XI
Vous! qui ne vous connaît pas? Eh! l'ami, vous êtes le lord grand juge d'Angleterre.
LE JUGE
Votre Grâce dit vrai; ainsi, en me frappant à cette place, vous m'avez outragé grandement, et non-seulement moi, mais aussi votre père, dont je représente à cette place la personne vivante. Et conséquemment, pour vous apprendre ce que signifie la prérogative, je vous mets aux arrêts à la prison de Fleet-street, jusqu'à ce que nous ayons conféré avec votre père.
Ainsi, vous voulez vraiment m'envoyer en prison.
LE JUGE
Oui, effectivement... Et conséquemment emmenez-le.
Henry V sort emmené par des gardes. LE JUGE , montrant le prisonnier resté à la barre. Geôlier, remmenez le prisonnier à Newgate, jusqu'aux prochaines assises.
LE GEOLIER
Vos ordres seront exécutés, milord.
(56) Vange ou angelot était une monnaie d'or portant l'effigie de Saint-Michel, et qui était usitée au moyen âge en France et en Angleterre. Le jeu de mots que fait Falstaff resterait obscur pour qui ne se rappellerait ce détail de numismatique.
(57) Je ne puis pas durer toujours. — Ici s'arrête la réplique de Falstaff dans l'édition de 1623.
(58) « Cette belle apostrophe de l'archevêque d'York est un des passages ajoutés par Shakespeare après la première édition.» — Pope.
(59) L'entrée en scène du prince de Galles est ainsi indiquée dans l'édition originale : (c Entrent le prince, Poins, sir John Russel, avec d'autres. »
(60) Et Dieu sait, etc. La fin de la réplique, à partir de ces mots, a été raturée dans le texte de l'édition de 1623.
(61) Le page confond le tison auquel était attaché la vie de Méléagre, fils d'Althée, avec la torche imaginaire qu'Hécube, grosse de Paris, crut enfanter en rêve.
(62) La fin de la réplique delady Percy, à partir de ces mots : il était vraiment le miroir, est une addition au texte primitif.
(63 Assez, Pistolet. Je ne veux pas, etc. Cette interruption de Falstaff est retranchée du texte de l'édition de 1623.
(64) Selon la conjecture du commentateur Douce, Hirène était probablement le nom que Pistolet donnait à son épée.
(65) Presque toutes les paroles prononcées par Pistolet dans son ivresse parodient, en les tronquant, des phrases extraites d'ouvrages composés par les contemporains de Shakespeare. Pistolet répète ici, en les défigurant, les deux vers qui commencent le Tamerlan de Marlowe :
Holà ! poussives rosses d'Asie !
Vous ne pouvez donc faire que vingt milles par jour!
(66) Falstaff est en train de se faire gratter la tête suivant l'usage seigneurial : « Le seigneur doit avoir sa petite charrette, là où il sera dedans, avec sa fillette, et âgée de seize à dix-sept ans, laquelle luy frottera la teste par les chemins. » La Vénerie, par Jacques de Fouilloux. Paris, 1585.
(67) Oh ! si tout cela pouvait se voir ! La phrase commençant par ces mots a été supprimée de l'édition de 1623.
(68) « Les jeux de Colswold étaient fameux du temps de notre auteur. J'en ai vu plusieurs descriptions dans de vieilles brochures ; et Shallow, en qualifiant Squele un garçon de Cotswold, entend le représenter comme un homme habitué aux exercices violents, et conséquemmenl d'une rare énergie et d'une athlétique constitution. » — Steevens.
(69) Shakespeare applique ici à Falstaff un détail de la biographie de sir John Oldcastle. Oldcastle avait été page de Thomas Mowbray, duc de Norfolk.
(70) « Scogan, étudiant d'Oxford, d'esprit plaisant et fécond en gaies inventions, fut souvent demandé à la cour oii, se livrant à son inclination naturelle pour les joyeux passe-temps, il jouait maintes parades divertissantes. »— Holinshed.
