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d'après plusieurs |ms.sa;;cs dans le Uaghvat- Cccla, il parait que 1rs mêmes spéculai ions qui occupèrent les philosophes de la Grèce avaient fixé l'attention des hrainines indiens , et que les théories des premiers, concernant les qualités des objets extérieurs ou la nature de nos propres idées, n'étaient pas plus ingénieuses que celles des derniers. Les uns et les autres se distinguent par l'exactitude des définitions , la sagacité des distinctions et la subtilité du raisonnement : et dans tous , le même excès de raffinement qui fit entreprendre d'analyser ces opérations de l'esprit au-dessus des forces de l'intelligence humaine , conduisit quelquefois à des conclusions fausses et dangereuses. Cette philosophie sceptique qui nie l'existence du monde matériel, et affirme qu'il n’y a de réel que nos propres idées, parait avoir été connue dans lindc comme en Europe 1 ; et les sages de l'orient , en même temps qu'ils furent redevables à la philosophie de la connaissance de plusieurs vérités importantes , ne furent pas plus exempts que ceux de l'occident de ses illusions et de ses erreurs.
2° Morale. Celte science, qui a pour objet d'établir ce qui distingue la vertu du vice, de découvrir quels motifs portent l'homme â agir, et de prescrire des règles pour la conduite de la vie, étant de toutes les sciences la plus intéressante, parait avoir profondément occupé l'attention des bramines. Leurs sentimens étaient très divers sur les différentes questions , et , comme les philosophes de la Grèce, les bramines furent divisés en sectes distinguées par des maximes et des opinions souvent diamétralement opposées. La secte, dont heureusement nous connaissons mieux les opinions, a établi un système de morale fonde sur des principes les plus généreux , et élevé â tout ce que la raison toute seule est capable de découvrir. Ils enseignèrent que l'homme n'était pas formé pour la spéculation ou l'indolence, mais pour l'actiou. Il n'est pas ne pour lui seul, mais pour scs semblables, la; bonheur de la société dont il est membre, et l'avantage du genre humain sont scs plus importans objets. Choisir ce qu'il faut préférer nu rejeter, la justesse et la convenance de son choix sont les seules considérations auxquelles il devrait faire attention. Les événemens qui peuvent résulter de scs actions ne sont pas en son pouvoir,
' Ayetu Aibtry, vol. III , p. I2tf>
et soit qu'ils soient heureux ou malheureux, dès qu'il est satisfait de la pureté des motifs qui déterminèrent à agir, il peut jouir de cette approbation de son Ame, qui constitue le vrai bonheur, indépendant du pouvoir de la fortune ou des opinions. «L'homme, dit l'auteur du Ma/ia- *barat, ne jouit pasde la liberté d’action. Tout i homme est involontairement pressé d'agir par «des principes qui sont inhérens à sa nature. «Celui qui restreint ses facultés actives, et fixe «l’attention de son âme aux objets de ses sens, « peut être appelé une âme qui se détourne du «vrai chemin. L’homme louable est celui qui, «ayant subjugué toutes ses passions, remplit «avec scs Facultés actives toutes les fonctions de « la vie sans s'embarrasser de l'événement 1 . Que • le motif soit dans l’acte -et non dans l'événe- « ment. Que ton action n'ait point pour motif « l'espoir de la récompense. Que ta vie ne se passe o pas dans l’inaction. Sois appliqué, remplis ton «devoir, abandonne toute pensée des suites, et «ne l'embarrasse pas de l'événement , soit qu'il «se termine en bien ou en mal: car une telle « égalité est appelée yog, c’est-à-dire attention â «ce qui est spirituel. Cherche donc un asile dans « la sagesse seule ; car le misérable et le malheu- «reux dépendent des événemens des choses. « Les hommes qui sont doués de la vraie sagesse «sont indifférens au bien ou au mal dans ce «monde. Étudie-toi donc à obtenir cette appli- « ration de ton intelligence, car une telle applica- « tion en affaire est nn art précieux. Les hommes «sages, qui ont abandonné toute vue de l'u- « tilité produite par leurs actions, sont libres des «chaînes de la vie, et vont aux régions du bon- « heur éternel 2. «
Par ces passages, et d'autres que j'aurais pu citer, nous savons que les doctrines particulières de l’école stoïcienne étaient enseignées dans l'Inde plusieurs siècles avant la naissance de Zenon, et inculquées avec un soin persuasif presque semblable à celle d'Épictètc, et ce n'est pas sans étonnement que nous voyons les opinions de cette philosophie mâle et active qui parait être formée seulement pour des hommes de l'esprit le plus fort prcscritecommerègledeconduitc àuneracede peuple plus distinguée par la douceur de son caractère que par l'élévation de son âme.
