SCÈNE KVI
il a paré vos louanges d'une éloquence princière ; — il a parlé de vos mérites comme une chronique ; — vous mettant audessus de tout éloge, — et dépréciant tous les éloges comme indignes de votre valeur. - Puis, avec une noblesse qui seyait à un vrai prince, — il a fait la rougissante critique de lui-même, — et a grondé sa vagabonde jeunesse avec une telle grâce — qu'il semblait posséder un double esprit, — à la fois maître et disciple. — Là il s'est arrêté. Mais je puis le déclarer devant tous, — s'il survit aux haines de cette journée, — jamais l'Angleterre n'aura eu une espérance si belle, — et si méconnue dans ses écarts.
HOTSPUR
— Je crois vraiment, cousin, que tu es énamouré — de ses extravagances. Je n'ai jamais ouï parler — d'un prince si follement libertin. - Mais, qu'il soit ce qu'il voudra; je veux avant ce soir, — l'étreindre dans mes bras de soldat,
— et l'accabler de ma caresse. — Aux armes! vite, aux armes ! Compagnons, soldats, amis, — que le sentiment du devoir exalte votre ardeur ~ mieux que je ne puis le faire par mes exhortations, — moi qui n'ai guère le don de la parole.
Enire un Messager.
LE MESSAGER
— Milord, voici une lettre pour vous.
HOTSPUR
Je ne puis la lire maintenant. — 0 gentilshommes, la vie est courte ; — mais, employés lâchement, ses courts moments seraient encore trop longs, - quand même, à cheval sur l'aiguille d'une horloge, — la vie s'arrêteraitau bout d'une heure. — Si nous vivons, nous vivons pour marcher sur la tête des rois; — si nous mourons, il est beau de mourir, quand des princes meurent avec nous! -- et quant à notre
conscience, toute prise d'armes est légitime — quand le but en est équitable !
Entre un Messager.
LE MESSAGER
— Milord, préparez-vous ; le roi avance rapidement.
HOTSPUR
— Je le remercie de me couper la parole, — car je ne fais pas profession d'éloquence. Un dernier mot : — que chacun fasse de son mieux. Et maintenant je tire — mon épée, bien résolu à en rougir la trempe — avec le sang le plus pur que je pourrai trouver — dans les hasards de cette périlleuse journée. — Maintenant, Espérance! Percy! et en avant ! — Faites résonner tous les instruments superbes de la guerre, — et embrassons-nous tous à cette musique ; — car je gagerais le ciel contre la terre que plusieurs d'entre nous n'accompliront pas — une seconde fois cet acte de courtoisie.
Les trompettes sonnent. Tous s'embrassent et s'en vont.