(7 \] Jésus ! Jésusl cette exclamation deShallowfut retranchée de l'édition de 1623, conformément au statut qui interdisait de prononcer le nom de la divinité sur la scène. — Chose digne de remarque, notre théâtre moderne a dû subir, sous les ciseaux de la censure des Bourbons, les mêmes mutilations bigotes auxquelles la censure des Stuarts condamnait le théâtre de Shakespeare, Je lis ce qui suit sur la première page du manuscrit de Hernani :
Reçn au Théâtre français, le 8 octobre 1829. Le Directeur de la scène^ ALBERTIN.
Vu, à la charge de retrancher le nom de Jésus partout où il se trouve et de se conformer aux changements indiqués aux pages 27, 28, 29, 62, 74 et 76.
Le ministre secrétaire d'État au département de l'intérieur,
La Bourdonmye.
(72) La pantomime burlesque à'Arthur (Arthur' show), était représentée annuellement sur le pré de Mile end Green, près de Londres, par une compagnie ayant un privilège royal et s'intitulant : L'ancien ordre du prince Arthur et de la chevalerie armée de la Table Ronde. Ce benêt de Shallow était bien fait pour jouer le personnage de sir Dagonet, le fou du prince breton.
(73) Turnbull-Street était dans le vieux Londres une rue spécialement réservée à la prostitution. Dans une comédie de Middleton (Any thing for aquietlife), une maquerelle française dit en française un libertin : « J'ayune fille qui parle un peu françois ;
elle conversera avec vous à la fleur de Lys, en Turnbull-Street. »
(74) Les vingt-cinq premiers vers de celte réplique de l'archevêque d'York, depuis : pourquoi j'agis ainsi? jusqu'à : par les hommes mêmes qui nous ont le plus léséSy ont été ajoutés au texte primitif.
(75) Les trente-sept vers qui suivent, depuis ces mois : 0 mon bon lordMowbray,]nsqu.'k ceux-ci : mais ceci n'est qu'une digression, ont été ajoutés au texte de l'édition primitive.
(76) « Vers le même temps, une conspiration fut formée à l'intérieur contre le roi par le comte de Northumberland, ligué avec Richard Scroop, archevêque d'York, Thomas Mowbray, comte maréchal, fils de Thomas, duc de Norfolk (lequel, pour la querelle entre lui et le roi Henry, avait été banni, comme vous l'avez ouï auparavant), les lords Hastings, Fauconbridge, Bardolphe et divers autres. Il fut convenu que tous se réuniraient avec le gros de leurs troupes dans la plaine d'York à un jour fixe, et que le comte de Northumberland commanderait en chef, le comte promettant d'amener avec lui un grand nombre d'Écossais.
» L'archevêque, assisté du comte maréchal, rédigea un exposé des griefs qu'on supposait devoiraffecter, non-seulement les communes, mais la noblesse du royaume : lequel exposé ils montrèrent d'abord à ceux de leurs adhérents qui étaient près d'eux, et envoyèrent ensuite à leurs amis éloignés, les assurant que pour le redressement de tels maux ils étaient prêts, si besoin était, à verser la dernière goutte de leur sang. Dès que l'archevêque se vit entouré d'un grand nombre d'hommes accourus en masse à York pour prendre son parti, ne voulant plus attendre, il proclama immédiatement son entreprise, faisant afficher le manifeste susdit dans les rues de la cité d'York et aux portes des monastères, afin que chaque homme pût connaître la cause qui le décidait à prendre les armes contre le roi. Sur quoi chevaliers, écuyers, gentilshommes, tenanciers et autres gens des communes se rassemblèrent en grand nombre; et l'archevêque s'avançant au milieu d'eux, revêtu d'une armure, les encouragea, exhorta et ex-
cita, par tous les moyens possibles, à soutenir l'entreprise ; etainsi non-seulement tous les citoyens d'York, mais tous ceux des contrées environnantes qui étaient capables de porter les armes, se joignirent à l'archevêque et au comte maréchal. Le respect que les gens avaient pour l'archevêque les rendait d'autant plus empressés pour sa cause que la gravité de son âge, l'intégrité de sa vie et sa science incomparable, rehaussée par l'aspect vénérable de son aimable personne, lui conciliaient l'estime de tous.
