lovius . Mxtor. Lut., 1553, fol., p
* Pom. limier. , fler. oust., [ib. vm, c. u, p. 185. Pfeffel, Abr. chron. tl'Allem.
HARLF.S-QÜINT. [1520]
domaines que ceux qu’il avait en Allemagne, et d’autres couronnes que celle de l’empire , il eût pu être disposé à favoriser un homme qui défendait avec tant de hardiesse des privilèges et des immunités pour lesquels l’empire avait lutté si long-temps contre les papes ; mais les projets inquiétans et vastes que François 1er formait contre lui le mirent dans la nécessité de régler sa conduite sur des vues plus étendues que celles qui auraient pu diriger un prince d’Allemagne; comme il était pour lui de la dernière importance de s'assurer de l’amitié du pape , cette raison le détermina S traiter Luther avec une grande sévérité , et il crut que c'était le moyen le plus sûr d'engager le pape à se joindre à lui. Dans cette vue, il eût été très disposé à satisfaire les désirs des légats d’Allemagne qui demandaient que, sans délai ni formalités préliminaires, la diète condamnât un homme que le pape avait déjà excommunié comme hérétique. Cependant cette forme violente de procéder ayant paru aux membres de la diète , inouïe et injuste, ils décidèrent que Luther serait ajourné à comparaître, et viendrait déclarer s’il adhérait ou non aux opinions qui avaient attiré sur lui les censures de l’église1. L'empereur et tous les princes sur le territoire desquels il devait passer lui donnèrent un sauf-conduit, et Charles lui écrivit en même temps de se rendre promptement à la diète, en lui renouvelant la promesse de le garantir contre toute sorte d'insulte et de violence2. Luther n’hésita pas un instant à obéir, et partit pour Worms , suivi du héraut qui avait apporté la lettre et le sauf-conduit de l'empereur. Tous les amis qu’il trouva sur sa route, alarmés par le sort de Jean Dus qui s’était trouvé dans les mêmes circonstances et que le sauf-conduit de l'empereur n'avait pu défendre, n'épargnèrent ni conseils ni instances pour l'empêcher de se précipiter gratuitement au milieu du péril. Mais Luther, supérieur à toutes ces craintes, les réduisit au silence en j leur disant : o Je suis légalement sommé de comparaître A Worms , et je m’y rendrai au nom du seigneur, dussé-je voir «injures contre moi autant de démons qu’il y a de tuiles sur les toits des maisons *. »
1 P. Martyr., Ep., p. 722.
* Luther. Oper., lib. u, p. 411.
* Luth. Oprr., lit», u, p. 412.
L'accueil qu'on lui fit à Worms aurai! pu suffire pour le récompenser de tous scs travaux , si la vanité et l'amour ries applaudisscmens eussent été les motifs qui le faisaient agir. Une plus grande multitude de peuple se rassembla pour le voir, qu’il n’y en avait eu à l'entrée publique de l'empereur. Son appartement était rempli tous les jours de princes et de personnes 1 * de la première distinction , et il fut traité avec tout le respect qu'on rend à ceux qui ont le talent de subjuguer la raison et de maîtriser l'esprit des hommes : hommage bien plus sincère et bien plus flatteur que celui qu'impose la préé rainence du rang ou de la naissance. Lorsqu’il parut devant la diète , il se conduisit avec autant de décence que de fermeté; d’un côté , il avoua sans détour qu'il avait mis trop de véhémence et d'aigreur dans ses écrits de controverse ; de l’autre, il refusa de se rétracter, à moins qu'on ne lui prouvât la fausseté de ses opinions ; et il ne voulut admettre d’autre règle pour en juger que la parole de Dieu même.
Les menaces ni les instances n'ayant pu lui faire abandonner cette résolution , quelques ecclésiastiques proposèrent de suivre l'exemple du concile de Constance, et de délivrer tout d’un coup l'église de cette hérésie funeste , en punissant l'auteur qui se trouvait en leur pouvoir. Mais les membres de la diète ne voulurent pas exposer l’honneur des Allemands à de nouveaux reproches par une seconde violation de la foi publique; Charles lui-même n’était pas disposé i déshonorer les commencemens de son administration par un acte de violence : on permit donc à Luther de se retirer en toute sûreté *. Mais quelques jours après son départ de Worms, on publia au nom de l’empereur et de la diète un édit sévère qui, le déclarant criminel endurci et excommunié, le dépouillait de tous les privilèges dont il jouissait comme sujet de l'empire, avec défense à tous les princes de lui donner asile ou protection , et injonction de se réunir tous pour se saisir de sa personne aussitôt que le délai du sauf-conduit serait expiré3.
Cet édit rigoureux demeura sans effet. L’exécution en fut traversée en partie par la multiplicité des affaires que suscitèrent â l’empereur
1 Seckend. , p. 156. Luth. , Oper. , lit», n , p. 111.
* Fra-Paoto, Jstor. det Conc. trid. Seckend., p. ICO.
‘ Guidas!., Constit. imper., lib. n, p. 106.
les troubles d’Espagne , les guerres d'Italie et des Pays-Bas , en partie par les sages précautions que prit l’électeur de Saxe, le protecteur fidèle et constant de Luther. Celui-ci, â son retour de Worms, passant prèsd'Altenslein , dans la Thuringe, une troupe de cavaliers masqués sortirent tout â coup d’une forêt ou l’électeur les avait mis en embuscade , environnèrent Luther et sa compagnie , et après avoir congédié ceux qui l’accompagnaient, le conduisirent à Wartbourg , château-fort qui n’était pas éloigné. L’électeur ordonna qu'on lui fournit tout ce qui lui serait nécessaire et agréable; mais on tint le lieu de sa retraite soigneusement caché , jusqu'à ce que quelque changement dans les affaires de l'Europe cfit apaisé la fureur de l’orage qui s’était élevé contre lui. Pendant les neufs mois qu'il demeura dans cette solitude, qu’il appelait souvent son Patmos, faisant allusion â file où l’apôtre saint Jean avait été exilé , il continua de défendre sa doctrine et de réfuter celle de ses adversaires avec sa vigueur et son habileté ordinaire ; il y publia différons traités qui ranimèrent le courage de ses sectateurs que la disparition subite de leur chef avait d'abord extrêmement étonnés et découragés.
