MOT K S KT E 0 LA 1 R C I S S K M K M S
étendu ver* le sud , ou si elle était entourée de la mer. ( Polyb. //<*/., I. ni.) Pline assure qu’il ne peut y avoir aucune rotnmuii ica lion entre U* zones tempérées du sud et du nord. (Pûiiii Hist. Nat. , citil . in it sutn Detph. »n-4*, lib. n, c. WTiuJSi ces deux auteurs avaient ajouté foi aux relations de ces voyages, le premier ne se serait pas trouvé dans le doute, et le second n'aurait pas soutenu une pareille opinion. Sirabon parle du voyage d'Kudnxe, mais le traite comme une fable (lib. it, p. 156'; et même, suivant ce qu’il ru dit, on ne peut guère en porter un autre jugement. Il parait que Sirabon u’a eu aucune connaissance certaine louchant la forme et l’état des parties méridionales de l’Afrique. ( Geogr . , lib. xvn , p. 1 1SO.) Ptoléméc, lé plus curieux et le plus savant des anciens géographes , n’était pas mieux instruit sur les parties de l’Afrique situées à quelques degrés au-delà de la ligne équinoxiale ; car il pensait que ce grand continent n’était pas entouré de la mer, mais qu’il s'étendait sans interruption vers le pôle antarctique; et il s’est trompé sur sa véritable figure, au point de dire, que ce continent s'élargit à mesure qu’on avance vers le sud. (Plot. Geogr., lib. îv, cap. u. Brietii Paratlela Geogr. veteris et noue, p. 86.)
NOTE 4, p. 429.
Un fait rapporté par Sirabon nous donne une preuve aussi forte que singulière de l’ignorance des anciens sur la situation des différentes parties de la terre. Pendant qu'Alexatidre marchait le long des rives de l'Hydaspe et de l’Acesine, deux rivières qui se jettent dans l’Indus, il remarqua qu’il y avait un grand nombre de crocodiles dans ces rivières, et que le pays produisait les mêmes espèces de fèves qui sont très communes en Égypte. 11 conclut de ces circonstances qu’il avait découvert la source du Nil, et prépara une flotte pour se rendre en Égypte en descendant l'Hydaspe. ( Strab. Geogr., lib. xv, p. 1020.) Cette surprenante erreur ne provenait pas d’une ignorance de la géographie, particulière à ce monarque seul ; car Sirabon nous apprend qu’Alexandre s’appliquait avec une attention singulière à l’étude de cette science, et qu’il avait des cartes ou des descriptions exactes des pays par lesquels il passait (lib. n, p. 120). Mais dans ce siècle la connaissance des Grecs ne s’étendait pas au-delà des limites de la .Méditerranée.
Le flux et le reflux , qui «ont très considérables à l’embouchure de l’Indus, devaient rendre ce phénomène plus redoutab eaux yeux des Grecs. (Varen. Geogr., vol. I, pag. 251.)
NOTE C, p- 430.
H est probable qu'ils étaient ratoment excités à s’avancer si loin , soit par un motif de curiosité , soit par quelque intérêt de commerce ; c'est pour cela que les anciens avaient des idées très fausses sur la situation de cette grande rivière. Ptoléméc place la première branche du Gange, qu’il distingue par le nom de la grande embouchure, au cent quarante-sixième degré de longitude de son premier méridien, qu’il fait passer par les Iles Fortunées. Mais sa véritable longitude, prise de ce méridien, est aujourd’hui déterminée, d’aorès les observations as-
tronomiques, à cent cinq degrés seulement. Uo si grand géographe ne peut avoir été entraîné dans UDe erreur aussi considérable que par le» rapports infidèles qu’il avait reçus de ces pays éloignés; ce qui prouve évidemment que les voyages qu’on y faisait n’éiaienl pas fré q tiens. Ses connaissances étaient encore plus bornées et ses erreurs plus considérables relativement aux contrées de l'Inde qui sont au-delà du Gange. J’aurai occasion d’observer ailleurs qu’il a placé le pays des Sères. ou la Chine, à soixante degrés plusà l’est que n'est sa véritable position. M. d' An ville, un des plus savans géographes modernes , a jeté une grande clarté sur ceue matière , dans deux dissertations publiées dans les Mémoires de VAcad. des Jnscrip., tom. XX XII , p. 573, 604.
NOTE 7, p. 430.
Il est singulier que les découvertes des anciens sc soient faites principalement par terre, et celles des modernes par mer. Le progrès de* conquêtes conduisit les premiers et celui du commerce présida aux entreprises des seconds. Sirabon observe judicieusement que les conquêtes d’Alexandre-le Grand firent connaître l’orient ; que celles des Romains ouvrirent la route de l’occident, et qu'on doit à celles de Mithridate la connaissance du uord (lib. 1 , p. 26). Lorsqu'on fait des découvertes par terre, les progrès en doivent être lents et les opérations bornées ; celles qui se font par mer ont une sphère plus étendue et une marche plus rapide, mais elles sont sujettes à de* défauts particuliers; quoiqu’elles fassent connaître la position des différens pays et qu’elles servent à déterminer leurs limites du côté de la mer, elles nous laissent dans une parfaite ignorance sur leur état intérieur. Il y a plus de deux siècles et demi que les Européens ont doublé le cap méridional de l’Afrique , et qu’ils ont porté le commerce dans la plupart de ses ports; mais ils n’ont fait pou- ainsi dire que parcourir le* côtes et marquer quelques ports et quelques caps d’une grande partie de ce vaste continent ; les contrées intérieures sont restées presque absolument inconnues. Les anciens, qui n'avaient qu’une connaissance imparfaite de ces côtes, excepté celles qui sont baignées par la Méditerranée ou par la mer Rouge, avaient coutume de pénétrer dans l'intérieur du pays, dont, suivant Hérodote et Diodore de Sicile, ils ont découvert plusieurs parties qui nous sont aujourd'hui inconnues. Les connaissances géographiques resteront donc inexactes et bornées jusqu’à ce qu'on unisse ensemble ces deux manières de faire des découvertes.
NOTE 8, p. 432.
I*s idées des anciens, sur cette chaleur excessive de la zone torride qui la rendait inhabitable, et leur opiniâtreté à persister dans cette erreur, long temps après avoir porté leur commerce dans plusieurs parties de l’Inde situées entre les tropiques, doivent paraître si singulières cl si absurde* qu’il ne sera peut-être pas inutile de donner quelques preuve* de leur étrange méprise sur ce point, et d’expliquer l’inconséquence apparente de leur théorie et de leur propre expérience. Cicéron, qui a porté ses regards sur toutes les parties de la philosophie connue des anciens, parait avoir pensé que la zone torride était inhabitable, et que, par conséquent, il ne pouvait y
SUR L'HISTOIRE D’AMERIQUE
*roir aucune communication entre les zones tempérées du nord et du sud. (1 fait dire par Scipion l’Africain à Scipion le jeune : « Vous voyez encore celte même terre comme ceinte de quelques cercles qu’on appelle zones. Les deux extrêmes, qui ont chacune un des pôles pour centre, sont toujours hérissées de glaces, tandis que celle du milieu qui est la plus grande, est brûlée des rayons du soleil. Il n’en reste donc que deux d'habitables : mais la zoue australe dont les habitans sont vos antipodes , est pour vous comme si elle n'existait pas. » ( Songe de Scipion , c. vi, Geminus, philosophe gcc et contemporain de Cicéron, parait du même sentiment, non dans un ouvrage populaire , mais dans son E.<jx*jw*pi m çxivcjuvx, qui est un traité purement scientifique. « Lorsque nous parlons, dit-il, de la zone tempérée du midi et de ses habitant, et de ceux qu'on appelle antipodes, il faut toujours sous-entendre que nous n’avons aucune connaissance ni relation de la zone tempérée du midi , et que nous ignorous si elle est habitée ou nou. Mais la figure sphérique de la terre et la ligne qui parcourt le soleil entre les deux tropiques, nous font croire qu’il y a une autre zone, située au midi, qui jouit du même degré de température que la zoue du nord que nous habitons. » (Cap. xiii, p. 31, ap. Petavii opus de Doctr. tempor. in quo Uranologium sive systema variorum auctoruin. Ainsi., 1705, vol. III.) L'opinion de Pline sur ces deux poiuts était la même. «I>es cinq parties ou zones qui séparent le ciel , les deux zones opposées qui touchent chacune à l'uue des extrémités de la terre à l’endroit de ses pôles, dont l'un est appelé septentrional et l'autre austral , ne produisent que des glaçons , et font de ces contrées le séjour éternel des frimas : ce sont partout des ténèbres perpétuelles, et dont l’influence maligne n’est jamais corrigée par l’aspect bienfaisant des signes qui nous regardent. I*e seul éclat des neiges y produit une lumière blanchâtre. Quant à la partie de la terre située sous la zone du milieu , qui est celle sous laquelle le soleil fait sa route, incessamment brûlée par le voisinage de cet astre et consumée par ses flammes , c’est à juste litre qu’on la nomme torride. A droite et à gauche de cette ceinture brûlante, et entre les deux extrémités glaciales , il reste uniquement deux zones tempérées. Encore le passage de l'une à l’autre est-il Impraticable, vu l’incendie qui règne dans le ciel constellé d’un bout à l’autre de la ligne. Si donc vous concevez la terre divisée en quatre parties , il est clair que le riel à lui seul en retranche trois. » ( Lib u , c. txvm. ) Slrabon ne s'explique pas moins clairement sur cet objet, a La partie de la terre qui se trouve près de l’équateur, dans la zone torride, est inhabitable à cause de l’excessive chaleur. » (Lib. u , p. 15-1.) Je pourrais joindre ici l’autorité de plusieurs autres philosophes et historiens recommandables de l'antiquité.
Pour expliquer le sens dans lequel cette doctrine était généralement' reçue , nous devons observer que Parménidc, comme nous l’apprend Strabon, fut le premier qui divisa la terre en cinq zones. U étendait au-delà des tropiques les limites de la zone qu’il supposait inhabitable par la trop grande chaleur. Strabon nous dit aussi qu’ Aristote fixait les bornes des différentes zones de la même manière qu’elles sont marquées par les géographes de son temps. Mais les progrès des découvertes ayant démontré par degrés que plusieurs régions de la terre
situées entre les tropiques sont non-seulement habitables* mais même très peuplées et très fertiles, cela engagea les géographes â renfermer la zone torride dans des bornt s plus étroites. Il n’est pas facile de marquer avec précision les limites qu’ils lui donnaient. Un passage de Strabon, qui est , je pense, le seul auteur de l’antiquité qui nous ait transmis quelque notion sur ce sujet, me ferait croire que ceux qui calculaient d’après la mesure de la terre donnée par Ératosthène, supposaient que la zone torride comprenait près de seize degrés, à peu près huit de chaque côté de l'équateur: au lieu que ceux qui suivaient le calcul de Possidontus donnaient environ vingt-quatre degrés â la zone torride, c’est-à-dire un peu plus de douze degTéx de chaque côté de l’équateur. (Strabo, lib. u, p. 151.) Suivant la première opinion, environ deux tiers de la partie du globe qui se trouve entre les tropiques étaient habitables, et il n’y en avait que la moitié selon la seconde hypothèse. Avec cette restriction, la doctrine des anciens touchant la zone torride, parait moins absurde, et nous pouvons concevoir pourquoi ils regardaient cette zone comme inhabitable , même après s’élre ouvert une communication avec plusieurs endroits situés entre les tropiques, lorsque tes sa vans parlaient de la zone torride, ils la regardaient, suivant la définition des géographes, comme occupant une étendue de seize ou tout au plus de vingt-quatre degrés; pt comme ils n'avaient presque aucune connaissance des contrées plus voisines de l’équateur, ils pouvaient la croire inhabitable. On continua de donner, dans le langage familier, le nom de zone torride à celte portion de la terre coutenue entre les tropiques. Cicéron, qui parait avoir ignoré les idées des géographes postérieurs, suit la division de Parménide, et décrit I^zone torride comme la plus large des cinq. Il y a eu quelques anciens qui ont rejeté comme une erreur populaire la pensée de cette chaleur excessive de la zone torride. Suivant Plutarque, Pytbagore était de ce sentiment; Strabon nous apprend qu’Éralosthène et Polybe avaient adopté la même opinion (lib. u, p. 151.) Plolémée parait n'avoir fait aucun cas de l’ancienuc doctrine concernant la zone torride.
. NOTE 9, p. 439.
Le tribunal de l'Inquisition, qui, partout où il est établi, arrête nécessairement l’esprit de recherche et le progrès des lettres, était inconnu en Portugal au xv® siècle, au moineut où les Portugais commencèrent les voyages de découvertes. Plus d'un siècle s'écoula encore jusqu'à ce qu'il fut introduit en Portugal par Jean 111, qui comcommeiiça à régner cri 1521.
NOTE 10, p. 442.
Nous en trouvons un exemple dans IlarLIuil, d’après l’autorité de Garcia de Resende, historien portugais- Quelques négocians anglais ayant résolu d’ouvrir un commerce avec la côte de Guinée . Jean II , roi de Portugal, envoya des ambassadeurs à Édouard IV, pour lui représenter le droit qu’il avait acquis par la bulle du pape de dominer seul sur celte contrée , et pour le prier de défendre à ses sujets de continuer leur expédition. Édouard eut une « grande déférence pour le litre exclusif de* Portugais qu’il satisfit pleinement à leur demande. (Hackluit , Navigations , voyages et commerce des Anglais, vol. Il , part, u , p. 2.)
NOTES ET ÉCLAIRC1SSEMENS
NOTE 11 , p. 410.
Le tnn|>H de la naissance de Colomb peut être déterminé exactement par les circonstances suivantes. Il parait. par le fragment d’une lettre qu'il écrivit à Ferdinand et S Isalirlle en 1501 , qu’il avait déjà «erré alors l>rndant quarante ans le métier de marin. Il leur dit dans une autre lettre qu’il se mil en mer à l’âge de quatorze ans ; il suit donc de ces deux faits qu'il était né en 1447. ( lie de Christ. Colomb, pat D Ferdinand, son fils. CluirchiU’s Coltcct. of foyages , vol. Il , p. 484, *85 .
NOTE 12, p. 448.
fa*s anciens connaissaient la figure sphérique de la lerre. Ils inventèrent la méthode de calculer la longitude et la latitude de dilférens endroits, qui est encore en usage aujourd'hui. Suivant leur principe, l’équateur, ou le cerrle imaginaire qui enveloppe la terre, était de trois cent soixante degrés, qu’ils divisaient en vingt -quatre parties ou heures, chacune de quinze degrés. Mariuus de Tyr, le plus habile et le plus ancien géographe avant l’tolémée, supimait que le pays des Séres ou Sina , qui était le lieu le plus reculé de l'Inde que connussent les anciens, se trouvait à quinze heures, ou deux cent vingtcinq degrés à l’est du premier méridien qui passait par les Iles Fortunées. (Piolem. Geogr., lib. i, cap. n.) Si cette supposition était bien fondée, le pays des Sères, ou la Chine n’était qu’à neuf heures ou cent trente-cinq degrés à l'ouest, des Iles Fortunées ou Canaries, et la navigation, par celle mule, aurait été beaucoup plus courte que par la route que suivaient les Portugais. Marco Polo , dans ses voyages , décrit des pays , principalement l'Ile de Gpaugo ou Zipangri, qu’on croit être le Japon, qui se trouvait beaucoup plus à l’est qu'aucune partie de l’Asie connue des anciens. (Marco Polo, De région, orien., lib. n, cap. lxx; lib. m, cap. il) Suivant son récit, le Japon, s’étendant encore plus à l'est, était plus près des Iles Canaries. Les conclusions de Colomb, quoique fondées sur des observations inexactes, se trouvaient justes. Si les suppositions de Mariuus avaient été bien fondées, et si les pays que Marco Polo visita avaient été situés à l’est de ceux dont Marinus avait déterminé la longitude, la route la plus droite , et en même temps la plus courte aux Indes orientales, aurait été de naviguer droit à l’ouest. (Herrera, Der.ad., lib. i.cap. n.) Uue connaissance plus étendue du globe nous a découvert la grande erreur où est tombé Marinus , en supposant que la Chine se trouve à quinze heures ou deux cent vingt-cinq degrés à l'est des lies Canaries, et a montre que Piolémée même s'est trompé en réduisant la longitude de la Chine à douze heures ou cent quatre-vingts degrés. La longitude des limites occidentales de ce vaste empire est de sept heures, ou de cent quinze degrés du méridien des Iles des Canaries. Mais Colomb suivait les lumières que son siècle pouvait lui fournir et s'appuyait de l'autorité des écrivains qu'on regardait alors comme les uiaitrcs et les guides du genre humain dans la science de la géographie.
NOTE 13, p 4o6.
Comme les Portugais, ru faisant leurs découvertes, ne s'écartaient qu’à une petite distance des cotes de l'A frique, ils croyaient que h* oiseaux , dont ils observaient le vol avec une grande attention, ne se hasardaient pas loin des lerre». Dans l’enfance de la navigation, ou ignt»rail que souvent les oiseaux poussent leur vol à une distance considérable des côte* En naviguant vers les Iles des Indes occidentales, on trouve quelquefois des oiseaux à plus de deux renis lieues de terre. Catesby a vu en mer un hibou à plus de cinq cents lieues des eûtes. (IVat. Hist. of Corot inn , pref., pag. 7- Hisl. nat. de M. de Ruffon , loin. XVI, pag. 32.) Il parait donc que cet indice de terre, sur lequel Colomb semble s’étre appuyé avec quelque confiance, n’était rien moins que certain. Cette observation a élé confirmée par le capitaine Cook . le plus grand navigateur et le plus expérimenté qu’ait produit aucun siècle et aucune nation. « Personne ne sait encore, dit-il, jusqu’à quelle distance les oiseaux océaniques étendent leur vol au -dessus des mers. Pour nia part , je ne crois pas qu’il y en ait un seul qu’on puisse prendre pour témoignage de la proximité des t erres. » (f oyages vers le pôle méridional , vol. I , p. 275.)
NOTE 14, p. 460.
L’amiral, dans une lettre qu’il adresse à Ferdinand et Isabelle, décrit un des ports de Cuba avec l'admiration qui caractérise 1’entbousiasme des découvertes, n Je découvris, dit-il , une rivière où une galère peut entrer facilement. Sa beauté m’engagea à la sonder , et je trouvai depuis cinq jusqu'à huit brasses d’eau. Après avoir remonté cette rivière à une distance considérable, tout m’engagea à y faire un établissement. La beauté de la rivière, la limpidité des eaux , qui me permettait d’en voir le fond sablonneux , la grande quantité de palmiers de toute espèce , les plus grands et les plus beaux que j'aie jamais vus , le nombre extraordinaire d'autres arbre» magnifiques, les oiseaux , la verdure des plaines, tout cela forme un tableau si intéressant que ce pays surpasse tous les autres, autant que le jour surjmsse la nuit en éclat et en lumière ; ce qui m’a fait dire souvent , que je tenterais en vain d’en donner une description exacte à vos majestés; car ni ma langue ni ma plume ne pourraient rendre la vérité , et le spectacle de tant de beauté m’étonne au poiul que je ne sais commeul le décrire. » ( fie de Colomb, c. 30.)
NOTE 15, p. 161.
1^ récit de Colomb , fait de l'humanité et de la conduite humaine des Indiens à celle occasion, est fort remarquable. u [à: roi, dit- il dans sa lettre à Ferdinand et à Isabelle, ayant élé instruit de notre malheur, parut touché de la perle que nous venions de faire, et envoya surle-champ à notre bord tous les babitans de l’endroit avec plusieurs grands canots. Nous déchargeâmes bicntùt le vaisseau de tout ce qui se trouvait sur le lillac avec le secours que nous fil donner le roi , tandis que lui-méme avec ses frères et ses autres parens prirent tout le soin possible pour faire observer le meilleur ordre, faut sur le vaisseau qu’à terre. I>c temps en temps un de ses pa-
SUR L’HISTOIRE D’AMERIQUE
rens venait, les larmes aux yeux , me dire de sa part de ne point m'affliger, el qu’il me donnerait tout ce qu’il pou sériait. Je puis assurer vos majestés que, dans aucun lieu de rEspa(;nt , nu n’aurait pris autant de soin de nos effets, lesquels furent déposés dans un endroit près du palais du roi, pour y être gardés jusqu'à ce qu’ou eût débarrassé les maisons où l’on devait les transporter. Il fit placer Kur-lc-cbamp des sentinelles armées pour garder ce dépôt pendant la nuit , el les Indiens qui se trouvaient sur la côte se désolaient comme s’ils avaient partagé notre perte. Ce peuple est si doux , si humain et si paisible, que j’ose répondre vos majestés qu’il n’y a pas au monde une meilleure espèce d'hommes, ni uu aussi bon pays que celui-ci. Ils aiment leurs voisins comme eux -mêmes; h ur conversation , qui e*t la plus douce et la plus affectueuse du monde, est toujours gaie el accompagnée d'un sourire, Quoiqu'il soit vrai qu'ils vont nus, vos majestés peuvent être persuadées qu'ils oui plusieurs coutumes fort louables. Le roi est servi avec beaucoup d’appareil, et ses maniérés sont si honnêtes qu’on le voit avec un grand plaisir. On n’en trouve pas moins â observer la mémoire étonnante de ce peuple, el le désir qu’il a d’acquérir des connaissances, ce qui le porte à s’informer des causes et des effets de tout. {Vie de Colomb, c. xxxii.) Il est probable que les Espagnols étaient redevables rie celle attention officieuse à l'opinion qu’avaieul les Indiens que c’étaient des êtres d’une nature supérieure.
ROTE 16, p. 461.
Tout ce qui nous reste d’un homme tel que Colomb doit nous être précieux. Une lettre qu’il écrivit à Ferdinand el Isabelle , el où il leur parle de ce qui s’est passé à celte occasion, nous fournil une peinture frappante de •on courage, de son humanité, de sa prudence, de son amour pour le bien publie et de son adresse à faire sa cour. «J’aurais, dit-il, été moins touché de ce malheur, si je in’élais trouvé seul exposé au danger], tant parce que ma vie n’est qu’un dépôt dont je dois compte à f Rire suprême que parce que je tn’étais déjà trouvé plusieurs fois dans un péril éminent. Mais ce qui m’affligeait beaucoup, c’était de voir qu’après avoir reçu du Seigneur la foi nécessaire pour exécuter une pareille entreprise, dans laquelle j’ai maintenant eu le bonheur de réussir de maniéré à convaincre mes adversaires, et accroître la gloire et la puissance de vos majestés, il plaisait au Tout-Puissant de renverser tous ces projets par ina mort. Cependant ce malheur aurait été moins affligeant pour moi s’il n'eût pas entraîné la perte de ceux qui m’avaient suivi dans l’espérance d’acquérir une grande fortune , et qui , en voyant le danger où ils se trouvaient , maudissaient non-seulement l’idée qu’ils avaient eue de m’accompagner, mais encore le respect el la crainte que je leur inspirais, et qui les empêchait de me quitter, comme ils l’avaient souvent résolu. Mais ce qui mettait le comble à ma douleur, c’était la pensée d’avoir laissé inet deux fils au collège à Cordoue , sans amis et dans un pays étranger, tandis qu’il était très probable qu'on ne saurait jemais que j’avais rendu à vos majestés des services assez essentiels pour que me» enfans méritassent leurs bontés. Et quoique je me consolasse par l’espérance que Dieu ne permettrait pas que ce qui devait tant contribuer à la gloire de son
église . et qui m’avait coûté de si grands travaux , restât imparfait, je pensai cependant que, pour me punir de mes fautes, sa volonté était de me priver de la gloire que j’aurais pu en recueillir dans ce monde. Fendant que j’é tais dans cet état de trouble, je songeai au bonheur qui accompagne vus majestés, el il me vint dans l'idée que même si je périssais et que le vaisseau fût perdu, il serait possible que vous fussiez par quelque hasard instruit de mou voyage el du succès que j’avais eu jusqu’alors. Dans cette vue, j’écrivis sur un morceau de parchemin, avec toute la brièveté que demandait la situation où je me trouvais, la découverte que j’avais faite des pays que j'avais auuoncés, en combien de jours j'avais acheté mon voyagé, et quelle route j’avais tenue. Je marquai la bonté du pays , le caractère de ses habitans, et j’ajoulai que j’avais laissé les sujets de vos majestés en possession de tous les pays que j’avais découverts. Après avoir cachet t cet écrit, je l'adressai à vos majestés, cl promis mille ducats à celui qui le remettrait ainsi fermé, afin que la récompense promise pùt engager l'étranger qui le trouverait à fn donner quelque nouvelle à vos majestés. Je 6s alors apporter un grand tonneau , et ayant enveloppé le parchemin d’une toile cirée et ensuite d’une espece de gâteau de cire, je le mis dans le tonneau que je fis jeter à la mer après l'avoir bouché. Tout l'équipage s’imagina que c’était un acte de dévotion. Craignant que ce tonneau ne RU jamais trouvé, el voyant que nous approchions plus prés de l’Espagne, je 6s un autre paquet semblable au premier que je plaçai au haut de la poupe . afin que si le vaisseau coulait à fond , le tonneau restât au-dessus de l’eau pour flotter au gré de la fortune.»
[NOTE 17, p. 465.
Quelques auteurs espagnols, guidés par le petit intérêt de la jalousie nationale, ont cherché â diminuer la gloire de Colomb, en faisant entendre qu'il avait été conduit à la découverte du Mou veau- Monde, non par ses propres lumières ou par son génie entreprenant , mais parles instructions qu'il avait reçues. Selon eux. tm vaisseau ayant été écarté de sa roule par 1rs vents d’est, fut emporté bien loin à l'ouest sur une cote inconnue, d’où il ne revint qu’avec beaucoup de difficulté; tout l’équipage périt de fatigue et de besoin , excepté le pilote et trois matelots. Ces quatre marins moururent aussi quelques jours après leur arrivée; mais le pilote ayant été reçu dans la maison de Colomb, son ami intime, lui découvrit avant sa mort le secret de la découverte qu’il avait faite par hasard , et lui laissa ses papiers qui contenaient le journal de son voyage , lequel servit de guide à Colomb daus son entreprise. Gomara est, je crois, le premier qui ait publié ce conte. ( Uist c. 13.) Toutes les circonstances en sont destituées des preuves nécessaire* pour le rendre probable. On ne connaît ni le nom ni la destination de ce navire. Quelques auteurs prétendent qu’il appartenait à un des ports de l’Andalousie, el qu'il était destiné ou pour les Canaries ou pour Madère ; d'autres disent qu’il était biscayen, et qu’il prenait- la route d’Angleterre; d’autres enfin assurent que c’était un vaisseau portugais qui trafiquait sur la côte de Guinée. l^e nom du pilote est pareillement inconnu, aussi bien que celui du port où il aborda à son retour. Suivant
NOTES F.T ECLAIRCISSEMENT
le* uns, ce fui en Portugal; selon d'autres, 4 Madère ou aux Aiore*. Un n'iguore pas moins l’année que ce fil ce voyage. (Mortsoti’s ftav. Tract v. Churchill, III, 371.) And. Bernai dès ni Pierre Martyr, contemporains de Colomb, ne parlent de ce pilote ni de ses découverte*. Herrcra , avec son bon sens ordinaire, passe aussi ce fail sous silence, et Oviedo nVn parle que comme d’un conte propre à amuser le peuple. ( ffist. I. Il, c. 2. ) Dis auteurs plus modernes ont supposé que Colomb avait été guide dans sou voyage par quelque instruction particulière, parce qu'ou l a vu diriger constamment sa course 4 l’ouest en partant des Canaries Mai* ds ne se rappellent pas que , selon les principes sur lesquels il fondait toutes scs espérance* de succès, il croyait qu’en dirigeant *a rmire ver* l'ouest . il devait nécessairement arriver aux régions dont le* anciens ont parlé. Ce fut la confiance invariable qu'il eut dans son propre système qui lui fit tenir celle route sans en changer jamais.
Le* EspagnoD ite sont pas le* seuls qui aient mis en question si Colomb | ouvait s’arroger l’honneur d’avoir découvert l'Amérique. Quelque» écrivains allemand* l’attribuent 4 Martin Behaim, leur compatriote; il était i.*su de la noble famille des Behaim de Scbwartzbach , citoyens de la première distinction de la vide impériale de Nuremberg. Après avoir étudié sous le célèbre Jean de Muller, plus connu sous le nom de Begiomontanus , il acquit une telle connaissance de ta cosmographie, que celle étude fit naître en lui le désir d’explorer des régions dont il s'était habitué sous le maître habile, à rechercher et 4 décrire la situation et les qualités. Aidé par la protection de la duchesse de Bourgogne, il se rendit 4 Lisbonne, où la renommée des découvertes faites par les Portugais, appelait tous les esprits aventureux de ce siècle. IJ. comme nous l’apprenons d'Herman Schedel, dont le Chronicon Afiuidi, traduit en allemand, hit imprimé 4 [Nuremberg en 1493 , soo mérite comme cosmograpbe l’éleva, conjointement avec Diego Cano, au commandement d’une escadre équipée en 1483 pour un voyage de découverte* Dan* ce voyage il découvrit, dit-on, le royaume de Congo II s’établit dans l’Ile de Kay al, une ' des Açores, et fut un des amis particuliers de Colomb. (Hcrrera, Dccad. I, lib. i. cap. n). Magellan possédait un globe terresire fail par Behaim, et sur lequel il avait indiqué la roule qu’il se proposait de tenir 4 la recherche d'une communication avec la mer du Sud qu’d découvrit plu* lard (Gomara, Hist.t c. xix. Herrera, Dccad. Il, lib. il, cap. xix). Dans l’année 1492 Behaim fit une visite à «es ami* de Nuremberg et leur laissa une carie dessinée de sa propre main, et qui est encore conservée dans les archive* de sa famille.
Jusque-là l'histoire de Martin Bebaim parait fort authentique; mais l'assertion qu’il a découvert quelque partie du Nouveau Monde est une pure hypolhèse.
Lorsque je publiai ma prêt# ère édition, je ne connaissais de Martin Bebaim que ce que j'en avais appris d'une frivole dissertation intitulée .De vero noii orbis in venta rc, publiée A Francfort en 1714 par J. Fréd. Stuvenius. L'autorité d'Herrera m’avait décidé à penser que Behaim n'était pas allemand. Mais d’aprè* des informations plus exactes et plus complète* qui m'ont été communiquées par le docteur Jean Reinold Former, je suis maintenant convaincu de mon erreur. Le docteur Former a eu également la lionté de me communiauer une copie de la carte !
de Behaim, telle qu'elle a été publiée par Doppelmayer dans son Kssai sur les mathématiciens et les artiste* de Nuremberg. Cette carte prouve toute l'imperfection des connaissances cosmographiques de cette époque. Il p*t à peine un seul lieu qui soit placé dan* sa vériiable position ; et je ne puis rien découvrir qui fasse supposer que Behaim eût la moindre connaissance d’aucun des pays de l'Amérique. Il donne 5 la vérité le contour d’une Ile qu'il nomme Saint-Brandon. J’ai pensé que ce pouvait être quelque partie de la Guyane qu’on suppose d'abord ét**e une Ile. Il la place sous la même Dlitude que les Iles du cap Vert , et je présume que ce pourrait bien être une fie imaginaire qui a été admise dans le* anciennes cartes, sur la seule autorité de la légende de l'Irlandais Saini- B ran don ou Brendan , dont l'histoire est « puérile cl si fabuleuse qu’elle est tout-4-fait indigne d’occuper Taitention. i Giraldus Gambresis, apud Missingham FlorUcgiunt sanctarum, p. 427.)
