SCÈNE XIII
la puissante couronne — avec un ambitieux empressement,
— que Dieu l'éloigné à jamais de ma tête — et fasse de moi le plus misérable des vassaux — qui s'agenouillent devant elle avec une respectueuse terreur!
LE ROI
0 mon fils, —c'est le ciel qui t'a inspiré l'idée de la prendre, — pour que tu pusses mieux gagner l'affection de ton père, — en t'excusant avec tant de sagesse (79) ! — Approche, Harry, assieds-toi près démon lit, —et écoute mes conseils, les derniers, je crois, —que jamais je murmurerai. Dieu sait, mon fils, — par quels sentiers, par quelles voies indirectes et tortueuses —j'ai atteint cette couronne; et je sais bien moi-même — avec quelle peine elle s'est fixée sur ma tête ;
— sur la tienne elle descendra plus paisible, — plus respectée, plus affermie ; — car le stigmate de son acquisition va disparaître — avec moi dans la terre. Elle n'apparaissait sur moi — que comme un insigne arraché d'une main violente ; —et j'étais entouré de vivants qui me rappelaient hautement — que je la devais à leur concours. —De là des querelles quotidiennes, et les sanglants — déchirements d'une paix illusoire! Toutes ces menaces insolentes, — tu as vu avec quel risque je les ai bravées ;
— car mon règne n'a été que la mise en scène — de ce débat. Mais maintenant ma mort — change la situation. Ce qui en moi était une acquisition équivoque — te revient par une voie plus droite : — car tu obtiens le diadème par succession. — Pourtant, bien que tu sois plus solidement établi que je ne pouvais l'être, — tu n'es pas encore assez affermi en présence de tant de griefs encore vivaces. — Tous mes amis, dont tu dois faire tes amis, — n'ont perdu que depuis peu leurs griffes et leurs dents. — Élevé primitivement par leur terrible assistance, — j'ai dû craindre d'être renversé — par leur pouvoir; pour prévenir ce danger, — j'ai anéanti les uns, et j'avais le projet — de mener les autres à
la Terre-Sainte, -de peur que le repos et l'inaction ne leur permissent d'examiner — de trop près mon autorité. Aussi, mon Harry, — aie pour politique d'occuper ces esprits remuants — dans des guerres étrangères, en sorte que leur activité, exercée loin d'ici, ~ puisse effacer le souvenir de ces premiers jours. — Je voudrais t'en dire davantage; mais ma poitrine est tellement épuisée — que je n'ai plus la force de parler. — Oh! puisse Dieu me pardonner la manière dont j'ai acquis la couronne, — et permettre que tu la possèdes en paix !
LE PRmCE HENRY.
Mon gracieux seigneur, — vous l'avez gagnée, portée, gardée, et vous me la donnez ; — elle est donc bien légitimement en ma possession ; — et c'est avec une rare énergie que je — la défendrai contre l'univers entier (80).
Entrent le Prince John de Lancâstre, Warwick et d'autres lords.
LE ROI
— Voyez, voyez, voici mon fils John de Lancâstre.
LE PRINCE JOHN
— Santé, paix et bonheur à mon royal père !
LE ROI
— Tu m'apportes le bonheur et la paix, mon fils John ; — mais la santé, hélas ! s'est envolée sur ses jeunes ailes — de ce tronc desséché et flétri : tu le vois, — ma tâche mortelle touche à sa fin. — Où est milord de Warwick?
LE PRINCE HENRY
Milord de Warwick !
LE ROI
— L'appartement oij je me suis évanoui pour la première fois — a-t-il un nom particulier?
WARWICK
— On l'appelle Jérusalem, mon noble lord.