‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 18 sur 325 · SCÈNE IV. iû · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. iû

- Et, dites-moi, la séparation a-t-elle fait verser bien des larmes?

ÂUMERLE.

— Ma foi, aucune de ma parf, n'était un vent du nordest, — qui, en nous soufflant aigrement au visage, — a réveillé la pituite endormie et a ainsi, par hasard, — honoré d'une larme notre creuse séparation.

- Qu'a dit notre cousin, quand vous l'avez quitté?

AUMERLE

Il m'a dit adieu; — et, comme mon cœur répugnait à ce que ma langue — profanât ce mot, j'ai habilement feint

— d'êtreaccablé par unetelle douleur — que les paroles semblaient ensevelies dans la tombe de mon chagrin. — Morbleu ! si le mot adieu avait pu allonger les heures - et ajouter des années à son court bannissement, — il aurait eu de moi un volume d'adieux; —mais, la chose étant impossible, il n'en a pas eu un seul.

— Il est notre cousin, cousin ; mais il est douteux, — quand le temps le rappellera de l'exil, — que notre parent revienne voir sa famille. — Nous-même, et Bushy, et Bagot que voici, et Green, —nous avons remarqué sa courtoisie envers les gens du peuple, — par quelle humble et familière révérence — il semblait plonger dans leurs cœurs,

- que de respects il prostituait à ces manants, — gagnant de pauvres artisans par l'artifice de ses sourires — et par son édifiante soumission aux rigueurs de son sort, — comme s'il eût voulu emporter leurs affections dans l'exil! — H ôtait son chapeau à une marchande d'huîtres ! — Deux haquetiers lui criaient : Dieu vous cmirftme/ — et obtenaient le tribut de son souple genou — avec des merci, mes cumpatviotea, mes chers amis.— Comma si l'Angleterre lui appartenait par

réversion, — et qu'il fût le plus prochain espoir de nos sujets !

GREEN

— C'est bon, il est parti , et avec lui disparaissent toutes ces idées. — Songeons maintenant aux rebelles qui surgissent en Irlande. — Il faut faire diligence, mon seigneur ; — ne leur laissons pas trouver de nouvelles ressources dans de nouveaux retards, — aussi utiles pour eux que funestes à Votre Altesse.

— Nous irons en personne à cette guerre. — Et, comme nos coffres, grâce à une cour trop somptueuse — et à de trop généreuses largesses, se sont quelque peu allégés, — nous sommes forcé d'affermer notre domaine royal, — dont le revenu doit subvenir à nos besoins — pour les affaires urgentes. Si cela ne suffit pas, — nos délégués auront des blanc-seings — sur lesquels ils inscriront tous les gens riches, connus d'eux, — pour de larges sommes d'or — qu'ils nous enverront plus tard comme subsides; — car nous voulons partir sur-le-champ pour l'Irlande.

Entre BusHY.

— Bushy, quelles nouvelles ?

BUSHY

— Le vieux Jean de Gand est gravement malade, milord ; — il a été pris soudain, et il envoie en toute hâte — supplier Votre Majesté de l'aller voir.

— Où est-il?

BUSHY

A Ely-House.

— Ciel, suggère à son médecin l'idée — de le dépêcher

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