SCÈNE XV
vos plus redoutables lois bravées avec une telle outrecuidance ; — figurez-vous vous-même ainsi dédaigné par votre fils ; — et imaginez-moi alors, moi juge, prenant votre parti
— et, de par votre autorité, réduisant dignement votre fils au silence. — Après ce froid examen, jugez-moi, — et, comme vous êtes roi, déclarez, à ce titre, — ce que j'ai fait qui ne convînt pas à ma dignité, — à ma personne et à la souveraineté de mon prince.
LE ROI
— Vous avez raison, juge, et vous pesez fort bien les choses. — Donc continuez toujours de tenir la balance et le glaive; — et je souhaite que, sans cesse comblé de nouveaux honneurs, —vous viviez assez pourvoir un fils de moi
— vous offenser et vous obéir comme je l'ai fait. — Puisséje vivre ainsi pour répéter les paroles de mon père '. — Bienheureux suis-je d' avoir un serviteur assez hardi — pour oser exercer la justice sur mon propre fils ; — et bienheureux suisje également d'avoir un fils — qui livre ainsi sa grandeur — au hras de la justice!... Y ous m'avez mis aux arrêts ; —c'est pourquoi je mets à votre main — le glaive sans tache que vous êtes habitué à porter, — en vous recommandant d'en user — avec la même justice intrépide et impartiale — dont vous avez fait preuve à mon égard. Voici ma main; — vous serez comme le père de ma jeunesse ; — ma voix proférera ce que vous soufflerez à mon oreille ; — et je plierai humblement mes volontés — aux sages directions de votre expérience. — Et vous tous, princes, croyez-moi, je vous en conjure. — Mon père a emporté mes folies dans sa tombe,
— car c'est dans sa fosse que sont ensevelies mes affections premières; — et moi, je survis gravement avec son esprit,
— pour bafouer les calculs de l'univers, — pour frustrer toutes les prédictions, et pour raturer — la sentence vermoulue qui m'a stigmatisé— sur des apparences ! Chez moi le flot du sang — a jusqu'ici vainement coulé en extrava-
gance ; - maintenant il se détourne et reflue vers la mer, — oii il va se confondre avec l'empire des ondes — et couler désormais dans le calme de la majesté. — Convoquons maintenant notre haute cour du parlement ; — et choisissons si bien les membres de notre conseil — que le grand corps de notre État puisse marcher — de pair avec la nation la mieux gouvernée, — et que la paix ou la guerre, ou toutes deux à fois, — soient pour nous comme des connaissances familières.
Au grand juge.
— Et en tout cela, mon père, vous me prêterez votre concours suprême. — Après notre couronnement, nous réunirons, — comme je l'ai déjà déclaré, tous nos Etats ; — et, si Dieu souscrit à mes bonnes intentions, — nul prince, nul pair n'aura sujet de souhaiter — que le ciel abrège d'un seul jour la vie fortunée de Harry !
Ils sortent.