» Le roi, averti de ces menées et voulant les prévenir, renonça à son voyage en Galles et marcha vers le nord en toute hâte. En même temps, Ralph Nevil, comte deWestmoreland, qui se trouvait non loin de là, ainsi que lord John de Lancastre, fils du roi, étant informés de cette tentative rebelle, rassemblèrent toutes les forces qu'ils purent lever, et, arrivés à une plaine dans la forêt de Gaultree, y firent planter leurs étendards, comme l'archevêque avait fait hisser les siens à leur approche , ayant une armée beaucoup plus nombreuse que l'armée ennemie, car (comme quelques-uns l'écrivent) il y avait au moins vingt mille hommes dans la rébellion.
» Quand le comte de Westmoreland eut reconnu la force de ses adversaires, et qu'ils restaient sur place sans faire mine d'avancer, il chercha à déjouer subtilement leurs desseins, et dépêcha sur-le-champ des messagers vers l'archevêque, sous prétexte de savoir la cause de ce grand rassemblement et pour quel motif, contrairement à la paix du roi, ils étaient ainsi sous les armes. L'archevêque répondit qu'il ne voulaitrien entreprendre contre la paix du roi, mais qu'au contraire tous ses actes tendaient plutôt à assurer la paix et le repos de la république : si lui et ses compagnons étaient en armes, c'était par crainte du roi, près duquel il ne pouvait trouver accès en raison de la multitude de flatteurs qui l'entouraient ; et conséquemment il maintenait que ses projets étaient bons et avantageux aussi bien pour le roi que pour le royaume, si l'on voulait entendre la vérité ; et sur ce il présenta la cédule oii étaient articulés ses griefs, et dont vous avez déjà ouï parler.
» Les messagers, étant revenus près du comte deWesmoreland, lui représentèrent ce qu'ils avaient ouï et rapporté de la part de
l'archevêque. Quand il eut lu le manifeste, il attesta par ses paroles et par sa contenance extérieure qu'il approuvait les vertueux et saints projets de l'archevêque, promettant que lui et les siens en poursuivraient l'accomplissement d'accord avec l'archevêque. Charmé de cette promesse, celui-ci crut le comte sur parole et décida le comte maréchal, malgré sa volonté, pour ainsi dire, à se rendre avec lui à un lieu fixé pour la réconciliation générale. Là, quand tous furent réunis en nomhre égal de part et d'autre, l'exposé des griefs fut lu ; et, sans plus de discussion, le comte de Westmoreland et ceux qui étaient avec lui convinrent de faire de leur mieux pour obtenir les réformes réclamées par cet exposé. Le comte de Westmoreland, plus politique que les autres, dit : « Eh bien donc , nos efforts ont obtenu le résultat désiré ; et, » puisque nos gens ont été si longtemps sous les armes, ren- )) voyons-les chez eux, à leurs occupations et à leurs métiers ac- » coutumes : en attendant, buvons ensemble en signe d'agré- » ment, en sorte que des deux côtés les gens puissent le voir et » s'assurer ainsi que nous sommes tombés d'accord. »
« Ils ne s'étaient pas plus tôt serré la main, qu'un chevalier fut envoyé immédiatement par l'archevêque pour annoncer à ses gens que la paix était conclue et pour commander à chacun de mettre bas les armes et de retourner chez soi. Ces gens, voyant de tels gages de réconciliation, voyant les lords se serrer les mains et boire ensemble de si cordiale manière, quittèrentleurcampement et retournèrentchezeux ; mais, en niêmetempsquelesgens del'arehevêque se retiraient, les forces du parti contraire s'accroissaient, conformément à un ordre donné par le comte de Westmoreland; et l'archevêque ne s'aperçut qu'il était trompé