Pendant sa retraite, ses opinions continuaient de faire du progrès, et dominaient déjà dans presque toutes les villes de la Saxe. Dans le même temps, les augustins de Yittemberg, animés par l'approbation de l’université et par la faveur secrète de l’électeur, hasardèrent le premier pas vers une innovation dans les formes établies du culte public, en abolissant la célébration des messes basses , et en faisant communier '.es laïques sous les deux espèces. Luther se consolait dans sa prison en apprenant le courage et les succès de ses disciples, ainsi que le progrès que faisait sa doctrine dans sa patrie; mais sa joie fut cruellement troublée par deux événemens qui paraissaient mettre des obstacles insurmontables à la propagation de ses principes dans les deux plus puissans royaumes de l’Europe. Le premier fut la condamnation de sa1 doctrine par un décret solennel de l’université de! Paris, la plus ancienne et la plus respectable des sociétés savantes quiflorissaient alors en Europe : le second fut la réponse que publia Henri VIII , à son livre sur la captivité de Babylone. Ce jcuuc monarque avait été élevé sous les yeux
d’un père soupçonneux qui, pour l'empécher de s’appliquer aux affaires, l'avait tenu occupé A l’étude des lettres. Il en avait toujours conservé beaucoup plus de goût pour l’élude et d’habitudedu travail, qu'on n’aurait dû l'attendre d’un prince né avec un caractère si actif et des passions si violentes. Jaloux d'acquérir toute sorte de gloire, passionnément attaché à l’église romaine, irrité d'ailleurs contre Luther, qui avait parlé avec le plus grand mépris de Thomas d’Aquin , son auteur favori , Henri crut qu’il ne lui suffirait pas de déployer son autorité royale contre les opinions du réformateur; U voulut encore les combattre avec les armes scolastique». Ce fut dans cette vue qu’il publia son Traité des sept itucremens. ouvrage qui est oublié aujourd’hui, comme le sont tous les livres de controverse, dés que l’occasion qui les a fait naitre est passée , mais qui n’est pourtant pas dépourvu d’adresse et de subtilité polémique. La flatterie de ses courtisans l'exalta comme un ouvrage oû brillaient tant de science et d'érudition, qu’il élevait Henri VIII autant au-dessus des antres auteurs par son mérite littéraire, qu’il leur était supérieur par son rang. Le pape, à qui le livre fut présenté en plein consistoire avec le plus grand appareil , en parla avec le respect qu’il aurait eu pour un écrit dicté par une inspiration divine; et pour marquer A Henri la reconnaissance de l’église pour son zèle extraordinaire, il lui donna le titre de défenseur de la foi , titre que le roi perdit bientôt dans l'esprit de ceux de qui il le tenait, et qui est resté A ses successeurs , quoiqu'ils soient les ennemis déclarés de ces mêmes opinions dont la défense l’avait mérité a Henri. Luther, qui n’était arrêté ni par l'autorité de l'université de Paris, ni par la dignité du monarque anglais, publia bientôt ses remarques sur le décret de l’une et sur le traité de l’autre; et il les écrivit dans un style aussi violent et aussi amer que s’il n’eût réfuté que le plus méprisable de ses antagonistes. Scs contemporains , loin d’être choqués de cette hardiesse indécente, la regardèrent comme une nouvelle preuve de l’intrépidité de son caractère. Une dispute agitée par des adversaires si illustres ne fil qu'attirer davantage l'attention; et telle était alors la contagion de l’esprit d’innovation répandu dans toute l’Europe, elle était la force de rai-
sonnement avec laquelle s'annonça d’abord la doctrine des réformateurs, que malgré les puissances ecclésiastique et civile conjurées contre elle, elle faisait tous les jours des prosélytes en France et eu Angleterre.
Quelque désir qu’eût l'empereur de mettre un terme aui progrès de Luther, il fut souvent obligé, pendant tout le temps que dura la diète de Worms, de s’occuper de matières plus intéressantes, et qui demandaient une attention plus pressante et plus sérieuse. La guerre était prés d’éclater entre François et lui dans la Navarre, dans les Pays-Bas et en Italie; et il fallait uu beaucoup d’Imbileté pour détourner le dauger, ou lieaucoup de précautions pour se préparer û une bonne défense. Tout , dans les conjonctures semelles , portait Charles A préférer le premier parti. L'Espagne était en proie aux factions domestiques. En Italie, il ne s'était encore assuré aucun allié sur lequel il pût compter. Dans les Pays-Bas, ses sujets frémissaient A la seule idée d'une rupture avec la France, rupture dont iis avaient plus d'une fois ressenti les funestes effets |<our le commerce. Retenu par ces considérations et par les efforts que fit toujours Chièvres, tant que dura son administration , pour maintenir la paix entre les deux rois, l’empereur différait tant qu’il pouvait de commencer les hostilités. Mais François et ses ministres n'élaient pas dans des dispositions si Itacifiques. François voyait qu’il ne fallait pas compter sur la durée d’une union , que l’Intérêt, la rivalité et l’ambition tendaient sans cesse à troubler ; et il jouissait de plusieurs avantages qui lui donnaient l'espérance de surprendre son rival et de l’accabler avant qu'il pût se mettre en étal de lui résister. Un royaumccotnme la France dont le» étals étaient réunis et contigus, où le peuple aimait la guerre et était attaché A scs rois par tous les liens du devoir et de l'affection, était bien plus propre A faire un grand et soudain effort, que les états plus vastes, mais désunis de l’empereur, qui voyait le peuple armé contre scs ministres dans une partie de ses domaines, et dans tous, son autorité beaucoup plus limitée que celle de son rival.
Les seuls princes qui eussent été assez puissans pyur calmer ou pour éteindre tout-à-fait l’inccudie dés ses conunenccmcus, ou négligèrent de s’y employer , ou ne cherchèrent qu’à
l'exciter et à l’étendre. Henri VIII, en affectant de prendre le titre de médiateur , et malgré les fréquens appels que les deux parties faisaient à sa discrétion, avait déjà renoncé 8 l'esprit d’impartialité qui convenait au caractère d’arbitre. Wolsey, par ses artifices, l’avait entièrement aliéné du roi de France; il fomentait secrètement la division qu’il aurait dû apaiser , et n'attendait plus qu’un prétexte décent pour joindre les armes de l’Angleterre i\ celles de l’empereur1.
Les effort s de Léon pour exciter la discorde entre l'empereur et François l"r furent moins cachés et plus efficaces. Son devoir Comme père commun de la chrétienté, et son intérêt comme prince d'Italie, lui imposaient le rrtle de défenseur de la tranquillité publique, et lui faisaient une obligation d’éviter toute démarche qui pût détruire le système politique que tant de négociations et de sang répandu avalent enfin établi en Italie. Léon en effet avait vu de lionne heure que c’était la conduite qu'il lui convenait de suivre; et dès lavénement de Charles à l'empire il avait formé le projet de se rendre arbitre entre les deux rivaux , en les flattant tour à tour, sans former avec aucun des deux une liaison trop étroite. Un pontife moins ambitieux et moins entreprenant que lui, eût pu, en réglant constamment sa conduite sur ce plan, sauver l’Europe des malheurs qui la menaçaient. Mais ce prélat , d'un esprit audacieux , encore dans la fougue de l'âge, brûlait du désir de signaler son pontificat par quelque entreprise éclatante. 11 était impatient de se laver de la honte d'avoir perdu Parme et Plaisance. Il voyait avec un sentiment d’indignation commun aux Italiens de ce siècle, la domination étrangère établie au sein de l’Italie, par des peuples ultramontains, auxquels, ù l’imitation des fiers républicains de l’ancienne Rome, ils donnaient le nom dépeuplés barbares, lise flattait qu'en aidant un des deux monarques i dépouiller l’autre des places qu'il possédait en Italie, il trouverait ensuite les moyens d'en chasser le vainqueur à son tour, et qu’il aurait, ainsi que Jules 11, la gloire d’avoir rendu à l’Italie la liberté et le bonheur dont elle jouissait avant l’invasion de Charles VIH , lorsque chaque état était gouverné par scs prin-
1 Herbert. Fiddcs, Life of IFoUcy, p. 258.
ces naturels et par scs propres lois, et n’avait point encore subi le joug étranger. Quelque chimérique que fût ce projet , ce fut l'idée favorite de presque tous les Italiens qui curent du génie et de l'ambition , et le bot de toutes leurs entreprises pendant une grande partie du seizième siècle : ils se repaissaient dü vain espoir que par leur supériorité dans l’art des négociations, et A force de rii9rset de finesses, ils viendraient à bout de triompher des efforts de peuples plus grossiers qu’eux à la vérité, niais bien plus puissans et plus belliqueux, léon se laissa tellement séduire par cette espérance, que , malgré la douceur de ses inclinations et son goût pour les plaisirs de la mollesse et les recherches du luxe , il s'empressa de troubler la paix de l'Europe et de s’engager dans une guerre dangereuse, avec une im|iétuosilé presque égale à celle du turbulent et guerrier Jules 11 *.
