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Ce succè rapide devint cependant funeste à la ligue. Les princes qui la composaient étaient restés unis tant qu'ils n'avaient fait que contempler leur proie; mais ils sentirent renaître leur ancienne jalousie et leurs premières animosités, lorsqu'ils se crurent au moment de la dévorer. Les Vénitiens, en observant ces symptômes de division et de défiance parmi leurs ennemis, virent briller un rayon d’espérance, qui ranima la vigueur naturelle de leurs conseils ; ils reprirent un caractère de sagesse et de fermeté qui répara à quelques égards les fautes de l’imprudence et du découragement auquel ils s’étaient abandonnés ; ils recouvrèrent une partie des pays qu'ils avaient perdus; ils apaisèrent le pape et le roi d'Arragon par des concessions adroites et avantageuses fi ces deux princes, et parvinrent enfin à dissoudre cette confédération qui avait mis leur république si près de sa ruine entière.
Jules II , enorgueilli du succès de cette ligue, qu'il avait concertée lui - même, et imaginant qu’il n’y avait aucune entreprise dont il ne vint aisément a bout , conçut l’idée de chasser de l’Italie toutes les puissances étrangères; et il mit en œuvre toutes les ressources de sa politique pour l’exécution de ce projet, si digne de son génie vaste et audacieux. Sa première attaque se tourna contre les Français, qui, pour plusieurs raisons, étaient encore plus odieux aux Italiens que les autres étrangers qui avaient acquis des domaines en Italie. A force d’activité et d’adresse , le pape persuada à la plupart des puissances qui s’étaient unies pour la ligue de Cambrai de tourner leurs armes contre Louis XII leur allié, et engagea Henri VIII, qui venait de monter sur le trône d’Angleterre, ü favoriser leurs opérations , en tentant une invasion en France. Louis se défendit avec un courage étonnant contre cette ligue formidable et imprévue. La guerre se fit pendant plusieurs campagnes, en Italie, sur les frontières d'Espagne et en Picardie, avec des succès et des pertes réciproques. Epuisé à la fin par la multitude autant que par l’étendue des opérations qu’il avait à soutenir, hors d’état de résister à une confédération qui réunissait contre lui des forces supérieures, conduites avec habileté et avec persévérance , ce prince fut obligé de conclure différons traités de paix avec ses ennemis, et de
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terminer la guerre en abandonuant tout ce qu'il avait acquit) en Italie , excepté le château de Milan et quelques villes peu considérables de ce duché.
Les différentes négociations qui se traitèrent dans ce période de trouble et dagitatiou , et les confédérations qui se formèrent entre des puissances qui jusqu’alors n’avaient eu que peu de liaisons entre elles . commencèrent à étendre et à favoriser cette communication entre les nations de l'Europe, que j’ai citée comme un effet des événemeus du quinzième siècle. En même temps l’importance des objets que ces puissances se proposaient, l'éloignement des lieux où elles portaient leurs armes, la longueur et l'obstination des querelles dans lesquelles elles s'engagèrent , les forcèrent de faire des efforts dont les siècles précédais n'avaient pas offert d’exemples.
Ce n’est pas seulement h l'ambition , anx talens et à la rivalité de ChariesQuinl et de François 1er, qu’il faut attribuer la cause des grands mouvemens et des révolutions importantes qui caractérisent le période qu'embrasse l'histoire que j'ai entrepris d’écrire. Les royaumes d’Europe avaient déjà fait de grands progrès dans la science de l’administration intérieure ; et l'autorité que les princes avaient acquise, les rendant maîtres de la force nationale nécessaire pour soutenir la guerre dans des régions étrangères, les avait mis en état d’étendre la sphère de leurs opérations militaires, et de foire des efforts plus vigoureux et plus soutenus. Les guerres d’Italie, qui leur apprirent d’abord à essayer la nouvelle autorité qu’ils avaient acquise, donnèrent naissance à tant de prétentions opposées, excitèrent parmi les nations diverses un esprit si général de discorde et de rivalité, et devinrent la source et le prétexte de tant de querelles, qu’il ne pouvait manquer d’en résulter des convulsions extraordinaires dans tonte l’Europe ; aussi dés l'ouverture du seizième siède, tout annonça qu’il serait fécond en grands événemeus.