‹ Œuvres complètes de W. Robertson précédées d'une noticeChapitre 62 sur 73 · IG APPENDICE DE · texte numérisé non relu

IG APPENDICE DE

de M. de La Caille, corrigées par les calculs de M. de La Grange, l-e lieu de la lune , dans les mêmes tables, |M>ur la même époque, diffère seulement de 37 minutes des tables de Mayer. Les tables de Ptolémée, pour celte époque , ne s'écartent pas de moins de dix degrés par rapport au lieu du soleil, et de onze degrés par rapport à celui de la lune. L'accélération du mouvement de la lune, en comptant du commencement du Caliougham jusqu'au temps présent, s'accorde, dans les tables indiennes, avec celles de Mayer à une minute pris. L’inégalité du mouvement du soleil et l'obliquité de l'écliptique, qui étaient l’une et l'autre plus grandes dans les premiers siècles qu'aqjourd'hui , telles qu elles sont représentées dans les tables de Tirvalour, sont presque de la quantité précise que la théorie de la gravitation leur assigne : savoir, de trois mille ans avant l’ère chrétienne. C'est donc pour ces siècles tris reculés, à cinq mille ans de distance environ du nôtre, que leur astronomie est très exacte; et plus nous approchons de nos temps, plus la conformité de leurs résultats avec les nôtres diminue. 11 parait raisonnable de supposer que le temps où leurs règles sont le plus exactes , est le temps où furrnt faites les observations sur lesquelles ces règles sont fondées.

A l’appui de cette conclusion , M. Bailly soutient qu'aucun de tous les systèmes astronomiques de la Grèce , de la Perse et de la Tartarie, de quelques-uns desquels on pourrait soupçonner que les tables indiennes ont été copiées, ne peut s'accorder avec elles, particulièrement lorsque nous portons nos calculs dans des siècles très éloignés. La grande perfection des tables indiennes devient toujours plus frappante à mesure que nous remontons dans l’antiquité. Ceci montre aussi combien il est difficile de construire des tables astronomiques qui s'accordent avec l’état des deux [tour une période si éloignée du temps où ces tables furent construites, comme de quatre ou cinq mille ans. C'est seulement de l'astronomie dans son état plus perfectionné, tel qu'on y est parvenu dans l'Europe moderne , que l’on doit attendre une telle exactitude.

Quand on essaie d’apprécier l'habileté géométrique nécessaire à la construction des tables et des règles indiennes, on voit quelle est très

considérable; outre la connaissance de la géométrie élémentaire, on a été obligé de recourir à la trigonométrie sphérique et recLiligne, ou à quelque cliose d'équivalent , avec certaines méthodes d'approximation pour les quantités des grandeurs géométriques, qui paraissent s'élever bien au-delà des élémens de chacune de ces sciences. Quelques-unes de ces dernières méthodes marquent aussi très clairement ( observation qui a échappé à M. Bailly) que les lieux auxquels ces tables sont adaptées doivent être situés entre les tropiques, parce quelles sont absolument inapplicables à une plus grande distance de l'équateur.

La conclusion qui semble résulter d’abord de cette lougue induction , est que l'astronomie indienne est fondée sur les observations qui ont été faites dans un temps très ancien , et quand nous considérons l’exacte conformité des lieux qu'ils assignent au soleil et à la lune et aux autres corps célestes, à cette époque, avec celles qui résultent des tables de MM. de la Caille et Mayer, elle confirme d'une manière frappante la vérité de la thèse que j'ai entrepris d'elablir , concernant l’antiquité et la perfection de la civilisation dans l’Inde.

Avant que je quitte ce sujet , il y a une circonstance qui mérite une attention particulière. Toute la connaissance que nous avons acquise jusqu’à ce jour des principes et des résultats de l'astronomie indienne, vient de la partie méridionale du Carnalique, et les tables sont adaptées aux lieux situés entre le méridien du cap Comorin , et celui qui traverse la partie orientale du Ccylan *. Les bramines, dans le Camatique, reconnaissent que leur science de l’astronomie venait du nord, et que leur méthode de calcul est appelée fakiam , ou nouvelle , pour la distinguer du siddantam , ou de l’ancienne méthode établie à Bénarès, qu'ils avouent être beaucoup plus parfaite; et nous apprrnons d'Aboul Fazel, que tous les astronomes de l'Indostan sereposent entièrement sur les préceptes renfermés dans un livre appelé Soorei Surfilant, composé à une époque très reculée2. C’est manifestement de ce livre qu’est prise la méthode à laquelle les bramines du sud ont donné le nom de siddantam. Bénarès a été detemps immémorial l’Athènes de l’Inde , la rési-

1 Bailly, Oise, prélim., p. Ï7. — 1 Aveeti Akbery, p. B

SUR L’INDE ANCIENNE

dence des bramines les pins éclairés, et en même temps le séjour de la science et de la littérature. 11 est très probable qu'on y retrouverait encore tout ce qui reste de l'ancienne science astronomique et des découvertes des brainines 1 dans un siècle et citez une nation éclairée et durant un règne distingué par une succession d'entreprises les plus éclatantes et les plus heureuses pour étendre la connaissance de la nature; c’est un objet digne de l'attention publique que de prendre des mesures pour obtenir la possession de tout ce que le temps à respecté de la philosophie et des inventions des peuples de l'orient les plus anciennement et les mieux civilisés. C'est avec des avantages particuliers que la Grande-Bretagne peut s'engager dans celte louable entreprise. Bénarès est sous sa domination; la confiance des bramines a été obtenue au point de les rendre communicatifs; quelquesuns de nos concitoyens sont familiers avec cette langue sacrée, dans laquelle sont écrits les ' mystères et de la religion et de la science; le mouvement et l'activité ont été donnés à l'esprit de recherche dans tous les établissemens anglais dans l’Inde. Ceux qui ont visité cette contrée avec d'antres vues, quoique engagés dans des occupations d'une espèce très différente . poursuivent maintenant avec ardeur et avec succès les recherches littéraires et scientifiques. L'administration de l’empire anglais n’aurait donc plus qu’j charger de ce travail quelqu'un capable par ses talcns et son zèle de rechercher avec soin et d'expliquer les parties les plus abstraites de la philosophie indienne , en dévouant tout son temps à cet important objet. Ainsi , l'Angleterre pourrait se procurer la gloire d'examiner plei- : nement ce vaste champ de science inconnue, que les académiciens français ont eu le mérite d'ouvrir les premiers aux peuples de l'Europe2.