que quand le comte de Westmoreland l'arrêta avec le comte maréchal et plusieurs autres. Leurs troupes étant poursuivies, beaucoup furent faits prisonniers, d'autres tués, d'autres ne parvinrent à s'échapper qu'après avoir été dé[)Ouillés de ce qu'ils avaient sur eux. L'archevêque et le comte maréchal furent amenés à Pomfret devant le roi, qui, sur ces entrefaites, s'était avancé jusque là avec son armée; et de là il se rendit à York, où les prisonniers fut amenés et décapités le lendemain de la Pentecôte en un lieu hors de la cité, nommément l'archevêque lui-même, le comte maréchal, sir John Lam-
pleie et sir Robert Plumpton. Bien que l'amnistie eût été promise à toutes ces personnes, elle ne fut accordée à aucune d'elles. Cette conclusion, j'entends la mort des susdits et spécialement de l'archevêque, réalisa la prophétie d'un chanoine moribond de Bridlington en Yorkshire, qui avait prédit cet événement infortuné assez mystérieusement dans les vers qui voici :
Pacem Iraclabunt, sed fraudera subter arabunt, Pro nulla marca, salvabitur ille hierarcha.
{Holinshed).
(77) (( Falstaff parle ici en vétéran de la vie. Le jeune prince ne l'aimait pas, et il désespérait de gagner son affection, ne pouvant le faire rire. Les hommes ne deviennent amis que par la communauté des jouissances. Celui qui ne peut être assoupli à la gaieté ne saurait jamaisêtre attendri jusqu'à la bonté. » — Johnson.
(78) « Les comtes de Northumberland et le lord Bardolphe, après avoir parcouru le pays de Galles, la France et les Flandres, pour acquérir du secours contre le roi Henry, retournèrent en Ecosse, et restèrent là une année entière (1408). Mais la mauvaise fortune voulut que, tandis que le roi tenait à Londres une assemblée de la noblesse, ledit comte de Northumberland et le lord Bardolphe, à une heure néfaste, revinrent en Angleterre avec une grosse armée d'Ecossais, et recouvrèrent plusieurs des châteaux et seigneuries du comte, car les gens accouraient à eux en foule. Sur quoi, encouragés par l'espoir d'un bon succès, ils pénétrèrent en Yorkshire, et là commencèrent à ravager le pays. Le roi, en étant averti, fit assembler une grande armée et marcha à sa tête vers ses ennemis. Mais avant que le roi fût à Nollingham, sir Thomas (d'autres copies disent Ralph) Rokesby, shériff d'Yorkshire, avait rassemblé les forces du pays pour résister au comte et à ses troupes, et s'était porlé à Grimbaut Brigges, près de Knaresborough, pour lui barrer le passage. Le comte, détournant sa marche, gagna Wealherby, de là Tadcaster, et finalement Branham Moor,où il choisit son terrain pour le combat. Le shériff fut aussi ardent à livrer la bataille que le comte à l'accepter ; dé-
ployant l'étendard de saint Georges, il s'élança furieusement sur le comte qui, sous l'étendard de ses propres armes, soutint avec une grande énergie le choc de ses adversaires. 11 y eut une rencontre sanglante et un cruel conflit, mais à la fin la victoire échut au shériCf. Le comte de Northuraberland fut tué dans la mêlée, et le lord Bardolphe fut pris, mais si grièvement atteint, qu'il mourut peu après de ses blessures. » — Holinshed.
(79) Traduction :
Le Roi, Henry.
HENRY
Ah! cette voix, j'ai cru ne plus pouvoir l'entendre.
LE ROI
On croit ce qu'on désire. Oui, je te fais attendre;
Ma lenteur à mourir à la fin t'a lassé.
0 malheureux enfant, es-tu donc si pressé
De me prendre un pouvoir qui doit être ta perte?
J'allais avoir fini, ma tombe était ouverte,
Tout glissait de mon front et passait sur le tien ;
Qu'estu donc pour voler jusqu'à ton propre bien?