Hton avait cependant la liberté de clioisir entre les deux monarques celui qu'il voudrait avoir pour ami ou pour ennemi. Tous deux recherchaient avec empressement son amitié : il balança quelque temps entre les deux, et conclut à la fin une alliance avec François. L’objet de ce traité était la conquête de Naples, que les deux confédérés convinrent de partager ensemble. Vraisemblablement le pape se flattait que la vivacité et l'activité de François, secondées parmi peuple doué des mêmes qualités, auraient l’avantage sur la lenteur et la timide prudence des conseils de l'empereur, et qu’il serait aisé de s’emparer de celle portion détachée de ses domaines, mal pourvue pour sa défense et toujours la proie de celui qui l’attaquait. Mais soit que le roi de France, en laissant trop entrevoir scs soupçons sur la lionne foi de LéonX, eût affaibli dans l’esprit de celui-ci l’idée des avantages qu'il en espérait; soit que le traité que le pape avait fait avec lui ne fût qu'un artifice pour couvrir des négociations plus sérieuses avec Charles ; soit que lAm lût séduit par l'espérance de retirer de plus grands avantages de l’alliance de l'empereur; soit enfin qu’il fût prévenu en sa faveur par le zèle qu’il avait montré pour l’honneur de l'église en coudamnant Luther, il est certain qu'il abandonna
1 Guicciardini , lib. Xiv, p. 173.
1!)2 HISTOIRE UE ÜHARLES-QIIINT. tl&JOl
sun nouvel allié, et fit, quoique dans le plus grand secret, des ouvertures à l'empereur
Don Jean Manuel, le même qui avait été le favori de Philippe, et dont l’adresse avait déconcerté tous les projets de Ferdinand, étant sorti , à la mort de ce monarque, de la prison où il l'avait fait enfermer, était alors ambassadeur de l'empire à la cour de Rome. Personne n'était plus propre à profiter des dispositions du pape en faveur de son maître 2; la conduite de cette négociation n’avait été confiée qu’à lui seul, et l’on en déroba soigneusement la connaissance à Chièvres, qui, soigneux d’éviter tout sujet de guerre avec la France, n'aurait pas manqué de la rompre et de la traverser. Aussi l'alliance entre l’empereur et le pape futelle bientôt conclue3. Les principaux articles de ce traité , qui devint la base de la grandeur de Charles en Italie, furent que le pape et l’empereur uniraient leurs forces pour chasser les Français du Milanais dont on donnerait la jouissance à François Sforce, fils de Louis-lc-More, qui avait résidé à Trente , depuis que son frère Maximilien avait été dépossédé de ses domaines par le roi de France ; qu'on rendrait A l'église les duchés de Parme et de Plaisance; que I’ciih pereur aiderait le pape à conquérir Ferrarc; qu'on augmenterait le tribut annuel que le royaume de Naples payait au saint siège; que l’empereur prendrait sous sa protection la famille de Médicis; qu'il ferait au cardinal de ce nom une pension de dix mille ducats sur l’évêché de Tolède, et qu’il assignerait la même valeur en fonds de terre dans le royaume de Naples, à Alexandre, fils naturel de l^urcnt de Médicis.
Chièvres, en apprenant qu’un traité d’une si grande importance s’était conclu sans sa participation, ne douta pas qu’il n'eût perdu sans retour l’ascendant qu’il avait conservé jusqu’alors sur l’esprit de son élève. Le chagrin qu’il en ressentit, joint à la mélancolie que lui donnait l’idée des calamités inévitables et multipliées qu’allait entraîner une guerre contre la France , avança , dit-on , le terme de ses jours 4.
' Guicciard. , lib. xit, p. 175. Mém. de du Bellay.
* Jovius, Vida Leonis, lib. iv, p. 89.
■ Guicdard., lib. nv . p. 181. Màn. de du Bellay , p. 21. Dtnnuut, Corps diptvm., loin. IV, S api., p 00.
4 Bd car , Comment, de reb.gall., p 183.
Celle conjecture n’est peut-être qu’une imagination des historiens, qui aiment à |>rèlcr des causes extraordinaires à tout ce qui arrive aux personnages illustres, et qui vont jusqu'il attribuer leurs maladies et leur mort A l’effet des passions politiques, qui troublent plus souvent la paix de la vie qu’elles n’en abrègent la durée. Ce qu'il y a de sûr, c’est que la mort du gouverneur de.Charles dans un moment si critique, détruisit tout espoir d’éviter une rupture' avec la France. Charles vit sans regret un événement qui le délivrait d’un ministre dont l’autorité tenait son génie dans les fers; l’habitude de lui obéir depuis son enfance avec une déférence aveugle le tenait dans un état de minorité qui ne convenait plus ni à son rang ni A son âge; délivré de cette contrainte, les facultés naturelles de son âme prirent l'essor , et il déploya dans le conseil et dans l’exécution des talens qui surpasèrentlesespéraneesdescs contemporains2, et qui ont mérité l'admiration de la postérité.
Tandis que le pape et l’empereur, conformément A la secrète alliance qu'ils venaient de former, se disposaient A attaquer Milan, les hostilités commencèrent dans une autre contrée. I,es enlans de Jean d’Albrct, roi de Navarre, avaient souvent demandé la restitution de leur patrimoine, en vertu du traité de Noyon; Charles avait toujours éludé leurs demandes sous divers prétextes : François se crut alors autorisé par ce même traité A secourir cette famille infortunée. Les circonstances paraissaient des plus favorables pour celle entreprise. Cliarles était éloigné de celte partie de ses états; les troupes qu’il avait coutume d’y entretenir en avaient été retirées pour apaiser les soulèvemens de l'Espagne; les mécontcns de ce royaume sollicitaient vivement François de s'emparer de la Navarre3, où il trouverait un parti considérable qui n'attendait que son secours pour se déclarer en faveur des descendans de ses anciens rois. François, qui voulait éviter, autant qu’il était possible, d'olfenser l’empereur ou le roi d'Angleterre , fit lever des troupes et commencer la guerre , non pas en son nom , mais au nom de Henri d’ Albret. Le commandement des troupes fut donné à An-
1 P. Heuter., Ber. amtriac., lib. vm, c. u, p. 17,
' P. Martyr. Ep., p. 735.
• P Martyr. Ep , p. 721.
dré de Foix de Lesparre , jeune homme sans talenset sans expérience, et qui n'avait de titre pour obtenir celte distinction importante que d’ètre allié de fort près au prince détrôné pour lequel il allait combattre , et surtout d'ètre frire de la comtesse de Chateaubriand, la maîtresse favorite de François. Comme il ne trouva point d'armée en campagne qui pût l’arrêter, il se rendit maître eu peu de jours de tout le royaume de Navarre , sans trouver dans sa marche d'autre obstacle que la citadelle de Pampelunc. Les nouveaux ouvrages que Ximcnis avait fait commencer pour fortifier cette citadelle, n'avaient pas été achevés , et la faible résistance qu'elle fit ne mériterait pas d'ètre remarquée dans l'histoire, si Ignace de Loyola, gentilhomme biseaien . n’y avait pas été dangereusement blessé. Dans le cours d'un long traitement , I ovula ne trouva , pour charmer son ennui , d’autre amusement que la lecture des vies des saints : l'impression que cette lecture fit sur son esprit naturellement porté à l'enthousiasme, et en même temps ambitieux et entreprenant, lui inspira un violent désir d’égaler la gloire des héros fabuleux de l'église romaine; il se jeta dans les aventures les plus extravagantes et les plus bizarres , qui aboutirent enfin à l'institution de la société des Jésuites , celui de tous les ordres monasti ques qui a été le plus politique et le mieux gouverné, et qui a fait le plus de bien et de mal au genre humain.
