HARI.ES-QUINT
long-temps l’objet de ses désirs, et François qui savait que c'était le plus sûr moyen de s’assurer son amitié , lui avait promis d'appuyer de tout son crédit ses prétentions, à la première vacance; mais comme l'autorité de l'empereur, dans le collège des cardinaux, avait une influence bien supérieure à celle du roi de France, Wolsey saisit avidement l'offre que lui faisait ce prince habile de le servir avec chaleur. Séduit par cette perspective qui était pourtant très éloignée, l>éon X étant encore à la fleur de son âge , il épousa vivement tous les intérêts de l’empereur; il n'y eut cependant alors aucun traité de conclu entre les deux monarques ; mais Henri, en retour de l'honneur que Charles lui avait fait , lui promit de le visiter dans les Pays-Bas, immédiatemept après son entrevue avec François.
Cette entrevue célèbre se fit dans une grande plaine entre Guines et Ardres.où les deux rois et leur suite déployèrent toute leur magnificence, avec une émulation et une profusion qui fit appeler cette plaine le camp du drap d'or. Des jeux de chevalerie, des fêtes galantes, tous les exercices et les amusetnens qui distinguaient l’élégance et le goût de ce temps-là , occupèrent les deux cours pendant les dix-huit jours que les princes restèrent ensemble >. L’impression favorable que firent sur l'esprit de Henri les manières engageantes de François et son air de franchise et deconfiance, fut bientôt effacée par les artifices de Wolsey. et par l’entrevue que Henri eut avec l'empereur à Gravelines. Charles s'y conduisit avec moins d'éclat et de pompe
1 Le* historiens anglais et français ont décrit, avec beaucoup de détails, cette entrevue et les^ifférentes fêtes qu'elle occasiona, tandis que presque tous ont oublié une circonstance rapportée par le maréchal de Flcuran ges, témoin oculaire, et qui paraîtra singulière aujourd’hui. Après les tournois, dit-il, les lutteurs anglais et français se présentèrent, et luttèrent en présence des rois et des dames : le courage et la force de plusieurs de ces lutteurs divertirent beaucoup-, mais le roi de France avait négligé d’en faire venir de Bretagne, et les Anglais gagnèrent le prix. Après cela les ras de France et d’Anglclerre se retirèrent sous une tente, où ils burent ensemble. Là, le roi d’Angleterre saisissant le roi de France au collet : Mon frère , lui dit-il, il faut que je lutte avec vous , et s’efforça une ou deux fois de lui donner le croc en jambe; mais le roi de France, qui était un adroit lutteur, le prit par le milieu du corps et le jeta à terre avec une prodigieuse violence. Le roi d’Angleterre voulut rccmnniencrr le combat, mais on l’en empêcha. Mémoires de Flcuranges, in-12, Paris I7S3, p. 329.
que n'avait fait François près de Guine, mais il donna bien plus d'attention A scs intérêts politiques.
L'assiduité avec laquelle les deux plus grands monarques de l'Europe faisaient leur cour A Henri lui parut un aveu formel que c'était lui qui tenait la balance de l’Europe , et le convainquit de plus en plus de la justesse de cette devise, qu'il avait choisie : Celui que je favoriserai est sûr tte l'emporter. Il fut encore confirmé dans cette opinion par l'offre que lui fit Charles de soumettre à sa seule décision tous les différends qui pourraient s'élever entre François et lui. Rien n'annonçait plus de candeur et de modération que de choisir ainsi pour juge celui qui était réputé l’ami commun des deux adversaires; mais comme l'empereur venait d’attacher entièrement Wolsey A ses intérêts, c'était au fond la plus insidieuse des propositions et la plus funeste au roi de France , comme le fit voir la suite des événemens.
Charles, malgré sa prédilection pour les Pays- Bas, où H avait reçu la naissance, n’y fit pas un long séjour ; après avoir reçu l'hommage et les complimcns de ses compatriotes, il se rendit en diligence à Aix-la-Chapelle, ville que la Bulied'Oradésignée pour le couronnement des empereurs. Ce fut IA qu’en présence d’une assemblée plus nombreuse et plus solennelle qu'on n'en eût vu jusqu'alors , la couronne de Charlemagne passa sur la tète de Charles V , avec tout l’appareil et toute la pompe que les Allemands affectent dans leurs cérémonies publiques, et qu'ils croient de l'essence delà dignité impériale >.