Celle* des Gallois ne paraissent pas mieux foodérs Suivant Powell, une dispute s'étant élevée dan* le douzième siècle entre les fils d'OwenGuynelh.roi de la partie septentrionale du pays de Galles, touchant la succession de sa couronne, Madoc, l’un de ccs princes, fatigué de ces disputes, *e mit en marche pour chercher un séjour plus tranquille. Il dirigea sa course droit à l'ouest en laissant l'Irlande au nord , et arriva dan* un pays inconnu qui lui parut si agréable qu’il retourna dans la province de Galles pour y chercher de nouveaux compagnons; cela se passa, dit-on, vers l’an 1170, après quoi on n'entendit plus parler ni de Madoc ni de sa colonie. Il faut observer que Powell, sur le témoignage de qui est fondée l’autbentirité de ce fait, a publié son histoire plus de quatre siècles après la date de l’événement dont il parle. Chez un peuple aussi grossier et aussi ignorant que l’étaient les Gallois de ce temps, la mémoire d’un fait si reculé ne peut avoir été conservée que fort imparfaitement et aurait besoin d’être confirmée par quelque écrivain d’un plus grand poids que Powell et moins éloigné de l'époque du voysge de Madoc. Des sarans plus modernes se sont à la vérité appuyés sur le témoignage de Merrdith ap Rees, barde gallois, qui mourut en 1177; mais il vécut aussi dans un temps trop éloigné de cet événement pour que son témoignage soit d'un plus grand poids que celui de Powell. D’ailleurs, ses vers, publiés par Hackluit, vol. III, pag. 1 , nous apprennent seulement que Madoc , mécontent de l’état de ses affaires domestiques, parcourut l'Océan pour y chercher de nouvelles possessions. Mais quand même nous admettrions l’histoire de Powell comme authentique, il ne s’ensuivrait pas que le pays inconnu, découvert par Madoc en naviguant 4 l’ouest et en laissant l’Irlande au nord, fût une partie de l’Amérique. Les connaissances des Gallois dans le douzième siècle étaient trop bornées pour leur permettre d’entreprendre un pareil voyage. Si Madoc a fait quelque découverte, ce ne peut probablement être que Madere ou quelqu’une de* fies Hébrides. On a allégué le rapport qu'il y a entre le langage gallois et quelques dialecte* de l'Amérique, comme une preuve du voyage de Maduc. Mais les traits qu’on en cite sont en si petit nombre, et dans quelques-uns même les af imitée sont si obscure* ou si gratuites qu'on ne peut établir aucune preuve sur la ressemblance accidentelle d'un petit nombre de mol*, il y a uu oi.vcau qu’on n'a trouvé jusqn'ici rue sur les côtes
SUR L’HISTOIRE D’AMERIQUE
de l'Amérique méridionale depuis le port Désiré jusqu'au détroit de Magellan : on lui donne le nom de penguin , mot qui dans la langue galloise signifie tête blanche. Tous les auteurs qui veulent faire honneur aux Gallois de la découverte de l’Amérique, citent ce mot comme une preuve irrévocable de l’affinité qu'il y a entre la langue galloise et celle qu'on parle dans cette partie de l’Amétique. Mais M. Pennant qui nous a donné une description détaillée du penguin, remarque que tous les oiseaux de cette espèce ont la tâte noire; «de sorte, ajoute-t-il, que nous devons renoncer ù l'espérance fondée sur cette hypothèse de retrouver dans te Nouveau-Monde la race galloise.» {Phil. Transuct., vol. LVII1, p. 91, elc.) D'ailleurs si les Gallois avaient fait quelque établissement en Amérique vers la fin du douzième siècle, on aurait drt retrouver parmi leurs descendait* quelques indices de la religion chrétienne lorsqu’on les découvrit environ trois cents ans après leur émigration, période trop court pour qu'on puisse supposer que dans cet espace de temps on y ait perdu toute idée des arts et des mœurs de l’Europe.
Les prétentions de* Norv égiens à la découverte de l’Amérique paraissent mieux fondées que celles des Allemands et des Gallois. Les peuples de la Scandinavie se faisaient remarquer dans le moyen âge par la hardiesse et l'étendue de leurs excursions maritimes. En #74, les Norvégiens découvrirent l'Islande où iis établirent une colonie. En 982, ils se rendirent au Groenland, où ils s'établirent pareillement. De là quelques-uus de leurs na vigateurs s'avancèrent vers l'ouest et y trouvèrent un pays plus agréable que les horribles régions qu’ils habi tenl aujourd'hui. Suivant leur rapport, les côtes de ce pays étaient sablonneuses, mais l’intérieur était uni et couvert de bois ; c’est pourquoi ils lui donnèrent le nom de Uelle-land et Mark-land , et ensuite celui de Winland , à cause de quelques plants de vigne qu’ils y trouvèrent garnis de grappes de raisin. L’authenticité de celle histoire est fondée, ù ce que je crois , sur l’autorité du Saga ou de la chronique du roi Olaus, composée par Snorro Sturlonides ou Sturiusous, publiée par Perins- Liold à Stockholm en 1697. Puisque Suorro était né en 1 179, il n’a compilé sa chronique qu 'environ deux siècles apres l'événement qu’il rapporte. Rien n’est plus grossier ni plus confus que le conte qu’il fait de la navigation et des découvertes de Biorn et de Lief, son compagnon, (pag. 104, 110 , 32G). U est impossible d’apprendre de lui dans quelle partie de l’Amérique les Norvégiens sont descendus. Suivant le rapport qu’il fait de la longueur des jours et des nuits, ce ne peut être que vers le cinquantehuitième degré de latitude au nord, sur quelque partie de la côte du Labrador , près de l eulrée du détroit de Hudson, où certainement les raisins ne sont pas une production du pays. Torfeus prétend qu”il y a une erreur dans le texte , et qu’en la rectifiant on peut supposer que l’endroit où les Norvégiens descendirent était situé au quarante-neuvième degré de latitude. Mais ce n’est pas dans celte 'égiou que croit le vin en Amérique. En parcourant le conte de Snorro, je serais porté à croire que la situation de Terre-Neuve correspond mieux avec celle du pays découvert par les Norvégiens; mais ce n’est pas dans une Ile stérile que l’on trouve des plants de vigne. M. Mallet, dans son Introtluc. à THisl. du Danemark, pag. 175, etc., cite plusieurs autres conjectures, mais je ne suis pas assez versé dans la littérature du nord
pour les discuter. Quoi qu’il en soit, il est manifeste que si les Norvégiens ont découvert, dans le dixiéme siècle, quelque partie de l'Amérique, leurs tentatives pour y établir une colonie ont été infructueuses, et que la connaissance en a été bientôt perdue.
NOTE 18, p. 405.
Pierre Martyr ab Angleria , gentilhomme milanais, qui dans ce temps résidait à la cour d’Espagne, et dont les lettres contiennent le récit des faits de ces temps, suivant leur date, dépeint d'une manière fort vive les sentiroens dont lui-même et scs savait* correspondans étaient affectés. « P ta latitiâ prosiluisse te , vixque à la chrymii pra gaudio temperdsse, quandù litterasaspexisii meas qutbus , de antipodum orbe latenti hactenùs , te ceriiorem feci , mi suavissime Pomponi . itisinuasti. Ex tuis ipse Uttcris colligo çuid senseris. Sensisti autrui, tantique rem fecisti, quanti virum summd doctrinâ insignitum decuit. Quis namque cibus sublimibus prœstanpot est ingeniis isto suavior ? Quod condiment mn g rut tus P A me facio conjecturant. Beari sentio spiritus meos, quandù accitos alloquor prudentes aliquos ex his qui ab eâ redeunt provinciâ. Jmplicent animos pecuniarum cumul, s augendis miseri mari, tibidinibus obscur nis ; nos Iras nos mentes , post quant Deo pleni aliquandà fuerimus , contemplando , hujuscemodi rerum notitid demuteiamus. » (Epist. 1 52 , Pompouio Læto.)
NOTE 19, p 470.
Les savant de ce siècle étaient si fortement persuadés que les pays qu’avait découverts Colomb faisaient partie des Indes orientales, que Bernaldès, curé de Los Palacios, qui parait avoir été un des hommes les plus instruits de son temps dans la cosmographie, prétend que Cuba n’était pas une Ile, mais une partie du continent et qu’elle appartenait ù l’empire du grand Khan. Il communiqua cette opinion à Colomb tuéiiic, qui, pendant quelque temps, logea chez lui au retour de son second voyage, et il la soutient par plusieurs argumens, pour la plupart fondés sur l’autorité de Jean Mandeville. JUS. entre tes mains de l’auteur. Antoine Gallo, qui était secrétaire du magistrat de Gènes, vers la fiu du quinzième siècle, a publié un court récit des voyages et découvertes de son compatriote Colomb , qui se trouve joint à ses Opuscula historica de rebus popuit genuensis : il nous apprend, d’après des lettres de Colomb qu’il dit avoir vues , que son opinion, fondée sur des observations nautiques, était qu'une de* Iles qu’il avait découvertes ne se trouva t qu'ù deux heures ou trente degrés de Citügara, qui, dans les cartes de géographie de ce temps, était marqué -, sur l'autorité de Plolimie , lib. vu, ch. m, comme le lieu de l'Asie le plus avancé vers l’orient; d’où il cou cluait que si quelque continent inconnu n’arrélail point la navigation, on devait trouver un passage court et facile vers celte extrémité orientale de l'Asie, eu naviguant à l’ouest. (Muratori, Scriptores rerum italicarum , vol. XX 111, pag. 301.)
NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS
NOTE 20, p. 472.
Bernaldés, curé de Los Palacios, auteur contemporain, dit que cinq mit» de ces captifs furent envoyés en Espagne et vendus publiquement comme esclaves à Séville : mais que le changement de climat el l'impuissance où ils étaient de supporter les fatigue» du travail les firent tous mourir en fort |teu de temps. MS. entre les mains de j l’auteur.
NOTE 21 , p. 170.
Il paraît que Colomb s'élait formé des idée» singulières sur les pays qu'il venait de découvrir. Le» houles violentes et l'agitation singulière des eau s sur la côte de la Trinité, lui tirent croire que c'était là la partie la plu» haute du globe , et il pensait que plusieurs circonstances concouraient à prouver que la mer y était visiblement élevée. Apres avoir posé ce principe erroné, la beauté du pays lui ht adopter l'idée de Jeau Mandeviile , rap. en , que le paradis terrestre était le lieu le plus élevé de la terre ; et il s’imagina avoir été assez heureux pour dé- ! couvrir ce fortuné séjour. Nous ne devons pas être sur- | pris qu’un homme d'une si grande sagacité se soit laissé 1 séduire par les opinions et les récits d'un auteur aussi < fabuleux «pie l’était Mandeviile. Colomb et les autres navigateurs devaient nécessairement suivre les seuls guides qu'ils pouvaient consulter; el il (tarait, par plusieurs pas- j sages du manuscrit de Bernaldés, l'ami de (zxlomb, que j le témoignage de Mandeviile n'était pas d'un médiocre poids dans ce siècle. Bernaldés le cite souvent et toujours avec respect.
NOTE 22, p. 480.
Il est surprenant que ni Goniara ni Oricdo, les plus anciens historiens espagnols de l’Amérique , ni Herrera , même, n’aient regardé Ojeda ou son compagnon Ves- ! puce , comme ayant fait la première découverte du conli- | lient de l'Amérique. Tou» attribuent unanimement cet 1 honneur ;'i Colomb. Quelques auteurs ont supposé qu'un ressentiment national contre Vespurc, qui avait quitté le service d'Espagne pour passer à celui des Portugais , avait engagé ces historiens à ne point parler des découvertes qu'il avait faites. Mai» Martyr et Benzoni, tous deux Italiens, ne pouvaient être gouvernés par ce préjugé. Martyr était un auteur contemporain qui résidait à la cour d'Espagne et qui était à portée d’étre exactement informé de ces faits publics ; cependant il n’ailribue pas à Vespuce la gloire d’avoir le premier découvert l' Amérique. ni dans «es Décades, qui sont la première histoire générale quon ait publiée du Nouveau-Monde, ni dans ses lettres, où il parle des principaux événemens qui sont arrivés de son temps. Benzoni passa comme avauturier en Amérique, en 1541, et y demeura fort longtemps. Il parait avoir été animé d'un zèle fort ardent pour la gloire de l'Italie, sa patrie ; cependant il ne parle ni des exploits ni des découvertes de Vespuce. Herrera, qui a compilé son histoire générale de l'Amérique d’après le» témoignages les plus atiihentiques. suit non-seulement le sentiment des auteurs antérieurs, mais il accuse même Vespuce d’avoir falsifié les dates des deux voyages qu'il a faits dans le Nouveau-Monde , et d'avoir confondu !*»•«• avec l'autre, afin de pouvoir s'arroger la gloire d'avoir découvert le continent. (Herrera, Dec. I, lib. îv.
cap. ti.) Il assure que dans un examen judiciaire de cette matière fait par le fiscal du roi , il fut prouvé par le témoignage de Ojeda lui-méme, qu'il toucha à Hispankda en revenant en Espagne à son premier voyage, au lieu que Vespuce dit qu’il» retournèrent directement de la côte de Paria à Cadix, et qu'ils ne touchèrent i Hispaniola qu'à leur second voyage. Ojeda ajoute qu’ils firent le trajet en cinq mois , tandis que Vespuce prétend avoir employé dix-sepl mois à le faire. ( Fiaggio primo de Am. Fespucci, p. 36. Fiaggio secundo, p. 45.) Herrera nous donne, dan» un autre endroit de son histoire , un récit plus circonstancié de cette recherche et tendant au même but. ( Herrera , Dec. I , lib. vu , cap. v. ) Colomb ne trouvait à Hispaniola lorsque Ojeda y arriva , et s’était déjà alors reconcilié avec Roldan qui s’apposa aux efforts d’Ojcda pour exciter une nouvelle révolte; par conséquent son voyage doit avoir été postérieur à celui de l’amiral. (Fie de Colomb, eh. lxxxiv.j Suivant le rapport de Vespuce, il entreprit son premier voyage le 10 mai 1 497. ( Fiag . primo, p. 6.) C'était dans ce niérne temps que Colomb se trouvait à la cour d'Espagne pour faire les préparatifs de son voyage et qu'il paraissait y jouir d'une grande faveur. La direction des affaires du Nouveau- Monde se trouvait alors entre les main» d'Antoine Toi res. l’ami de Colomb. Il n’est donc pas probable que dans ces circonstances on ait accordé une commission à une autre personne qui aurait pu prévenir l’amiral dans un voyage qu’il était sur le point d’entreprendre Fonseca, qui protégeait Ojeda et qui lui fit obtenir la permission de faire le voyage , ne fut rappelé à la cour et rétabli dans sa charge de directeur des Indes qu'à la mort du prince Jean, qui arriva au mois de septembre de l'année 1497 ; (P. Martyr, Ep. 182), c’est-à-dire plusieurs moi* après le temps que Vespuce prétend avoir mis en mer. En 1745, l’abbé Bandini publia à Florence une Vie de Vespuce in-4*. Cet ouvrage, qui n'a aucun mérite, est écrit avec aussi pr*i de jugement que de vérité. L’auteur soutient les pré. tentions de son compatriote à la découverte du Nouveau- Monde avec tout le zèle aveugle qu’inspire une prévention nationale ; mais il ne produit aucune preuve pour les appuyer. Il dit que le récit du voyage de Colomb fut publié en 1510 et même peut-être plus lin. (Fila di Am. Fesp.. p. 52.) On ignore dans quel temps le nom à' Amérique fut donné pour la première fois au Nouveau-Monde.
NOTE 23, p. 496.
Le formulaire employé à cette occasion a servi de modèle aux Espagnols dans toutes leurs conquêtes postérieures en Amérique. Il est d’une nature si extraordinaire et donne une idée si nette des procédés des Espagnols et des principes sur lesquels ils fondaient leurs droits au vaste empire qu’ils acquirent dans le Nouveau-Monde, que cette pièce mérite toute l'attention du lecteur. «Moi, a Alonzo de Ojeda, serviteur des très hauts et très puis- « sans rois de Castille et de Léon, vainqueur» de nations r barbares, leur ambassadeur et capitaine, je vous no- « tifie el vous déclare, avec toute l’étendue des pouvoirs « que j'ai , que le Seigneur notre Dieu, qui est un et élerr nel, a créé le ciel et la terre, ainsi qu'un homme et « une femme, de qui sont descendus vous rt nous, el « tous les hommes qui ont existé ou qui existeront dans « le monde. Mai» comme il est arrivé que les générations
SUR L’HISTOIRE D’AMERIQUE
« successives, pendant plus de cinq mille ans, ont été dis n penéei dans les différentes parties du monde, et se u sont divisées en plusieurs royaumes et provinces, parce a qu'un seul pays ne pouvait ni les contenir ni leur four- « nir les subsistances nécessaires; c’est pour cela que le « Seigneur notre Dieu a remis le soin de tous ses peuples « à un homme nommé saint Pierre , qu’il a constitué b seigneur et chef de tout le genre humain, afin que tous « les hommes, en quelque lieu qu’ils soient, nés ou dans a quelque religion qu'ils aient été instruits, lui obéissent, alla soumis la terre entière à sa juridiction , et lui a or- « donné d établir sa résidence à Home , comme le lieu le « plus propre pour gouverner le monde. Il lui a pareille- « ment promis et accordé le pouvoir d’étendre sou au- «éoritésur quelque autre partie du monde qu’il voudrait, « et de juger et gouverner tous les chrétiens, Maures, « Juifs, idolâtres, ou tout autre peuple de quelque secte a ou croyance qu'il puisse être. On lui a donné le nom de « pape, qui veut dire admirable , grand père et tuteur ; « parce qu’il est le père et le gouverneur de tous les « hommes. Ceux qui ont vécu du temps de ce saint père a lui ont obéi en le reconnaissant pour leur seigneur et « roi , et pour le maître de l’univers. On a obéi de même « à ceux qui lui ont succédé au pontifical ; et cela comi- « nue aujourd’hui cl continuera jusqu’à la fin des siècles.
a L'un de ces pontifes, comme maître du inonde, a fait « la concession de ces lies et de la terre ferme de l’Océan « à leurs majestés catholiques les rois de Castille, don « Ferdinand et dona Isabelle de glorieuse mémoire, et â a leurs successeurs nos souverains, avec tout ce qu’elles « contiennent , comme cela sc trouve plus amplement ex- « pliqué par certains actes qu’on vous montrera si vous « le désirez. Sa majesté est donc , en vertu de celte dona- « lion, roi et seigneur de ces lies et de la terre ferme , « et c’est en celte qualité de roi et de seigneur que la a plupart des Iles â qui on a fait connaître ces litres ont a reconnu sa majesté, et lui rendeot aujourd'hui foi et c hommage de bon gré et sans opposition , comme â leur « maître légitime. Et du moment que les peuples ont été a instruits de sa volonté, ils ont obéi aux hommes saints a que sa majesté a envoyés pour leur prêcher la foi; et a tous, de leur plein gré et sans le moindre espoir de «récompense, se sont rendus chrétiens cl continuent « de l’étre. Sa majesté les ayant rerus avec bonté sous sa « protection, a ordonné qu'on les traitât de la même ma- « nière que ses autres sujets et vassaux. Vous êtes tenus « et obligés de vous conduire de même ; c'est pourquoi a Je vous prie et vous demande aujourd'hui de prendre le « temps nécessaire pour réfléchir mûrement â ce que je « viens de vous déclarer, alîn que vous puissiez recou a naître l'église pour la souveraiue et le guide de l’unin vers, ainsi que le saint père, nommé le pape, par sa « propre puissance , et ta majesté, par la coucession du « pape, pour rois et seigneurs souverains de res Iles et « de la terre ferme; et afin que vous consentiez que les « susdits saints pères vous annoncent et vous prêchent la n foi. Si vous vous conformez à ce que je viens de vous a dire, vous ferez bien et vous remplirez les devoirs auxa quels vous êtes obligés et tenus. Alors sa majesté et « moi en son nom, nous vous recevrons avec amour et « bonté, et nous vous laisserons vous, vos femmes cl vos a enfaus, exempts de servitude, jouir de la propriété de « tous vos biens, de la même manière que les babitans
« des Iles. Sa majesté vous accordera rn outre plusieurs « privilèges , exemptions et récompenses. Mais si vous rr « fusez ou si vous différez malicieusement d'obéir à mon « injonction, alors, avec le secours de Dieu, j’entrerai »r par force dans votre pays, je vous ferai la guerre la « plus cruelle, je vous soumettrai au joug de l’obéts- « sauce envers l’église et le roi, je vous enlèverai vos a femmes et vos enfans pour les faire esclaves et en « disposer selon le bon plaisir de sa majesté ; Je saisirai « tous vos biens et je vous ferai tout le mal qui dépendra « de moi. comme â des sujets rebelles qui refusent de se a soumettre â leur souverain légitime. Je proteste d’a- « vance que tout le sang qui sera répandu et tous les « malheurs qui seront la suite de voire désoliéissance r n pourront être imputés qu'à vous seuls, et non à sa ma- « jesié , ni à moi ni à ceux qui servent sous mes ordres ; a c’est pourquoi vous ayant fait cette déclaration et rea quisilion . je prie le notaire ici présent de m’en donner « un certificat dans la forme requise.» (Herrcra, Dtcad. I, lib. vu, cap. xir. )
NOTE 24, p. 502.
Balboa , dans sa lettre au roi, dit que de cent quatrevingt-dix hommes qu'il avait emmeucs avec lui, il n’y en eut jamais quatre-vingts â la fois en élat de servir, tant ils souffraient de la fatigue, de la faim et des maladies. (Herrcra, Dec. I, lib. x, c. xvi. P. Martyr, Dec., pag. 226.)
NOTE 25. p. 500.
Fooseca , évêque de Palencia et principal directeur des affaires de l'Amérique , avait huit cents Indiens en propriété; le commandeur Lopcdc Lonchillos, son premier associé dans ce département, en possédait onze cents, et on en avait donné en grand nombre aux autres favoris. Ils envoyaient des intendaus aux Iles pour louer ces esclaves aux colous. (Herrcra, Dec. I, lib. ix , c. xiv, p. 325.)
NOTE 20, p. 515.
Quoiqu'il y ait plus d’eau en Amérique que dans aucune autre partie du globe, on ne trome cependant ni ruisseau ni rivière datis la province de Yucatan. Celte péninsule s’étend dans la mer à cent lieues de longueur depuis le continent , mais n’a pas plus de vingt-cinq lieues dans ta plus grande largeur. L’est une plaine unie où il n’y a pas la moindre montagne. Les habitant font usage de l'eau de puits, qu’on trouve partout en abondance. Toutes ces circonstances font regarder cette vaste étendue de terre comme un lieu qui a fait autrefois partie de la iner. (Herrera, Peser. Indice occident., pag. 14. Dut. nat., par M. de tiutfon , tom. 1 , p. 503.)
NOTH 27 , p. £10.
M. Clavigero me critique pour avoir dit que les Espagnols qui s’étaient embarqués avec Cordova et Lrijalva s'imaginèrent, dans leurs espérances fantastiques, voir sur les eûtes de Yucatan des villes ornées de tours et de coupoles. Je ne sais dans quelle traduction il aura lu mon histoire (car la citation qu’il en fait n'est pas tirée de l’original) ; mats je n’aurais jamais imaginé qu'aucun bâtiment érigé par les anciens Américains pût faire naître l’idée d’une coupole ou d’un dôme, structure que
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENT
leur habileté en archileclure, quelle qu'elle frit, était incapable de concevoir. Mes expressions sont : qu’ils transformaient les villages, qu'ils voyaient de leurs vaisseaux, en autant de villes ornées de tours et de pinacles. Far pinacles, j'entends quelques élévations qui surgissaient au-dessus des autres bâtiment. et le passage est traduit presque littéralement d'Herrera. [Dec. II. lit), m, c. 1.) Dans presque toutes les descriptions des nouveaux pays, données par les voyageurs espagnols de ce siècle, on retrouve celle cbaleur d'admiration qui les porte à décrire ces nouveaux objets dans les termes les plus emphatiques. Lorsque Cordova et scs compagnons aperçurent pour la première fois un village indien plus considérable qu'aucun de ceux qu’ils eussent rencontrés jusqu'alors dans ces Iles, ils le qualifièrent du nom splendide de Grand-Caire . (B. Diaz, c. u). Ce fut par la même cause que Grijalva et ses compagnons pensèrent que le pays li: long duquel ils avaient dirigé leur course méritait le nom de Nouvelle- Espagne
NOTE 28, p. 518.
Suivant N. de Cassini, la plus grande hauteur des Pyrénées est de six mille six cent quarante-six pieds. Celle du mont Gemmi, dans le canton de Berne, est de dix mille cent et dix pieds. Le P. Kcuillé dit que, suivant sa mesure, le pic de Ténériffe a treize mille cent soixante- dixhuit pieds de hauteur. La hauteur du C.himboraço, la partie la plus élevée des Andes, est de vingt mille deux cent huit pieds. ; é 'oyages de D. J. Ulfoa , observation astron. et phys., loin. Il, pag. 114.) La seule partie du Cbimboraço, qui est toujours couverte de neige, a huit cems toises de hauteur peroendiculaire. (Prévost , Hist. gdn. cet voyages, vot. XIII, p. 63C.)
NOTE 29, p. 518.
Comme une description particulière fait une plus forte impression que des assertions générales , je placerai ici un compte rendu de la rivière de la Plata , par un témoin oculaire, le P. Caltaneo , jésuite de Modène, qui arriva à Buenos- Ayrcs en 1749 , et qui décrit les sentiuiens qu'il éprouva à la première vue de ces objets nouveaux.* Lorsque j'étais en Europe et que je lisais dans les livres de géographie et d'histoire que l’embouchure de la rivière de la Plata avait cent cinquante milles de largeur, je regardais ce récit comme une exagération, parce que nous u'avons dans notre hémisphère aucune rivière qui approche de cette grandeur. Mon plus grand désir, eu approchant de son embouchure, fut de vérifier par rooiméme la vérité de ce fait , et j'ai trouvé qu’on l'avait rendu avec fidélité; ce que je conclus particulièrement d'une circonstance. Lorsque nous partîmes de Monte- Video, qui est un fort situé à plus de cent milles de l'embouchure de In rivière et où sa largeur est considérableiiienldiminuée . nous naviguâmes un jour entier avant de découvrir le bord opposé de la rivière. Lorsque nous nous trouvâmes au milieu du canal, nous ne pûmes discerner ui l’un s ni l’autre rive et ne vîmes que le ciel et l'eau, comme si nous avions été dans le Grand-Océan. Nous aurions même pensé être en pleine mer si la douceur de l’eau de cette nvière, qui est aussi trouble que celle du Pô, ne nous eût pas convaincus du contraire. A Bueuos-
Àyres même, qui est à ccnt lieurs plus haut , et où la rivière est bien moins large encore , il est impossible de rien distinguer sur la rive opposée, qui , à la vérité . est fort basse et fort plate; on ne peut pas seulement voir les maisons ni les tours de l'établissement portugais de Colonia qui sc trouvent à l'autre bord. {Le Itéra prima, publiée par Muratori , dans son Christianesimo fe lice, etc., c. i, pag. 257.)
Terre-Neuve, une partie de la Nouvelle-Écosse et le Canada , sc trouvent sous le même parallèle de latitude que le royaume de France, et dans ces pays l’eau des rivières est gelée pendant l'hiver â plusieurs pieds d'épaisseur ; la terre y est couverte de neige ; la plupart des oiseaux quittent pendant cette saison un climat où ils ne pourraient pas vivre. Le pays des Esquimaux , une partie de la cote de Labrador et les pays qui se trouvent au midi de la baie d'Hudson, sont sous le même parallèle que la Grande-Bretagne; cependant le froid y est si excessif que toute l'industrie des Européens mêmes n’a pas tenté de les cultiver.
NOTE 31 , p. 520.
Acosta est. je crois, le premier philosophe qui ait cherché à rendre raison des différent degrés de chaleur dans l'tncien et le nouveau contincns par l'action des veufs qui régnent dans l’un et dans l'autre, f Histoire morale, etc., lib. it et m.) M. de Buffon a adopté cette théorie, qu'il a uon-seulcment rectifiée par de nouvelles observations, mais qu'il a même embellie et mise dans un jour plus frappant avec son éloquence ordinaire. On ajoutera ici quelques remarques qui pourront éclaircir encore une doctrine très importante dans ses recherches sur la température des différens climats.
Lorsqu'un vent froid souffle sur un pays, il doit en y passant lui enlever une partie de sa chaleur et par-lâ même perdre une partie de sa froideur. Mais s’il coulinue à souffler dans la même direction , il passera par degrés sur une surface déjà refroidie, et ne pourra bieotôt plus perdre de son âpreté. Si donc il parcourt un grand espace, il y apportera tout le froid d'une forte gelée.
Si le même vent parcourt l'étendue d’une mer vaste et profonde , la superficie de l’eau sera d’abord refroidie A un certain degré, et le vent sc trouvera réchauffé à proportion Mais l’eau plus froide de la surface devenant spécifiquement plus pesante que l'eau plus chaude qui est au-dessous, descend, et celle qui est plus chaude prend sa place ; celle-ci te refroidissant à son tour, continue A échauffer le courant d’air qui passe par-dessus et en diminue la froideur. L'action mécanique du vent et le mouvement de la marée contribuent à opérer ce changement successif de l’eau de la surface et l’élévation de celte qui est plus chaude, et par conséquent le refroidissement successif de l’air.
Cela commuera de même , et l'âpreté du vent diminuera , jusqu’à ce que l’eau soit refroidie au point que sa surface ue soit plus assez agitée par l’action du vent pour qu’elle ne puisse se glacer. Partout où la surface te gèle , le vent n’est plus réchauffé par l'eau intérieure, et il continue alors â souffler avec le même degré de froid.
C’est d’après ces principes qu'ou peut expliquer les
SUR L’HISTOIRR D’AMERIQUE.
forte* gelées dan* le* grands roui irions, la douceur de* hivers dans les petites Iles et le froid excessif des hivers dans ces parties de l'Amérique septentrionale qui nous sont le mieux connues. Dans les lieux qui sont au nordoucst de l’Europe , la rigueur de l’hiver est modérée par les vents d’ouest qui soufflent assez constamment pendant les mois de novembre, de décembre cl une partie de janvier.
D’un autre côté , lorsqu’un vent chaud souffle sur la terre, il en échauffe la surface . qui par conséquent doit cesser de diminuer la chaleur du vent. Mais lorsque ce même vent souffle sur les eaux, il les anite, fait monter celle d’en bas qui est plus froide et coutiuue ainsi à perdre de sa chaleur.
Mai* la principale cause de cette propriété de la mer de modérer la chaleur du vent ou de l’air qui passe pardessus, c’est que la surface de la mer, attendu la transparence de l'eau, ne peut pas être échaufTéc à un degré considérable par les rayons du soleil ; au lieu que la terre, qui est exposée à leur action , acquiert bientôt une grande chaleur. Ainsi lorsque le vent parcourt un continent de la zone torride , il devient bientôt d'une chaleur insupportable ; mais en passant sur une vaste étendue de mer, il se rafraîchit par degrés, de sorte qu'en arrivant % à la côte la plus éloignée , il devient propre à la respiration.
