‹ Œuvres complètes de W. ShakespeareChapitre 51 sur 325 · SCÈNE XII · texte numérisé non relu

SCÈNE XII

vont parler politique; car ainsi fait chacun — à l'approche d'une révolution. Tout sinistre a de sinistres avant-coureurs.

La reine et ses dames se mettent à l'écart. LE JARDINIER, au premier garçon.

— Va rattacher ces abricots vagabonds — qui, comme des enfants indociles, font ployer leur père — sous le poids accablant de leur prodigalité. — Donne un support à ces branches fléchissantes.

An second garçon.

— Toi, va, comme un exécuteur, — abattre les têtes des rameaux trop hâtifs — qui s'élèvent trop haut dans notre république. —L'égalité doit être partout dans notre gouvernement... — Tandis que vous vous emploierez ainsi, moi, j'irai sarcler— les herbes nuisibles qui, sans profit, absorbent—aux dépens des fleurs saines la fécondité du sol.

PREMIER GARÇON

— Pourquoi dans cet enclos — maintenir la loi, l'ordre, la juste harmonie, —ety faire voir le modèle d'un État régulier, — quand notre pays tout entier, ce jardin muré par la mer, — est plein de mauvaises herbes, voit ses plus belles fleurs étouffées, — tous ses arbres fruitiers incultes, ses haies ruinées, — ses parterres en désordre, et ses plantes salutaires — en proie aux chenilles?

LE JARDINIER

Tais-toi... — Celui qui a souffert ce printemps désordonné — est lui-même arrivé à la chute des feuilles. - Les mauvaises herbes, qu'abritait son large feuillage, — et qui le dévoraient en paraissant le soutenir, — ont été arrachées et complètement déracinées par Bolingbroke. — Je veux parler du comte de Wiltshire, de Bushy et de Green.

PREMIER GARÇON

— Comment! est-ce qu'ils sont morts?

LE JARDINIER

Ils sont morts ; et Bolingbroke — a saisi le roi dissipateur. . . XI. 10

Oh ! quel dommage — qu'il n'ait pas soigné et cultivé ses domaines—comme nous ce jardin ! Nous, la saison venue, — nous incisons l'écorce, celte peau de nos arbres fruitiers, -de peur que , regorgeant de sève et de sang, — ils ne se perdent par excès de richesses. —S'il en avait fait autant aux grands et aux ambitieux, —ils auraient pu vivre pour porter, et lui pour recueillir — les fruits du devoir. — Toutes les branches superflues, — nous les élaguons pour faire vivre les rameaux producteurs. — S'il en avait fait autant, luimême porterait encore la couronne — que les dissipations de sa frivole existence ont à jamais jetée bas.

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