SCÈNE I
ma baronnie — pour un lacet de soie : ne parlons plus de ça.
NORTHUIIBERLÂND.
— Et pourquoi donc ce gentilhomme qui a accosté Travers — donne-t-il ces détails désastreux?
LORD BARDOLPHE.
Qui, lui? — C'est quelque mauvais drôle qui aura volé
— le cheval qu'il montait, etqui, sur ma vie! — aura parlé au hasard. Tenez, voici encore des nouvelles.
Entre Morton.
NORTHUMBERLÂND.
— Oui, le front de cet homme, comme certains frontispices, — annonce une œuvre de nature tragique. — Telle apparaît la rive sur laquelle le flot impérieux — a laissé les traces de son usurpation. — Parle, Morton, tu viens de Shrewsbury !
MORTON
— Oui, mon noble lord, je me suis échappé de Shrewsbury, — où la détestable mort a mis son masque le plus hideux — pour épouvanter notre parti.
NORTHUMBERLAND
Comment se portent mon fils et mon frère ? — Tu trembles, et la pâleur de tes joues, — mieux que ta bouche, me dit ton message. — Tel était l'homme qui, défaillant, accablé,
— sinistre, la mort dans les yeux, perdu de douleur, — tira le rideau de Priam dans l'horreur de la nuit, — et voulut lui dire que la moitié de sa Troie était en flammes ; — mais Priam connut l'incendie, avant les paroles de l'homme, — et moi, je sais la mort de mon Percy, avant que tu l'aies annoncée. — Voici ce que tu veux me dire : « Votre fils a fait ceci, et ceci; — votre frère, ceci; ainsi a combattu le noble Douglas ! » — Tu veux frapper mon oreille avide du récit de leurs exploits ; — mais, à la fin, la frappant pour toujours,
~ ta éteindras ces louanges avec ce soupir — suprême : « frère, fils, et tous sont morts ! »
MORTON
— Douglas est vivant , et votre frère aussi ; — mais, pour milord votre fils. ..
NORTHUMBERLAND
Ah ! il est mort !... — Vois comme le soupçon a la parole prompte. — Celui qui redoute une chose et craint de l'apprendre — voit instinctivement dans les yeux d'autrui — que ce qu'il redoutait est arrivé. Cependant parle, Morton ; — dis au comte que sa divination en a menti ; — et ce sera pour moi une insulte douce, — et je t'enrichirai pour m'avoir fait cet affront.
MORTON
— Vous êtes trop grand pour que je vous contredise. — Votre instinct n'est que trop vrai, vos craintes ne sont que trop certaines.
NORTHUMBERLÂND.
— Mais tout cela ne dit pas que Percy soit mort. — Je lis une étrange confession dans ton regard. — Tu hoches la tête, et tu tiens pour dangereux ou coupable — de déclarer la vérité. S'il est tué, dis-le ; — ce n'est pas une offense que d'annoncer sa mort : — il est coupable de calomnier un mort, — mais non de dire qu'un mort ne vit plus. —Pourtant le premier porteur d'une affligeante nouvelle — n'a qu'un office ingrat ; et sa voix — a toujours le son d'une cloche funèbre, — sonnant à notre souvenir le glas d'un ami disparu.
LORD BARDOLPHE.
— Je ne puis croire, milord, que votre fils soit mort.
MORTON
— Je regrette qu'il me faille vous forcer à croire — ce que je voudrais, Dieu le sait, ne pas avoir vu. — Mais je l'ai vu de mes yeux, sanglant, — épuisé, hors d'haleine, ne