Presque dans le même temps on vit monter sur le trùne ottoman un rival opiniâtre et redoutable pour l'empereur; c’était Soliman-Ie- Magnifique, celui de tous les princes turcs qui a réuni les plus grandes qualités, formé le plus d'entreprises, et remporté le plus de victoires. Ce fut la gloire de ce siècle de produire les monarques les plus illustres qui aient jamais paru dans l'Europe. Si LéonX, Charles-Quint, François 1", Henri MU et Soliman eussent fleuri en différons siècles, leurs talens divisés auraient suffi pour illustrer le siècle où chacun d'eux aurait vécu; mais tous les princes contemporains
1 Harunami Maurm, Relalio coronat. Car. Vt ap. C.oltlasl. polit impérial ■ Prancf. 1614, f°, p. 264.
parurent comme une constellation qui jeta sur le seizième sièrle un éclat extraordinaire ; il n'y eut point de contestation où l’on ne déployât des deux cùtés de grandes forces et de grands talens; la valeur et la prudence, également balancées de part et d’autre , produisirent une variété d’événemens qui rend l'histoire deee temps- IA très intéressante; et elles servirent encore à empêcher qu'aucun de ces princes ne fit de trop grands progrès , et n'acqutt une supériorité de pouvoir qui aurait pu devenir fatale à la liberté et au bonheur du genre humain.
Le premier acte d'administration que fit l’empereur, fut d'indiquer une diète de l’empire A Worms pour le 6 janvier 1521 . Dans les lettres circulaires qu'il adressa aux différens princes, il les informa que le but de cette assemblée était de concerter avec eux les moyens propres A arrêter les progrès des opinions nouvelles et dangereuses qui menaçaient de troubler la paix de l’Allemagne et de renverser la religion de leurs pères.
Charles avait en vue les dogmes répandus par Luther et ses disciples depuis l'an 1517. Ces opinions ont amené la réforme qui s’est faite dans la religion , réforme qui , en affranchissant une partie de l’Europe du joug papal , a rendu ce joug moins rigoureux pourl’autre partie dans les sentimens du genre humain, la plus grande comme la plus salutaire des révolutions qui soient arrivées depuis l’établissement du christianisme; les événemens qui ont donné naissance A ces nouvelles doctrines, et les causes qui leur ont fait faire des progrès si rapides , méritent donc d'être considérés avec attention.
Renverser un système de croyancereligieuse, fondé sur des préjugés anciens et profondément enracinés, soutenus par le pouvoir, et défendus avec beaucoup d’art et d'adresse; établir A la place une doctrine tout-â-fait opposée dans son esprit et dans ses effets ; accomplir cette entreprise sans employer la violence et la force des armes ; ce sont des opérations que les historiens les moins crédules et les moins superstitieux ne peuvent s’empèclier d’attribuer A cette divine providence qui sait , dès qu’il lui plaît , amener ces événemens que toute la sagesse humaine rend impassibles. L’intervention du ciel en faveur de la religion chrétienne se manifesta, dans sa première origine, par des miracles et des pro-
tro
phétie* qui en confirmaient la vérité. Si aucun des réformateurs ne posséda les dons surnaturels, on ne peut du moins s'empêcher d'admirer cette précaution merveilleuse des circonstances qui disposèrent les esprits à recevoir leur doctrine, et cette singulière combinaison des causes qui assurèrent leurs succès , et firent triompher des hommes sans autorité et sans politique, de la puissance et des intriques de leurs adversaires. Cela prouve assez que la même main qui fonda la religion chrétienne protégea aussi la religion réformée, et de faible qu'elle était dans ses commencemens , la fit bientôt parvenir i un degré surprenant de force et de maturité <.
