SCÈNE I
ripostant plus que mollement — à Harry Monmouth ; j'ai vu le prince, dans l'élan de sa furie, — renverser à terre l'intrépide Percy, — qui ne s'est plus relevé vivant.— Bref , la mort de ce capitaine dont l'ardeur enflammait — le plus grossier paysan de son camp, — une fois ébruitée, a refroidi le courage le plus éprouvé de son armée. — Car c'était à sa trempe que s'acérait son parti ; — lui détruit, tout le reste
— s'est affaissé comme un plomb massif et pesant. — Et de même que l'objet le pluslourd — vole, une fois lancé, avec le plus de rapidité, — ainsi nos hommes, accablés par la perte d'Hotspur, — ont communiqué au poids de cette douleur l'élan de la panique , — et, plus rapides que des flèches volant vers leur but, — nos soldats ont cherché leur salut
— dans la fuite. C'est alors que le noble Worcester, — a été trop aisément fait prisonnier ; et ce furieux Écossais, — le sanglant Douglas, dont la laborieuse épée — avait trois fois tué le spectre du roi, — a commencé à perdre courage, et a honoré la honte — de ceux qui tournaient le dos ; dans sa fuite, — la peur l'a fait trébucher, et il a été pris. La conclusion — est que le roi a triomphé, et qu'il a envoyé — contre vous, milord, une colonne mobile, — commandée par le jeune Lancastre — et par Wesmoreland. Voilà la vérité tout entière.
— J'aurai toujours le temps de m'en désoler. — Dans le poison il y a un remède ; et ces nouvelles — qui, bien portant, m'auraient rendu malade, — malade, m'ont en quelque sorte rétabli. —Et ainsi qu'un malheureux dont les jointures aff'aiblies par la fièvre, — pareilles à de fragiles charnières, fléchissent sous la vie, — tout à coup, emporté par un accès, s'échappe comme une flamme — des bras de son gardien ; ainsi mes membres, — afl'aiblis par la douleur, mais maintenant surexcités par elle, — ont une triple énergie. Loin de moi donc, béquille débile ! — Désormais c'est un
gantelet de maille aux jointures d'acier — qui doit ganter cette main. Loin de moi aussi, coiffe de malade ! — tu es un cimier trop mou pour une tête— quevisentdes princes, gorgés de victoires ! — Désormais que le fer ceigne mon front ! Et que — l'heure la plus rude que puissent amener le temps et la haine — vienne menacer l'enragé Northumberland ! — Que le ciel et la terre s'étreignent ! que désormais la main de la nature — cesse de tenir enchaîné le flot furieux ! que l'ordre périsse ! — et que le monde ne soit plus un théâtre — où les luttes se prolongent en actes languissants ; — mais que l'unique esprit du premier-né Caïn — règne dans tous les cœurs, en sorte que, tous les esprits étant voués — à de sanglantes carrières, le rude drame puisse finir, — et la nuit ensevelir les morts !
TRAVERS
— Cette violente émotion vous fait mal, milord.
LORD BÂRDOLPHE.
— Gher comte, que Votre Honneur ne divorce pas avec la sagesse.
MORTON
— La vie de tous vos partisans dévoués — repose sur votre santé qui, si vous vous abandonnez— à ces frénétiques émotions, ne peut manquer de s'affaiblir. — Vous aviez pesé les conséquences de la guerre, mon noble lord, — vous en aviez calculé les hasards, avant de dire : — Révoltons-nous! Vous aviez prévu — que, dans la répartition des coups, votre fils pouvait succomber ; — vous saviez que, marchant au milieu des périls, sur le bord d'un précipice, — il avait plus de chance d'y tomber que de le franchir. —Vous aviez conscience que sa chair n'était pas à l'épreuve — des blessures et des plaies, et que son humeur aventureuse — le pousserait au plus fort du danger. — Pourtant vous lui avez dit : va! et aucune — de ces graves appréhensions n'a pu faire obstacle — à votre inébranlable résolution. Qu'est-il