VI. La dernière preuve évidente que je rapporterai de l’ancienne et grande civilisation des Indiens, est déduite de la considération de leurs opinions cl de leurs pratiques religieuses. Les

■ M. Bcrnier, dans l'année 1668, vit à Bénarès une grande salle remplie de livres des philosophes indiens, ' des physiciens et des poètes.

a ti.ms tes éditices publics de l'Inde nous trouvons des preuves et des innnumrns du progrès des brantines dans les sciences, particulièrement de leur application .1 l’astronomie. Leur religion enjoint que les quatre cotés d’une pagode regardent les quatre poiuls cardinaux

institutions religieuses, publiquement établies dans toutes ces vastes contrées qui s'étendent depuis les rives de l'Indus jusqu’au cap Comorin , offrent à la vue un aspect presque semblable. Elles forment un système complet et régulier de superstitions, fortifié et soutenu de tout ce qui peut exciter le respect et assurer l’attachement du peuple. Les temples consacrés à leurs divinités sont magnifiques et ornés non-seulement de riches offrandes, mais des ouvrages les plus exquis en peinture et en sculpture que les artistes tes plus estimés parmi eux soient capables d’exécuter. Les cérémonies de leur culte sont pompeuses et brillantes ; et on ne les employé pas seulement dans toutes les transactions de la vie commune , mais elles en constituent encore une partie essentielle. Les bramines qui , comme ministres de la religion, président i toutes ses fonctions , sont élevés au-dessus de tous les autres ordres de citoyens par une origine ,

Pour le faire avec exactitude il» emploient uoe méthode décrite par M. Le Gentil, et qui annonce un degré considérable de science. Il examina soigneusement la position d'une de leurs pagodes , et il la trouva parfaitement exacte. ( Voy. tom. I , pag. 133. ) Comme plusieurs de leurs pagodes sont fort anciennes ; ils doivent avoir atteint de bonne heurela portion de connaissance nécessaire pour les disposer convenablement. Les douze signet du zodiaque sont souvent dessinés sur les plafonds des eboultrieset des autres édiBces anciens, et il est très probable, par ta ressemblance de ses dessins avec ceux que l’on emploie généralement aujourd’hui , que la connaissance de ces symboles arbitraires remit de l’orient. Le colonel Call a publié un dessin des signes du zodiaque, trouvé sur le pltfond d’une choultrie à Verdtpetlah, dans la contrée de Madura. (Phil. tramart., rot. LX1I , p. 353 ). J'ai en ma possession un dessin différent du sien en quelques-unes des figures, mais je ne puis dire en quel lieu particulier on l'a trouvé. M. Robert Barker décrit un observatoire à Bénaré» qu’il visita en 1772. Il y trouva des instrumens astronomiques de dimensions irès grandes et construits avec beaucoup d'industrie et d'babtleté. Il en a publié tous les dessins ( Phil. tramai t , vol. LXVI1, pag. 598.) Selon la tradition, cet observatoire fut bâti par l’empereur Akber. L’examen de M. Robert fut fait à la bâte. Cet observatoire mérite une inspection plus attentive pour déterminer s’il fut roustruit par Akber, ou élevé dans quelque période plus éloigné. M. Robert insinue que les bramines seuls, qui entendaient le sanskrit, et qui pouvaient consulter les tables astronomique» écrites dan» cette langue, étaient capable» de calculer les éclipse». Le père Tiessenlhaler décrit très légèrement deux observatoire» munis d’instnnnen» d’une grandeur extraordinaire, ft Jepour et â Ougein, dans la contrée de Malva (Bernoutlli, tom. I, pag. 316, 317), mais ce fcoot de» édifice» modernes.

APPENDICE DES RECHERCHES

estimée non-seulement la plus noble , niais re- j connue comme sacrée. Ils ont établi parmi eux ! une hiérarchie régulière et une gradation de rangs qui, en assurant la prééminence b leur ordre, ajoute du poid? à leur autorité , et leur donne un empire absolu sur l'esprit du peuple. Cet empire, ils le soutiennent par l'administration des immenses revenus dont la libéralité des princes et le zèle drs pèlerins et des dévots ont ènrichi leurs pagodes

ie suis loin de vouloir entrer dans tous les détails de ce système compliqué de superstition. Pour dénombrer la multitude des divinités qui sont des objets d'adoration dans l'Inde: pour décrire la splendeur du culte dans les pagodes et l’immense variété des rites et des cérémonies; pour raconter les attributs divers et les fonctions que l’adresse des prêtre? , ou la crédulité du peuple. ont donnés b leurs divinités, surtout s'il fallait accompagner tout cela de l’examen des spéculations nombreuses et souvent fantastiques et des |h|H|rips des lettrés sur ce sujet, il faudrait un ouvrage d'une grande étendue. Je me bornerai donc sur ceci, comme sur quelques-uns des premjers chapitre?, au point précis que j'ai eu constamment en vue ; et eq copsidéraut l'état de la religion dans l'Inde , je n'entreprrudrai pas seulement de jeter un nouveau jour sur l'état de civilisation où était ce pays; mais je me Halle qu’en même temps je serai en état de donner ce que l’on peut considérer comme une esquisse et un précis de l'histoire et des progrès de la superstition et de la fausse religion dans chaque région dr la terre.

I. Nous pouvons observer que , dans chaque contrée, la mythologie reçue, ou le système de croyance superstitieuse, avec tous les rites et les cérémonies qu'elle prescrit, est toujours formée dans l'enfance des sociétés, dans des temps grossiers et barbares. I.a religion diffère de la superstition autant par son origine que par sa nature. La première est le produit de la raison perfectionnée par la science; c'est dans les siècles de lumières qu’elle atteint à la perfection. L'ignorance et la crainte donnent naissance b la seconde; et p’est toujours dans les temps d ignorance qu’elle acquiert sa plus grande vigueur. Cette nombreuse portion de l'espèce humaine