Des causes très légères , et produites en apparence par le hasard, préparèrent cette importante révolution. Déon X, à son avènement , trouva les revenusde l'église épuisés parles vastes entreprises de ses deux ambitieux prédécesseurs, Alexandre VI et Jules II; il était lui-mème libéral, et incapable de cette économie sévère et patientequi seule eût pû rétablir ses finances. Ses projets pour l'agrandissement de sa famille, son amour pour l'ostentation, son goôt pour le plaisir, et la magnificence avec laquelle il récompensait Ica hommes de génie, l’engageaient tous les jours dans de nouvelles dépenses; pour y suffire, on eut recours à tous les expédiens que put enfanter la fortlle imagination des prètre»;et entre autres moyens il imagina de vendre des indulgences. Suivant la doctrine romaine , toutes les bonnes œuvres des saints, au-delà de celles qui étaient absolument nécessaires pour leur salut , jointes aux mérites infinis de Jésus-Christ , sont déposées dans un trésor inépuisable. Les ciels de ce trésor forent confiées à saint Pierre et aux papes ses successeurs, qui l’ouvrent quand il leur plaît, et qui en transportant , pour une certaine somme, une portion de ce mérite surabondant sur un fidèle, peuvent lui procurer, ou le pardon de ses propres péchés, ou la délivrance d’une âme du purgatoire au salut de laquelle il s'intéresse. Ce fut dans le onzième siècle qu’llrbain H distribua le premier ces sortes d’indulgences, comme la récompense de ceux qui
1 On doit K souvenir ici que c'est un ministre nrotes-
tant qui s'exprime suivent les principes de sa croyance :
ces éloges de Luth{r et de la réformation ne peuvent ni blesser les âmes pieuses , ni ébranler les esprits faibles. {Rem. du Traducl.)
prenaient les armes pour aller conquérir la Terre-Sainte; ensuite elles furent accordées à ceux qui fournissaient un soldat pour la même expédition; enfin on les distribua sans distinction à quiconque donnait de l’argent pour accomplir quelque vœu pieux, ordonné 1 * par lepape. ' Jules II les avait prodiguées à ceux qui contribuaient de quelque somme pour la construction de l'église de Saint-Pierre à Rome; et comme Léon X faisait continuer ce magnifique et dispendieux édifice, il se servit du même prétexte pour accorder des indulgences*.
0 fut Albert , électeur de Mayence et archevêque de Magdebourg, qui fait chargé de la publication des indulgences, et on lui assigna une portion du bénéfice qui proviendrait de leur vente. Pour les disiribuer en détail dans la Saxe, il employa Tetzel , moine dominicain , de mœurs licencieuses, mais d’un esprit actif, et distingué par une éloquence bruyante et populaire. Aidé des moines de son ordre , Tetzel exécuta sa commission avec le plus grand zèle et le plus grand succès, mais avec assez peu de décence et de discrétion. En vantant à l'excès les grâces attachées â ces indulgences3, et en les
1 Fra-Paolo, //Ut. du Conc. de Tr., p. 4.
' Paiavicini, /fut. Conc. THdcnt., p. 4. '
* Comme la forme de cea indulgence* et les grâces qu'on y supposait attachées sont ignorées dans les pays protettans, et même très peu connues à présent dans les pays oO U religion raibolïqde romaine est établie, je vais, pour riuslrucliou de mes teneurs , traduire ici la forme d'absolution employée par Tetzel.