Ah ! ce rapt odieux, ce sacrilège infâme
Ne dément pas la foi que j'avais dans ton ame ;
Ta vie avait déjà fait voir à tous les yeux
Ta tendresse pour moi : ma mort la montre mieux.
C'est un tas de poignards, Henry, que ta pensée.
Et ton cœur est la pierre oii tu l'as aiguisée,
Un instant? ne pouvais-je obtenir un instant?
Eh bien, fais à ton gré; le fossoyeur attend.
Cours-y vite, et dis-lui de commencer la fosse.
Non, creuse-la toi-même, et puis, sans pudeur fausse,
Vas aux cloches, et fais qu'elles sonnent gaîment
Le raie de ton père et ton couronnement,
Et tu ne répandras pour tous pleurs que le baume
Qui sacrera ton front possesseur du royaume.
Puis, fais vite jeter aux vers mon pauvre corps;
Moi parti, mets aussi mes officiers dehors ;
Que ta colère soit le prix de leurs services ;
Lt proclame bien haut l'avènement des vices!
Plus de loi ni de règle : Henry Cinq est le roil
Donc, à bas, majesté; démence, lève-toi! Arrière, conseillers à l'austère figure ! Vous, singes fainéants, bandits, engeance impure. Accourez de partout, c'est enfin votre tour; Ecume de la terre entière, sois la cour ! Nations, avez-vous quelque coureur d'orgies. Quelque ivrogne terrible aux mains de sang rougies. Quelque monstre qui soit, dans nos temps stupéfaits. Un visage nouveau de tous les vieux forfaits? Tout ce que vous avez de canailles sinistres, Donnez-les à ce prince : il lui faut des ministres I Otez la muselière au crime, et que ce chien Puisse mordre la chair de tout homme de bien I G mon pauvre royaume, ô ma chère patrie Que la guerre civile a déjà tant meurtrie. Que vas-tu devenir, après tout frein rompu? Si, moi qui ne vivais que pour toi, je n'ai pu Te préserver du mal, traqué dans sa caverne. Que verra-t-on si c'est le mal qui te gouverne ? Oh ! tu redeviendras, ainsi qu'aux anciens temps. Un noir désert, avec les loups pour habitants ! HENRY, tombant à genoux.
Pardonnez. — Sans l'humide obstacle de mes larmes, J'eusse arrêté ces mots amers et pleins de charmes, Amers, puisque j'entends mou père m'accabler, Charmants, puisque j'entends mon père me parler. — Voilà votre couronne. Elle est à vous. J'atteste Celui qui porte au front la couronne céleste Que mon plus cher désir est qu'elle soit à vous Encor pour bien longtemps. Je suis à vos genoux, . Je jure d'y rester jusqu'à ce que mon père Soit bien sûr qu'en pariant ainsi je suis sincère. Dieu sait, lorsqu'étendu sur ce lit de malheur Vous ne respiriez plus, quel froid m'a pris au cœuri Si je mens, que je meure avec l'horrible tache De mes vices présents, sans que le monde sache Que mon âme changée allait s'en dépouiller ! Votre couronne était là, sur votre oreiller, Je regardais avec plus d'horreur que d'envie Celle dont les soucis abrégeaient votre vie,
Et, presque mort vraiment de votre faux trépas,
Je l'insultais sans voir qu'elle n'entendait pas.
Et j'ai dit à son or : — De tous les ors îe pire,
C'est toi! tu luis, tu sers à figurer l'empire.
On l'honore, on te fête, on t'adore à genoux :
Tu serais plutôt fait pour aller aux égoûts !
La médecine emploie un or qu'elle fait boire
Aux malades; il est de bas titre, et sans gloire ;
A peine si l'on prend le temps de le trier :
Il guérit. Toi, l'or pur, tu n'es qu'un meurtrier !
Eh bien, nous allons voir si cet or qu'on renomme.
