‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 10 sur 73 · INTROD · texte numérisé non relu

INTROD

lencc fut un objet d'envie pour les plus grands monarques , qui avaient de la peine à égaler les simples citoyens de cette république dans la magnificence de leurs édifices, la richesse de leurs meubles et de leurs vètemens , la somptuosité et l’élégance de leur table 1 . Jules 11 , qui eut autant de talens et plus d’ambition qu’aucun pontifie qui ait jamais occupé le trône papal, conçut l’idée de cette ligue contre les Vénitiens, et sut, en ménageant les passions des princes, leur persuader de se joindre à lui. Il excita les craintes des uns et l'avarice des autres, et son adresse, secondée par d’autres circonstances dont le développement n’entre point dans mon sujet , réussit à former contre ces superbes républicains une des confédérations les plus formidables que l’Europe ait jamais vues.

L'empereur, le roi de France, le roi d’Arragon, le pape, furent les principaux acteurs de la ligue de Cambrai, A laquelle accédèrent presque tous les princes d’Italie ; et le moins considérablede ces princes espérait de partager les dépouilles d'un état qu’ils avaient tous regardé comme dévoué à la destruction. Iæs Vénitiens auraient pu d’abord détourner cet orage ou du moins en briser la violence; mais animés par une présomption téméraire dont il n’y a pas d'exemple dans le reste de leur histoire , ils ne firent rien pour l’éviter. la valeur impétueuse des Français rendit inutiles toutes les précautions qu’ils avaient prises pour la sûreté de leur république, et la fatale journée de Giaradadda détruisit l’armée sur laquelle ils avaient compté pour leur défense. Jules II s’empara de toutes les villes qu’ils avaient dans l'état ecclésiastique. Ferdinand réunit de nouveau au territoire de Naples les villes dont ils s’étaient mis en possession sur les côtes de la Calabre. Maximilien, à la tète d'une puissante armée, s’avançait sur Venise, d'im côté; les Français poussaient leurs conquêtes de l’autre. Les Vénitiens, se voyant enveloppés par tant d’eunemis sans avoir un seul allié, passèrent de la présomption au plus profond désespoir; ils abandonnèrent tout ce qu'ils possédaient sur le continent , et se renfermèrent dans les murs de leur capitale, comme dans leur unique asile et dans la seule place qu'ils eussent espérance de conserver.

1 Ildiani, Oralio apud Goldastuin inpolU.impcrial., p. aso.

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