o Que noire Seigneur Jésus-Christ vous pardonne « vous abaolve par les mérites de sa très sainte pswion : et moi, par son autorité, par celle des bienheureux apôtre* saint Pierre et saint Paul , et celle de notre saint père le pape, qui m'est donnée et coudée eri ce pays , je vous absous , f* de loutrs les eensures ecclésiastiques, de quelque msniéreqtte vous ayez pu les encourir; Jade ions vos péchés, transgressions et excès, quelque énormes qu'ils puissent être, et même de ceux qui pourraient être réservés à la connaissance de sa sainteté , et aurai loin que les clefs de la sainte église peuvent s'étendre ; je vous remets toutes peines que vous méritiez pour expier ccs péchés dans le purgatoire , et je vous rétablis dans la participation des saints sacremens de l'église, dans l'union des fidèles, et dans cette innocence et cette pureté que vous aviez reçues du baptême : en sorte qu’à l’article de voire mort les portes de l'enfer seront fermées , et celle* du paradis ouvertes ; et « vous ne mourez pas i présent, ces grâces demeureront dans toute leur force jusqu'au jour de votre mort ; an nom du Père, du Fils cl du Saint-Esprit. Seckend, Comment , liv. I, p. 14. a
Les termes dans lesquels Teuel et ses confrères parlent
[15901 LIVRE 11. il 1
donnant à bas prix , ces moines en firent d'abord un commerce très étendu et très lucratif parmi la multitude crédule, mais l'extravagance de leurs discours et les irrégularités de leur conduite excitèrent a la fin un scandale universel. Les princes et les nobles s'indignaient de voir leurs vassaux s’épuiser pour remplir le trésor d'un pontife prodigue. Les personnes pieuses plaignaient l'erreur du peuple, qui, instruit à se reposer du pardon de scs péchés sur les indulgences qu'il obtenait, négligeait la pureté de la croyance et la pratique des vertus chrétiennes. Les plus indifféreas cl même les plus ignorai» étaient choqués de la conduite scandaleuse de Telzcl et de ses associés, qui allaient dissiper dans les excès de l’ivrognerie, du jeu et des plus inftmcs débauches , l'argent que leur apportait une piété crédule , daus l'espérance d’obtenir le bonheur étemel. Tous enfin commencèrent à souhaiter qu'on mit des bornes à un trafic aussi nuisible à la société que funeste à la religion.
de* grâces att*bées aux iQdulfjence* et de la nécessité de tes obtenir sont si extravagans , qu'il* paraissent presque incroyable*. « Quiconque , disent-ils , achète de* lettres d'indulgences , peut avoir l'âme en repo* sur sou salut. Le* âine* renfermées dan* le purgatoire, et pour la rédemption desquelles on acquiert les indulgence* aussitôt que l'argent sonne dans le coffre, s’échappent de ce lieu de tourment , et montent droit au ciel ». Ils disaient que t'efftcadlé de* indulgence* était si grande , que le* plus énormes péché*, même le viol de la sainte Vierge, s’il était possible, seraient remis et expiés par ce moyen , et que le pécheur était affranchi à la fois de la peine et de la coulpe * ; que c’était un présent ineffable de la bonté de Dieo pour réconcilier le* hommes avec lui; que la croix érigée par les prér heurs d'indulgences était aussi efficace que la croix de Jésus- Christ même : « Voyez, s’écria lent -ils, voyez le* cieux ouvert* : si vous n’y entrez pas, quand donc y entrerezvous? Pour douze sous vous pouvez racheter du purgatoire l'âme de votre père. Aurez-vous l’iugratitudede ne pas délivrer votre père dès tourmens qu’il endure? Si vous n'aviez qu’un seul vêtement , vous devriez vous en dépouiller et le vendre à l’instant pour acheter de si grandes grâces, etc. » Ces ex pressions et mille autres de la même force sont Urées de* ouvrages de Luther par Chermnitius , dans sou Examen Concilii Tridentini, ap. Germ. valider llardt., Huit, litter. refoim.,pfirsut p. 6. Le même auteur a publié plusieurs discours de Tetzelqui prouvent que ces expression* u étaieut ni singulières ni exagérées. Ibül., p. 14.