Ces principes peuvent nous aider à expliquer la cause des chaleurs étouffantes des grands conlinens de la zone torride , de la douceur du climat des Iles qui se trouvent à la même latitude , de la grande chaleur qu'on éprouve pendant l’été dans les grands continens situés sous les zones tempérées ou plus froides, en comparaison de celle qu'on éprouve dans les lies. La chaleur du climat dépend non-seulemeut de l’effet immédiat des rayons du so'eil, mais encore de leur action continue et de la chaleur qu'ils ont déjà produite antérieurement , et dont la terre demeure imprégnée pendant quelque temps; c’est pour cela qu'ou éprouve dans le jour la plus grande chaleur vers les deux heures apres midi ; que les graudes chaleurs de l’été se font sentir vers le mois de juillet, et que le froid est ordinairement plus violent en hiver vers le mois de janvier.
I.a température modérée des parties de l' Amérique qui se trouvent sur l'équateur provient des forêts qui les couvrent et qui empêchent les rayons du soleil d’échauffer la terre. Le sol o ctant point échaufTe ne fient pas à son tour échauffer l’air, et les feuilles qui interceptent les rayons du soleil ne sont fias d’un volume suffisant pour absother la quantité de chaleur nécessaire pour opérer cet effet. On sait d’ailleurs que la force végétative d’une plante produit dans les feuilles une perspiration proportionnée à la chaleur à laquelle elles sont exposées . et par la nature de l’évaporation, cette perspiration produit dans les feuilles un degré de froid proportionnel à la perspiratiou. Ainsi donc l’effet delà feuille pour échauffer l’air qui est en coutacl avec elle est prodigieusement diminué. Ces observations, qui jettent un nouveau jour sur ce sujet intéressant, m’ont été communiquées par mon ami, M Kobison, professeur de physique à l'université d'Edimbourg.
NOTE 32, p 520.
Deux grands naturalistes, Piso pi Margrave, nous ont donné la description du climat du Brésil avec une prétision philosophique que nous désirerions de retrouver dans les relations de plusieurs autres provinces de l'Amérique. Tou* deux disent qu’il est doux et tempéré en comparaison du climat de l'Afrique, ce qu'ils attribuent principalement au vent frais de la mer qui souffle constamment. Lairy est non-seulement frais pendant la nuit, mais même assez froid pour obliger les habitant à faire du feu dans leurs cabanes. ( Piso , de Mcdicina branliensi, lib. i , p. 1, etc. Margravius , Hist. rerum natttrai. Brasiliœ, lib. rm, c. ni. p. 261.) Ce fait se trouve confirmé par Nieuhoff , qui a long-temps résidé dans le Brésil. (C.hurrbill's Collection , vol. Il, p. 26.)Gumilla, qui a passé plusieurs aimées dans le pays qu’arrose l’Orénoqur, nous fait le même rapport de la température de son climat. ( Histoire de l'Orénoque , tom. I, p. 28.) Le P. Anugia dit avoir beaucoup souffert du froid sur les liords de la rivière des Amazones. ( Helat ., vol. Il , p. 56. ; M. Biet , qui a vécu long-temps à Cayenne , parle de même de la température de ce climat et l'attribue à la même cause. ( Voyage de la France équinox., p. 330.) Bien ue peut être plus différent de ces descriptions que celle que M. Adanson nous a donnée de la chaleur bnV lanle delà côte d’Afrique, t Voyageait Sénégal, passim.)
J*3 forme de l’extrémité méridionale de l'Amérioue * parait être la cause la plus sensible et la plus probable du degré eieetsif de froid qu’on ressent dans celle partie du continent. Sa largeur diminue à mesure quelle s étenfl du cap Saint -Antoine vers le sud, et ses dimensions sont tort rétrécies depuis la baie de Saiut-Julien jusqu'au dé • lroit de Magellan. Ses côtes orientale et occidentale sont baignées par la mer du Nord et l’océan Pacifique. Il est probable qu’une vaste mer s’étend depuis sa pointe méridionale jusqu’au pôle antarctique .Dansquelquc direction que souffle le vent, il se trouve rafraîchi avant d’arriver aux terres magellaniques , en traversant une immense étendue d’eau, et la terre y occupe un espace trop peu considérable pour pouvoir réchauffer le vent à son passage. Ce sont ces circonstances qui concourent 5 rendre la température de l’air de cette partie de l’Amérique plus semblable à celle d'une Ile qu’à celle du climat d’un continent , et qui l’empêchent d’acquérir ce degré de chaleur qu’éprouvent en été les pays qui se trouvent , en Europe et en Asie, dans la même latitude septentrionale. Le vent du nord est le seul qui arrive à cette partie de l’Amérique après avoir traversé un grand comment. Mais apres un examen attentif de sa position , nous trouverons que cela même sert plutôt à diminuer qu’à augmenter le degré de chaleur. C’est à l’extrémité méridionale de l’Amérique que finit proprement l’immense chaîne des Andes, qui parcourt presque en ligne droite, du nord au sud, toute l’étendue du continent. Les régions les plus brûlantes de l’Amérique méridionale, le Brésil, le Paraguay et le Tucuman sont à plusieurs degrés à l’est des terres magellaniques. Le pays plat du Pérou, où I on éprouve la chaleur des tropiques, est situé fort à l’ouest de ces terres. Le veut du nord , quoiqu’il traverse la terre, n’apporte donc pas à l’exlrémité méridionale de l’Amérique l’aug-
1 Cette dernière partie de la note a été retranchée par Robertson dans sa dernière édition.
médiation «le chaleur qu’il a pu prendre en passant par Ira régions brillantes, parce qu'avant d'y arriver il doit rater le* sommets des Andes et s'imprégner du froid de ccs régious glacées.
KOTE 33, p. 521.
En 1739, on fit partir deux frégates françaises pour faire de nouvelles découvertes. Le* navigateurs commencèrent 5 sentir un froid excessif au quarante-quatrième dégré de latitude méridionale Au quarante-huitième degré , ils trouvèrent des Iles flottantes de glace. {Hist. des nai ig. aux terres austr. ,tom. Il, p. 256, etc. ) I-e docteur Haliey trouva de la glace au cinquante-neuvième degré de latitude (/<*., tom. I, pag. 470 Le commodore Byron, se trouvant sur la côte des Patagons, à cinquante degrés trente-trois minutes de latitude méridionale, le 15 décembre. qui est le milieu de l’été de cette partie du globe où le plus long jour tombe au 21 décembre , compare ce climat avec celui de l’Angleterre au milieu de l’hiver. {Voyages df ttawkesworlh, tom. 1, pag. 25.) M. Banks étant descendu 5 la Terre - de - Feu dans la baie de Bon -Succès, située au cinquante -cinquième degré de latitude, le 16 janvier, qui répond au mois de juillet de notre hémisphère, deux de ses gens moururent de froid pendant la nuit, et tous fureutdans le plus grauddauger de périr. ( id ., tom. II , pag. 51, 52.) Le 14 mars, qui répond au mois de septembre de l’Europe, l’hiver s'élaît déji déclaré , et les montagnes se trouvaient couvertes de neige. [Ib. , pag. 72.)
Le capitaine Cook , dans son voyage au pôle méridional, nous fournit des exemples nouveaux et frappans de l'intensité extraordinaire du froid dans cette région du globe. «Oui aurait pensé , se dit-il, qu’une Ile qui n’a que soixante et dix lieues de circuit, et qui est située entre le cinquante -quatrième et le cinquante-cinquième degré de latitude, serait, au plus fort de l’été, couverte entièrement de plusieurs brasses 'la brasse a six pieds) de neige glacée , et plus particulièrement vers la côte sudouest? Les sommets des hautes montagnes étaient couverts de neige et de glace, et la quantité qui se trouve dans les vallées est incroyable : à Centrée des baies ta côte se termine par un mur de glace d’une hauteur considérable. n
Dans quelques parties de l’ancien continent il règne, dans des latitudes méridionales très peu élevées, un degré extraordinair&de froid. M. Boyte , dans son ambassade à la cour du Dalay-Lama , passa l’hiver de 1774 5 Chaninaning situé au trente cl unième degré trente -neuf minutes de latitude nord, et il trouva souvent que le thermomètre s’élevait dans sa chambre â vingt-neuf degrés au - dessous de la glace , du thermomètre de Fahrenheit. Au milieu du mois d'avril , toutes les eaux stagnantes étaient glacées, et il tombait fréquemment de la neige. L’élévation extraordinaire du pays semble être la cause de ce froid excessif. En se rendant de Clndostan au Thibel, on monte beaucoup pour parvenir au sommet des montagnes du Bouian; la descente de l'autre côté n'est pas dans In même proportion. Le royaume du Tbibel est un pays élevé, extraordinairement nu et désert. Le froid extraordinaire dans les basses latitudes de l’Ainérique ne pcuL être attribué 5 la même cause, parce que ces pavs ne sont pas remarquables par leur élévation, et que plusieurs sont même bas et plats.
AIHC1SSEMENS
La cause la plus probable de la plus grande intensité du froid vers l'extrémité méridionale de l’Amérique semble être la forme du continent lui -même. Sa largeur décroît graduellement depuis le cap Saint- Antoine, dans la direction du sud , et scs dimensions vont toujours eu diminuant depuis la baie de Saint- Julien jusqu’au détroit de Magellan. A l'est et à l'ouest, il est baigné par les océans Atlantique et Pacifique. Il est probable qu’une grande étendue de mer, sans aucune terre bien considérable, s'étend 5 partir de sou poiut le plus méridional jusqu’au pôle antarctique. Dans quelque direction que le veut souffle, il arrive très rafraîchi aux régions inagellaniques, après la vaste étendue d'eau sur laquelle il a passé; et il n’y a 15 aucune terre assez considérable pour qu’il puisse y puiser une grande chaleur en la traversant. Les circonstances concourent 5 rendre, dans ce district de l’Amérique, la température de l’air plus semblable 5 celle d’un climat insulaire que d’un climat continental, et l’empêchent d’arriver pendant l’été au même degré de chaleur que les lieux placés eu Europe et en Asie 5 une latitude correspondante au nord. Le vent du nord est le seul qui arrive 5 cette partie de l’Amérique après avoir traversé un vaste continent. Mais en examinant attentivement la position dans laquelle il souffle, il est facile de se convaiurre qu’il tend plutôt 5 dimi- $ nucr qu’5 augmenter la chaleur. L'extrémité méridionale de l'Amérique est proprement la dernière limite de celle immense chaîne des Andes qui s’étend presque en ligne directe du nord au sud, à travers tout ce continent. I<es régions les plus chaudes de l'Amérique méridionale , telles que la Guyane, le Brésil, le Paraguay, le Tueuman, sont 5 plusieurs degrés 5 l’est des terres magellaniques. La plaine du Pérou , qui jouit des chaleurs du tropique , est située fort 5 l’ouest de ces régions. Quoique le vaut du nord souffle sur des terres, il u’apporte 5 l’extrémité méridionale de l’Amérique aucune chaleur nouvelle qu’il ait pu ramasser dans son passage 5 travers des rég on» torrides ; mais au contraire, avant d’y arriver, il faut qu’il s’élève au-dessus des sommets des Andes, et qu’il s’y imprègne du froid de cette région glacée.
Quoiqu'il soit maintenant prouvé qu’il n’existe aucun comment méridional dans la région du globe où on supposait qu’il devait se trouver, il paraît néanmoins, d’après les découvertes du capitaine Cook , que près du pôle sud on trouve une grande étendue de pays, et que c’est 5 cela qu’on doit une grande partie de ces monceaux de glaces répandus dans la mer du Sud (v. Il, p. 230, 239). Peutêtre l'influence de ce lointain continent de glace se faitelle scutir jusqu'aux extrémités méridionales de l’Amérique c’est une recherche qui n’est pas indigne d’attention.
NOTE 34, p. 522.
M. de La Condamine, un des derniers et des plus exacts observateurs de l’état intérieur de l'Amérique méridionale dit : «A celte foule d’objets variés, qui diversifient «le* campagnes cultivées de Quito, succédait l’aspect le «plus uniforme; de l’eau, de la verdure et rien de plus. «On foule la terre aux pieds sans la voir ; elle est si cou- « verte d’herbes touffues, de plantes et de broussailles, «qu'il faudrait un assez long travail pour en découvrir « l’espace d’un pied. »{Rclat. abrégée d'un voyage, etc.)
Une des singularités de ces forêts, c’est une espèce d'o-
SUR L'HISTOIRE D’AMERIQUE
Hier, que le* Espagnols appellent bejucos , le* Françai* lianes , et auquel le* Indien* donnent le nom d enibbecs, dont on se sert ordinairement en Amérique au lieu de cordes Olte plante monte en serpentant autour de* arbre* qu’elle rencontre, et après »’élre élevée jusqu’aux plus hautes branches, elle jette des filets qui descendent perpendiculairement , rentrent dan* la terre, y prennent racine, s'élèvent de nouveau autour d’un autre arbre, montant ainsi et descendant alternativement. D'autres rejetons, porté* obliquement par le vent ou par quelque hasard, forment un assemblage confus de cordafies qui ressemble aux manœuvre* d’un vaisseau. (Baucroft, Nat lli>t. of Guiana , p. 99.) ün trouve de ce* filet* de liane qui sont de la Grosseur du bras d’un homme. (/bid., p. 75. ! I.a relation que M. Bouguer a donnée des forêt* du Pérou , ressemble parfaitement & celte description. (Posage an Pérou, p. 10.) Oviedo nous a laissé une semblable description des forêts qui se trouvent en d’autres partir* de l’Amérique. ( Hisl ., lib. ix, p. 141, D.) Pendant plus de quatre mois de l’année, les Moxes ne peuvent avoir de Communication entre eux, parce que la nécessité où ils sont de chercher de* hauteurs pour se mettre k couvert de l'iiioudation fait que leurs cabanes sont fort éloignées le* une* des autres. ( Lettres édifiantes , tom. X , p. 187. )
Garcia nous a donné une description détaillée et exacte des rivières, des lacs, de* bois et de* marais des provinces de l’Amérique situées entre les tropiques. ( Origen de tos Jndios , lib. n , c. v, $4, 5.) Les difficultés incroyable* que Gonzalès Pizarre eut à surmonter en voulant pénétrer dan* le pays situé k l’est des Andes nous donne un tableau frappant de l’état où se trouvait celte partie de l'Amérique avant d’être défrichée. (Garcil. de la Vega, Comment ro/al du Pérou, part, u, liv. ni, cap. n-v.)
NOTE 35, p. 523.
Il parait que les animaux de l’Amérique n'ont pas toujours été plus petits qoe ceux des autres parties du globe. On a trouvé pré* de* rive* de l'Ohio un grand nombre d’os d’une grandeur étonnante. L’endroit ou l’on a fait cette découverte se trouve k cent quatre-vingt-dix mille* plu* bas que le confluent de la rivière Scioto avec l'Ohio, et k près de quatre mille* de la rive de cette dernière, du côté d'un marais nomme le Grand- Marais-Salé . Ce* os se trouvent en grande quantité à cinq ou six pieds sous terre, cl la couche en est visible sur le bord du Marais- Salé. ( Journal of colonel George Croglan: Ms. entre les mains de l’auteur.) Cet endroit parait marqué avec exactitude dans la carte d'Evans. Ce* os doivent avoir appartenu à des auiinaux d'une grandeur énorme; les naturaliste* , qui n’ont jamais connu d'animal vivant d'une pareille stature, oui d’abord été portés à croire que c’é- * (aient des substances minérales. Après en avoir reçu plusieurs échantillons de différentes parues de la terre, et après les avoir examinés avec plus d'allenliou, on est enfin convenu que c'étaieul des os de quelques animaux : comme l'éléphaul est le plu* grand quadrupède connu , et que les dent* qu’on a trouvées ressemblent beaucoup à celles des éléphans. Uni par la qualité que par la forme, on en a conclu que les squelettes trouvés près de l’Ohio étaient de celle espèce. Mais le docteur Uunier, l’un des savans de ce siècle qui est le plus en étal de décider celte que*-
tion , après avoir examiné attentivement plusieurs morceaux de* défenses, des dents mâchclièns et de* mâchoires, envoyées de l'Ohio k Londres, a prétendu qu’elle* n’appartenaient pa* k l'éléphant , mai* k quelque grand animal carnivore d’une espèce inconnue. (P hit. Transact., vol. LVIII, pag. 34.)On a trouvé de* os delà même espèce et d’une grandeur aussi remarquable près des embouchure* de l’Oby, de Jeniseia et de la Lena, trois grandes rivière* de Sibérie. (Stralheuljcrg, Descrip . des parties septentrionale et orientale de l’Europe et de l'Asie, pag. 402.) L’éléphant parait ne pas sortir de la zone torride, et ne point multiplier au-delà. Il ne pourrait vivre dans ce* froides régions qui bordent la mer Glaciale. L’existence de ces grands animaux en Amérique pourrait ouvrir un vaste champ aux conjectures. Plus nous considérons la nature et la variété de se* productions. plus nous devons être convaincus que ce globe terraqué a subi d’étrange* changemens par des convulsions et des révolutions dont l’histoire ne nous a conservé aucune trace.
NOTE 36, p. 523.
Cette dégénéralion de* animaux domestiques d’Europe en Amérique doit être attribuée en partie aux causes suivante*. Dans le* établissemen* espagnols qui *c trouvent ou *ous la zone torride, ou dans le* pays qui l'avoisinent, le plus grand degré de chaleur et le changement de nourriture empêchent les moutons et le* bêles k corne de p^^nir k la même grandeur qu’en Europe. Ils devicnRM rarement aussi gras, et leur chair n’en a ni le suc ni la saveur délicate. Dans l’Amérique septentrionale, où le climat e*l plu* tempéré et plus approchant de celu* de l’Europe, les herbes qui viennent naturellement dans les pâturages sont d’une mauvaise qualité. (Mitchell, pag. 157. ) L’agriculture y a fait si peu de progrès que la nourriture artificielle pour les troupeaux y est en très petite quantité, et l’on n’y prend presque aucun soin du bétail pendant l’hiver, qui est très long dans plusieurs provinces et rigoureux dans toutes. On traite fort mal le* chevaux et le* béte* k cornes dan* toutes les colonies anglaises. Toutes ces cause* contribuent peut-être plus que la qualité du climat k faire dégénérer, dans ces provinces , la race des chevaux , des bœufs et des moutons.
NOTE 37, p. 523.
En 1518 l’Ue d'Hispaniola fut désolée par ces insecte* destructeur*. Herrera , qui rapporte toute* le* particularités de ce fléau , nous donne un exemple singulier de la superstition des colons espagnol*. aAprès avoir essayé, dit-il, tous les moyen* possible* de détruire les fourmis ils résolurent d’implorer la protection des saints; mais comme c’était une espèce de calamité toute nouvelle, ils furent embarrassés sur le choix du saint qui pourrait leur être le plus propice. Ils tirèrent au sort le patron qu’ils devaient choisir. I^e sort décida en faveur de saint Saturnin. Ils célébrèrent sa fêle avec une grande solennité, et le fiéau, ajoute l’historien, commença sur-lechamp à diminuer ses ravages.» (Herrera , Decad. Il » lib. in, c. xv, pag. 107.)
822 NOTES ET ECLAIRCISSE MENS
NOTE 38, p. 521.
L’auteur de* Recherches philosophiques sur les Américains penne que cette différence de chaleur eut égale à douze degrés; c’est-à-dire qu'il fait aussi chaud en Afrique, à trente degrés de l'équateur, qu’à dix huit degrés seulement en Amérique (tom. i, pag. 1 1). Le docteur Mitchell, après trente ans d'observations, prétend que cette différence est égale à quatorze ou quinze drgrés de latitude. ( State , pag. 257.)
NOTE 39, p. 521.
M. Berlram , qui le 3 janvier 17G5 se trouva à la source de la rivière de Saint- Jean dans la Floride, y éprouva un froid si violent que, dans une seule nuit, la lerre fut gelée de l’épaisseur d’un pouce sur le* bords de la rivière. Us tilleuls, les citronniers cl les bananiers périrent tous à Saint-Augustin. { Bertram’s Journal, pag. 10.) Udocteur Mitchell nous fournit plusieurs exemples des effets extraordinaires du froid dans les provinces du inididc l’Amérique septentrionale. [Présent Male , pag. 200, etc. ) Le 7 février 1747, le froid fut si violent à t.harlestown, que deux bouteilles d'eau chaude qu’une personne avait mises en se couchant daus son lit, se trouvèrent feudues le lendemain au matin, et que l'eau n'était plus que deux morceaux solides de glace. One jate d'eau dans laquelle était une anguille vivante, fut gelée jusqu’au fond daus une cuisine où il y avait du feu. Presque tous les orangers et les oliviers furent détruits. ( Des crip. of south Carolina, vin. London, 1701} ^0
NOTE 40, p. 524.
Nous trouvons un exemple remarquable de cette fertilité dans la Guyane hollandaise, pays fort plat, et si bas que pendant les saisons pluvieuses il est ordinairement couvert de près de deux pieds d'eau. Cela rend le sol si riche, qu’il y a sur la surface, à douze pouces de profondeur, une couche d’engrais excellent qu'on transporte pour cet usage à la Barbade. On a fait successivement trente coupes de cannes à sucre sur les bords de l’Essequebo , tandis qu’on u’en fait jamais plus de deux dans les Iles des Indes occidentales. Les colons sc servent de plusieurs moyens pour diminuer cette excessive fertilité du sol. (Bancroft, Nat. ist. of Guiana, p. 1Ü, etc.)
NOTE 41 , p. 528.
Il parait que c’est sans la moindre preuve évidente que M. Muller a supposé que le cap avait été doublé (tom. I, pag. 2, etc.) L'académie impériale de Saint- Péicrsbourg parait appuyer ce sentiment sur la mauière dont lschukohmoï-Noss, sc trouve placé sur ses cartes. Mais je suis convaincu, d'après une autorité incontestable, que jamais aucun vaisseau russe n’a fait le tour de ce cap; et Ion n’a que des notions très imparfaites du pays des TschuÜÊÎ , qui ne dépend pas de l’empire de Russie.
Si c’était ici le lien d’entrer dans une longue et épineuse recherche de géographie, nous pourrions faire plusieurs observations curieuses en comparant les relations des deux voyages des Russes et les cartes de leurs navigations respectives, lînc remarque nous servira pour tous es deux : on ne peut regarder comme absolument exacte
la position qu’ils donnent aux difféix^^ .ieux qu’ils ont visités. Le temps était si nébuleux qu’il» ne vireut qne rarement le soleil ou les étoiles, et la position des lies et des conlinem supposés fut déterminée par le seul calcul et non par des observation*. Behring et Tscbirikow allèrent beaucoup plus loin vers l’est que Krcnitzin. Le pays découvert par Behring, et qu’il regarda comme fautant partie du continent de l’Amérique, est situé au deux cent trente-sixième degré de longitude, en comptant du premier méridien à Plie de Fer, cl au cinquanie-huitiemc degré vingt-huit minutes de latitude. Tschirikow toucha à la même cûte au deux cent quarante-uuième degré de longitude et au cinquante-sixième de latitude. (Muller, I , 218, 249. ) Il faut que le premier se soit avancé à soixante degrés de Petropawlowska , d’où il mit à la voile , et le dernier à soixante-cinq degrés. Mais ü parait par la carte de Kreuilzin qu’il ne poussa son voyage qu’au deux cent qiiaire-vrngtième degré à l’est, et seulement à trentedeux degrés de Petropawlowska. En 1741 .Behring et Tschirikow , en allant et en revenant, dirigèrent principalement leur route au jsud de la chaîne d’Iles qu’ils avaient découverte , et eu observant les montagne* et le terrain inégal des caps qu’ils voyaient an nord , II* pensèrent que c’étaient des promontoires de quelque partie du continent de l'Amérique qui, à ce qu’ils s’imaginèrent, s’étendait jusqu’au cinquante-sixième degré de latitude au sud. C'est ainsi qu’on le* trouve placés dans la carie publiée par Muller, et sur une carte dessinée à la main par un contre-maître du navire de Behring, et qui m’a été communiquée par M. le professeur Robison. Mais en 1709, Krenilzin, après avoir hiverné dans l’Ilc d’Alaxa , s'avança si fort au nord, en revenant , que $a route se trouva couper par le milieu ce qu’ils avaient supposé devoir être un continent, et qu'il trouva n’étre qu'une iner ouverte ; et il vit que ce qu’on avait pris pour des caps du continent n’étaient que des Iles de rorbe. Il est à présumer que le* pay* découverts en 1741 à l’est n’appartietment pas au continent de l’Amérique, et ne sont qu’une rominuatiou de celle chaîne d’Ilc*. Le froid extrême qui pendant l'été règne dans foutes ces Iles, nous porte à conjecturer qu’elle* ne sont dans le voisinage d'aucun continent. Le nombre des volcan* qui se trouvent dans ce* régions du globe est extraordinaire. Il y en a plusieurs au Kamslchatka , et il n’y a pas une de» Iles, grandes ou petites, que les Russes ont visiLées, où l’on n’en trouve. Plusieurs de ces volcan* sont encore allumés, et toute* les montagnes conservent des marques de leurs anciennes éruption*. Si je voulais admettre les conjectures qu'on a avancées en parlant de la population de l'Amérique, je pourrai* supposer que cette partie de la terre ayant souffert de violentes secousses par des treinblemens de terre et des volcans, l’isthme qui peutêtre a uni autrefois l’Asie ù l’Amérique a été brisé et transformé par le choc en un groupe d'iles.
Il est singulier que dan* le même temp* que le* Russes cherchaient à faire des découvertes au nord-ouest de l'Amérique, le* Espagnols étaient occupés du même projet dans une autre partie de ce continent. En 1709 . deux petits navires partirent deLorette, en Californie pour découvrir les eûtes du pay* qui est au nord de cette péninsule. Ils ne passèrent pas le port de Monte-Rey .
1 ilué au trente-sixième degré de latitude. Mai* dans plusieurs anlr§8 expéditions faites du port deSaint-Blas
Sim L'HISTOIRE D’AMERIQUE.
dans b Nouvelle-Galice , les Espagnols s’avancèrent jus- | qu'au cinquante-huitième degré de latitude, {(iazeta de Madrid , des 19 mars et 14 mai 1776.) Mais comme les journaux de ces voyages n'ont pas encore été publiés, je ne puis comparer les progrès qu'ils ont faits avec ceux des Kukscs, ni faire voir à quel point les navigateurs des deux nations se sont approchés les uns des autres. Il faut espérer que le ministre éclairé qui est aujourd'hui à la tête des affaires d'Espagne en Amérique ne privera pas le public de ces instructions.
NOTE 43, p. 630.
Laconnaissanceque nous avions de la proximité desdeux conünens d’Asie et d'Amérique était fort imparfaite au moment où je publiai pour la première fois mou Histoire d'Amérique ; elle est maintenant complète. I>e compte rendu par M. Cook des découvertes russes entre l'Asie et l'Amérique, imprimé eu 1780, contient plusieurs faits aussi curieux qu'important sur les différentes tentatives faites par les Busses pour ouvrir une communication avec le Nouveau-Monde. L’auteur du grand voyage de décojvertes, commencé par le capitaine Cook en 1776, cl terminé par les capitaines Clerk et Gore, publié en I7b0, a donné tous les renseignement que la curiosité humaine pouvait désirer à cet égard.
Mon ami M. Playfair, professeur de mathématiques à {'université d’Édimbourg, a bien voulu à ma requête comparer les récits et les cartes de ces illustres voyageurs avec les relations et caries plus imparfaites des Russes. Je citerai ici, dans ses propres expressions, le résultat de cette comparaison , et avec beaucoup plus de confiance dans son exactitude scientifique que je n'en aurais pu mettre dans mes propres observations sur ce sujet.
Les découvertes du capitaine Cook dans sou dernier voyage ont confirmé le raisonnement du docteur Robertson et ont lié ensemble tous les faits sur lesquels posait son argumentation. Il est maintenant confirmé que Behring, et Tschirikow ont touché la côte de l'Amérique en 1741 ; le premier découvrit la terre sous la latitude de cinquante-huit degrés vingt -huit minutes et à environ deux cent quatre-vingt-six à l'est de l’ile Ferro. Il a donné une description si minutieuse de la baie où il a jeté Cancre et des hautes montagnes appelées par lui Sainl-Élie, et placées par lui à l'orient de celte baie , que bien que le compte rendu de son voyage soit fort abrégé dans la traduction anglaise, le capitaine Cook reconuut ce lieu en naviguant le long de la côte occidentale de l’Amérique, en 1778. L’ile de Saint-Uermogène, près de l'embouchure de la rivière de Cook , les Iles Scbumagin , sur la côte d’Alaska, et 111e Brumeuse , conservent dans la carte du capitaine Cook les noms qu’ils avaient reçus du navigateur russe. {Fox- de Cook , vol. Il, p. 317.)
Tschirikow arriva sur la même côte à environ deux degrés trente minutes de plus au sud que n’élail arrivé Behring, près du mont Ëdgecumb de Cook.
Quant à Kreniuin , nous apprenons , par le compte rendu de Cook des découvertes russes, qu’il fit voile avec deux vaisseaux en 1768, de l'embouchure du kamtschalka, avec son propre vaisseau ; qu'il aborda l’Ile d'Ounalaska, dans laquelle existait an établissement russe depuis 1762, et qu'il y passa l'hiver probablement dans te meme port ou la même baie où le capitaine Cook jeta ensuite l'ancre. L'autre vaisseau passa l’hiver A Alaska, qu’on croyait
être une Ile , mais qui fait partie du continent américain. Krenitzin revint donc sans savoir qu'aucun de ses deux vaisseaux eût tourné la côte d’Amérique, et cela est d’autant plus surprenant , que nous savons par le récit du capitaine look que les Russes, aussi bien que les habitait» d’Ounalaska, regardent Alaska comme un grand cou tment.
«D'après Krenitzin, le vaisseau qui avait liasse l’hiver à Alaska s’était à peine éloigné à trente-deux dq;rcsà l’est du port de Saint - Pierre et Saint-Paul , dans le Kam tscbalka : niais suivant les caries beaucoup plus exactes du capitaine Cook , il se serait éloigné jusqu'à trente-sept degrés dix-sepl minutes à l’est de ce port.
On retrouve la même erreur de près de cinq degrés dans la longitude donnée par Krinilzin à Ounalaska. Il estasse/ curieux que dans la carte des mêmes mers, remise par les Russes dans celte Ue aux mains du capitaine Cook , il y avait une erreur de la même espece et presque de la même étendue
«Mais ce qu’il n’est pas inutilede remarquer, c’est que les découvertes du capitaine Cook ont pleinement confirmé les conjectures du docteur Robertson : que de futurs navigateurs, en allant plus loin au nord dans ces mers que ne Font fait Behering , Tschirikow ou Krenitzin, pourront découvrir un jour que le continent de l’Amérique est encore plus rapproché qu’ils ne Font pensé de celui de l’Asie (liv. îv .o
«On a en effet trouvé que ces deux cont inens ,qui sont au cinquante-cinquième parallèle, à l’extrémité méridionale d’Alaska , sont éloignés l’un de l’autre d'environ quatre cents lieues, et vont continuellement en se rapprochant à mesure qu'ils s’étendent vers le nord , jusqu'à ce que, à moins d'un degré du cercle polaire, ils sont ter • minés par deux caps, éloignés de quinze lieues seulement Fun de l'autre. Le cap oriental de FAsie est à soixantesix degrés six minutes de latitude, et à dix-neuf degrés vingt-deux minutesdelongittidc orientale de Greenwich; et l’extrémité occidentale de l'Amérique ou le cap du Prince de Galles, est à soixante-cinq degrés vingt minutes de latitude, et cent quatre-vingt onze degrés quarante-cinq minutes de longitude. Presque au milieu de ce détroit « court (le détroit de Behring) , qui sépare ces deux caps , sont les deux lies de Saint-Diomède , d’où on peut voir les deux conlinens. Le capitaine King rapporte qu’en faisant voile à travers ce détroit , le 6 juillet 1779. le brouillard étant venu à se dissiper, il put jouir du plaisir de voir en même temps de son vaisseau les deux coiiUliens d'Asie et d'Amérique et les Iles de Saint-Diomède, placées au milieu d'eux. {Voy. de Cook , voUIII, p. 244.)