1 Roger, Porte ouverte, p. 39, 209, etc

■ dont le travail est le partage, dont la principale et presque |a seule occupation est de sc procurer sa subsistance, n'a ni le loisir ni les moycus d'entrer dans ces routes de spéculations abstraites et subtiles qui conduisent à la connaissance de la religion rationnelle. Quand les, pouvoirs intellectuels commencent seulement b se développer, rt que leurs premiers et faibles efforts sont dirigés vers un petit nombre d'oiùets de première nécessité, quand les facultés de l'esprit sont encore trop limitées pour pouvoir former des idées générales et abstraites ; quand le langage est eucore si pauvre qu’il manque de termes |xiur désigner tout ce qui ne tombe pas sous 1rs sens, il serait étrange d'attendre des hommes qu'ils fussent en état de démêler les relations entre les effets cl leurs causes, ttu de supposer qu'ils pourraient s'élever de |q contemplation des effets b la découverte drs causes, et sc former de justes conceptions d'un être suprême , comme créateur et gouverneur de l'univers. L’idée de Créateur es| devenue si familière, partout où l'esprit s'csl étendu par la science et éclairé par la révélation, que nous concevons difficilement combien çcttç idée est profonde et abstraite, et que nous considérons peu quels progrès l'homme doit avoir faits dans VolKrf ration, avant d'arriver à une connaissance distincte de ce principe élémentaire de la religion. Mais même dans ce premier étal d'ignorance, l'esprit humain, formé pour la religion , est disposé il recevoir des idées qui . lorsqu’elles sont cii'iiilc réformées et raffinées , deviennent une grande source de consolation dans les calamités de la vie. Ces notions cependant sont d'abord peu distinctes et embarrassées, et semblent plutôt suggérées par la crainte du mal qu'on redoute , que par la reconnaissance des biens qu'on a reçus.

Tandis que la nature suit sou cours avec upc constante et uniforme régularité , les hotiynrs jouissent des bienfaits qui en résultent, sans s'embarrasser d'en rechercher la cause . mais lu moindre déviation de ccl ordre régulier cx< jtc leur attention et leur étonnrmeni. Lorsqu'il survient des événement auxquels ils ne sont point accoutumés, iis en cherchent les cattscs avec une active curiqsilé. LeurcsprU est suuvcut incapable de les découvrir; mais l'imagina lion, qui est une faculté plus ardente et plus présomptueuse. décide alors fans hésiter. F.llc attri-

SUR L’INDE

bue à l'influence d’êtres invisibles les phénomènes extraordinaires de la nature, et suppose que le tonnerre, les ouragans, les tremblemens de terre, sont l’effet immédiat de cette influence. Alarmés de ces fléaux , exposés en même temps A des malheurs et A des dangers inévitables dans un état de société non encore civilisé, les hnuunrs vont chercher une protection dans un pouvoir au-dessus de l’humain. Il est certain que les premières pratiques ou cérémonies qui ont quelque rapport avec des actes de religion ont eu pour objet de détourner des malts qu'ils souffraient ou qu'ils redoutaient

11. Comme, dans tous Us pays, la superstition et la fausse religion ont leur source A peu prés dans les mêmes senlimens et les mêmes craitites. ces êtres invisibles, qui sont les premiers objets de la vénération des hommes, ont partout une grande ressemblance. I.a conception d'une intelligence supérieure , capable de disposer et de diriger les diverses opérations de la nature, semble être fort au-dessus des facultés de l'homme dans les premiers degrés de scs progrès. Ses théories, plus conformes à la sphère luirnée de son observation, ne sout pas si raffinées. Il suppose que chaque eflèl remarquable a une cause distincte, et il attribue A une puissance séparée chaque événement qui attire son attention ou excite sa terreur. Il imagine qu'il y a une divinité dont l'emploi est de diriger le tonnerre , et de faire tomber avec un bruit effrayant la fondre irrésistible sur la tète du coupable: qu'une autre divinité, portée sur un tourbillon, élève ou calme A son gré les tempêtes; qu'une troisième règne sur l’Océan: qu'une quatrième préside aux batailles: que, tandis que des esprits malfaisans répandent la semence de la discorde et de l'animosité, et allument dans le sein des hommes ces passions violentes qui donnent naissance A la pierre et se terminent par la destruction , d'autres, d’une nature plus bénigne, inspirent au genre humain la bienveillance et l'amour, resserrent les niruds de l'union sociale, en augmentent le bonheur, et multiplient le nombre des hommes.

Sans entrer dans de plus grands détails, sans «Bayer de rappeler la multitude infinie de ces lis inilés auxquelles l’imagination ou la crainte

* bans mon Histoire de l' Amérique, j’ ai exposé à peu près les mêmes idée» sur l'origine dej Fausses religions

ANCIENNE. qiQ

ont assigné la direction des divers départemens de la nature , il est aisé de reconnaître une fr;q>pantc conformité de traits dans les systèmes de superstition , établis spr toutes les parties de la terre. Moins les hommes se sont éloignés d<’ l'état sauvage, moins ils ont en de connaissance, des opérai ions de la nature, moins la liste de leursdivinités a été nombreusc,et plus leur symhole ftiéolngique a été resserré. Mais leur esprit s'étant ouvert par degrés, et leurs connaissances continuant A s'étendre , les objets de leur vénération se sont multipliés , et les articles de leur foi sont devenus plus nombreux. Ce progrès a été remarquable parmi les Grecs en Europe et les Indiens en Asie, ces deux peuples qui, dans ces grandes divisions du globe, ont été le plus anciennement civilisés, et sur lesquels, pour ce motif, je bornerai mes observations. Ils croyaient qu’une divinité particulière présidait A tous les mouvemens du monde physique et A toutes les fonctions de la vie domestique et civile des hommes, même aux plus indifférentes et aux plus triviales. i.a manière dont ils distribuaient les départemens de ces puissances surveillantes et les fonctions qu'ils assignaient A chacune étaient, A beaucoup d'égards, les mêmes chez ces deux peuples. Ce qui était supposé, dans la mythologie occidentale , exécuté par le pouvoir de Jupiter, de Neptune, d'fiole, de Mars.de Vénus, est attribué dans l’orient A l’influence d'Agtiée . le dieu du feu ; de Varoun , le dieu des mers; de Vayou , le dieu du vent 1 ; de Cama , le dieu de l'amour, et de plusieurs autres divinités.

L'ignorance et la crédulité humaine ayant aiusi peuplé les vieux d'êtres imaginaires, on leur attribua les qualités et les actions qui paraissent conformes à leur caractère et A leurs fondions. Cest un des bienfaits de la vraie religion , qu'm présentant aux hommes un modèle d'excellence parfaite, qu'ils devaient avoir continuellement sous les yeux et s'efforcer d'imiter , on peut dire qu'elle a fait descendre du ciel la vertu sur la terre, pour former l’Ame humaine sur un modèle divin. Dans la composition des systèmes de fausse religion, le prorédé a été précisément le contraire, l/hommc attribue A ces êtres qu'il a déifiés les actions qu'il admire et loue 'luimème. Les qualités de ces dieux, qui sont l'ob-

* fiafthonl-Heetn, p.04.

