‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 23 sur 325 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

shire; — dis lui de nous rejoindre àEly-House pour aviser à cette affaire. Demain — nous ferons route pour l'Irlande; et il est grand temps, ma foi. — En notre absence, nous créons — notre oncle York lord gouverneur d'Angleterre, — car il est loyal, et nous a toujours bien aimé! — Venez, notre reine : demain il nous faudra partir ;

— amusons-nous, car nous n'avons pas longtemps à rester.

Fanfares. Sortent le roi, la reine, Bnshy, Anmerle, Green et Bagot,

— Eh bien, milords, le duc de Lancastre est mort.

ROSS

— Et vivant; car à présent son fils est duc.

WILLOUGHBY

— Duc par le titre, mais non par le revenu.

NORTHUMBERLAND

— Il le serait largement des deux façons, si la justice avait ses droits.

ROSS

— Mon cœur est gros ; mais il crèvera dans le silence — plutôt que de se soulager par un libre langage.

NORTHUMBERLAND

— Non ! dis ta pensée ; et qu'il perde à jamais la parole celui qui répétera tes paroles pour tè faire tort !

WILLOUGHBY

— Ce que tu veux dire concerne-t-il le duc de Hereford ?

- Si cela est, parle hardiment, mon cher : - mon oreille est prompte à écouter, quand il s'agit de son bien.

ROSS

— De son bien? Je ne puis rien pour son bien, — (si vous trouvez que ce soit pour son bien,) que le plaindre — d'être ainsi châtré et dépouillé de son patrimoine.

NORTHUMBERLAND

— Par le ciel, c'est une honte que de laisser accabler par

de telles iniquités — un prince royal et tant d'autres — nobles enfants de ce pays chancelant. — Le roi n'est plus lui-même ; il se laisse bassement mener — par des flatteurs ; et, à la première accusation — que leur haine inventera contre nous, — le roi exercera des poursuites sévères — contre nous, nos existences, nos enfants, nos héritiers.

ROSS

— Il a pillé les communes par des taxes exorbitantes, — et il a à jamais perdu leur afi"ection ; il a, pour de vieilles querelles, — frappé d'amende les nobles, et il a à jamais perdu leur affection.

WILLOUGHBY

— Et chaque jour sont inventées de nouvelles exactions, — blanc-seings, dons volontaires, et je ne sais quoi encore. — Mais, au nom du ciel, à quoi passe tout cela ?

NORTHUMBERLÂND.

— Les guerres n'en ont rien absorbé, car il n'a pas guerroyé ; — il a lâchement cédé par un compromis — ce que ses ancêtres avaient conquis par de grands coups ; — il a dépensé dans la paix plus qu'eux dans la guerre,

ROSS

— Le comte de Wiltshire a le royaume en ferme.

WILLOUGHBY

— Le roi a fait banqueroute comme un homme insolvable.

NORTHUMBERLAND

— L'opprobre et la ruine planent sur lui.

ROSS

— Malgré ses taxes écrasantes, — il n'a d'argent pour cette guerre d'Irlande — qu'en volant le duc banni.

NORTHUMBERLAND

— Son noble parent! ô roi dégénéré!— Mais, milords, nous entendons chanter celte formidabletempête, — etnous ne cherchons pas de refuge pour éviter l'ouragan. — Nous

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voyons le vent enfler violemment nos voiles, — et nous ne les carguonspas!... Nous nous laissons perdre par sécurité l

ROSS

— Nous voyons le naufrage qui nous menace ; — et le danger est devenu inévitable — par notre indolence à eu conjurer les causes.

NORTHUMBERLAND

— Nonpas. Dans les yeuxcavesdelamort—jevois poindre la vie ; mais je n'ose dire —combien est proche l'heure de notre salut.

WILLOUGHBY

— Ah ! fais-nous part de tes pensées, comme nous te faisons part des nôtres. •

ROSS

— Parle avec confiance, Northumberland ; — nous trois ne faisons qu'un avec toi, et, adressées à nous, — tes paroles ne sont que des pensées. Exprime-toi donc hardiment.

NORTHUMBERLAND

— Eh bien, voici : (9) de Port-le-Blanc, une baie - de Bretagne, j'ai reçu la nouvelle — que Harry, duc de Hereford, Reignold ,lord Cobham , — qui s'est échappé dernièrement de chez le duc d'Exeter, — son frère, le ci-devant archevêque de Cantorbéryl(lO), — sir Thomas Erpingham, sir John Ramston, — sir John Norbéry, sir Robert Waterton, et Francis Quoint,

— tous parfaitement équipés par le duc de Bretagne, — avec huit gros vaisseaux et trois mille hommes de guerre, —arrivent ici en toute hâte — et comptent aborder avant peu sur notre côte septentrionale. - Peut-être auraient-ils déjà pris terre, n'était qu'ils attendent — le départ du roi pour l'Irlande. — Si donc nous voulons secouer notre joug servile,

— remplumer les ailes brisées de notre patrie défaillante, — racheter d'un engagement mercantile la couronne souillée^

— essuyer la poussière qui cache l'or de notre sceptre, — et rendre son prestige à la majesté souveraine, — partez vite avec moi pour Ravenspurg. — Mais si par défaillance vous n'avez pas ce courage, — restez, gardez-moi le secret, et j'irai seul.

ROSS

— A cheval! à cheval ! parle d'hésitations à ceux qui ont peur.

WILLOUGHRY.

— Que mon cheval tienne bon, et je serai là le premier.

Ils sortent.

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