le lecteur le verra par les deux derniers articles.
peso*
A Ico val as ( Accise ) et aduanas ( Droits
de douane, etc.) 2,500,000
Droit sur l’or et sur l'argent 3,000,000
Bulle de la Croisade 1 ,ÜUÜ,000
Tribut des Indiens 2,000,000
la vente du vif-argent 300,000
A reporter 8,800,000
NOTES ET ECLAIRCISSEMENT
D’autre part 8,800,000
Papier exporté pour compte du roi et
vendu dan» le* magasins royaux 300,000
Papier timbré, tabac et autre* petit* droits. 1,000.000 Droit de monnayage 5 raison d’un réal
d’argent pour chaque marc. . 300,000
Du commerce d'Acapulco , et du cabotage
de province en province 500,000
La traite des nègres 200,000
Du commerce du ntaihé ou herbe du Paraguay, dont les jésuites avaieut autrefois le
monopole . \ 500,000
Des autres revenus appartenant autrefois 5 cette société 400,000
* Total 12,000,000
Total en livres tournois 00,750,000
Déduction faite de la moitié pour les dépenses de l'administra lion, il reste en revenu libre et net 30,375.000
NOTÉ 198 , p. 751 .
Un auteur, qui a long-temps suivi les spéculations du commerce, a calculé que les seules mines de la Nouvelle- Espagne rapportent tous les ans au roi pour son quint environ quarante-cinq inillious de livres tournois. ( Harris, Collect. of voy. vol. Il, p. 164. ) Suivant ce calcul, le produit total des mines doit être d’environ deux cent vingt cinq millions tournois, somme si exorbitante et si peu conforme aux détails qu’on a de l'importation annuelle de l'Amérique , que les rapports sur lesquels ce calcul est foudé sont évidemment erronés. Suivant Lainpomanès, on peut compter le produit total des mines de l’Amérique à trente millions de pesos , qui, 4 quatre schellings et demi, feraient 7,425,000 livres slcring , dont le quint du roi , s'il était exactement payé , ferait 1,485,000 livres sterling. Mais il faut déduire de cette somme les dépenses de l'administration qui soûl très considérables , comme il le parait par la note précédente. [Edite, pppular, vol. Il , p. 131, note.)
Dj OTE 199, p. 752,.
Suivant Ulloa, toutes les marchandises étrangères exportées d'Espagne en Amérique, paient différentes uf|>cccs de droit montant ensemble à plus de vingt-cinq pour cent. Comme la plus grande partie des marchandises dont l’Espagne fournil ses colonies vieuneut de l'étranger , ces droits sur un commerce si étendu doivent produire un revenu considérable. < Hélabliss. des manu fact. et du coinjnerce d'Espagne , p. 150.) Il estime la valeur des marchandises exportées annuellement d’Espagne en Amérique , 5 huit, dix ou douze millions de piastres ( Ibid., p. 97. )
NOTE 200. p. 752.
Si l'on en croit Gage , le marquis de Serrai vo gagnait loua les ans uii million de ducats, par le monopole du sel et par la part considérable qu'il prenait dans le com-
merce de Manille et d’Espagne. Il fit passer, dan* une seule année, un million de ducats en Espagne, afin d’obtenir du comte Olivarès et de ses créatures une prolongation dans son gouvernement ( p. 61 ).
Il obtint sa demande et continua d'occuper cette ptare depuis 1621 jusqu’en 1635, ce qui fait le double du temps ordinaire.
Extrait surçint de la lettre de Cortès à l'empereur , dont il est parlé dans la Préface.
Celte lettre est daléc du 6 juillet 1519. Cortès . dans ta seconde lettre , dit qu'elle fût expédiée le 16 juillet.
Le grand objet des auteurs de cette lettre était de justifier leur conduite en établissant une colonie indépendante de la juridiction de Velasquez. Dan* cette vue, ils cherchent 4 diminuer le mérite que ce gouverneur pouvait avoir eu en équipant les deux premiers armement sous Cordoval et Grijalva , et ils prétendent que ce* arméniens avaient été faits, qon par Velasquez , mais par les aventuriers engagés dans cette expédition. Ils lAcbent aussi de déprécier les services de Gordova et de Grijalva, pour faire valoir davantage l'importance de leur* propas exploits.
Ils prétendent que le seul objet de Velasquez avait été de commercer ou de faire de* échanges avec les naturel* du pays, et non de conquérir la Nouvelle-Espagne ou d'y établir une colonie. Cest ce que B. Diaz Del Castillo répète souvent (cap. xix , xu , xlii, etc). Mais il parait qu'il eût été inutile de faire des armemeus si considérables si V ejasquez n’avait pas eu pour but celte conquête et cet établissement
Ils disent que Cortès fournit la plus grande partie des fpnds nécessaires pour cet armement ; mais cela ne s’accorde pas avec la médiocrité de sa fortune, suivant Gomat a ( C'hron. . cap. vu , et B. Diaz , cap. xx) , ui avec ce que j'ai dit , note 97.
Ils observent que quoiqu'un grand nombre d'Espagnols eussent été blessés en différentes rencontres avec le* habitait* de Tabasco, il n'en mourut pas un seul, et que tous se rétablirent en fort peu de temps ; ce qui paraît confirmer ce que j’ai observé , pag. 603 . concernant l'imperfection des armes offensives des Américains.
Ils donnent une idée des mœurs et coutumes des Mexicains. Ce récit est fort court ; et comme ils n’avaient résidé que peu de temps dans le pays , sans avoir une grande communication avec les naturels , il est aussi défectueux qu'inexact. Ils décrivent avec beaucoup de soin et arec un sentiment d'horreur des sacrifices humains offerts par les Mexicains à leurs dieux , et assurent que quelques-uns d'entre eux ont été témoins oculaires de cette barbare cérémonie.
Ils ont joint à leur lettre un catalogue et une description de* présens envoyés 4 l'empereur. Celui que Gomara a publié ( Chron cap. xix ), parait copié sur celui-ci, ri I*. Martyr en décrit plusieurs articles dans son traité, de I Insulis nuper invenlis , pag. 354 , etc.
FIN DES NOTES ET ÉCL AIRCISSEMENS.
CATALOGUE