APPENDICE DES RECHERCHES

jet du culte, sont copiées sur celles de leurs adorateurs ; ainsi l’on a introduit dans le ciel les imperfections particulières à l'espèce humaine. En connaissant les attributs et les aventures d'une fausse divinité, on peut prononcer avec quelque certitude quel était l'état des mœurs et de la civilisation des hommes qui l'ont élevée à cette dignité. La mythologie des Grecs indique clairement le caractère du siècle où elle s’est formée. Ce n’a pu être que dans des temps de licence, d’anarchie, de férocité, qu’on a pu supposer des divinités de la plus haute classe capables de se livrer à des passions, ou de se permettre des actions, qui, dans des temps plus éclairés , auraient été regardées comme déshonorantes pour la nature, humaine; lorsque la (erre était encore infestée de monstres destructeurs, lorsque les sociétés, sous des formes de gouvernement trop faibles pour leur accorder protection, étaient exposées aux déprédations des brigands, c’est alors seulement que les célèbres exploits d’Hcrcule , qui l’ont fiait élever de la terre au ciel , ont pu être nécessaires, et obtenir un si haut degré de gloire. La même observation s'applique à l'ancienne mythologie de l'Inde. Plusieurs des aventures et des exploits des divinités indiennes ne conviennent qu’à des temps grossiers de violence et de rapine. Ce fut pour réprimer le désordre, pour redresser les torts, pour délivrer la terre d’oppresseurs puissans, que Vishnou, divinité du premier rang, s’est, dit-on, incarné plusieurs fois, et a paru sur la terre sous différentes formes III. Le caractère et les fonctions de ces divinités que la superstition se créa pour en faire les objets de sa vénération ayant partout beaucoup de conformité, les rites du culte se ressemblèrent aussi partout. Selon que ces divinités s'étaient distinguées ou par la férocité de leur caractère ou la licence de leurs mœurs . on juge de la nature des services qui doivent leur être le plus agréables. Pour se concilier la faveur ou apaiser la colère des premières, on imagina les jeûnes, les mortifications , les pénitences les plus rigoureuses ; leurs autels étaient toujours baignés de sang; les victimes les plus précieuses étaient immolées ; les sacrifices humains ne furent pas inconnus , ils étaient même regardés comme les plus puissantes expiations.

1 Voyage de Sonnerai , I. 1, p. 158, etc.

Pour obtenir la bienveillance des divinités de la seconde classe , on eut recours à des institutions d’un autre genre , à des cérémonies pompeuses , à des fêtes brillantes et gaies, relevées par tous les charmes de la poésie, de la musique et de la danse, mais terminées souvent par des scènes d’une licence trop indécente pour en permettre la description. Les rites des religions grecque et romaine , offrent une multitude d'exemples de ces diverses pratiques, que je n’ai pas besoin de rappeler aux lecteurs instruits '.

Le cérémonial de la superstition fut à peu près le même dans l’orient. Les mœurs des Indiens, quoiqu’elles fussent, depuis le tems où elles furent connues des peuples de l'occident , distinguées pour leur douceur, semblent avoir été , dans des temps plus reculés, semblables à celles des autres nations. Plusieurs de leurs divinités étaient supposées d’un naturel sévère et farouche , et étaient représentées daus leurs temples sous des formes redoutables. Si nous ne connaissions pas l’empire de la superstition sur l'esprit humain, nous aurions de la peine à croire qu’un culte approprié au caractère de semblables divinités eût jamais pu s’établirchez un peuple de mœurs douces. Tous les actes de religion par lesquels ils honoraient leurs dieux semblent avoir été prescrits par la crainte; ils s’imposèrent des pénitences mullipliées , si rigoureuses, si cruelles et si prolongées, qu’ou n’en peut lire lesadétails sans étonnement et sans horreur. Quelque répugnance que montrassent les Indiens à répandre le sang d’aucune créature vivante , plusieurs animaux , même les plus utiles, tels que lecheval et la vache, étaient offerts en sacrifice sur les autels de quelquesunes de leurs divinités 1 ; et ce qni est encore plus étrange, les pagodes de l'orient furent souillées de sacrifices humains 1 , comme les temples de l’occident. Cependant des institutions religieuses et des cérémonies d'un genre moins sévère étaient mieux adaptées au génie d'un peuple que son extrême sensibilité, et physique et morale . disposait à un amour immodéré du plaisir. Dans aucune partie de la terre, il n’y a eu une connexion entre la salis-

1 Strabo, lit», vin, p. 581. A., lib. xu, p. M7 , C.

• Ayeen Akbery, vol. 111, p. 341. — Rofler, Polie ouverte , p. 251 .

1 iïito-Padés , p. 125, 322 .^Recherches asiatiques , p. 2H6. — bonnrrat, vol. I, p. 207. — Rouer, p. 251.

SUR L’INDE

faction des appétits sensuels et les rites de la religion publique plus ouvertement et plus indécemment établie que dans l'Inde. On voyait dans chaque pagode un certain nombre de femmes consacrées spécialement au service de l'idole qu’on y adorait, et vouées dès leurs plus jeunes années à une vie de plaisir. Les bramines les y préparaient par une éducation qui ajoutait à leurs charmes naturels tant d’agrémens acquis, que le produit de leur prostitution formait un revenu considérable. Dans toutes les cérémonies exécutées dans les pagodes, ainsi que dans toutes les processions , l’office de ces femmes était de danser devant l’idole et de chanter des hymnes à sa louange ? et il est difficile de dire si elles outrageaient plus la décence par leurs gestes ou par les vers qu’elles récitaient. Les murs des pagodes étaient couverts de peintures * non moins liceucieusrs ; et dans l'intérieur du temple , qu'il y aurait de la profanation à appeler le sanctuaire, était placé le lingam , emblème de la puissance productive, trop grossier pour être susceptible d'explication *.

IV. Quelque absurdes que pussent être les dogmes établis par la superstition, quelque indécetts que fussent les rites qn'elie prescrivait , les premiers furent adoptés sans objection dans tous les âges et dans tous les pays , par les peuples en masse; et les seconds furent observés avec la plus scrupuleuse exactitude.

En raisonnant sur des opinions et des pratiques religieuses qui diffèrent beaucoup des nôtres, nous sommes exposés à tomber dans de grandes erreurs. Élevés , comme nous le sommes , dans les principes d’une religion digne en tout de la divine sagesse dont elle est l’ouvrage , nous nous étonnons de l’aveuglement des nations livrées à une croyance qui répugne à la saine raison , et nous les soupçonnons quelquefois de ne pas révérer en secret les objets de leur culte extravagant. Cependant l'expérience doit nous prouver que notre étonnement ni nos soupçons ne sont fondés. Les anciens babitans de l'Europe que l'histoire nous a fait le mieux connaître n’ont jamais élevé le moindre doute sur la religion, ni n’ont condamné les pratiques que cette religion prescrivait. De même ,

1 Voyage de Le Gentil, vol I, p. 241, 260. — Préface du Code des lois des Gentous , p. 57

■ Rouer, Porte ouo., p. 157. — Sonnerai, v. I, p 11 , 175. i'kelchcs, p. 168. Voyage d'J/amilton, v. I, p. 379.

chez les Grecs et chez les Romains, toute opinion qui tendait à diminuer le respect pour les dieux du pays ,ou ù écarter de leur culte .excitait une indignation qui montrait combien ces peuples étaient sincèrement attachés à leur religion.