«Au-delà de ce point, le détroit s'ouvre vers l’océan arctique, et les côtes de l'Asie et de l’Amérique divergent si rapidement l'une de l'autre, que sous le soixante neuvième parallèle elles sont éloignées de plus de cent lieues.
«Au sud de ce détroit on trouve un grand nombre dlles, celles de Clerk, de King, d'Anderson, etc., qui peuvent aussi bien que celles de Saint-Diomède avoir facilité l'émigration des habitons d'un continent à l’autre. Cependant, sur la foi des Russes d'Üimalaska , et d'après d’autres bonnes raisons, le capitaine Cook a diminué le nombre des Iles placées dans les premières cartes de l’archipel septentrional , et a aussi indiqué Alaska , ou le promontoire qui s’étend au sud-ouest du continent de l’Amérique vers le Kamtscbatka, comme étant à une distance de cinq degrés de longitude plus éloiguéede la côte
NOTKS ET ECLAIRCISSE MF. N S
de l’Asie qu’elle dc sc trouvait d’après ks navigateurs russes.
«La géographie de l'Ancien comme du Nouveau-Monde est donc également redevable aux découvertes faites dans ce mémorable voyage qui a rectifié bien des erreurs, rempli bien des lacunes cl confirmé l'exactitude de plusieurs observations précédentes. La base de la cane de l'empire russe, eu ce qui concernait le K amtsch.it La et te pays dc Tschutzkv était la position des quatre villes de Yakush, Ochotz , Bolcheresk , et Petropawlowski , qui avait été détcruiiuée par l'astronome Cronsinikof. ( Nov. Comment. Petrop.,v ol. III, p. 465.) Mais l'exactitude des observations de fxiok fut constatée par MM. Engrl et Robert de Vaugondy. (Cook, App l, u*> 2, p. 267, 2'J2); et le premier de ces géographes alla jusqu’à retirer vingtcinq degrés de la longitude qui, sur la foi des observât ions de krisiluicof avait été assignée aux limites orientales de Tempire russe. Si l’ou considère que nos navigateurs anglais, après avoir déterminé la posiliou de Petropawlowski par un grand nombre d'observations exactes, ont fixé La longitude dc ce port à cent cinquante-huit degrés quaran te- trois minutes est de Greenwich et sa latitude à cinquante-trois degrés une minute , en tondant d’accord avec les calculs de l'astronome russe, le premier à sept minutes près, le second avec une différence de moins d’une demi-minute, on jugera sans doute que cette coïncidence sut la situation d’un endroit aussi éloigné ne laisse pas une incertitude de plus de quinze milles anglais, et c'est là une précisioo que pour l'honneur de la science, il importe de remarquer.
«La principale erreurdes cartes russes vient de ce qu'on n’y a pas porté assez loin les limites de cet empire vers l'est, comme on le voit en effet , pour le pays de Tscbutssi et la pointe nord-est de l'Asie. Avec ces lieux dont la position avait été inexactement tracée, sur les notes imparfaites de Behring et de Synd, on ne pouvait manquer de s'exposer à un grand nombre d’erreurs ; aussi avait-on fixé le point à vingt-trois degrés deux minutes est seulement du méridien de Petropawlow ski. (Cook, App., n°2.)
«D’après les observations du capitaine King, la différence de longitude entre Petropawlowski et le cap oriental est de trente et un degrés neuf minutes , c’est-à-dire huit degrés neuf minutes plus grande que 1rs géographes russes ne le supposaient.
«Il parait par les voyages de Cook etde King (III, 272) que les conlinens de l’Asie et de l’Amérique sont habituellement réunis par la glace durant l’hiver. M. Samwell confirme celte remarque de son officier supérieur. «A l’est de cet endfoit, dit-il .c’est-à-dire à la latitude desoixantesix degrés nord, les deux cotes ne sont éloignées que de treize lieues, et à environ moitié chemin entre elles gisent des Iles qui ne sont éloignées que de vingt milles de* autres rivages. Il était aisé aux naturels de l’Asie dc passer sur la côte opposée qu’ils avaient en vue, et il n’est pas douteux que soit à dessein, soit par accident, cela ne dût avoir lieu dans un certain nombre d’années. Iis canots que nous vîmes cbez les Tscbutski étaient en étal de faire un bien plus long voyage, et quelque grossiers qu'ils aient pu être dans des temps éloignés de nous, on ne peut guère supposer qu’ils ne fussent en étal dc soutenir un passage de six à sept lieues. Quelques babitans oui pu être transportés par accident à la côte opposée spr des morceaux de glace flottante. Ils ont pu même y
aller sur des traîneaux ou à pied; car uous avons toute raison de croire que le détroit est entièrement gelé en hiver, Pt ainsi, durant cette saison au moins, le* continent, quant à ce qui est d'une communication facile entre eux, peuvent être regardés comme une seule et même terre. • f Lettre de M. Samwell t Scots magazine pour 1788, p. 604.)
Il est probable qu'avant peu d’années cette intéressante portion de la science géographique aura reçu de nouvelles améliorations. Aussitôt après la publication du Voyage du capitaine Cook, l’illustre souverain de la Russie, attentif à tout ce qui pouvait étendre ks limites de la science ou lui donner un plus haut degré d'exactitude, forma le plan d'un nouveau voyage de décomrrtes dan* le but d’explorer les parties de l'Océan située* ewre l’Asie et l’Amérique , et non visitées par Cook , d'examiner avec plus d’exactitode les Iles qui s’étendent presque d’un continent à l'autre, de visiter la côte nord-est de l’empire russe, depuis l’embouchure du Kovyma ou Kolyina jusqu’au cap Nord, etde fixer enfin par des observations astronomiques la position de tous les lieux digues de remarque. l.a direction de cette importante entreprise fut confiée au capitaine Rillings, officier anglais au service russe , qui avait accompagné le capitaine Cook dans son dernier voyage, et qui par-là était mieux qu’un autre préparé à tout ce qu’il y avait à faire. Afin de rendre cette expédition encore plus utile, on désigna un naturaliste fort distingué pour accompagner le capitaine Rillings. Il faudra six ans pour mettre à fin tout ce qui a ete prescrit dans ce voyage. (Cook, Supplément uux découvertes russes , p. 27.)
NOTE 4 J, p. 535.
Peu dc voyageurs ont eu autant d’occasions que don Antoine Ulloa d’observer les habitans des différente* contrées de l'Amérique. Dans un ouvrage qu’il a publié dernièrement, il décrit de la manière suivante les traita caractéristiques de cette race d’hommes. « Un front très petit, couvert de cheveux aux extrémités jusque vers le milieu des sourcils; de petits yeux ; un nez mince, effilé et recourbé vers la lèvre supérieure: le visage large, les oreilles grandes ; le* cheveux trè* noir* , lisses et rudes , les membres bien tournés; le pied petit ; le corps d une proportion exacte ; la peau unie et sans poil, excepté dans la vieillesse où il leur vient un peu de barbe, mais jamais aux joues.» f Noticias A me ricanas , etc. , p. 307.) M. le chevalier Pinto qui, pendant plusieurs années a résidé dans une partie de l’Amérique où Ulloa n'a jamais été, donne l’esquisse suivante de l'aspect général des Indiens de cc* contrées, a Ils sont tous d’une couleur de cuivre , avec quelque différence dans les teintes, non pas en proportion de leur distance de l'équateur, mais selon le degré d’élévation du sol qu'ils habitent. Ceux qui rivent sur les hauteurs sont plus blancs que ceux qui occupent les terrains bas et marécageux de la côte. Leur visage est rond et plus éloigné peut-être de la forme ovale que celui d'aucun autre peuple. Leur front est petit, l’extrémité de leurs oreilles fort éloignée du visage, leur* levre* épaisses, leur nez camus, les yeux noirs ou couleur de châtaigne, petits, mais distinguant les objets à une grande distance, lueurs cheveux sont toujours épais, lisses, et sans la moindre apparence de frisure. Ils n’ont de poil sur aucune partie du corps, excepté à la tête. Au
SUR L’HISTOIRE D’AMERIQUE. 82a
premier regard un habitant de l’Amérique méridionale paraît un être doux et tranquille ; mai» en l'examinant de plus près on trouve dans sa figure quelque chose de sauvage . de méfiant cl de sombre. » ( Ms. entre les mains île fauteur.) Cet deux portraits, faits par des mains plus habiles que celles du commun des voyageurs , ont une grande ressemblance entre eut.
NOTE 45, p 537.
fl y a des exemples étonnans de l'agilité soutenue des Américains à la course. Adair rapporte les aventures d'un guerrier de Chikkasab, qui en un jour el demi et deux nuits, fil trois milles comptés au travers des bois et des montagnes. (Hat. of Amer. Indians, p. 306.)
K OTE 46, p. 537.
M Godin le jeune , qui , pendant quinze ans , a résidé parmi les Indiens du Pérou et de Quito, et pendant vingt ans dans la colonie française de Cayenne, où il y a un commerce suivi avec les Galibis el les autres peuplades de l'Orénoque , observe que la vigueur de la constitution des Américains est exactement en raison de leur habitude au travail. Les Indiens des climats chauds, tels que ceux des côtes de la mer du Sud , de la rivière des Amazones et de celle de l’Orénoque, ne peuvent pas être comparés pour la force à ceux des régions froides; cependant, dit-il , il part tous les jours des chaloupes de Para , établissement portugais sur la rivière des Amazoues, pour remonter la rivière malgré la rapidité de son cours; ces chaloupes, avec les mêmes rameurs, se rendent à San-Pablo, qui est & huit cents üeues de là. On ne trouvera aucun équipage de blancs ni même de nègres en état de résister à une pareille fatigue, comme les Portugais en ont fait l’expérience ; cependant c’est ce qu’on voit faire tous les jours aux Indiens , parce qu'ils y sont habitués depuis leur enfance. ( Manuscrit entre les mains de fauteur.)
NOTE 47, p. 539.
Don Antoine Ulloa, qui a parcouru une grande partie du Pérou el du Chili , le royaume de la Nouvelle-Grenade cl plusieurs autres provinces qui bordent le golfe du Mexique, pendant les dix années qu’il a travaillé avec les mathématiciens français, et qui eut cusuite occasion de voir les habitans de l’Amérique septentrionale , dit : « Quand on a vu un seul Américain , on peut dire qu'on les a tous vus, tant ils se ressemblent par le teint et par la figure.» ( Notic . americanas, p. 30».) Un observateur plus ancien , Pedro de Cieca de Léon , un des conquérans . lu Pérou , qui a traversé aussi plusieurs provinces de h' Amérique , assure que ces peuples, hommes et femmes , paraissent être tous enfans d’un même père el d’une même mère , malgré le nombre infiui de peuplades ou de nations et la diversité des climats qu’ils habitent. ( Chro n ica dcl Pcru. part, i, c. xix.) On ne peut pas douter qu’il n’y ait une certaine combinaison de traits et un certain air particulier qui forment ce qu'on peut appeler une figure européenne ou asiatique. Il doit donc y en avoir une aussi qu’on peut nommer figure américaine et qui doit être propre à la race entière. Ce caractère géné rai peut frapper les voyageurs au premier coup d'œil , tandis que les nuances qui distinguent les peuples de différentes régions échappent à leurs observations. Mais
lorsque des personnes qui ont si long-temps résidé parmi les Américains attestent toutes cette ressemblance fie figure dans les différens climats , nous pouvons eu conclure qu’elle est plus remarquable que celle d’aucune autre race d’hommes. (Voyez aussi Garcia, Origen de los /ndios, p. 54 , 242. Torqueinada, Monarq. ind.. vol. Il, p. 571.)
NOTE 48, p. 539.
M. le chevalier de Pinto dit qu'on lui a assuré que dans les parties intérieures du Brésil on trouve quelques individus qui ressemblent aux blafards du Darien , mais que la race ue s’en propage point et que leurs enfans sont semblabiesaux autres Américains. Celte espèce d’hommes est cependant peu connue. (Manuscrit entre les mains de fauteur).
NOTE 49, p. 541.
L'auteur des Recherches philosophiques , etc., tom. I, page 281, etc., a rassemblé el coustalé avec beaucoup d’exactitude les témoignages de plusieurs voyageurs touchant les Patagons. Depuis la publication de cet ouvrage, plusieurs navigateurs ont visité les terres magellauiques, et diffèrent beaucoup, ainsi que leurs prédécesseurs, dans les relations qu’ils ont données des habitans de ce pays. Suivant le commodore Byron et son équipage, qui passèrent le détroit en 1764, la grandeur ordinaire des Patagons est de huit pieds, plusieurs même sont beaucoup plus grands. (Phil. Transae., jrol. LV II, p. 78.) Les capitaines Wallis et Carteret, qui les ont réellement mesurés en 17G6, disent qu'ils ont six el jusqu'à six pieds cinq et sept pouces. (Phil. transact., vol. LX, p. 22., Ces derniers paraissent cependant avoir été le même peuple dont on a si fort exagéré la grandeur en 1764, puisque plusieurs avaient encore des colliers et de la flanelle rouge de la même espèce que celle qu'on avait mise à bord du vaisseau du capitaine Wallis; d'où il conclut fort naturellement qu'ils avaient reçu ces présens de M. Byron. ( Voy. rédigés par Hawkesivorlh, loin. I. ) M. de Bougainville les mesura de nouveau en 1767, et son rapport s’approche beaucoup de celui du capitaioe Wallis. (Voy., tom. I, p. 242.) Aux témoignages que je viens de citer, j’en ajouterai encore un autre d’un grand poids. En 1762, don Bernard Ibaguez d'Ecbavarri accompagna le marquis de Valdelirios à Bucnos-Ayres, où il résida pendant plusieurs années. C’est un auteur fort judicieux et qui parmi ses compatriotes passe pour ne s’être pas écarté de la vérité. En parlant des contrées qui se trouvent à l’extrémité méridionale de l’Amérique, il dit : « Far quels Indiens sont-elles habitées? Ce n’est certainement pas par les fabuleux Patagons, qui , à ce qu’on prétend , occupent ce district. Plusieurs témoins oculaires qui ont vécu et commercé avec ces Indiens m’en ont donné une description exacte. Ils sout de la même taille que les Espagnols ; je n’en ai jamais vu qui eût plus de deux vares et deux ou trois pouces; a c’est-à-dire, environ 80 ou 81, 332 pouces anglais, si M. Echavarri a calculé d'après la i vire de Madrid ; ce qui s’accorde beauamp avec la mesure donnée par le capitaine Wallis. (Reyno Jesuit., p. 238.) M. Falkner, qui a demeuré pendant quarante anscomme missionnaire dans les parties méridionales de l’Amérique , dit que « les Patagons ou Puelches sont un peuple d’une grande taille; mai» je n'ai jamais entendu parler de cette race de géans dont
*20 NOTES ET ECLAIRCISSEMENS
quelques voyageurs oui fail mention .quoique j’aie vu le* individu» de différente* peuplade* des Indien» méridionaux. o (/ntroduc., p. 36.) M. Dobrizhoffer, jésuite, qui a résidé dix -huit au» au Paraguay, et qui a visité un grand nombre de* diverses tribus qui habitent les pays situés sur le détroit de Magellan, confirme de tout point le témoignage de son coufrère le missionnaire Falkner. Dobrizhoffer entre dans quelques détail* sur le* opinions de plusieurs auteurs au sujet de la taille de* Patagons. A pré* avoir mentionné le* rapport* de quelque* anciens voyageurs sur l’énorme grandeur d'os regardé* comme des os d'homme*, trouvés sur cette côte, et avoir cherché à démontrer que le* o* appartenaient à quelque grand mammifère ou poisson, il termine en disant : « De hisce m si bus erede quicquid libueril , dummodù , me majore, Patagones pro gigantibus de si nas habere. »
{ fftsloria de AbLssonibus , vol. Il , p. 19.)
Antoine Sdnchès Ribeiro, savant et ingénieux médecin, a publié en 1765 une dissertation, par laquelle il cherche à prouver que celte maladie n'a pas été apportée de l’Amérique, mais qu’elle a pris naissance en Europe, où elle a été ta suite d’une maladie épidémique et maligne. Si je voulais entrer ici dan* une discussion sur ce sujet, dont je n’aurai* pas parlé s'il n’avait pas été intimement lié avec me* recherche*, il ne serait pas difficile de faire voir quelque* méprises dans les faits sur lesquels il se fonde, et quelques erreurs dans les conséquence* qu’il en tire. I<a communication rapide de ce mal, de l’Espagne sur toute l’Europe, ressemble plu* au progrès d’une épidémie qu’à une maladie transmise par contagion. On en a parlé pour la première foi* en Europe en 1493; cl avant l’année 1497» ce mal « était déclaré dan* presque toutes les contrée* de l’Europe avec des symptômes si alarmait» qu'on jugea nécessaire d'interposer l'autorité civile pour en arrêter le progrès. Lie pu is la publication de mon Histoire, on m’a communiqué une deuxième édition de la dissertation du docteur Sanchc* ; elle contient quelque» nouveaux fait* en faveur de son opinion, qui est soutenue par de* argumens si plausibles, que le sujet de ces recherche* me parait tout-à-fail digue de l'atteulion de* naturalistes instruits.
NOTE 51 , p. 541
Le peuple d'Otahiü n’a point de terme pour signifier un plus grand nombre que celui de deux cents, qui suffit pour scs calculs. {Relations des Voyages , etc., par (Iavvkesvvorth , traduction française, in- 1°. Pari*, 1774, tom. 11, p. 540.)
NOTE 52, p. 546.
Tomme la peinture que j’ai faite des nations sauvages diffère beaucoup de celle que nous en ont donnée de* auteurs très estimables, il est peut-être nécessaire de produire ici quelques-unes des autorités sur lesquelles j’ai fondé ma description. Jamais les rmimrs des sauvage* n’ont été décrite* par des personnes plus en état de le* observer avec discernement que le* philosophes employé» en 1735 par la France et par l’Espagne pour déterminer la figure de la terre. M. Rougucr, don Antonio Llloa cl don George Juan ont vécu long-temps parmi les
nations le* moins civilisées du Pérou. M. de La Condainine a eu non-seulement aussi cette occasion de les observer , mais en descendant le Maragnon il a été à portée de voir les différentes peuplades qui habitent sur les bords de cette rivière dans son long cours au travers du continent de l’Amérique méridionale.
Il y a un rapport frappant entre les descriptions qu'ils nous ont données du caractère des Américains. « Ils sont tous d'une paresse extrême, dit M. Rouguer ; ils passeront des journées entières dan* la même place, assi^sur leur* talons, san* remuer ni sans rien dire.» On ne peut assez dire combien ils montrent d’indifférence pour les richesse* et même pour toute* leurs commodités... On lie sait souvent quelle espèce de motif leur proposer lorsqu’on veut en exiger quelque service... On leur offre inutilement quelque» pièce* d’argent , ils répondent qu’ils n’ont pas faim.» {Voyage au Pérou, in-4°. Paris, 1749,
Si on les regarde comme des hommes , les bornes de leur intelligence semblent incompatiblesavecl’excellence de l’àme , et leur imbécillité est si visible qu’à peine en certains cas peu^-on se faire d’eux une autre idée que celle qu'on a des bêles. Rien n'altère la tranquillité de leur âme, également insensible aux revers et aux prospérité*. (Juoiqu'à demi nus, ils sont aussi conlens que le roi le plus somptueux dans se» hahillemens. Les richesses n’ont pas le moindre attrait pour eux , et l’autorité et les dignités où ils peuvent prétendre leur paraissent si peu de» objets d'ambition, qu’un Indien recevra avec la même indifférence l'emploi d'aleade cl celui de bourreau, si on lui ôte l'un pour lui donner l’autre. Rien ne peut les émouvoir ni les faire changer ; l’intérêt n’a aucun pouvoir sur eux, et souvent ils refusent de rendre un petit service, quoique sûrs de recevoir une grasse récompense. La crainte lie fait aucun eFfet sur eux ; le respect n'en produit pas davantage, disposition d’autant plus singulière qu'on ne peut la changer par aucun moyeu : on ne peut ni les tirer de cette indifférence qui est à l’épreuve des efforts des hommes le* plus habiles, ni les faire renoncer à cette grossière ignorance ni à cette négligence insouciante qui déconcertent la prudence de ceux qui s'occupent de leur bien-être. ( Voyage de Ulloa , tom. I . p. 335 et 336. j II cite des traits extraordinaires de ces qualités singulières ,'p. 33C et 347.) « L’insensibilité, dit M. de La Condamine, fail la base du caractère des Américains. Je laisse à décider si on la doit honorer du nom d’apathie, ou l’avilir par celui de stupidité. Elle naît sans doute du petit nombre de leurs idées, qui ne s’étend pas au-delà de leur» besoins. Gloutons jusqu'à la voracité quand ils ont de quoi la satisfaire; sobres, quand la nécessité les y oblige, jusqu’à se passer de tout sans paraître rien désirer ; pusillanimes et poltrons à l’excès, si l’ivresse ne les transporte pas; ennemis du travail; indifférens à tous motifs de gloire, d’honneur et de reconnaissance ; uniquement occupés de l’objet présent, et toujours déterminés par lui , sans inquiétude pour l'avenir ; incapables de prévoyance et de réflexion ; se livrant, quand rien ne les gène , à une joie puérile, qu’ils itianifesteni par des sauts et des éclats de rire immodérés, sans objet et sans dessein , ils passent leur vie sans penser, et ils vieillissent sans sortir de l’enfance dont ils conservent tous les défauts. Si ces reproches ne regardaient que le* Indien» de quelque» provinces du Pérou, auxquels il ne manque que le nom d'esclaves, on pour-
SLR L’HISTOIRE D’AMERIQUE.
rail croire que celle espèce d'abrutissement naît de la servile dépendance où ils vivent , l'exemple des Grecs modernes prouvant assez combien l'esclavage est propre â dégrader les hointnrs ; mais les Indiens des missions et les sauvages qui jouissent de leur liberté étant pour le moins aussi bornés, pour ne pas dire aussi stupides que les autres, on ne peut voir sans humiliation combien l'homme abandonné à la simple nature, privé d'éducation et de société, diffère peu de la béte.» ( Relation abrégée d'un voyage, etc., p. 52 et 53. ) M. de Chanvalou , observateur intelligent et philosophe, qui se rendit à la Martinique en 1751 , et qui y résida pendant six ans, a fait des Caraïbes le portrait suivant : «Ce n'est pas la couleur rougeâtre de leur teint , ce ne sont pas leurs traits différens des nôtres, qui mettent une si grande différence entre eux et nous; c’est leur excessive simplicité; ce sont les bornes de leur conception. Leur raison n’est pas plus éclairée ni plus prévoyante que l’iustinct des bêles. Celle des gens de la campagne les plus grossiers, celle même des nègres élevés dans les parties de l'Afrique les plus éloignées du commerce, laisse entrevoir quelquefois une intelligence encore enveloppée, mais capable d accroissement. Celle des Caraïbes ne parait presque pas en être susceptible. Si la saine philosophie et la religiou ne nous prêtaient pas leurs lumières, si l’oo se décidait par les premières impulsions de l’esprit , on serait porté d’abord â croire que ces peuples n’appartiennenl pas à la même espèce humaine que nous. Leurs yeux stupides sont le vrai miroir de leur âme ; elle parait sans fonctions; leur indolence est extrême. Jamais de soucis pour le moment qui doit succéder au moment présent, o ( Voyage à la Martinique , p. 44, 45 et 51.) MM. de la Borde, ï>u Tertre et Rocbefort. confirment cette description. « I«e* marques caractéristiques des Californiens , dit le père Venegas, de même que tous les autres Indiens, sont la stupidité et l’insensibilité ; le défaut de connaissance et de réflexion ; l’inconstance, l’impétuosité et un appétit aveugle ; une paresse excessive qui leur fait abhorrer la fatigue el le travail ; l'amour du plaisir et des amusemens, quelque insipides et grossiers qu’ils soient; la pusillanimité et le découragement; en un mot, le défaut total et absolu de tout ce qui constitue l'homme, et le rend raisonnable, inventif, traitable, utile à luimême et à la société. Il n’est pas aisé aux Européens qui ne sont pas sortis de leur pays de se former une juste idée des peuples dont je parle. On aurait de la peine 5 trouver dans le recoin le moins fréquenté du globe, une nation aussi stupide, aussi bornée, aussi faible d'esprit et de corps que les malheureux Californiens. Leur intelligence ne va pas au-delà de ce qu’ils voient ; les idées abstraites, les raison nemens les moins compliqués sont hors de leur portée, de manière qu’ils ne perfectionnent presque jamais leurs premières idées ; encore sont -elles fausses et imparfaites. On a beau leur faire sentir les avantages qu’ils peuvent se procurer en agissant de telle ou telle façon , ou en s’abstenant de ce qui les flatte, on ne gagne nen sur eux ; ils ne peuvent comprendre le rapport qu’il y a entre les moyens et les fins ; ils ne savent ce que c’est que de s’occuper à se procurer un bien ou à se garantir d'un mal dont ils sont menacés. Leur volonté est proportionnée à leurs facultés, et toutes leurs passions n’agissent que dans une sphère très bornée. Ils u'onl absolument point d’ambition, et ils sont iufiiiimcul plus jaloux de passer pour robustes que pour Taillons.
lis ne connaissent ni l’honneur, ni la réputation , ni les litres, ni les postes, ni les distinctions de supériorité ; de manière que l’ambition , ce puissant ressort des ac lions humaines, qui cause tant de biens appareils et tant de maux réels dans le monde, n’a aucun pouvoir sur eux. Cette disposition d’esprit les rend non-seulement paresseux, indolent, inactifs et ennemis du travail, mais leur fait encore saisir avec empressement le premier objet qui se présente devant eux pour peu qu’il leur plaise. Ils regardent avec indifférence les services qu’on leur rend, et n’eri conservent aucune reconnaissance. En un mot, on peut les comparer à des enfans en qui la raison n’est pas encore développée. C’est proprement une nation chez qui aucun individu ne parvient à l'âge viril. » [Hist. nat. et du. de la Califor ., t. I, p. 39, 00. ) M. Ellis parle de même de l’indolence el du caractère inconséquent du peuple qu'on trouve près de la baie d’Hudson. ( Foy., p. 104, 195. )
Les Américains sont si stupides que tous les nègres en général ont une aptitude beaucoup plus grande qu'eux â apprendre les différentes choses qu'on veut leur enseigner et dont il leur est impossible de saisir l'idée; c'est pourquoi les nègres, quoique esclaves , se croient des êtres d’une nature supérieure aux Américains, qu'ils ne regardent qu'avec mépris , comme incapables de discernement et de raison. (Ulloa, Notic. tuneric., p. 322, 323.)
NOTE 53, p. 548.
Dobrizhoffer , le plus récent des voyageurs qui aient résidé parmi une tribu de sauvages de l'Amérique . a expliqué d'une manière si claire les diverses raisons qui engageaient leurs femmes â allaiter long-temps leurs enfans, et â ne jamais persévérer â élever ceux qui étaient faibles et mal conformés , et même à détruire un nombre considérable de leurs enfans, que ce qu’il dit jette une vive lumière sur mes propre» observations. ( Hist. de Abissonibus . v. II. p. 107, 221 ). Ces idée» sont si profondément imprimées dans l'esprit des Américains, que les Péruviens, qui sont très civilisés si ou les compare avec les peuples sauvages dont je dépeins les mœurs, les ont retenues malgré leur commerce journalier avec les Espagnols. Ce peuple regarde encore la naissance des jumeaux comme un événement de mauvais augure , et les parcus ont recours à des actes de la plus rigoureuse mortification pour écarter les malheurs dont ils sont menacés. lorsqu'un enfant est né avec quelque difformité, ils cherchent à éviter de le faire baptiser, el ce n’est pas sans peine qu'on les engage â le nourrir. (Arriaga, Exlirpac, de la idolat. del Peru, p. 32, 33.)
NOTE 54, p. 550.
La quantité de poisson qu’on trouve dans les rivières de l'Amérique méridionale est si considérable qu’elle mérite quelque attention. Le père Acugna dit , «qu’il y a une si grande quantité de poisson dans le Maragnon, qu’on peut le prendre avec la main sans employer aucun artifice (p. là).» «L'Orénoque, dit le père Gumilla, produit une si grande quantité de tortues, que je ne saurais trouver des termes pour l’exprimer. Je ne doute même pas que ceux qui liront ce que je vais dire, ne m'accusent d’exagérer la chose ; mais je puis les assurer qu’il est aussi difficile de les compter que de compter le
NOTES ET ECLÀIRC1SSEMENS
sable des rivages de l'Orénoque. Oii peut juger de leur quantité par la consommation extraordinaire qu’il s’en fait ; car toutes les nations et tous 1rs peuples Toisins de ce tlcuve, et même ceux qui en sont éloignés, s’y rendent avec leurs familles pour en faire la récolte ; et non-seulement ils s’en nourrissent tout le temps qu'il dure, mais ils en font même sécher pour les emporter chez eux, y joignant une multitude de corbeilles pleines d’œufs qu’ils ont fait cuire au feu, etc. » [Uist. de l’Orénoque, lom. Il, ch. xxii, p. 59, 60.) M. de La Gondamiue confirme ces récits (p. 159).
NOTE 55, p. 550.
l*iso a décrit deux de ces plantes , la cuniruape et la giiajatia-timbo. II est singulier que quoiqu'elles opèrent ce fatal effet sur les poissons, bien loin d'être nuisibles à l'homme, ou s’en sert avec succès dans la médecine. ( l’iso, lib. iv, c. lxxxviu.) Bancroft parle d’une autre plante, nommée hiarrcc. dont une petite quantité suffit pour enivrer les poissons 5 une distance considérable; de sorte qu’eu peu de minutes ils flottent sans mouvement sur la surface de l’eau , où il est facile de les prendre. {Nat. I/Lst. of Cniana, p. 106.)
NOTE 56, p. 551.
Nous avons des exemples remarquables des malheurs auxquels des nations sauvages ont été exposées par la famine. Alvar Nuguès Cabeça de Vaca, l’un des plus vertueux aventuriers espagnols, a demeuré pendant neuf ans parmi les sauvages de la Floride qui ignoraient toute espèce d’agriculture, et dont la nourriture était aussi mauvaise que précaire. « Ils vivent principalement, dit-ib des racines des plantes, qu’ils ne sc procurent qu’avec beaucoup de peine, en errant de tous côtés pour tes chercher. Ils tuent quelquefois un peu de gibier et prennent du poisson, mais en si petite quantité, que la faim les oblige à manger des araignées, des œufs de founnis, des vers, des lézafds, desserpens et une espèce de terre onctueuse ; je suis même persuadé que s’il se trouvait dans ce pays quelques pierres ils 1rs avaleraient. Ils gardent les arêtes de poisson et de serpent, qu'ils réduisent en poudre |x>ur les manger. La seule saison pendant laquelle ils ne souffrent point de la famine est celle ou sc mûrit un certain fruit, qu'ils nomment tunas. » ( Non fr agios, c. xvm, p. 20 , 21 , 22.) Il remarque dans un autre endroit qu'ils sont souvent réduits à passer deux ou trois jours sans manger (c. xxtv, p. 27).
M. Kertnin a donné une description exacte des deux especes de manioc, avec un détail sur la manière de les cultiver, à quoi il a joint quelques expériences qu’il a faite* pour se convaincre des qualités vénéneuses du suc extrait de l’espèce qu’il appelle cassave amère , connue parmi les hs;>agno!s sous le nom de yuca-brava. ( Descript. de Surinam, 1. 1, p. 66.)
