BERKLEY
— Ne vous y méprenez pas, milord : ce n'est point mon intention — de raturer aucun de vos titres d'honneur, —Je viens à vous, milord, milord... comme vous voudrez, -de la part du très-glorieux régent de ce royaume, — le duc d'York, pour savoir ce qui vous a porté — à prendre avantage d'une auguste absence - pour troubler par une guerre intestine notre paix nationale.
Entrent York et son escorte.
BOLINGBROKE
— Je n'aurai pas besoin de transmettre par vous ma réponse ; — voici venir Sa Grâce en personne... Mon noble
oncle !
Il s'agenouille.
— Ah ! fais plier ton cœur plutôt que ce genou, — dont l'hommage est hypocrite et trompeur !
BOLINGBROKE
— Mon gracieux oncle !...
YORK
Bah ! bah ! — ne me qualifie pas de grâce ni d'oncle !
— Je ne suis pas l'oncle d'un traître ; et ce mot grâce — dans une bouche impie n'est que profane.— Pourquoi ces pieds bannis et proscrits — ont-ils osé toucher la poussière du sol de l'Angleterre? — Pourquoi, pourquoi ont-ils osé franchir — tant de milles sur son sein pacifique, — effrayant ses pâles hameaux par l'appareil de la guerre — et par l'ostentation d'une méprisable prise d'armes ? — Es-tu venu parce que l'oint du seigneur, le roi, est absent? — Eh ! fol enfant, le roi est resté ici, — et son autorité réside dans mon cœur loyal. — Si j'avais encore autant de fougueuse jeunesse
— qu'au temps où le brave Gand, ton père, et moi,
— nous dégagions le Prince Noir, ce jeune Mars de l'humanité, - des rangs de plusieurs milliers de Français,
— oh ! comme ce bras, — maintenant prisonnier de la paralysie, t'aurait vite châtié ! — comme il t'aurait vite administré la correction de ta faute !
BOLINGBROKE
— Mon gracieux oncle, faites-moi connaître ma faute :
— quelle est-elle? en quoi consiste-t-elle?
YORK
— Elle est de la plus grave nature : — une grosse rébellion,