‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 22 sur 325 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

chute. — Son temps est terminé ; nous, nous avons à achever notre pèlerinage : — n'en parlons plus... Songeons maintenant à notre guerre d'Irlande. — 11 nous faut exterminer ces Kernes farouches et échevelés, — seuls êtres venimeux qui vivent — sur une terre où rien de venimeux n'a le privilège de vivre. — Et comme cette grande entreprise entraîne des charges, — nous saisissons pour nos subsides

— l'argenterie, les espèces, les revenus et les biens meubles — que possédait notre oncle Jean de Gand.

— Oii s'arrêtera ma patience? Ah ! jusques à quand —un tendre respect me fera-t-il subir l'iniquité! — La mort de Glocester, le bannissement deHereford, —les affronts faits à Gand, les griefs intimes de l'Angleterre, —les empêchements apportés au mariage — du pauvre Bolingbroke , ma propre humiliation, — rien n'a pu assombrir mon visage serein,

— ni soulever contre mon souverain un pli de mon front.

— Je suis le dernier des fils du noble Edouard, — qui avaient pour aîné ton père, le prince de Galles. — Dans la guerre, jamais lion ne fut plus furieusement terrible ; — dans la paix, jamais agneau ne fut plus docile et plus doux — que ce jeune et royal gentilhomme. — Tu as ses traits, car il te ressemblait, — quand il avait atteint le nombre de tes heures.

— Mais, quand il fronçait le sourcil, c'était contre les Français, — et non contre ses amis : sa noble main — avait gagné ce qu'elle dépensait, et ne dépensait pas — ce qu'avait gagné le bras triomphant de son père ; — ses mains n'étaient pas souillées du sang de ses parents , — mais rougies du sang des ennemis de sa race. —0 Richard, York s'est laissé emporter par la douleur; — sans quoi il n'eut jamais fait une telle comparaison.

— Eh bien, mon oncle, de quoi s'agit-il?

YORK

0 mon suzerain, — pardonnez-moi, si c'est votre plaisir ; sinon, je me résignerai à ne pas être pardonné. — Vous prétendez saisir et accaparer dans vos mains — les apanages royaux et les droits du banni Hereford ! — Gand n'est-il pas mort? et Hereford n'est-il pas vivant? — Gand n'étaitil pas fidèle? et Harry n'est-il pas loyal? — Ce prince ne méritait-il pas d'avoir un héritier ? — Et n'a-t-il pas laissé pour héritier un fils bien méritant? — Anéantissez les droits de Hereford, et vous anéantissez— toutes les chartes et tous les droits consacrés par le temps ; — vous empêchez que demain succède à aujourd'hui ; — vous cessez d'être vous-même , car comment êtes-vous roi, — si ce n'est par hérédité et par succession légitime ? — Ah ! je le déclare devant Dieu , (Dieu fasse que je ne dise pas vrai !)

— si vous saisissez injustement les titres de Hereford, — si vous détenez les lettres patentes qui l'autorisent — à revendiquer son héritage — par ses procureurs généraux, si vous refusez l'hommage offert par lui, — vous attirez mille dangers sur votre tête, - vous vous aliénez mille cœurs bien disposés, —et vous entraînez mon affectueuse patience vers despensées— que l'honneur et l'allégeance ne sauraient inspirer.

— Pensez ce que vous voudrez ; nous saisissons dans nos mains — sa vaisselle plate, ses biens , son argent et ses terres.

YORK

— Je n'en serai pas témoin. Adieu, mon suzerain. —

— Quelles seront les suites de ceci, nul ne peut le dire ; — mais il y a heu de croire que de mauvais procédés — ne sauraient aboutir à de bons résultats.

Il sort.

— Bushy, va immédiatement chez le comte de Wilt-

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