SCENE VI
[Dans le château de Wackworth.J
Entre HoTSPUR^ lisant une lettre.
HOTSPUR
... « Mais, pour ma part, milord, je serais bien aise d'être là, en raison de l'affection que je porte à votre maison... » // serait bien aise! Pourquoi n'y est-il pas alors? En raison de l'affection qu'il porte à notre maison! Il montre bien en ceci qu'il aime mieux sa grange qu'il n'aime notre maison. Voyons, continuons : « Le projet que vous entreprenez est dangereux... » Oui, ça, c'est certain; il est dangereux d'attraper un rhume, de dormir, déboire; mais je vous dis, milord stupide, que sur cette épine^ le danger, nous cueillerons cette fleur, la sûreté. « Le projet que vous entreprenez est dangereux ; les amis que vous avez nommés incertains; le moment même défavorable, et tout votre plan trop léger pour contrebalancer une si puissante opposition... » Vous dites ça, vous dites ça? Moi, je vous dis en revanche que vous êtes un niais, un lâche, un rustre, et que vous mentez. Quel cerveau fêlé ! Pardieu, notre plan est un des meilleurs plans qui aient jamais été conçus ; nos amis sont fidèles et sûrs. Un bon plan,, de bons amis, et qui promettent tant! Un plan excellent, de très-bons amis! De quelle ardeur gelée est ce coquin-là! Gomment! milord d'York approuve le plan et la marche générale de l'action ! . . .
Sangdieu, sien ce moment j'étais près de ce drôle, je lui ferais sauter la cervelle avec l'éventail de sa femme ! Est-ce qu'il n'y a pas mon père, mon oncle et moi? lord Edmond Mortimer, milord d'York et Owen Glendower? Est-ce qu'il n'y a pas en outre les Douglas? Est-ce que je n'ai pas leur promesse écrite de venir me joindre en armes, le neuf du mois prochain? Et est-ce que quelques-uns d'entre eux ne sont pas déjà en marche? Quel païen que ce drôle-là ! quel mécréant! Ah! vous verrez à présent que, dans toute la sincérité de sa frayeur et de sa poltronnerie, il ira trouver le roi et lui découvrira toutes nos menées ! Oh Ije voudrais me partager et me mettre en pièces, pour avoir proposé à ce plat de lait écrémé une si honorable entreprise ! Le pendard ! qu'il aille tout dire au roi. Nous sommes préparés : je vais partir ce soir.
Entre Lady Percy.
— Eh bien, Kate ? Il faut que je vous quitte dans deux heures.
LADY PERCY
— 0 mon bon seigneur, pourquoi êtes- vous seul ainsi?...
— Et pour quelle offense ai-je, depuis quinze jours, été — bannie du lit de mon Harry ? — Dis-moi, mon doux lord, qu'est-ce qui t'ôte — l'appétit, la gaieté et le sommeil doré ? — Pourquoi tournes-tu tes yeux vers la terre, — et tressaillestu si souvent quand tu es seul ? — Pourquoi as-tu perdu la fraîcheur de tes joues, — et abandonné mes trésors, et tous mes droits sur toi, — à la rêverie sombre et à la mélancolie maudite? — Dans tes légers sommeils, j'ai veillé près de toi,
— et je t'ai entendu murmurer des récits de luttes armées, parler en termes de manège à ton destrier bondissant, —et lui crier courage! en avant! Et tu parlais — de sorties, de retraites, de tranchées, de tentes, — de palissades, de fortins, de parapets, — de basilics, de canons, de couleuvri-
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nés, — de prisonniers rachetés, et de soldats tués, — et de tous les incidents d'un combat à outrance. - Ton esprit en toi avait si bien guerroyé, — et t'avait tellement surmené dans ton sommeil, — que des perles de sueur ruisselaient sur ton front, — comme des bulles sur un cours d'eau fraîchement agité ; — et sur ta face apparaissaient d'étranges contractions, — comme nous en voyons aux hommes qui retiennent leur haleine — dans un grand et brusque élan. Oh! qu'annoncent ces présages? — Mon seigneur est engagé dans quelque grave affaire, — et je dois le connaître, ou il ne m'aime pas.
HOTSPUR
— Holà !
Entre un valet.
Gilliams est-il parti avec le paquet?
LE VALET
— Oui, milord, il y a une heure.
HOTSPUR
— Butler a-t-il amené ces chevaux de chez le shériff ?
LE VALET
— Milord, il vient d'amener un cheval à l'instant même.
HOTSPUR
— Quel cheval? un rouan, brétaudé, n'est-ce pas?
LE VALET
— Oui, milord.
HOTSPUR
Ce rouan sera mon trône. — Oui, je serai dessus tout à l'heure. 0 espérance! — Dis ^ Butler de le mener dans le parc.
Le valet sort.
LADY PERCY
— Mais écoutez, milord?
HOTSPUR
Que dis-tu, milady?
UDY PERCY.
— Qu'est-ce qui vous entraîne ainsi loin de moi
HOTSPUR
Mon cheval, — mon amour, mon cheval !
LADY PERCY
Fi, tête folle, babouin que vous êtes ! — Une belette est agitée de moins de lubies — que vous. Sur ma foi, —je connaîtrai ce qui vous occupe, Harry; pour ça, je le veux. — J'ai peur que mon frère Mortiraer ne se remue — pour ses droits, et ne vous envoie chercher — afin de soutenir son entreprise. Mais si vous allez...
HOTSPUR
— Jusque-là, à pied, je serai fatigué, mon amour.
LADY PERCY
— Allons, allons, perroquito, répondez — directement à la question que je vous adresse. — Sur ma foi, je te romprai le petit doigt, Harry, — si tu ne veux pas me dire toute la vérité.
HOTSPUR
— Assez, assez, espiègle!... T'aimer?... je ne t'aime pas, - je ne me soucie guère de toi, Kate. Ce n'est point l'époque — déjouer à la poupée et de choquer les lèvres. — Il nous faut des nez en sang ; les écus brisés — ont seuls cours aujourd'hui. Tudieu, mon cheval!— Quedis-tu, Kate? Que me veux-tu ?
* LADY PERCY
— Est-ce que tu ne m'aimes pas?... Pas du tout, vraiment? — Eh bien, soit. Puisque vous ne m'aimez pas, —je ne veux plus m'aimer moi-même. Vous ne m'aimez pas?... — Ah! dites-moi si vous plaisantez, ou non.
HOTSPUR
— Allons, veux-tu me voir monter à cheval? — Quand je serai en selle, je te jurerai — yn amour infini. Mais écoutez bien, Kate ; — désormais, je ne veux plus que vous me de-