‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 235 sur 325 · LES TROIS PRINCES · texte numérisé non relu

LES TROIS PRINCES

— Nous n'espérons pas moins de Votre Majesté,

428 HEIfRY IV.

LE ROI

— Vous me regardez tous étrangement. . .

Au grand juge.

Et VOUS surtout. — Vous êtes, je crois, convaincu que je ne vous aime pas.

LE GRAND JUGE

— Je suis convaincu, si justice m'est rendue, — que Votre Majesté n'a aucun motif légitime de me haïr.

LE ROI

Non ? — Comment un prince, appelé à de si hautes destinées, oublierait-il — les hautes indignités que vous m'avez fait subir? — Quoi! réprimander, censurer, et envoyer brusquement en prison — l'héritier présomptif de l'Angleterre ! Était-ce tout simple?— Cela peut-il être lavé dans le Léthé, et oublié ?

LE GRAND JUGE

— Je remplaçais alors la personne de votre père ; — l'image de son pouvoir résidait en moi. — Alors que, dans l'administration de sa justice, — j'étais chargé de l'intérêt public, — il a plu à Votre Altesse d'oublier ma dignité, — la majesté de la loi, l'empire de la justice, —l'image du roi que je représentais, —et vous m'avez frappé sur mon siège même de juge. —Devant cette offense commise envers votre père,

— j'ai fait hardiment usage de mon autorité, — et je vous ai mis aux arrêts. Si l'acte était blâmable, — résignez-vous, maintenant que vous portez le diadème, — à voir un fils mettre vos décrets à néant, — arracher la justice de votre auguste tribunal, — donner le croc en jambe h la loi , et émousser le glaive — qui garde la paix et la sûreté de votre personne , - que dis-je ! conspuer votre royale image, — et bafouer vos actes dans un second vousmême. — Interrogez votre royale pensée, mettez-vous dans cette situation ; — soyez le père et supposez-vous ce fils ;

— écoutez l'outrage fait à votre propre dignité ; — voyez

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