Si, après la réduction de Pampelunc, Lesparre s'était contenté de prendre les précautions convenables pour assurer sa conquête, le royaume de Navarre aurait pu rester en effet réuni ;i la couronne de France; mais emporté par l'ardeur de la jeunesse, et encouragé par François que les succès éblouissaient trop aisément , il se hasarda à passer les limites de la Navarre, et alla mettre le siège devant Logrogno , petite ville de Castille. Jusque-là les Castillans avaient vu les progrès rapides de ses armes avec la plus grande indifférence; mais leur propre danger les fit sortir de cet état itindolcnce , et les dissensions de l'Espagne étant presque entièrement assoupies, les deux partis se réunirent pour défendre à l'envi leur patrie; les uns afin d’effacer par des serv ices actuels la mémoire de leurs fautes passées, les autres pour ajouter à la gloire d'avoir réduit les sujets rebelles de
l’empereur, celle de repousser les ennemis étrangers. L'arrivée subite des troupes espagnoles, jointe à la vigoureuse défense que firent les habitans de Logrogno , força le général français d'abandonner sa téméraire entreprise. L'armée espagnole , qui grossissait tous les jours , le harcela dans sa retraite ; et par une antre imprudence, au lieu de se retirer sous l'abri du canon de Pampelune , ou d'attendre , pour livrer la bataille, la jonction des troupes qui marchaient à son secours, il attaqua les Espagnols, malgré la supérioritéde leur nombre : il engagea l'action avec la plus grande impétuosité, mais avec si peu de prudence et de conduite, que son armée fut bientôt mise en déroute , et qu'il resta lui-mème prisonnier avec ses principaux officiers. L'Espagne reprit la Navarre en moins de temps encore que les Français n'en avaient mis à s’en emparer
Tandis que François s'efforçait de justifier l’invasion de la Navarre, en la faisant passer souslc nom de Henri d’Albret, il avait recours à un artifice du même genre , pour attaquer d’un autre côté le territoire de l’empereur. Robert de La Marck , seigneur de Bouillon , domaine peu considérable, mais indépendant, situé sur les frontières du Luxembourg et de la Champagne, avait abandonné le service de Charles pour se venger d'un attentat prétendu du conseil àulique contre sa juridiction, et s'était jeté dans les bras de la France. Dans la chaleur de son ressentiment, il se laissa aisément persuader d’envoyer un héraut à Worms pour y déclarer en forme la guerre à l'empereur. Une insolence si extravagante de la part d'un si petit prince surprit Charles , et ne lui permit pas de douter que le roi de France n'eût promis de puissans secours pour appuyer une telle entreprise. La vérité de cette conjecture se vérifia bientôt. Robert, à la tète d’un corps de troupes levé en France, de l’aveu secret du roi, quoiqu’en apparence contre ses ordres, entra dans le Luxembourg, et après avoir ravagé tout le plat pays , alla mettre le siège devant Vireton. Charles se plaignit hautement de cette invasion comme d'une violation ouverte de la paix qui subsistait entre les deux couronnes; et il somma Henri VIII, en vertu d'un traité conclu à Londres en 1518, de prendre les
1 Mim. de du Bellay, p. 21. P. Martyr. Ep., p. 726.
armes contre le roi de France, comme le premier agresseur. François prétendit qu’il n’était pas responsable de la conduite de Robert, qui combattait en son propre nom et pour sa propre querelle, et que c'était contre ses défenses expresses qu’on avait enrôlé quelques Français; mais Henri eut si peu d’égard A ce subterfuge, que le roi de France, pour ne pas irriter un prince qu’il espérait toujours de gagner, envoya ordre A Robert de La Marck de licencier ses troupes *.
Cependant l’empereur assemblait une armée pour châtier l'insolence de Robert. Vingt mille hommes , commandés par le comte de Nassau , fondirent sur son petit territoire, et dans l'espace de quelques jours se rendirent maîtres de toutes ses places, A l'exception de Sedan. Nassau , après avoir fait si vivement sentir A ce prince tout le poids de l'indignation de son maître, s’avança vers les frontières de la France, et Charles s« croyant assez sûr de la préférence que lui donnait Henri , pour n’étre pas arrêté par les mêmes craintes qui avaient retenu François , ordonna à son général d’assiéger Mouzon. La lAcheté de la garnison ayant forcé le gouverneur de se rendre , presque sans résistance , Nassau investit Mézières, place qui n’était pas alors très forte , mais dont la situation était si avantageuse , que sa possession ouvrait A l’armée impériale une entrée facile dans le cœur de la Champagne, où il ne restait presque plus de villes en état d’arrêter ses progrès. Heureusement pour la France, le roi qui connaissait l'importance de cette forteresse et le danger dont elle était menacée, en avait confié la défense au chevalier Bayard , guerrier distingué parmi ses contemporains et connu sous le titre de chevalier sans peur et sans reproche 2. Cet homme, dont la valeur extraordinaire dans les combats çt l’extrême délicatesse sur le point d'honneur et sur les lois de la galanterie présentent l’image la plus fidèle du caractère qu’on attribue aux héros de l’ancienne chevalerie , réunissait tous les talens qui ferment un grand général. Il eut plus d’une occasion de les déployer dans la défense de Mézières : en partie par sa valeur, en partie par sa prudence, il traîna le siège en lon-
* Mèm. de du Bellay , p. 22, J. Mèm. de Fieu ranges, p. 335, etc.
* OFuires de Brantôme, loin, 6, p. 111.
gueur, et obligea A la finies impériaux de le lever honteusement, après y avoir perdu beaucoup de monde *. François , A la tète d'une armée nombreuse, eut bientôt repris Mouzon ; ! il entra dans les Pays-Ras , et il y fit plusieurs conquêtes , mais de peu d’importance. Par un excès de précaution , faute qu'on n'eut pas souvent A lui reprocher, il perdit près de Valenciennes l'occasion favorable de couper la retraite A l'armée impériale ; et ce qui fut d’une plus grande conséquence encore, il dégoûta de son service le ronnétable de Bourbon , en donnant au duc d'Alençon le commandement de l’avantgarde, quoique ce poste d'honneur appartint A Bourbon comme une prérogative de sa charge.
Pendant les opérations de cette campagne, il se tenait un congrès A Calais, sous la médiation de Henri VIH, pour terminer A l'amiable tous les diftérens. Si les intentions du médiateur eussent répondu A ses protestations , les conférences n’auraient pu manquerde produire un bon effet; mais Henri avait chargé Wolsey de tonte la conduite de celle négociation; et ce choix suffisait seul pour la faire échouer. Wolsey , toujours occupé du projet d’obtenir la tiare, le grand objet de son ambition , était prêt A tout sacrifier pour s'assurer la faveur de l’empereur ; et il prenait si peu de soin pour cacher sa partialité, que François aurait refusé sa médiation s’il n'avait pas craint d'irriter le raraclèrc impérieux et vindicatif de ce ministre. On employa beaucoup de temps A déterminer lequel des deux rivaux avait commencé les hostilités; Wolsey affectait de représenter cet article comme le point princi|>al , et en faisant regarder François comme l’agresseur, il espérait de justifier, par le traité de Londres , toutes les alliances que pourrait faire son maître avec Charles. On examina ensuite A quelles conditions on pourrait finir les hostilités; mais les propositions de l'empereur A cet égard firent bien voir ou qu'il avait le plus grand éloignement pour la paix, ou qu'il savait que Wolsey approuverait tout ce qui serait proposé en son uom. Il demandait la restitution du duché de Bourgogne, province dont la [««session lui aurait ouvert l’entrée dans le centre de la France ; et il voulait être dispensé de l'hommage dû A la couronne de
• Aldm. tic du Bellay, p. îiô, etc.
France (mûries comtés de Flandre et d’Artois, hommage que n'avait jamais refusé aucun de scs ancêtres, et qu'il s’était engagé lui-même A renouveler par le traité de Noyon.
François rejeta avec dédain ccs propositions, que tout prince fier et généreux aurait eu de la peine à accepter , même après une guerre malheureuse. Charles, de son allé, ne montra pas plus de disposition à satisfaire le roi de France sur la restitution de la Navarre à son prince légitime et sur le rappel des troupes impériales du siège de Tourna}', propositions cependant plus raisonnables et plus modérées que les premières. Ainsi le congrès se termina sans avoir produit d'autre effet que celui qui suit ordinairement une négociation sans succès, d’aigrir les parties qu'il devait concilier *.
