‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 47 sur 325 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

omnipotent, — assemble, dans les nues, en notre faveury

— des armées de fléaux, qui frapperont — vos enfants en* core à naître, — tandis que vous levez vos mains vassales contre ma tête, — et que vous menacez la gloire de ma précieuse couronne. —Dites àBolingbroke (car c'est lui, je crois, que je vois là-bas) — que chaque pas qu'il fait sur mon territoire — est une dangereuse trahison. Il est venu ouvrir

— l'écarlate testament de la guerre saignante ; —mais avant qu'il possède en paix la couronne à laquelle il aspire, —dix mille couronnes sanglantes, dix mille crânes de fils enlevés à leurs mères, — dépareront la face en fleurs de l'Angleterre, — changeront la sereine pâleur de la paix virginale—en pourpre furieuse, et inonderont — du sang anglais le plus loyal l'herbe de ses prairies !

NORTHUMBERLAND

— Au roi des cieux ne plaise que notre seigneur le roi

— soit ainsi assailli par une guerre — civile et incivile ! Ton trois fois noble cousin, — Harry Bolingbroke, baise humblement ta main ; — il jure par la tombe honorée — qui recouvre les os de votre royal grand-père, — et par la royale noblesse de ton sang et du sien, — issus, l'un et l'autre, de la même source auguste, — et par le bras enseveli du belliqueux Jean de Gand, — il jure par sa gloire et par son honneur, — serment qui résume tous les serments, — que son seul objet, en venant ici, — est de réclamer son royal héritage et d'implorer — à genoux la révocation de son bannissement. — Cela une fois accordé par le roi, — il abandonnera ses armes brillantes à la rouille, — ses coursiers bardés de fer à l'écurie, et son cœur — au bonheur de servir loyalement Votre Majesté. — Il jure, foi de prince, que cela est juste; — et moi, foi de gentilhomme, je suis de son avis.

— Ecoute, Northumberland, voici la réponse du roi : —

Son noble cousin est ici tout à faille bienvenu, — et toutes ses justes demandes — seront accomplies sans contradiction. — Avec toute la grâce de ton langage, — offre à son affable déférence mes affectueux compliments.

Northumberland revient conférer avec Bolingbroke.

RICHARD, continuant, à Auraerle.

— Nous nous avilissons, n'est-ce pas, cousin? — par une si pauvre attitude, par des paroles si conciliantes? — Faut-il rappeler Northumberland, envoyer — un défi au traître, et puis mourir?

AUMERLE

— Non, mon bon seigneur ; combattons avec d'affables paroles, —jusqu'à ce que le temps nous prête des amis, et ces amis, le secours de leurs épées.

— 0 Dieu! ô Dieu! faut-il que ma langue, — qui a prononcé une terrible sentence de bannissement — contre cet homme altier, la révoque — avec des paroles de douceur ! Oh! que ne suis-je aussi grand — que ma douleur ou moins grand que mon nom ! — Que ne puis-je oublier ce que j'ai été, — ou ne plus me rappeler ce que je devrais être aujourd'hui ! — Tu te soulèves, cœur altier? Libre à toi de battre, — puisque nos ennemis sont libres de nous battre !

AUMERLE

— Northumberland revient de la part de Bolingbroke.

— Que faut-il que le roi fasse à présent? Faut-il qu'il se soumette? — Le roi le fera? Faut-il qu'il soit déposé? — Le roi s'y résignera. Faut-il qu'il perde — le nom de roi? Au nom de Dieu, qu'on le lui ôte! — Je donnerai mes joyaux pour un chapelet, — mon splendide palais pour un ermitage, — mon éclatant appareil pour la robe d'un mendiant, — mes gobelets ciselés pour un plat de bois, — mon sceptre pour un bâton de pèlerin, - mes sujets pour une paire de

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