SCÈNE XI
saints sculptés, —et mon vaste royaume pour un petit tombeau, — un petit, petit tombeau, un obscur tombeau! — Je consens même à être enterré sur la route royale, — sur la route la plus fréquentée, pour que les pieds de mes sujets — puissent à toute heure fouler la tête de leur- souverain. — Vivant, ils marchent bien sur mon cœur ; - une fois enterré, pourquoi pas sur ma tête?... - Aumerle, tu pleures! mon tendre cousin ! — Eh bien, nous verserons l'orage de ces larmes méprisées ; —et, mêlées à nos soupirs, elles coucheront les blés de l'été, — et feront la famine sur cette terre révoltée. — Ou bien, si tu veux, nous nous ferons un jeu de nos chagrins, — et nous emploierons nos larmes à quelque gracieuse gageure ! — Par exemple, nous les laisserons tomber toujours au même endroit, — jusqu'à ce qu'elles aient excavé dans la terre — deux fosses où nous serons ensevelis avec cette inscription : Ci gisent — deux cousins qui ont creusé leurs fosses avec des pleurs ! — Est-ce que notre malheur ne ferait pas bien ainsi?.. Allons, allons, je vois — que je babille follement, et vous vous moquez de moi.
A Northamberland qui est revenu près du rempart.
— Très-puissant prince, milord Northumberland,— que dit le roi Bolingbroke? Sa Majesté veut-elle — permettre à Richard de vivre jusqu'à ce que Richard meure? — Tu fais la révérence, et Bolingbroke dit oui.
NORTHUMBERLAND
— Milord, il vous attend dans la cour basse — pour conférer avec vous. Vous plaira-t-il de descendre?
— Je descends, je descends, comme l'éclatant Phaéton, — impuissant à conduire des rosses indociles.
Northumberland rejoint Bolingbroke,
— Dans la cour basse ! Cour basse, en effet, on les rois s'abaissent — jusqu'à venir à l'appel des traîtres, et jusqu'à
leur faire honneur! — Dans la cour basse ! Allons en bas ! En bas la cour! En bas, le roi ! — Car c'est le hibou nocturne qui crie à la hauteur où devrait chanter l'alouette !
Le roi et sa suite quittent le rempart. ROLINGBROKE.
— Que dit Sa Majesté?
NORTHUMBERLÂND.
Le chagrin et la tristesse de son cœur — le font divaguer, comme un homme en délire; — néanmoins il descend.
Richard et sa suite apparaissent au bas de h forteresse.
BOLINGBROKE
— Rangez-vous tous, — et témoignez à Sa Majesté le respect qui lui est dû. . . — Mon gracieux seigneur. . .
Il s'agenouille.
— Beau cousin, vous dégradez votre genou princier — en accordant à la terre vile l'honneur de le baiser. — Je préférerais une preuve d'affection, sensible pour mon cœur, — à ces démonstrations de déférence qui blessent mon regard. —Relevez-vous, cousin, relevez-vous ; si bas que soit votre genou, — votre cœur, je le sais, s'élève au moins à cette hauteur.
Il porte la main à sa tête.
BOLINGBROKE
— Mon gracieux seigneur, je ne viens que réclamer ce qui m'appartient.
— Ce qui est à vous, vous appartient, et je suis à vous, et tout est à vous.
BOLINGBROKE
— Soyez à moi, mon très-redouté seigneur, — autant que mes fidèles services mériteront voire atfection.