NOTE 58, p. 552.
On trouve le plantain en Asie et en Afrique aussi bien qu’eu Amérique. Üucdo prétend que ce n’est point une
plante indigèue du Nouveau-Monde, mais qu’elle a été portée à Hispaniola en 1516, par le P. Thomas de Rrrlanga. qui l’avait prise aux Iles Canaries, où les boutures originaires en avaient été apportées des Indes orientales. (Oviedo , lib. vm, c. i. ) Cependant l’opinion d'Acosta et d'autres naturalistes, qui le regardent comme une plante de l'Amérique, parait mieux fondée. (Acosta, Uist. nat. , lib. it,21.) Il était cultivé par des peuples sauvages de l’Amérique qui avaient peu de communication avec les Espagnols, et qui étaient privés de cette intelligence qui porte l’homme 6 imiter des nations étrangères ce qui peut lui être utile. (Gumil., III, p. 186. Foy. de Wafcr, p. 87.)
NOTE 59, p. 552.
Il est surprenant qu'Acosta, l’un des écrivain» le* plus exacts et les plus instruits sur les affaires d'Amérique , affirme que le maïs, quoique cultivé sur le continent, n’était pas connu dans les Iles, où Ton ne mangeait que du pain de cassave {Uist. nat ., lib. IV, c. xvi.) Mais Martyr, dans le premier livre de ses Décrûtes , qu’il écrivit en 1493, apres le retour du premier voyage de Colomb, elle expressément le mais comme une plante cultivée par les insulaires, et dont ils faisaient du pain ( p. 7). Gomnra assure aussi qu’ils connaissaient la culture du mais. [Uist. génér ., c. xxvm.) Oviedo décrit le maïs sans dire que ce fût une plante qui n’était pas naturelle à Hispaniola (lib. vu,c. i).
La Nouvelle-Hollande, pays qu'on ne connaissait autrefois que de nom, mais qui depuis peu a été visitée par des observateurs intelligent, est située dans une région du globe où l’on doit jouir d'un climat très heureux, puisqu’elle s’étend depuis le dixjème jusqu'au trente- huitième degré de latitude septentrionale. Sa surface carrée est plus grande que celle de toute l’Europe. Le peuple qui en habite les différentes parties parait ne former qu’une seule race. Il est évidemment moins civilisé que la plupart des Américains, et a fait moins de progrès dans les arts de la vie. On n’aperçoit pas la moindre trace de culture dans toute cette vaste étendue de terre. Les habitai» sont en si petit nombre que le pays paialt presque désert. Leurs tribus sont beaucoup moins considérables que celles de l’Amérique. Ils ne vivent pour ainsi dire que de poisson; ils n’ont point de demeure fixe, mais errent de côté et d'autre pour chercher leur nourriture. Les deux sexes vont entièrement nus. Leurs habitations, leurs ustensiles, etc., sont plus simples et plus grossiers que ceux des Américains. ( Foyages , efc.,par Hawkesvvortfa, 1. 111, p. 104, etc., in-4°.) La Nouvelle-Hollande est peutêtre le pays où l’on trouve l’homme dans l’état de la plus grande ignorance, et où il nous offre le plus triste exemple de sa condition et de scs moyens dans cet éiat de nature brute. Si dans la suite de nouveaux voyageurs y font des recherches plus exactes, la comparaison des mœurs de ses habitans avec celles des Américains ne pourra manquer de former un article intéressant et instructif pour rbistoire de l’espèce humaine.
SUR L’HISTOIRE D’AMERIQUE. 82
NOTE 61, p. 555.
Le P. Gabriel Marat, que le* affaira de sa mission obligèrent de se rendre de Cascaskia», village des Illinois 5 Machillimakinac , c’est-à-dire à plu» de trois tenu lieues de là , nous donne de ce pays la description suivante. «Nous avons marché pendant douze jour* sans rencontrer une seule âme. Tantôt nous nous trouvions dans des prairies à perte de vue, coupées de ruisseaux et de rivières, sans trouver aucun sentier qui nous guidât ; tantôt il fallait nous ouvrir un passage à travers des forêts épaisses, au milieu de broussailles remplies de ronces et d’épines; d’autres fois nous avions à passer des marais pleins de fange, où nous enfoncions quelquefois jusqu'à la ceinture. Après avoir bien fatigué pendant le jour, il nous fallait prendre le repos de la nuit sur l’herbe ou sur quelques feuillages, exposés au vent, à la pluie et aux injures de l'air. ( Lettres édifiante*, p. 360,381.) Le docteur Brickell , dans une course qu’il fit en 1730 , de la Caroline septentrionale vers les moulagnes , marcha quinze jours sans rencontrer une seule créature humaine. (Nat. Uist . of North Carolina, p. 38U.) Diego de Ordas, qui voulut former un établissement dans l’Amérique méridionale en 1532, parcourut de même ce pays pendant quinze jours sans y trouver uu seul habitant. (Herrera, Dtcad. V, lib. i, c. n.)
NOTE 62, p. 555.
Je suis fort porté à croire que la communauté de biens et la jouissance commune des vivres ne sont connues que de* peuples chasseurs les plus sauvages, et que l'idée du droit exclusif de propriété sur les fruits de la terre naît chez une nation au moment qu'elle connaît quelque espèce d’agriculture ou d'industrie réglée. Les détails que j’ai reçu* sur l'état de la propriété chez les Indiens de différentes parties de l'Amérique me confirment dans celte opinion. « L'idée des naturels du Brésil touchant la propriété est que , si quelqu'un a cultivé un champ, lui seul doit jouir de son produit, sans qu'aucun autre puisse y prétendre. Tout ce qu’un individu ou une famille preud à la chasse ou à la pèche appartient de droit à cet individu ou à cette famille, sans qu'on soit obligé d’en faire part à qui que ce soit, excepté aux caciques ou à quelque parent malade. Si quelqu’un du village entre dans leurs cabane* , il peut s’y asseoir et manger sans en demander la permission ; mais ce n’est qu’une conséquence de leur principe général d'hospitalité ; car je ne me suis jamais aperçu qu'ils partageassent la récolte de leurs champs ou le produit de leur chasse, ce qu’on aurait pu regarder comme le résultat de quelque idée de communauté de biens. Ils sont au contraire si attachés â ce qu’ils regardent comme leur bien propre, qu'il serait très dangereux de vouloir les en priver. Je n'ai jamais vu ni entendu parler d’aucune nation indienne de l’Amérique méridionale, parmi laquelle celte communauté de biens qu'ou vante tant soit connue. Ce qui coûta le plus aux jésuites à faire goûter aux Indiens du Paraguay fut la jouissance commune de biens, qu'ils introduisirent dans leur* missions , et qui était contraire aux Idées antérieures de ces Indiens. Ils connaissaient les droits d'une propriété privée et exclusive, et ne se soumirent qu’avec répugnance à des lois qui y étaient opposées. » ( Manuscrit de M. le
chev. de Pinto, entre le s mains de l'auteur.) La possession actuelle, dilun missionnaire qui pendant plusieurs années a résidé parmi les Indiens des cinq nations, donne un droit sur un terrain ; mai» lorsque le possesseur le quitte, un autre a le même droit de s'en rendre maître qu’avait eu celui qui vient de le quitter. Cette loi ou cette coutume ne regarde pas seulement le terrain sur lequel est bâtie une maison, mais encore un champ cultivé. Si quelqu'un a préparé une pièce de terre pour y bâtir ou planter, personne n'a le droit de l’en priver, et moins encore de lui enlever le fruit de ses travaux, â moins qu’il ne renonce lui-même à sa possession; mais je n’ai jamais entendu parler d'un acte formel de cession d’un Indien à un autre dans leur état naturel. Le* limite» de chaque canton sont inarquées, c'est-à-dire qu'il leur est permis de chasser jusqu'à telle rivière d’un côté et de telle montagne de l’autre. Cet espace est occupé et cultivé par un certain nombre de familles, qui jouissent en particulier du fruit de leur travail et du produit de leur chasse, sans qu'il soit permis à la communauté d’y prétendre. ( Manuscrit de M. Hawlcy Gideon , entre les mains do l'auteur.)
NOTE 63, p. 556.
Celle différence entre le caractère des Américain* et celui des nègres est si frappante, qu’il est passé en proverbe dans les lies française», « que regarder un sauvage de travers, c'est le battre; le battre, c’est le tuer; battre un nègre, c’est le nourrir, d (DuTerlre, lom. 11 , p. 490.)
NOTE 64 , p. 558.
La description de l’état politique du peuple de Cinaloa ressemble parfaitement à celui des habitansde l’Amérique septentrionale. « Ils n’ont ni lois ni souverains pour punir leurs crimes, dit un missionnaire qui a vécu long-temps parmi eux. Ils n’ont aussi aucune espèce d’autorité ou de gouvernement politique qui les contienne dan* de certaine* bornes. Il* ont, à la vérité, des caciques qui sont le* chefs des familles ou des villages; mai» leur autorité se borne à les commander pendant la guerre ou lorsqu'ils font quelques expéditions contre leurs ennemi*. Cette autorité de» caciques n’est pas héréditaire, et il» ne la doivent qu’à leur valeur pendant la guerre ou au pouvoir et au nombre de leurs pareil» et de leurs amis. Quelquefois même ils obtiennent cette prééminence par leur éloquence à faire valoir leurs propre» exploits. » ( Ribas, Uist. de los triumph., etc., p. 11.) L’état des Chiquitos dan* l'Amérique méridionale est à peu près le même. « Ils n’ont aucune forme régulière de gouvernement ou de société civile; mais sur les objet* d'intérêt public, ils écoutent les conseils de leurs vieillards , qu’ils suivent ordinairement. La dignité de cacique n’est pa» héréditaire, et n’est accordée qu'au mérite ou à la valeur. Il ne règne parmi eux qu’une espèce d’union imparfaite. I^eur société ressemble à une république uns chef, où chacun est le maître de sa personne et peut , sur le moindre dégoût .se séparer de ceux avec qui il paraissait le plus lié. » ( Rela -, don historical de las missiones de los Chiquitos , por P. Juan Pair. Fernandez, p. 32,33.) Ainsi il parait que les nations qui sont dans un même étal de société, quoique habitant desclimats fort différens, ont le» mêmes institutions civiles et la même forme de gouvernement.
NOTES ET ECLAIRCISSEMENTS
o J’ai connu de* Indiens, dit un auteur fort instruit de leurs mœurs , qui pour se venger ont fait mille lieues à travers des forêts, des monURnes et des marais de roseaux, exposés à toutes les intempéries de l'air, à la faim et â la soif. I,eur désir de vengeance est si violent, qu’il leur fait mépriser tous ces dangers , pourvu qu’ils aient le bonheur d’enlever U chevelure du meurtrier ou d’un ennemi, afin d’apaiser les ombres irritées de leurs parrns massacrés.» ( Adair, /fut. of Amer. Indians , p. 150.}
NOTE 66, p. 561.
Les exploits que Piskaret . chef des Algonquins et Iroquois, a exécutés pour la plupart seul ou avec un ou deux de ses compagnons, tiennent une place distinguée dans l'histoire de la fameuse guerre entre les Algonquins et les Iroqtiois.f De la Potherie, loin. I, p. 297, etc. Golden , Jfist. des cinq Nations, p. 125.)
NOTE G7 , p. 562
l.a vie d’un chef qui échoue dans une expédition est souvent en danger, et il est toujours dégradé du rang qu'il avait oblcuu par scs exploits autérieurs. ( Adair, p. 388.)
NOTE 68, p. 562.
Comme la manière de faire la guerre chez les peuples de l’Amérique septentrionale est généralement comme, j’ai fondé principalement mes observations sur les témoignages des auteurs qui en ont parlé. Mais on retrouve les mêmes maximes chez d’autres nations. Un missionnaire judicieux nous a donné une description des opérations guerrières du peuple du Grand-Cbaco, dans l’Amérique méridionale, et ces opérations ressemblent parfaitement à celles des Iroqunis. « Presque tous ces Indiens sont anthropophages, et n’ont d'autre occupation que la guerre et le pillage. Ils se sont rendus formidables aux Espagnols par leur acharnemeut dans le combat, et pins encore par les stratagèmes qu’ils emploient pour les surprendre. S'ils ont entrepris de piller une habitation , il n’v a rien qu’ils ne tentent pour tenir dans une fausse sécurité ou pour écarter ceux qui peuvent la défendre. Ils cherchent pendant une année entière le moment de fondre sur eux sans s'exposer ; ils ont sans cesse des espious en campagne, qui ne marchent que la nuit, se traînant, s'il le faut, sur les coudes, qu'ils ont toujours couverts de calus. C’est ce qui a fait croire à quelques Espagnols que par des secrets magiques ils prenaient la forme de quelque animal , pour observer ce qui se passait chez leurs ennemis. Lorsque eux-mémes sont surpris, le désespoir les rend si furieux, qu'il n’y a point d'Espagnol qui voulût les combattre avec égalité d’armes. On a vu des femmes vendre leur vie bien cher aux soldats les mieux armés. » ( Heine ion chorographica del Cran C haro, de P. Lozano, p. 78. /Iis!, génér. des voyages, lom. XIV, p. 75.)
NOTE C9, p. 563.
Lery, qui a été le témoin oculaire d’une bataille entre es Topinambous et une autre nation puissante du Brésil,
nous a donné un tableau frappant du courage et de la Térociié de ces peuples : n Ego cum Gallo altero, dit-il, paulo « curiosius, magno nostro periculo (rienim ab bosnlms u captiaiu Urci fuissemos devoralioni fuissemus devoti), n barbiros nostros in militiaiu contes comitari volui. Hit « numéro 4000 capit a, ctim bostibus ad liltusdecertarunt, « tanta ferocitate, ut vel rabidos et furiosos quosque su- « perareut. Cum primum hostes conspexere, iu magno* « atqueedilosululaïusperruperunf.llæc gens adeo fera est u ettruculenta ; ut lantisperdum virium vel tant ilium resn tat , continua dimicent , fugamque numquam capessaut . a Quod a nalura illis indilum esse reor. Testor inlcrea « me, qui non semel , loin peditum lum equitum copias « ingéniés in aciein instructas hic conspexi , tanta nun- « quain voluptate videndis peditum legionibus armis ful- « gentibus , quanta tuin pugnantibus istis perçut sum « fuisse.» ( Lery, Hist. nougat, in Brasil, ap. de Bry, tora. 111, p. 207, 208. 209.)
NOTE 70, p. 263.
Les Américains, ainsique les autres peuples sauvages, coupaient au'refoi* la télé aux ennemis qu'ils tuaient 5 La guerre , pour la rapporter en trophée; nuis comme ce* têtes les incommodaient beaucoup dans leur retraite . qu’ils font toujours avec précipitation, et quelquefois jusqu’à une grande distance, ils se sont contentés ensuite d’enlever la chevelure avec la peau du crâne. Quoique cette coutume soit plus en usage dans l’Amérique septentrionale, elle ne laisse pas d'être connue des peuples méridionaux. (P. Lozano. p. 79.)
NOTE 71 , p. 565.
Les paroles de la chanson de guerre semblent dictées par ce même esprit féroce de vengeance, a Je vais en guerre venger la mort de mes frères ; je tuerai, j'exterminerai , je saccagerai , je brûlerai mes ennemis ; j’amènerai des esclaves, je mangerai leur cœur, je ferai sécher leur chair, je boirai leur sang, j’apporterai leur chevelure, et je me servirai de leurs crânes pour en faire des tasse*. » ( Nouv. Voy. aux Indes occid. , par M. Bossu, in- 12, 1. 1, p. 115, note.)
Des personnes instruites m'ont assuré que depuis que le nombre des Indiens a considérablement diminué, ils ne mettent presque plus aucun de leurs prisonniers à mort, parce qu’ils regardent comme une politique plus sage de leur accorder la vie et de les adopter. Ces scènes terribles dont j’ai parlé arrivent aujourd'hui si rarement , que des missionnaires et des négocians qui ont demeuré long temps parmi les Indiens n’en ont jamais vu.
NOTE 72, p. 565.
Tous les voyageurs qui ont visité les peuples les moins civilisés de l'Amérique s'accordent sur ce fait, qui se trouve confirmé par deux exemples remarquables. Lors de l'expédition de Narvaès dans la Floride, en 1528, les Espagnols furent réduits, pour conserver leur propre vie. à manger ceux de leurs compagnon* qui mouraient; ce qui panit si révoltant aux Indiens, accoutumés à manger leurs prisonniers, qu'ils ne regardèrent plus les Espagnols qu’avec horreur et indignation. (Torquemada, Alonareq. ind., t. Il , p. 584. N au fr agio s de Mv. Nugnés Coinça de Paca, c. xnr, p. 15.) Quoique les
SUR L’HISTOIRE D’AMERIQUE
Mexicains dévoraient avec avidité pendant le siège de Mexico les Espagnols et les Tlasralans qu'ils faisaient prisonniers , la famine la plus cruelle ne put les engager â mander les corps morts de leurs compatriotes. ( Bern. Diaz dei Castillo, Conquist. de la nuev. Espagna , p. 156.)
NOTE 73 , p. 565.
On trouve plusieurs exemptes singuliers de la manière dont les peuples du Brésil traitent les prisonniers, dans une relation de Sladius, officier allemand au service des Portugais, publiée en 1556. Il fut fait prisonnier par les Topinambous qui le tinrent pendant neuf ans en captivité. Il fut souvent le témoin de ces fêtes horribles qu'il décrit, et il était lui-même destiné à subir le sort cruel des autres prisonniers; mais il sauva sa vie par des efforts extraordinaires de courage et d’adresse. ( De Bry. t. III, pi 34, etc.) Lcry, qui accompagna M. de VHlegagnon dans son expédition au Brésil , eu 1556 , et qui demeura long-temps dans ce pays, se trouve d'accord avec Stadius dans toutes les circonstances. Il fut souvent le témoin oculaitt de la manière dont les peuples du Brésil traitent leur* prisonniers. ( De Bry , t. III ,
р. 210.) Un auteur portugais eu rapporte plusieurs particularités remarquables, que Stadius et Lery ont passées sous silence. ( Purch. , Piigr ., t. IV , p. 129-4 , etc. )
NOTE 74 . p. 567.
Quoique j'aie suivi touchant cette apathie des Américains l'opinion qui parait être la plus raisonnable, et qui se trouve appuyée par l'autorité des auteurs les plus respectables , il y a cependant des écrivains d’un mérite reconnu qui ont donné des théories fort différentes sur ce sujet. D. Antonio Ulloa, dans un ouvrage qui a paru depuis peu, prétend que la contexture de la peau et la constitution physique des Américains les rend moins sensibles à la douleur que le reste des hommes. 11 en trouve plusieurs preuves dans la tranquillité avec laquelle ils souffrent les plus cruelles opérations de chirurgie, etc. ( Ifoticias ame ricanas , p. 313, 311. ) Des chirurgiens ont fait les mêmes observations dans le Brésil, a Un Indien, disent- ils, ne se plaint jamais de la douleur, et souffre l'amputation d'un bras ou d'une jambe sans pousser le moiiidre soupir.» ( Ms . entre les mains de l’auteur .)
NOTE 75, p. 567.
Cette idée est naturelle à tout peuple grossier. Dans les premiers temps de la république , c’était une maxime parmi les Romains qu'un prisonnier, « tum decessisse « videtur cum caplus est ». ( Piges t. , lib. xlix , lit. xv ,
с. xviii.) Dans la suite, lorsque le progrès du luxe les eut rendus plus indulgens sur cet article, ils furent obligés d'employer deux fictions de jurisprudence pour assurer la propriété, et pour permettre à un prisonuier de retourner chez lui , l'une par la loi Cornelia , et l’autre par le Jus postliminii. Hcinccii, juris cio. sec. ord. Pand. , t. Il , p. 294. ) Les mêmes idée» se trouvent chez les nègres. Jamais on n’y a reçu la rançon d’un prisonnier. Dès qu’on en prend un à la guerre, il est regardé comme un homme mort , cl on peut en effet le regarder comme perdu pour sa patrie et pour sa famille. ( Voy . du chev. des Marchais, t. I , p. 309. )
NOTE 76, p. 568.
Le* naturels du Chili , les plus brave* et les plus fiers de tous les peuples américains, sont les seuls excepté» de cette observation. Ils combattent leurs ennemis en pleine campagne ; leurs troupes s’avancent et attaquent non -seulement avec courage, mais avec ordre. Quoique les peuples de l'Amérique septentrionale puissent pour la plupart changer leurs arcs et leurs flèches pour des armes à feu d'Europe, ils suivent toujours leur ancienne manière de faire la guerre et ne s'écartent point de leur système particulier ; mais les opérations militaires des peuples du Chili ressemblent beaucoup 5 celles des nations de l'Europe cl de l'Asie. (Ovalle, Belot ion of Chili. Churchill’* Coll. , t. III, p. 71. Lozano, J/ut. del Parag. , t. I, p. 141, 145.)
NOTE 77, p. 569.
Herrcra nous en a donné un exemple singulier. A Yucatan les hommes sont si soigneux de leur parure, qu'ils portent partout avec eux des miroirs, qui sans doute sont faits de pierre, comme ceux des Mexicains ( Decad. IV , lib. m , c. vm ), et dans lesquels ils aiment beaucoup à se regarder; mais les femmes n'en fout jamais usage. {Decad. IV, lib. x, c. tu.) Il remarque que parmi les Panches , peuple féroce de la Nouvelle- Grenade, il n’y a que les guerrier» distingués à qui il soit permis de percer leurs lèvres et d’y porter des pierres ou d'orner leurs têtes de plumes. ( Decad. VII, lib. ix , c. iv). Quoique le royaume du Pérou fût très civilisé , il y avait cependant des provinces où la condition des femmes était déplorable. Elles étaient chargées du soin de la culture et des travaux domestiques. Il ne leur était pas permis de porter des bracelets ou d’autres ornemens dont les hommes se paraient avec complaisance. (Zarate, J/ist.dclPeru, t. I, p. 15, 16. )
NOTE 78, p. 5G9.
J’ai hasardé d'appeler celte méthode d'oindre et de peindre leurs corps, l'habillemeut des Américains; ce qui s’accorde même avec leur propre idiome. Ils ne sortent jamais de leurs maisons s'ils ne sont otuts depuis les pieds jusqu’à la tête , et ils s'excusent de sortir en disant qu'ils ne peuvent point paraître parce qu'ils sont uus. (Üumilia, llist. de l’Orénoque , t. I, p. 191.)
NOTE , 79, p. 560.
On trouve dans la province de Linaloa, dans le golfe de (.aiifornie , des peuples qui paraissent vivre dans un état de société , quoiqu'on puisse les compter parmi les nations les plu» grossières de l’Amérique. Ils ne cultivent ni ne sèment jamais; ils n'ont même aucune habitation. Ceux de l’intérieur du pays ne vivent que de la dusse, et ceux des eûtes que de la pêche; les uns et les autres suppléent au reste par les différentes productions spontanées de la terre. Comme ils n’ont aucun abri pendant les temps pluvieux , ils rassemblent de* roseaux ou des herbes fortes , qu’il* liciit par un bout et qu'ils ouvrent de l’autre pour leur servir d’espèce de capuchon , qui, semblable à un auvent, reçoit la pluie et le» eu garantit pendant plusieurs heure» Dans les temps chauds ils se forment avec de» branches d’arbre* un abri contre
Digitize.
es rayons hrùlans du soleil. Pour se préserver du froid, ils foui de grands feux autour desquels ils dorment en plein air. ( Uistoria de los triunfos de nuestra santafé , entre pentes tas nuit barbaras . etc. , por P. And. Perez de Ribas, p. 7, etc.)
NOTE 80 , p. 570.
Ces maisons ressemblent à des Granges. Nous en avons mesuré qui avaient cent cinquante pas de long sur vingt pas de large. Il y en a où plus de cent personnes habitent ensemble (Wilson's Account of Guiana. Purch , Pii g., vol. IV, p. 12, 63; ibid. , 1291. Les maisons des Indiens, dit M. Barrère, ont l'air d'une extrême pauvreté, et sont une image parfaite des premiers temps. Toutes ces cases ou huttes, qui sont ordinairement bâties ou sur une hauteur, ou au bord de quelque rivière, péle-inêle et sans aucun ordre, forment un aspect des plus tristes et des plus désagréables. On n'y voit tien que de hideux et de sauvage. Le paysage n'a rien de riaut. Le silence rnéfne qui régne dans tous ces endroits, et qui n'est interrompu quelquefois que par le bruit désagréable des oiseaux ou des bêles fauves, n'est capable d'inspirer que de la frayeur ( Nouvelle relat. de la France équin. , p. 140, 147.)
NOTE 81 , p. 570.
On trouve dans l’Amérique méridionale des peuples qui ont l’art de laucer des flèches à une grande distance et avec une force extraordinaire sans se servir d’arcs. « Ils font usage d'une sarbacane par le moyen de laquelle ils soufflent une flecbe â plus de cent vingt pas. Cet instrument est fait d'un roseau naturel et creux , long de neuf à dix pieds, de la grosseur d’un bon pouce; et pour que la flèche puisse atteindre à un si grand éloignement, à cause de sa grande légèreté , ils en enveloppent le gros bout de coton non fllé, qui la fait entrer avec un peu de difficulté dans la sarbacane; ce qui, comprimant l’air, la fait sortir avec une rapidité surprenante, sans quoi il ne serait pas possible de lui faire traverser un si grand espace. Ces petites fléchés sont toujours empoisonnées. »
( Fermin , Descrip. de Surinam, 1. 1, p. 55. Rancroft's Bist. of Guiana , p. 281 , etc. ; Les peuples des Indes orientales font un grand usage de cette sarbacane.
NOTE 82, p. 571.
Je pourrais en rapporter plusieurs exemples , mais je me bornerai à en citer un seul , pris chez les Esquimaux. u Leurs arcs sont d'une construction fort ingénieuse, dit M. F.llis. Ils sont ordinairement composés de trois morceaux de bois , qu'ils savent joindre très proprement et avec un art admirable. C’est du sapin ou du mélèze que les Anglais nomment en ce pays genévrier, qu’ils emploient communément pour cet usage , et comme ces bois ne sont ni forts ni élastiques, ils suppléent â l'un et à l’auire en renforçant leur arc par derrière, avec une espèce de bande faite de nerfs ou tendons de leurs bétes fauves. Ils ont soin de mettre souvent leurs arcs dans l’eau, ce qui, faisant rétrécir lescordes, leur donne par-là plus d élasticité et les fait porter plus loin qu’ils ne feraient autrement. Ils sont habitués à cet exercice depuis leur jeunesse , et ils tirent avec une dextérité inconceval At. Voyage à la baie d'Hudson , t. Il, p. 27, 28.) !
AIRCISSEMENS
NOTE 83, p 571.
Le besoin rst le grand mobile qui excite et guide l'homme dans les inventions nouvelles. II y a cependant une inégalité si grande dans les progrès des découvertes, et quelques nations ont si fort devancé les autres, quoique dans des circonstances presque semblables, qu’il faut attribuer celle différence â quelque événement de leur histoire ou à quelque cause particulière de leur situation physique que nous ignorons. Les babitans de l’Ile d’Otahill, découverte depuis peu dans la mer du Sud, surpassent de beaucoup la plupart des Américains dans la connaissance des arts d’industrie; cependant ils ignoraient la méthode de faire bouillir l'eau, et n’avaient aucun vase dans lequel ils pussent la coulenir et la soumettre à l'action du feu : ils ne concevaient pas plus qu’on pùt l’échauffer que la rendre solide. ( Voyages autour du monde, rédigés par Hawkesworlh , t. Il , p. 132 , 155, in-4®.)
NOTE R4 , p. 571.
Une de ces chaloupes , qui pdlvait contenir neuf hommes , ne pesait que soixante livres. (Goxnal , Ite/at. des voy. à la Virgin., Hcc. de voy. au nord , t. V, p. 103.)
NOTE 85, p. 672.
Ulloa nous en donne une preuve remarquable. « Dans leur» fabriques de tapis, de rideaux et de couvertures de lit , et autres semblables étofTcs, toute leur industrie consiste à prendre chaque fil l’un après l’autre , â les compter chaque fois, et à y faire ensuite monter 1a trame : de sorte que pour fabriquer une pièce de quelqu’une de ces étoffes, ils emploient jusqu’à deux ans ou même davantage. ( Voyage au Pérou, t. I , p. 336.) Bancroft donne la même description des naturels de la Guyane (p. 255). Suivant Adair les Indiens de l’Amérique septentrionale n’ont pas plus d’esprit ni de dextérité (p. 422). Les planches qu’on trouve dans Purchas (t. III, p. 1 106), des peintures des Mexicains, me font croire que ce peuple ne possédait pas une méthode plus parfaite ni plus prompte de lisser. L’invention d’un métier était au-dessus de la portée de l’esprit des Américains les plus civilisés. Ils sont si lents dans tous leurs ouvrages, qu’un de leurs ouvriers demeure plus de deux mois à faire avec son couteau une pipe à fumer. (Adair, p. 123.)
NOTE 86, p. 572.
Le P. La fi tau, dans ses Moeurs des sauvages, emploie 347 pages fastidieuses in-4« pour le seul article de la religion.
NOTE 87, p. 573.
J’ai reuvoyé le lecteur aux différons auteurs qui ont parlé des peuples les moins civilisés de l’Amérique. I.eur témoignage est uniforme. Celui du P. Ribas louchant le peuple de Cinaloa s’accorde avec tous les autres. « Pen- I dant plusieurs années , dit-il , que je résidai parmi ces peuples, je fus très attentif à observer si Ion devait les regarder comme idolâtres, et je puis assurer avec vérité, que quoiqu’on trouve chez quelques-uns des traces d'idolâtrie , les autres n’ont point la moindre connaissance de ! Dieu, ni de fausse divinité, et qu'ils ne rendent aucun
SUR L’HISTOIRE D’AMERIQUE. 833
hommage formel à rÈlrcsuprêmequi gouverne le monde. Ils ne peuvent se former aucune idée de la providence d’un créateur de qui ils doivent attendre dans la vie future la récompense de leurs vertus et la punition de leurs crimes. Ils ne s assemblent jamais eu public pour exercer aucun acte de religion. (Ribas, Triunfos, etc., p. 16.)
NOTE 88, p. 574.
Le peuple du Brésil était si étonné du tonnerre , qui est fréquent et terrible dans ce pays, ainsi que dans d'autres parties de la zone torride, que c’était non-seulement pour eux un objet de culte religieux , mais que le mot le plus expressif de leur langue pour désigner la Divinité était celui de toupan, dont ils se servent aussi pour désigner le tonnerre. Œiso, r/e Medcc. B rosit., ^ 8. Nieuhoff, Church. Coir, t. Il, p- 132.)
NOTE 89, p. 576.
Suivant le rapport de M. Dumont, témoin oculaire dos funérailles du grand chef des Natchez , il parait que les •enlimens de ceux qui se sacrifiaient à cette occasion étaient fort différent. Il y en avait qui briguaient cet honneur avec ardeur; d’autres cherchaient à éviter leur sort, et plusieurs même conservèrent la vie en se sauvant dans les bols Les bramines donnent aux femmes qu’on doit brûler avec les corps de leurs maris une liqueur enivrante, qui les rend insensibles à leur malheureux sort ; les Natcbez obligent de même leurs victimes d’avaler plusieurs morceaux de tabac, ce qui produit un semblable effet. { Mim. de ta Louisiane , L I, p. 227.)
ROTE 90 , p. 579.
Ils sont très licencieux en plusieurs occasions, surtout dans les danses instituées pour le rétablissement de la santé d’une personne malade. (De la Polberie, Hist., etc . t. Il, p.42. C.barlevoix. Hist. de la Nouv.-France, U 111, p. 3IÜ.) Mais leurs danses sont ordinairement telles que je les ai décrites.