Le zèle des Indiens, anciens et modernes, pour les rites et les préceptes qu'ils tiennent de leurs pères , est peut-être encore plus grand. 11 n’y a point de pays oê l'on ait pris plus de précautions pour empêcher le peuple de se livrer au doute et à l’incrédulité. Non-seulement la foule, dont la vie est très laborieuse, n'a pas le temps, là plus qu'ailleurs, de s'occuper de recherches spéculatives; mais il lui est même expressément défendu d'étendre ses connaissances. Si un Indien de la caste de Souder, la plus nombreuse , sans contredit . des quatre grandes castes qui forment la nation, est soupçonné de lire quelque partie des livres sacrés , où toute la science de l’Inde se trouve renfermée , ou l’en punit sévèrement; et s'il en retient quelque chose de mémoire, on lui donne la mort '. Le désir d’en apprendre plus que les bramines ne jugent à propos d'enseigner, est taxé d’orgueil, même d'impiété. Les castes les plus relevées n'ont pas à cet égard des privilèges plus étendus : il faut qu’elles se bornent à l’instruction que les bramines daignent leur communiquer. Aussi une vénération profonde est universellement accordée par les Indiens à des institutions qu’ils regardent comme sacrées ; et quoique les mahométans 2 qui les ont conquis aient souvent essayé de leur faire abandonner leur antique religion , ils n’ont jamais pu y réussir.

V. Nous devons remarquer que dans tous les pays où les sciences et la philosophie font des progrès , la superstition est bientôt attaquée, et perd insensiblement de son influence. Un examen libre est toujours favorable à la vérité et funeste à l’erreur. Ce qui avait été adopté avec respect dans des temps d’ignorance excite le mépris et l'indignation , quand les esprits sont éclairés. Cette vérité nous est confirmée par ce qu'a éprouvé l’ancienne religion de la Grèce et de l'Italie , les seules contrées de l'Europe où les sciences aient jadis été cultivées.

Dès que les progrès de ces sciences rendirent les Grecs capables de connaître qu’une sagesse

’ Code des Gênions, chap. wi, $ vu.

* fragment d'Orme , p. 102. — Sonnerai , v. I, p 19 i.

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birnfaisante et (ouïe puissante avait créé le monde , le conservait et le gouvernait , ils durent sentir que le caractère immoral des divinités offertes à leur vénération dans les temples ne permettait pas de regarder ces divinités minute les puissances qui régissaient la nature. Un poète pouvait chanter Jupiter comme le père des dieux et des hommes ; mais un philosophe devait avoir en horreur le fils de Saturne, dont l'histoire h'offrait qu'un tissu d'actions licencieuses et criminelles, capables de déshonorer le dernier des mortels. Le culte célébré dans les temples était aussi révoltant pour les Grecs éclairés que les vices des dieux auxquels ce culte était rendu. Au lieu de pratiques respectnhles pour fortifier l ame dans l'amour de la vertu Ct lui faire sentir toute sa dignité , on n'occupait le peuple que de cérémonies superstitieuses , dé vœux frivoles, de rites licencieux, propres à enflammer les passions et à corrompre le cirur.

Ce n'est , cependant, qu'avec précaution, avec crainte même , que les hommes se hasardent J attaquer la religion de leur pays et des opinions consacrées |>ar le temps. D'abord les philosophes essayèrent de déitontrerque la mythologie vulgaire n'était qh’nn emblème des puissances de la nature ct des révolutions opérées dans le système du monde matériel; ct par-là ils excusaient un peu l’absurdité de cette mythologie. Ensuite une théorie plus hardie pénétra dans les écoles. Des sages , dont les idées étaient grandes et élevées , s'indignèrent de l'impiété des superslitious populaires , et se montrèrent pénétrés delà perfection del'Êiresuprémc quia créé l’un!vers, aillant qu'il soit possible à l’esprit humain de sentir par lui -mimé cette perfection.

Si nous passons d'Europe en Asie, nous verrons que tout ce que j'ai remarqué sur l'histoire de la religion d’une de ces contrées peut s'appliquer à faiitre. Dans l’Inde , comme dans la Grèce , l’étiidè des sciences a ntii à la superstition ; et quand nous considérons l’extrême différence qui sc trouve entre la constitution ecclôïiasfiqué, si fose me servir de cette expression , de l’une de ces contrées et celle de l’autre, nous sommes portés à croire que la dernière a offert un plus vasic champ à l'examen que la première.

l^es Grecs n'avaient pas pour ministres de leur religion . gardiens de leurs rites sacrés, une

seide race d'hommes, une caste particulière; mais parmi les Indiens, les bramines ont seuls le droit de présider au cube des dieux et de rendre le ciel propice , ou de détourner sa colère. Ce privilège leur donne un ascendant prodigieux sur le peuple : aussi leur intérêt , leur honneur, l'ambition de maintenir le pouvoir de leur ordre, tout ce qui peut enfin émouvoir le acur humain , leur fait un devoir de conserver leurs institutions.

Cependant les principaux brames , ayant consacré leur vie à l'élude , firent , ainsi que je l’ai déjà rapporté, d'assez grands progrès dans les sciences pour se former uné juste idée du vrai système du monde et de la sagesse toute-puissanle qui le gouverne. Elevés dès iors au-dessus des superstitions vulgaires, ils reconnurent et adorèrent un Élre suprême, qu'ils appelèrent, ■de Créateur de toutes choses, ct dont toutes «choses dépendent *. »

Telle est, au moins, l'idée que nous donne desbrainines Aboui-Fazel, qui a long-temps étudié leur théologie. «Tous les bramines, dit-il, «croient à un seul Dieu; et s'ils révèrent des « images dans leurs temples, ce n’est que parce «que ces images représentent des êtres célestes, «et quelles sont propres;! captiver leurs idées2, s Les Européens les plus sages qui ont voyagé dans l'Iode, sont d'accord avec Aboul-Fazel. C'est à cela seulement que se home ce que Bcrnicr apprit des bramines dn collège de Bénarès3. M. Wilkins, plus capable peut-être de porter un jugement sur cela que les autres observateurs, représente les principaux bramines de mis jours comme des (liéisles, c’est-à-dire des adorateurs d’un seul Dieu4; et enfin M. Sonnerai, qui a passé sept ans dans l'Inde pour étudier les mœurs , les sciences et la religion des Indiens , noos dit5; «Que les bramines qui ont traduit le «code des Gentous déclarent qu’un Etre su- «prème a, par sa seule puissance, formé tous «Irs ètres du monde matériel, soit animaux, soit «végétaux, et les a tirés des quatre élémens, le « fou , l'eau , l'air et la terre , pour servir d’orne- * ment au grahd magasin de la création : qu'en

1 Baghval-Gccta , p. 81.

■ Ayeen-Akberry. vol. III, p. 3.