3° Physique. Dans toutes les sciences qui cou-
1 Baijbvai-Ueeta, p. 41. — 1 Ibid., p. 10.
SLR L’INDE
tribiicnt A étendre noire connaissance de la nature, dans les mathématiques, dans la mécanique et l'astronomie, l'arithmétique est d'un usage élémentaire. Dans quelque contrée donc, que ce soit , si nous trouvons que l’on a donné aux progrès de l’arithmétique une attention assez grande pour rendre ses opérations plus aisées et plus correctes, nous pouvons présumer que les sciences qui en dépendent ont atteint un degré supérieur de perfection. Nous voyons dans l'Inde les progrès de cette science , lorsque , chez les Grecs et les Romains, le seul moyen employé pour la notation de» nombres était les lettres de l’alphabet, ce qui nécessairement rendait le calcul arithmétique extrêmement ennuyeux et laborieux. I.es Indiens avaient de temps immémorial employé dans la même vue les dix chiffres, ou figures, aujourd'hui connus universellement, et, par leur moyen, formaient chaque opération d'arithmétique avec la plus IP'ande facilité et la plus graude promptitude. Par l’heureuse invention de donner une différente valeur à chaque figure, selon leur changement de place, on n'a besoin que de dix figures dans les calculs les plus compliqués et de la plus grande étendue, et l'arithmétique est la plus parfaite de tontes les sciences. Les Arabes , peu de temps après leur établissement en Espagne, introduisirent ce mode de notation en Europe, et curent la franchise d’avourr qu’ils en avaient tiré la connaissance des Indiens. Quoique les avantages de cette forme de notation soient grands et frappans, cependant le genre humain adopte si lentement les inventions nouvelles, que l’usage en fut pour quelque temps réservé aux savans; par degrés, cependant, les hommes d'affaires abandonnèrent la première méthode embarrassante de calculer par lettres, et l’arithmétique indienne devint d’un usage général dans toute l’Europe *. Elle est maintenant si familière et si simple, que l'industrie du peuple, à qui nous devons cette invention, est moins considérée et moins célébrée qu’elle ne le mérite.
L’astronomie des Indiens est une autre preuve de leurs progrès extraordinaires dans la science. L’attention et le succès avec lesquels ils étudièrent les mouvemrns des corps célestes furent si peu connus des Grecs et des Romains, qu'ils n'en font mention qu’à peine, et très légère-
* Momuda, Histoire des Mathim. 1. 1 , p. 360, etc..
ment Mais aussitôt que les mabomélans établirent un commerce avec les naturels de l’Inde, ils observèrent et célébrèrent leur supériorité dans la science astronomique. Parmi les Européens qui visitèrent l'Inde , après que la communication avec elle par le cap de Bonne-Rs pérance fut découverte , M. Bcrnicr, voyagetn philosophe et curieux, fut un des premiers qu enseigna que les Indiens s'étaient long-temps appliqués à l'étude de l’astronomie, et y avaient fait des proprès considérables*. Cette instruction, cependant , parait avoir été très générale et très imparfaite. Nous sommes redevables des premières preuves scientifiques du grand progrès des Indiens, dans la science astronomique, à M. de La l-oubérc , qui, à son retour de son ambassade à Siam , apporta avec lui un extrait d'un manuscrit siamois , qui renfermait drs tables et des règles pour calculer les places du soleil et de la lune. La manière dont ces tables étaient construites rendaient les principes sur lesquels elles étaient fondées extrêmement obscurs , et il fallait un commentateur aussi versé dans le calcul astronomique que le célèbre Cassini pour expliquer le sens de ce fragment curieux. L’époque des tables siamoises corres|X>nd au 21 de mars, l'an de Notre-Scigncur fi38. Une autre collection des tables fut ap|>ortée de Chrisnabouram , dans le Carnaliquc, et l'époque répond au 10 de mars, l’an de Jésus-Christ 1191. Un troisième manuscrit des tables vint de Narsapour, et son époque ne s'étendait pas audelA de l'an de Noire-Seigneur 1569. le quatrième et le plus complet a été publié par M. Le Gentil, A qui elles furent communiquées par un brainine éclairé de Tirvalour, petite ville sur la côte de Coromandel, deux milles environ A l'ouest de Négapatam. L’époque de ces tables est de la plus haute antiquité, et coïncide avec le commencement de l’ère célèbre de Caliougham ou Colly-Jogue , qui commença, selon le calcul indien, 3102 avant la naissance de Jésus-Christ 3.
Ces quatre recueils de tables ont été examinés et comparés par M. Bailly, qui, par un bonheur singulier de génie, sait unir A un degré d’éloquence peu commun les recherches paiientes de
1 Strabou, tib. xv, p.10, 17. A. O von. Perieg., v. t!73-
• f'oy âges , loin II, p. 145, etc.
‘Comme plusieurs de met lecteurs peuvent ne pas connaître la longueur extravagante des quatre ères ou périnjte* de U chronologie indienne, il convient d’en donner