‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 16 sur 325 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

JEAN DE GAND

— Supposequec'estunvoyagequetufais pour ton plaisir.

BOLINGBROKE

— Mon cœur me détrompera par un soupir, — lui pour qui ce sera un pèlerinage forcé.

JEAN DE GAND

— Regarde le sombre cercle de ta marche douloureuse — comme la monture où tu dois enchâsser — le précieux joyau de ton retour.

BOLINGBROKE

— Non, chacun de mes pas pénibles — me rappellera bien plutôt quel monde — m'éloigne des joyaux qui me sont chers. — 11 faut que je fasse le long apprentissage — des routes de l'étranger; et à la fin, — devenu libre, de quoi pourrai-je me vanter, — sinon d'avoir été le journalier de la douleur ?

JEAN DE GAND

— Tous les lieux que visite le regard des cieux — sont pour le sage autant de ports et d'heureux havres : — apprends de la nécessité à raisonner ainsi. — Il n'est point de vertu comme la nécessité ! — Pense, non que le roi t'a banni, — mais que tu as banni le roi. Le malheur s'appesantit d'autant plus — qu'il s'aperçoit qu'on le supporte faiblement. — Va, figure-toi que je t'ai envoyé en quête de la gloire, — et non que le roi l'a exilé; ou suppose — qu'une peste dévorante plane dans notre atmosphère, — et que tu fuis vers un climat plus pur. — Ecoute, imagine que tout ce que ton âme a de plus cher - est là oii tu vas et non là d'oii tu viens. —Prends les oiseaux qui chantent pour des musiciens, — le gazon que lu foules pour la natte d'un salon, — les fleurs, pour de belles dames, et ta marche — pour ^a mesure délicieuse d'une danse. — Car le chagrin hargi eux a moins de pouvoir pour mordre -- l'homme qui le nai'^ue et le traite légèrement (6).

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