SCÈNE XI
[Le camp des insurgés près de Shrewsbury.) Entrent HOTSPUR, Worcester et DOUGLAS.
HOTSPUR
— Bien dit, mon noble Écossais; si le langage de la vérité, — dans ce siècle raffiné, n'était pas tenu pour flatterie, — de telles louanges seraient décernées à Douglas,— que le guerrier le plus éprouvé de cette époque — n'aurait pas une renommée aussi vaste dans le monde. — Pardieu, je ne sais pas flatter; je fais fi - des discours flagorneurs ; mais nul — n'occupe, dans l'affection de mon cœur, une plus belle place que vous-même. — Voyons, prenez-moi au mot; mettez-moi à l'épreuve, milord.
DOUGLAS
Tu es le roi de l'honneur. — De tous les puissants qui respirent sur la terre, il n'en est pas — que je n'affronte.
HOTSPUR
Faites, et tout est bien.
Entre ua Messager, apportaui une lettre.
— Quelle lettre as-tu là ?
A Douglas.
Je ne puis que vous remercier.
LE MESSAGER
— Cette lettre vient de votre père.
HOTSPUR
— Une lettre de lui ! que ne vient-il lui-même?
LE MESSAGER
— 11 ne peut venir, milord ; il est gravement malade.
— iVlordieu ! comment a-t-il le loisir d'être malade — au moment du conflit? Qui conduit ses troupes? — Sous quel commandement arrivent-elles ?
LE MESSAGER
— Sa lettre vous dira mieux que moi sa décision, milord.
WORCESTER
— Dis-moi, je te prie, est-ce qu'il garde le lit?
LE MESSAGER
— Il le gardait, milord, depuis quatre jours, quand je me suis mis en route ; — et, au moment de mon départ, — ses médecins étaient fort inquiets de lui.
WORCESTER
— J'aurais voulu voir un sain état de choses, — avant que la maladie le visitât. — Sa santé n'a jamais éléplus précieuse que maintenant.
HOTSPUR
— Malade en ce moment! faiblir en ce moment! voilà une maladie qui frappe— notre entreprise au cœur même ; — elle atteint jusqu'à nous, jusqu'à notre camp. —Il m'écrit ici. . . que son mal est interne. . . — que ses amis ne sauraient être réunis assez tôt — par un lieutenant et qu'il n'a pas trouvé bon — de confier une mission si dangereuse et si