‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 35 sur 325 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

une détestable trahison ! — Tu es un banni, et voici que tu viens , — avant que ton temps soit expiré, — braver ton souverain les armes à la main !

BOLINGBROKE

— C'est Hereford qui fut banni naguère ; — aujourd'hui c'est Lancastre qui revient. — Mon noble oncle, j'en conjure Votre Grâce, — examinez mes griefs d'un œil impartial.

— Vous êtes mon père, car il me semble voir en vous — revivre le vieux Jean de Gand. Eh bien donc, ô mon père !

— permettrez-vous que je reste condamné — à la vie errante d'un vagabond, mes droits et mes titres souverains — arrachés de mes mains par la force et abandonnés - à de prodigues parvenus! Pourquoi suis -je né? — Si le roi, mon cousin, est roi d'Angleterre, — il faut reconnaître que je suis duc de Lancastre. — Vous avez un fils, Aumerle, mon noble parent : — si vous étiez mort le premier, et qu'il eût été ainsi accablé, — il aurait trouvé dans son oncle Jean de Gand un père — pour chasser ses offenseurs et les réduire aux abois ! — On me défend de réclamer ici mon investiture, — et pourtant j'y suis autorisé par mes lettres patentes. — Les biens de mon père sont séquestrés et vendus, — et tout cela pour le plus coupable usage. — Que vouliez-vous que je fisse? Je suis un sujet, — et j'invoque la loi. On me refuse des procureurs ; — et voilà pourquoi je revendique en personne mes droits— de légitime descendant à l'héritage de mes pères.

NORTHUMBERLÂND.

— Le noble duc a été trop injustement traité.

ROSS

— Il dépend de Votre Grâce de lui faire réparation.

WILLOUGHBY

— Des hommes infimes se sont agrandis de ses domaines.

YORK

— Lords d'Angleterre , écoutez-moi, — j'ai ressenti les outrages faits à mon neveu, — et j'ai tâché par tous mes efforts de lui obtenir réparation ; — mais venir ainsi, les armes à la main, — opérer avec le tranchant de son glaive le redressement de ses torts, — chercher la réparation par l'outrage, c'est ce qui ne se doit pas ; — et vous tous qui le soutenez en ceci, — vous fomentez la rébellion, et vous êtes tous rebelles.

NORTHUMBERLAND

— Le noble duc a juré qu'il vient seulement — réclamer son bien : et pour cette légitime revendication — nous avons tous solennellement juré de lui donner aide; — et puisse ne jamais connaître le bonheur, celui qui violera ce serment !

YORK

— Bien, bien. Je prévois l'issue de cette prise d'armes. — Je ne puis l'empêcher, je dois le confesser ; mon pouvoir est trop faible, mes ressources sont insuffisantes. — Mais, si je le pouvais, par celui qui m'a donné la vie ! je vous arrêterais tous et je vous ferais plier - devant la merci souveraine du roi. — Mais, puisque je ne le puis, sachez — que je reste neutre. Sur ce, adieu; — ,à moins qu'il ne vous plaise d'entrer dans le château, — et de vous y reposer cette nuit.

BOLmCRROKE.

— Une offre, mon oncle, que nous accepterons volontiers. — Mais il faut que nous décidions Votre Grâce à venir avec nous — au château de Bristol, occupé, dit-on, — par Bushy, Bagot et leurs complices, — ces chenilles de la république, — que j'ai juré d'extirper et de détruire.

YORK

— Il se peut que j'aille avec vous. . . Mais je veux y réfléchir; — car je répugne à violer les lois de mon pays. —

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