Meurtrier du vieillard, le sera du jeune homme! —
Et je me suis jeté sur ce monstre odieux
Qui venait de tuer mon père sous mes yeux.
On ne me fera pas de reproches, j'espère,
Pour avoir défié l'assassin de mon père !
Mais si cet ennemi, quand j'ai pu le saisir,
A souillé mon esprit d'un moment de plaisir,
Si c'est ambition, hâte d'être le maître,
Orgaeil, présomption d'enfant , qui m'a fait mettre
La main sur la couronne, ô père, ô majesté!
Qu'elle me soit reprise à perpétuité.
Et que je sois plus bas dans la race mortelle
Que le plus vil de ceux qui tremblent devant elle!
0 mon fils! c'est le ciel qui t'avait inspiré De t'emparer ainsi de ce souci doré Pour te faire par là regagner ma tendresse En te justifiant avec tant de sagesse.
Auguste Vacquerie.
(80) Extrait du drame anonyme : Les Fameuses victoires de Henry V {\bSO].
Entre le prince un poignard à la main. HENRY IV.
Viens, mon fils, viens, au nom du ciel. Je sais pourquoi tu es venu. Mon fils! mon fils! Comment se fait-il que tu m'aies abandonné pour suivre cette compagnie folle et réprouvée qui égare si manifestement la jeunesse? 0 mon fils! tu sais que ta conduite butera la fin des jours de
ion père, (il pleure.) Mais pourquoi tu as uu poignard à la main, je ne le sais que par conjectures.
Ma conscience m'accuse, très-souverain lerd et bien-aimé père, et je réponds d'abord à vos dernières paroles. Vons conjecturez que ce bras et ce poignard sont armiîs contre votre vie. Non, sachez-le, mon père, telle n'est pas la pensée de votre fils. De votre fds, ai-je dit? Un fils bien indigne d'un si bon père ! Mais loin de moi toute pensée d'un pareil attentat! Ce poignard, je le remets très-humblement à Votre Majesté; frappez de cette arme vengeresse le corps de votre fils!... de votre fils! Non, misérable que je suis!.., de votre fol esclave. Ce n'est pas la couronne que je viens réclamer, cher père, car j'en suis indigne ; je suis venu ici pour me séparer de mes compagnons extravagants et réprouvés, et pour renier à jamais leur compagnie. Pardonnez-moi, cher père; pardonnez-moi ; le moindre mot de pardon est mon plus grand désir; et j'arrache de mes épaules cet infâme manteau et je le sacrifie au démon, auteur de tous les maux. Pardonnez-moi^ cher père, pardonnez-moi... Mon bon lord d'Exeter, parlez pour moi... Pardon, pardon, bon père!... Pas un mot. Ah! il ne veut pas me dire une parole... Ah! Harry! trois fois malheureux Harry! Mais que ferai-je? Je vais me retirer dans quelque lieu solitaire, et là pleurer mon existence pécheresse; et quand
j'aurai fini, je m'affaisserai à terre et mourrai.
Il sort
Qu'on le rappelle! qu'on rappelle mon fils!
HENRY V, revenant.
Quoi! mon père me rappelle. Ah! Harry! heureux le moment où ton
père t'a rappelé !
H se jette aux genoux de son p&re.
Kelève-loi, mon fils, et ne crois pas ton père impitoyable. Je te pardonne, à ta prière, mon fils! Dieu te bénisse et te fasse son serviteur !
Merci, mou bon"seigneur; soyez sûr qu'en ce jour, en ce jour, je suis régénéré.
Viens, mon fils! Venez, milords, prenez-moi parla main.
Tous sortent.
Entrent le roi Henky IV et deux lords. HENRY IV.
Allons, milords, je vois qu'il ne me sert rien de prendre des remèdes.
Tous les médecins du monde ne sauraient me guérir. Non, pas un I Mais, mes bons lords, rappelez-vous mes dernières volontés concernant mon fils. Car vraiment, milords, je crois que jamais prince plus vaillant et plus victorieux n'aura régné sur l'Angleterre.