Pendant la durée des conférences, Wolsey, sous prétexte que l’empereur (tourrait être plus d sposé que ses ministres û consentir à des conditions raisonnables, se rendit û Bruges pour y voir ce monarque. Charles , qui connaissait sa vanité, le reçut avec le même appareil et les mêmes égards que si c’eût été le roi d'Angleterre; maisau lieu de faire servir cette entrevue à l’avancement du traité de paix, Wolsey, au nom de soa maître , conclut une ligue contre François : les arlicles étaient que Charles attaquerait la France du côlé de l'Espagne, cl Henri du côté de la Picardie , chacun avec une armée dequarantç mille hommes, et que pour cimenter leur union Charles épouserait la princesse Marie, fille unique de Henri et l’héritière présomptive de scs états 2. Henri ne put donner d’autres raisous de cette ligue, également injuste en "Ile-mémc et contraire A ses intérêts politiques, qu'uu article du traité de Londres, par lequel il sc prétendait obligé à prendre les armes contre le roi de France, comme le premier agresseur, et l’injure qu'il disait que lui avait faite le roi de France, en souffrant quclc due d’Albanie, chef d’un parti en Écosse , opposé à scs intérêts, retournât dans ce royaume. Mais il avait été déterminé par d'autres considérations ; les avantages que scs sujets retireraient d’une parfaite neutralité, l'honneur qui lui reviendrait à luiluênic de rester l’arbitre de deux princes rivaux,
> P. Martyr., Ep. , p. T3B. Herbert
• Hytuer, f calera» XUI. Herbert.
paraissaient des motifs bien faibles à l'imagination de ce jeune monarque, en comparaison de la gloire que Charles et François gagnaient à commander des armées ou â conquérir des provinces, et il ne put se résoudre à rester plus long -temps dans l’inaction. Cette résolation étant une fois prise , plusieurs raisons de préférer l’alliance de Charles s’olfraienl d’ellesipèmes. Il n’avait de prétentions sur aucune partie des états de ce prince, qui pour la plupart étaient situés de manière qu’il ne pouvait les attaquer saus beaucoup de difficultés et de désavantage, au heu que la plupart des provinces maritimes de France avaient été longtemps en la possession des rois d'Angleterre, qui n’avaient pas même encore renoncé à leurs prétentions sur la couronne de ce royaume; il était d'ailleurs toujours maître de Calais qui lui facilitait l'entrée de quelques-unes de ces provinces, et lui promettait une retraite sûre en cas de revers. Tandis que Charles attaquerait une des frontières de la France, Henri sc Hat- ’jit de trouver â l'autre très peu de résistance, et croyait que la gloire de réuuir de nouveau û la couronne d’Angleterre l’ancien patrimoine nue possédaient ses prédécesseurs dans le continent, était réservé à son règne. Wolsey encourageait encore ses espérances chimériques et employait toute son adresse A faire adopter à son maître les vues qui secondaient le mieux scs desseins secrets ; et les Anglais , dont l’animosité héréditaire contre les Français était toujours prête â sc réveiller à la première occasion, étaient bien éloignés de désapprouver les inclinât ions guerrières de leur souverain.
Cependant la ligue formée entre le pape et l'empereur produisait de grands événemeos en Italie, cl avait fait de la Lombardie le principal théâtre de la guerre- Il y avait alors tant d’opposition entre le caractère des Français et celui des Italiens, qu’il n’est point de domination étrangère pour laquelle les Italiens aient marqué tant de répugnance et d’aversion que pour la domination française. Le phlcgme allemand et la gravité espagnole s'alliaient beaucoup mieux avec le caractère jaloux eL les manières cérémonieuses des Italiens, que la galté française, trop portée i la galanterie et trop peu attentive aux bienséances. louis XH cependant , par la douceur et •'équité de son gouvernement , et
parles privilèges qu'il avait accordés au Milanais, privilèges beaucoup plus étendus que ceux dont il jouissait sous ses princes naturels, était venu à bout d'affaiblir sensiblement leurs préventions et de les réconcilier avec le gouvernement français; mais François, en recouvrant ce duché, ne suivit point l'exemple de son prédécesseur; ce n’était pas qu’il ne fût lui-mème trop généreux pour opprimer son peuple; mais l’extrême confiance qu'il avait dans ses favoris, et son peu d'attention à la conduite de ceux à qui il remettait l’exercice de son autorité, les enhardirent à risquer plusieurs actes d’oppression.
Il avait donné le gouvernement de Milan à Odel de Foix, maréchal de Lautrec , frire de madame de Chateaubriand, officier d'une grande expérience et d'une réputation distinguée, mais hautain, impérieux, avide , incapable d’écouter un conseil et de souffrir la contradiction. Son insolence et ses exactions aliénèrent entièrement le orur des Milanais : il avait banni plusieurs des principaux citoyens, et forcé les autres à s'exiler eux-mèmes pour leur propre sûreté. Du nombre de ces derniers élait Jérôme Moron , vice-chancelier de Milan, célèbre par son génie pour l’intrigue et les projets, dans un siècle et dans un pays oû les factions et les révolutions fréquentes faisaient naître ou fécondaient les talcus de ce genre, par les occasions multipliées d’en faire usage. Moron s'était retiré chez François Sfiirce, dont il avait trahi le frère, Maximilien; et devinant que le pape avait intention d'attaquer le Milanais, quoique le traité fait à cette occasion avec l’empereur n’eût pas encore été rendu public, il lui proposa, au nom de Sfbrce, un plan pour surprendre plusieurs places de ce duché avec le secours des bannis, qui, par leur haine contre les Français et leur attachement à leurs premiers maîtres, étaient prêts A se porter aux entreprises les plus désespérées. Léon ne se contenta pas d'encourager ce projet , il avança une somme considérable pour le mettre en exécution; mais des accidcns imprévus l'ayant fait échouer, il permit aux exilés , qui s’étaient rassemblés en corps, de se retirer dans Reggio, ville qui appartenait pour lors A l’église. Le maréchal de Foix, qui commandait à Milan en l’absence de son frère, séduit par l'espérance d’envelopper comme dans un filet tous les euuemis déclarés que son maitre avait
dans ce duché, se hasarda à entrer sur le territoire de l’église, et alla investir Reggio. Mais la vigilance et la bonne conduite de Guiehardin, l’historien célèbre, qui était gouverneur de cette place , obligèrent le général français d'abandonner son entreprise d'une manière peu honorable. Iéon fut charmé de cette nouvelle, qui lui fournissait un prétexte décent de rompre avec la France. Il assembla sur-le-champ le consistoire des cardinaux , se plaignit amèrement des hostilités du roi de France, vanta beaucoup le zèle que l’empereur montrait pour l'église et dont il venait de donner une preuve récente et signalée dans la conduite qu'il avait tenue contre Luther, déclara que la nécessité de sa propre défense le forçait A joindre ses armes à celles de Charles, cl que c'était le seul moyen de pourvoir A la' sûreté des étals ecclésiastiques. Dans cette vueil feignit de conclure alors avec don Jean Manuel le même traité qui était signé depuis plusieurs mois, et il excommunia publiquement de Foix, comme un usurpateur impie du patrimoine de saint Pierre.