•Tout lecteur instruit s’apercevra que cet exposé de Fa doclrioe des indulgences n’est pas exact, et que M. Hobertson a pris les exagérations de quelques moines du seizième siècle pour la doctrine de l’église. ( Rem. du Trad. )
Martin Luther ne pouvait trouver de» oonjoncl ures pl us favorables , et les esprit» de »es compatriote» ne pouvaient être mieux disposés à écouter ses discours, lorsqu’il commença à mettre en question l’efficacité des indulgences et à dédamer contre la conduite déréglée et la busse doctrine de ceux qui les publiaient. Il était né A Eisieben en Saxe. La pauvreté de ses pareils n 'empêcha pas qu'il pe reçût une éducation savante, pendant le cours de laquelle il donna plusieurs fois des preuves d’une vigueur de génie et d'une pénétration peu commune. Comme son 4mc était naturellement susceptible d'impressions sérieuses , et portée à cette mélancolie religieuse qui se plaît dans la solitude et la dévotion de la vie monastique ; il se retira dans un couvent d'augustins. Tous les efforts de ses paréos pour le détourner de ce dessein ne purent le faire reuoncer à ce qu'il croyait sa vocation, et malgré leurs instances, il prit i'iiabit de cet ordre. Sa piété , son amour pour l’étude et son application infatigable, lui firent bientôt une réputation distinguée dans 'son couvent. Il avait appris sous de bous maîtres la philosophie et la théologie scolastiques, qui étaient alors en vogue ; et il avait assez de pénétration pour saisir toutes les subtilités et toutes les distinctions dont elles sont pleines ; mais la solidité naturelle de son jugement lui en fit sentir la frivolité, et le dégoûta bientôt de ces études inutiles et vaines. H chercha dans l’Ecriture sainte des fbndemens plus sol ides de science et de piété. Ayant rencontré un exemplaire de fa Bible , qui restait négligé daus la bibliothèque de son monastère, il quitta les autres études pour se livrer tout entier à cette lecture , et il la suivit avec tant d’ardeur et d'assiduité , qu'il étonna bientôt ses confrères, peu accoutumés à puiser dans cette source leurs notions théologiques. Les grands progrès qu'il fit dans un cours d’étude si nouveau augmentèrent la réputation de son savoir et de sa sainteté, au point que Frédéric , électeur de Saxe, qui venait de fonder une université dans ViHemberg, ville de sa résidence, choisit Luther pour y enseigner d’abord la philosophie, et ensuite la théologie. Le nouveau professeur s'acquitta si bien de ce* deux emplois, qu'il fut bientôt regardé comme le principal ornement de l'université.
Luther était au comble de son crédit et de
sa renommée lorsque Tetzel commença J publier les indulgences dans les environs de Vittemberg, et à leurpréter toutes les vertus imaginaires qui, en d'autres lieux, eu avaient déjà imposé à la crédulité des peuples. Comme la Saxe n'était pas plus éclairée que les autres provinces de l'Allemagne, Tetzel y eut d'abord un prodigieux succès. Luther voyait avec la plus grande douleur et la fourberie des vendeurs d'indulgences et la simplicité des acheteurs. Les opinions de Thomas d'Aquin et des autres scolastiques , sur lesquelles on fondait la doctrine des indulgences, avaient déjà perdu de leur autorité dans son esprit ; et l'Écriture sainte , qu’il commençait à regarder comme la grande règle des vérités tbéologiques , ne lui fournissait rien pour appuyer une pratique également destructive de la morale et de la foi. Son caractère ardent et impétueux ne lui permit pas de cacher longtemps cette importante découverte , et de rester spectateur tranquille de l'illusion de ses compatriotes. Il monta en chaire dans la grande église de Viltrtnbcrg, et il déclama avec la plus grande amertume contre les dérégtemens et les vices de ceux qui publiaient les indulgences : il • osa discuter la doctrine qu’ils enseignaient , et fit sentir au peuple le danger qu'il y avait à se reposer de son salut sur d'autres moyens que ceux que Dieu lui-mème avait marqués dans l’Écriture. La hardiesse et la nouveauté de ses opinions attirèrent singulièrement l'attention publique : soutenues d’ailleurs par l'idée favorable que Luther avait inspirée de son caractère personnel , et débitées avec uue éloquence populaire et persuasive , elles firent sur son auditoire l'impression la plus profonde. Encouragé par ce début favorable , il écrivit à l'électeur de Mayence, qui , comme nous l'avons dit , avait cette partie de la Saxe sous sa juridiction, et lui peignit avec vivacité les déréglemcns et la fausseté des opinions de ceux qu’il avait chargés de prêcher les indulgences; mais le prélat était trop intéressé. à leurs succès pour réformer leurs abus. La première tentative que fit Luther fut de se concilier les suffrages des savans. Dans cette vue , il publia quatre-vingt-quinze thèses qui contenaient scs sentimens sur les indulgences. 11 les proposa , non pas comme des points établis et incontestables, mais comme des matières à discuter : il indiqua des jours où tous les sa-