NOTE 91 , p. 580.
Le* Olhomaqucs, qui habitent les bord* de rOrénoque , emploient pour ce même effet une poudre faite de grains d 'yuapa et de coquilles de certains gros colimaçons calcinés au feu et pulvérisés. Le* effets en sont si violent quand on la prend par le nez , qu’elle inspire plutôt la fureur que l’ivresse. {Hist. de l’Orénoque, par Gumilla, 1. 1, p. 286.)
NOTE 92, p. 581.
Quoique celte observation soit vraie à l’égard de la plupart de* nations méridionales, il y en a cependant quelques-unes où l'intempérance des femmes n'est pas moins excessive que celle des hommes. (Bancrofi’s fiai. Hist. ofGuiana , p. 275.)
NOTE 93, p. 582.
On trouve de ces circonstances contradictoire* et incxpliquables dans les auteurs le* plus judicieux qui ont parlé des mœurs de* Américains. Le P. Charlevoix, que la dispute de son ordre avec celui des Frauciscains sur
l’esprit et les connaissances des peuples de l'Amérique septentrionale intéressait à exposer leurs qualités morales et intellectuelles dans le jour le plus favorable, assure qu’ils sont continuellement occupés à négocier avec leurs voisins , et qu’ils font paraître dans leurs négociations autant d'habileté que de noblesse de senlimens. Il ajoute cependant « qu’il y va de tout pour un plénipotentiaire d’employer tout ce qu’il a d’esprit et d'éloquence; car si les propositions ne sont pas agréées, il faut qu’il se tienne bien sur ses gardes. Il n'est pas rare qu’un coup de hache soit l’unique réponse qu’on lui fasse. Il n’est pas môme hors de danger quand il a évité la première surprise; il doit s’attendre à êire poursuivi , et à être brûlé s'il est pris. {// ist . de ta Nouv.-Fr tom, 111, p. 257.) Des hommes capables de se porter à de pareils actes de vio • lence paraissent ignorer les principes sur lesquels est fondé le commerce réciproque entre les nations, et au lieu des négociations perpétuelles dont parle Charlevoix, il parait impossible qu’il y ait même la moindre communication entre ces peuples.
NOTE 91, p. 583.
Tacite dit des Germains: « Gaudcns mittie nbus , sed nec data imputant, nec acceptis obligantur.n {De mor. Germ., c. xxi.) Un auteur qui s’est trouvé à portée d'observer le principe qui porle les sauvages à ne montrer aucune reconnaissance des dons qu’ils ont reçus , et à n’attendre aucun retour de ceux qu'ils ont faits, explique ainsi leur idée à ce sujet : « Si vous m’avez donné ceci, disent-ils, c'est que vous n’en aviez pas besoin vousmême; quant à moi , je ne donne jamais ce que je crois pouvoir m’être nécessaire. sur les Galihis. //ist
des pituites de la Guiane française , par M. Aubclet , tom. Il , p. 1 10.)
• NOTE 95 , p. 588.
And. Bernaldès , contemporain et ami de Colomb, a cité quelques exemples du courage des Caraïbes, dont Ferdinand Colomb et les autres historiens de ce temps n’ont pas parlé. Un canot caraïbe où il y avait quatre hommes , deux femmes et un enfant , se trouva un jour, sans le savoir, au milieu de la flotte de Colomb , lorsqu'à son second voyage il passait entre leurs Iles. Ils restèrent d’abord dans un étonnement stupide à la vue d'un pareil spectacle , et ne sortirent presque pas de la même place pendant plus d'une heure. Une barque espagnole , armée de vingt-cinq bommes, s’avança vers eux et la Hotte même les entoura peu à peu jusqu’à leur couper toute communication avec la côte, a Lorsqu'ils s'aperçurent , dit l’historien , qu’il leur était impossible de s’échapper, ils saisirent leurs armes avec un courage intrépide, et commencèrent l’attaque. Je dis avec un courage intrépide, parce qu’ils n’étaient qu’en petit nombre, et qu’ils voyaient une grande multitude prête à les assaillir. Ils blessèrent plusieurs Espagnols, quoique ceux-ci eussent des boucliers et d'autres annes défensives, tara même que le canot eut chaviré, ce ne fut qu’avec beaucoup de peine et de danger qu’on en prit quelques-uns , parce qu’ils ne cessaient de se défendre et de faire usage de leurs arcs avec beaucoup d'adresse, quoique nageanuen pleine mer. {Hist. de D. Fem. y D. Ysab., inanus ., c. eux).
NOTES ET ÉCL
NOTE 96, p.S88.
Oii peul former une conjecture fort probable *ur la cause qui distingue le caractère de* Caraïbe* d’avec celui des babitan* de* plus grande* Ile*. Il paraît clairement que le* premier* *ont d’une race particulière. Leur langue est totalement différente de celle de leurs voisins, babilans des grande* Iles. Il y a même parmi eux une tradition qui porte que leurs ancêtres sont originairement venus de quelque partie du grand continent, et qu’aprés avoir conquis et exterminé les anciens babitans des lies, il* ont pris possession de leurs terres et de leurs femme*. (Rocbefort. p. 384. Du Tertre, p. 3600 C'est pour cela qu’il ont pris le nom de Banaric, qui signifie un homme venu d’au-delà de la mer. [Labat, tom. VI, p. 431.) Le* Caraïbes ont même encore deux langue* différente*, dont l’une est particulière aux hommes et l'autre aux femmes. (Du Tertre, p. 361.) La langue des hommes n'a rien de commun avec celle qu’on parle dans les grande* Iles; mais l'idiome des femmes y re**emble beaucoup (Labat, p. 129) ; ce qui coufirme encore la tradition dont j’ai parlé. Les Caraïbes eux -même* pensent qu’ils sont une colouie de G alibis, nation puissante de la Liliane , dans l’Amérique méridionale. ( Du Tertre, p. 361. Rochefort, p, 348 M-.s comme leur* mœurs féroce* ont plus de rapport avec celle* des nations qui habitent le nord du continent qu’ivec celles des peuple* de l’Amérique méridionale, que d'ailleurs leur langue a quelque analogie avec celle qu’on parle dan* la Floride, il est à croire qu'ils descendent plutôt des premier* que de* autres. ( Labat, p. 128, etc Herrera, Decad. I, lib. tx, c. iv.) Dans leur* guerres ils conservent encore l’ancien usage de détruire tous les mâles et de ne laisser b vie qu'aux personnes de l'autre sexe , pour leur servir d’esclaves ou de femmes.
NOTE 97, p. 588.
La connaissance de tout ce qui B’esf^passé à la conquête de b Nouvelle-Espagne nous vient de sources plus authentiques et plus originales que celles qui nous ont irauxmis le* autres événemens de 1’bistoire de l'Amérique; et parmi ces monument, il n'y eu a pas de plus précieux et de plus anciens que le* lettres adressées par Cortès à l'empereur Charles-Quint. Comme Cortès se rendit bientôt indépeudaut de Velasquez, il était obligé d'envoyer à la cour de Madrid un détail de ses opérations qui pût lui mériter l'approbation de son souverain.
8a première dépêche n a jamais été rendue publique. Elle fut écrite à la Vera-Cruz le 16 juillet 1519, et doit avoir été remise à l’empereur pendant son séjour en Allemagne, puisqu’il quitta l’Espagne le 22 mai de cette année, pour aller recevoir b couronne impériale. J’ai fait eu Espagne et en Aliemague toutes les recherches possibles pour trouver uue copie de celte lettre , mais inutilement. Cette perte ne peut pas être d’une grande conséquence, parce que la lettre écrite immédiatement après l’arrivée de Cortès dan* la Nouvelle-Espagne ne devait contenir rien d’essentiel. La seconde dépêche, datée du 30 octobre 1520, fut publiée à Madrid en 15 £2; la troisième et U quatrième parurent peu de temps après qu’on les eut reçues. En 1532 on en imprima en Allemagne une traduction latine. Ramusio leur donna une plu* grande publicité en le* insérant dans son précieux recueil. Ce* lettres contiennent une histoire exacte et pré-
Al RCiSSEMENS
ci*e de l’expédition de Cortès, avec plusieurs particularité* intéressantes touchant le* mœurs et le* coutumes des Mexicains. Cet ouvrage fait honneur à Cortès. Le style en est simple et ebir; mais comme il avait le plus grand intérêt à présenter ses opération* sous le jour le plus favorable , U est a croire qu'il à exagéré ses victoires, diminué ses perte* et pallié les actes de rigueur et de violence auxquels il a pu se porter.
L'ouvrage qui suit celui de Cortès est la Chronica de la Nueva-Espagna, por Francisco Lopez de Gomara, publiée en 1554. Le mérite historique de Gomara est très distingué; sa manière de narra est claire, facile, toujours agréable et souvent même élégante ; mais il est quelquefois inexact et crédule. Sa qualité de chapelain particulier de Cortès après son retour de la Nouvelle- Espagne, et par l’ordre de qui il compoa#Ran* doute cet ouvrage, le fait soupçonner d’avoir cherché à augmenter le mérite de son héros , et à cacher ou du moins à voiler les actious qui auraient pu nuire à sa gloire. Herrera l’accu*e de cedéfaut dan* une occasion. (Ziecrtii. III, Ub. su, c. il), et ce n’est pas la seule où sa prévention parait manifestement. Cependant il a écrit avec tant de liberté sur plusieurs mesures prises par la cour d’Espagne, que les copies de son Histoire des Indes et de sa Chronique furent retirées par un décret du oonscil des Indes ; on le* regarda même long-temps en Espagne comme des livres prohibés, et ce n'est que depuis peu qu’on a accordé la penutMuw de les publier. (Pinelo, Biblioth., p. 589.)
U Chronique de Gomara engagea Bernai l>iaz de» Castillo à composer son Historia verdadera de ta conquis ta de la Nueva Espagna ■ Compagnon de Cônes dans toutes ses batailles , il l’avait été de toutes les expéditions de la Nouvelle-Espagne , et s'était trouvé dans toute* les occasions périlleuses. lorsqu'il vit que ni luimême ni b plupart de ses compagnons navaiem été cités par Gomara, mai* que l’honneur de leurs exploits eoil attribué à Cortès seul, ce brave vétéran prit avec indignation b plume et composa son Histoire véridique. Elle contient un récit minutieux et prolixe de toutes les opérations de Cortès, dans un style aussi dur et aussi bas qu'on peul l’attendre d’un soldat non lettré. Mai* comme il parle de* bits dont il a été le témoin et souvent un des principaux acteurs, sa narration porte tou* les caractères de la vérité ; elle est d’ailleurs écrite avec tant de naïveté, avec de* détails si inléressan* , avec une vanité si amusante , mais xi pardonnable dans un vieux soldat, qui, comme il s’en vante lui-même , s’est trouvé à cent dix- neuf batailles, que sou livre est un des plus curieux qu'on puisse lire dan* quelque langue que ce soit.
Pet. Martyr ab Anglêria a fait le récit de l’etpédilion de Corlê» , dans ua traité de Insulis nuper inventés , qu’il a joint a se» Décade» de Rebus oeeankis et nova orbe; niai» il n’y parle que de ce qui arriva immédiatement apres son premier débarquement. Cet ouvrage , qui est court et superficiel , parait contenir les relations dounées par Cortès même rian» «es premières letlrti , embellies de plusieurs particularités communiquée» 4 l'auteur par les officiers chargés des dépécbei de Cortès.
Mais le livre où le» historiens modernes ont puisé le plus de fait» touchant la conquête de la Nouvelle-Espagne, c’est ÏHisloria de la conquista de Mexico, por don Antonio de Sol», publié pour la première foi» en 1681.
SUR L’HISTOIRE D’AMÉRIQUE
Je ne connais point d'auteur que sa Gloire littéraire ait plus élevé au dessus de son mérite réel. Solis est regardé par ses compatriotes comme uu des écrivains les plus purs dans la langue castillane ; et s’il est permis à un étranger de hasarder son opinion sur une matière dont les Espagnols seuls doivent être juges, j’ose dire qu’il a droit de prétendre A ce titre- Mais quoique son langage soit correct, sa diction n’est rien moins que claire. Ses phrases trop soignées ont souvent de la raideur et quelquefois de l'en- 1 flure; les figures dont il se sert sont communes ou j impropres et ses réflexions superficielles. On pourrait ! cependant lui pardonner aisément ces défauts, si d’ailleurs il ne loi manquait pas toutes les grandes qualités néces- . sairet à un historien. Dépourvu de cette patience indus- I trieuse qui conduit à la connaissance du vrai et de l’iin- ' partialité qui perte tout avec une attention réfléchie , il J n'a cherché qu’à établir son système favori en faisant de | Cortès un héros parfait, exempt de tout défaut et doué de toutes les vertus, ce qui l'a rendu moins attentif à découvrir la vérité qu'à rapporter tout ce qui pouvait contribuer à embellir son sujet. Toutes scs discussions critiques sont captieuses et fondées sur des faits rnntrouvés. Quoiqu'il cite quelquefois les dépêches de Cortès, il parait ne les avoir pas consultées, et quoiqu’il critique souvent Goinara, il n’en préféré pas moins son autorité, la plus suspecte de toutes, à celle des autres historiens contemporains
Mais de tous les auteurs espagnols , ilerrera est celui j qui nous a donné le récit le plus exact et le plus circons- | unrié de la conquête du Mexique et des autres événement d’Amérique. Le soin et l’attention avec lesquel* il a consulté non-seulement les livres, mais les papiers originaux ! et les actes publics qui pouvaient jeter quelque lumière sur l'objet de ses recherches , surtout l’iinpartialilé et la candeur qu’il a mis dans ses jugemens, rendent ses Décades fort précieuses. On pourrait même à juste titre le placer parmi tes meilleurs historiens de sa nation sans l’ordre chronologique trop scrupuleux qu’il a voulu observer dans les évéoemens du Nouveau - Monde, ce qui rend soo ouvrage si diffus, si obscur et si décousu , que ce n’est qu’au moyen d’un travail pénible qu’on rassemble les diverses circonstances d’un faiL Au reste, il indique les sources où il a puisé pour composer sou recueil, j ( Dec eut ; VI, lib. ui, c. xix.)
Les noms de ces braves officiers , dont il sera souvent parlé dans cette histoire, sont Juan Velasquez de !,éon , Àlonso Demandés Portocarrero , Francisco de Montcjo, Christovat de Otid , Juan d’Escalante. Francisco de Morla Pedro de Alvarado, Francisco deSalceda, JuandeEscobar, Ginè* de Notiez. Cortès commandait en personne le vaisseau amiral , Francisco de Orozco, officier formé dans les guerres d'Italie , avait le commandement de l’artillerie, le premier pilote était d’une habileté éprouvée et se nommait Alarninos.
NOTE 101 , p. 502.
Les Espagnols ne perdirent dans ces difTérens combats que deux hommes ; mais il y en eut un grand nombre de blessés. Quoiqu’il ne fût pas nécessaire de recourir à une cause surnaturelle pour rendre compte de leurs victoires éclatantes et des pertes peu considérables qu'ils faisaient , les Espagnols n’ont pas manqué d’attribuer cet succès à saint Jacques, leur patron, qui combattait, disent-ils, à la tête de leurs troupes, et dont le courage décidait du destin des batailles. Gomara est le premier qui ait parlé de celle apparition. On ne peut que s'amuser de l’embarras de B. Diaz del Castillo , flottant entre la crédulité qui lui fait ajouter foi à celte histoire, et sa véracité naturelle qui ne lui permet pas de l’affirmer. J'avoue dit-il, que nous devons tous nos exploits et toutes nos victoires à notre Seigneur Jésus-Christ, et qu’à cette ba ta il le le nombre des Indiens était si supérieur à celui des Espagnols que , si chacun d'eux eût seulement jeté une poignée de terre , ils nous auraient tous enterrés; si la miséricorde de Dieu ne nous eût pas protégés. Il se peut que la personne que Goinara dit être apparue sur un cheval gris pommelé ait été monseigneur l'apôtre saint Jacques ou monseigneur saint Pierre, et qu’il ne m’ait pas été permis de le voir, parce que j’étais un trop grand pécheur. Je me souviens d’avoir vu François de Morta monté sur uu pareil cheval; mais lin misérable mortel comme moi ne méritait pas uns doute de voir un de ces saints apôtres. Il se peut que Dieu ait voulu que les choses se soient passées comme Gomara le dit ; mais avant d’avoir lu sa Chronique je n’avais jamais entendu dire parles conquérans de l’iude que rien de pareil fût arrivé (c. xxxivj.
NOTE 98, p. 589.
Cortès se proposait de suivre Ovandu lorsqu'il partit pour son gouvernement en 1502 ; mais II fut retenu par un accident. Comme il cherchait pendant une nuit fort obscure à entrer par la fenêtre dans la chambre à coucher d’une dame avec qui il avait une intrigue, un vieux mur sur lequel il était monté s’écroula, et Cortès fut si grièvement blesse, qu'il lui fut impossible de foire le voyage. (Gomara, Chronicadc la Nucva-Espagna, c. i.)
NOTE 99 , p. 590.
Cortès avait deux mille pesos entre les mains d’André Duero et en avait emprunté quatre mille. Ces deux sommes réuuiesfont environ vingt-trois mille sept ceni cinquante livret tournois; mais la cberté des denrées en Amérique y rendait cette somme fort modique (Herrera, Ifccad. Il, lib. ut , c. u. B. Diaz, c. xx.)
NOTE 102, p. 594.
Plusieurs historiens espagnols rapportent ce fait comme s’ils voulaient foire croire que les Indiens chargés de ces présens les avaient apportés de la capitale dans un aussi court espace de temps que les courriers en avaient mis à foire leur voyage. Cela n'est pas croyable , et Gomara rapporte une circonstance qui prouve qu’il ne s’est rien passé d'extraordinaire dans cette occasion. Ce riche présent , qui avait été préparé pour Grijalva , lorsqu’il débarqua au même endroit quelques mois auparavant , se trouvait tout prêt, lorsque Montézuina envoya des ordres pour le donner. (Gomara, CA#wi.,c.rxvii, p.28.)
Suivant B. Diaz del Castillo , le plat d’argent qui représentait la lune valait seul plus de vingt mille pesos . ce qui fait environ cinq mille livres sterling ou cent vingtcinq mille francs.
830 NOTES ET ECLAIRCISSEMENS
NOTE 103, p. S00.
Ce commerce particulier était directement contraire aux instructions de Velasquez , qui portaient que tout le produit d'uu commerce quelconque aérait versé dans la caisse commune- Mais il parait que le* soldais avaient chacun une pacoiillede bagatelles propres à un petit trafic avec le* Indiens, et que Codé* pour gagner leur aminé encourageait cet échange claudestin. (R. Dùz, c. lu.)
NOTE IG4,p.tiüü.
Gomara a publié un catalogue desdifférens art icles qui rom posaient ce présent [Chron. . c. xlix.) P. Martyr ab Angleria, qui les vk apres qu’ils Furent arrivés en Kspagne, et qui parait les avoir examinés avec une grande attention, en donne ime description détaillée qui est très curieuse, parce qu’elle donne quelques idées de* progrès que les Mexicain* avaient fait* dans les différens arts de luxe. ( De Insulit nuper inventif, p. 351, etc. )
NOTE 105, p. 003.
Il n'y a rien de plus douteux dan* l'histoire de la conquête de l’Amérique que le détail de ce* armée* innombrables que les Espagnols ont eues â comliat ire. Comme la guerre qu’ils soutinrent contre les Tlascalaus fut une des plus difficiles , quoique de peu de durée, le récit de* forces de ce peuple mérite de fixer notre attention. Nous devons à trois auteurs le* seules observation* authentiques que nous en ayons : Cortès, dans sa seconde lettre à l’empereur, datée de Segura de la Fromera, le 30 octobre 1520, dit que les troupes tlascalanes se montaient dans la première bataille 5 six mille hommes, dans la seconde à cent mille, et dan* la troisième 5 cent cinquante mille. [Relat. ap. Ramus, . tom. III, p. 228.) Bornai Itiaz Jri Castillo, qui fut témoin oculaire et qui se troma engagé dans toutes les actious de cette guerre, assure que leur nombre »e montait , 5 la première bataille, à trois mille ( p. 43) ; 4 la seconde 5 si\ mille ( ibid. } ; 4 la troisième 5 cinquante mille ( p. 45). Gomara, qui fut le chapelain de Cortès après son retour en Espagne, et qui publia sa Chronique en 1552, suit le calcul de Cortès, excepté pour la seconde bataille , où il prétend qu’il y avait qualre-vingt mille Tlascalans (p. 40). C'était sans doute l'intérêt de Cortès de présenter sou* un jour favorable e; ses dangers et ses exploit*, car il n'y avait que des services extraordinaires qui pussent faire oublier l’irrégularité de sa conduite en s'arrogeant un pouvoir indépendant. Bernai Diaz , quoique fort porté 4 faire valoir scs prouesse* et celles de scs compagnons, n’avait pas le même intérêt à les exagérer, et il est probable que le récit qu'il fait du nombre des ludiens approche plus de la vérité. On ne peut assembler une année de cent cinquante mille homme* sans de grands préparatifs et sans des provisions pour leur subsistance , dont les soins auraient exigé plus de prévoyance qu’on n’en peut supposer aux Américains. La culture ne semble pas avoir été assez considérable à Tlascala pour fournir des vivres 4 une si grande armée. Quoique celte province fût beaucoup mieux cultivée que les autres parties de la Nouvelle-Espagne, car on l’appelait le pays au pain, les Espagnols furent obligés, pendant leur marche, à ne subsister que de tunas , espèce de fruit qui croit sans culture dans les champs. (Hcrrera, Dccad . H, lib. vi, c, v, p. 182.
NOTE 100, p. 6û4.
On dit que ces malheureuses victimes étaient des personnes de considération. Il n'est pas probable qu’on ait employé cinquante personnes pour servir d'espions. On avait pris et renvoyé tant de prisonniers, et les Tlasc.v lans avaient fait passer tant de messager* dan# les quai tiers des Espagnols, qu’il n’y avait aucune raisou de hasarder la vie d'un si grand nombre de personnes considérables pour prendre désinformations sur la situation et l’état de leur camp. La maniéré barbare avec laquelle lortès a traité un peuple qui ignorait les lois de la guerre établies parmi les uations policées, a paru si révoltante aux historiens espagnols postérieurs, qu’il* ont diminué le nombre de ceux qu’il a si cruellement punis, üerrera dit qu’il fit couper les mains à sept et les pouce* à quel ques autres. ( Dccad. Il, lib. u, c. vin.) Solis prétend qu'on coupa les mains 4 quatorze ou quinze et les poucr» au reste (lib. u, c. xx). Mais Cortès lui-métne {Relac., p. 228 , B. ) et Gomara, d'après lui ( c. 48 ), affirment qui: les cinquante eurent les mains coupées.
NOTE 107, p. 605.
Les cbevaux étaient ce qui causait le plus grand étonnement 4 tous les peuples de la Nouvelle Espagne. Il* crurent d'abord que le cheval et le cavalier ne faisaient qu’un seul monstre d’une forme horrible semblable aux centaures; et comme ils croyaient que les chevaux prenaient la même nourriture que tes hommes, ils leur portaient 4 manger de la viande et du pain. Lorsqu’il» s'aperçurent de leur erreur, ils s'imaginèrent que ers animaux dévoraient les hommes pendant la bataille, et que quand ils hennissaient, c'était pour demander leur proie. L’intérêt des Espagnols n’était pas de le* détromper sur ce sujet. ( Uerrera, Dccad. Il , lib. vi , c. n.)
NOTE 108, p. 007.
Suivant Barth. de Las Casas, il n’y avait aucune raison de faire ce massacre . et ce ne fut qu’un acte de pure cruauté, commis principalement pour frapper de ter reur les peuples de la Nouvelle-Espagne { Relac. de la Destrucc p. 17 etc). Mais le zèle de La* Casas le porte souvent 4 exagérer. D’un autre côté Bern. Diaz. , c. lxxxiii, dit que les premier* missionnaires envoyé* par l’empereur dans la Nouvelle-Espagne firent une recherche exacte de ce Fait , et qu’après avoir interrogé le* prêtre* et le* chefs de Cholula , ils trouvèrent qu’il y avait réel ■ lement eu une conspiration contre les Espagnols, et que le récit envoyé par Cortès était exactement vrai. Corte* était sans doute intéressé alors 4 gagner l’esprit de Montézuma; il n’est donc pas croyable qu’il eût voulu faire une démarche si propre 4 l'aliéner de* Espagnols s’il ne l’avait pas jugé nécessaire 4 sa propre conservation. Mai* il est vrai aussi que les Espagnols qui servaient en Amérique avaient un tel mépris pour le* naturels du pays, et les croyaient ai peu dignes du droit commun 4 tou* 1rs hommes, que Cortès a pu regarder les Cliolulans comme coupables sur la preuve la moins certaine. I j sévérité du châtiment était d’ailleurs excessive et atroce.
SUR i: HISTOIRE D’AMERIQUE.
NOTE 109, p. 607.
Celte description est prise littéralement de Bernai Diazdel Caslillo, trop peu instruit dan* l’art d’écrire pour avoir pu embellir son récit. II rapporte dans un style simple et grossier ce que lui-même et ses compagnons pensèrent à cette occasion : « Qu’on ne s’étonne pas , dit-il , si j’écris de cette manière ce qui s’est passé alors, car il faut penser que c’est une chose que de rapporter, et une autre d’avoir vu des choses qui n’ont jamais été vues ni entendues , ni dites par les hommes (c. ixxxvi, p. 64, B.) »
NOTE 110, p 611.
B. Diaz de! Caslillo nous donne une idée des fatigues et des sooffrauces qu’ils éprouvèrent à cette occasion et dans plusieurs autres. Pendant neuf nn>» qu’ils restèrent à Mexico , tou* , sans aucune distinction entre les officiers et les soldats, dormirent tout armés avec leurs cottes de mailles et leur» gorgereltes. Ils étaient couchés par terre sur des nattes ou de la paille , et tous étaient obligés de se tenir prêts comme s’ils avaient été de garde. « Ce qui me devint si familier, ajoute-t-il , qu’aujourd'hui même, quoique fort avancé en âge, je dors toujours avec mes habit* et jamais dans un lit. Lorsque je visite mon encomientla, je fais porter, par égard pour mon rang, un lit avec mes bagages , mais je n’en fai* jamais uuge , parce que je dors tout babillé , et que je me promène souvent la nuit en plein air pour voir les étoiles, suivant mon ancienne habitude (c. cvm ). »
NOTE lit, p. 612.
Cortès lui-méme , dans sa seconde lettre à l’empereur, n’explique point les motifs qui le portèrent à coudaniner Üualpopoca aux flammes, et à faire mettre Monlézuma aux fer». ( Harous. , t. III, p. 23(5. ) B. Diaz passe sous silence les raison* de ce premier fait, et la seule cause qu’il donne du dentier, c’est qu’ou voulait prévenir tout obstacle à la sentence prononcée contre Qualpopoca (c. icv, p. 75). Mai* puisque Monlézuma était le prisonnier de Cortès, et entièrement eu son pouvoir, l’insulte faite à ce monarque ne pouvait servir qu’à l’irriter sans nécessité. Gomara suppose que Cortès n’avait point d’autre objet que d’occuper Monlézuma de se» propres malheurs, afin qu’il donnât moins d’attention à ce qui arrivait â Qualpojioca.(67ir., c. lxxxix.) llerrera est du même sentiment. ( Decad. Il , lib. vm , c. ix. ) Mai» ce moyen de faire supporter une offense â un homme en lui faisant de nouveaux outrages semble fort étrange. Solis croit que Cortès ne voulait qu'intimider Monlézuma , afin qu’il ne fit aucun effort pour faire délivrer le* victimes; mai* ce mouarqne était si soumis, et il avait si lâchement remis le* prisonniers à Cortès , qu’il n’y avait rien à craindre de sa part. Si l’on n’adopte pas la manière dont j’ai cherché à expliquer la couduite de Cortès à celle occasion, je crois qu’on doit la regarder comine un de ces actes de pure barbarie et d'oppression qu’on ne trouve que trop fréquens dans l’bisloire de la conquête de l'Amérique.
NOTE 112, p. 614.
Solis (lib iv, c. iii ) prétend que ce fut Monlézuma lui-méme qui fit b proposition de rendre hommage au
roi d’Espagne, afin d'engager les Espagnols â quitter se* états. Il dépeint sa conduite eu celle occasion comme fondée sur la plus profonde politique, cl suivie avec tant d'adresse, que Cortès lui-méme y fut trompé; mais on ne trouve rien dan* le* historien* contemporains, tels que Cortès , Diaz et Gomara , qui puisse justifier cette assertion. Jamais Monlézuma n’a montré en d’autres occasions cet art et cette politique. La douleur dout il fut pénétré en sc soumettant à cet acte d'humiliation était naturelle si l’on suppose qu’il a été iuvolontaire. Mais, suivant Solis, elle aurait été contradictoire et incompatible avec son projet de tromper les Espagnols.
Les Espagnols , malgré leur industrie et leur pouvoir, ne purent point trouver d'or dans plusieurs provint**. Dans d’autres ils ne se procurèrent que quelque* bagatelle» de peu de valeur. Monlézuma assura Cortès que le présent qu’il offrait au roi de Castille , après lui avoir rendu hommage , comprenait toutes les richesses amassées par son père, et qu’il avait déjà donné aux Espagnols le reste de son or et de ses bijoux. (B. Diaz, c. civ.; Gomara dit que tout l’argent qu’on recueillit montait â cinq cents marc* ( Citron ., c. xetu ); ce qui s’accorde avec le récit de Cortès , que le quint de l'argent pour le roi fut de cent marcs. ( Relac , p. 239, B. ) De sorte que la somme totale de l’argent ne monta qu’à quatre mille onces, â raison de huit onces par marc; ce qui fait voir que la proportion de l’argent avec l’or a été fort petite.
NOTE 114, p. 615.
Solis ( lib. iv, c. i) met en question la vérité de ce Dût , par b seule raison qu’il était incompatible avec la prudence qui distinguait le caractère de Cortès. Mais il aurait dô se rappeler l’impétuosité de son zèle à Tlascala, qui n’avait pas été moins imprudente, il dit que la preuve est fondée sur le témoignage de B. Diaz del Caslillo, de Gotnara et de Herrera. Tous s'accordent en effet à rapporter celle démarche inconsidérée de Cortès, et ils ont eu raison de le faire, puisque Cortès lui -même parle de cette action dan* »a seconde lettre â l’empereur, et parait même s’en glorifier ( Cortès. Relac. Bannis., III , p. 140. ) Ce qui e*t une des preuve» sans nombre que Solis a consulté avec peu de soin les lettres de Cortès à Cbarles- Quint, qui cependant sont les sources le» plus authentiques où l’on doive puiser des lumières sur ses opérations.
NOTE 115, p. 616.