Léon avait déjà commencé les préparatifs de guerre, en prenant à sa solde un corps considérable de Suisses; mais les troupes impériales étaient si lentes A venir de Naples et de l’Allemagne, qu'on était déjà à la moitié de l’automne avant qu’elles se fussent mises en campagne. Elles étaient commandées par Prospcr Colonne, le plus habile des généraux italiens : sa longue expérience et sa prudence extrême le rendaient l'homme le plus propre A opposera l’impétuosité française. Dans l’intervalle, de Foix dépêcha au roi de France courrier sur courrier pour l'informer du danger qui le menaçait. François qui avait une partie de ses troupes occupées dans les Pays-Bas, qui assemblait l’autre sur les frontières d’Fispagne , et qui ne s'attendait pas à une attaque si subite en Italie , envoya des ambassadeurs aux Suisses, ses alliés, pour leur demander un nouveau corps de troupes, et donna ordre A Lautrec de se rendre sur-le-champ à son gouvernement. Ce général , qui connaissait la négligence et le défaut d'économie qu’il y avait dans l’administration des finances du roi , ayant vu d’ailleurs combien les troupes avaient déjà souffert dans le Milanais faute de paye, refusa de partir si on ne lui faisait remettre surle-champ une somme de trois cent mille écus,
ri.mi livre il inr
Le roi, I-ouise de Savoie sa mere, et Semblançay, surintendant des finances, lui promirent avec serment qu’il trouverait à son arrivée à Milan des remises pour la somme qu’il demandait : Lautrec partit sur cette promesse. Malheureusement pourlaFrance, Louise, qui. avec un caractère perfide, vindicatif, avide et capable de tout sacrifier a ses passions , avait pris sur son fils un ascendant absolu par sa tendresse maternelle , par 1rs soins qu'elle avait eus de son éducation et par ses grands talcns, était bien résolue à ne pas tenir sa parole. lautrec avait encouru sa disgrâce par sa hauteur, par le peu de soin qu’il avait pris de lui faire sa cour, par la liberté avec laquelle il parlait de ses aventures galantes. Pour s’en venger , et le priver de l’honneur qu’il aurait pu acquérir en défendant avecsuccès le Milanais , cette princesse s’em- |Kira des trois cent mille écus destinés à cet objet, et les retint pour sou propre usage.
Lautrcc , quoique privé d’une ressource si nécessaire , trouva encore les moyens d'assembler une armée assez considérable , mais bien moins nombreuse que celle des alliés. Il adopta le plan de défense qui convenait le mieux à sa position, évitant avec le plus grand soin une bataille rangée, harcelant sans relâche les ennemis avec ses troupes légères, enlevant leurs quartiers, interceptant leurs convois, et couvrant ou secourant toutes les places qu'ils essayaient d'attaquer. Par cette conduite prudente, non-seulement il retarda les progrès des impériaux, il eut même bientôt lassé le pape, qui jusqu’alors avait fait presque tous les frais de la guerre, et l’empereur même, dont les revenus d'Kspagne avaient été dissipés pendant les troubles de ce royaume, et qui était obligé de fournir à l’entretien d'une grosse armée dans les Pays-Bas; mais un accident imprévu vint déranger toutes ses mesures et occasions un changement fatal dans les affaires de la France. Il y avait dans l'armée française un corps de douze mille Suisses qui servaient sous les drapeaux de la république, alors alliée de la France. Suivant une loi établie par les cantons, et non moins conforme â la saine politique qu’à l’humanité, leurs soldats ne pouvaient pas s’engager, sous la sanction de l’autorité publique , au service de deux puissances actuellement en guerre. L'amour du gain avait quelqueftiis éludé cette loi , et l’on avait souffert
que des particuliers s’enrôlassent au service de celui des deux partis qu’ils aimaient le mieux; ce n’était pas cependant sous les drapeaux de la république, mais seulement sous ceux de quelquesofficiers. Le cardinal deSion , qui conservait toujours son crédit parmi ses concitoyens et sa haine contre la France, avait obtenu la permission de lever douze mille Suisses destinés à joindre l’armée des alliés. Les cantons , voyant un nombre si considérable de leurs soldats marcher sous les étendards de nations ennemies, et prêts à s’entre-détruire, sentirent la honte dont ils allaient se couvrir et la perte qu’ils s'exposaient à faire. Ils dépêchèrent des courriers à leurs soldats avec ordre de quitter les deux armées et de revenir dans leur patrie. Le cardinal deSion eut l’adresse de corrompre les messagers qui portaient l'ordre aux Suisses de l’armée alliée, et empêcha par-là qu'il ne leur parvint; mais cet ordre fut signifié dans les formes aux Suisses de l’armée française , qui , fatigués d'une longue campagne, et murmurant depuis longtemps de ne point recevoir leur paye , obéirent sur-le-champ, malgré les remontrances et les prières de Lautrec. Le général français, se voyant abandonné d'un corps qui Faisait la principale force de son armée , n’osa plus tenir tête aux confédérés; il regagna Milan, se campa sur les bords de l'Adda , et ne vit plus de ressource que celle d’empêcher l’ennemi de passer la rivière; mais ce moyen de défense est si faible et si incertain qu’il y a peu d'exemples qu'on l’ait employé avi c succès contre un général habile et expérimenté. Aussi Colonne passa l'Adda avec très peu de perte, malgré toute la vigilance et toute l’activité de lautrec, qui fut obligé d’aller s’enfermer dans les murs de Milan. Les confédérés se disposèrent à assiéger cette place. Un inconnu, qui n’a jamais reparu depuis ni pour se vanter de ce service ni pour en réclamer le prix, vint de là ville avertir Moron que , si l'armée s'approchait des murs pendant la nuit , la faction gibeline ou drs impériaux lui ouvrirait une des portes. Colonne , quoique ennemi des entreprises téméraires, fil avancer le marquis de Pescaire avec l'infanterie espagnole, et le suivit lui-même avec le reste de l’armée. A i’en-i trée de la nuit , Pescaire arriva près de la porte Romaine , dans les faubourgs , et surprit les soldats qui s’y trouvaient. Ceux qui étaient postés
dans les fortifications voisines prirent aussitôt la fuite. Le marquis se saisit des postes A mesure qu’on les abandonnait , et marchant toujours en avant avec autant de précaution que de vipnetir, il sc trouva maître de la ville sans avoir versé beaucoup de sang et presque sans avoir trouvé de résistance. Les vainqueurs ne furent pas moins étonnés que les vaincus de la facilité et du succès de cette entreprise. Ijutrec se retira précipitamment sür les terres de Venise avec les débris de son armée; les villes du Milanais suivirent le sort de la capitale et se rendirent aux alliés, l’arme et Plaisance se trouvèrent réunies aux états de l'église; et de toutes les conquêtes des Français dans la Lombardie, il ne leur resta que la ville de Crémone, le chAteau de Milan et un petit nombre de forts peu considérables ■.
A la nouvelle de cette suite rapide d'événemens heureux , Léon éprouva des transports de joie si violons, s'il fout en croire les historiens français , qu'il en fut saisi d une fièvre qui , étant négligée dans les commencemens , devint fatale et le conduisit au tombeau le 2 décembre, lorsqu'il était encore dans la vigueur de l'Âge, et qu’il se voyait comblé de gloire. Cet accident inattendu rompit l'union des confédérés , et suspendit leurs opérations, la-s cardinaux de Sion et de Médicis quittèrent l'année pour sc rendre au conclave; les Suisses furent rappelés par leurs supérieurs, quelques autres troupes mercenaires sc débandèrent foute d'ètre payées, et il ne resta, pour défendre le Milanais, que les Espagnols et quelques soldais allemands au service de l'empereur. L’occasion élait favorable pour (.attirée; mais se trouvant dépourvu d'hommes et d'argent , il n’était pas en étal d'en tirer tout le parti qu'il aurait désiré. La vigilance de Mnron et la bonne conduite de Colonne déconcertèrent quelques faibles tentatives qu'il fit sur le Milanais; il tenta sur Parme une attaque plus hardie et plus vigoureuse, mais qui échoua aussi par l'adresse et la valeur de Guichardin 1.
[.a division était dans le conclave qui suivit la mort de Léon X ; on y mettait en œuvre tous les artifices que peuvent imagiuer des hommes qui
1 GuiccUrd., lir. xxt, p. 100, etc. Mém. de du Bellay , p. 42, etc. Galcaci Cape lia, de Hcbus peet. pru restitue franc. Sforcia, comment, ap. Scardium, vol. Il, p. ISO, etc.
