SCENE XII
[Les jardins du château de Langley.]
Entrent la Reine et deux de ses Dames.
LA REINE
— Quel divertissement pourrions-nous improviser ici, dans ce jardin, — pour chasser le pénible souci qui m'obsède?
PREMIÈRE DAME
— Madame, nous jouerons aux boules.
Cela me fera penser — que le monde est plein d'aspérité et que ma fortune — dévie.
PREMIÈRE DAME
Madame, nous danserons.
LA REINE
— Mes jambes ne sauraient garder la mesure dans le plaisir, — quand mon pauvre cœur ne la garde pas dans la douleur. — Ainsi, pas de danse, ma fille ; quelque autre jeu !
PREMIÈRE DAME
— Madame, nous conterons des histoires.
LA REINE
Tristes ou gaies?
PREMIÈRE DAME
— Comme vous voudrez, madame.
LA REINE
Je n'en veux ni de tristes ni de gaies. — Car, si elles sont gaies, la gaieté ne me manquant que trop, — elles me rappelleront d'autant plus vivement mon chagrin. — Si elles sont tristes, comme je n'ai que trop de tristesse, — elles ajouteront un surcroît de chagrin à mon manque de gaieté. — Les souffrances que j'ai, je n'ai pas besoin de les redoubler ; — quant à celles que je n'ai pas, il est inutile que je m'en affecte.
PREMIÈRE DAME
— Madame, je chanterai.
Tant mieux, si tu as sujet de chanter ; — mais lu me plairais davantage, si tu voulais pleurer.
PREMIÈRE DAME
— Je pleurerais, madame, si cela pouvait vous faire du bien.
LA REINE
— Et moi aussi je pleurerais, si cela pouvait me faire du bien, — et je n'aurais pas à Remprunter des larmes. — Mais chut!... voici venir les jardiniers. — Mettons-nous à l'ombre de ces arbres.
Entrent un jardinier et deux garçons.
— Je gage ma misère coniro un cent d'épingles — qu'ils