• Voyage, ton». Il, p. 1.99.

4 Préface du Bagfiial-Ccetrt, j*. *21.

‘ Voyage, toin. I. p. lîHJ.

SIR LINDE

a même temps soit extrême bienfaisance a fait ode l'homme le centre de toutes connaissances ,

• et luiadonilê l'autorité sur les créatures , et un

• empire absolu sur toute l'étendue de la terre *. »

| Qu'on ne croie point que ces idées sont un i affinement de nos temps modernes. Les brandîtes sont trop loin de pouvoir faire aujourd’hui quelques pas dans les sciences. I.es vainqueurs mahoméfatls qui les ont soumis, les regardant comme les seuls dé|>ositaires de la religion indienne , se sont attaches à les opprimer. Cette caste infortunée n'a pas moins perdu en taleus qu’en pouvoir. Tout ce qu’ëllc sait i présent , elle le puise dans les écrits de ses ancêtres ; et la sagesse . qui la rend encore célèbre, lui est transmise de la (dus haute antiquité.

Nous pouvons affirmer tout ce que nous venons de dire sur lés mystères clé la théologie indienne. Ces mystères , dérbbés avèc soin aux yeux du peuple, ont enfin été dévoilés quand on les a traduits de la langue sanskrite ël qu'on ën a publié récemment la traductidn. te BÔJi^at- (ieela n'est qu'un épisode du lf/j/«iè«ra/ poème très ancien et très respecte dans l’Inde; et ce Rag/wat-GenUi semble avoir été composé dans le seul dessein d’établir la doctrine de l’unité de Dieu, d'étudier sa nature, et de donner une idée du culte qui convient à cet être parfait. Parmi des discussions d’une métaphysique obscure, on trouve, dans cet ouvrage, quelques traits d’imagination étrangers S notre goût , et quelques pensées d'une sublimité bien au-dessus de tout ce que nous sommes dans l’habitude de concevoir J. Nous y voyons des descriptions de l’Etre suprême aussi belles, aussi (tompeuses que celles des philosophes grecs les plus vantés. Je vais en transcrire une dont j'ai déjà fait mention , et je prie mes lecteurs de voir les autrrs dans l’ouvrage même. « Être éternel et tout-puls- .1 saut . dit Arjoon, tu es le créateur de tout, le

• dieu des dieux, le conservateur du monde.

• Ton être est incorruptible et distinct de tontes

• les choses passagères. Tu es avant tous les autres dieux; lu es l’ancien Pourvuih *, et le

• sublime appui de l'univers. Tu connais tout,

• et tu es digne d'élre connu. Tu es la source

’ Pitrourx préliminaire , dti tnÊme . p. 78.

• Lettre de M. Ita'tinft*, imprimée dan* la Préface ’ du fiaçhtal-Geela, p. 7.

1 Lc»i i-Utrc, l'Ame qui duone la rie.

«suprême, cl c’est par toi, Etre infini , que le «monde est sorti du néant. Qu'on s’incline dc- «vant toi, qu'on s’incline derrière toi, qu’on le i révère de toutes parts , ô toi , qui es tout en «ioüt. Ta puissance et ta gloire sont infinies.— «tu es le père de tous les êtres qui ont vie, «ainsi que des choses Inanimées. Sage instruc-

• leur du monde , tu es digne de nos adorations. <11 q'est aucun être semblable à toi. Y en a-t-il

• dans les trois mondes un seul au-dessus de toi?

• Je te salue donc et m’humilié i tés pieds; j’Im- « plore ta miséricorde , 6 Dieu ! Dieu , digne

• d'être adoré; car tu me supporteras comme un «père supporte son fils, un ami son ami, un

• amant l'objet de son affection '. »

On trouve dans les livres sacrés des Indiens une autre description de l’Être suprême , d’après laquelle on voit également quels sont à cet égard les sentimens de tous les savanr. brathines. — «Comme Dieu est immatériel, disent -ils, il est «au-desSus de toute conception; comme il est « invisible , il ne petit.avbir «le forme ; mais scs

• ouvrages nous prouvent qu il est éternel , tout - < puissant , connaissant toutes choses et présent «à tout5.»

Des hommes capables de se former de si I voiles idées de la Divinité ndflt pu regarder que comme une infâme idolAtric le culte des pagodes et toutes les su|ierstiliohs immorales qu'on y a attachées. Ils ont dû voir en même temps qu'un cœur droit et des mœurs pures étaient seuls dlgtiës de plaire â l'Être suprême, dont ils reconnaissent l’existence et U perfection. Yeias a essayé de faire sentir ces vérités dans le Mahabarat, ën s’y prenant toutefois avec toute la réserve et les précautions nécessaires à un brame qtd ne veut ni offenser ses compatriotes . ni diminuer le crédit et la considération de sa caste. Ses idées sur la manière d'adorer la Divinité sont dévrlopi ées dans plusieurs passages frappans du poème: mais ne voulant pas multiplier les citations, je me contente d’y renvoyer mes lecteurs J.

Quand noua réfléchissons avec quellë lenteur l’esprit de l’homme s’ouvre aux idées abstraites, et combien il est difficile à des êtres corporels de saisir, suivant une observation du Ma/iaba

1 fin, gheat G fêta . p 94 ei 05.

• Dhvertallon de Dont, p. 40.

* Ba§hval-Gccta: p 55,07. 75, 97,

f,24 APPENDICE DE

rat , un sentier invisible , il est évident que les Indiens devaient avoir fait de grands progrès dans la culture de l'esprit avant que leurs idées s'élevassent si fort au-dessus des superstitions populaires de leurs contrées. las états divers de la Grèce subsistaient dès long-temps, et étaient parvenus A uu grand degré de civilisation, avant que les erreursde leurs superstitions eussent commencé à être reconnues. Ce ne fut que dans le siècle de Socrate et dans les écoles de philosophie établies par ses disciples , que l’on vit naître et se propager les principes contraires aux dogmes de la religion populaire.