Herrera et Solis croient que Velasquez Eut encourage à former cet armement contre Cortès, par les rapport» qu’il reçut d'Espagne touchant la réception des agen* envoyés par la colonie de la Vera-Cruz, et par la chaleur avec laquelle Fonseca, évêque de Burgos, avait épousé ses intérêts et condamné les procédés de Cortès. ( Herrera, Dec. Il, lib. ix, c. xvut; Solis, lib. iv, c. v.) Mats l’ordre chronologique des événemens réfute cette supposition. Portocarrero cl Monlejo mirent â la voile de la Vera-Cruz le 26 juillet 1519.(Herrera, Decad. Il, lib. v. c. iv ). Ils débarquèrent à San-Lucar en octobre, suivant Herrera, Ibid. Mais P. Martyr, qui se trouvait â la cour dans ce temps-lâ, et qui communiquait tous les événemens de quelque importance i se* correspondait* jour par jour,
NOTES ET ECLAIRCISSEMENS
leur marqua le premier décembre l’arrivée de ce* ar.cn», et en parle comme d’un fait nouvellement arrivé. ( Epist. 650. ) Tou* les historien* s’accordent A dire que les agens de Cortès eurent leur première audience de l'empereur A Tordesillas, lorsqu'il se rendit dans cetle ville pour y voir sa inère.en allant A Saint-Jacques de Compostelle. ( Herrera, Dccad. II. lib. v, c. iv; Soli», lib. iv, p. 5. ) Nais l'empereur partit de Valladolid pour aller 5 Tordesilias le 11 mars 1520, et F. Martyr dit avoir vu alors les présens faits à Charles-Quint ( Epist . 665 } L'armement commandé par Narvaes partit de Cuba eu avril 1520. Il est donc clair que Velasquez ira pu recevoir aucune nouvelle de ce qui s’était passé A cetle entrevue à Tordesillas, antérieure à ses préparatifs de guerre contre Cortès. Ses vrais motifs paraissent avoir été ceux dont j'ai parlé. La patente qui le nomme adelantado de la Nouvelle- Espagne, avec des pouvoirs aussi étendus, est datée du 13 novembre 1519. (Hcrr era.Decad. Il, lib. m.c. u. ) Il a pu la recevoir vers le commencement de janvier, üoinara remarque que du moment qu’il eut reçu sa patente, il commença A équiper une Houe et A lever des troupes. ( Citron ., c. xcvi.)
NOTE 116, p. 617.
Solis prétend que comme Narvaès n’avait point d'interprètes, il ne pouvait avoir aucune communication avec les peuples des provinces, ni converser avec eux que par le moyen des signes, et qu'il lui était également impossible d’avoir quelque commerce avec Montézuma (lib. îv, C. vu). Mais c’est d’après l'autorité de Cortès même que je rapporte toutes les particularités de la correspondance de Narvaès avec Montézuma et avec scs sujets dans les provinces maritimes. ( H clac. Ramus., III, 244 , AC.) Cortès assure qu’il y avait une espèce de correspondance établie entre Narvaès et les Mexicains ; mais il n’explique point de quelle manière elle se faisait. R. Diaz supplée A ce défaut eu disant que les trois déserteurs qui avaient joint Narvaes lui servaient d’interprètes , étant assez instruits de la langue du pays ( c. ex ). Il rapporte avec son exactitude ordinaire leurs nom* et leurs caractères, et parle (c. exxn) de la manière dont ils r m'eut punis de leur perfidie. Il y avait alors un an que les Espagnols demeuraient avec les Mexicains; il n élaitdouc pas surprenant que quelques-uus d’entre eux eussent appris A parler la langue du pays, comme il y a lieu de le croire { Herrera, I/ecad. il, lib. x, c. t). B. Diaz qui en fut le témoin , et Herrcra , le plus exact et le plus instruit des auteur* espagnols, s’accordent avec le récit que donne Cortès de la correspondance secrète avec Montézuma.
( Décati. . Il, lib. ix, c. xvut-xix.) Solis semble regarder comme un déshonneur pour Cortès, son héros, que Montézuma ail voulu s’engager daD» une correspondance avec Narvaès. Il prétend que ce monarque avait pris une telle amitié pour le* Espagnols, qu’il ne désirait point de les voir partir. Celte affection parait peu croyable quand on pense A la manière indigne dont il avait été traité, et Solis même est obligé d’avmier qu’on doit la regarder comme un des miracles que Dieu a opérés pour faciliter lo conquétedu Nouvean-Moude ( lib. iv, c. vu). Ce qu’il y a de vrai c’est que, malgré la crainte que Montézuma avait des Espagnols, il n’était pas moins impatient de recouvrer sa liberté.
NOTE 117, p. 622.
J’ai pris ces mots de l'histoire anonyme de l'établissement des Européens en Amérique, publiée par Dodsley, en deux volumes in-8°, ouvrage d’un mérite si reconnu, que je ne crois pas qu'aucun écrivain de ce siecle doive rougir de s’en avouer l’auteur.
NOTE 118, p. 624
l>es historiens contemporains ne s'accordent point sur le nombre des hommes que les Espagnols perdirent eu celle occasion. Cortès, dans sa seconde lettre A l’emj pereur, dit qu’il n’y eut que cent cinquante hommes de tué* [ Relac. ap. Ramus., III, p. 249, A) ; mais son intérêt ! exigeait alors qu’il laissât ignorer A 1a cour d’Espagne I louic la perte qu'il avait faite. Solis, toujours attentif A ! diminuer les échecs qu’essuyaient ses compatriotes, éva- ! lue cette perte A deux cents hommes (lib. iv, c. m) B. Diaz assure qu'ils perdirent huit cent soixante-dix hommes, et que quatre cents quarante seulement s échapperent de Mexico (c. cxxvm , p. 108, B}. Palafox , évêque I de los Angeles, qui parait avoir porté un œil attentif sur les évéuemens arrivés A ses compatriotes dans la nouvelle Espagne, confirme le récit que B. Diaz fait de la grandeur de leur perle. ( Eirtudes del India, p. 22.) Gomara évaluecette perte A quatre ceut cinquante bomme*{ CA/vm . c. cix.J Quelques mois apres, Cortès ayant reçu plusieurs renforts, ht la revue de ses troupes et trouva qu’elles montaient seulement Aciuqceulqualre-vingt-dix hommes. (Relac. apud Ramus, 111, p. 255, E. ) Comme Narraes avait amené huit cent quatre-vingt hommes dans la Nouvelle-Espagne, et qu’alors environ quatre cents soldais de Cortès vivaient encore . il est évident que sa perte A la retraite de Mexico doit avoir été beaucoup plus considérable qu’il ne le dit. B. Diaz, toujours porté A exagérer les dangers et les fatigues auxquels ses compagnons et lui avaient été exposés , peut avoir exagéré le nombre des morts; mais je crois qu'on ne peut pas l’estimer A motos de six cents hommes.
NOTE 119, p 032.
On voit quelques reste* de ce grand ouvrage, et l’on montre encore aux étrangers I endroit où l’on construisit et lança A l’eau les briganlins. Torquetnada les a vus. (Monarq. ind ., vol. I, p. 531.)
NOTE 120, p. 63 1
Le poste d’Alvarado, sur la chaussée de Tubuca, était le plus voisiu de !a ville. Cortès dit qu'ils pouvaient observer distinctement de IA tout ce qui se passait lorsque leurs compagnons furent sacrifiés. (Relac. ap. Ramus., t. III , p. 273, E.) B. Diaz, qui était de la division d’Alvarado, rapporte ce qu’il a vu de ses yeux (c. glu, p. 148, B; 149, A). Il décrit avec son ingénuosité ordinaire l’impression que lui fît ce spectacle , et sa franchise est celle d’un homme dont le courage était trop connu pour être suspect, a Avant que j’eusse vu , dit-il, la poitrine de mes compagnons ouverte, leurs cœurs palpitons offerts A une affreuse idole , et leur chair dévorée par nos cruels ennemis, j’étais accoutumé A marcher au combat nooseulement sans crainte, mais avec une grande intrépidité ; mais depuis ce moment-lA je ue m'approchai jamais des
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Mexicain* pour le* combattre *an* une «crête horreur ; je frémissais en pensant à la mort cruelle que me* ami* avaient subie. » lia soin d'ajouter que cette crainte cessait aussitôt que le combat était engagé, et sa valeur reconnue eu toute occasion ne peut laisser aucun doute sur son récit. (B. Diaz, c. clvi, p. 157, A.)
NOTE 121, p. 636.
Une circonstance de ce siège mérite de Axer notre attention. Le récit que les historiens espagnols font des armées nombreuses employées à l’attaque et à la défense de Mexico parait incroyable. Suivant Cortès même, il a eu à la fois à son service cent cinquante mille auxiliaires indien*. { Relac. ap. Rarnus. 1. 111, p. 275, E.) Gomara dit qu'il y eu avait plus de deux cent mille. { Chron., c. cxxxvi.) Herrera, auteur d’une plus grande autorité , assure aussi qu'ils étaieut au nombre d’environ deux cent mille. ( Decad . 111, lib. i , c. xix.) Aucun des historien* contemporain* ne marque positivement le nombre de* personnes qui se trouvèrent au siège de Mexico; mais Cortès parle souvent de* Mexicains qui y furent tués ou qui périrent faute de nourriture , et si l'on peut ajouter foi à ces rapports, il est à croire que plus de deux cent mille Indiens se trouvaient renfermés dans la ville. Mais la quantité extraordinaire de vivres nécessaires pour la subsistance d’une si grande multitude assemblée pendant trois mois dans uue place, et les soins que les Mexicains auraient dû prendre pour les rassembler, font douter qu’on pût y parvenir dans un pays où l'agriculture était encore si imparfaite, où il n’y avait aucun animal domestique , et dont le peuple n’était pas capable du degré de prévoyance et d'ordre qu'aurait exigé uti plan si compliqué. I«es Espagnols , malgré leurs soins et leur attention, furent très mal nourris, et se trouvaient souvent réduits 1 la plus affreuse extrémité faute de vivres. (B. Diaz, p. 142. Cortès, Relac., p. 271, D.) Cortès parle une fois en passant de la subsistance de son armée, et après avoir avoué qu’il se trouvait souvent dans le plus grand besoin, ajoute qu’il recevait des secours des naturels, qui lui apportaient du poisson et des fruits auxquels il donne le nom de cerises du pays { ibid .). B. Diaz dit qu’ils avaient de* gâteaux de mal* et des cerasas de la tierra, et que quand b saison en était passée , ils avaient d’autres fruit* qu’il appela tunas ; mais leur meilleur aliment était uue racine dont les Indiens se nourrissent et qu'ils nomment quilUes (p. 142). Les Indiens auxiliaires avaient un moyen de plus pour *e nourrir que les Espagnols ; ils mangeaient les Mexicains qu’ils tuaient dans le combat. fCortés, Relac., p. 176, C.) B. Diaz confirme ce récit , et ajoute que lorsque les Indiens retournèrent de Mexico chez eux, ils emportèrent une grande quantité de chair de* Mexicain*, salée ou séchée, comme un présent fort précieux pour leurs parens, qui auraient le plaisir de *e nourrir dans leur* festins du corps de leurs ennemi* (p. 157). Solis, qui paraît craindre qu’on n'impute A ses compatriotes d'avoir agi de concert avec les auxiliaires qui se nourrissaient de chair humaine , est très attentif à prouver qu’il* cherchèrent à engager leurs alliés à ne point manger les corp* de* Mexicains (lib. v, c. xxiv). mais il ne peut s’appuyer sur l'autorité d'aucun historien original. Diaz et Cortès lui-méme ne paraissent pas avoir eu un pareil scrupule, et en plusieurs occasions Cortès parle, sans en témoigner d’horreur, de ces repas indiens,
qui leur étaient devenus très familiers. Mai* malgré ca supplément de nourriture pour les Indiens, U ne parait encore guère possible qu’ils aient pu fournir des vivres pour des armées aussi considérables que celles dont parlent les historiens espagnols. Peut-être que le meilleur moyen de résoudre cette difficulté, c'est d’adopter le seutiment de B. Diazdel Casiilio, le plus naif de tous les hisioriadores primilivos. «Lorsque Gomara, dit-il, rapporte en quelques endroits que nous avons eu laul de milliers d’Indien* pour alliés, et d’un autre côté, qu’il y avait tant de milliers de maisons dan* telle ou telle ville, on ne doit avoir aucun égard à son énumération , parce que ton autorité ne peut être d’aucun poids à cet égard ; le nombre des bouuues ou des maisons n’étant pas la cinquième partie de ce qu'il dit Si l’on additionnait lesdifférens nombres qu’il cite, ce pays contiendrait plus de millions d’hommes qu’il n’y en a dan* la Castille (c. cxxix). » Mai* quoiqu’on puisse rabattre beaucoup des calculs que les Espagnol* ont donués de* forces mexicaines, elle* doivent cependant avoir été fort considérable*; car il n'y avait qu’uue très grande supériorité du nombre qui pùt les engager à faire tête à un corps de neuf cents Espagnols, commandé par un général aussi habile que Cortès.
NOTE 122, p. 611.
En parlant des procédé* cruels et tyranniques des conquérait* de b N uuv elle Espagne, je u'ai pas pris pour guide Barlh. de Las Ca*as, parce que le récil qu'il en fait ( Relac. de la Destrucc., p. 18, etc.) est manifestement exagéré. C’est sur le témoignage de Cortès même et de Goinara qui écrivit sous ses yeux, que j’ai fondé le récit de la punition infligée aux Panneau* qu’ils rapportent, sans y ajouter aucun sentiment d’improbation. B. Diaz , contre sa coutume , n’en parle qu’en terme* généraux (c. clxii). Herrera .attentif à pallier les actions barbare* de ses compatriotes, dit bien que soixante caciques et quatre cents personnes de distinction furent condamnés aux flammes ; mais il prétend qu’il n’y en eut que trente de brûlés, et qu’on pardonna aux autre*. ( Decad. III, lib. v, c. vu. ) Mais cela est contraire au témoignage de Gomara, qu'il parait avoir consulté, puisqu'on retrouve plusieurs de ses expressions dans ce même passage. Le* historiens espagnols les plus authentiques parlent de la punition de Guatimosin. Torquemada a extrait d’une histoire de Tezeuco, écrite en langue mexicaine, un récit de ce fait, plus favorable à Guatimosin que ceux des écrivains espagnols. ( Mon. ind., I., 575.) Suivant ce récit, Conè* n'avait aucune preuve positive pour justifier un pareil acte de cruauté. B. Diaz assure que Guatimosiu et se* malheureux compagnons attestèrent leur innocence en rendant le dernier soupir, et que plusieurs soldais condamnèrent l’action de Cortès comme également injuste et inutile ( p. 200 , B; 201 , A).
NOTE 123, p. m.
Cette expédition avait pour motif de punir Cbrisloval Olid, un de ses officiers, qui s’était révolté contre lui, et qui cherchait à se former une juridiction indépendante. Cette révolte parut si dangereuse à Cortès, et il craignait tellement l’expérience et b popularité d’OIid, qu’il marcha lui-méme à la tête des troupes destinées pour l’apaiser. Suivant Gomara, il fit plus de mille lieues au ira-
840 NOTES ET EGI
ver* d’un pays couvert d’épaisses forêts, de montagnes I escarpées, de rivières profonde*, peu habité et cultivé xeuiemeut en quelque* endroits. Il n'y a que le* aven turc* de* autre* conquérait* du Nouveau-Monde qui puissent égaler ce qu’il souffrit par la famine, par le* hostilités de* naturels du pays, par le* rigueurs du climat et par des fatigues de toute espèce. Cortès employa plus de deux ans à cette terrible expédition, qui ne fut marquée par aucun événement d’éclat, mais pendant laquelle I donna de plus grandes preuves de son courage, de la force de ion esprit, de sa persévérance et de «a patience que dans aucun période desa vie. (llerrera , Decad. III , lib. vi, vu, vin, îx.Gomara Chron., c. clxiii-clxxvii. B. Diaz, clxxiv-cxc. Le récit de cette expédition devrait occuper une place brillante dans une vie de Cortès; mais dans une Histoire générale d’Amérique , il suffit de mentionner en passant une expédition qui n'amena avec elle aucun grand événement.
NOTE 124, p. G43.
Suivant Herrera , le trésor que Cortès apporta avec lui , consistait en quinze cent* marc* d’argenterie travaillée, deux cent mille pe*o*d’or fin, et dix mille d’un moindre aloi, plusieurs diamant de grand prix, un entre autres valant quarante mille pesos, et plusieurs ornemeus et bijoux de prix. ( Decad. IV, lib. m, p. 8; Mb. iv, c. i.) U s'engagea ensuite à donner en mariage à sa fille cent mille pesos. (Gomara, Chron., c. ccxxxvit.) Il laissa à ses fils une fortune très considérable. Nous avons cependant déjà remarqué que la somme qui fut partagée entre les conqucrans à la première réduction de Mexico était fort petite. Il y a donc lieu de croire que les accusations de* ennemis de Cortès n’étaient pas tout-à-fai( destituées de fondement. Il* le chargent de «’êlre approprié injustement une portion exorbitante des dépouilles des Mexicains; d'avoir caché le* trésors de Montézuma et de üualimosin ; d’avoir distrait le quint du roi, et d'avoir privé ses compagnons de ce qui leur était dû. (Herrera, Dec. III, lib. vin, c, xv ; Decad. IV, lib. m, c. vui.) Quelques-uns même des conquérans eurent de pareils soupçons. ( B. Diaz , c. clvii.)
NOTE 125, p. 644.
En décrivant les progrès de* arme* espagnole* dan* la Nouvelle- Espagne, nous avons suivi Cortès lui-méme comme le guide le plus sûr. Ses lettres à l’empereur contiennent un récit exact de ses opérations; mais le vainqueur ignorant du Pérou n’était pas en état d'écrire luimême ses propres exploits. Cependant nous avons puisé les faits dans des auteurs contemporains et respectables.
C'est François Xercs , secrétaire de Pizarre, qui nous a donné la première relation de ses exploits au Pérou. C’est un récit simple et naïf, qui ne va que jusqu’à la nioot d’Atahualpa.en 1533; car l’auteur retourna en Espagne en 1531, et fit imprimer immédiatement après son arrivée sa courte histoire de la conquête du Pérou , qu'il dédia à l’empereur.
Don Pedro Sancho, officier qui servit sous Pizarre, écrivit un récit de son expédition , qui fut traduit en italien par Bamusio et inséré dans son précieux recueil, mais qui ne fut jamais publié dans sa langue originale
LA1RC1SSEMENS
I Sancho retourna en Espagne dans le même temps que Xérès. On peut ajouter la plus grande foi à tout ce que ces deux auteurs ont dit des opérations de Pizarre ; mars les Espagnols étaient restés si peu de temps au Pérou . lorsqu’ils quittèrent ce pays, et ils avaient eu si peu de communication avec les habitans , qu'ils n’avaient qu'une connaissance fort bornée des mœurs et des usages de ce peuple.
L’historien contemporain qui vient ensuite est Pierre Cieza de I*eon , qui publia sa Chronique du Pérou i Séville en 1553. S’il avait fini tout ce qu’il se proposait par la division générale de son ouvrage, c’aurait été l’histoire la plus complète qui eût été publiée de quelque partie du Nouveau-Monde que ce fût. Il était très en état de l’exécuter, ayant servi pendant dix -sept ans en Amérique , et ayant parcouru lui-méme la plupart des provinces dont il avait à parler. Sa Chronique contient une description du Pérou et de la plupart des provinces adjacentes , avec un détail historique des mœurs et des usages des naturels des pays, écrite avec si peu d’art et avec tant d’apparence de vérité, qu’on ne peut s’empêcher de regretter la perte des autres parties de son ouvrage.
Cette perle est amplement réparée par don Augustin Zarale, qui, en 1555, publia son Historia del descubrimiento y conqulsta de laproiincia del Peru. Zarate, homme de condition, avait reçu une bonne éducation , et avait été employé au Pérou eu qualité de contrôleur général du revenu public. Son histoire, tant par le sujet que par la manière dont elle est écrite, est un livre fort estimable ; et comme il a été à portée d'être bien informé, et qu’il parait avoir observé avec attention les mœurs et les actions des Péruviens, son témoignage mérite le plus grand crédit.
En 1571 , don Diego Fernande* publia son histoire du Pérou , dont le seul objet est de rapporter les divisions et les guerres civiles des Espagnols dans cet empire. Comme il a été employé dans les affaires publiques au Pérou, et qu’il avait une connaissance exacte du pays et de* principaux acteurs des faits dont il parle ; que d’ailleurs il possédait un jugement sain et une grande impartialité, il peut être mis au rang des historiens les plus distingué* par l’exactitude de leurs recherches et par leur discerne ment à juger les événement qu’ils rapportent.
Garcilasso de la Vega , inca , est celui qu’on peut regarder comme le dernier historien contemporain de 1a conquête du Pérou ; car quoique la première partie de son ouvrage, intitulé Commentarios Reales del origen de los Incas Reies del Peru, ne fut publiée qu’eu 1G09, soixante-seize ans après la mort d’Atabualpa, le dernier empereur; cependant comme il était né au Pérou, d'un officier de distinction et d’une ou femme de la famille royale , ce qui l’autorisait à prendre te litre dï/tca; comme d’ailleurs il parlait fort bien la langue des lucas et qu’il était instruit des traditions de ses compatriotes, son autorité est fort estimée et souvent préférée à celle de tous les autres historiens. Cependant on ne peut regarder son ouvrage que comme un commentaire des écrivains espagnols qui ont traité de l'histoire du Pérou , composé de citations prises des auteurs dont j'ai parlé. C’est l’idée qu'il en donne lui-même (lib. i, c. x). Ce n’est pas seulement dans le récit des faits qu'il les suit servilement ; mais il ne paraît pas mieux instruit qu'eux en expliquant les institutions et le* cérémonies de scs
oogle
SUR L'HISTOIRE D’AMERIQUE
ancêtres. L'explication qu’il donne de* quipos est à peu prés la même que celle d’ Acosta. H ne cite aucun exemple' de la poésie des Péruviens, si ce n’est le mauvais morceau qu’il a pris de Bla» Valera, un des premiers missionnaires, dont les mémoires n’on jamais été publiés (lib.ii, c. xt). Au reste ce serait en vain qu’on chercherait dans les commentaires de rinça le moindre ordre et le jugement nécessaire pour distinguer ce quin’est que fabuleux d’avec ce qui est probable ou vrai. Malgré tous ces défauts, son ouvrage peut être utile. On y trouve quelques traditions qui lui ont été communiquées par ses compatriotes. 1 j connaissance qu’il avait de la langue péruvienne l’a mis à même de corriger quelques erreurs des écrivains espagnols, et il y a inséré des faits curieux qu’il a pris dans les ouvrages de quelques auteurs dont les ouvrages u 'ont jamais été publiés et qui se sont perdus.
NOTE 126, p. 616.
On pourra se former une idée des peines qu’ils eurent â souffrir et de l’insalubrité des pays qu’ils parcoururent par la mortalité extraordinaire qui régna parmi eux. Pizarre conduisit avec lui cent douze hommes et Almagro soixante-dix ; il en mourut cent trente en moins de neuf mois, et peu par l’épée ; presque tous périrent de maladie. (Xérès, p. 180.)
NOTE 127, p. 647.
Cette Ile, dit Herrera , est xi désagréable par l'intempérie de son climat, scs bois impénétrables, ses montagnes escarpées et la multitude des insectes et des reptiles, que lorsqu’on en parle on se sert de l’épilbètc ^infernale. On y voit rarement le soleil et il y pleut presque toute l’année. (Decad. III, lib. x, c. ni.) Dampierre, qui toucha à cette Ile en 1685, n’en rend pas un compte plus favorable ( vol. I , p. 172 ). Pendant sa croisière sur cette côte, il visita la plupart des endroits où Pizarre descendit , et la description qu’il eu fait jette un grand jour sur les récits des premiers historiens espagnols.
NOTE 128, p. 652.
Le* chevaux étaient alors fort multipliés dans les possession* espagnole* sur le continent. Lorsque Cortès commença son expédition en 1518, il ne put se procurer que seize chevaux , quoique non armement RU plus considérable que celui de Pizarre et composé de peifonne* d’un rang supérieur à ceux qui conquirent le Pérou.
NOTE 129, p. 652.
En 1740, don Antoine tllloa et don Georges Juan aliénait de Guayaquil à Motupé par la même roule que Pizarre avait suivie. On peut se former une idée de la difficulté de leur marche par le récit qu’ils ont fait de leur voyage. Les plaine* sablonneuses eulre Saint-Michel de Piura et Motupé s’étendent à quatre-vingt-dix milles, sans qu’on trouve ni eau , ni arbre, ni plante , ni verdure sur celte horrible étendue de sable brûlant. ( Voyage, tom. 1 , p. 399, etc.)
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NOTE t30, p. 6M.
C’est avec justice que tous les historiens ont censuré le discours extravagant et déplacé de Valverde ; mai* quoi qu’il paraisse avoir été un moine fort ignorant , fort superstitieux et fort différent du bon Olmedo , qui accompagna Cortès, on ne peut cependant lui imputer entièrement sou absurde apostrophe à Atabualpa. Sa harangue est sans doute une traduction ou une paraphrase du formulaire concerté par la junte des ecclésiastiques et de* jurisconsultes espagnols en 1509, pour démontrer le droit de leur roi à la souveraineté du Nouveau -Monde, et pour servir d'instruction aux officiers employés en Amérique, sur la manière dont ils devaient prendre possession d’un nouveau pays. (Voyez la note 23. ) \jt* sentiinens contenus dans la harangue de Valverde lie peuvent élre attribué* à l’imbécile fanatisme d’un seul homme, mais à celui du siècle où il a vécu. On trouve dans Gomara et dans Benzoni un fait qui , s’il est vrai , suffit pour rendre Valverde non-seulement un objet de mépris, mais même d’horreur. Ils disent que pendant toute l'action, ce moine ue cessa d’exriter les soldats au carnage, en leur conseillant de frapper l'ennemi non du tranchant de leurs épées, nuis de la pointe. (Gomara. Chron., c. cxiii. Benzoni , Hist. nov. orbis, lib. m, c. ni). Celle conduite est bien différente de celle des prêtres catholiques romains dans les autres parties de l'Amérique, où ils ont employé lou£ leur crédit pour protéger les ludiens et pour modérer la férocité de leurs compatriotes.
NOTE 131 , p. 655.
Il y a deux sentimens différens touchant la conduite d’Atahualpa. Le* historiens espagnols , pour justifier le* violences de leur* compatriotes, prétendent que le* démonstrations d’amitié de l’inca n’étaieut que simulées , et qu’en accordant une entrevue à Bizarre, 5 Caxainalca , son intention était de se défaire tout d’un coup de lui et de ses compagnons; que c’est pour celte raison qu’il s’avança avec une suite xi nombreuse , qui avait des arme* cachées pour exécuter ce projet. Voilà du moins le sentiment de Xérès et de Zarate, lequel a été adopté par Herrera. Mais si rinça avait voulu détruire les Espagnols, il n’est pas croyable qu'il les eût laissés passer librement par le désert de Motupé, et qu’il eût négligé de défendre les passages des raootagnes où il aurait pu les attaquer avec tant d’avantage. Si les Péruviens en marchant ver* Caxamalca avaient eu intention de tomber sur les Espagnols, il est surprenant qu’un corps de troupes aussi considérable , armé pour le combat , n’ait pas cherché à faire la moindre résistance, mai* se soit laissé lâchement tuer par un ennemi qu’ils n'étaient préparés à attaquer. La manière dont Atahualpa se rendit à l’entrevue avait l’aif d’une procession paisible et non pas d’une entreprise militaire. Lui-même et les personnes de sa suite, vêtus de leurs habits de cérémonie , étaient précédés par des coureur* sans arme*. Quoique le* peuples sauvages «oient souvent faux et rusés, cependant, s’il faut imputer le plan d’une fourberie et d’une trahison ou à un monarque, qui n’avait pas lieu d’être alarmé de la visile d’étrangers qui demandaient à être admis en sa présence comme amis, ou à un aventurier aussi hardi et aussi peu scrupuleux que l’était Pizarre , on ne peut guère balancer surlc choit du coupable. Malgré les soins des historien* espagnols
NOTES ET ECLAIRCIS SE51ENS
pour pallier le* procédé* de Pizarre , U e*t facile de l'apercevoir que c'était non intention comme *on intérêt de *e saisir de l’inca , et qu’il avait pris à cet effet de* mesure* avant qu'il eût pu avoir le moindre soupçon des desseins de ce monarque.
Garcilasso de La Vega, tré* soigneux de Justifier les Péruviens ses compatriotes, du crime d’avoir voulu massacrer Pizarre et ses compagnons , ne craint pas moins d’accuser les Espagnols d’en avoir mal agi avec linca, ce qui lui fait adopter un autre sentiment. Il dit qu’on boni me d’une taille majestueuse , avec une longue barbe et des habits qui descendaient jusqu’à terre, ayant apparu àViracoeba, huitième Inca, et lui ayant déclaré qu’il était fils du soleil , ce monarque bâtit un temple en son honneur, et y plaça une image aussi ressemblante qu’il fut possible k la Forme singulière tous laquelle il se montrait k ses yeui. C’est dans ce temple qu’on lui rend des honneurs divins sous le nom d» Viracocha ( part i, lib. iv, c. xxi ; llb. v, c. xxii). Lorsque les Espagnol* parurent pour la première fois au Pérou , la longueur de leur barbe et les habits qu’ils portaient leur donnaient tant de ressemblance avec l'image de Viracocha aux yeux des Péruviens, qu’ils les regardèrent copine des enfan* du soleil, descendus du ciel sur la terre. Tou* conclurent que l’empire du Pérou touchait au terme fatal , et qne le trûne allait être occupé par de nouveaux maîtres. Alahualpa lui-même, regardant les Espagnols comme des envoyés du ciel , fut si éloigné de chenrber 5 leur résister, qu’il résolut de se soumettre aveuglément à leurs ordres. C’est à ces senti mens qu’on doit attribuer les démonstrations d’amitié et de respect de l’inca , ainsi que la réception amicale qu’il fit à Solo et à Ferdinand Pizarre dans son camp, et la soumission respectueuse avec laquelle il se disposa à visiter le général espagnol dans son quartier; mais par l’ignorance grosaière de l’interprète Pbilippillo, la déclaration des Espagnols et la réponse de t’inca furent si mal expliquées, que la difficulté de s'entendre mutuellement fut cause de la catastrophe de Caiamalca.
Il parait singulier qu'on ne trouve aucune trace de cette vénération superstitieuse des Péruviens pour les Espagnols ni dans Xérès , ni dans Sancho , ni dans Zarate, historiens antérieurs k l’entrevue de Caxainalea ; cependant les deux premier* servaient alors sou* Pizarre, et le dernier se rendit au Pérou peu de temps après la conquête. Si linca lui -même ou ses envoyés avaient adressé aux Espagnols les discours que La Vega leur prête, ils doivent avoir été étonnés d’une pareille soumission , et ils se seraient sans doute servis d’eux pour exécuter leurs desseins avec plus de facilité. Quoique le récit de La Vega lui-même sur la correspondance de l’Inca avec les Espagnols, avant la rencontre de Caxamalca , soit fondé sur la supposition que ce monarque les regardait comme des Viracocha* ou des êtres divins (part, h, lib. n, c.xni, etc), cependant son inattention et son inexactitude ordinaires lui font dire dans un autre endroit que les Péruviens n’avaient remarqué la ressemblance des Espagnols avec le dieu Viracocha qu'après les malheurs qui suivirent le massacre de Caxamalca , et que ce ne fut qu’alors qu’ils commencèrent A les appeler Viracochas (part, i, lib. v, c. xxi); ce qui se trouve confirmé par Henrera. (Decad.V, lib. u, c. xn.) Si l’on en croit les historiens espagnols , leurs compatriotes étaient regardés dans plusieurs parties de l’Amérique comme des êtres descendus du ciel ; mais dans ce cas, comme dans
plusieurs autres, qui peuvent avoir lieu dans un commerce entre des nations dont les progrès dans la civilisa lion sont très inégaux , les idées de ceux qui s’expriment sont très différentes des idées de ceux qui écoutent ; car tri est l’idiome des langues indiennes, ou telle est piotêt la simplicité de ceux qui les parlent , que lorsqu’ils voient une chose qui leur éiait inconnue jusqu’alors et dont ils ignorent l'origine, ils disent qu'elle est venue du del. (Nugnès, Bttmus., vol. III, p. 327, C.)