* Gipcffllid., liv. Stv , p. JS 4.
ont vieilli dans l'intrigue, quand ils se disputent pour un objet aussi précieux qu’une tiare. A peine y fit-on mention du nom de Wolsey, malgré les belles promesses que lui avait faites l'empereur d’appuyer ses prétentions , et que le cardinal ont soin de lui rappeler dans cette occasion. I.c cardinal Jules de Médicis, neveu de Léon, le plus distingué de tous les membres du sacré collège par ses talens , ses richesses et son expérience dans les négociations importantes, s'était déjà assuré jusqu’Â quinze voix, nombre qui , suivant les formes du conclave , était suffisant pour exclure tout autre candidat, mais qui ne l'était pas pour consommer son élection. Tous les vieux cardinaux se liguèrent contre lui , sans s'unir en faveur de personne. Tandis que ces factions différentes s'efforcaient de se gagner, de sc corrompre ou de se fatiguer mutuellement , un malin Médicis et ses adhérons allèrent au scrutin qui , suivant l'usage, avait lieu tous 1rs jours , et volèrent |Hiur le cardinal Adrien d'L'trecht,qui , dans ce temps-là, gouvernait l'Espagne au nom de l'empereur. Leur but, en lui donnant leurs suffrages, n était que de gagner du temps ; mais le parti contraire s'étant aussitôt réuni ù eux , ils virent , à leur grand étonnement et A celui de toute l’Europe, un étranger, inconnu A l'Italie et A ceux même qui lui avaient donné leurs voix, ignorant entièrement les mu-urs du peuple et les intérêts de l'État dont on lui conférait le gouvernement, monter, par une élection unanime, sur le troue papal , dans la conjoncture la plus délicate et la plus critique, et qui aurait demandé toute la sagacité et toute l'expérience du plus habile prélat de tout le sacré collège. les cardinaux, incapables eux-mèines d'expliquer le motif de cet étrange choix qui , lorsqu’ils sortirent en procession du conclave, leur attira les insultes et les malédictions du peuple, l’attribuaient à l’inspiration immédiate du Saint-Esprit. Il est plus sûr de l’attribuer A l’influence de don Jean Manuel qui , par sou adresse et scs intrigues , sut faciliter l'élection d’un sujet dévoué au service de son maitre, par reconnaissance, par intérêt et par inclination *.
La promotion d'Adrien, en augmentant le
1 Gcr. Marinai, Fila Hadrumi ap. Carp. Burma n. in duale et. de ffadr., p. ii. Conclure Badr., ibid., P. Ht. etc.
crédit de Charles, répandit un nouvel éclat sur son administration. C'était donner une preuve extraordinaire de pouvoir et de magnificence que de procurer à son précepteur une Si belle récompense , et de placer sur le Irène de l’église un homme qui lui devait suh élévation. François vit avec toute la jalousie d’nn rival U supériorité que Charles gagnait sur lui , et résolut dé faire de nouveaux efforts pour lui arracher ses dernières conquêtes en Italie. Les Suisses, pour réparer en quelque sorte l’espèce d’affront qu’ils avaient fait au roi de France en retirant leurs troupes de son armée , démarche qui avait entraîné la perte du Milanais , lui permirent de lever dix milles hommes dans leurs pays ; Outre ce renfort, Lautrec reçut du rtii une petite somme d'argent qui le mit en état de tenir la campagne; et après avoir surpris ou emporté de vive force plusieurs places du Milanais, il s'avança à quelques milles de la capitale. L’armée des alliés n’était pas en état d’arrêter ses progrès; Moron , par ses artifices et par les déclamations populaires d’un moine fanatique qu’il dirigeait, réussit A inspirer aux habitans de Milan le zèle le plus violent contre le gouvernement français, au point de les déterminer à fournir des subsides extraordinaires; mais malgré ce secours. Colonne eût été bientôt forcé d’abandonner le poste avantageux qu’il avait choisi prés de Bicoque pour y établir son camp , et de congédier ses troupes faute d’argent , si les Suisses qui étaient au service de France ne l’eussent une seconde fois tiré d’embarras.
L’insolence et les caprices dè cette nation furent souvent aussi funestes A ses amis que sa valeur et sa discipline étaient formidables A ses ennemis. Il y avait plusieurs mois que les Suisses servaient sans recevoir de paye , et ils commençaient à s’en plaindre hautement. On avait envoyé de France , sous Une escorte de cavalerie , une somme destinée pour cet usage; mais Moron, a la vigilance duquel rien n'échappait, avait posté des troupes sur la route de ce convoi si avantageusement , que les cavaliers qui l’escortaient n’osèrent avancer. Les Suisses, en apprenant cette nouvelle, perdirent patience; officiers et soldats, tous s'attroupèrent autour de lautrec, et le menacèrent d’une commune voix de sc retirer dans l'instant même s’il ne voulait ou avancer la solde qui leur était due , ou leur
promettre de les mener an combat le lendemain. En vaih Lahtrcc leur représenta d'un côté l'impossibilité tiü il était de leür foire dés avances, de l’aütrc , lé danger de ddnner uhe bataille qU serait infailliblement suivie d'une déroute totale , attendu la force du camp ënrlcml que la nature et l’art avalent rendu presque inaccessible. Les Suisses, sourds à la vbix de la htisoii , et persuadés que lelir valeur suffisait pour surmonter tous les obstacles , renouvelèrent leurs demandes d'un Ion plus pressant , et s’offrirent dè former eux-mèrnes l’avant-garde , et de commencer l’attaque. Lautrec, voyant qu’il ne pouvait vaincre leur obstination, sc rendit à ieürs instances, espérant que peut-être tlh dè ces aCcidens imprévus qui décident Souvent du sort des combats pourrait Couronner cette entreprise téméraire par urt succès qu’il n’avalt pas lieu d’attendre; il sentait d'ailleurs qit’iine défaite ne pouvait guère lui être plus fatale que la retraite d’un Corps qui composait la moitié de son armée Le lendemain , les Suisses, au matin , étalent les premiers sur lé champ dè bataille, et marchèrent avec la plds grande intrépidité au câmp d’un ennemi qui était retranché de toutes parts, environné d’artillerie et bien disposé â les recevoir. Dans leur marche, ils soutinrent, avec la plus grande férmeté, une canonnade furieuse, et sans attendre l'arrivée de leur propre artillerie, ils se précipitèrent avec impétuosité sur les retranChemcns ; mais après avoir fiiîl des efforts incroyables dè valeur, vigoüreilseiiirnf secondés par les Français, Ils perdirent leurs plus braves officiers et leurs meilleures trOifpcs. Voyant qu'ils ne pouvaient entamer lecâmpdci ennemis, ils battirent la retraite; mais ils quittèrent le champ de bataille , repoussés et non |>as vaincus, et se retirèrent dans le plus bel ordre sans être inquiétés par l’ennemi.
Dès le jour suivant , ceux des Suisses qui avaient survécu à cette journée partirent pour leur pays; et Lautrec, hors d’état de tenir plus long-temps la campagne, revint en Franceaprês avoir jeté des garnisons dans Crémône et dans quelques autres places qui toutes furent bientôt obligés de se rendre à Colonne, il l’exception de la citadelle de Crémone.
Cependant Gènes et son territoire, qui restaient soumis A la France, donnaient encore à François un établissement considérable en Italie,
et le mettaient à portée d'exécuter facilement les plans qu'il pourrait former pour reconquérir le Milanais; mais Colonne, enhardi par cette suite de succès, excité d’ailleurs par les sollicitations de la faction desAdornrs, les ennemis héréditaires des Frégoses, qui, sous la protection de la Frauce , avaient la principale autorité dans Gènes, se détermina à tenter la réduction de cet état, et il en vint à bout avec une facilité surprenante. Un événement aussi inespéré que celui qui l'avait mis en ]K>ssession de Milan, le rendit maître de Gèues , et le pouvoir des Adornes, ainsi que l'autorité de l'empereur, s'établit dans Gènes presque sans opposition et sans effusion de sang
Cet enchaînement d'événemens malheureux ne pouvait manquer de porter dans l'Ame de François un sentiment douloureux , qu'aigrit encore l'arrivée imprévue d’un héraut anglais, qui vint au nom de son souverain déclarer en * forme la guerre à la France. Cette déclaration de guerre était l’effet du traité que Wolsey avait conclu à Bruges avec l'empereur , et qu'on avait tenu secret jusqu’alors. Quoique François eût lieu d'étre surpris de cette démarche, après toutes les peines qu'il s'était données pour conserver l’amitié de Henri et pour gagner son ministre, il reçut le héraut avec beaucoup de modération et de dignité 2 ; et sans renoncer à aucun des projets qu'il avait formés contre l'empereur, il fit de grands préparatifs pour se défendre contre ce nouvel ennemi. Comme son trésor était épuisé par les efforts qu’il avait déjà faits , et par les sommes considérables qu'il sacrifiait à ses plaisirs, il eut recours à des expédions extraordinaires pour y suppléer. Il créa de nouveaux offices , et les mit en vente : les domaines royaux furent aliénés ; on enleva au tombeau de saint Martin uuc balustrade d'argent massif, dont Louis XI, dans un de ses accès de dévotion, l’avait fait environner. Au moyen de ces ressources, le roi fut en état de lever une armée considérable , et de mettre ses villes frontières en fwn état de défense.