Il s’écoula même un plus long espace de temps avant que les Romains, nation de guerriers et de politiques, reçussent les lumières de la philosophie , et fussent en état de se livrer A de libres discussions sur les objets et les cérémonies du culte établi par leurs ancêtres. Mais dans la suite les salutaires effets du progrès des lumières se font remarquer d'une manière encore plus frappante. Sans adopter les calculs extravagans de la chronologie indienne, selon lesquels le Mu/tabarat fut composé il y a plus de 4000 ans il faut convenir que c’est un ouvrage d’une hau.e antiquité, et que l'auteur y montre une connaissance des principes de la théologie, de la morale et de la physique , plus juste et plus approfondie qu'on ne pourrait la trouver, à ce qu'il semble, dans ce même période, chez aucune nation connue dans l’histoire.

Mais les facultés bornées de l’esprit humain sont si loin de pouvoir atteindre à une idée complète des perfections et des opérations de l'Etre suprême , que dans toutes les théories formées sur ce sujet par les plus grands philosophes des nations les plus éclairées, nous trouvons encore un déplorable mélange d'ignorance et d'erreur ; et les bramiries de l’Inde n'en ont pas été plus exempts que les sages des autres contrées. Comme ils soutenaient que le système de la nature avait été non -seulement arrangé dès le commencement des êtres par le pouvoir et la sagesse de Dieu , mais même que chaque événement de ce monde était amené par son intervention immédiate ; et comme ils ne pouvaient pas concevoir comment un être pouvait agir dans un lieu sans y être présent, ils regardaient la divinité comme un principe vivifiant répaudu dans tout le système des êtres , comme une Ame

universelle qui animait toutes les parties de la création '. Toutes les natures intelligentes, particulièrement les Ames humaines, leur parais saient des portions séparérs de ce grand esprit 2, auquel , après avoir rempli leur destinée sur la terre et atteint un certain degré de pureté, elles devaient se réunir. Pour effacer les taches dont une Ame, pendant sa résidence sur la terre, s'était souillée en se livrant aux appétits sensuels et corrompus, ils croyaient que, par une longue succession de transmigrations, cette Ame devait passer dans le corps de différées animaux, jusqu A ce que, par ses souffrances et par les lumières quelle aurait acquises dans les divers modes de son existence, elle fût assez purgée de toute corruption pour être digne d'être absorbée dans l'essence divine, comme une goutte d eau qui rentre au sein de l'océan immense dont elle a été primitivement détachée >.

Cette doctrine des brames, par laquelle la Divinité est représentée comme une Ame qui pénètre toute la nature, et qui donne à toutes ses parties la force et l'activité, et comme le centre de réunion de tous les êtres intelligens A leur source première, se rapporte parfaitement aux dogmes de la philosophie stoïcienne; et il est A remarquer qu après avoir trouvé la plus grande analogie dans leurs principes avec la morale sublime de cette secte, uous retrouvons aussi les mêmes erreurs dans leurs rêveries théologiques3.

L'esprit humain , partout où il est privé d’un appui supérieur, est porté A une suite d'erreurs pratiques , en matière de religion , d'une nature encore plus dangereuse.

Quand les philosophes, par leurs progrès dans les sciences, commencèrent A acquérir quelques idées justes de la nature et des perfec-, lionsde l’Etre suprême, et se convainquirent qpe tout le système des superstitions populaires était A la fois absurde et impie, ils furent effrayés en même temps du danger de faire part de leurs découvertes A la multitude, incapable de s'élever A la hauteur des raisonoemens qui les avaient frappés , et remplie pour ses vieux préjugés d'un zèle scrupuleux , qui l'eût révoltée coutrc tous les efforts faits pour la détromper.

' Baght at-Cerla, p. 65,78, 85. — Heritier, toui. K, p. 163. — * Dissertation de Dow , p 43.

'Forage de Sonnerai, v. 1, p. 162 - Itaghvat-Geeta, p. 115. — Dissertation de Dow, p. 43.

SUR L'INDE ANCIENNE

Au lieu donc de faire briller au dehors quelques rayons de celle lumière qui avait éclairé leurs esprits, ils formèrent une théorie pour justifier leur conduite et pour épaissir le nuage dont ils voulaient s'envelopper. Le vulgaire ignorant n’avait , selon eux , aucun droit à la vérité. Condamné par la destination où la nature l'a placé, à rester dans l’ignorance , il ne peut être maintenu dans l’ordre que par des illusions , porté au bien et détourné du mal que par l’espérance de ces récompenses imaginaires que promet la religion et par la crainte des cbâtimens dont elle menace. Je pourrais citer , à l'appui de ce que j’avance, 'la doctrine de la plupart des sectes philosophiques; et rapporter les paroles mêmes de presque tous les écrivains célèbres , grecs nu romains; mais il suffira de mettre sous les yeux de mes lecteurs un passage remarquable de Strabon, dont j'ai tiré tant de secours dans Iccoursde mes recherches, et qui n'était |ias moins habile à pénétrer les opinions politiques de ses contemporains qu'à décrire les contrées qu'ils habitaient. «Tout ce qu’il yade merveilleux dans la fable est employé(cc sont ses expressions)quelquefüispour plaire, quelquefois pour inspirer de la terreur aux personnes de l'âge mur , aussi bien qu'au', enfans. On propose aux en fans d'agréables fictions, afin de les encourager à bien faire; on leur en raconte d'effrayantes , afin de les détourner du mal. Quand les hommes sont unis en société, ils sont portés vers les actions louables , soit en entendant les poètes célèbres , les exploits merveilleux de la fable, tels que les travaux qui leur ont acquis les honneurs des dieux, soit en voyant tous ces faits glorieux , représentés par l'art du peintre et du sculpteur. D’un autre côté , on les détourne du vice en leur racontant les chàtimcns réservés par les dieux aux coupables. On a soin d'ajouter à l’horreur de ces menaces, en les exprimant dans les termes les plus sinistres, ou en les peignant sous des emblèmes effrayans qui leur montrent ces châtimrns déjà exécutés sur d'illustres coupables; car il est impossible de conduire les femmes et la grossière multitude , et de leur inspirer un respect religieux pour les principesdcla justice, pour les préceptes de la raison et de la philosophie, si on n'appelle à son aide la superstition et la crainte des dieux, cl tous les prodiges dont elles sont la source féconde. Ainsi le tonnerre de

Jupiter, l’égide de Minerve, le trident de Neptune, les torches et les serpens des furies , la lance ornée de lierre dont s'arment les dieux , et toute cette ancienne théologie, sont des fables que les premiers législateurs des empires ont employées comme des épouvantails faits pour en imposer aux hommes simples et crédules •.»