Le récit que j'ai fait des sentiment et des procédés des Péruviens parait plus naturel et plus plausible que les deux autres, et se trouve plus conforme aux faits rapportés par les historiens contemporains.
Suivant Xérès (p. 200), deux raille Péruviens furent tués. Sancho fait monter le nombre de ceux qui périrent à six ou sept mille. ( Ram., III, 274.) La Vega dit qu’il y en eut cinq mille de massacrés (part, u, lib. i, c. xxv). Le nombre moyen que j’ai pris entre les deux extrêmes parait être plus approchant de la vérité.
NOTE 132, p. 655.
Il n'y a point de preuve plus frappante de ce fait gus le voyage des trois Espagnols de Caxamalca k Cuzco, dont la distance est de six cents milles. Pendant toute celle longue route ils furent traités avec tous les honneur* que les Péruviens rendaient à leur* souverains et même à leurs divinités. Sous prétexte de rassembler ce qui manquait encore k la rançon de linca, il* demandèrent les plaques d’or dont étaient ornés les murs du temple du soleil à Cuzco, et quoique les prêtres ne voulussent pas donner ces ornetnens sacrés et que le peuple refusât de violer la demeure de leur dieu , les trois Espagnol* dépouillèrent de leurs propres mains le temple de la plus grande partie de se* riches** ; et le respect drs Péruviens pour eux était si grand , que quoiqu’ils regardassent ce sacrilège avec étonnement, ils ne tentèrent pas de l’empêcher. (Zarate, lib. u, c. vi. Sancho, ap. Ramas. , 111, 375, D.)
NOTE 133, p. 650.
Herrera dit qu’après avoir pris le quint du roi , le butin fait à Cuzco fut partagé entre quatre cent quatre-vingts personnes, dont chacune reçut quatre mille pesos, ce qui fait un million neuf ceut vingt mille pesos. ( l)t cad. V, lib. vi, c. ui. ) Mais comme la part du général et des autres officier* était beaucoup plus forte que ceHe des soldais, la somme totale doit avoir été infiniment plu* grande que celle que j’ai énoncée. Gomara , c. cxxui , et Zarate, lib. u, c. vm, se contentent de dire en termes généraux que le butin de Cuzco doit avoir été d'une valeur beaucoup plus considérable que la rançon d’^tahualpa.
NOTE 134, p. 660.
Aucune expédition dans le Nouveau-Monde ne fut conduite avec un courage plu* constant ni accompagnée de travaux aussi pénible* que celle d'Alvarado. La plupart de ceux qui s’y trouvèrent étaient, ainsi que lenr chef, des vétérans qui avaient servi sous Cortès et qui s’étaient endurcis k toutes les fatigues de la guerre en Amérique. Ceux des lecteurs qui ne peuvent consulter les peintures frappantes que Zarate et Herrera oui faite* de
SUR L’HISTOIRE D'AMERIQUE
leur* souffrances , pourront se former quelque idée de la nature de leur marche depuis les côte* de la mer jusqu'à Quito, en lisant le récit que don Antoine Ulloa a donné du royale qu’il a fait en 1738, à peu prè* par la même route {Voyage, tom. I, p. 178, etc.), ou celui de M. Bougucr, qui se rendit de Puerto Viejo à Quito par le même chemin qu'avait pria Alvaredo. II compare son propre voyage avec celui du capitaine espagnol , et donne par celte comparaison uihî idée frappante de la hardiesse et de la patience d’Alvarado, en forçant sa route à travers tant d’obstacles. ( Voyage du Pérou, p. 28 , etc )
NOTE 135, p. 860
Suivant Herrera, il y eut pour le compte du roi la valeur de cent cinquante-cinq mille trois cents pesos en or et cinq mille quatre cents marcs de huit oncea chacun d'argent, outre la vaisselle et les ornement dont quelquesuns étaient d’or et les autres d'argent ; et pour le compte des particuliers, la valeur de quatre cent quatre-vingtneuf mille pesos d’or, et cinquante-quatre mille marcs d’argeuL ( Decad . V , Rb. vi , c. un.)
NOTE 133, p. 063.
Les Péruviens avaient recours à d’autres ruses de guerre que celles dont se serraient les Espagnols. Comme la cavalerie était le principal objet de leur terreur. Us cherchaient à la rendre incapable d’agir en lançant une longue courroie avec une pierre attachée à chaque bout, laquelle en s'entortillant autour du cavalier et du cheval les mettait hors d'état d’agir. Herrera leur attribue cette invention. ( Decad. V, lib. un , c. iy. ) Mais j’ai déjà observé dans le quatrième livre que cette arme est commune à plusieurs peuple* sauvages qui habitent l’extrémité de l’Amérique méridionale, et il est plu* probable que les Péruviens, ayant observé la dextérité avec laquelle Us s'en servaient à la chasse, l’ont adoptée eux -mêmes en cette occasion. Les Espagnols s’en trouvaient fort incommodés. ( Herrera, ibid. ) Il y a un autre exemple de l’industrie des Péruviens qui mérite d’être rapporté. En détournant une rivière de son lit, ils inondèrent une vallée où se trouvait posté un corps d'Espagnols, et cela avec tant de célérité, qu’ils ne s'échappèrent qu’avec la plus grande difficulté, (Herrera, Decad. V, Rb. vm, c. v.)
NOTE 137, p. 66P.
Le récit du voyage d’Orellana par Herrera parait le plus détaillé et le plus exact. U est probable qu'il l’a pris du journal d’Orellana même; mais les dates ne sont pas marquées distinctement. Il commença à descendre le Coca ou Napo, dans les premiers jours de février 1541 , et il arriva à l’embouchure de cette rivière le 26 d’août, ayant employé prè» de sept mois à faire ce voyage. En 1743, M. de La Condamine se rendit en moins de quatre mois de Cuença à Para, établissement portugais à l’embouchure de la rivière , quoique cette navigation soit beaucoup plus longue que celle d’Orellana. ( Voyage, p. 179. ) Il est vrai que les deux voyageurs étaient bien différemment équipés pour leur voyage. Cette entreprise périlleuse, à laquelle l’ambition a engagé Orellaoa, et l’amour des sciences M. de La Condamine, fut faite en
1769 , par madame Godin des Odonais , pour aller rejoindre son mari. Il n'y a point d’histoire plus singulière ni plus touchante que celle des fatigues qu'elle souffrit, des dangers auxquels elle fut exposée et des malheurs qu’elle essuya ; dans cette route sa conduite nous offre une vive peinture de la force qui distingue l'homme unie à la sensibilité et la tendresse qui sont particulières au ■exe. ( Lettre de M. Godin à M. de La Condamine.
NOTE 138, p. «70.
Herrera a fait une peinture frappante de leur indigence. Douze gentilshommes, qui avaient été officiers de distinction sous Almagro, logeaient dans la même maison , n’ayant entre eux qu’un seul manteau , qu'il* portaient tour à tour quand ils devaient paraître en public, tandis que les autres étaient obligés de rester chezeux.) La crainte de déplaire à Pizarre ne permettait pas à leurs anciens amis et compagnons ni de les voir ni d’entretenir aucun commerce avec eux. Il est fadle de concevoir quel devait être l’état et l’indignation de ces hommes accoutumés au pouvoir et à l’opulence, lorsqu'ils se virent pauvres et méprisés, sans avoir même une retraite, tandis que ceux dont le mérite et les services ne pouvaient être comparés aux leurs vivaient avec opulence dans des édifices magnifiques. {Decad. VI, lib. vin, c. vi.)
NOTE 139, p. 675.
Herrera, le plus exact des historiens espagnols, dit que Gonzales Pizarre possédait des terres dans le voisinage de Chuquisaca de la Pista, qui lui rapportaient annuellement un revenu plus considérable que celui de l’archevêché de Tolède, le plus riche siège épiscopal de l'Europe. ( Decad. VU , lib. vi, c. m. )
NOTE 140, p. 679.
Tous les historiens espagnols décrivent la marche et les embarras des deux partis avec beaucoup d 'exactitude. Zarate remarque qu’à peine trouvera-t-on rien de comparable dans l'histoire, taut pour la longueur de la retraite que pour l'ardeur de la poursuite. Suivant sou cal cul, Pizarre poursuivit le vice -roi près de trois mille milles (lib. v, c. xvi-xxvi).
NOTE 141, p. 684.
Suivant Fernande*, le plus instruit des historiens de ce temps, le butin se monta à un million quatre cent nulle pesos (lib- il, c. lxxix).
NOTE 142, p.684.
Depuis le commencement Carvajal avait cherché à porter Pizarre à un accommodement avec Gasca. Comme il trouvait que Pizarre n'était pas capable de soutenir la démarche hardie qu’il lui avait d’abord inspirée, il lui conseilla de se soumettre à temps à son souverain, comme le parti le plut sûr. Lorsque Pizarre reçut pour la première fois les offre* du président, « Par Notre-Dame! a dit Carvajal arec le ton de bouffonnerie qui lui était «ordinaire, le prêtre donne des lettres de grâce, et il les «donne bonnes et I boa marché; il faut non-seulement
NOTES ET ECLAIRCISSEMENS
« le* accepter, mai* même le* porter comme de* relique* « autour de notre cou. » (Fernande* , lib. n, c. lxiii )
NOTE! 43, p. G80.
Pendant la révolte de Gonzalo Pizarre, sept cent* hommes Furent tué* en combattant, et troi* cent quatrevingt* furent pendus ou décapités. (Herrera, Decad. VIII, lib. iv, c. iv.) Plu* de troi* cents furent taillé* en pièce* par Carvajal. ( Fernande* , lib. n , c. xci. ) Zarate fait monter le nombre de ceux qui furent exécuté* à cinq cents (lib. vn, c. i).
NOTE 144, p. 689.
J’ai trouvé de nombreux éclaircissement sur les mrrurs et la politique de* Américain* dans uii volumineux manuscrit de don Alonzo de Conta, l'un des juge* de la cour d’audience de Mexico.
Philippe II voulant connaître, en 1553, le moyen d'imposer sur le* Indiens un tribut qui fût à la fois le plu* avantageux possible pour la couronne et le moins onéreux pour ce* peuples, adressa k toute* le* cours d’audience de l’Amérique un ordre par lequel il leur enjoignait de répondre k certaines questions qu’il leur faisait *ur l’ancienne forme de gouvernement établie panui les différentes nations indienne*, et sur la manière dont elles payaient tes impôt* k leurs rois et k leurs chef*. Ce fut en conséquence de cet ordre que (iorila , qui avait vécu en Amérique dix-neuf ans, dont il en avait passé quatorze dans la Nouvelle- Espagne, composa l’ouvrage dont j’ai une copie. Il assure Philippe 11 que , durant sa résidence en Amérique et dans toutes les provinces qu’il a visitées, il s’est constamment appliqué à étudier le* mœurs et les usages des naturels du pays; que, pour cet effet, il s’est entretenu avec le* Indien* le* plu* âgé* et les plus intelligent, et a consulté plusieurs ecclésiastiques espagnols qui entendaient le* langue* de ce* peuples, surtout quelque* missionnaires qui étaient arrivé* dan* la Nouvelle- Etpagne immédiatement après qu’on en eut fait la conquête. Il parait que Corila était assez instruit, et qu’il a mis dans tes recherches tout le soin et toute l'exactitude dont il se fait gloire. Il y a surtout une circonstance qui rend son témoignage plausible; c'est qu’il ne l'a pas donné pour qu’il fût rendu public, ni pour appuyer aucun système, mai* seulement pour répondre pleinement aux question* qu’on lui avait faites. Quoique Herrera ne le cite pas parmi les auteurs qu'il a pris pour guides, j’ai lieu de conclure de plusieurs faits dont il parle, eide plusieurs expression* dont il ne sert, que les mémoires de Corita ne lui étaient pas inconnus.
NOTE 145, p. G92.
Les premiers historiens espagnols ont été si empressés et si peu exacts k évaluer le nombre des habitant de* provinces et des villes de l'Amérique , qu’il n’est pas possible de savoir avec quelque précision 5 combien se montait celui de Mexico même. Cortès ne parle de l’étendue et de la population de Mexico que d’une manière vague et générale, qui cependant fait croire que celte ville n’était pas inférieure aux plus grandes de l’Europe. Gomara s’explique plus clairement, et assure qu'il y avait soixante mil!* maisons ou familles à Mexico. ( Chron c lxxviii.)
Herrera a adopté ce sentiment { Deead.W, lib. vn, c. xm ) , et la plupart de* auteur* le suivent aveuglément, sans examen et sans scrupule. Suivant ce calcul , il doit y avoir eu trois cent mille âmes à Mexico. Torquemada . avec son penchant ordinaire pour le merveilleux , dit qu’il y avait cent vingt mille maisons ou famille* k Mexico, et par conséquent environ six cents mille babitan» ( lib. ni, c. xxiii }. Mais suivant une description fort judicieuse de l’empire du Mexique , faite par un des officiers de Cortès, la population est fixée k soixaute mille âmes. (Ramusio, III, 309, A.) Ainsi, par cette évaluation, qui parait s’approcher le plus de la vérité, Mexico doit avoir élé une ville considérable.
ROTE 146, p. 693.
Ce*l au P. Torribio de Benavente que je doit cette remarque curieuse, qui *e trouve pleinement confirmée et expliquée par Palafux, évêque de Los Angeles. «La langue mexicaine est la seule, dit-il, où se trouve une particule qu'on peut ajouter k la fin de chaque mot pour marquer différente* nuances de politesse ou de respect ( silabas reverenciaU* y de cortcsia ). En ajoutant k un mot la syllabe finale zin ou azin, il devient une fcx pression re* peclueuse dans la bouche d’un inférieur. Lorsque avec son égal on veut se servir du mot père, on dit tall; mais un inférieur dira talzin. Lorsqu’un prêtre parle k un autre prêtre, il l’appelle teopixque; uue personne d'un rang inferieur le nomme tcopixcatzin. L’empereur qui régnait lorsque Cortès conquit le. Mexique s'appelait Montiziuna; mais ses vassaux l’appelaient par respect Monté zumazin. • (Torribio, M.S\ Palaf. virtudes del Indio, p. 65. ) Les Mexicains avaient non seulement des noms de respect, mais même des verbes pour marquer cc sentiment La manière dont ils étaicut formés des verbes ordinaires se trouve expliquée par I). Jns. Aug. Aldama y Guevara, dans sa Grammaire mexicaine , n° 185.
NOTE 147, p. 695.
En comparant plusieurs passages de Corita et d'Herrcra, on peutse former une idée assez juste des différentes manières dont les Mexicain* contribuaient au soutien du gouvernement. 1° Il parait que quelques personnes du premier rang ont été exemptes de payer aucune espèce de tribut, et que leur seule obligation envers le public *c bornait au service militaire personnel et k suivre avec leurs vassaux la bannière de l’empereur. 2° Les vassaux immédiats de la couronne étaient non-seulement tenus au service militaire personnel , mais ils payaient encore en nature une certaine portion du produit de leurs terres. 3° On retenait aussi une partie des appointemens de ceux qui exerçaient de* places d’honneur ou de confiance. 4n Chaque capullée ou association cultivai! , pour le service de la couronne, une partie de ses communes, et eu portait le produit dans les greniers de l’empereur. 5° Ou prenait pour le service public une certaine partie de tout ce qu’on portait aux marché* publics, soit des fruits de la terre, soit de* différente* productions de* artistes et de* manufactures; et les marchands qui payaient cette redevance étaient exempts de toute autre taxe. 6° Le* Mayeques, ou adscripti glebœ, étaient tenus de cultiver un certain district dan* chaque province, qu'on peut regarder comme domaine de la couronne t et d’en porter les
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SUR L’HISTOIRR D’AMERIQUE. 845
productions dan* le* magasins publics. Ainsi le souverain recevait une partie de tout ce qu’il y avait d'utile et de précieux dans le pays, tant de* productions naturelles de la terre que de l'industrie du peuple : ce que chaque particulier payait au gouvernement parait avoir été peu de chose. Coriu, pour répondre à l’une de* questions proposée* par Philippe II à l’audience de Mexico, a cherché à estimer en argent la valeur de ce que chaque citoyen payait , et il ne le Fait monter qu'à trois ou quatre riaux, c’est-à-dire quarante à cinquante sous.
NOTE 148, p. 605.
Cortès , qui parait avoir été étonné de ces ouvrage* comme d'une preuve du génie des Mexicain*, en donne une description particulière. « Le long de la chaussée , dit-il, qui mène à la ville, on a pratiqué deux conduits, composé* d'argile mêlée de mortier, larges d'environ deux pas, sur six pied* de hauteur. Par l’un de ces conduits passe un courant d’eau excellente, du volume du corps d’un homme, qui va jusqu'au milieu de la ville, dout elle abreuve abondamment tous les babitaus. Le second conduit n’est destiné qu’à y faire passer l’eau lorsqu’il est nécessaire de nettoyer ou de réparer le premier. Comine ces conduits passent le long de deux ponts , aux endroits où il y a des brèches à la chaussée par lesquelles coule l'eau salée du lac, il y a des tuyaux de la grosseur d’un bœuf. L’eau est portée par des canots dans tous les quartiers de la ville pour y être vendue aux babitans. ^ Relac. ap. Rainus. , p. 241 , A. )
< On voit dans l’arsenal du palais royal à Madrid , une armure complète qu’on dit avoir été celle de Moutézuma. Elle est faite de plaques de cuivre fort minces et vernies. Les personnes les plus instruites croient que c’est un ouvrage oriental ; ce qui parait confirmé par les dragons qu’on voit sur les ornemens d’argent qui ta couvrent et dont le travail est infiniment supérieur à tout ce qu’a produit l’art des Américains. Il est probable que les Espagnols ont reçu cette armure des lies Philippines. Le seul ouvrage incontestable des Mexicains que je connaisse en Angleterre , est une coupe d’or fin , qu’on dit avoir appartenu à Montézuma. Elle pèse environ cinq onces et un demi-gros. On en présenta trois dessins à la Société des Antiquaires , le 10 juin 1765. D’un enté on voit la tête d'un homme en face, de l'autre en profil , et du troisième par derrière. On dit que le relief a été fait en frappant d’un poinçon le côté intérieur de la coupe, ce qui a produit la représentation de l’objet sur le côté extérieur. Le* traits sont grossiers, cependant passables, mais trop mal dessinés pour être un ouvrage espagnol. Cette coupe fut achetée par Édouard, comte d'Oxford , pendant qu'il se trouvait avec sa flotte dan* le port de Cadix , et elle appartient aujourd'hui au lord Archer, son petit-fils. Je dois ce détail à mon respectable et spirituel ami, M. Barring ton. Dans le sixième vol. de /* Archéologie (p. 107), on a publié quelques renscignemens sur des casques de terre cuite trouvés dans un cimetière sur le continent américain, à environ soixante-dix milles de rétablissement anglais sur la terre des Mosquiin*; on assure que ce sont autant de portraits de chefs ou de personnages distingués
du pays. Les descriptions et dessins qui en ont été donnés achèvent de prouver l’étal d’imperfection des arts chez Us Américains.
NOTE 150, p. 098.
Le lecteur instruit s’apercevra facilement que je dois beaucoup, pour cette partie de mon ouvrage . à l’évêque de Glocesier, qui a marqué arec autant d’érudition que de génie les progrès successifs qu'a faits l'esprit humain dan* cette route. Il est le premier, je croi», qui ail formé un système raisonnable et plausible des différentes manières d’écrire des nations, suivant les difFérens degré* de leur* connaissances. ( Die. légation of Muses, 111 . p. 69. ) Le savant et judicieux auteur du Traité delà Formation mécanique des langues, y a ajouté quelques observations importantes { I , p. 295, etc.).
Comme les peintures des Mexicains sont un des plus curieux monumens des premières méthodes d'écriture, il ne sera pas hors de propos de faire connaître par quels moyens on les a préservées de l'oubli général dans lequel sont tombés tous les ouvrages de l’art en Amérique, et comment elles ont été communiquées au public. C’est à l'attention du curieux observateur llacLIuyi que nous en devons la première et la plus curieuse collection , publiée par Purcha*. Don Antoine Mendoza, vice -roi de la Nouvelle-Espagne, ayant jugé que ces peintures étaient dignes d’étre présentées à Charles V, le* envoya eu Espagne; mais le vaisseau qui les portait fui pris par un garde-côte français, et elles tombèrent entre les nuins de Thcvcl, géographe du roi, qui ayant voyagé lui-inémc dan* le Nouveau -Monde cl décrit une de ses proviuces, recherchait avec soin tout ce qui pouvait jeter un nouveau jour sur les mœurs des Américains. A sa mort elles furent achetées par Hakluy C, qui alors était chapelain de l'ainbaasadeur d'Angleterre à la mur de France, et qui tes lau*a â Purcha*, lequel les publia à la prière du savant antiquaire Henry Spelman. (Purcha*, t. III, p. 1065.) ht lus ont été traduites d’anglais cil français par Melcbtsédcrii Tbévenot, et publiées dans la Collection tics Voyage* en 1683.
Le second monument de récriture en tableaux des Mexicains fut publie en deux planche* par te médecin François Grmelli Carreri. La première est une carte ou un tableau des progrès de* anciens Mexicains lors de leur première arrivée dans le pays, et des différentes habitations qu'ils formèrent avant d'avoir fondé la capitale de leur empire sur le lac de Mexico. La seconde e*t une roue chronologique, ou un cercle qui représente la manière dont ils calculaient et marquaient leur cycle de cinquante deux ans. Le premier tableau fut donné à Carreri dans la ville de Los Angeles par le docteur Cliristoval de Guadalajora , et il reçut le second de don Carlo* de îttguenza y Gongorra. Mais comme on croit aujourd’hui, je ne sais sur quelle preuve , que Carreri n’est jamais sorti de l’Italie, et que son fameux Giro tlel Mundo n’est que le récit d'un voyage supposé, je n’ai pas parlé de ce* peintures dans le texte. Elle* paraissent cependant manifestement des productions mexicaines ; elles étaient regardée* comme telles par Boturini, qui était fort en état déjuger si elles éiaient véritables ou supposées. \* style du premier de ce* tableaux est beaucoup plu* parfait que celui d’aucun autre ouvrage de dessin qu’on ait conservé de*
NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENS
Mexicains; mais comme on dit que l'original a presque . été effacé par le temps, je soupçonne qu’il a été retouché et corrigé par quelque artiste européen. (Carreri, Churchill, IV, 487.) (.a roue chronologique est une représentation exacte de ta manière dont lis Mexicains supputaient le temps, imitant le récit d'Acosta ( lib. vi, c. it). Hile parait ressembler â celle qu’avait vue ce savant jésuite , et si on peut la regarder comme un monument authentique, elle prouteque les Mexicains avaient des caractères artificiels ou arbitraires, qui , outre les nombres, représentaient différentes choses. Chaque mois est représenté par le symbole de quelque travail ou cérémonie . religieuse qui lui était particulier.
te troisième morceau de peinture mexicaine a été dé- I couvert par un autre Italien. Laurent Bolurini Benaducci partit pour la Nouvelle- Espagne en 1736. Divers incideus l’engagèrent à apprendre la langue des Mexicaius et à rassembler les débris de leurs monumeus historiques. Il employa neuf ans â ce» recherches, avec tout l'eolbousiasme d'un faiseur de projets et toute la patience d’un antiquaire. En 1746 il publia à Madrid son Jdea de una N ne i’a historia general de la America septentrional, contenant le résuliat de se» recherches, et il y joignit ua analogue de son Cabinet d'histoire américaine , divisé en trente-six articles. Son Idée d'une nouvelle histoire me parait l'ouvrage d’un homme aussi bizarre que crédule ; mais son catalogue des cartes, des peintures, de» registres, des impôts, des almanachs, etc., est surprenant. Malheureusement le vaisseau sur lequel il envoyait en Europe une partie de cette collection , fut pris par un armateur anglais pendant l'avant-dernière guerre, et il est apparent que le tout fut perdu par l’ignorance de ceux entre le» mains de qui ces effets tombèrent, fioturini luiméme encourut la disgrâce de la cour d'Espagne et mourut dans un hôpital à Madrid. L'bistoire , dont Vidée n’était qu’un prospectus , n’a jamais été publiée. Il parait que le reste de cette collection a été dispersé. LTue partie tomba entre les mains de l’archevêque de Tolède actuel , lorsqu'il était encore primat de la Nouvelle Espagne, et il en publia le curieux registre des impôts dont j'ai parié pius haut.
La seule collection de peintures mexicaines que je connaisse, outre celle dont je viens de parler, se trouve à la bibliothèque impériale â Vienne. J'en ai obtenu, par ordre de leurs majestés impériales, une copie en huit tableaux , si fidelemeot imités qu’à peine pouvait-on, à ce qu’on in’a marqué, distinguer les copies des originaux. Suivant une note qui se trouve sur ce recueil mexicain, il parait qu Emmanuel, roi de Portugal, en fit présent au pape Clément VII, qui mourut en 1533. Apres avoir passé par les mains de plusieurs possesseurs illustres, cette collection tomba entre celles du cardinal de Saxe-Eisenach, qui les préseula â l’empereur Léopold. On ne peut douter que ces peinture* ne soient l’ouvrage des Mexicains ; niais elles sont d'un style tout-à-fail différent de toutes les autres. J'en ai fait graver une pour satisfaire la curiosité des lecteurs qui la croiront digne de leur attention. Si l’objet était assez important, il serait possible de parvenir, avec quelque attention et avec le secours des planches de Purcba* et de l’archevêque de Tolède, â former quelques conjectures plausibles touchant le sens de ce tableau. Plusieurs figures sont absolument semblables. A A sont des boucliers et de» dards â peu près de la même figure que ceux qu'on voit daut Purchas (p. 1070, 1072. etc.).
B B représentent de» temples qui ressemblent beaucoup à ceux de Purchas ( p. 1109 et 11 13) et à ceux de la seconde planche de Loreutana. C est une balle de mouleaux ou d'habits de coton, dont la figure se trouve dans presque toute* les planche* de Purchas < t de Lorenzana. E E E paraissent être des capitaines mexicains en habits de guerre, dont les ornemens singulier» ressemblent aux figures de Purchas ( p. 1 1 10, 1111,11 13}. Je suis porté & croire que ce tableau représente un registre d'impôts , parce que la manière d’ex primer les nombres s’y reiroure; souvent. DOD, etc. Bolurini dit que la maniéré de compter par des nœuds était aussi familière aux Mexicains qu’au peuple du Pérou (p. 86); opinion qui parait coufirtnee par la manière dont les unités sont représentées dans les peinture* mexicaines que j’ai. Elles resscinbleut parfaitement â une suite de uœuds faits à une curde.
Depuis que j'ai publié la précédente édition de cette histoire d'Amérique, M. Waddtlove, qui a toujours continué de me procurer des informations avec un zèle si bienveillant et si actif, a découvert dans la bibliothèque de i'Escurial un volume in-folio, renfermant quarante feuilles d’une espèce de carton, ayant chacune la grandeur d'uue feuille de papier â lettre, et couvertes d'une grande variété de figures mexicaines, peintes d’une manière grossière et bizarre en couleurs irè* vives , avee une explication en langue espagnole, au-dessous de la plupart de ces figures. Les vingt -deux premières feuille* représentent les mois, jours, etc. Vers le milieu de chacune de ces feuilles , il y a deux et quelquefois un plu^ grand uornbre de figures plus grandes, pour les mois , eutourées par les signes des jours ; le* dix-buil dernières feuilles ne contiennent pas autant de figures; elles paraissent désigner des divinités et des représentations de divers objets. Suivant le calendrier de I’Escurial , l'année mexicaine renferme deux ceut quatre-vingt-six jours; chaque jour est représenté par un signe différent , pris dans la nature ; c’est un serpent , un chien , un lézard , un roseau , une maison, etc. Les signes des jours, dates le calendrier de I’Escurial , sont précisément les mêmes que ceux indiqués par Bolurini dans son Jdea , etc., p. 4ô. Mais si nous en croyons cet auteur, l’année mexicaine renfermait trois cent soixante jours, divisés en dixhuit mois de vingt jours chacun ; l’ordre des jours dans chaque mois était calculé, suivant lui, d’abord par ce qu’il appelle une progression tridécennaire de jours, d'uni treize, de la même manière que daus le calendrier de I'Escurial, et ensuite par une progression septennaire, de jours, d’un à sept, faisant en tout vingt. On a marqué dans ce calendrier non -seulement les signes qui distinguent chaque jour, mais encore les qualités qu’on suppose particulières à chaque mois. Il y a toujoui s une certaine faiblesse qui semble accompagner l’esprit humain dans tous les pas des progrès qu’il fait dans l'observation et le* sciences. l<es connaissances médiocres des Mexicains en astronomie semblent avoir déjà élé liée* avec l’astrologie judiciaire; ils supposaient que la destinée et le caractère des personnes nées dans chaque mois étaient fixés par quelque influence supérieure qui prédominait â l'epoque de leur naissance ; on prédisait de là dans le calendrier, que tous les individus qui naîtraient daDS tel moi* seraient vains , dans tel autre , guerriers ou débauchés , etc., etc. Le carton ou la substance quelle qu’elle soit, sur laquelle le calendrier de I'Escurial est peiut, parait
SUR L’HISTOIRE D’AMÉRIQUE
reutinbler beaucoup , d'après la description qu’en fait M. de Waddilove, à la substance du calendrier qui se trouve daus la bibliothèque de Vienne; sous quelque rapport, les figures ont quelque ressemblance avec celles qui se trouvent dans la planche que j’ai publiée. M. Waddilove suppose que les figures marquées D, qui m’avaieut porté à conjecturer que cette peinture était un rôle d'impositions semblable à ceux qui ont été publiés par Pu rebas et par l'archevêque de Tolède, sont les signes des jours ; et comme j’ai la plus grande confiance dans l'exactitude de ses observai tous, j’en conclus que son opinion est bien fondée. Il parait, d’après la forme des caractères dont on s'est servi pour écrire les explications, que ce monument curieux des arts du Mexique a été trouvé peu de temps apres la conquête de cet empire. Il est étonnant qu'aucun écrivain espagnol n’en ait fait mention.
NOTE 151, p. m.
Le premier fut appelé le prince de la lance mortelle , le second le partageur d'hommes , le troisième le verseur de sang, le quatrième le seigneur de la maison noire. (Acosta , lib. vi, c. xxv.)
NOTE 152, p. 700.
Le temple de Cholula , qu'on regardait comme le plus sacré de tous ceux de la Nouvelle- Espagne, en était aussi le plus considérable. Ce n’était cependant qu'un mont de terre solide , dont la base , selon Torquetnada , avait plus d’un quart de lieue de circuit, et qui avait quarante brasses de hauteur. {Monar. ind., Ilb. m, c. ul)
Suivant les différentes figure* des temples qu’on trouve dans les peinture* gravées par Purchas , il y a lieu de croire que tous ceux des Mexicaius étaient construits de la même manière.
NOTE 153, p. 701
Ce n’était pas seulement à Tlatrala et à Tepeara , mais 1 Mexico même , que les maisons du peuple n’élaient que des cabanes bâtie* avec de la terre ou des branches d’arbres. Elles étaient extrêmement baltes et étroites, sans autres meubles que quelques vases de terre, ainsi que chez le* Indiens les plus sauvages; plusieurs familles habitaient sous un même toit, sans avoir aucun appartement séparé. (Herrera, Décati. Il, lib. vu. c. xm ; lib. x, c. xxii. Decad. IV, lib. ir, c. rui, Torquem., lib. ni,