L’empereur, de son côté, ne négligea rien pour tirer avantage de la jonction d'un si puissant allié ; et l’heureuse situation de scs affaires
1 Jovius, yita Ferdin. Davali , pag. 344. Guicciard., lib. xiv, p. 233.
■ Journal de Louise de Savoie , p. 199.
lui permettant alors de partir pour l'Espagne, (mi sa présence était nécessaire, il voulut dans sa route faire une visite à la cour d'Angleterre. Il ne proposait pas seulement, dans celte entrevue, de resserrer les liens de l'amitié qui l’unissait à Henri, et de l'engager à pousser vigoureusement la guerre contre la France, il espérait encore foire oublier à Wolsey le dégotil cl le ressentiment qu'aurait pu lui laisser la mortification qu’il avait essuyée au dernier conclave. Son succès passa toutes ses espérances : Henri , dont la vanité fut flattée d une pareille visite et du respect étudié que l’emperrur lui marqua en toute occasion, rntra avec chaleur dans toutes ses vues. Le cardinal , prévoyant que l'âge avancé et les infirmités d’Adrien ne larderaient pas à produire une nouvelle vacance du saint siège , oublia ou dissimula son ressentiment ; Charles, d’ailleurs, auginrnta les pensions qu'il lui faisait, et lui promit de nouveau d'appuyer ses prétentions à la papauté; Wolsey chercha à mériter ses bienfaits par de nouveaux services , et assurer d’avance le succès de ses vues ambitieuses. La nation anglaise, qui partageait la gloire de son monarque, et qui fut ravie de la confiance que l’empereur lui marqua en choisissant le comte de Surrcy pour son premier amiral . ne montra pas moins d'ardeur que Henri Ini-mèine pour commencer les hostilités contre la France.
Afin de donner à Charles, avant son départ d'Angleterre, une preuve de ce zèle universel, Surrey se mit en mer avec ce qu'il avait de vaisseaux en état et ravagea les côtes de Normandie. Il fit ensuite une descente en Bretagne oft il pilla et hrôla Morlaix et quelques autres places moins considérables. Après ces petites excursions plus humiliantes que ruineuses pour la France, Surrey revint à Calais prendre le commandement de la principale armée, qui consistait en seize mille hommes, et s'étant joint aux troupes flamandes que commandait le comte de Buren, il entra en Picardie. L'armée que François avait assemblée était bien inférieure en nombre à tous ces corps réunis; mais les longues guerres que les deux nations s'élairnt faites avaient enfin enseigné aux Français la meilleure méthode de défendre leur pays contre les Anglais. Ils avaient appris par leurs malheurs à éviter avec le plus grand soin les batailles rangées, à traîner la guerre en Ion-
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gurur, cl à ruiner en détail les armées anglaises, soit en jetant des garnisons dans toutes les places qui pouvaient résister , soit en observant les mouvemens des ennemis, soit en interceptant leurs convois , soit en attaquant leurs postes avancés, et en les harcelant continuellement avec une nombreuse cavalerie. Tel fut le plan que le duc de Vendôme, général de l'armée française en Picardie, suivit avec autant de prudence que de succès. Surrey , sans avoir pu prendre aucune ville importante, fut obligé de se retirer avec son armée, considérablement diminuée par la fatigue, par le défaut de vivres et par les pertes qu'elle avait essuyées dans plusieurs escarmouches malheureuses.
Ainsi finit la seconde campagne de la guerre la plus générale qui eût encore été allumée dans l’Europe. Quoique François, par le ressentiment déplacé de sa mère, par l’insolence révoltante de son général et par le caprice des troupes étrangères qu'il soudoyait, eût perdu toutes ses conquêtes d’Italie, toutes les puissances combinées contre lui n'avaient cependant pu entamer ses états héréditaires ; et de quelque côté qu’ils portassent leurs vues ou leurs attaques, ils le trouvaient toujours disposé à les recevoir.
Tandis que les princes chrétiens consumaient leurs forces les uns contre les autres , Solimanle-Magnifique entra en Hongrie avec une nombreuse armée, investit Belgrade, qui avait toujours passé pour le plus fort boulevart de ce royaume contre les armes ottomanes, et força bientôt les assiégés de se rendre. Encouragé par ce succès , il tourna ses armes victorieuses contre l’ilc de Rhodes, où étaient alors établis les chevaliers de ! Saint-Jean de Jérusalem. Il attaqua cette lie avec une de ces années nombreuses qu’on a vu de tout temps les despotes de l’Asie rassembler pour leurs expéditions. Deux cent mille hommes et une flottcde quatre cents voiles vinrent se présenter devant une ville où il n'y avait que cinq mille soldats et six cents chevaliers commandés par Villiers de l'Ile-Adam, alors grand-maître , qui était digne par sa prudence et par sa valeur d’occuper ce poste dans une circonstance si périlleuse. Pès qu'il soup-
çonna la destination de l'armement formidable de Soliman , il dépêcha des courriers à toutes les puissances chrétiennes pour leur demander do secours contre l’ennemi commun. Mais quoique dans ce temps-là tous les princes de l'Europe reconnussent Rhodes pour le boulevart de la chrétienté dans l'Orient , et la bravoure de ses chevaliers pour le rempart le plus puissant qu'un pût opposer aux progrès des armes ottomanes: quoique Adrien, avec tout le zèle qui convenait au chef et au père de l'église, exhortât vivement les puissances belligérantes à oublier leurs querelles particulières et à réunir leurs armes pour empêcher les infidèles de détruire un ordre qui faisait la gloire du nom chrétien; l’animosité des deux partis était si grande et si implacable, que, sans faire attention au danger où l’Europe allait être ex|)oséc , sans être touchés des prières du grand-maître et des avis du pape, ils laissèrent Soliman continuer sans trouble srs opérations contre File de Rhodes. Après des prodiges incroyables de valeur, de patience et de conduite , pendant six mois de siège ; après avoir soutenu plusieurs assauts, disputé chaque poste l'un après l'autre avec une obstination extraordinaire, le grandmaître fut enfin obligé de céder au nombre, et ■ après avoir obtenu du sultan, qui admira et respecta son courage, une capitulation honorable, il rendit la ville, qui n'était plus qu’un amas de ruines, dépourvue de toute espèce de ressource *. Charles et François, honteux d’avoir causé une si grande perte à la chrétienté par les querelles de leur ambition, s'efforçaient d'en rejeter le blâme l'un sur l'autre; mais l'Europe, plus juste, le leur fit partager à tous deux. L'empereur, par forme de réparation, fit don aux chevaliers de Saint-Jean de la petite Ile de Malte , où ils ont fixé depuis leur résidence . et où, avec moins de puissance et d'éclat, ils conservent encore leur antique courage et leur haine implacable contre les infidèles.
■ Fontanus , de Bello rhodio , apud Srnrdium , scriptor. rcr. germ ., vot. 11, p. 88, etc. Le F. barre, /tût. d'Jllem ., tom. Vlll, p. 57
1 Saudov., p. 77.