Ces principes des philosophes d’Europe sont précisément ceux que les bramines avaient adoptés dans l'Inde, et qui réglaient leur conduite aux yeux du vnlgaire. Comme leur caste avait le privilège exclusif de lire les livres sacrés, de cultiver et d'enseigner les sciences, ils pouvaient aisément empêcher tous ceux qui n'en étaient pas membres d'acquérir aucune portion de connaissance, qu'il ne leur eût pas plu d'enseigner. Chaque fois que la libre circulation des sciences n'est point arrêtée p3rde telles réserves, tonte la société entre en partage dans les nouvelles acquisitions qu'elles font tous les jours ; et leur influence, appuyée sur le sentiment et la pratique, s'étend insensiblement d'un petit nombre à un plus considérable, des hommes instruits aux ignorans. Mais partout où l'empire des fausses religions est complètement établi, le corps du peuple ne gagne rien aux plus grands progrès des sciences. Leurs philosophes leur dérobent , avec le plus grand soin , les vérités qu'ils ont découvertes, et s’exercent à étayer les monumens de superstition qu'il serait de leur devoir de renverser. Non-seulement ils exhortent les aulresà observer les rites religieux prescrits par les lois du pays, mais eux-mêmes s’y soumettent dans leur conduite, et n’abordent ! les autels des dieux , objets de leur mépris interne, qu'avec des signes extérieurs de respect : et de zèle. An lieu de ressembler aux apùlres de la vraie religion , dans l’ardeur bienveillante avec laquelle ils ont sans cesse communiqué les vérités inq>orlantcs qui avaient éclairé leurs esprits et touché leurs âmes, les sages de la Grèce et les bramines de l'Inde suivaient , avec un artifice concerté , ce système d'illusions et d'erreurs, et suivant l’expression énergique d'un écrivain sacré, ils enfermaient la vérité dans l'injustice ; ils connaissaient et approuvaient ce qui est vrai; mais pour tout le reste des hommes, ils s’attachaient à conserver et à perpétuer l'erreur.

Je viens de parcourir tous les détails que je

* Strabo , lib. i , p. 3fi, B.

APPENDICE DES RECHERCHES, ETC

mt‘ proposais d'examiner, et j'ai tâché de découvrir l'état des Indiens dans leurs rapports les uns avec les autres. Si je n’avais eu pour objet que de décrire le gouvernement civil , les arts, les sciences et les institutions religieuses d'une des races humaines les plus nombreuses et les plus anciennes du globe , eela seul m'aurait conduit i des recherches utiles et curieuses. J'avoue cependant que j'ai eu toujours devant les yeux un objet plus intéressant et d'une plus grande importance; j'ai conçu l'espérance que si le tableau que je présente de l'ancienne civilisation de l'Inde et des procès merveilleux de ses habilans dans les arts agréables et dans les sciences utiles paraissait fidèle cl conforme à la vérité , il pourrait avoir quelque influence sur la conduite des Européens à l'égard de ces peuples. Malheureusement pour l'espèce humaine , dans toutes les parties du |{lobe où les peuples d'Europe ont acquis de la puissance, ils eu ont trouvé les habitana non-seulement dans un état l de société bien inférieur au leur, mais encore différais d'eux |Hiur la couleur de la peau et les habitudes de la vie. Les hommes, dans tous les degrés de leur carrière sociale , sont si satisfaits des progrès qu'a faits la société dont ils sont membres , que le point où ils sont arrivés leur (tarait le modèle de la perfection, et qu'ils sont disposés A concevoir du mépris et même de l'aversion pour tous les peuples dont la condition n'est pas semblable à la leur. En Afrique et en Amérique, la différence à cet égard est si frappante , que dans l'orgueil de leur supériorité, les Européens se sont crus autorisés A réduire en esclavage les naturels de l'Afrique et à exterminer ceux de l'Amérique. Dans l'Inde même, quoique fort supérieure en civilisation à ces deux parties du monde , la cuuteur des habitons , leur air efféminé, leur peu d’aptitude à la guerre , l’extravagance bizarrerie leurs opinions rt de leurs pratiques religieuses . tout cela joint à d'autres circonstances, confirma tellement les Européens dans le sentiment de leur prééminence, qu’ils traitèrent toujours les Indiens

comme une race d'hommes inférieure à la leur. Il serait à désirer que des quatre nations européennes qui ont successivement acquis de vastes territoires et une grande puissance dans l'Inde, quelqu'une pùl justifier la manière dont elle a exercé cet empire. Cependant, si quelque chose peut avoir une tendance directe cl puissante à inspirer aux Européens trop vains de leur supériorité dans la police, les sciences et les arts, drs sentimens justes à l'égard des peuples de l’Inde , et le respect qui est dû à leurs droits naturels, en leur qualité d'hommes, c'est l'habitude qu'ils doivent avoir prise non-seulement de regarder les Indiens modernes comme une race industrieuse et intelligente, mais encore de les considérer comme les descendans d’un peuple ancien qui était parvenu 1 un degré surprenant de lumières et de sagesse, plusieurs siècles avant que la civilisation eût fait un seul pas dans aucune partie de l'Europe. Ce fut par l'effet d'une élude impartiale et sincère de leurs mœurs que l’empereur Akber fut conduit à regarder les Indiens comme ayant avec ses autres sujets un droit égal à sa protection rt à ses faveurs, et qu’il les gouverna avec une disposition d'équité et de douceur qui lui a mérité de la reconnaissance de ces peuples l'honorable dénomination de protecteur de l' humanité. Oe fut aussi par une connaissance approfondie de leurs qualités morales rt acquises qu’Almul-Kazcl, vizir d'Akber, par une générosité dème peu commune chez les mahométaus, prononça un éloge public des vertus des Indiens, et comme individus et comme membres de la société, et qu'il célébra leurs progrès dans les arts et les sciences de tout genre. Si je pouvais espérer que la description qtt’on vient de lire des mœurs et des institutions des peuples de l'Inde contribua! le moins du monde, et par l’influence la plus éloignée, à rendre leur caractère plus respectable et leur condition plus heureuse, je terminerais ma carrière littéraire avec la satisfaction de penser que je n’aurais ni vécu, ni écrit, sans avoir fait quelque bien.

FIN D K L'APPENDICE SUR L’iNDE ANCIENNE.

TABLE ANALYTIQUE

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