‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 5 sur 325 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

plus le cristal du ciel est pur, — plus hideux semblent les nuages qui y passent. — Encore une fois, pour aggraver encore le stigmate, — je t'enfonce dans la gorge le nom de traître infâme, — désirant, s'il plaît à mon souverain , ne pas sortir d'ici — que mon glaive justicier n'ait prouvé ce qu'affirme ma bouche.

NORFOLK

— Que la froideur de mes paroles n'accuse pas ici mon zèle. — Ce n'est pas l'épreuve d'une guerre de femmes, — l'aigre clameur de deux langues acharnées, — qui peut arbitrer ce litige entre nous deux. — Un sang qui bout ainsi veut être refroidi ; — pourtant je ne puis me vanter d'avoir la patience assez docile — pour garder le silence et ne rien dire du tout. — Je le déclare tout d'abord , mon profond respect pour Votre Altesse — m'empêche de lâcher les rênes et de donner de l'éperon à ma libre parole ; — sans quoi, elle s'emporterait jusqu'à lui rejeter — doublement à la gorge ce mot de trahison. — Mettons de côté la royauté de son sang auguste, — qu'il ne soit plus le cousin de mon suzerain ; — et je le défie , je lui crache au visage, — je l'appelle calomniateur, couard et vilain. — Ce que je suis prêt à maintenir, en lui laissant tous les avantages, — fusséje, pour le rencontrer, obligé de gagner au pas de course

— les crêtes glacées des Alpes — ou tout autre terrain inhabitable — que jamais Anglais n'ait osé fouler! — En attendant, que ceci suffise à défendre ma loyauté : — par toutes mes espérances, il en a menti effrontément.

BOLINGBROKE

— Pâle et tremblant couard, je te jette mon gant, — abdiquant ici la parenté d'un roi. — Je mets de côté la royauté de mon sang auguste — que la peur, et non le respect, te fait récuser. — Si une coupable frayeur t'a laissé la force

— de relever ce gage de mon honneur, eh bien ! baisse-loi.

— Par ce gage et par tous les rites de la chevalerie, — je

veux, en croisant le fer, te rendre raison - de ce que j'ai dit et de toutes les injures que tu pourras inventer.

NORFOLK

— Je le relève ; et, je le jure par cette épée — qui doucement apposa ma chevalerie sur mon épaule, —je suis prêt à te faire réponse par tout moyen loyal, — dans toutes les formes honorables de l'épreuve chevaleresque ; — et, une fois en selle, puissé-je n'en pas descendre vivant, -si je suis un traître ou si je combats injustement !

BOLINGBROKE

— Écoutez ! Ce que je déclare, ma vie est engagée à le prouver : — je dis que Mowbray a reçu huit mille nobles, — destinés à la paie des soldats de Votre Altesse, — qu'il a détenus pour des usages criminels, — comme un traître félon et un infâme scélérat. — Je dis en outre (et je le prouverai en combattant, - ou ici, ou ailleurs, fût-ce aux plus lointains parages — qu'ait jamais aperçus un regard anglais), — je dis que toutes les trahisons qui depuis dix-huit ans — ont été complotées et tramées dans ce pays — ont le fourbe Mowbray pour chef et pour fauteur, — Je dis encore (et je prouverai encore — ma bonne foi aux dépens de sa mauvaise vie), — que c'est lui qui a comploté la mort du duc de Glocester, — qui a instigué ses trop crédules adversaires, — et qui, conséquemment, comme un traître et un couard, — a fait ruisseler son âme innocente dans des torrents de sang. — Ce sang, comme celui du sacrifice d'Abel, crie — du fond même des cavernes muettes de la terre; — il réclame de moi justice et rude châtiment, — et, par la glorieuse dignité de ma naissance, - ce bras le vengera, ou j'y perdrai cette vie !

— Quelle hauteur atteint l'essor de sa résolution ! - Thomas de Norfolk, que dis-tu à cela ?

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